Salat : sens, racine et enseignements sur la prière

Vocabulaire des musulmans·En profondeur

الصَّلَاة

As-salât

Prononciation : as-sa-lât

La prière rituelle, le lien avec Allah

Racineص ل و (s-l-w)invoquer, bénir ; les lexicographes y rattachent aussi sila, le lien, et la salâ, le milieu du dos qui se plie
En bref

Le deuxième pilier de l’islam, et le premier acte sur lequel le serviteur sera interrogé. Cinq fois par jour, l’homme s’arrête, se purifie, se tourne vers la Ka’ba et parle à son Seigneur. La prière n’est pas une parenthèse dans la vie : c’est ce qui lui donne son rythme.

La langue : une invocation, un lien, une inclinaison

Le sens premier de salât en arabe est l’invocation : « Prie (salli) pour eux, car ta prière est un apaisement pour eux » (9, 103) — Allah ordonne au Prophète ﷺ d’invoquer en faveur de ceux qui donnent l’aumône. C’est aussi ce que dit le Prophète ﷺ de l’invité qui ne mange pas : « qu’il invoque (yusallî) », c’est-à-dire qu’il prie pour ses hôtes (Muslim).

De ce sens général, la Loi a fait un nom propre : la prière rituelle, avec ses gestes, ses paroles et ses horaires. Les savants relèvent que le rite en garde le cœur, puisque la prière est d’abord une invocation adressée à Allah dans la Fâtiha : « Guide-nous sur le droit chemin ». Certains lexicographes rattachent aussi le mot à sila, le lien : la prière relie le serviteur à son Seigneur, et à la communauté avec laquelle il prie.

Dans le Coran

  • Le but : « Établis la prière pour te souvenir de Moi » (20, 14) — c’est l’ordre donné à Moïse dès sa première rencontre avec Allah.
  • L’effet : « La prière préserve de la turpitude et du blâmable ; et le rappel d’Allah est certes le plus grand » (29, 45).
  • Le secours : « Cherchez secours dans la patience et la prière ; elle est certes pesante, sauf pour les humbles » (2, 45).
  • Le signe du croyant : « Ceux qui croient à l’invisible, accomplissent la prière et dépensent de ce que Nous leur avons attribué » (2, 3) — la prière est la première œuvre citée après la foi.
  • L’ordre de la garder : « Soyez assidus aux prières, et à la prière médiane, et tenez-vous debout devant Allah avec humilité » (2, 238).
  • Le sort de ceux qui la négligent : « Puis leur succédèrent des générations qui délaissèrent la prière et suivirent leurs passions » (19, 59) ; et parmi les gens du Feu : « Nous n’étions pas de ceux qui priaient » (74, 43).

Le Coran ne détaille pas les gestes : ils viennent de la Sunna — « Priez comme vous m’avez vu prier » (al-Bukhârî).

Dans la Sunna : ses mérites

  • Elle fut prescrite au ciel, la nuit du Voyage nocturne, cinquante prières ramenées à cinq, « cinq en actes et cinquante en récompense » (al-Bukhârî et Muslim).
  • « Voyez-vous : si l’un de vous avait à sa porte une rivière dans laquelle il se baignerait cinq fois par jour, resterait-il sur lui quelque chose de sa saleté ? — Rien. — Il en est ainsi des cinq prières : par elles Allah efface les fautes » (al-Bukhârî et Muslim, d’après Abû Hurayra).
  • « La première chose sur laquelle le serviteur sera jugé au Jour de la Résurrection est la prière ; si elle est bonne, il aura réussi ; si elle est mauvaise, il aura échoué » (al-Tirmidhî, al-Nasâ’î).
  • « Entre l’homme et l’association, ou la mécréance, il y a l’abandon de la prière » (Muslim, d’après Jâbir). « Le pacte qui nous sépare d’eux est la prière ; celui qui l’abandonne a mécru » (al-Tirmidhî, al-Nasâ’î, Ahmad, d’après Burayda).
  • « La fraîcheur de mes yeux a été placée dans la prière » (al-Nasâ’î, d’après Anas). Quand quelque chose le préoccupait, le Prophète ﷺ se hâtait vers la prière (Abû Dâwûd). Et il disait à Bilâl : « Apaise-nous par elle, ô Bilâl » (Abû Dâwûd).
  • Ses dernières paroles avant de mourir : « La prière, la prière ! Et ce que possèdent vos mains droites » (Abû Dâwûd, Ibn Mâja).

Ce qu’en disent les savants

Les savants sont unanimes : les cinq prières sont obligatoires pour tout musulman pubère et sain d’esprit, homme ou femme, et celui qui en nie l’obligation sort de l’islam. Sur celui qui la délaisse par paresse tout en la tenant pour obligatoire, ils divergent : Mâlik, al-Shâfi’î et la plupart des savants le tiennent pour un grand pécheur qui reste musulman et que l’autorité contraint ; Ahmad ibn Hanbal, d’après les hadiths de Jâbir et de Burayda, considère que l’abandon total fait sortir de l’islam. ’Umar disait : « Pas de part dans l’islam pour celui qui délaisse la prière » (Mâlik, al-Muwatta’), et ’Abd Allâh ibn Shaqîq rapporte que les Compagnons ne voyaient aucune œuvre dont l’abandon fût une mécréance, sinon la prière (al-Tirmidhî).

Ce qu’ils retiennent surtout : la prière est le pilier de la religion — « la tête de l’affaire est l’islam, son pilier est la prière » (al-Tirmidhî) — ; on la préserve dans ses horaires, en groupe pour les hommes autant que possible, et avec le cœur présent, car « l’homme ne retire de sa prière que ce dont il a été conscient » (parole rapportée d’Ibn ’Abbâs). Ibn al-Qayyim écrit que la prière est la source du bien-être du cœur et sa lumière, et que rien ne remplace ce que l’on y goûte quand on s’y tient (al-Wâbil al-sayyib).

Pour aller plus loin

Les gestes, les paroles et les règles de la prière sont expliqués pas à pas dans la fiche Comment prier quand on débute ?, et en détail dans la série La prière du sommaire de fiqh.

Sources

Coran : 2, 3 ; 2, 45 ; 2, 238 ; 9, 103 ; 19, 59 ; 20, 14 ; 29, 45 ; 74, 43. Hadith : al-Bukhârî et Muslim (les cinquante prières ; la rivière) ; al-Bukhârî (« priez comme vous m’avez vu prier ») ; Muslim (« entre l’homme et l’association ») ; al-Tirmidhî et al-Nasâ’î (la première chose jugée ; le pacte) ; al-Nasâ’î (la fraîcheur des yeux) ; Abû Dâwûd (« apaise-nous, ô Bilâl » ; les dernières paroles) ; Mâlik, al-Muwatta’ (la parole de ’Umar). Langue : Ibn Fâris, Maqâyîs al-lugha, et al-Râghib al-Isfahânî, al-Mufradât, racine s-l-w. Jurisprudence : Ibn Abî Zayd al-Qayrawânî, al-Risâla ; al-Nawawî, al-Majmû’ ; Ibn Qudâma, al-Mughnî (l’abandon de la prière) ; Ibn al-Qayyim, al-Wâbil al-sayyib.