Relativisme (V) — Ce que dit la révélation

Réponses · Idéologies modernes · Relativisme · Partie V/7

V — Ce que dit la révélation

9. Le Coran ne connaît que le vrai et le faux

Le Coran ne connaît pas de « vérités » au pluriel. Il connaît le haqq — le vrai, le réel, ce qui est établi — et le bâtil — le faux, le vain, ce qui s’évanouit. Ces deux mots reviennent des centaines de fois, et jamais pour dire qu’ils se valent.

وَقُلْ جَاءَ الْحَقُّ وَزَهَقَ الْبَاطِلُ ۚ إِنَّ الْبَاطِلَ كَانَ زَهُوقًا

« Et dis : “La vérité est venue et l’erreur a disparu. Car l’erreur est destinée à disparaître.” »

Coran, 17:81

فَذَٰلِكُمُ اللَّهُ رَبُّكُمُ الْحَقُّ ۖ فَمَاذَا بَعْدَ الْحَقِّ إِلَّا الضَّلَالُ ۖ فَأَنَّىٰ تُصْرَفُونَ

« Tel est Allah, votre vrai Seigneur. Au-delà de la vérité, qu’y a-t-il donc sinon l’égarement ? Comment donc pouvez-vous vous en détourner ? »

Coran, 10:32

Ce dernier verset est peut-être la réfutation la plus courte du relativisme jamais écrite : entre le vrai et le faux, il n’existe pas de troisième région où toutes les opinions cohabiteraient en paix. « Bien au contraire, Nous lançons contre le faux la vérité qui le subjugue, et le voilà qui disparaît » (21:18).

La sourate al-Ra‘d propose une image. Allah fait descendre une pluie qui remplit les torrents, « et le flot débordé charrie une écume flottante » ; puis « l’écume s’en va au rebut, tandis que ce qui est utile aux hommes demeure sur la terre. Ainsi Allah propose des paraboles » (13:17). Ibn Kathîr explique : la vérité est l’eau, qui demeure et fait vivre ; le faux est l’écume, volumineuse et bruyante, qui se dissipe.1 Le relativisme regarde l’écume et l’eau, et déclare qu’elles se valent parce qu’elles sont mêlées un instant.

Ni le nombre, ni l’héritage, ni la conjecture

Le Coran refuse les trois critères que le relativisme propose à la place de la vérité. Le nombre : « Si tu obéis à la majorité de ceux qui sont sur la terre, ils t’égareront du sentier d’Allah : ils ne suivent que la conjecture » (6:116) — tous les prophètes ont commencé seuls. L’héritage : nous l’avons vu (§ 5), le Coran ordonne d’examiner la religion reçue au lieu de la subir. La conjecture, enfin : « La conjecture ne sert à rien contre la vérité » (10:36) — la religion, pour le Coran, relève du savoir (§ 4).

Deux ancrages : la fitra et la bayyina

Si la vérité n’est ni ce que pense la majorité, ni ce qu’on a reçu, ni ce qu’on suppose, sur quoi repose-t-elle ? Le Coran répond par deux notions qui, ensemble, décrivent sa conception de la vérité religieuse.

La première est la fitra, la nature originelle de l’homme : « Dirige tout ton être vers la religion, en pur monothéiste : telle est la nature qu’Allah a originellement donnée aux hommes » (30:30). La vérité n’est pas un élément étranger imposé du dehors ; elle correspond à ce que l’homme est. Chercher la vérité n’est pas un caprice idéologique : c’est un besoin inscrit dans l’âme, que le relativisme ne supprime pas mais laisse sans réponse.

La seconde est la bayyina, la preuve claire. Le rôle des prophètes n’a jamais été d’imposer un dogme arbitraire, mais d’apporter ce qui dissipe le doute : « Nous avons envoyé Nos messagers avec des preuves évidentes » (57:25). Le Prophète ﷺ reçoit l’ordre de dire : « Je m’appuie sur une preuve évidente de mon Seigneur » (6:57), et de définir ainsi sa prédication : « Voici ma voie : j’appelle à Allah sur la base d’une claire vision, moi et ceux qui me suivent » (12:108). La révélation ne demande pas d’être crue sur parole ; elle demande d’être examinée. C’est ce qui autorise la méthode que nous proposerons (§ 12).

يَا أَيُّهَا النَّاسُ قَدْ جَاءَكُم بُرْهَانٌ مِّن رَّبِّكُمْ وَأَنزَلْنَا إِلَيْكُمْ نُورًا مُّبِينًا

« Ô hommes ! Certes, une preuve évidente vous est venue de la part de votre Seigneur, et Nous avons fait descendre vers vous une lumière éclatante. »

Coran, 4:174

Le Prophète ﷺ, enfin, a dessiné la question. Ibn Mas‘ûd rapporte qu’il traça un jour une ligne droite dans le sable, puis des lignes à sa droite et à sa gauche, et dit : « Ceci est le chemin d’Allah. Et voici des chemins ; sur chacun d’eux se tient un démon qui y appelle. » Puis il récita : « Voilà Mon chemin dans toute sa rectitude ; suivez-le donc, et ne suivez pas les sentiers qui vous écarteraient de Sa voie » (6:153).2 Une ligne — pas un faisceau de lignes équivalentes.

10. Les versets que cite le relativiste

Le musulman tenté par le relativisme — ou le non-musulman qui veut faire dire au Coran ce qu’il souhaite — cite volontiers trois passages. Ils méritent une réponse précise, parce que la réponse renforce la thèse au lieu de l’affaiblir.

« À vous votre religion, à moi ma religion » (109:6)

On le lit comme un brevet d’équivalence. Son contexte dit le contraire. Les commentateurs rapportent, d’après Ibn ‘Abbâs, que des notables de Quraysh proposèrent au Prophète ﷺ un compromis : « Adore nos dieux une année, nous adorerons ton Dieu une année. » La sourate al-Kâfirûn fut la réponse.3 C’est très exactement une proposition de syncrétisme, et elle fut refusée en bloc :

قُلْ يَا أَيُّهَا الْكَافِرُونَ · لَا أَعْبُدُ مَا تَعْبُدُونَ · وَلَا أَنتُمْ عَابِدُونَ مَا أَعْبُدُ · وَلَا أَنَا عَابِدٌ مَّا عَبَدتُّمْ · وَلَا أَنتُمْ عَابِدُونَ مَا أَعْبُدُ · لَكُمْ دِينُكُمْ وَلِيَ دِينِ

« Dis : “Ô vous les mécréants ! Je n’adore pas ce que vous adorez. Et vous n’êtes pas adorateurs de ce que j’adore. Je ne suis pas adorateur de ce que vous adorez. Et vous n’êtes pas adorateurs de ce que j’adore. À vous votre religion, et à moi ma religion.” »

Coran, 109:1-6

Ibn Kathîr définit la sourate comme « la sourate de la dissociation (barâ’a) de tout ce que font les associateurs ».4 « À vous votre religion » ne signifie pas « votre religion vaut la mienne » ; il signifie « je ne mêlerai pas la mienne à la vôtre ». C’est le contraire du relativisme : le refus de la moindre concession sur le culte, joint au refus de la contrainte. Un verset révélé pour rejeter un partage de culte ne peut pas servir à le justifier.

« Ceux qui ont cru, les juifs, les chrétiens, les sabéens… » (2:62 ; 5:69)

« Certes, ceux qui ont cru, ceux qui se sont judaïsés, les Nazaréens et les Sabéens, quiconque d’entre eux a cru en Allah et au Jour dernier et accompli de bonnes œuvres, sera récompensé par son Seigneur ; il n’éprouvera aucune crainte et ne sera point affligé » (2:62). Voilà le verset favori du pluralisme. Ibn Kathîr répond : le verset concerne ceux qui, dans chaque communauté, suivirent fidèlement leur prophète jusqu’à la venue du suivant — les juifs qui suivirent Moïse avant Jésus, les chrétiens qui suivirent Jésus avant Muhammad ﷺ. Après la venue du sceau des prophètes, nul n’est agréé que par lui.5 Al-Tabarî et Ibn Kathîr rapportent d’ailleurs, d’après Ibn ‘Abbâs, que le verset 3:85 — « Quiconque désire une religion autre que l’islam ne sera point agréé » — fut révélé à la suite de celui-ci pour en préciser la portée.6 Et le point est fixé par un hadith sans ambiguïté :

وَالَّذِي نَفْسُ مُحَمَّدٍ بِيَدِهِ، لَا يَسْمَعُ بِي أَحَدٌ مِنْ هَذِهِ الْأُمَّةِ يَهُودِيٌّ وَلَا نَصْرَانِيٌّ، ثُمَّ يَمُوتُ وَلَمْ يُؤْمِنْ بِالَّذِي أُرْسِلْتُ بِهِ، إِلَّا كَانَ مِنْ أَصْحَابِ النَّارِ

« Par Celui qui tient l’âme de Muhammad dans Sa main, quiconque, dans cette communauté, juif ou chrétien, entend parler de moi puis meurt sans avoir cru en ce avec quoi j’ai été envoyé, sera parmi les gens du Feu. »

Muslim, n° 153, d’après Abû Hurayra

Le verset 2:62 ne dit donc pas que l’on peut rester juif ou chrétien en connaissance de cause ; il dit que la porte du salut a toujours été la même — croire en Allah et en Son messager du moment — et qu’elle n’a jamais été fermée à personne. Notez d’ailleurs ce que le verset exige : « croire en Allah et au Jour dernier ». Un pluraliste conséquent ne peut même pas le citer sans exclure les athées, les bouddhistes et les hindous — ce qui prouve qu’il ne dit pas ce qu’on lui fait dire.

« À chacun de vous Nous avons assigné une législation et une voie » (5:48)

« Si Allah avait voulu, Il aurait fait de vous une seule communauté ; mais Il veut vous éprouver en ce qu’Il vous a donné. Rivalisez donc dans les bonnes œuvres. C’est vers Allah qu’est votre retour à tous ; alors Il vous informera de ce en quoi vous divergiez » (5:48). Le pluraliste y lit la bénédiction divine de la diversité religieuse. Ibn Kathîr et al-Tabarî y lisent autre chose : chaque prophète a reçu une loi (shir‘a) et une voie (minhâj) adaptées à son peuple et à son époque, mais tous ont apporté la même religion — l’adoration d’Allah seul.7 Le Prophète ﷺ l’a dit dans une image inoubliable :

الْأَنْبِيَاءُ إِخْوَةٌ لِعَلَّاتٍ، أُمَّهَاتُهُمْ شَتَّى وَدِينُهُمْ وَاحِدٌ

« Les prophètes sont des frères de père, de mères différentes : leurs mères diffèrent, et leur religion est une. »

Al-Bukhârî, n° 3443 ; Muslim, n° 2365

Même père — le tawhîd ; mères différentes — les lois. Le verset ne dit pas que la Trinité et le tawhîd sont deux voies vers Dieu ; il dit que la loi de Moïse, la loi de Jésus et la loi de Muhammad ﷺ sont trois lois successives d’une seule foi. Et il précise la raison de leur diversité : « pour vous éprouver ». On n’éprouve pas quelqu’un en lui disant que toutes les réponses sont justes. Quant à « Il vous informera de ce en quoi vous divergiez », c’est l’annonce d’un verdict, non la promesse d’un match nul.

Un verset ne se lit pas isolément du reste du message

Il faut enfin distinguer deux démarches : chercher ce qu’un verset veut dire dans l’ensemble du message coranique, ou partir d’une conclusion moderne, puis sélectionner les versets qui semblent la confirmer. La première est une lecture du texte ; la seconde est une lecture sélective. Lorsqu’un verset paraît, à première vue, compatible avec l’idée que toutes les religions sont également vraies, il faut poser au moins quatre questions : quel est son contexte immédiat ? À qui s’adresse-t-il ? Comment les premiers commentateurs l’ont-ils compris ? Et surtout : cette lecture est-elle compatible avec les très nombreux passages du même livre qui affirment que la religion agréée est l’islam (3:19), qu’aucune autre ne sera acceptée (3:85), que ceux qui disent « Allah est le Messie » ou « Allah est le troisième de trois » sont dans la mécréance (5:17 ; 5:72-73), et qu’il ne saurait y avoir de divinité avec Lui (23:91) ? On n’interprète pas un livre par trois versets contre trois cents. Le principe vaut d’ailleurs pour tout texte religieux : la vraie question n’est jamais « peut-on détacher une phrase pour défendre le pluralisme ? », mais « quelle lecture rend compte du livre dans son ensemble ? ».

إِنَّ الدِّينَ عِندَ اللَّهِ الْإِسْلَامُ

« Certes, la religion acceptée d’Allah, c’est l’islam. »

Coran, 3:19

11. Une seule religion, plusieurs lois

Il y a pourtant une unité des religions dans le Coran — et elle est plus profonde que celle du pluralisme, parce qu’elle est vraie.

« Nous avons envoyé dans chaque communauté un messager pour dire : “Adorez Allah et écartez-vous du tâghût” » (16:36). « Il vous a légiféré en matière de religion ce qu’Il avait enjoint à Noé, ce que Nous t’avons révélé, ainsi que ce que Nous avons enjoint à Abraham, à Moïse et à Jésus : “Établissez la religion et n’en faites pas un sujet de division” » (42:13). « Abraham n’était ni juif ni chrétien ; il était hanîf, entièrement soumis (muslim), et il n’était point du nombre des associateurs » (3:67).

Selon le Coran, il n’y a donc jamais eu qu’une seule religion : la soumission à Dieu seul — l’islam au sens large —, prêchée par Adam, Noé, Abraham, Moïse, Jésus et Muhammad ﷺ. Ce que nous appelons « les religions » — le judaïsme rabbinique, le christianisme trinitaire, et à plus forte raison les cultes polythéistes — sont, pour le Coran, des dérivations humaines à partir de cette religion unique : des ajouts (la Trinité, le péché originel, le sacerdoce), des retranchements (le rejet de Jésus, le rejet de Muhammad ﷺ), des altérations du texte (le tahrîf). C’est pourquoi le musulman croit en Moïse et en Jésus sans être ni juif ni chrétien : « Nous croyons en Allah et en ce qui nous a été révélé, en ce qui a été révélé à Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob et aux tribus, en ce qui a été donné à Moïse et à Jésus, et en ce qui a été donné aux prophètes venant de leur Seigneur : nous ne faisons aucune distinction entre eux » (2:136).

Unité du message, diversité des lois

Il faut préciser ce que « une seule religion » veut dire. Cela ne signifie pas que toutes les législations révélées étaient identiques dans leurs détails : le jeûne, les interdits alimentaires, les règles du culte ont pu différer d’une communauté à l’autre, et le verset 5:48 le dit expressément. Ce qui demeure commun est le fondement : adorer Allah seul, reconnaître Ses messagers, se soumettre à la révélation reçue. C’est cette distinction entre l’unité du message fondamental et la diversité des législations successives qui permet à l’islam de reconnaître Moïse et Jésus comme de vrais prophètes, de confirmer l’origine divine de leur mission, et de tenir en même temps que leur loi n’était pas la forme finale de la révélation. Le pluralisme dit : plusieurs religions différentes sont également vraies. Le modèle coranique dit autre chose : un même appel a été transmis à travers l’histoire, avec des lois adaptées aux communautés et aux époques, jusqu’à la révélation finale.

C’est ici que le relativisme et l’islam se séparent le plus nettement. Le relativisme dit : « Toutes les religions sont vraies. » L’islam dit : « Il n’y a qu’une seule religion vraie, et tous les prophètes l’ont prêchée ; ce qui est faux dans les religions actuelles, c’est ce que les hommes y ont ajouté. » La première position est incohérente. La seconde est la seule qui rende compte à la fois de ce que les religions ont en commun — le Dieu unique, les prophètes, le jugement, la loi morale — et de ce qui les oppose : elle explique la ressemblance par l’origine commune, et la différence par l’altération. Le pluralisme ne peut expliquer ni l’une ni l’autre : si toutes les religions sont des projections culturelles, pourquoi se ressemblent-elles tant ? Et si toutes visent le même Réel, pourquoi se contredisent-elles sur lui ?

Cette religion unique a une histoire, et cette histoire est celle des messagers successifs : chaque loi valait jusqu’à la suivante. Le Coran rappelle qu’Allah a pris l’engagement de tous les prophètes de croire au messager qui viendrait confirmer leur message et de le soutenir (3:81). Il est rapporté que ‘Umar ibn al-Khattâb vint un jour au Prophète ﷺ avec une page de la Torah et se mit à la lire ; le visage du Prophète changea, et il dit : « Par Celui qui tient mon âme en Sa main, si Moïse était vivant, il n’aurait d’autre choix que de me suivre. »8 La question n’est donc pas « laquelle des religions choisir sur un étal », mais « quel est le dernier message de la religion unique, et qui l’a transmis intact ? ». C’est une question de fait, et elle appelle une méthode.

Notes

  1. Ibn Kathîr, Tafsîr, commentaire de 13:17. ↩
  2. Ahmad, Musnad, n° 4142 ; al-Nasâ’î, al-Sunan al-kubrâ ; al-Dârimî, n° 202 ; chaîne jugée bonne (hasan), rapportée par Ibn Kathîr dans son commentaire de 6:153. ↩
  3. Al-Tabarî, Jâmi‘ al-bayân, et Ibn Abî Hâtim, cités par Ibn Kathîr au début de son commentaire de la sourate 109 ; également al-Tabarânî, d’après Ibn ‘Abbâs. ↩
  4. Ibn Kathîr, Tafsîr, sourate 109 : « Cette sourate est la sourate de la dissociation des actes que font les associateurs. » ↩
  5. Ibn Kathîr, Tafsîr, commentaire de 2:62. ↩
  6. Rapport d’Ibn ‘Abbâs transmis par ‘Alî ibn Abî Talha, cité par al-Tabarî et par Ibn Kathîr sous 2:62. Que l’on parle ici d’abrogation (naskh) ou, comme la plupart des exégètes, de simple spécification, le résultat est le même. ↩
  7. Al-Tabarî, Jâmi‘ al-bayân, et Ibn Kathîr, Tafsîr, sous 5:48 ; Ibn Kathîr y cite précisément le hadith des « frères de mères différentes ». ↩
  8. Ahmad, Musnad, n° 15156, d’après Jâbir ; chaîne jugée bonne (hasan) par Ibn Hajar, contestée par d’autres. Quoi qu’il en soit de cette chaîne, le sens est établi par le verset 3:81 et par le hadith de Muslim n° 153 cité plus haut. ↩

Dossier publié le 20 septembre 2026 sur convertistoislam.fr.