La prière — pilier 2/5 — chapitre 06 sur 15
La seule obligation prescrite au-dessus des sept cieux — et la frontière que le Prophète ﷺ a tracée.
1. Définition et place
إِنَّنِي أَنَا اللَّهُ لَا إِلَٰهَ إِلَّا أَنَا فَاعْبُدْنِي وَأَقِمِ الصَّلَاةَ لِذِكْرِي
« Je suis Allah. Il n’est de divinité en droit d’être adorée que Moi. Veille à me vouer un culte exclusif et sincère et à accomplir la prière afin d’y mentionner Mon nom et de te souvenir de Moi »
Coran 20:14
La définition tient dans le verset où Allah parle à Mûsâ dans la vallée sacrée — la première instruction donnée après le tawhîd lui-même : Je suis Allah, nulle divinité digne d’adoration que Moi : adore-Moi et accomplis la prière pour te souvenir de Moi. Deux piliers de la série, soudés dans un seul verset, dans cet ordre : l’attestation, puis la prière — et la finalité nommée : li-dhikrî, pour Mon rappel. La salât est le souvenir d’Allah devenu acte, protocole et rendez-vous : le tawhîd du premier dossier, cinq fois par jour, en gestes et en paroles. Et le rappel, dit le Coran, est la seule chose qui apaise un cœur :
أَلَا بِذِكْرِ اللَّهِ تَطْمَئِنُّ الْقُلُوبُ
« N’est-ce pas par le rappel d’Allah que les cœurs s’apaisent ? »
Coran 13:28
Techniquement, les juristes définissent la prière : des paroles et des actes déterminés, ouverts par la glorification (le takbîr) et clos par la salutation — mais cette définition de forme ne dit pas le rang. Le rang, voici comment les textes l’établissent.
2. Le seul commandement prescrit au-dessus des sept cieux
Premier joyau, et il est historique : de toutes les obligations de l’islam, la prière est la seule qui n’ait pas été descendue — le Prophète ﷺ est monté la chercher. Lors du voyage nocturne et de l’ascension, après avoir dirigé les prophètes en prière à Jérusalem, au-delà du septième ciel, sans intermédiaire angélique, Allah prescrivit cinquante prières par jour ; puis, sur les conseils de Mûsâ croisé au retour — Mûsâ, qui connaissait le poids d’un peuple —, le Prophète ﷺ demanda l’allègement, remontant plusieurs fois, jusqu’à ce que le nombre fût fixé :
هِيَ خَمْسٌ وَهِيَ خَمْسُونَ، لَا يُبَدَّلُ الْقَوْلُ لَدَيَّ
« Elles sont cinq, et elles sont cinquante : la parole ne change pas auprès de Moi. »
Rapporté par Al-Bukhârî (n° 349) et Muslim (n° 162-163), dans le long récit du Mi’râj — cinq à accomplir, cinquante dans la balance
Pesez chaque élément de la scène : le lieu — là où nulle créature n’était jamais parvenue ; le mode — sans messager intermédiaire, quand tout le reste de la religion est passé par Jibrîl ; le chiffre initial — cinquante, comme pour dire la place que ce rendez-vous devait occuper ; l’allègement — la miséricorde qui divise l’effort par dix sans diviser le salaire. Une obligation remise en main propre, au sommet de la création, la nuit où le serviteur fut le plus honoré de l’histoire — voilà le certificat d’origine de la prière. Quand tu te lèves pour prier, tu accomplis la seule pratique de ta religion dont l’ordre fut donné au-dessus des cieux ; et les savants y ont lu un signe : la prière est le mi’râj offert à chaque croyant — non au sens d’un voyage du corps, mais au sens exact que dira le hadith de la prosternation : le moment de la plus grande proximité.
3. La première jugée, la colonne de l’édifice, la frontière
إِنَّ أَوَّلَ مَا يُحَاسَبُ بِهِ الْعَبْدُ يَوْمَ الْقِيَامَةِ صَلَاتُهُ، فَإِنْ صَلَحَتْ فَقَدْ أَفْلَحَ وَأَنْجَحَ، وَإِنْ فَسَدَتْ فَقَدْ خَابَ وَخَسِرَ
« La première chose sur laquelle le serviteur rendra compte au Jour de la résurrection est sa prière : si elle est bonne, il aura réussi et gagné ; si elle est corrompue, il aura échoué et perdu. »
Rapporté par At-Tirmidhî (n° 413) et An-Nasâ’î, d’après Abû Hurayra — authentifié
Le premier dossier de l’audit final : la prière — avant les biens, avant les droits des créatures. Et le hadith poursuit : si l’obligatoire présente un manque, le Seigneur dira : voyez si Mon serviteur a des œuvres surérogatoires pour compléter — première apparition d’une logique que nous retrouverons : les nawâfil, réserve de complément. Le Prophète ﷺ l’a nommée la colonne : la tête de l’affaire est l’islam, sa colonne est la prière (At-Tirmidhî n° 2616, authentifié) — ôtez la colonne, la tente s’effondre. Et il a tracé la frontière dans les termes les plus graves du corpus :
بَيْنَ الرَّجُلِ وَبَيْنَ الشِّرْكِ وَالْكُفْرِ تَرْكُ الصَّلَاةِ
« Entre l’homme et l’association (shirk) et la mécréance (kufr) : l’abandon de la prière. »
Rapporté par Muslim (n° 82), d’après Jâbir
الْعَهْدُ الَّذِي بَيْنَنَا وَبَيْنَهُمُ الصَّلَاةُ، فَمَن تَرَكَهَا فَقَدْ كَفَرَ
« Le pacte qui nous sépare d’eux est la prière : quiconque l’abandonne a mécru. »
Rapporté par At-Tirmidhî (n° 2621) et An-Nasâ’î, d’après Burayda — authentifié
Ces deux textes — que la partie sur les négligences examinera de près avec le débat des savants qu’ils ont suscité — suffisent à situer l’enjeu : la prière n’est pas un « plus » de piété, elle est la ligne de démarcation que le Prophète ﷺ lui-même a nommée. Ibn al-Qayyim a consacré un livre entier — Kitâb as-Salât wa hukm târikihâ — à cette seule question du statut de celui qui la délaisse : on ne consacre pas un livre à une option. Ajoutons enfin le trait qui dit tout de la place du pilier dans le cœur prophétique : ce furent parmi ses dernières paroles, répétées dans l’agonie — la prière, la prière, et ce que possèdent vos mains droites (Abû Dâwûd n° 5156, Ibn Mâjah — authentifié). Un mourant ne répète que l’essentiel ; le Messager mourant a répété la prière.
Joyau d’Ibn al-Qayyim — Le bouquet complet
Dans ses œuvres sur les secrets de la prière, Ibn al-Qayyim relève ce que nul autre acte ne présente : la salât rassemble en elle toutes les formes d’adoration éparses. La glorification (takbîr), la louange (la Fâtiha), la récitation du Livre, l’invocation, la demande de pardon, l’humilité du corps entier — station debout du serviteur, inclinaison de la nuque, prosternation du visage —, le silence recueilli, la salutation : chaque adoration que la religion connaît y figure en concentré. La prière n’est pas une adoration parmi d’autres, écrit-il en substance : elle est le bouquet où toutes sont nouées — et c’est pourquoi elle fut posée en colonne : qui la tient tient le résumé de toute la servitude, qui la perd a tout perdu d’un coup. La prière est une miniature de l’islam entier.
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