Dossier New Age · chapitre 5 sur 9
La fin du catalogue : les guides et les extraterrestres, la méditation face à la murâqaba, le « spirituel mais pas religieux », les gourous du bien-être, la sorcellerie, la « 5D ».
G. Channeling, « guides », anges et extraterrestres
Ce qu’on nous dit
Des entités désincarnées — « maîtres ascensionnés », « guides de lumière », « anges », « Pléiadiens », « la Source », parfois « Jésus » lui-même — parlent à travers des humains en transe (channels) ou par « écriture automatique », et dictent des enseignements. Le Cours en miracles a été « dicté par Jésus » ; Conversations avec Dieu, par « Dieu » ; les « Enfants indigo » ont été annoncés par « Kryon » ; Bashar est « une entité extraterrestre du futur ». Le raëlisme a fait des extraterrestres nos créateurs ; les « starseeds » se croient des âmes d’autres planètes incarnées sur Terre pour l’aider à « monter en vibration ». Et, plus modestement, des millions de gens « demandent à leurs anges » un signe, une place de parking ou une réponse, et interprètent une plume trouvée par terre comme une visite.
Ce que répond l’islam
Le Coran dit qui descend sur qui.
هَلْ أُنَبِّئُكُمْ عَلَىٰ مَن تَنَزَّلُ الشَّيَاطِينُ · تَنَزَّلُ عَلَىٰ كُلِّ أَفَّاكٍ أَثِيمٍ · يُلْقُونَ السَّمْعَ وَأَكْثَرُهُمْ كَاذِبُونَ
Vous apprendrai-je sur qui descendent les diables ? Ils descendent sur tout menteur, pécheur. Ils tendent l’oreille… et la plupart d’entre eux sont des menteurs.
Coran 26, 221-223
وَكَذَٰلِكَ جَعَلْنَا لِكُلِّ نَبِيٍّ عَدُوًّا شَيَاطِينَ الْإِنسِ وَالْجِنِّ يُوحِي بَعْضُهُمْ إِلَىٰ بَعْضٍ زُخْرُفَ الْقَوْلِ غُرُورًا
Ainsi avons-Nous donné à chaque prophète un ennemi : des diables d’entre les hommes et les djinns, qui s’inspirent (yûhî) les uns aux autres des paroles enjolivées, pour tromper.
Coran 6, 112
Le mot est frappant : le Coran emploie pour cette inspiration diabolique la même racine que pour la révélation (wahy). Il y a donc bien des « messages reçus » ; la question est de qui. L’islam répond avec un critère net : la révélation authentique est close avec Muhammad ﷺ, « sceau des prophètes » (33, 40), et Allah « ne dévoile Son inconnaissable à personne, sauf à un messager qu’Il agrée » (72, 26-27). Après lui, « il ne reste de la prophétie que les visions véridiques » (Bukhari 6990) — des rêves, pas des dictées de livres. Toute « entité » qui dicte aujourd’hui une doctrine nouvelle est donc, par définition, autre chose qu’un ange d’Allah.
Que sont ces « guides » alors ? La réponse classique tient en un mot : des djinns. Ibn Taymiyya, dans al-Furqân bayna awliyâ’ al-Rahmân wa awliyâ’ al-shaytân, décrit des cas qu’il a lui-même observés au XIIIe-XIVe siècle : des gens qui voient « le Prophète », « al-Khidr », « des saints morts » ou « des lumières », reçoivent des ordres, obtiennent des « miracles » — et il montre que ce sont des djinns qui prennent la forme attendue par le receveur. Le Cours en miracles, dicté par un « Jésus » qui nie le péché, la création du monde par Dieu et la réalité du corps, contredit la Torah, l’Évangile et le Coran à la fois : ce « Jésus » ne peut pas être ’Îsâ fils de Maryam. Allah décrit ce qui arrive à celui qui se détourne de Lui pour chercher ailleurs :
وَمَن يَعْشُ عَن ذِكْرِ الرَّحْمَٰنِ نُقَيِّضْ لَهُ شَيْطَانًا فَهُوَ لَهُ قَرِينٌ
Quiconque se détourne du rappel du Tout-Miséricordieux, Nous lui attachons un diable qui devient son compagnon inséparable.
Coran 43, 36
Les anges, eux, ne « conversent » pas à la demande. Ils sont décrits comme des serviteurs qui « ne désobéissent pas à Allah en ce qu’Il leur commande et font ce qui leur est ordonné » (66, 6), qui n’agissent que sur ordre (21, 26-27). Jibrîl n’est pas venu à Hirâ’ parce que le Prophète ﷺ l’avait « invité » : il est venu quand Allah l’a envoyé. Le musulman croit aux anges gardiens (13, 11) et aux anges scribes (82, 10-12), mais il ne leur adresse pas d’invocations — l’invocation revient à Allah seul (72, 18). Demander « à ses anges » un signe est déjà une adoration dévoyée ; les cartes d’anges sont de la divination avec un vernis chrétien, ce que leur créatrice a fini par reconnaître.
Sur les extraterrestres : le Coran n’exclut pas d’autres créatures dans l’univers (42, 29), mais il exclut qu’elles soient nos créateurs ou nos sauveurs. Et le Prophète ﷺ a annoncé que « l’Heure ne viendra pas avant que ne surgissent une trentaine de menteurs (dajjâlûn), chacun prétendant être messager d’Allah » (Bukhari 3609, Muslim 157). Les fondateurs de Raël, du Mandarom ou de l’Ordre du Temple solaire entrent dans cette prophétie, et non dans celle de l’Ère du Verseau.
Une variante de ce chapitre mérite un mot, parce qu’elle vise les enfants. Depuis les années 1970, une voyante américaine, Nancy Ann Tappe, disait « voir » l’aura indigo de certains enfants ; en 1999, Lee Carroll — qui « canalise » une entité nommée Kryon — et Jan Tober en ont fait un best-seller, Les Enfants indigo, qui a ensuite engendré les « enfants cristal », les « enfants arc-en-ciel » et, sur TikTok, les starseeds, ces « âmes venues d’autres étoiles » incarnées sur Terre pour l’« élever ». Le discours est toujours le même : votre enfant (ou vous-même) n’est pas difficile, il est « d’une autre vibration » ; il n’a pas besoin d’aide, il a besoin d’être « reconnu » ; il appartient à une catégorie d’humains spirituellement supérieure dès la naissance. On mesure les dégâts : des troubles réels non pris en charge, un orgueil enseigné dès l’enfance, et une humanité coupée en deux entre les « éveillés » et les autres.
L’islam ne connaît pas d’aristocratie de l’âme. Tous les enfants naissent sur la même fitra (Bukhari 1358), tous les hommes descendent d’Adam et Adam est de terre (Tirmidhi 3955), et « le plus noble d’entre vous auprès d’Allah est le plus pieux » (49, 13) — la piété se gagne, elle ne se reçoit pas à la naissance. Le Prophète ﷺ a aboli d’un mot toute supériorité innée : « pas de mérite pour l’Arabe sur le non-Arabe, ni pour le blanc sur le noir, sauf par la piété » (Ahmad 23489). Un enfant n’est pas une « âme stellaire » : c’est un dépôt (amâna) confié à des parents qui devront en rendre compte (Bukhari 893), et qui lui doivent l’éducation, les soins et, s’il le faut, le médecin.
H. Méditation, pleine conscience, yoga, Ho’oponopono, psychédéliques
Ce qu’on nous dit
Le salut passe par une technique intérieure. La méditation « fait taire le mental », la pleine conscience (mindfulness) installe dans le « moment présent », le yoga « unit » le corps et l’esprit (c’est son étymologie), la respiration « holotropique » ou le breathwork provoquent des états modifiés, le Ho’oponopono hawaïen guérit par quatre phrases (« désolé, pardon, merci, je t’aime ») adressées à « la divinité en soi », l’EFT tapote des « méridiens », les « constellations familiales » de Bert Hellinger convoquent le « champ » des ancêtres, les retraites d’ayahuasca ou de psilocybine promettent la « rencontre avec le divin » (le livre de Michael Pollan, Voyage aux confins de l’esprit, 2018, a relancé la mode). Le Pouvoir du moment présent enseigne que le passé et le futur sont des illusions et que la souffrance vient de l’identification au « mental ».
Où on le voit
Les applications Headspace et Calm ; la méditation en entreprise (Google a lancé son programme Search Inside Yourself en 2007) ; les cours de yoga dans les mairies et les écoles ; Eat Pray Love (2010) et son ashram ; Le Guerrier pacifique (2006) ; les « cérémonies cacao » et « cercles de femmes » ; Kung Fu Panda (2008) et son maître Oogway qui enseigne qu’il n’y a pas de hasard et que seul le présent est un cadeau ; les milliers de « retraites » en Ardèche, dans les Cévennes ou à Bali. En France, la pleine conscience est entrée à l’hôpital par la psychiatrie (Christophe André, Méditer jour après jour, 2011), ce qui a donné à l’ensemble une caution médicale.
Ce que répond l’islam
Il faut ici distinguer avec soin, parce que l’islam n’est pas hostile à l’intériorité : il en est le maître. Cinq prières quotidiennes avec recueillement (khushû’), le rappel (dhikr) du matin et du soir, la méditation sur la création (tafakkur : 3, 190-191), la vigilance de soi (murâqaba), l’examen de conscience (muhâsaba : « Jugez-vous avant d’être jugés », disait ’Umar), la retraite en mosquée (i’tikâf), la station de l’ihsân — « adorer Allah comme si tu Le voyais » (Muslim 8). Al-Ghazâlî a écrit là-dessus les quarante livres de l’Ihyâ’. L’islam offre donc au chercheur de calme exactement ce qu’il cherche, mais avec un Destinataire.
أَلَا بِذِكْرِ اللَّهِ تَطْمَئِنُّ الْقُلُوبُ
N’est-ce pas par le rappel d’Allah que les cœurs s’apaisent ?
Coran 13, 28
C’est le point de bascule. La méditation New Age vise un état — le vide, la présence, la dissolution du moi. Le dhikr vise Quelqu’un. La première se termine en soi ; le second se termine en Allah. Le Prophète ﷺ se retirait bien dans la grotte de Hirâ’ avant la révélation (Bukhari 3), mais ce qu’il y faisait, le hadith l’appelle tahannuth : une dévotion, une recherche de son Seigneur — et cela s’est achevé non par un « éveil » intérieur, mais par une parole venue d’ailleurs : « Lis ! » Après quoi la méthode prophétique n’a plus jamais été l’assise silencieuse, mais la prière.
Il faut ici nommer précisément l’alternative, parce qu’on reproche souvent à l’islam de n’avoir rien à offrir « à la place » de la pleine conscience. La pleine conscience (mindfulness) est la version laïcisée, par Jon Kabat-Zinn à partir de 1979, de la vipassanâ bouddhiste : une attention « sans jugement » au moment présent, où l’on observe pensées et sensations comme des nuages qui passent, sans Dieu et sans finalité autre que soi. L’islam possède une discipline exactement située à cet endroit, et plus ancienne : la murâqaba, la « vigilance », que le Prophète ﷺ a définie dans le hadith de Jibrîl en définissant l’ihsân : « adorer Allah comme si tu Le voyais, car si tu ne Le vois pas, Lui te voit » (Muslim 8). Ibn al-Qayyim la décrit dans les Madârij comme la conscience permanente qu’Allah observe l’extérieur et l’intérieur du serviteur. La différence avec la pleine conscience est totale : l’une observe sans juger, l’autre se sait observée ; l’une cherche le vide, l’autre cherche une Présence ; l’une se termine dans le calme, l’autre se termine dans la pudeur devant Allah et l’amélioration de l’acte. Le musulman qui veut de la « présence » n’a pas besoin de l’importer : il a la murâqaba, le dhikr du matin et du soir, le tafakkur devant la création et, cinq fois par jour, l’exercice d’attention le plus exigeant qui soit — la prière avec khushû’.
Cela posé, voici les règles pratiques que les principes classiques permettent d’établir.
- Les techniques purement physiques ou attentionnelles (respirer lentement, observer ses pensées, s’étirer) relèvent des habitudes (’âdât), permises par défaut. Un musulman peut faire des exercices de respiration ou de la relaxation sans problème.
- Ce qui relève de l’adoration (’ibâda) est fixé par la révélation (« al-’ibâda tawqîfiyya ») et ne s’invente pas. Réciter un mantra (« Om », un nom de divinité), saluer le soleil (la « salutation au soleil » du yoga est une séquence dévotionnelle à Sûrya), joindre les mains en « namasté » (« je salue le divin en toi »), « poser une intention à l’Univers », c’est adopter le rite d’une autre religion. Le hadith « Quiconque imite un peuple en fait partie » (Abu Dawud 4031) et l’Iqtidâ’ al-sirât al-mustaqîm d’Ibn Taymiyya s’appliquent. Al-Bîrûnî, qui a traduit en arabe les Yoga-sûtras de Patañjali au XIe siècle, ne s’y trompait pas : il le présentait comme un texte de religion hindoue, pas comme de la gymnastique.
- Les doctrines emballées dans la technique — le moi est une illusion, il n’y a ni bien ni mal, le présent est la seule réalité, la souffrance vient de la pensée — sont de la théologie bouddhiste ou moniste et non des « découvertes ». Le musulman garde le passé (pour s’en repentir) et l’avenir (pour s’y préparer) : « Sois dans ce monde comme un étranger ou un voyageur ; le soir venu, n’attends pas le matin » (Bukhari 6416) — c’est une présence orientée, pas une présence sans direction.
- Les substances : « Tout ce qui enivre est du vin, et tout vin est illicite » (Muslim 2003). L’ayahuasca, la psilocybine, le LSD, le « microdosage » sont interdits, et l’expérience qu’ils procurent n’est pas une connaissance : Ibn Taymiyya observe que les états obtenus par des moyens non légiférés — jeûnes extrêmes, isolement, techniques — produisent des « dévoilements » que les djinns alimentent volontiers. Allah n’a pas mis notre guérison dans ce qu’Il nous a interdit (Bukhari, livre des boissons, en suspens).
- Le Ho’oponopono, réduit à « demander pardon à ceux qu’on a blessés », n’est que la Sunna ; mais sa théologie — adresser « pardon » et « je t’aime » à la « divinité en soi » pour « effacer les mémoires » — est une prière à une idole. On garde le pardon, on rend le destinataire à Allah : « Ne souhaitez-vous pas qu’Allah vous pardonne ? » (24, 22).
I. Relativisme et « spirituel mais pas religieux »
Ce qu’on nous dit
« Toutes les voies mènent au sommet. » « Chacun sa vérité. » « La religion divise, la spiritualité unit. » « Dieu ne juge pas, seul l’ego juge. » « Il n’y a pas de péché, il n’y a que des leçons. » « Ne juge pas. » Le New Age ne demande de renoncer à rien, sauf à l’idée qu’une religion puisse avoir raison contre les autres. On « prend ce qui résonne » dans chaque tradition : un peu de Bouddha, un peu de Rûmî, un peu de Jésus, un peu de chamanisme. Le supermarché est ouvert et le client est roi.
Ce que répond l’islam
Ce point a sa propre vignette (« Relativisme ») dans la rubrique Réponses ; nous n’en donnons ici que le cœur. La vérité est une par nature : deux affirmations contradictoires ne peuvent être vraies ensemble, et « Dieu est une personne qui parle » et « Dieu est une énergie qui vibre » sont contradictoires. Choisir, ce n’est pas être intolérant, c’est être adulte.
إِنَّ الدِّينَ عِندَ اللَّهِ الْإِسْلَامُ
La religion, auprès d’Allah, c’est l’islam.
Coran 3, 19
وَمَن يَبْتَغِ غَيْرَ الْإِسْلَامِ دِينًا فَلَن يُقْبَلَ مِنْهُ وَهُوَ فِي الْآخِرَةِ مِنَ الْخَاسِرِينَ
Quiconque désire une religion autre que l’islam, cela ne sera pas accepté de lui, et il sera, dans l’au-delà, parmi les perdants.
Coran 3, 85
L’islam n’est pourtant pas une religion « qui divise » : il est la seule à affirmer que tous les prophètes, d’Adam à Muhammad, ont enseigné une seule et même chose. « Nous n’avons envoyé avant toi aucun messager sans lui révéler : il n’y a de divinité que Moi, adorez-Moi donc » (21, 25). « Les prophètes sont des frères de père : leurs mères diffèrent, leur religion est une » (Bukhari 3443). L’unité que cherche le New Age, l’islam la propose — mais sur le tawhid, pas sur le vide. Et il refuse l’idée que Dieu « ne juge pas » : un dieu qui ne juge pas est un dieu pour qui le bourreau et la victime finissent pareil. Le Jour du Jugement n’est pas une menace, c’est une promesse de justice.
Quant au « ne juge pas » : le musulman ne juge pas les cœurs, il juge les idées, parce qu’il a reçu le commandement d’appeler au bien et de dissuader du mal (3, 104), et parce que « ne rien dire » n’est pas de l’amour, c’est de l’indifférence. Les psychologues eux-mêmes ont un nom pour la version New Age du « non-jugement » : le contournement spirituel (spiritual bypassing, John Welwood, 1984), l’usage de la « spiritualité » pour éviter de regarder ses fautes réelles.
J. Le bien-être comme religion : Goop, coachs, détox et gourous
Ce qu’on nous dit
Le corps est un temple, le bien-être est un devoir, la « santé holistique » est le nouveau salut. Des jus détox aux jeûnes de vingt et un jours, du « décodage biologique » (héritier de la « médecine nouvelle germanique » de Ryke Geerd Hamer, médecin radié, condamné en France en 2004 à trois ans de prison ferme et incarcéré à Fleury-Mérogis pour exercice illégal de la médecine après des décès de patients) aux « thérapeutes quantiques », du coach de vie à la « naturopathe intuitive », une armée de praticiens sans diplôme propose un soin « global » que la médecine « mécaniste » ne saurait donner. La Miviludes le dit : 37 % des signalements concernent aujourd’hui la santé et le bien-être, et des patients atteints de cancer abandonnent leurs traitements sur les conseils de « thérapeutes ». Une loi de 2024 a dû créer un délit pour cela.
Ce que répond l’islam
Le Prophète ﷺ a dit : « Ton corps a un droit sur toi » (Bukhari 5199) ; le soin du corps est donc une obligation, pas une religion. L’islam ne fait ni du corps un temple ni de la santé un salut : il en fait un dépôt (amâna). Il commande de se soigner, de consulter qui sait, de ne pas se nuire (« pas de dommage ni de dommage réciproque », Ibn Mâjah 2341). Un musulman qui abandonne une chimiothérapie pour un « nettoyage énergétique » n’est pas plus « spirituel » ; il désobéit à « Soignez-vous » et à « Ne vous jetez pas de vos propres mains dans la destruction » (2, 195).
Sur les gourous, l’islam a une règle qui vaut pour les coachs comme pour les cheikhs : « Nous ne nous prenons pas les uns les autres pour seigneurs en dehors d’Allah » (3, 64). Il n’y a pas de clergé, pas d’initiation, pas de secret, pas de praticien indispensable entre le serviteur et son Seigneur. « Pas d’obéissance à une créature dans la désobéissance au Créateur » (Ahmad, Musnad). La dépendance — financière, affective, spirituelle — envers un « thérapeute » est le signe le plus sûr qu’on a quitté la voie du tawhid. Le Prophète ﷺ ne faisait pas payer la ruqya à ses Compagnons ; ceux qui vendent la « lumière » vendent autre chose.
K. Néo-paganisme, sorcellerie, « féminin sacré », chamanisme
Ce qu’on nous dit
Le retour de la « Déesse », des cycles lunaires, des « cercles de femmes », du « féminin sacré », de la wicca (créée en 1954 par Gerald Gardner), de la sorcellerie « bienveillante » de WitchTok (rituels de nouvelle lune, bocaux de manifestation, sorts d’attraction), du chamanisme « de base » (Michael Harner, 1980), avec tambours, huttes de sudation et « animal totem », et d’un paganisme qui « honore la Terre » (Gaïa). La femme y est présentée comme une prêtresse naturelle ; la sorcière, comme une victime de l’Inquisition qu’il faut réhabiliter ; les « énergies de la nature », comme des puissances à honorer. Frozen 2 met en scène les esprits de la forêt ; Vaiana, un océan qui choisit et une déesse-île à réparer ; Pocahontas chante les esprits du vent.
Ce que répond l’islam
Le Coran a déjà rencontré la « Déesse », et il lui a consacré une sourate.
أَفَرَأَيْتُمُ اللَّاتَ وَالْعُزَّىٰ · وَمَنَاةَ الثَّالِثَةَ الْأُخْرَىٰ · أَلَكُمُ الذَّكَرُ وَلَهُ الْأُنثَىٰ · تِلْكَ إِذًا قِسْمَةٌ ضِيزَىٰ
Que pensez-vous d’al-Lât et d’al-’Uzzâ, et de Manât, cette troisième autre ? Le mâle serait-il pour vous et la femelle pour Lui ? Ce serait alors un partage injuste !
Coran 53, 19-22
Al-Lât, al-’Uzzâ et Manât étaient les trois déesses des Arabes, honorées près des sources et des arbres, servies par des devineresses. Le « féminin sacré » n’est pas une nouveauté, c’est un retour. L’islam n’a pas honoré la femme en la divinisant, mais en la faisant sujet de droit, héritière, savante, épouse consentante et mère à qui revient le paradis — et il a mis Maryam, servante d’Allah, au-dessus des femmes des mondes (3, 42), sans jamais faire d’elle une déesse.
La sorcellerie, elle, n’est pas « bienveillante » ou « maléfique » : elle est ce qu’elle est, une alliance avec les djinns. Le Coran raconte que les deux anges de Babylone avertissaient ceux qui venaient apprendre : « Nous ne sommes qu’une tentation, ne mécrois donc pas » (2, 102), et que « ceux qui l’apprennent ce qui leur nuit et ne leur profite pas ». Le Prophète ﷺ a rangé la sorcellerie parmi les sept péchés destructeurs, juste après le shirk (Bukhari 2766, Muslim 89), et il en a lui-même été la victime, par un homme nommé Labîd ibn al-A’sam (Bukhari 5763, Muslim 2189) — ce qui prouve qu’elle est réelle, et que le remède est le Coran (les deux sourates protectrices). Al-Qurtubî discute longuement dans son tafsîr du verset 2, 102 les formes de la magie et leur statut ; tous les savants s’accordent sur son interdiction, et la majorité sur le fait que sa pratique est une mécréance. Il n’y a pas de « bocal de manifestation » halal.
Quant au chamanisme : les Arabes avaient leurs kuhhân, qui entraient en transe, rendaient des oracles rimés et « voyaient » grâce à leurs djinns. Le Coran a été accusé d’être « la parole d’un devin » et a répondu : « Ce n’est pas la parole d’un devin ; comme vous vous rappelez peu ! » (69, 42). Le tambour, la transe et le « voyage » ne sont pas des techniques neutres de « connexion à la nature » : c’est le métier de kâhin, et le hadith sur le kâhin vaut pour lui.
L’islam, enfin, a une écologie qui n’a pas besoin de Gaïa : « Ce bas monde est doux et verdoyant, et Allah vous y a établis comme gérants pour voir comment vous agissez » (Muslim 2742) ; « Si l’Heure survient alors que l’un de vous tient un plant, qu’il le plante » (Ahmad 12902). On garde la Terre parce qu’elle est un dépôt d’Allah, non parce qu’elle est une déesse.
L. La « conspiritualité » et l’ascension en 5D
Ce qu’on nous dit
Depuis 2020, une part du New Age a fusionné avec le complotisme : les « élites » cachent la vérité, la 5G et les vaccins empêchent l’« ascension » de l’humanité vers la « cinquième dimension », un « Grand Réveil » approche, les « starseeds » et « travailleurs de lumière » ont pour mission d’« élever la vibration collective ». La Miviludes note que le complotisme sanitaire a été un accélérateur de dérives.
Ce que répond l’islam
Le Coran commande la vérification : « Ô croyants, si un pervers vous apporte une nouvelle, vérifiez-la » (49, 6). Il interdit de suivre ce dont on n’a pas la science (17, 36). Il n’y a pas d’« ascension » collective de l’humanité dans l’islam, mais une fin des temps précisément décrite, et une seule ascension qui compte : celle de la prière du croyant, et celle de son âme au moment de la mort si elle a été bonne. Le musulman n’attend pas la 5D ; il attend le Jour de la Résurrection, et il s’y prépare.