Avant-propos : le rendez-vous des biens — La zakât (pilier 3/5)

La zakât — pilier 3/5 — chapitre 01 sur 12

Après le corps et le cœur, l’argent : c’est au portefeuille que la servitude se vérifie — et le dossier a deux faces, la zakât et son contraire exact, le ribâ.

Après le rendez-vous du corps et du cœur — la prière —, voici le rendez-vous des biens : la zakât, troisième pilier de l’islam. Le premier dossier a établi que nul n’est adoré en droit sauf Allah ; le deuxième a montré le serviteur se présentant cinq fois par jour à l’audience ; celui-ci pose la question que toute religion sérieuse doit poser et que beaucoup esquivent : et ton argent ? Car il est facile d’incliner la nuque cinq minutes ; c’est au portefeuille que la servitude se vérifie. L’islam ne l’a pas laissé au zèle volontaire : il en a fait un pilier — un prélèvement annuel, chiffré, obligatoire, dont le nom même est un programme : zakât, du verbe qui signifie à la fois purifier et croître. Donner purifie ce qui reste et le fait croître : toute la doctrine tient dans l’étymologie.

Mais ce dossier a une seconde face, et elle lui donne son relief : on ne comprend pleinement la zakât qu’en regardant son exact contraire — le ribâ, l’usure, l’intérêt sur le prêt, que le Coran interdit dans les termes les plus violents de toute sa législation : c’est le seul péché au monde contre lequel Allah et Son Messager déclarent la guerre en toutes lettres. Pourquoi une telle charge ? Parce que zakât et ribâ sont deux pompes inversées branchées sur le corps social : l’une fait descendre, chaque année, une part du haut vers le bas — des fortunes vers huit catégories de démunis ; l’autre fait monter, chaque jour, le fruit du travail des endettés vers les créanciers. Un verset les met face à face en une ligne : Allah fait péricliter l’usure et fructifier l’aumône. Nous consacrerons donc au ribâ la place que le sujet exige — textes, mécanique, et l’état du monde qu’il a produit : car nous vivons, pour la première fois de l’histoire, dans une civilisation entièrement bâtie sur l’intérêt, et les chiffres de ce qu’elle inflige aux hommes et aux nations illustrent, avec une exactitude glaçante, le diagnostic que la révélation a posé il y a quatorze siècles. Non que les statistiques « prouvent » le Coran — notre ligne anti-concordiste demeure — : mais quand l’ordonnance divine interdit un poison et que le laboratoire du réel en documente les ravages, l’honnêteté commande de verser le constat au dossier.

Ce retravail articule le dossier sur ses deux dimensions inséparables, que les parties III et IV déploient face à face : ce que la zakât fait à l’homme — l’individu, son cœur, son rapport aux biens — et ce que la zakât fait à la cité — la société, sa circulation, sa paix. Toute la thèse du dossier tient là : le même geste qui opère un cœur irrigue une nation, et son contraire exact, le ribâ, assèche l’un et l’autre par le même mécanisme inversé.

Les sources de ce dossier

Pour l’exégèse : At-Tabarî, Ibn Kathîr, Al-Qurtubî, As-Sa’dî. Pour le hadith : Al-Bukhârî, Muslim et les Sunan, degrés indiqués hors des deux recueils. Pour le fiqh et la sagesse du pilier : les chapitres de la zakât des quatre écoles, An-Nawawî, Ibn Qudâma (Al-Mughnî), Ibn al-Qayyim et Ibn Taymiyya. Les données économiques contemporaines citées en partie IV proviennent d’institutions publiques et sont datées dans le corps du texte : elles illustrent, elles ne fondent pas. Versets dans la traduction de Rachid Maach. Aucune source chiite, aucun auteur contemporain en autorité doctrinale.

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