Volet 2 · La Terre sacrée · chapitre 18 sur 19
Safâ : la colline de la mère et la colline de l’appel
« Lorsque descendit : Avertis tes proches les plus rapprochés (26:214), le Prophète ﷺ monta sur As-Safâ et se mit à appeler : ô Banû Fihr ! ô Banû ‘Adî ! — clan par clan de Quraysh — jusqu’à ce qu’ils fussent rassemblés. Il dit : que diriez-vous si je vous annonçais que des cavaliers, dans la vallée, s’apprêtent à vous attaquer ? Me croiriez-vous ? Ils dirent : oui, nous n’avons jamais éprouvé chez toi que la vérité. Il dit : je suis pour vous un avertisseur, devant un châtiment terrible. »
Rapporté par Al-Bukhârî (n° 4770) et Muslim (n° 208), d’après Ibn ‘Abbâs — authentique
Voici une chose que peu de pèlerins savent en gravissant As-Safâ pour commencer leur sa’y : cette colline a deux mémoires. La première est celle de Hâjar — elle y monta la première, cherchant de l’eau ; la seconde est celle de son descendant — il y monta pour appeler sa ville à un autre breuvage. De la même hauteur, une mère avait cherché une source ; un Prophète offrit la Source. Et les Quraysh, avant de le rejeter, lui rendirent le plus beau témoignage qu’un peuple ait rendu à un homme : nous n’avons jamais éprouvé chez toi que la vérité. Au pied de cette colline se trouvait la maison d’Al-Arqam, où les premiers croyants se cachaient pour apprendre le Coran ; le pèlerin qui commence sa course commence au berceau clandestin de l’islam.
Thawr : la grotte de l’adieu
« Si vous ne le secourez pas, Allah l’a déjà secouru lorsque ceux qui mécroient l’expulsèrent, lui, le second de deux, lorsqu’ils étaient tous deux dans la grotte et qu’il disait à son compagnon : ne t’afflige pas, Allah est avec nous »
Coran 9:40 *
« Abû Bakr dit : je regardai les pieds des idolâtres au-dessus de nos têtes, alors que nous étions dans la grotte, et je dis : ô Messager d’Allah, si l’un d’eux baissait les yeux sur ses pieds, il nous verrait sous ses pieds ! Il dit : ô Abû Bakr, que penses-tu de deux dont Allah est le troisième ? »
Rapporté par Al-Bukhârî (n° 3653) et Muslim (n° 2381), d’après Anas — authentique
Au sud de la ville, à l’opposé de Hirâ, une autre montagne, une autre grotte — Thawr. Après treize ans de prédication, de boycott, de coups, de morts parmi les siens, chassé sous peine de mort, le Prophète ﷺ quitte La Mecque de nuit avec un seul compagnon, et se cache trois jours dans ce trou de roc tandis que les cavaliers de Quraysh fouillent la montagne. La suite est rapportée dans les Musnad : une araignée aurait tissé sa toile devant l’entrée, et un arbre aurait poussé, si bien que les poursuivants, voyant la toile intacte, jugèrent que nul n’y était entré depuis avant la naissance de Muhammad — et les colombes, que la piété populaire y ajoute, ne sont pas établies. Mais la protection, elle, n’a pas besoin de toile : Allah est avec nous — deux dont Allah est le troisième. Et c’est en sortant de cette ville, selon un hadith recevable, que le Prophète ﷺ prononça, tourné vers elle, la déclaration d’amour que tout pèlerin devrait connaître avant d’arriver :
« Par Allah, tu es la meilleure terre d’Allah, et la terre d’Allah la plus aimée d’Allah — et si l’on ne m’avait pas chassé de toi, je ne t’aurais pas quittée. »
Rapporté par At-Tirmidhî (n° 3925) et Ibn Mâjah (n° 3108), d’après ‘Abdullâh ibn ‘Adî ibn al-Hamrâ’ — jugé recevable (hasan sahîh selon At-Tirmidhî)
Degré. la grotte, la peur d’Abû Bakr et la réponse sont dans le Coran et les deux Sahîh — établis. L’araignée est rapportée par Ahmad (n° 3251) d’après Ibn ‘Abbâs — degré discuté (chaîne jugée bonne par Ibn Kathîr, affaiblie par d’autres) ; les colombes ne reposent sur aucun récit solide. La parole d’adieu à La Mecque est jugée recevable.
Minâ, ‘Aqaba, ‘Arafât : les lieux du hajj étaient déjà les siens
Reste une découverte que fait le lecteur attentif de la Sîra : les lieux du pèlerinage étaient les lieux de la vie du Prophète ﷺ avant d’être ceux du rite. Les jamarât, où le pèlerin lance ses cailloux ? C’est près de la grande stèle, à Minâ, jamrat al-‘Aqaba, que se tinrent de nuit, deux années de suite, pendant les jours du pèlerinage païen, les serments d’Al-‘Aqaba : soixante-treize hommes et deux femmes de Yathrib, venus en secret jurer de le protéger comme leurs propres femmes et enfants — la naissance de Médine, et donc de l’islam comme cité, à quelques mètres de l’endroit où l’on lapide le tentateur. La mosquée d’Al-Khayf, à Minâ, où il pria pendant son hajj — et où, selon une parole jugée recevable par plusieurs, soixante-dix prophètes prièrent avant lui (At-Tabarânî — degré discuté). ‘Arafât, enfin, où le premier volet a placé le sermon d’adieu : c’est là, adossé aux rochers au pied de la montagne, qu’il se tint jusqu’au coucher du soleil, disant : je me suis tenu ici, et ‘Arafa tout entière est station (Muslim n° 1218) — et que, quatre-vingt-un jours avant sa mort, il déclara la religion parachevée (5:3).
Degré. les serments d’Al-‘Aqaba et leur lieu sont rapportés par Ibn Ishâq et mentionnés dans les Sahîh (Al-Bukhârî n° 3893) — établis dans leur substance. Les soixante-dix prophètes d’Al-Khayf : At-Tabarânî, chaîne discutée. Les récits d’historiens (Al-Azraqî) selon lesquels des dizaines de prophètes seraient enterrés autour de la Ka’ba ne reposent sur aucun hadith solide et ne sont pas retenus ici.
Et d’autres prophètes ont marché sur cette terre : le Prophète ﷺ les a vus.
« Il me semble voir Mûsâ descendant la vallée, prononçant la talbiya. […] Et il me semble voir Yûnus ibn Mattâ sur une chamelle rousse et robuste, vêtu d’un manteau de laine, la bride de sa chamelle en fibre de palmier, prononçant la talbiya. »
Rapporté par Muslim (n° 166), d’après Ibn ‘Abbâs — authentique
Mûsâ dans un défilé, Yûnus sur une chamelle rousse, en laine, la corde en fibre de palmier — pèlerins sans cortège, criant labbayk dans les mêmes cols que le voyageur d’aujourd’hui. La vallée que traverse le car du pèlerin est celle où le Prophète ﷺ voyait passer les Prophètes. Il n’y a peut-être pas, sur toute la terre, un mètre de sol qu’autant d’envoyés d’Allah aient foulé en disant la même phrase.