Volet 2 · La Terre sacrée · chapitre 17 sur 19
Muhammad ﷺ : le Prophète né dans la vallée
Le hajj n’est pas seulement le voyage d’Ibrâhîm : c’est aussi la ville d’un enfant. Tout ce que le pèlerin traverse, un homme y a joué, y a gardé les moutons, y a médité, y a été frappé, y a pleuré, y a triomphé, y a fait ses adieux. Suivons-le dans sa vallée, avec ses propres paroles quand nous les avons.
L’enfant de Zamzam : le cœur lavé dans l’eau de la vallée
« Jibrîl vint au Messager d’Allah ﷺ alors qu’il jouait avec des enfants ; il le prit, le renversa, lui fendit la poitrine, en retira le cœur, en extraya un caillot, et dit : ceci est la part de Satan en toi. Puis il le lava dans un bassin d’or, avec de l’eau de Zamzam, le referma et le remit à sa place. Les enfants coururent vers sa nourrice en criant : Muhammad a été tué ! Ils le trouvèrent, le teint changé. — Anas dit : et je voyais la trace de la couture sur sa poitrine. »
Rapporté par Muslim (n° 162), d’après Anas ibn Mâlik — authentique
Voici le premier miracle de sa vie, dans la steppe des Banû Sa’d où sa nourrice l’élevait — et l’eau qu’un ange y verse est celle du puits d’Ismâ’îl, apportée depuis la vallée : Zamzam, l’eau née d’un ordre, lave le cœur de celui qui portera le dernier ordre. L’enfant rentre à La Mecque orphelin de père, perd sa mère à six ans, son grand-père — le ‘Abd al-Muttalib de l’Éléphant et du puits — à huit ; il grandit chez son oncle, garde les moutons sur ces mêmes collines pour quelques pièces (Al-Bukhârî n° 2262), marchande, se fait un nom qui vaut serment — al-Amîn — et, à trente-cinq ans, remet la Pierre à sa place. Puis il commence à fuir la ville.
Hirâ : la grotte où le Ciel s’est ouvert
« Puis on lui fit aimer la solitude : il se retirait dans la grotte de Hirâ, où il se consacrait à l’adoration des nuits durant, avant de revenir vers les siens se ravitailler, puis repartait — jusqu’à ce que la vérité le surprît dans la grotte de Hirâ. L’ange vint à lui et dit : lis ! Il répondit : je ne sais pas lire. »
Rapporté par Al-Bukhârî (n° 3) et Muslim (n° 160), d’après ‘Â’isha — authentique
Au nord-est de la Maison, une montagne pointue domine la vallée ; on l’appelle depuis Jabal an-Nûr, la montagne de la Lumière. Près de son sommet, une fente dans le roc, à peine assez large pour un homme couché, ouverte vers la Ka’ba : c’est de là qu’un homme de quarante ans regardait, la nuit, la Maison de son ancêtre entourée d’idoles — et c’est là qu’un jour de ramadan, une créature qu’il n’avait jamais vue l’étreignit trois fois jusqu’à l’épuisement, et que le premier mot du Coran fut prononcé sur la terre : lis. Le pèlerin qui gravit Hirâ ne trouve rien à voir : une anfractuosité, un peu d’ombre, la ville en contrebas. C’est précisément la leçon : le plus grand événement de l’histoire humaine n’a laissé aucun monument ; il a laissé un Livre. Et cette même montagne a vu, quelques années plus tard, un signe que les Quraysh demandèrent et ne surent pas croire :
« La lune se fendit en deux, à l’époque du Messager d’Allah ﷺ : une part au-dessus de la montagne, une part en dessous — et le Messager d’Allah ﷺ dit : soyez témoins. »
Rapporté par Al-Bukhârî (n° 3638) et Muslim (n° 2800), d’après Ibn Mas’ûd — authentique ; une version précise que l’on vit la montagne de Hirâ entre les deux moitiés
L’Heure approche et la lune s’est fendue (54:1 *) : le ciel de La Mecque a vu ce qu’aucun ciel n’a vu, et les Quraysh y répondirent que c’était de la magie. La montagne d’où le Livre était descendu se tint, un instant, entre les deux moitiés d’un astre — comme si la vallée entière rappelait à ses habitants d’où venait la lumière qu’ils refusaient.
Le Hijr, Zamzam, le Ciel : la nuit du Voyage
« Gloire à Celui qui fit voyager de nuit Son serviteur, de la Mosquée sacrée à la Mosquée la plus éloignée, dont Nous avons béni les alentours, afin de lui montrer certains de Nos signes. Il est Celui qui entend tout, qui voit tout »
Coran 17:1 *
« Tandis que j’étais dans le Hijr — ou : dans le Hatîm — couché, quelqu’un vint à moi, fendit — et il désigna de sa gorge au bas de son ventre —, retira mon cœur ; puis l’on m’apporta un bassin d’or, empli de foi ; mon cœur fut lavé, empli, et remis en place. Puis l’on m’amena une monture blanche, plus petite que la mule et plus grande que l’âne… »
Rapporté par Al-Bukhârî (n° 3207 et 3887) et Muslim (n° 164), d’après Mâlik ibn Sa’sa’a — authentique ; la version de Muslim (n° 162) précise que le cœur fut lavé avec de l’eau de Zamzam
Tous les fils de ce dossier se nouent en une nuit. Le Prophète ﷺ dort dans le Hijr — cette part de la Maison restée à ciel ouvert, où reposeraient Hâjar et Ismâ’îl ; son cœur est lavé une seconde fois dans l’eau de Zamzam, sortie de terre pour cet enfant et cette mère ; et il s’élève, depuis la Mosquée sacrée, jusqu’à la Maison fréquentée — Bayt al-Ma’mûr, où les soixante-dix mille anges entrent chaque jour, à la verticale de l’endroit même où il dormait. Il est parti de la Ka’ba d’en bas et il est arrivé à la Ka’ba d’en haut. Le pèlerin qui, la nuit, fait sa ronde dans la lumière blanche de la mosquée et passe devant le mur bas du Hijr, passe devant le point de départ du seul voyage humain qui soit allé jusqu’au Lotus de la limite — et ce point de départ, c’est un homme couché à même la pierre, à côté du puits de sa vallée.