X. Une terre que les cieux connaissent

LES CINQ PILIERS DE L’ISLAM · DOSSIER 5 · LE PÈLERINAGE · VOLET 2 · LA TERRE SACRÉEX. Une terre que les cieux connaissentBayt al-Ma’mûr : la Maison au-dessus de la MaisonCHAPITRE 10 SUR 19

Volet 2 · La Terre sacrée · chapitre 10 sur 19

Le dossier du pèlerinage a raconté le voyage : l’habit blanc, la talbiya, la ronde, la course, la station, le retour. Il a raconté la famille dont les gestes sont devenus des rites. Mais il a marché vite sur la terre elle-même — et la terre, ici, n’est pas un décor. Le pèlerin qui pose le pied dans la vallée de La Mecque ne traverse pas des kilomètres : il traverse des siècles. Sous ses sandales, des fondations plus vieilles que toute mémoire humaine ; au-dessus de sa tête, une Maison que les anges fréquentent ; dans sa gourde, une eau sortie du sable sous le talon d’un ange ; contre ses lèvres, une pierre venue d’ailleurs ; autour de lui, des montagnes qui ont vu la lune se fendre, un ciel d’où des oiseaux ont brisé une armée, une grotte où un homme seul a entendu, pour la première fois, la voix qui allait renverser le monde.

Ce second volet du dossier du pèlerinage est le récit de cette terre : ce qu’Allah y a placé, ce qu’Il y a fait, qui y est passé — Adam, Ibrâhîm, Hâjar, Ismâ’îl, Mûsâ, Yûnus, et l’enfant né dans la vallée l’année où les éléphants refusèrent d’avancer. Il s’adresse au pèlerin, pour qu’il sache où il marche ; et au lecteur qui n’a jamais vu la Maison, pour qu’il en rêve — car on ne se hâte que vers ce qu’on désire, et l’on ne désire que ce que l’on connaît.

La règle d’honnêteté de ce dossier

Aucun sujet n’attire davantage la légende que les vertus des lieux saints : les livres classiques sur les mérites de La Mecque — les Akhbâr Makka d’Al-Azraqî, les chapitres des historiens — mêlent l’or des textes établis au sable des récits transmis sans chaîne solide. Un dossier qui veut faire rêver n’a pas le droit de faire croire n’importe quoi ; c’est pourquoi chaque élément de ce volet porte, sous sa citation, son degré exact :

  • Coran — la certitude absolue : ce que le texte dit, ni plus ni moins.
  • Hadith authentique — rapporté par Al-Bukhârî ou Muslim, ou authentifié par les maîtres du hadith.
  • Hadith jugé recevable — degré hasan chez les anciens ; on s’y appuie, sans le hisser au rang du précédent.
  • Récit discuté — chaîne contestée entre les savants ; rapporté comme tel, jamais affirmé.
  • Récit historique — Sîra, Akhbâr Makka, exégèses rapportant les Anciens : la mémoire de la ville, précieuse mais non établie par un hadith authentique.

Sources exclusivement sunnites classiques : At-Tabarî, Ibn Kathîr, Al-Qurtubî pour l’exégèse ; Al-Bukhârî, Muslim et les Sunan pour le hadith ; Ibn Ishâq et Ibn Hishâm pour la Sîra ; Al-Azraqî pour l’histoire du Sanctuaire ; Ibn al-Qayyim et Ibn Taymiyya pour le sens des lieux. Versets dans la traduction de Rachid Maach ; les versets marqués d’un astérisque (*) n’étaient pas cités dans le premier volet et sont rendus provisoirement, en attendant leur alignement sur la traduction Maach. Aucune source chiite, aucun auteur contemporain en autorité doctrinale.

Avant les hommes : la Maison que les cieux connaissent

Bayt al-Ma’mûr : la Maison au-dessus de la Maison

« Par le Mont ! Par un Livre écrit sur un parchemin déployé ! Par la Maison fréquentée ! Par la voûte élevée ! »

Coran 52:1-5 *

Commençons par le haut — car la Ka’ba n’est pas seule. Allah jure, dans la sourate du Mont, par une Maison fréquentée, al-Bayt al-Ma’mûr : et c’est le Prophète ﷺ lui-même qui a dit, au retour de la nuit du Voyage, ce qu’est cette Maison :

« Puis l’on m’éleva jusqu’à la Maison fréquentée — chaque jour y entrent soixante-dix mille anges, qui n’y reviennent jamais. »

Rapporté par Al-Bukhârî (n° 3207) et Muslim (n° 162) — d’après Mâlik ibn Sa’sa’a et Anas ibn Mâlik — authentique

Pesez le chiffre, puis pesez la clause : soixante-dix mille par jour — et jamais les mêmes. Depuis que les cieux existent, la file des anges qui attendent leur tour d’entrer une seule fois dans cette Maison ne s’est pas interrompue, et nul d’entre eux n’obtiendra une seconde visite. Il y a là-haut une Ka’ba dont le pèlerinage ne se fait qu’une fois dans la vie d’un ange — comme le hajj ne s’impose qu’une fois dans la vie d’un homme. Les Compagnons ont dit davantage : ‘Alî ibn Abî Tâlib, et d’autres après lui, rapportent que cette Maison céleste se tient exactement à la verticale de la Ka’ba, si bien que, si elle tombait, elle tomberait sur elle — et qu’à chaque ciel correspond une maison où les habitants de ce ciel adorent leur Seigneur.

Degré. le verset et le hadith des soixante-dix mille anges sont établis. L’alignement vertical de Bayt al-Ma’mûr sur la Ka’ba est une parole de Compagnons rapportée par At-Tabarî et Ibn Kathîr dans leur commentaire de 52:4 — non un hadith du Prophète ﷺ ; on la transmet comme telle.

Voici donc la première chose que le pèlerin devrait savoir en levant les yeux vers le cube noir : il tourne au rez-de-chaussée d’un édifice dont les étages montent jusqu’au septième ciel. Pendant qu’il fait ses sept circuits, au-dessus de lui, hors de sa vue, des créatures de lumière font les leurs — et le tawhîd s’écrit ainsi en colonne, de la terre au Trône : une seule direction, une seule Maison, un seul Seigneur adoré de bas en haut. Le voyageur qui croit aller au bout du monde est en réalité venu se placer sous l’axe du monde.