VII. Le tawaf, le sa’y, ‘Arafât — et la descente

LES CINQ PILIERS DE L’ISLAM · DOSSIER 5 · LE PÈLERINAGE · VOLET 1 · LE VOYAGEVII. Le tawaf, le sa’y, ‘Arafât — et la descenteLe cœur en orbite, l’image du Rassemblement, l’adieu à la MaisonCHAPITRE 7 SUR 19

Volet 1 · Le voyage · chapitre 7 sur 19

Le tawaf et le sa’y : le cœur en orbite, la mère en mémoire

Arrivé à la Maison, le pèlerin tourne — sept circuits, la Ka’ba à sa gauche, dans le sens du cœur. Les images des savants abondent, et deux suffisent : l’orbite — comme les corps célestes autour de leur centre, les serviteurs autour de la Maison de leur Seigneur : le tawaf donne à voir ce que le tawhîd affirme, une création entière ordonnée autour d’un Centre unique ; et l’aimant — de partout la limaille humaine converge et s’ordonne en cercles. Puis la station d’Ibrâhîm, la prière, Zamzam — l’eau de l’exaucement — et le sa’y : les sept trajets de Hâjar, dont le chapitre précédent a raconté la source ; le pèlerin y court là où elle a couru, et y apprend ce qu’elle a enseigné : l’effort total et la confiance totale ne s’opposent pas — elle a couru sept fois et dit : Il ne nous abandonnera pas.

‘Arafât : le sommet du hajj — et l’image du Rassemblement

« Il n’est pas de jour où Allah affranchit du Feu plus de serviteurs qu’au jour de ‘Arafât. Il Se rapproche, puis Il Se glorifie d’eux auprès des anges et dit : que veulent donc ceux-là ? »

Rapporté par Muslim (n° 1348), d’après ‘Â’isha

Le neuf du mois, la foule blanche quitte Minâ pour la plaine de ‘Arafât — et là se joue l’essentiel : le hajj, c’est ‘Arafât (At-Tirmidhî n° 889, authentifié) : qui manque la station a manqué le pèlerinage, quoi qu’il ait fait d’autre. Or que fait-on à ‘Arafât ? Rien — et tout : on se tient debout (wuqûf), de l’après-midi au coucher, dans une plaine nue, en habit de linceul, des millions ensemble, à invoquer, pleurer, demander — la meilleure invocation est celle du jour de ‘Arafât, disait le Prophète (At-Tirmidhî n° 3585 — jugé recevable). Voyez l’image, car elle est double : c’est le Rassemblement d’avance — la plaine, la foule blanche, la station debout, l’attente du verdict : quiconque a vu ‘Arafât a vu une maquette du Jour dernier ; et c’est le parloir de la miséricorde — le hadith ci-dessus dit l’inouï : Allah Se glorifie de ces poussiéreux auprès des anges — les mêmes anges qui demandaient jadis : y placeras-Tu qui y sèmera le désordre ? (le premier dossier de la série précédente) ; à ‘Arafât, la réponse d’Allah s’exhibe : regardez-les — que veulent-ils ? Et l’affranchissement du Feu tombe en masse, comme nulle part ailleurs dans l’année. C’est à ‘Arafât aussi que le Prophète prononça le sermon de l’adieu — vos sangs et vos biens vous sont sacrés comme ce jour, ce mois, cette cité (Muslim n° 1218) — et que descendit sur lui, un vendredi de station, le verset que les Gens du Livre enviaient :

« Vous sont défendus la bête morte, le sang, la viande de porc, la bête sacrifiée aux fausses divinités, celle morte par étouffement ou strangulation, celle frappée à mort, celle qui succombe à une chute ou à un coup de corne, celle partiellement dévorée par une bête féroce – excepté celle que vous avez pu égorger alors qu’elle était vivante – mais aussi les bêtes immolées sur les autels païens. Il vous est également interdit de consulter le sort au moyen de flèches. Transgresser l’un de ces interdits constitue une grave désobéissance. Les mécréants ont perdu tout espoir de vous voir renier la foi. Ne les craignez donc pas, mais craignez-Moi. Aujourd’hui, J’ai parachevé votre religion, Je vous ai comblés de Mes bienfaits et J’agrée pour vous l’islam comme religion. Quiconque cependant, poussé par la faim, sans intention de transgresser, serait contraint de consommer la viande de ces bêtes ne commet aucun péché. Allah, en vérité, est Très Clément et Très Miséricordieux »

Coran 5:3

La descente : Muzdalifa, Minâ, le sacrifice, le retour à la Maison

Au coucher, la marée blanche déferle — déferlez d’où déferlent les gens (2:199) : la nuit à Muzdalifa, à ciel ouvert, sur la terre nue — le grand hôtel de l’égalité, où des millions dorment sans murs ni rangs ; à l’aube, Minâ : la lapidation de la grande stèle — les cailloux du refus —, le sacrifice au souvenir du bélier (avec le verset 22:37 en garde-fou), le rasage de la tête — l’abandon du dernier ornement : l’homme qui a tout quitté livre jusqu’à sa chevelure, et le Prophète invoqua trois fois la miséricorde sur les rasés (Al-Bukhârî n° 1727) ; c’est l’Aïd — la Ummah entière, restée au pays, sacrifie le même jour : le hajj synchronise la planète croyante sur le calendrier d’Ibrâhîm. Puis le tawaf du retour, les jours de tashrîq à Minâ — des jours de manger, de boire et de rappel d’Allah (2:203) —, les dernières lapidations, et l’adieu : le tawâf al-wadâ’, dont on s’arrache en larmes, le regard accroché à la Maison. Le pèlerin s’en va — et le verset lui a dicté sa dernière demande, la plus équilibrée des invocations :

« Et il en est qui implorent : « Seigneur ! Accorde-nous bonheur ici-bas et félicité dans l’au-delà, et préserve-nous du châtiment de l’Enfer ! » »

Coran 2:201