Le jeûne de Ramadan · sommaire · Chapitre 11 sur 15
Le contraste est parfois saisissant entre la vocation profonde du mois-école et la réalité observée dans bien des sociétés. Il ne s’agit pas d’accabler — chacun se reconnaîtra dans une case ou une autre — mais de placer un miroir devant le mois, pour que le mois ne se retourne pas contre son but.
| Domaine | L’école authentique (la Sunna) | Le miroir des dérives |
|---|---|---|
| L’alimentation | Sobriété ; rupture sur des dattes et de l’eau ; le repas partagé en tiers (nourriture, boisson, souffle). | Explosion des dépenses alimentaires, buffets gargantuesques, gaspillage, poubelles pleines au mois de la faim. |
| La prière et le sommeil | Vigilance ; prières à l’heure ; veillées de tarâwîh. | Journées passées à dormir « pour ne pas sentir la faim » ; prières obligatoires manquées ou retardées. |
| L’attitude | Patience renforcée, douceur, bouclier contre l’énervement : « je suis en jeûne ». | Irascibilité excusée par le manque de café ou de nicotine (« c’est Ramadan ») ; disputes sur les marchés. |
| Les nuits | Coran, méditation, prière nocturne, retraite spirituelle (i’tikâf) dans les dix dernières nuits. | Feuilletons télévisés, veillées festives jusqu’à l’aube, centres commerciaux pleins au moment où la mosquée devrait l’être. |
| L’argent | Générosité « plus rapide que le vent » ; zakât, aumônes, tables ouvertes. | Le mois le plus coûteux de l’année, dépensé pour soi ; la fête achetée avant d’être méritée. |
L’inversion maximale : jeûner sans prier
L’une des dérives les plus graves consiste à observer le jeûne de Ramadan tout en délaissant complètement la prière quotidienne. La prière étant le deuxième pilier et la colonne centrale de l’édifice, garder le jeûne tout en abandonnant la prière revient à entretenir la toiture d’une maison dont on a scié les fondations. Un mois d’abstinence ne remplace pas cinq rendez-vous quotidiens ; et l’on ne peut prétendre chercher l’agrément d’Allah par ce qu’Il a prescrit une fois par an, en refusant ce qu’Il a prescrit cinq fois par jour.
Mais parler avec vérité ET avec miséricorde
Il faut dire cela — et il faut éviter une erreur : transformer le rappel en condamnation des personnes. Dire à quelqu’un « tu jeûnes mais tu ne pries pas : reviens à la prière » est un rappel. Dire « tu es un hypocrite, ton Ramadan ne vaut rien, Allah ne veut pas de toi » peut devenir une porte fermée. Or Ramadan est précisément le mois des portes ouvertes.
Que celui qui ne prie plus entende ceci : tu as déjà montré que tu pouvais obéir à Allah pendant trente jours. Ne considère pas ton jeûne comme une hypocrisie à cause de tes manquements ; considère-le comme la preuve qu’une partie de ton cœur cherche encore Allah. Et prends cette force pour revenir à la prière.
Ramadan n’est pas le moment de dire « je suis trop mauvais pour revenir ». C’est précisément le moment de dire : « puisque mon Seigneur m’a encore laissé atteindre Ramadan, je reviens. » Le jeûne doit être le tremplin qui restaure définitivement la prière — et non le certificat qui dispense d’elle.
Le signal d’alarme d’Ibn Rajab
Ibn Rajab rappelle que les démons sont enchaînés en Ramadan. Celui qui, ce mois-là, continue de manquer la prière, de médire, de gaspiller et de se disputer, ne peut plus accuser un ennemi extérieur : il découvre son propre cœur. Le miroir n’est pas là pour désespérer. Il est là pour réveiller.
Dossier 4 sur 5 — Série « Les cinq piliers de l’islam » · convertistoislam.fr