X. La Nuit du Destin — Laylat al-Qadr, le sommet du mois — Le jeûne de Ramadan (dossier 4/5)

SÉRIE « LES CINQ PILIERS DE L’ISLAM » · DOSSIER 4 SUR 5 · LE JEÛNE DE RAMADANX. La Nuit du DestinLaylat al-Qadr, le sommet du moisCHAPITRE 10 SUR 15

Le jeûne de Ramadan · sommaire  ·  Chapitre 10 sur 15

Ramadan garde son trésor pour la fin. Au cœur des dix dernières nuits se cache une nuit que le Coran décrit dans une sourate entière :

إِنَّا أَنزَلْنَاهُ فِي لَيْلَةِ الْقَدْرِ ﴿١﴾ وَمَا أَدْرَاكَ مَا لَيْلَةُ الْقَدْرِ ﴿٢﴾ لَيْلَةُ الْقَدْرِ خَيْرٌ مِّنْ أَلْفِ شَهْرٍ ﴿٣﴾ تَنَزَّلُ الْمَلَائِكَةُ وَالرُّوحُ فِيهَا بِإِذْنِ رَبِّهِم مِّن كُلِّ أَمْرٍ ﴿٤﴾ سَلَامٌ هِيَ حَتَّىٰ مَطْلَعِ الْفَجْرِ ﴿٥﴾

✦ « Nous l’avons fait descendre en la Nuit du Destin. Et qui te dira ce qu’est la Nuit du Destin ? — La Nuit des décrets divins est plus bénie que mille mois réunis. Porteurs de tous les arrêts divins, les anges et l’Esprit descendent sur ordre de leur Seigneur au cours de cette nuit. C’est une nuit remplie de paix et de bénédiction jusqu’à l’apparition de l’aube. »

Coran 97:1-5

Une nuit qui bouleverse la notion de temps

Mille mois représentent plus de quatre-vingt-trois années. Une seule nuit — qui, par la grâce d’Allah, peut dépasser une vie entière en valeur. C’est vertigineux. Cela signifie que, dans la logique divine, la grandeur d’une action ne se mesure pas à sa durée. Une minute sincère peut être immense. Une larme peut être immense. Une prosternation dans la solitude peut être immense. Une nuit peut peser plus lourd qu’une vie.

Ibn Kathîr rapporte l’explication de Mujâhid : « une nuit meilleure que mille mois » signifie que l’adoration en cette nuit vaut plus que l’adoration de mille mois qui en seraient dépourvus. Et Al-Qurtubî précise le sens de qadr : c’est la nuit du décret, où sont détaillés aux anges les arrêts de l’année à venir — subsistance, terme, événements — à partir de ce qui est inscrit dans la Table Gardée.

La Nuit du Destin n’est ni une superstition ni une tradition folklorique. Elle rappelle à l’homme que le temps appartient à Allah, et que Celui qui bénit le temps peut faire tenir dans une nuit ce qu’un homme n’aurait jamais pu accomplir seul.

Pourquoi est-elle cachée ?

Allah aurait pu donner à l’humanité une date précise. La Sunna nous enseigne au contraire à la rechercher :

تَحَرَّوْا لَيْلَةَ الْقَدْرِ فِي الْوِتْرِ مِنَ الْعَشْرِ الأَوَاخِرِ مِنْ رَمَضَانَ

« Recherchez la Nuit du Destin dans les nuits impaires des dix dernières nuits de Ramadan. »

Rapporté par Al-Bukhârî (n° 2017)

Pourquoi cette dissimulation ? Elle transforme la récompense en recherche. Si la date était connue avec certitude, certains abandonneraient toutes les autres nuits. Parce qu’elle est cachée, le croyant veille, prie, invoque, lit, pleure, espère, recommence. Le secret devient une pédagogie : Allah ne cache pas cette nuit pour éloigner le serviteur — Il la cache pour l’inciter à Le chercher davantage. C’est pourquoi les dix dernières nuits ne doivent pas être la période où Ramadan s’essouffle : elles doivent être son sommet.

كَانَ النَّبِيُّ ﷺ إِذَا دَخَلَ الْعَشْرُ شَدَّ مِئْزَرَهُ، وَأَحْيَا لَيْلَهُ، وَأَيْقَظَ أَهْلَهُ

« Lorsque entraient les dix derniers jours, le Prophète ﷺ serrait son pagne, vivifiait sa nuit et réveillait sa famille. »

Rapporté par Al-Bukhârî (n° 2024) et Muslim (n° 1174), d’après ‘Â’isha

C’est également durant ces dix nuits que le Prophète ﷺ pratiquait la retraite spirituelle à la mosquée (i’tikâf), chaque année jusqu’à sa mort (Al-Bukhârî n° 2026) : se retirer du monde quelques jours pour ne plus être occupé que d’Allah.

L’invocation de ‘Â’isha

« Si je rencontre cette nuit, que dire ? »

‘Â’isha (qu’Allah l’agrée) demanda au Prophète ﷺ : « Ô Messager d’Allah, si je sais quelle nuit est la Nuit du Destin, que dois-je dire ? » Il lui répondit : « Dis : Allâhumma innaka ‘afuwwun tuhibbu-l-‘afwa fa-‘fu ‘annî — Ô Allah, Tu es Pardonneur, Tu aimes le pardon, alors pardonne-moi. » (At-Tirmidhî n° 3513, Ibn Mâjah n° 3850 ; jugé authentique)

اللَّهُمَّ إِنَّكَ عَفُوٌّ تُحِبُّ الْعَفْوَ فَاعْفُ عَنِّي

« Ô Allah, Tu es Pardonneur, Tu aimes le pardon, alors pardonne-moi. »

At-Tirmidhî (n° 3513)

Quelle invocation. Elle ne demande pas la richesse, ni la gloire, ni le succès, ni une maison, ni une promotion. Elle demande le pardon. Parce que celui qui a compris Ramadan comprend que le plus grand problème de l’homme n’est pas ce qu’il possède, c’est ce qui se trouve entre lui et son Seigneur — et que le plus grand cadeau n’est pas d’obtenir davantage, c’est d’être pardonné.

Dossier 4 sur 5 — Série « Les cinq piliers de l’islam » · convertistoislam.fr