En une phrase : la mort a des affres que même le Prophète ﷺ a connues ; au moment où l’âme remonte à la gorge, des anges sont présents, et le mourant reçoit la première annonce de sa destination, que les vivants ne perçoivent pas.
Ce que voit le mourant, ce que voient les vivants, ce que les textes taisent
Il faut distinguer trois choses dès le départ. Ce que le mourant perçoit : les textes l’affirment, il voit les anges et reçoit une annonce (6:93, 8:50, 16:32, 41:30, hadith de la rencontre d’Allah). Ce que les vivants perçoivent : l’agonie du corps, l’âme qui « remonte à la gorge », et rien d’autre, « vous regardez, mais vous ne voyez pas » (56:84-85). Ce que les textes ne disent pas : l’apparence des anges pour le mourant, la durée exacte, ce que ressent chaque personne en particulier. Le récit doit rester dans la première colonne pour les scènes, et dans la seconde pour ce que la caméra montre.
Les textes
وَجَآءَتْ سَكْرَةُ الْمَوْتِ بِالْحَقِّۖ ذَٰلِكَ مَا كُنتَ مِنْهُ تَحِيدُ ﴿19﴾
Et l’ivresse de la mort apporte la vérité : voilà ce que tu cherchais à fuir.
Coran 50:19
فَلَوْلَآ إِذَا بَلَغَتِ الْحُلْقُومَ ﴿83﴾ وَأَنتُمْ حِينَئِذٖ تَنظُرُونَ ﴿84﴾ وَنَحْنُ أَقْرَبُ إِلَيْهِ مِنكُمْ وَلَٰكِن لَّا تُبْصِرُونَ ﴿85﴾ فَلَوْلَآ إِن كُنتُمْ غَيْرَ مَدِينِينَ ﴿86﴾ تَرْجِعُونَهَآ إِن كُنتُمْ صَٰدِقِينَ ﴿87﴾
Lorsque l’âme remonte à la gorge, que vous êtes là à regarder, et que Nous sommes plus proche de lui que vous, mais vous ne voyez pas. Si vraiment vous n’avez pas de comptes à rendre, que ne la faites-vous revenir, si vous êtes véridiques ?
Coran 56:83-87
كَلَّآ إِذَا بَلَغَتِ التَّرَاقِيَ ﴿26﴾ وَقِيلَ مَنْۜ رَاقٖ ﴿27﴾ وَظَنَّ أَنَّهُ الْفِرَاقُ ﴿28﴾ وَالْتَفَّتِ السَّاقُ بِالسَّاقِ ﴿29﴾ إِلَىٰ رَبِّكَ يَوْمَئِذٍ الْمَسَاقُ ﴿30﴾
Non ! Lorsque l’âme atteint les clavicules, que l’on dit : « Qui peut le guérir ? », qu’il comprend que c’est la séparation, et que la jambe se replie contre la jambe : ce jour-là, c’est vers ton Seigneur qu’il sera conduit.
Coran 75:26-30
وَمَنْ أَظْلَمُ مِمَّنِ افْتَرَىٰ عَلَى اللَّهِ كَذِبًا أَوْ قَالَ أُوحِيَ إِلَيَّ وَلَمْ يُوحَ إِلَيْهِ شَيْءٞ وَمَن قَالَ سَأُنزِلُ مِثْلَ مَآ أَنزَلَ اللَّهُۗ وَلَوْ تَرَىٰٓ إِذِ الظَّـٰلِمُونَ فِي غَمَرَٰتِ الْمَوْتِ وَالْمَلَـٰٓئِكَةُ بَاسِطُوٓاْ أَيْدِيهِمْ أَخْرِجُوٓاْ أَنفُسَكُمُۖ الْيَوْمَ تُجْزَوْنَ عَذَابَ الْهُونِ بِمَا كُنتُمْ تَقُولُونَ عَلَى اللَّهِ غَيْرَ الْحَقِّ وَكُنتُمْ عَنْ ءَايَٰتِهِي تَسْتَكْبِرُونَ ﴿93﴾
Si tu voyais les injustes dans les affres de la mort, tandis que les anges tendent leurs mains : « Faites sortir vos âmes ! Aujourd’hui vous serez rétribués par le châtiment de l’humiliation, pour ce que vous disiez sur Allah sans droit, et pour vous être détournés avec orgueil de Ses versets. »
Coran 6:93
وَلَوْ تَرَىٰٓ إِذْ يَتَوَفَّى الَّذِينَ كَفَرُواْ الْمَلَـٰٓئِكَةُ يَضْرِبُونَ وُجُوهَهُمْ وَأَدْبَٰرَهُمْ وَذُوقُواْ عَذَابَ الْحَرِيقِ ﴿50﴾
Si tu voyais les anges reprendre les âmes de ceux qui ont mécru, frappant leurs visages et leurs dos : « Goûtez le châtiment du Feu ! »
Coran 8:50
الَّذِينَ تَتَوَفَّىٰهُمُ الْمَلَـٰٓئِكَةُ طَيِّبِينَ يَقُولُونَ سَلَٰمٌ عَلَيْكُمُ ادْخُلُواْ الْجَنَّةَ بِمَا كُنتُمْ تَعْمَلُونَ ﴿32﴾
Ceux dont les anges reprennent l’âme alors qu’ils sont bons, en leur disant : « Paix sur vous ! Entrez au Paradis pour ce que vous faisiez. »
Coran 16:32
إِنَّ الَّذِينَ قَالُواْ رَبُّنَا اللَّهُ ثُمَّ اسْتَقَٰمُواْ تَتَنَزَّلُ عَلَيْهِمُ الْمَلَـٰٓئِكَةُ أَلَّا تَخَافُواْ وَلَا تَحْزَنُواْ وَأَبْشِرُواْ بِالْجَنَّةِ الَّتِي كُنتُمْ تُوعَدُونَ ﴿30﴾
Ceux qui disent : « Notre Seigneur est Allah », puis se tiennent droits, les anges descendent sur eux : « Ne craignez rien, ne vous affligez pas, et réjouissez-vous du Paradis qui vous était promis. »
Coran 41:30
أَنَّ عَائِشَةَ كَانَتْ تَقُولُ إِنَّ مِنْ نِعَمِ اللَّهِ عَلَىَّ أَنَّ رَسُولَ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم تُوُفِّيَ فِي بَيْتِي وَفِي يَوْمِي، وَبَيْنَ سَحْرِي وَنَحْرِي، وَأَنَّ اللَّهَ جَمَعَ بَيْنَ رِيقِي وَرِيقِهِ عِنْدَ مَوْتِهِ، دَخَلَ عَلَىَّ عَبْدُ الرَّحْمَنِ وَبِيَدِهِ السِّوَاكُ وَأَنَا مُسْنِدَةٌ رَسُولَ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم فَرَأَيْتُهُ يَنْظُرُ إِلَيْهِ، وَعَرَفْتُ أَنَّهُ يُحِبُّ السِّوَاكَ فَقُلْتُ آخُذُهُ لَكَ فَأَشَارَ بِرَأْسِهِ أَنْ نَعَمْ، فَتَنَاوَلْتُهُ فَاشْتَدَّ عَلَيْهِ وَقُلْتُ أُلَيِّنُهُ لَكَ فَأَشَارَ بِرَأْسِهِ أَنْ نَعَمْ، فَلَيَّنْتُهُ، وَبَيْنَ يَدَيْهِ رَكْوَةٌ ـ أَوْ عُلْبَةٌ يَشُكُّ عُمَرُ ـ فِيهَا مَاءٌ، فَجَعَلَ يُدْخِلُ يَدَيْهِ فِي الْمَاءِ فَيَمْسَحُ بِهِمَا وَجْهَهُ يَقُولُ » لاَ إِلَهَ إِلاَّ اللَّهُ، إِنَّ لِلْمَوْتِ سَكَرَاتٍ « . ثُمَّ نَصَبَ يَدَهُ فَجَعَلَ يَقُولُ » فِي الرَّفِيقِ الأَعْلَى « . حَتَّى قُبِضَ وَمَالَتْ يَدُهُ
Le Messager d’Allah ﷺ avait devant lui un récipient d’eau ; il y plongeait les mains et s’en passait sur le visage en disant : « Il n’y a de divinité qu’Allah ! La mort a vraiment des affres. » Puis il leva la main et dit : « Auprès du Compagnon Très-Haut », jusqu’à ce qu’il fût repris, et sa main s’affaissa.
Al-Bukhârî (4449), d’après ‘Â’isha
عَنِ النَّبِيِّ صلى الله عليه وسلم قَالَ » مَنْ أَحَبَّ لِقَاءَ اللَّهِ أَحَبَّ اللَّهُ لِقَاءَهُ، وَمَنْ كَرِهَ لِقَاءَ اللَّهِ كَرِهَ اللَّهُ لِقَاءَهُ « . قَالَتْ عَائِشَةُ أَوْ بَعْضُ أَزْوَاجِهِ إِنَّا لَنَكْرَهُ الْمَوْتَ. قَالَ » لَيْسَ ذَاكَ، وَلَكِنَّ الْمُؤْمِنَ إِذَا حَضَرَهُ الْمَوْتُ بُشِّرَ بِرِضْوَانِ اللَّهِ وَكَرَامَتِهِ، فَلَيْسَ شَىْءٌ أَحَبَّ إِلَيْهِ مِمَّا أَمَامَهُ، فَأَحَبَّ لِقَاءَ اللَّهِ وَأَحَبَّ اللَّهُ لِقَاءَهُ، وَإِنَّ الْكَافِرَ إِذَا حُضِرَ بُشِّرَ بِعَذَابِ اللَّهِ وَعُقُوبَتِهِ، فَلَيْسَ شَىْءٌ أَكْرَهَ إِلَيْهِ مِمَّا أَمَامَهُ، كَرِهَ لِقَاءَ اللَّهِ وَكَرِهَ اللَّهُ لِقَاءَهُ « . اخْتَصَرَهُ أَبُو دَاوُدَ وَعَمْرٌو عَنْ شُعْبَةَ. وَقَالَ سَعِيدٌ عَنْ قَتَادَةَ عَنْ زُرَارَةَ عَنْ سَعْدٍ عَنْ عَائِشَةَ عَنِ النَّبِيِّ صلى الله عليه وسلم
« Quiconque aime rencontrer Allah, Allah aime le rencontrer ; quiconque répugne à rencontrer Allah, Allah répugne à le rencontrer. » ‘Â’isha dit : « Ô Prophète d’Allah, mais nous répugnons tous à la mort ! » Il répondit : « Ce n’est pas cela. Lorsque le croyant reçoit l’annonce de la miséricorde d’Allah, de Son agrément et de Son Paradis, il aime rencontrer Allah, et Allah aime le rencontrer. Et lorsque le mécréant reçoit l’annonce du châtiment d’Allah et de Son courroux, il répugne à rencontrer Allah, et Allah répugne à le rencontrer. »
Al-Bukhârî (6507) et Muslim (2683)
عَنْ أَبِي هُرَيْرَةَ، قَالَ » إِذَا خَرَجَتْ رُوحُ الْمُؤْمِنِ تَلَقَّاهَا مَلَكَانِ يُصْعِدَانِهَا » . قَالَ حَمَّادٌ فَذَكَرَ مِنْ طِيبِ رِيحِهَا وَذَكَرَ الْمِسْكَ . قَالَ » وَيَقُولُ أَهْلُ السَّمَاءِ رُوحٌ طَيِّبَةٌ جَاءَتْ مِنْ قِبَلِ الأَرْضِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْكِ وَعَلَى جَسَدٍ كُنْتِ تَعْمُرِينَهُ . فَيُنْطَلَقُ بِهِ إِلَى رَبِّهِ عَزَّ وَجَلَّ ثُمَّ يَقُولُ انْطَلِقُوا بِهِ إِلَى آخِرِ الأَجَلِ » . قَالَ » وَإِنَّ الْكَافِرَ إِذَا خَرَجَتْ رُوحُهُ – قَالَ حَمَّادٌ وَذَكَرَ مِنْ نَتْنِهَا وَذَكَرَ لَعْنًا – وَيَقُولُ أَهْلُ السَّمَاءِ رُوحٌ خَبِيثَةٌ جَاءَتْ مِنْ قِبَلِ الأَرْضِ . قَالَ فَيُقَالُ انْطَلِقُوا بِهِ إِلَى آخِرِ الأَجَلِ » . قَالَ أَبُو هُرَيْرَةَ فَرَدَّ رَسُولُ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم رَيْطَةً كَانَتْ عَلَيْهِ عَلَى أَنْفِهِ هَكَذَا
« Lorsque l’âme du croyant sort, deux anges la reçoivent et la font monter. » Le rapporteur mentionne la bonne senteur qui s’en dégage et le musc. « Les habitants du ciel disent : Une âme bonne, venue de la terre ! Qu’Allah prie sur toi et sur le corps que tu habitais. On la conduit à son Seigneur, puis Il dit : Emmenez-la jusqu’au terme fixé. Quant au mécréant, lorsque son âme sort » — le rapporteur mentionne sa puanteur et la malédiction — « les habitants du ciel disent : Une âme mauvaise, venue de la terre ! Et l’on dit : Emmenez-la jusqu’au terme fixé. »
Muslim (2872), d’après Abû Hurayra
عَنْ أَبِي هُرَيْرَةَ ـ رضى الله عنه ـ قَالَ » أُرْسِلَ مَلَكُ الْمَوْتِ إِلَى مُوسَى ـ عَلَيْهِمَا السَّلاَمُ ـ فَلَمَّا جَاءَهُ صَكَّهُ فَرَجَعَ إِلَى رَبِّهِ فَقَالَ أَرْسَلْتَنِي إِلَى عَبْدٍ لاَ يُرِيدُ الْمَوْتَ. فَرَدَّ اللَّهُ عَلَيْهِ عَيْنَهُ وَقَالَ ارْجِعْ فَقُلْ لَهُ يَضَعُ يَدَهُ عَلَى مَتْنِ ثَوْرٍ، فَلَهُ بِكُلِّ مَا غَطَّتْ بِهِ يَدُهُ بِكُلِّ شَعْرَةٍ سَنَةٌ. قَالَ أَىْ رَبِّ، ثُمَّ مَاذَا قَالَ ثُمَّ الْمَوْتُ. قَالَ فَالآنَ. فَسَأَلَ اللَّهَ أَنْ يُدْنِيَهُ مِنَ الأَرْضِ الْمُقَدَّسَةِ رَمْيَةً بِحَجَرٍ « . قَالَ قَالَ رَسُولُ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم » فَلَوْ كُنْتُ ثَمَّ لأَرَيْتُكُمْ قَبْرَهُ إِلَى جَانِبِ الطَّرِيقِ عِنْدَ الْكَثِيبِ الأَحْمَرِ «
« L’Ange de la mort fut envoyé à Moïse. Lorsqu’il vint à lui, Moïse le frappa. L’ange retourna vers son Seigneur et dit : Tu m’as envoyé vers un serviteur qui ne veut pas mourir. Allah lui rendit son œil et dit : Retourne, et dis-lui de poser sa main sur le dos d’un taureau : pour chaque poil que sa main couvrira, il aura une année de vie. Moïse dit : Seigneur, et ensuite ? — Ensuite, la mort. — Alors maintenant ! Et il demanda à Allah de le rapprocher de la Terre sainte de la distance d’un jet de pierre. »
Al-Bukhârî (1339) et Muslim (2372), d’après Abû Hurayra
Le verset 79:1-2, « par celles qui arrachent violemment, par celles qui recueillent avec douceur », a été compris par Ibn ‘Abbâs, Mujâhid et d’autres anciens comme la description des anges qui arrachent l’âme des mécréants et recueillent avec douceur celle des croyants. C’est une interprétation attribuée aux anciens, non une description explicite du verset, dont d’autres lectures existent (les étoiles, les vents).
Ibn Kathîr et al-Qurtubî, Tafsîr (79:1-2)
La lecture des savants
Al-Qurtubî ouvre at-Tadhkira par ces versets et par le hadith de ‘Â’isha : si le meilleur des hommes a connu les affres de la mort, nul n’en sera dispensé, et cette souffrance est un passage, non une punition. Sur le verset 41:30, Ibn Kathîr rapporte l’avis de Mujâhid, d’as-Suddî et de Zayd ibn Aslam : les anges descendent sur les gens droits au moment de la mort, puis dans la tombe, puis à la Résurrection (Tafsîr, 41:30). Le hadith sur « aimer la rencontre d’Allah » est commenté par an-Nawawî (Sharh Muslim, hadith 2683) : ce n’est pas la peur naturelle de mourir qui est visée, mais ce que l’on ressent à l’instant où l’on reçoit l’annonce. Ibn Rajab, dans Ahwâl al-qubûr, relève la différence des deux sorties de l’âme telle que la donne le hadith d’al-Barâ’ (étape 2) : l’âme du pieux s’écoule, celle du pervers est arrachée.
Ce que les textes ne disent pas
- L’apparence sous laquelle le mourant voit les anges ; les textes disent seulement qu’ils sont là et qu’ils parlent.
- Le moment exact où l’annonce est faite, ni ce que chaque mourant ressent en particulier.
- Rien ne permet de lire, sur le visage d’un mourant, ce qui l’attend : le hadith de la rencontre d’Allah décrit ce que le mourant reçoit, non ce que les vivants voient.
Transition — L’âme est sortie. Où va-t-elle, qui la porte, que lui dit-on à chaque ciel ? Un seul hadith raconte tout cela d’un trait. → étape suivante