Réponse à Cheikh Ali (2) — Les « fluides prophétiques » et la voix

Réponses › Ex-musulmans · Cheikh Ali · volet 2/6

Trois verbes arabes traduits par « cracher », un athar sur al-Ḥasan retourné en diffamation, et le plus beau récit de clémence du corpus lu comme une scène de dégoût.

III. « Les fluides prophétiques »

C’est le chapitre le plus travaillé du livre et le plus révélateur de sa méthode : une quinzaine de pages, quatre « figures » pseudo-scientifiques, et pas un seul argument sur le fond.

L’urine

Le rapport de Barakah (Umm Ayman), qui but par mégarde le contenu d’un récipient, est chez al-Ṭabarānī, al-Ḥākim et al-Dāraquṭnī. Il a été discuté : al-Ḥākim l’authentifie, Ibn Ḥajar l’accepte dans le Talkhīṣ, d’autres le tiennent pour isolé. Trois choses que le livre ne dit pas :

  1. Umm Ayman n’est pas « l’esclave de Umm Salamah », c’est la nourrice qui a élevé le Prophète ﷺ orphelin, qu’il appelait « ma mère après ma mère », et qu’il avait affranchie.
  2. Le Prophète n’a jamais recommandé à quiconque de boire de l’urine, ni la sienne ni une autre ; il a au contraire ordonné de laver toute trace d’urine et a fait de la négligence en la matière une cause de châtiment (Bukhārī 216). Aucun juriste, dans aucune école, n’a jamais prescrit ce que l’auteur appelle « la consommation d’urine prophétique ».
  3. La question débattue par les savants — les excrétions du Prophète sont-elles pures ? — est une question de droit rituel (faut-il laver ?), qu’une minorité (chez les shāfiʿites) a tranchée par oui en vertu de sa sainteté. Ce n’est pas une pharmacopée.

Le récit d’al-Bayhaqī sur le puits est du même ordre : un rapport isolé dans un recueil de dalāʾil, non un dogme.

La sueur

Umm Sulaym recueillant la sueur du Prophète ﷺ endormi pour la mêler à son parfum (Muslim 2331) : authentique. Anas disant n’avoir jamais senti parfum plus doux (Bukhārī 3561) : authentique. Et alors ? Le livre en tire que le Prophète avait « une peau biologiquement plus proche du chevrotain porte-musc ». C’est la seule fois où l’auteur cherche une explication biologique à une métaphore. On lui suggère d’essayer avec « un teint de pêche ».

La salive

Le mécanisme a été décrit dans l’article d’introduction (procédé 1) : nafatha et tafala traduits par « cracher ». Reprenons les cas.

La « Bonne Nouvelle » et le créancier (Muslim 2497). Le récit ne parle d’aucune dette. Un bédouin demande au Prophète ﷺ de lui accorder une faveur ; le Prophète lui annonce une « bonne nouvelle » (spirituelle) ; l’homme insiste pour du matériel ; le Prophète, contrarié, offre alors la bénédiction à Abū Mūsā et Bilāl, qui l’acceptent. L’auteur invente une dette, un créancier, un « remboursement salivaire » et une morale (« prêter c’est prêter, reprendre c’est l’énerver »). Sur la dette, notons que le Prophète a dit : « L’âme du croyant est suspendue à sa dette jusqu’à ce qu’elle soit payée » (Tirmidhī 1078), qu’il refusait de prier sur un mort endetté avant qu’on ait réglé, et qu’il mourut en laissant son armure en gage chez un Juif pour de l’orge (Bukhārī 2916). Voilà pour « le meilleur des entrepreneurs ».

Al-Ḥasan et « le pénis sucé ». Le passage le plus infâme du livre, et le plus faux.

Le rapport auquel l’auteur pense (« il embrassait la zubayba de Ḥasan ») est un athar isolé cité par Ibn Kathīr d’après al-Ṭabarānī, avec une chaîne faible ; « zubayba » (« petit raisin sec ») est un diminutif affectueux, et le geste — un baiser sur le sexe d’un nourrisson qu’on change — est un geste de tendresse maternelle qui existe dans d’innombrables cultures, arabe, africaine, indienne ou polynésienne, et que personne au monde ne confond avec un acte sexuel, sauf l’auteur. Le texte de Musnad Aḥmad 16245 parle d’un baiser sur la langue et les lèvres d’un bébé, comme on embrasse un bébé.

Quant au « fondement juridique » : les jurisconsultes ont discuté, dans le chapitre des ablutions, si toucher le sexe d’un enfant qu’on lave annule l’ablution. Question triviale et quotidienne pour toute mère. Les ḥanbalites, avec Ibn Qudāma, ont répondu que non ; les shāfiʿites, avec al-Nawawī, ont répondu que oui : « s’il touche le sexe d’un petit garçon ou d’une petite fille, son ablution est annulée selon l’avis le plus sûr » (al-Majmūʿ). Le livre écrit exactement l’inverse et bâtit là-dessus deux figures de « chaîne pénienne » et de « prière en cercle ». Ce n’est pas de l’ironie, c’est de la diffamation illustrée.

La phrase « si jamais vous avez été témoin d’une telle scène au Moyen-Orient ou ailleurs, vous comprenez maintenant » mérite d’être relue lentement. Elle ne vise plus un hadith. Elle vise vos voisins.

Le taḥnīk. Frotter le palais du nouveau-né avec une datte mâchée (Bukhārī 3909). L’auteur : « aucun intérêt matériel ». Les néonatologues, eux, savent depuis les années 1990 que le sucrose oral réduit la douleur du nouveau-né et que le premier contact buccal transmet une flore. On ne fera pas de ce geste un miracle scientifique ; on ne le laissera pas non plus traiter de « victime » un enfant à qui l’on donne du sucre.

La ruqya (Bukhārī 5745). « Au nom de Dieu, la terre de notre sol, avec la salive de l’un de nous, guérit notre malade avec la permission de notre Seigneur » — formule prononcée en posant le doigt humecté sur un peu de terre puis sur la plaie. C’est une prière de guérison. Toutes les religions en ont ; le livre choisit d’en faire une « salivo-thérapie » avec figure à l’appui.

Salama, ʿAlī, Qatāda. Les guérisons de Khaybar (Bukhārī 4206, Muslim 2406) sont des miracles rapportés par les Ṣaḥīḥ. L’auteur objecte qu’un œil « pendouillant » ne se remet pas en place. C’est le procédé 5 : réfuter un miracle en constatant qu’il est miraculeux. Détail : Qatāda ibn al-Nuʿmān avait perdu un œil, pas deux ; l’auteur double la mise.

Ibn Ubayy exhumé. Voici un cas où l’auteur passe à côté de la plus belle histoire qu’il ait sous la main. ʿAbdallāh ibn Ubayy était le chef des hypocrites de Médine, l’homme qui a abandonné les musulmans à Uḥud, calomnié ʿĀʾisha, comploté vingt ans contre le Prophète ﷺ. À sa mort, son fils (musulman sincère) demande au Prophète sa chemise pour l’ensevelir — parce qu’à Badr, Ibn Ubayy avait offert la sienne à al-ʿAbbās prisonnier (Bukhārī 3008) — et lui demande de prier sur lui. Le Prophète vient, le fait sortir de la fosse où on l’avait mis, le pose sur ses genoux, souffle sur lui (nafatha), lui met sa chemise, et prie pour lui malgré ʿUmar qui s’y oppose. Puis le Coran descend pour interdire à l’avenir la prière sur les hypocrites (9:84). C’est l’histoire d’un homme qui rend le bien pour le mal jusqu’à ce que Dieu lui-même l’en dispense. Le livre y voit un « cadavre léché ».

Le chaudron de la Tranchée (Bukhārī 4102). Miracle de multiplication, rapporté par Jābir. Le verbe est ici baṣaqa, cracher : nous ne le contestons pas. Le Prophète ﷺ a béni la nourriture avec sa salive, comme Jésus a fait de la boue avec la sienne (Jean 9:6). Nous attendons le livre de l’auteur sur les Évangiles.

La voix : insultes « halal »

Muslim 2600. Le texte complet : « Ô Dieu, je ne suis qu’un homme ; tout musulman que j’aurais insulté, maudit ou frappé, fais-en pour lui une purification et un rapprochement de Toi au Jour de la Résurrection. » C’est l’aveu d’un homme qui sait qu’il peut se mettre en colère, et qui demande à Dieu de retourner sa colère en bien pour l’autre. Le livre en fait un « catalogue d’insultes certifiées ». Le hadith voisin (Muslim 2599) : « Je n’ai pas été envoyé pour maudire, j’ai été envoyé comme miséricorde. »

« Va mordre… ». L’Adab al-mufrad 963 rapporte qu’Ubayy ibn Kaʿb lança cette réponse à un homme qui invoquait l’honneur de sa tribu, en citant un ordre prophétique : celui qui se réclame des solidarités de la Jāhiliyya (le cri de ralliement tribal qui déclenche les vendettas), répondez-lui par cette obscénité, sans euphémisme. C’est une contre-violence verbale visant l’idéologie du sang, celle qui faisait s’entretuer les clans pendant des générations. Grossier ? Oui. Ciblé ? Absolument. L’auteur, qui adore le mot « bout », devrait comprendre qu’un mot cru peut être un outil.

Abū Bakr à Ḥudaybiyya (Bukhārī 2731). Attribué correctement à Abū Bakr, répondant à un négociateur païen qui venait de dire que les musulmans abandonneraient leur Prophète. Un homme en guerre insulte l’idole de l’ennemi. Tant mieux pour l’exactitude ; nous ne voyons pas le problème.

Les Juifs et le salut « que le poison soit sur toi » (Bukhārī 6024, Muslim 2165). L’auteur a lu le hadith jusqu’au milieu. La fin : ʿĀʾisha ayant répliqué par une malédiction, le Prophète ﷺ la reprend : « Doucement, ʿĀʾisha ! Dieu aime la douceur en toute chose. » Elle proteste : « N’as-tu pas entendu ce qu’ils ont dit ? » Lui : « J’ai dit : et sur vous. » Le hadith enseigne la retenue face à l’insulte. L’auteur en fait « un mécanisme divin désamorçant toutes les insultes ennemies ».

Muslim 2167 : ne pas saluer le premier, la partie étroite du chemin. Texte authentique, et à discuter sérieusement. Les commentateurs (al-Nawawī, al-Qurṭubī) le situent dans un contexte de guerre déclarée avec les tribus juives de Médine, certains pendant la marche sur Banū Qurayẓa ; le sens de « les contraindre à la partie étroite » est ne pas s’effacer devant eux comme devant un supérieur — non les jeter dans le fossé. Sur le salut, les avis divergent : Ibn ʿAbbās, ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzīz, al-Awzāʿī, une partie des shāfiʿites permettent de saluer le premier ; Ibn Taymiyya exige au moins de rendre le salut. Le livre choisit l’avis le plus dur, le sort de son contexte, et l’appelle « la hiérarchie sociale de droit divin ». Des siècles de coexistence dans l’Andalus, à Bagdad, à Istanbul, sous ces mêmes textes, n’entrent pas dans son cadre.

Sources 1 – 0 Cheikh Ali.