Le Fiqh à Médine : l’imam Mâlik
L’héritier des gens du hadith : sa vie, les caractéristiques de son école et la propagation du madhhab malikite
L’héritier des gens du hadith : sa vie, les caractéristiques de son école et la propagation du madhhab malikite
De la mosquée du Prophète ﷺ où la Sunnah se transmettait par l’acte, au Muwatta’, à la Mudawwanah de Kairouan, à l’Andalousie et aux mosquées de France : comment naquit l’école de Médine, et pourquoi elle est celle de l’Occident musulman.
Comment lire ce dossier
Ce dossier est le dixième de la série « Aux sources du savoir islamique » et le deuxième des quatre consacrés aux écoles de jurisprudence. Après Kûfah et Abû Hanîfah, voici Médine et Mâlik — l’héritier des gens du hadith, l’auteur du premier grand livre de droit de l’islam, le maître dont l’école est celle du Maghreb, de l’Andalousie, de l’Afrique de l’Ouest, et, par eux, de la plupart des musulmans de France. Il suit le plan du séminaire dont cette série est issue : l’héritage de Médine, la vie de l’imam, les caractéristiques de son école, sa propagation. Il est écrit pour être lu d’une traite, avec un exemple chaque fois qu’une notion se complique et une phrase à retenir au bout de chaque section ; il est écrit pour être vérifié, chaque affirmation portant sa référence ; et il est écrit par un lecteur de cette école, qui a voulu — précisément pour cela — lui appliquer la même équité qu’au dossier précédent : dire ce que Mâlik fut, ce qu’on lui reprocha, ce que son école garda de lui et ce qu’elle en changea. Avant la conclusion, un chapitre répond aux objections et aux questions qui reviennent le plus souvent — la pratique de Médine contre le hadith, la flagellation, les bras ballants dans la prière, le taqlîd maghrébin, et la question qu’un converti français se pose : peut-il être malikite ?
Repères terminologiques
’Amal ahl al-Madînah — La pratique de Médine : ce que la ville du Prophète ﷺ faisait sans discontinuer depuis lui ; preuve propre à l’école, sous conditions.
Muwatta’ — « La voie aplanie » : le livre de Mâlik, hadiths, paroles de compagnons et de successeurs, et jugements de l’imam, classés par chapitres de droit.
Mudawwanah — « La consignée » : le recueil des réponses d’Ibn al-Qâsim sur la doctrine de Mâlik, rédigé par Sahnûn — second pilier de l’école.
Maslahah mursalah — L’intérêt non texté : la considération d’un bien ou d’un dommage que les textes n’ont ni prescrit ni interdit, dans l’esprit de la Loi.
Sadd adh-dharâ’i’ — La fermeture des voies : interdire ce qui, licite en soi, mène habituellement à l’illicite.
Istishâb — La présomption de continuité : ce qui est établi demeure jusqu’à preuve du contraire.
Qawl as-sahâbî — La parole du compagnon, reçue comme preuve lorsqu’elle n’est pas contredite.
Mursal — Le hadith dont le compagnon manque, reçu par Mâlik lorsque le tâbi’î est fiable.
Mashhûr, râjih — Dans l’école, l’avis le plus répandu et l’avis le mieux prouvé — qui ne coïncident pas toujours.
Sammâ’ât, Umm, Mukhtasar — Les recueils d’auditions des élèves, la Mudawwanah dite « la Mère », et les abrégés — genres des livres de l’école.
Risâlah, Khalîl — Le manuel d’Ibn Abî Zayd al-Qayrawânî et l’abrégé de Khalîl ibn Ishâq : les deux textes par lesquels on entre et l’on avance dans l’école.
Maqâsid — Les finalités de la Loi, dont ash-Shâtibî le malikite fit une science — objet du dossier seize.
Al-amr al-mujtama’ ’alayhi ’indanâ — « La chose sur laquelle on s’accorde chez nous » : la plus forte des formules par lesquelles Mâlik désigne la pratique de Médine dans le Muwatta’.
’Amal Fâsî — La pratique judiciaire de Fès : l’application maghrébine, des siècles plus tard, du principe de la pratique locale.
Mahdarah — L’école du désert mauritanien, où le Mukhtasar de Khalîl s’apprend par cœur sous la tente.
Zâhirisme — L’école d’Ibn Hazm, qui ne reçoit que la lettre des textes et rejette l’analogie et la pratique — adversaire du malikisme en Andalousie.
Introduction — La ville qui gardait
Pendant que Kûfah délibérait, Médine gardait. Le dossier précédent a raconté comment une ville neuve, mêlée et disputée avait dû raisonner ; celui-ci raconte comment la ville du Prophète ﷺ — celle où le Coran avait fini de descendre, où la Sunnah avait été vécue dix années sous les yeux de milliers de témoins, où les compagnons étaient restés et où leurs enfants enseignaient — put, un siècle plus tard, se fonder sur ce qu’elle avait sous les yeux. Médine n’avait pas à imaginer comment le Prophète ﷺ priait : elle priait ainsi depuis lui, dans sa mosquée, sans interruption. Elle n’avait pas à supposer la mesure du sâ’ ni la forme de l’appel à la prière : elle les tenait de mains en mains. Cette continuité vécue — que Mâlik nomme l’amal, la pratique, et que son école tient pour une preuve — est la clef de tout ce dossier, et le lecteur doit la comprendre avant de juger : là où Kûfah raisonnait faute de voir, Médine voyait, et son imam tint que voir vaut mieux que raisonner.
Le Coran lui-même a donné à cette continuité son fondement, dans un verset qui menace celui qui s’écarte non seulement du Messager mais de la voie des croyants :
« Que celui qui, après avoir clairement discerné la vérité, s’oppose au Messager et se détourne de la voie des croyants, sache que Nous l’abandonnerons au sort qu’il s’est choisi et l’introduirons dans la Géhenne. Et quelle horrible demeure ! »
— Coran 4, 115
La voie des croyants — sabîl al-mu’minîn — est, pour les savants des fondements, la preuve du consensus ; et pour Mâlik, elle est d’abord la voie de ceux qui ont reçu le Messager ﷺ, l’ont vu et lui ont survécu dans sa ville. Le Coran promet ailleurs l’agrément d’Allah aux premiers émigrés et auxiliaires « et à ceux qui les suivent avec excellence » (Coran 9, 100) ; le Prophète ﷺ a dit que Médine rejette ses impuretés comme le soufflet du forgeron rejette les scories du fer (Sahîh al-Bukhârî, n° 1871), et qu’un temps viendrait où les hommes battraient les flancs de leurs montures pour chercher la science, sans trouver plus savant que le savant de Médine (rapporté par At-Tirmidhî, n° 2680, qui l’a jugé bon ; les critiques ont discuté sa chaîne) — parole que Sufyân ibn ’Uyaynah, contemporain, appliqua à Mâlik. Ce dossier raconte l’homme, sa ville, son livre et son école, avec les preuves de chacun.
Note de méthode
La grille de la série demeure. Une précision, cependant, car l’auteur de ces lignes est de cette école : nous n’avons rien retranché des critiques que Mâlik et sa méthode ont essuyées — celles d’al-Layth ibn Sa’d, celles d’ash-Shâfi’î sur la pratique de Médine, celles des gens du hadith sur tel avis contraire à un rapport authentique — ; nous les rapportons avec les réponses que l’école et les savants équitables leur ont données, et nous laissons le lecteur peser. Les positions juridiques sont citées d’après les livres de l’école — le Muwatta’, la Mudawwanah, la Risâlah, le Mukhtasar de Khalîl et ses commentaires — ; les vies proviennent des livres de manâqib et de tabaqât, dont le Tartîb al-madârik du juge ’Iyâd est la somme, avec l’embellissement propre au genre que nous signalons. Et le lecteur retiendra, comme au dossier précédent, que l’on honore un imam en disant vrai de lui.
Première partie — Médine, l’héritière des gens du hadith
1. La ville du Prophète ﷺ et ses juristes
Le dossier des tâbi’ûn a décrit les écoles régionales ; il faut ici regarder Médine de plus près, car tout le madhhab en procède. Lorsque le Prophète ﷺ mourut, la ville garda les compagnons qui ne partirent pas en conquête — et surtout leurs familles : Zayd ibn Thâbit, le scribe, Ibn ’Umar, le gardien scrupuleux de la Sunnah, ’Â’ishah, Abû Hurayrah, Umm Salamah, Jâbir, Abû Sa’îd al-Khudrî. Leurs enfants, leurs neveux et leurs affranchis formèrent la génération que la Ummah nomme « les sept juristes de Médine » : Sa’îd ibn al-Musayyib, gendre d’Abû Hurayrah, qui avait épousé sa fille pour un dirham et refusé pour elle le fils du calife, et que l’on tenait pour le plus savant des tâbi’ûn ; ’Urwah ibn az-Zubayr, neveu de ’Â’ishah, qui puisa chez elle la science des femmes du Prophète ﷺ ; al-Qâsim ibn Muhammad, petit-fils d’Abû Bakr, élevé par ’Â’ishah ; Khârijah ibn Zayd, fils du scribe ; Abû Bakr ibn ’Abd ar-Rahmân ; Sulaymân ibn Yasâr, affranchi de Maymûnah ; et ’Ubaydullâh ibn ’Abdillâh, l’un des maîtres de ’Umar ibn ’Abd al-’Azîz. Ces sept hommes ne raisonnaient pas ensemble comme un tribunal : ils vivaient ensemble comme une famille, et lorsqu’une question se posait, ils la tranchaient selon ce qu’ils avaient vu faire par leurs pères et leurs tantes — c’est cela, l’amal, dans sa source. La génération suivante fut celle des maîtres de Mâlik : Nâfi’, l’affranchi d’Ibn ’Umar, qui avait servi trente ans le plus scrupuleux des compagnons et transmettait de lui chaque geste ; Ibn Shihâb az-Zuhrî, le premier codificateur du hadith, que le dossier des tâbi’ûn a présenté ; Rabî’ah ibn Abî ’Abd ar-Rahmân, dit Rabî’ah ar-Ra’y — « Rabî’ah l’opinion » —, juriste de génie qui raisonnait en pleine Médine, et dont le surnom suffit à rappeler que la ville du hadith avait aussi ses gens de l’opinion ; Abû az-Zinâd ; Yahyâ ibn Sa’îd al-Ansârî, le juge ; et Ibn Hurmuz, le maître de l’humilité. Mâlik naquit au milieu d’eux, et sa science est la leur, mise en ordre.
Deux hommes disent, mieux que tout traité, ce que fut la transmission médinoise par l’acte. Le premier est Ibn ’Umar, dont le scrupule à imiter le Prophète ﷺ est proverbial : il s’arrêtait, sur la route de La Mecque, là où le Prophète ﷺ s’était arrêté, faisait tourner sa monture là où il l’avait fait tourner, et priait sous l’arbre où il avait prié — rapportent les biographes et le Sahîh d’al-Bukhârî (n° 483 et suivants) —, au point que les gens disaient qu’il suivait ses traces plus qu’un fils ne suit celles de son père. Le second est Nâfi’, son affranchi, qui vécut trente ans dans sa maison et qui transmit non seulement ses paroles mais ses gestes — comment il faisait ses ablutions, comment il se tenait en prière, comment il jeûnait en voyage — ; et c’est de Nâfi’ que Mâlik tenait tout cela, à un seul degré. Lorsque Mâlik écrit « telle est la pratique chez nous », il ne désigne pas une coutume vague : il désigne la manière dont Ibn ’Umar, Zayd ibn Thâbit, ’Â’ishah et les leurs faisaient — vue par leurs enfants et leurs serviteurs, puis par les maîtres de Mâlik, puis par lui. C’est cela qu’il appelle la Sunnah, et c’est pourquoi il tient qu’une ville qui a vu vaut mieux qu’un homme qui a entendu.
À retenir Médine garda les compagnons et leurs familles ; les sept juristes tranchaient selon ce qu’ils avaient vu ; Nâfi’, az-Zuhrî, Rabî’ah et Ibn Hurmuz furent les maîtres de Mâlik — sa science est celle de sa ville, mise en ordre.
2. Pourquoi Médine garda : la pratique comme preuve
Il faut expliquer la thèse de l’école avec précision, car elle est la plus discutée de son histoire et la plus mal comprise. Mâlik tenait que la pratique constante de Médine — ce que la ville faisait depuis le Prophète ﷺ sans interruption, connue de tous, transmise de génération en génération — est une preuve qui l’emporte sur un hadith isolé, parce qu’elle est une transmission massive de la Sunnah par l’acte, plus sûre qu’une transmission isolée par la parole. Il l’a expliqué lui-même, dans une lettre célèbre adressée à al-Layth ibn Sa’d, le grand juriste d’Égypte, qui s’étonnait de le voir juger contre des hadiths : les gens, écrit Mâlik, suivent les gens de Médine, où s’est faite l’hégire, où le Coran est descendu et où le Prophète ﷺ a vécu ; ils ont reçu de lui la pratique et l’ont transmise à leurs enfants ; et une chose que mille hommes ont vue faire et transmise à mille hommes ne peut être renversée par le rapport d’un seul. Al-Layth répondit par une lettre non moins célèbre, où il honore Mâlik et conteste sa thèse : les compagnons, dit-il, se sont dispersés dans les provinces, chacun emportant une part de la Sunnah, et Médine elle-même a changé après la fitnah ; la pratique d’une ville n’est pas la Sunnah entière. Les deux lettres, que les livres de fiqh ont conservées, sont un modèle de désaccord entre imams : ni l’un ni l’autre ne cède, ni l’un ni l’autre n’insulte. Ash-Shâfi’î, élève de Mâlik, prit le parti d’al-Layth ; Abû Hanîfah n’avait pas connu la thèse ; Ahmad l’admit pour une part. Et l’arbitrage le plus juste vint d’un hanbalite : Ibn Taymiyyah consacra une épître entière — Sihhat usûl madhhab ahl al-Madînah — à montrer que la pratique de Médine se divise en degrés, dont les premiers sont des preuves pour tous et les derniers ne le sont pour personne. La pratique transmise — celle qui remonte au Prophète ﷺ par la continuité des actes : la forme de l’appel à la prière, la mesure du sâ’ et du mudd, l’absence de zakât sur les légumes, les biens de mainmorte, la manière de prier — est une preuve que nul savant ne peut refuser, car elle est du même ordre que la transmission du Coran ; la pratique ancienne de Médine avant la mort de ’Uthmân, quand les compagnons y étaient réunis, est une preuve forte ; la pratique ultérieure fondée sur l’effort de raisonnement des savants médinois n’est qu’un avis parmi d’autres, et c’est là que l’on a pu contredire Mâlik. Le lecteur tiendra donc la thèse pour ce qu’elle est : non un privilège de ville, mais une théorie de la preuve — la transmission par l’acte —, forte là où l’acte remonte au Prophète ﷺ, discutable là où il remonte à des juristes.
Une anecdote montre la thèse à l’œuvre, et elle a pour héros un hanafite. Abû Yûsuf, le grand juge, vint à Médine avec Hârûn ar-Rashîd et discuta avec Mâlik de la mesure du sâ’ — la mesure de capacité qui fixe la zakât de rupture du jeûne et bien des règles — : les Irakiens, sur des rapports, la tenaient pour huit livres ; Mâlik la tenait pour cinq livres et un tiers. Mâlik fit apporter, rapportent les biographes, une cinquantaine de sâ’ conservés par les familles de Médine, chacun disant : ce sâ’ m’a été transmis par mon père qui le tenait du sien, qui l’avait reçu du Prophète ﷺ ou d’un compagnon — et tous avaient la même mesure. Abû Yûsuf changea d’avis sur-le-champ et déclara qu’il tenait désormais pour la mesure de Médine. Voilà exactement ce que Mâlik entendait par la pratique : non une opinion des Médinois, mais un objet transmis de main en main depuis le Prophète ﷺ — et devant un tel objet, dit l’école, le rapport d’un seul homme se tait. Les exemples de ce degré de pratique sont connus et l’on peut les énumérer : la mesure du sâ’ et du mudd ; la forme de l’appel à la prière, avec sa répétition de l’attestation ; l’absence de zakât sur les légumes ; les biens de mainmorte du Prophète ﷺ et de ’Umar, dont Médine connaissait les emplacements ; la manière de prier dans la mosquée ; la mesure des distances qui autorisent à raccourcir la prière. C’est ce degré que nul savant n’a contesté ; c’est aux degrés inférieurs — la pratique fondée sur l’effort des juristes médinois — que portent les critiques d’al-Layth et d’ash-Shâfi’î.
À retenir La pratique de Médine est une transmission de la Sunnah par l’acte, plus sûre qu’un rapport isolé lorsqu’elle remonte au Prophète ﷺ — thèse discutée par al-Layth et ash-Shâfi’î, et arbitrée par Ibn Taymiyyah selon ses degrés.
Deuxième partie — La vie de l’imam Mâlik
3. L’enfant du Yémen né à Médine
Mâlik ibn Anas ibn Mâlik ibn Abî ’Âmir al-Asbahî naquit à Médine en l’an quatre-vingt-treize — les biographes hésitent entre quatre-vingt-dix et quatre-vingt-dix-sept —, sous le califat d’al-Walîd, dans une famille yéménite de la tribu de Himyar installée dans la ville depuis un siècle. Son arrière-grand-père Abû ’Âmir avait, dit-on, connu le Prophète ﷺ ; son grand-père Mâlik ibn Abî ’Âmir fut un tâbi’î de rang, l’un de ceux qui copièrent les feuillets du Coran sous ’Uthmân, rapportent les biographes ; son oncle et son frère aîné an-Nadr furent des hommes de hadith — c’est même par le frère que l’enfant fut d’abord connu, « le frère d’an-Nadr », avant que l’ordre ne s’inverse. Sa mère, al-’Âliyah bint Shurîk, eut un rôle que l’école n’a jamais oublié : elle habilla son fils de ses plus beaux vêtements, lui mit un turban et lui dit — va chez Rabî’ah, et apprends de son adab avant de prendre de sa science ; la phrase est restée le proverbe de toutes les madrasas malikites. La famille n’était pas riche : Mâlik vendit, rapportent les biographes, les poutres du plafond de sa maison pour subvenir à ses études — et il dira plus tard qu’il n’avait vu personne parvenir à la science sans passer par la pauvreté. Il apprit le Coran, puis le hadith auprès de Nâfi’ et d’az-Zuhrî — dont il tenait plus de trois cents hadiths et qui le distingua entre tous —, le fiqh auprès de Rabî’ah, et auprès d’Ibn Hurmuz, qu’il fréquenta treize ans, une chose qu’il tenait pour la plus précieuse : dire « je ne sais pas ». Il entendit Ja’far as-Sâdiq, dont il loua la piété et le silence ; il compta, disent les biographes, des centaines de maîtres — neuf cents, chiffre de manâqib —, tous de Médine et du Hijâz : car Mâlik, à la différence de tous les imams, ne voyagea jamais pour la science. Il n’en eut pas besoin : la science était venue à lui, dans la ville où elle était née, et il ne quitta Médine que pour le pèlerinage.
Les biographes le décrivent grand, au teint clair, les yeux bleus selon certains, la barbe fournie et blanchie tôt, vêtu avec soin de vêtements de qualité — il tenait que la dignité extérieure sert la science — et parfumé ; il aimait les belles étoffes du Yémen et le blanc, et il disait qu’un homme de science doit être reconnu à son apparence. Il eut des fils — Yahyâ, Muhammad, Hammâd — dont aucun ne fut savant, ce qui lui pesa, et une fille, Fâtimah, dont l’école a gardé un trait charmant : elle connaissait le Muwatta’ par cœur, se tenait derrière la porte pendant que les élèves le lisaient à son père, et frappait au battant lorsque le lecteur se trompait — Mâlik disait alors : reprends, tu as fait une erreur. Il vécut simplement, puis dans l’aisance que lui apportèrent les présents des califes, qu’il acceptait — contrairement à Abû Hanîfah — et distribuait aux étudiants et aux pauvres, en disant qu’un présent d’un juste n’est pas un salaire. Et il eut, dès sa jeunesse, la réputation d’un homme qui ne fréquentait pas les innovateurs, ne s’asseyait pas avec les disputeurs, et ne rapportait de hadith que de ceux dont il avait vu la vie.
À retenir Né vers quatre-vingt-treize à Médine dans une famille yéménite de hadith, envoyé par sa mère chez Rabî’ah pour l’adab avant la science, élève de Nâfi’, d’az-Zuhrî et d’Ibn Hurmuz : Mâlik ne voyagea jamais — la science était chez lui.
4. Le maître de Médine et sa chaire
Il ne s’assit pas pour enseigner avant que soixante-dix maîtres eussent témoigné qu’il en était digne — c’est lui qui le dit, et il ajoute qu’il ne convient pas à un homme de se tenir pour savant avant qu’on ne l’ait reconnu tel. Il avait alors une vingtaine d’années, et sa chaire dura près de soixante ans, dans la mosquée du Prophète ﷺ, à la place même où ’Umar s’asseyait, rapportent les biographes. Ce que fut cette chaire, tous ceux qui l’ont vue l’ont décrit avec le même étonnement, et il faut le dire, car c’est le portrait de l’école. Lorsqu’on venait lui demander un hadith, il se retirait, faisait ses ablutions, se parfumait, revêtait ses plus beaux vêtements, s’asseyait sur un siège élevé, et ne parlait qu’alors, avec gravité, sans qu’on l’interrompît ; interrogé sur cette solennité, il répondit qu’il aimait honorer la parole du Messager d’Allah ﷺ et ne la rapporter qu’en état de pureté et de dignité — jamais debout, jamais dans la rue, jamais en marchant. Dans sa mosquée, on n’élevait pas la voix ; le calife Hârûn, venu l’écouter avec ses fils, fut prié de se joindre à l’assemblée ordinaire et non d’avoir une leçon à part — la science est visitée, dit Mâlik, elle ne visite pas. Et cet homme grave était, devant une question, le plus humble des hommes : un voyageur venu de loin lui posa quarante-huit questions, rapporte Ibn Wahb, et il répondit « je ne sais pas » à trente-deux ; l’homme s’étonna — que dirai-je aux miens ? — et Mâlik répondit : tu diras que Mâlik ne sait pas. Il disait que celui qui répond à une question doit, avant de répondre, se présenter au Paradis et à l’Enfer, et se demander comment il en sortira. Sa manière d’enseigner le fiqh était celle de Médine : on lui exposait un cas, il disait ce que faisaient les gens de sa ville, ce que disaient les compagnons, ce qu’il tenait pour juste — et il refusait les questions hypothétiques dont Kûfah faisait ses délices : laisse ce qui n’est pas arrivé, disait-il. Il n’était pas moins exigeant sur les hommes que sur les questions : le dossier du hadith a raconté ses soixante-dix maîtres écartés, et l’on sait qu’il ne transmettait que d’hommes dont il avait vu la piété et la précision ; le résultat est la chaîne d’or que le même dossier a nommée. Sur le kalâm, sa réponse au questionneur de l’istiwâ’, citée au dossier des sectes, fixa la voie des anciens en quatre phrases ; et il disait des disputeurs qu’ils passaient d’une religion à l’autre.
Ses élèves vinrent de tout l’islam, et leur liste est celle des maîtres du siècle suivant. De Médine et du Hijâz : Ibn al-Mâjishûn, Mutarrif, Ibn Nâfi’, Ibn Dînâr. D’Égypte, où l’école prendra racine : Ibn al-Qâsim, qui resta vingt ans près de lui et devint son plus fidèle interprète ; Ibn Wahb, le maître du hadith d’Égypte ; Ashhab ; Ibn ’Abd al-Hakam. Du Maghreb et de l’Andalousie : ’Alî ibn Ziyâd de Tunis, le premier à porter le Muwatta’ en Ifrîqiyah, Ziyâd Shabtûn de Cordoue, Yahyâ al-Laythî, dont la recension du Muwatta’ deviendra celle de l’Occident. Et ceux qui ne furent pas de son école mais furent ses élèves : Muhammad ash-Shaybânî, venu de Kûfah pour trois ans ; ash-Shâfi’î, qui avait appris le Muwatta’ par cœur avant de le rencontrer et qui resta près de lui jusqu’à sa mort ; Ibn al-Mubârak, Sufyân ibn ’Uyaynah, Yahyâ ibn Sa’îd al-Qattân, ’Abd ar-Rahmân ibn Mahdî — les fondateurs de la critique du hadith, qui tenaient sa chaîne pour la plus sûre de la terre. Ash-Shâfi’î dira : lorsque les savants sont nommés, Mâlik est l’étoile ; et : nul n’a plus de bienfait sur moi que Mâlik.
L’arrivée d’ash-Shâfi’î dans ce cercle est l’une des scènes les plus racontées de l’histoire des écoles, et elle dit ce que fut Mâlik. Le jeune Mecquois, qui avait appris le Muwatta’ par cœur en neuf nuits sur une copie empruntée, se présenta muni d’une lettre de recommandation du gouverneur de La Mecque au gouverneur de Médine, qui l’accompagna chez l’imam ; Mâlik, voyant la lettre, se fâcha — gloire à Allah, la science du Messager d’Allah ﷺ se prend-elle maintenant par lettres de recommandation ? — et le jeune homme, sans se démonter, lui dit qu’il était venu pour la science et non pour la lettre, et commença à réciter le Muwatta’ ; Mâlik, saisi par sa récitation et sa mémoire, lui dit de revenir le lendemain, et le garda près de lui — jusqu’à sa mort, disent les biographes. Mâlik avait, dans sa chaire, une manière de reprendre les élèves qui est restée : il ne supportait pas qu’on élevât la voix — citant le verset qui interdit d’élever la voix au-dessus de celle du Prophète ﷺ (Coran 49, 2) et disant que la voix de sa science est sa voix — ; il refusait de répondre à qui ne posait pas la question avec respect ; et il disait que la science n’est pas l’abondance des rapports, mais une lumière qu’Allah met dans le cœur — parole que l’école a reçue comme sa devise. On demanda un jour à Ibn al-Qâsim pourquoi il avait passé vingt ans près de Mâlik ; il répondit qu’il en avait passé deux à apprendre la science et dix-huit à apprendre l’adab, et qu’il regrettait de n’avoir pas fait l’inverse.
À retenir Une chaire de soixante ans dans la mosquée du Prophète ﷺ, tenue avec la gravité due à sa parole et l’humilité de « je ne sais pas » ; des élèves de tout l’islam, dont ash-Shâfi’î, Muhammad ash-Shaybânî et les fondateurs de la critique du hadith.
5. Le Muwatta’ : le premier livre de droit de l’islam
Le livre naquit d’une commande et d’une conscience. La commande est celle du calife al-Mansûr, rencontré à La Mecque lors d’un pèlerinage, qui dit à Mâlik — rapportent les biographes — : la science s’est dispersée ; compose pour les gens un livre où tu éviteras les rigueurs d’Ibn ’Umar, les largesses d’Ibn ’Abbâs et les singularités d’Ibn Mas’ûd, et aplanis-le — wattih — pour les gens. Le titre vient de là — le Muwatta’, « la voie aplanie » —, ou, selon une autre explication que Mâlik donna lui-même, de ce qu’il soumit son livre à soixante-dix juristes de Médine qui l’approuvèrent tous : « ils ont marché dessus », dit-il — le mot signifie aussi cela —, et il le nomma ainsi. La conscience est celle de l’imam : il composa le livre pendant quarante ans, rapportent les biographes, en le réduisant sans cesse — dix mille hadiths au départ, disent-ils, et moins de deux mille à l’arrivée —, ne gardant que ce dont la chaîne et la pratique s’accordaient, et retirant, à chaque révision, ce qui ne tenait plus. Le livre tel qu’il nous est parvenu compte, selon le décompte d’Abû Bakr al-Abharî, mille sept cent vingt éléments : six cents hadiths à chaîne remontant au Prophète ﷺ, deux cent vingt-deux mursal, six cent treize paroles de compagnons et deux cent quatre-vingt-cinq paroles de successeurs — auxquels s’ajoutent, à chaque chapitre, les mots de Mâlik lui-même : « et telle est la pratique chez nous », « et ce que j’ai vu faire par les gens de science de notre ville », « et c’est l’avis que je tiens ». Il faut comprendre ce qu’est ce livre pour ne pas le juger sur ce qu’il n’est pas : ce n’est pas un recueil de hadiths authentiques au sens d’al-Bukhârî, qui naîtra un siècle plus tard ; c’est un livre de droit vivant, où le hadith, l’athar, la pratique et le jugement sont présentés ensemble, chapitre par chapitre, de la purification aux successions — le premier de l’islam, et le modèle de tous les suivants. Ash-Shâfi’î en dit ce que nous avons cité ; al-Bukhârî tint sa chaîne principale pour la plus sûre de toutes ; et l’on a compté que tout ce que le Muwatta’ contient de hadiths à chaîne se retrouve, à quelques exceptions près, dans les Six Livres.
L’histoire du livre a un épisode que l’école a placé très haut, car il fixe sa doctrine de la divergence. Al-Mansûr — ou Hârûn, selon les versions — proposa de faire copier le Muwatta’, de le suspendre à la Ka’bah et d’ordonner à toutes les provinces de s’y tenir. Mâlik refusa : ne fais pas cela, commandeur des croyants — les compagnons du Messager d’Allah ﷺ se sont dispersés dans les provinces, chaque peuple a pris ce qui lui est parvenu, et les gens tiennent pour vrai ce qu’ils ont reçu ; laisse-les à ce qu’ils ont. L’homme qui tenait la pratique de sa ville pour une preuve refusa qu’on l’imposât aux autres villes : parce que la Sunnah était plus vaste que son livre, parce que Kûfah avait Ibn Mas’ûd et le Châm ses compagnons, et parce qu’une religion imposée par décret n’est plus une transmission. Le lecteur qui a lu le dossier précédent y verra la réponse, donnée d’avance, à l’objection des écoles « qui divisent » : le premier des imams à qui l’on offrit d’unifier le droit par la force est celui qui refusa. Le livre fut ensuite transmis par des dizaines de recensions, dont les plus célèbres sont celle de Yahyâ ibn Yahyâ al-Laythî, l’Andalou, qui devint le texte de l’Occident musulman et que l’on lit aujourd’hui ; celle de Muhammad ash-Shaybânî, le hanafite, qui y ajoute ses divergences ; celle d’Abû Mus’ab az-Zuhrî, la plus tardive et la plus complète ; celle d’al-Qa’nabî, que les gens du hadith prisaient. Et il reçut les commentaires les plus vastes de l’école : le Tamhîd et l’Istidhkâr d’Ibn ’Abd al-Barr, le Muntaqâ d’al-Bâjî, le Qabas d’Ibn al-’Arabî, jusqu’au commentaire d’az-Zurqânî au onzième siècle.
Le lecteur qui ouvre le Muwatta’ y trouvera, à côté des hadiths et des athar, des formules de Mâlik dont le juge ’Iyâd a dressé l’échelle, et qu’il faut connaître pour lire le livre : « la chose sur laquelle on s’accorde chez nous » — al-amr al-mujtama’ ’alayhi ’indanâ — désigne un consensus des savants de Médine ; « la chose chez nous » — al-amr ’indanâ — désigne la pratique ; « j’ai trouvé les gens de science de notre ville sur ceci » désigne ce qu’il a vu faire par ses maîtres ; « la Sunnah chez nous » désigne une pratique remontant au Prophète ﷺ ; et « ceci est ce que j’ai entendu de meilleur » ou « c’est l’avis que je tiens » désignent son propre jugement, qu’il distingue soigneusement des précédents. Cette échelle de formules est, à sa manière, une théorie de la preuve inscrite dans le texte même : le lecteur sait toujours, chez Mâlik, s’il lit une Sunnah transmise, un consensus, une pratique ou une opinion. Deux précisions encore sur le livre. Le Muwatta’ compte soixante et un livres — de la purification aux successions, avec des chapitres sur les rêves, la chevelure, la médecine et les noms —, et son ordre servit de modèle aux recueils suivants. Et sa recension la plus lue, celle de Yahyâ al-Laythî, est incomplète par honnêteté : Yahyâ, pris de doute sur trois chapitres qu’il n’avait pas entendus directement de Mâlik, les omit plutôt que de les transmettre sans audition — si bien que l’Occident musulman lit, depuis douze siècles, un Muwatta’ auquel manquent quelques pages, parce qu’un homme a préféré l’incomplet au douteux. C’est toute la science du hadith en une décision.
À retenir Composé quarante ans et sans cesse réduit, le Muwatta’ est le premier livre de droit de l’islam — hadith, athar, pratique et jugement ensemble — ; et Mâlik refusa qu’on l’imposât à toutes les provinces : les compagnons s’étaient dispersés, chaque peuple avait sa part.
6. L’épreuve, les califes et la mort
Mâlik eut, comme Abû Hanîfah, son épreuve, et elle vint d’une fatwâ. Il enseignait, sur la foi d’un hadith, que le divorce prononcé sous la contrainte est nul — que l’homme forcé de jurer n’est pas lié par son serment. Or les Abbassides faisaient prêter serment d’allégeance sous la forme d’un serment de divorce : quiconque romprait l’allégeance verrait ses épouses répudiées. Lorsque Muhammad an-Nafs az-Zakiyyah se souleva à Médine en l’an cent quarante-cinq, ses partisans firent valoir la fatwâ de Mâlik pour se délier du serment prêté à al-Mansûr — et après l’écrasement de la révolte, le gouverneur de Médine, Ja’far ibn Sulaymân, cousin du calife, fit arrêter l’imam, le fit flageller, et l’on tira sur ses bras au point de lui déboîter l’épaule, rapportent les biographes ; il fut promené ainsi dans Médine, et il disait en marchant : que ceux qui me connaissent me connaissent, et que ceux qui ne me connaissent pas sachent que je suis Mâlik ibn Anas, et que je dis que le divorce du contraint n’est rien. Il n’avait pas prêché la révolte ; il avait dit le droit, et le droit avait servi la révolte. Al-Mansûr, informé, désavoua son cousin, demanda pardon à Mâlik lors d’un pèlerinage, et l’imam pardonna — c’est à cette occasion que le calife lui commanda le Muwatta’. Les biographes ajoutent qu’après cette épreuve Mâlik ne put plus lever le bras pour croiser les mains dans la prière, et que c’est là l’origine de la pratique malikite des bras ballants ; le récit est célèbre et le lecteur le retrouvera, mais l’école, comme on le verra, fonde sa pratique sur autre chose. Avec les califes, Mâlik garda la distance qu’il avait gardée avec tous : il enseigna al-Mansûr, refusa de se rendre chez Hârûn, prit de lui un présent qu’il distribua, et lui donna, dans la mosquée même, la leçon d’humilité que l’on a dite. Un conseil qu’il donna à al-Mansûr, rapporté par le juge ’Iyâd avec une chaîne discutée, est resté dans la mémoire de l’école : le calife, priant devant la tombe du Prophète ﷺ, demandait s’il devait se tourner vers la qiblah ou vers la tombe ; pourquoi te détourner de lui, répondit Mâlik, lui qui est ton moyen et celui de ton père Adam auprès d’Allah ? — tourne-toi vers lui et demande son intercession. Mâlik mourut à Médine en l’an cent soixante-dix-neuf, au mois de rabî’ al-awwal, à quatre-vingt-six ans environ, après une maladie de plusieurs semaines ; il fut enterré au Baqî’, où sa tombe est encore. Il avait dit, pendant son agonie, qu’il n’avait jamais monté à cheval dans Médine, par respect pour la terre où reposait le corps du Messager d’Allah ﷺ.
Ses derniers jours nous sont contés par Ibn al-Qâsim et Ibn Wahb. Malade vingt-deux jours, il refusa d’abord qu’on le sût, puis dit à ses proches ce qu’il tenait de la Sunnah sur le linceul et la prière ; et ses dernières paroles furent l’attestation de foi et un verset : à Allah appartient le commandement, avant et après (Coran 30, 4). Le gouverneur de Médine, ’Abdullâh ibn Muhammad, pria sur lui ; la ville entière le suivit au Baqî’ ; et son élève Ibn Wahb écrivit qu’il n’avait vu, de sa vie, un homme plus soucieux de la parole du Messager d’Allah ﷺ. On raconte qu’il avait dit, peu avant, une chose sur son propre livre : puissé-je être frappé de coups pour chaque question sur laquelle j’ai répondu, pourvu que je n’aie pas répondu sur ce que je ne savais pas — l’humilité de la chaire jusque dans la mort.
À retenir Flagellé en cent quarante-six pour une fatwâ — le divorce du contraint est nul — que la révolte avait invoquée, réconcilié avec al-Mansûr, distant de Hârûn, mort en cent soixante-dix-neuf au Baqî’ : Mâlik dit le droit, et le droit servit qui voulut.
7. Portrait et credo
Ce qui frappe dans les récits, au-delà de la gravité, c’est une intransigeance douce envers tout ce qui n’avait pas de source. Mâlik est l’auteur de deux phrases qui résument la voie des anciens et que toute cette série pourrait mettre en épigraphe. La première : quiconque introduit dans l’islam une innovation qu’il tient pour bonne prétend que Muhammad ﷺ a trahi le message, car Allah a dit : aujourd’hui J’ai parachevé pour vous votre religion — ce qui n’était pas religion alors ne l’est pas aujourd’hui (rapporté par ash-Shâtibî dans Al-I’tisâm). La seconde : la fin de cette communauté ne sera réformée que par ce qui a réformé son commencement. Sur la croyance, il fut ce que fut sa ville : la réponse sur l’istiwâ’ — le comment est inconnu, la foi en cela est obligatoire, la question est une innovation — fixa la doctrine des attributs pour tous les siècles ; il tenait le Coran pour la parole d’Allah incréée ; il enseignait, contre les juristes de Kûfah et avec les gens du hadith, que la foi est parole et œuvre, qu’elle augmente et diminue ; il honorait les compagnons dans leur ordre et disait de ceux qui les insultaient qu’ils voulaient atteindre le Prophète ﷺ à travers eux — et le dossier des sectes a cité sa lecture du verset de la sourate Al-Fath. Il fuyait le kalâm et interdisait de fréquenter ses gens. Il aimait les gens de science et réprouvait les zélateurs : interrogé sur Abû Hanîfah, il dit ce que le dossier précédent a rapporté ; interrogé sur les divergences des savants, il dit qu’elles sont une largesse, pourvu que chacun ait sa preuve. Et il avait sur lui-même le jugement que l’on a vu : tout homme voit ses paroles acceptées et rejetées, disait-il en désignant la tombe du Prophète ﷺ, sauf le maître de cette tombe. Un homme qui tient ce discours ne fonde pas une école pour qu’on le suive : il la fonde pour qu’on suive, par elle, ce qu’il suivait.
Une question que le lecteur maghrébin se pose souvent trouve ici sa place : si Mâlik fut un homme des anciens, refusant le kalâm et affirmant les attributs sans détour, pourquoi le Maghreb malikite professe-t-il, depuis des siècles, la théologie ash’arite ? La réponse est historique, et le dossier des cultures l’a préparée. Le credo de Mâlik, celui de la Risâlah d’Ibn Abî Zayd — qui affirme, dans son premier chapitre, qu’Allah est sur Son Trône au-dessus des cieux, que le Coran est incréé, et que les croyants verront leur Seigneur — et celui des premiers malikites d’Ifrîqiyah et d’Andalousie fut le credo des gens du hadith, sans kalâm ; les savants l’appellent athari. L’ash’arisme entra au Maghreb par les élèves d’al-Bâqillânî au cinquième siècle, se répandit par les écoles, et fut imposé comme doctrine d’État par les Almohades au sixième siècle, dont le fondateur Ibn Tûmart avait étudié à Bagdad la théologie de l’école ; après quoi les manuels — les Sanûsiyyah, puis le premier chapitre d’Ibn ’Âshir — enseignèrent le credo selon la présentation ash’arite, et le Maghreb devint, dans la formule consacrée, « malikite en fiqh, ash’arite en credo ». Le lecteur retiendra deux choses : que cette association est historique et non nécessaire — Mâlik ne fut pas ash’arite, et Ibn Abî Zayd non plus —, et que les malikites des deux tendances ont vécu ensemble, prié ensemble et enseigné dans les mêmes mosquées, comme le dossier des cultures l’a dit de l’ash’arisme en général : une école de fiqh n’est pas une école de credo, et l’on peut suivre Mâlik dans la prière et les anciens dans les attributs — c’est même, à la lettre, ce que fit Mâlik.
À retenir Deux phrases pour la voie des anciens — l’innovation prétend que le message fut trahi ; la fin sera réformée par ce qui réforma le commencement — ; un credo de Médine : attributs sans comment, Coran incréé, foi parole et œuvre, compagnons honorés, kalâm fui.
Troisième partie — Les caractéristiques de l’école malikite
8. Les sources : la plus riche des hiérarchies
L’école de Mâlik a la particularité d’avoir le plus grand nombre de sources reconnues — al-Qarâfî, au septième siècle, en compte seize en distinguant, dans le Coran et la Sunnah, ce qui est énoncé, ce qui est apparent, ce qui est impliqué et ce qui est sous-entendu —, et cette richesse n’est pas un désordre : elle est la marque d’un droit qui a voulu rendre compte de tout ce que la pratique des compagnons et de Médine avait mis en œuvre. Le Coran et la Sunnah d’abord, comme pour tous, avec deux traits propres : Mâlik reçoit le hadith mursal lorsque le tâbi’î est fiable — le Muwatta’ en contient plus de deux cents —, et il reçoit le hadith isolé, mais le fait céder devant la pratique transmise de Médine lorsque les deux se contredisent, pour la raison que la section deux a exposée. Le consensus ensuite, et, en son sein, la pratique de Médine. Puis la parole du compagnon, tenue pour preuve lorsqu’elle n’est pas contredite — car un homme qui a vu le Prophète ﷺ ne parle pas au hasard. Puis l’analogie, comme à Kûfah, mais avec une réserve : Mâlik préfère le texte, la pratique et l’athar à l’analogie, et il n’y recourt qu’à défaut. Puis les instruments qui font l’originalité de l’école et que les sections suivantes détailleront : l’intérêt non texté, la fermeture des voies, la coutume, la présomption de continuité, la préférence, et — trait que nul autre madhhab n’a poussé si loin — l’égard pour la divergence, murâ’ât al-khilâf, qui consiste à tenir compte de l’avis d’une autre école lorsqu’un acte a déjà été accompli selon lui. Le lecteur mesure ce que représente cette liste : un droit qui a le hadith pour socle, la pratique pour garantie, et pour ouverture tous les instruments par lesquels la Loi rejoint la vie.
Deux traits de cette hiérarchie méritent d’être comparés à Kûfah, pour que le lecteur mesure ce qui sépare les deux écoles. Le premier : Mâlik préfère le rapport isolé à l’analogie — lorsqu’un hadith isolé authentique existe, il l’emporte sur le raisonnement —, là où Abû Hanîfah soumettait le rapport isolé à des conditions plus strictes ; c’est pourquoi le fiqh malikite est plus riche en hadiths, et le fiqh hanafite plus riche en analogies. Le second : Mâlik reçoit la préférence — l’istihsân — et en a fait un usage que ses élèves ont rapporté avec une formule célèbre : l’istihsân, disait-il, est les neuf dixièmes de la science ; mais l’istihsân de Mâlik n’est pas celui de Kûfah — il désigne le fait de laisser une analogie stricte pour une règle plus large tirée de l’intérêt ou de la coutume, et il rejoint l’intérêt non texté plus qu’il ne rejoint la préférence hanafite fondée sur un texte. Ajoutons enfin que l’école reçoit la coutume — ’urf — avec une ampleur qui fera, des siècles plus tard, la pratique de Fès : les juges du Maghreb, sur le modèle de la pratique de Médine, tinrent compte de la pratique établie de leur ville — l’amal Fâsî — pour interpréter les contrats, les dots et les usages, et Ibn ’Âsim en fixa les règles dans sa Tuhfat al-hukkâm, poème de droit judiciaire que tout juge malikite du Maghreb apprenait ; le principe médinois devint ainsi une méthode générale : la pratique établie d’une société musulmane éclaire la loi, tant qu’elle ne la contredit pas.
À retenir Seize sources chez al-Qarâfî : Coran et Sunnah avec le mursal reçu, la pratique de Médine, la parole du compagnon, l’analogie à défaut, puis l’intérêt, la fermeture des voies, la coutume, la présomption, la préférence et l’égard pour la divergence.
9. Les instruments propres : l’intérêt, la fermeture des voies, l’égard pour la divergence
Trois instruments font le génie de l’école, et chacun mérite son exemple. L’intérêt non texté — al-maslahah al-mursalah — d’abord : il s’agit de tenir compte d’un bien ou d’un dommage que les textes n’ont ni prescrit ni interdit expressément, mais qui entre dans les finalités de la Loi — préserver la religion, la vie, la raison, la descendance et les biens. Les compagnons l’ont pratiqué avant qu’on le nomme : la collecte du Coran en un volume, que nul texte n’ordonnait et que ’Umar imposa à Abû Bakr par l’intérêt de la religion ; la frappe d’une monnaie musulmane, l’établissement de registres, la prison comme peine — autant d’institutions sans texte que la Ummah reçut parce qu’elles servaient la Loi. Ash-Shâtibî, le grand malikite de Grenade, en a fixé les conditions dans les Muwâfaqât : que l’intérêt soit conforme aux finalités de la Loi, qu’il soit rationnel et non imaginaire, qu’il porte sur une chose générale et non sur un cas particulier, et qu’il ne contredise aucun texte. C’est cet instrument qui fera de l’école malikite, aux septième et huitième siècles, la mère de la science des finalités — les maqâsid — dont le dossier seize parlera, et qui la rend, aujourd’hui, la plus sollicitée pour les questions nouvelles. La fermeture des voies — sadd adh-dharâ’i’ — ensuite : interdire ce qui, licite en soi, conduit habituellement à l’illicite. L’exemple prophétique est célèbre : le Prophète ﷺ refusa d’exécuter les hypocrites dont il connaissait la trahison, « de peur que les gens ne disent que Muhammad tue ses compagnons » (Sahîh al-Bukhârî, n° 4905) — un acte licite écarté parce qu’il ouvrait la voie à un mal plus grand ; et l’exemple juridique est la vente dite ’înah, où l’on vend un bien à crédit pour le racheter aussitôt comptant à moindre prix : chaque vente est licite, l’ensemble est un prêt à intérêt déguisé, et Mâlik l’interdit — là où d’autres écoles, jugeant la forme, l’admirent. L’égard pour la divergence, enfin, instrument d’une finesse rare : lorsqu’un acte a été accompli selon l’avis d’une autre école — un mariage sans tuteur conclu par un hanafite, par exemple —, le malikite, qui le tenait pour invalide avant sa conclusion, en tire les conséquences comme s’il était valide une fois conclu, parce que le contraire ruinerait des situations établies de bonne foi. Un droit qui tient compte des autres droits dans ses propres jugements est un droit qui a compris ce que sont les écoles.
Quelques exemples de plus, car ces instruments deviennent clairs à l’usage. La fermeture des voies interdit au malikite de vendre du raisin à un homme dont il sait qu’il en fera du vin, et des armes en temps de sédition à qui les emploiera dans la sédition — ventes licites en elles-mêmes, fermées à cause de ce qu’elles ouvrent ; elle interdit le mariage conclu pour rendre une femme licite à son premier mari, que le Prophète ﷺ a maudit ; et elle fonde, dans le fiqh moderne, l’interdiction de bien des montages financiers dont chaque pièce est permise et dont l’ensemble est de l’usure. L’intérêt non texté fonde aujourd’hui, chez les juristes de toutes les écoles, la réglementation de la circulation, les pièces d’identité, les registres d’état civil, les règles d’hygiène publique — institutions sans texte que la Loi ne mentionne pas et que ses finalités commandent. Et l’égard pour la divergence, que l’école seule a systématisé, a un pendant que le lecteur rencontrera dans les livres : le malikite ne prend pas l’avis d’une autre école pour lui-même lorsqu’il a le choix, mais il en respecte les conséquences chez qui l’a suivi ; c’est ce qui a permis, dans les villes où quatre écoles vivaient côte à côte, que les mariages, les héritages et les contrats des uns fussent reconnus par les juges des autres. Un instrument de paix civile né dans les livres de fiqh.
À retenir L’intérêt non texté, pratiqué par les compagnons et conditionné par ash-Shâtibî ; la fermeture des voies, dont le modèle est le refus du Prophète ﷺ d’exécuter les hypocrites ; l’égard pour la divergence, qui tient compte des autres écoles : trois instruments d’un droit qui rejoint la vie.
10. Les traits concrets du fiqh malikite
Le lecteur reconnaîtra l’école à quelques traits qu’il voit chaque jour, et il faut en donner les preuves, car c’est là que se joue la question « qui a raison ». Dans la prière, le malikite laisse ses bras ballants — le sadl — dans les prières obligatoires, tandis que les autres écoles croisent les mains ; l’origine en est la Mudawwanah, où Ibn al-Qâsim rapporte que Mâlik désapprouvait le croisement dans la prière obligatoire et l’admettait dans les surérogatoires longues — désapprobation que les maîtres de l’école ont expliquée par la crainte que l’on s’appuie sur soi-même ou que l’on croie le geste obligatoire ; mais le Muwatta’ lui-même contient le hadith du croisement des mains (Muwatta’, livre de la prière), Mâlik l’a transmis, et une autre transmission de Mâlik, par Mutarrif et Ibn al-Mâjishûn, rapporte qu’il l’admettait sans réserve — si bien qu’Ibn ’Abd al-Barr, le plus grand malikite d’Andalousie, écrivit qu’il n’y a pas de divergence entre les compagnons sur le croisement et que c’est la position juste, et que des maîtres de l’école, jusqu’à nos jours, croisent les mains. Le lecteur tiendra donc le sadl pour ce qu’il est : la pratique reçue de l’école, fondée sur une transmission de Mâlik, à côté d’une autre transmission du même Mâlik que d’autres malikites ont suivie — et non pour un mépris de la Sunnah, puisque la Sunnah du croisement est dans le Muwatta’ même. Dans la prière encore, le malikite ne dit pas la basmalah avant la Fâtiha — sur la pratique de Médine et sur le hadith d’Anas rapportant que le Prophète ﷺ, Abû Bakr et ’Umar commençaient par la louange (Sahîh al-Bukhârî, n° 743) —, il prononce le qunût dans la prière de l’aube, et il ne tient pas le witr pour obligatoire. Dans la purification, il tient, contre les autres écoles, que tout animal vivant est pur — le chien compris — et que l’ordre de laver sept fois le récipient où le chien a lapé (Sahîh al-Bukhârî, n° 172) est un acte d’adoration dont on ne cherche pas la cause, non la preuve d’une impureté ; le converti français qui vit avec un chien trouvera dans son école la position la plus large de l’islam, avec sa preuve. Dans la zakât, il n’en prélève pas sur les légumes, par la pratique de Médine, ni sur les bijoux portés, comme le dossier précédent l’a montré. Dans le mariage et le divorce, l’école est la plus attentive de toutes au dommage subi par la femme : elle admet le divorce prononcé par le juge pour préjudice — darar — lorsque le mari maltraite, abandonne ou ne pourvoit pas, sur le hadith « pas de dommage ni de dommage réciproque » (rapporté par Ibn Mâjah, n° 2340, et Mâlik dans le Muwatta’ ; jugé bon par la réunion de ses voies), et les codes modernes du Maghreb et de l’Égypte lui ont emprunté cette règle. Dans les aliments, tout ce qui vient de la mer est licite, sur le verset et le hadith de la mer. Et dans le commerce, l’école est réputée pour sa rigueur contre les voies détournées de l’usure et sa souplesse dans la considération de la coutume. Un fiqh de terre et de marché, de famille et de mosquée, qui tient au texte par la pratique et à la vie par l’intérêt : voilà ce que le Maghreb a reçu.
Quelques traits encore, que le pratiquant reconnaîtra. Dans la prière, le malikite ne lève les mains qu’à l’ouverture, comme le hanafite, et s’assied dans la posture dite tawarruk aux deux assises ; il tient la prière de l’aube pour préférable à l’aube naissante, et récite à voix haute l’ouverture de l’après-midi en silence. Dans le jeûne, l’école tient qu’une seule intention suffit pour tout le mois de Ramadan — parce que le jeûne y est un acte continu —, ce qui épargne au croyant l’angoisse de l’oubli d’un soir ; et elle fixe la zakât de rupture du jeûne en nourriture, un sâ’ de l’aliment du pays. Dans le pèlerinage, elle préfère le pèlerinage simple, l’ifrâd, sur la pratique de Médine et le hadith de ’Â’ishah, là où les hanbalites préfèrent le tamattu’. Dans les aliments, elle tient pour licites les viandes des gens du Livre selon le verset (Coran 5, 5), avec des conditions que les juristes contemporains discutent ; et elle est sévère sur tout ce qui enivre, sans la distinction kûfite du nabîdh. Dans les transactions enfin, l’école a un trait que ses adversaires lui ont reproché et que ses juristes revendiquent : elle tient compte de l’intention supposée des parties — celui qui vend et rachète, celui qui prête avec cadeau — et juge l’ensemble et non la forme, ce qui rend son droit des ventes le plus vigilant contre l’usure, et le moins commode pour ceux qui voudraient la contourner. Le lecteur d’une autre école y verra des choix ; le lecteur de l’école y verra des preuves ; et les deux prieront côte à côte.
À retenir Le sadl fondé sur une transmission de Mâlik à côté d’une autre, la Fâtiha sans basmalah, le qunût de l’aube, la pureté de tout animal vivant, la zakât sans légumes, le divorce pour préjudice, la mer toute licite : un fiqh reconnaissable, et prouvé.
11. Les élèves, les livres et la hiérarchie du madhhab
Mâlik avait le Muwatta’ ; son école eut la Mudawwanah, et son histoire mérite d’être racontée, car elle est celle du Maghreb. Asad ibn al-Furât, jeune Ifrîqiyen qui avait étudié le Muwatta’ à Médine puis le fiqh de Kûfah chez Muhammad ash-Shaybânî, vint en Égypte trouver Ibn al-Qâsim, le plus fidèle élève de Mâlik, et lui posa, chapitre après chapitre, toutes les questions que les Kûfites posaient : que dit Mâlik sur ceci, et sur cela ? Ibn al-Qâsim répondit selon ce qu’il avait entendu de son maître, et, lorsqu’il ne l’avait pas entendu, selon ce qu’il en déduisait — en le disant. Asad rapporta ses cahiers à Kairouan : ce fut l’Asadiyyah. Un autre Ifrîqiyen, Sahnûn ibn Sa’îd, la reprit, retourna en Égypte la lire à Ibn al-Qâsim, qui la corrigea et l’enrichit de hadiths et d’athar, puis la classa et la fixa : ce fut la Mudawwanah, « la consignée », que l’école appellera « la Mère », et dont Sahnûn, devenu juge de Kairouan, fit le livre de l’Occident. Elle contient les réponses de Mâlik par Ibn al-Qâsim, avec les preuves, et lorsqu’il y a divergence entre les élèves de Mâlik, c’est l’avis d’Ibn al-Qâsim que l’école préfère — parce qu’il resta vingt ans près du maître et qu’il ne mêla rien d’autre à sa science. Autour de ces deux piliers se rangent les livres des autres élèves — le Jâmi’ d’Ibn Wahb, le Mukhtasar d’Ibn ’Abd al-Hakam, les recueils d’auditions d’Ashhab et d’Ibn Nâfi’, la Wâdihah d’Ibn Habîb, le premier livre d’Andalousie, l’’Utbiyyah d’al-’Utbî de Cordoue, que le grand-père d’Ibn Rushd commentera dans le Bayân — puis, au quatrième siècle, l’œuvre qui rassembla tout : les Nawâdir d’Ibn Abî Zayd al-Qayrawânî, « le petit Mâlik », mort en trois cent quatre-vingt-six, et sa Risâlah, le manuel de croyance et de pratique écrit pour les enfants de Kairouan, que tout le Maghreb apprend encore et que le lecteur francophone possède en traduction. Puis vinrent les maîtres : à Bagdad, le juge ’Abd al-Wahhâb, mort en quatre cent vingt-deux, qui donna à l’école ses fondements du droit, et l’école irakienne du malikisme, plus raisonneuse ; en Andalousie, Ibn ’Abd al-Barr, al-Bâjî, le grand-père Ibn Rushd avec ses Muqaddimât, Abû Bakr ibn al-’Arabî, le juge ’Iyâd de Ceuta — dont le Tartîb al-madârik est la biographie de toute l’école et dont le Shifâ est le livre le plus lu sur la personne du Prophète ﷺ —, le petit-fils Ibn Rushd dont la Bidâyat al-mujtahid expose les divergences de toutes les écoles avec leurs causes ; en Égypte, al-Qarâfî, mort en six cent quatre-vingt-quatre, dont la Dhakhîrah et les Furûq sont les sommes de la méthode ; à Grenade, ash-Shâtibî, mort en sept cent quatre-vingt-dix, avec les Muwâfaqât et l’I’tisâm ; et l’homme dont le livre fixa l’école pour les siècles suivants : Khalîl ibn Ishâq, mort en sept cent soixante-seize au Caire, dont le Mukhtasar — un abrégé si dense qu’on l’a dit « écrit en chiffre » — donne en quelques centaines de pages l’avis retenu de l’école sur chaque question, et qui reçut plus de soixante commentaires — al-Mawwâq, al-Hattâb, al-Kharashî, az-Zurqânî, ad-Dardîr et son glossateur ad-Dasûqî — jusqu’à nos jours.
Comment l’école hiérarchise-t-elle ses avis ? Elle distingue le mashhûr — l’avis le plus répandu chez ses maîtres — du râjih — l’avis le mieux prouvé —, et ses juristes ont débattu de ce que fait le mufti lorsque les deux diffèrent ; elle tient l’avis de Mâlik pour premier, puis celui d’Ibn al-Qâsim, puis ce sur quoi s’accordent les grands élèves ; et elle a connu des écoles régionales — les Médinois, les Égyptiens, les Irakiens, les Ifrîqiyens, les Andalous — dont les préférences diffèrent sur des points de détail, et que les maîtres tardifs ont réunies dans le Mukhtasar de Khalîl. Ce que le dossier précédent a dit du madhhab hanafite vaut ici : cette hiérarchie protège le croyant contre l’avis du jour, et elle est ce qui distingue une école d’une collection d’opinions.
Deux pages de cette histoire méritent d’être ajoutées, parce qu’elles montrent l’école en débat et en enseignement. Le débat : en Andalousie, au cinquième siècle, le malikisme rencontra son adversaire le plus redoutable en la personne d’Ibn Hazm de Cordoue, génie polémique de l’école zâhirite, qui ne recevait que la lettre des textes et rejetait l’analogie, la pratique de Médine et l’intérêt comme autant d’inventions humaines ; ses attaques contre Mâlik furent violentes, et c’est al-Bâjî qui lui répondit — dans des disputes publiques à Majorque restées célèbres, puis dans ses livres —, montrant que la Loi ne se réduit pas à sa lettre et que la pratique des compagnons est une preuve ; le débat fit progresser l’école, qui dut, contre Ibn Hazm, expliciter ses fondements — d’où les traités d’al-Bâjî et, plus tard, d’al-Qarâfî. L’enseignement : au-delà des grandes villes, le malikisme se transmit dans une institution que nul autre madhhab n’a connue sous cette forme — la mahdarah du désert mauritanien, école nomade sous la tente où le maître enseigne le Coran, la langue, la Risâlah puis Khalîl à des élèves qui apprennent par cœur, des années durant, dans le pays de Shinqît ; ces écoles ont produit, du huitième siècle au vingtième, des savants qui enseignèrent jusqu’à Médine et au Caire, et elles vivent encore. Le Mukhtasar de Khalîl, dont un vers célèbre dit qu’il est « ce que l’on emporte sous la tente », est le livre de ces écoles — et le fait qu’un texte du Caire du huitième siècle soit récité de mémoire dans le Sahara du vingt-et-unième dit mieux que tout ce qu’est une transmission.
À retenir Le Muwatta’ et la Mudawwanah — née des questions d’Asad et fixée par Sahnûn avec Ibn al-Qâsim —, puis les Nawâdir et la Risâlah d’Ibn Abî Zayd, les maîtres d’Andalousie et d’Égypte, ash-Shâtibî et Khalîl : une école qui hiérarchise ses avis par le mashhûr et le râjih.
12. La propagation : de Kairouan à Tombouctou
L’école de Médine devint celle de l’Occident, et il faut dire par quelles voies, car elles diffèrent de celles du hanafisme : non la judicature d’un empire, mais le voyage des étudiants, le choix des princes et la résistance des peuples. L’Égypte d’abord, où Ibn al-Qâsim, Ibn Wahb et Ashhab enseignèrent, et où l’école resta l’une des deux dominantes jusqu’aux Fatimides. L’Ifrîqiyah ensuite, où le dossier précédent a laissé le Kairouan des Aghlabides partagé entre hanafites et malikites : la victoire vint avec Sahnûn, juge de Kairouan en deux cent trente-quatre, dont la Mudawwanah et les élèves — des centaines — firent de l’Ifrîqiyah la citadelle de l’école. Cette citadelle fut assiégée : lorsque les Fatimides ismaéliens prirent Kairouan au début du quatrième siècle, ils tentèrent d’imposer leur doctrine, et les malikites résistèrent — enseignement clandestin, refus des juges, martyrs, révolte d’Abû Yazîd —, jusqu’à ce que les Zirides, puis leur émir al-Mu’izz ibn Bâdîs au cinquième siècle, rompent avec le Caire et restaurent officiellement le malikisme ; Ibn Abî Zayd écrivit dans cette épreuve, et sa Risâlah, qui commence par le credo, est aussi une profession de foi contre l’ismaélisme. L’Andalousie enfin : le Muwatta’ y fut porté par Ziyâd Shabtûn et Yahyâ al-Laythî, et l’émir umayyade Hishâm Ier, à la fin du deuxième siècle, choisit l’école de Mâlik pour son État — parce que, dit-on, elle était celle de la ville du Prophète ﷺ, et parce que ses juristes étaient là ; Ibn Habîb, Ibn ’Abd al-Barr, al-Bâjî, Ibn Rushd, ’Iyâd et ash-Shâtibî firent le reste, et l’Andalousie donna à l’école ses plus grands livres. Du Maghreb, l’école descendit avec les Almoravides — dont l’État, au cinquième siècle, fut celui des juristes de la Mudawwanah — vers le Sahara et le Soudan : Tombouctou, Djenné, Gao, Kano, où Ahmad Bâbâ et les savants de Sankoré enseignèrent Khalîl ; les Almohades, au sixième siècle, voulurent revenir aux textes contre les livres de furû’ et firent brûler des exemplaires de la Mudawwanah — l’école leur survécut, et les Mérinides, les Hafsides et les Sa’diens la rétablirent. Aujourd’hui, le malikisme est l’école de la Mauritanie, du Maroc, de l’Algérie, de la Tunisie, de la Libye, du Sénégal, du Mali, du Niger, du Tchad, du Soudan, du Nigéria du Nord, de la Haute-Égypte, du Koweït et de Bahreïn pour une part, et des Émirats ; et il est, par la majorité maghrébine et ouest-africaine des musulmans de France, l’école de la plupart des mosquées où le lecteur de ces lignes a prié. Lorsqu’un enfant apprend à Nantes ou à Marseille le Murshid al-mu’în d’Ibn ’Âshir, il récite un catéchisme composé à Fès au onzième siècle de l’hégire, dans la ligne de Khalîl, d’Ibn Abî Zayd, de Sahnûn, d’Ibn al-Qâsim et de Mâlik.
Quatre institutions ont porté cette propagation, et le lecteur les connaît peut-être sans savoir qu’elles sont malikites. La Zaytûnah de Tunis et la Qarawiyyîn de Fès — fondée en deux cent quarante-cinq par Fâtimah al-Fihriyyah, une femme de Kairouan —, les deux plus anciennes universités du monde musulman occidental, enseignent le fiqh de Mâlik depuis leur fondation. Les madrasas de Tombouctou et de Sankoré, dont les manuscrits, sauvés par leurs gardiens, comptent des dizaines de milliers de volumes de fiqh malikite. Et, à l’époque ottomane, une institution qui dit la coexistence des écoles : à Tunis et à Alger, deux muftis siégeaient côte à côte — le hanafite, école de l’État ottoman, et le malikite, école du peuple —, et les mosquées se distinguaient par leurs minarets, octogonaux pour les uns, carrés pour les autres ; le voyageur qui regarde les minarets de Tunis lit encore, dans la pierre, l’histoire des deux madhhabs. Enfin, lorsque le Maroc indépendant codifia son droit de la famille en mil neuf cent cinquante-sept, puis le réforma en deux mille quatre, il nomma son code la Mudawwanah — le nom même du livre de Sahnûn —, et l’essentiel de ses règles, comme celles des codes tunisien et algérien, fut tiré du fiqh malikite, avec les instruments que ce dossier a décrits : le divorce pour préjudice, l’intérêt, la coutume. L’école de Mâlik est un droit vivant dans des États vivants.
À retenir Par les étudiants, les princes et les peuples — Sahnûn à Kairouan, Hishâm en Andalousie, les Almoravides au Sahara —, l’école de Médine devint celle du Maghreb, de l’Afrique de l’Ouest et, par eux, des mosquées de France ; elle résista aux Fatimides et survécut aux Almohades.
13. Trois cas concrets : comment l’école tranche
Trois cas montreront l’école au travail, et le premier est celui que ses adversaires lui opposent depuis douze siècles : l’option de séance. Un hadith authentique dit que l’acheteur et le vendeur ont le droit de se rétracter tant qu’ils ne se sont pas séparés (Sahîh al-Bukhârî, n° 2109 ; Sahîh Muslim, n° 1531) ; Mâlik l’a transmis dans son Muwatta’, et il a jugé contre lui — il ajoute, après l’avoir rapporté : et ceci n’a pas chez nous de limite connue ni d’usage établi — parce que la pratique de Médine ne connaissait pas cette option et que le contrat, chez ses gens, se concluait par la parole. Ash-Shâfi’î, son élève, l’en reprit sévèrement, et beaucoup de savants après lui ; et l’école a répondu de deux manières — que la pratique transmise l’emporte sur le rapport isolé, selon la théorie de la preuve exposée à la section deux, et que « se séparer » peut s’entendre de la séparation des paroles, l’offre et l’acceptation — ; le lecteur pèsera, et il saura que la position de la majorité des savants est celle du hadith, et que des malikites l’ont suivie. Le second cas est celui de la zakât sur les produits de la terre : Abû Hanîfah la prélève sur tout ce que la terre produit, légumes compris, par la généralité du verset (Coran 6, 141) ; Mâlik ne la prélève que sur les grains et les fruits que l’on stocke — le blé, l’orge, les dattes, les raisins secs —, par la pratique de Médine, où les jardins de légumes étaient nombreux et n’ont jamais été imposés, et par le hadith limitant la zakât aux quatre denrées (rapporté par al-Hâkim et ad-Dâraqutnî ; discuté) ; ash-Shâfi’î et Ahmad tiennent le milieu. Le troisième cas est celui du chien : nous l’avons vu, Mâlik tient l’animal pour pur et le lavage septuple pour un acte d’adoration — parce que le Coran permet de manger le gibier que le chien de chasse rapporte dans sa gueule (Coran 5, 4) sans ordonner de le laver, ce qui serait impossible si sa salive était impure. Trois cas, trois preuves, et le lecteur voit ce qu’est une école : non un lieu où l’on a toujours raison, mais un lieu où l’on a toujours une raison.
À retenir L’option de séance jugée contre le hadith par la pratique — et reprise par ash-Shâfi’î —, la zakât limitée aux denrées stockées, le chien pur par le verset du gibier : trois cas où l’école a toujours une raison, non toujours raison.
14. Guide pratique : apprendre le malikisme en France
Le lecteur francophone qui veut apprendre l’école de ses parents ou de sa mosquée dispose d’un chemin balisé depuis mille ans, et il suffit de le lui indiquer. On commence par la croyance et la pratique ensemble, dans le Murshid al-mu’în d’Ibn ’Âshir — le « guide secourable », poème de trois cents vers composé à Fès au onzième siècle de l’hégire, qui enseigne le credo des anciens selon la présentation ash’arite, les règles de la purification, de la prière, du jeûne et du pèlerinage, et les rudiments de la purification de l’âme ; il est traduit et commenté en français, et des enfants le récitent dans toutes les mosquées du Maghreb. On continue par la Risâlah d’Ibn Abî Zayd, dont le premier chapitre est le credo de l’école — celui des gens du hadith, sans kalâm — et dont le reste couvre tout le culte et l’essentiel du droit ; elle est traduite, et plusieurs commentaires modernes l’expliquent. Pour la prière seule, le Mukhtasar d’al-Akhdarî, petit livre du Sahara écrit pour les débutants, est le plus court des manuels. Puis vient Khalîl, avec un commentaire — celui d’ad-Dardîr, Aqrab al-masâlik, est le plus accessible —, pour qui veut aller au fond ; et, pour les preuves, le Muwatta’ avec le Tamhîd ou l’Istidhkâr d’Ibn ’Abd al-Barr, et la Bidâyat al-mujtahid d’Ibn Rushd, qui donne pour chaque question l’avis des quatre écoles et la cause de leur désaccord — le meilleur livre pour cesser d’être fanatique. Cinq conseils, enfin, que les maîtres de l’école ont donnés avant nous. Apprendre l’adab avant la science, comme la mère de Mâlik. Ne pas croire que son école est la religion, comme Mâlik qui refusa d’imposer son livre. Suivre l’école de sa mosquée et de sa terre, et ne pas chercher dans les autres ce qui arrange. Lire les preuves quand on le peut, et savoir dire « je ne sais pas ». Et aimer les autres imams comme Mâlik les aima — car un malikite qui médit d’Abû Hanîfah ou d’ash-Shâfi’î ne suit pas Mâlik : il le contredit.
À retenir Ibn ’Âshir pour commencer, la Risâlah pour tout le culte, al-Akhdarî pour la prière, Khalîl et ad-Dardîr pour aller au fond, Ibn ’Abd al-Barr et Ibn Rushd pour les preuves — et l’adab avant la science, comme la mère de Mâlik.
Quatrième partie — Objections et questions récurrentes
Voici, rassemblées à la fin comme dans les dossiers précédents, les objections et les questions qui reviennent le plus souvent sur Mâlik, son école et le malikisme du Maghreb — celles des polémistes, celles des musulmans d’autres écoles, et celles du lecteur français qui se demande ce qu’il en fait.
« Mâlik rejetait des hadiths authentiques au profit de la pratique de Médine. »
Il les recevait — il les a transmis lui-même dans son livre — et il les faisait céder, dans les rares cas de contradiction, devant ce qu’il tenait pour une transmission plus sûre de la même Sunnah : la pratique continue de la ville du Prophète ﷺ. La section deux a exposé cette théorie de la preuve, ses critiques et son arbitrage : forte lorsque la pratique remonte au Prophète ﷺ, discutable lorsqu’elle remonte à des juristes. Ce n’est pas une préférence de l’opinion au texte — c’est une préférence d’un mode de transmission à un autre, par un homme qui fut, de l’avis de ses adversaires, le plus sûr transmetteur de son siècle. Les cas concernés se comptent sur les doigts, le plus célèbre étant l’option de séance, que la section treize a examiné sans rien cacher ; et Ibn Taymiyyah, qui n’était pas malikite, a écrit que les principes de Médine sont les plus sûrs de tous.
« Al-Layth et ash-Shâfi’î ont réfuté la pratique de Médine : l’école repose sur une erreur. »
Ils l’ont contestée, et ils ont eu raison contre sa forme absolue — nul ne tient aujourd’hui que toute pratique médinoise fait preuve — ; ils n’ont pas eu raison contre sa forme mesurée, qu’Ibn Taymiyyah a établie et que les usûliyyûn de toutes les écoles admettent : ce que Médine transmet du Prophète ﷺ par l’acte continu est une preuve pour tous, et al-Layth lui-même, dans sa lettre, ne le nie pas. Le désaccord porte sur l’étendue de la preuve, non sur son principe ; et une école dont le principe est discuté dans sa mesure par ses adversaires, et défendu dans son fond par un hanbalite, ne repose pas sur une erreur.
« Mâlik fut flagellé pour rébellion : un imam politique ? »
Il fut flagellé pour une fatwâ juridique — le divorce du contraint est nul — que des rebelles invoquèrent ; il n’avait ni prêché la révolte ni pris les armes, et le calife lui-même, en désavouant son gouverneur et en demandant pardon, reconnut l’injustice. Mâlik ne fut pas un imam politique au sens des hommes de parti : il fut un juriste qui dit le droit sans regarder qui s’en servirait — et qui en paya le prix, comme Abû Hanîfah pour son refus, et comme Ahmad pour sa foi. Les quatre imams ont ceci en commun d’avoir été battus ou emprisonnés par les princes ; c’est le signe qu’ils ne leur appartenaient pas.
« Le hadith du « savant de Médine » est faible : l’école se fonde sur une prophétie douteuse. »
L’école ne se fonde pas sur ce hadith mais sur le Coran, la Sunnah et la pratique ; le hadith est un honneur, non une preuve. At-Tirmidhî l’a jugé bon, d’autres l’ont discuté, et Sufyân ibn ’Uyaynah, Ibn Mahdî et bien des savants l’ont appliqué à Mâlik — parce qu’à leur époque, de fait, on battait les flancs des montures de tout l’islam pour venir l’entendre. Que le lecteur le tienne pour ce qu’il est : une parole prophétique de degré discuté, et un fait historique certain.
« Le malikisme est l’école la plus traditionnelle et la moins rationnelle. »
C’est l’inverse qui est vrai, et le dossier l’a montré : l’école qui a le plus de sources reconnues, qui a forgé l’intérêt non texté, la fermeture des voies et l’égard pour la divergence, et qui a produit ash-Shâtibî et la science des finalités, est l’école la plus outillée pour les questions nouvelles — et c’est pour cela que les juristes contemporains de toutes les écoles puisent dans ses instruments. Ce que l’on prend pour du traditionalisme est sa fidélité au hadith et à la pratique des compagnons ; ce que l’on ignore est son génie du raisonnement finalisé. Mâlik fut l’élève de Rabî’ah « l’opinion » ; il ne l’a pas oublié.
« Pourquoi les malikites prient-ils les bras ballants, contre tous les hadiths ? »
La section dix a répondu avec les textes : le croisement des mains est dans le Muwatta’ même, transmis par Mâlik ; sa désapprobation dans la Mudawwanah porte sur la prière obligatoire et s’explique par une crainte de l’école ; une autre transmission de Mâlik l’admet ; Ibn ’Abd al-Barr, le plus grand malikite d’Andalousie, tient le croisement pour la position juste ; et le sadl est une pratique reçue, fondée sur une transmission, non une négation de la Sunnah. Le récit de l’épaule déboîtée est une explication populaire que l’école n’a pas retenue comme preuve. Le lecteur malikite qui croise les mains suit Mâlik ; celui qui les laisse ballantes suit Mâlik par Ibn al-Qâsim ; et nul des deux n’invalide sa prière — les quatre imams en sont d’accord.
« Le taqlîd malikite a fermé l’ijtihâd au Maghreb et engendré l’ignorance. »
Le Maghreb malikite a produit Ibn ’Abd al-Barr, Ibn Rushd, ’Iyâd, ash-Shâtibî, Ibn Khaldûn — qui fut juge malikite — et, à l’époque moderne, Ibn ’Âshûr, dont le traité des finalités est le plus lu du vingtième siècle : ce n’est pas le bilan d’une école qui aurait fermé la pensée. Ce qui est vrai, c’est que l’école, comme les autres, connut des siècles de commentaire où l’on glosait Khalîl plus qu’on ne lisait le Muwatta’, et que des maîtres de l’école — ash-Shâtibî le premier — l’ont dénoncé de l’intérieur ; la réforme est venue par eux, non contre eux. Le dossier treize de cette série parlera de cette revivification.
« Le malikisme du Maghreb, c’est le maraboutisme, les tombeaux et le soufisme populaire. »
C’est confondre l’école de droit et les usages qui se sont greffés sur les sociétés où elle vivait. Mâlik est l’auteur de la phrase la plus sévère de l’islam contre l’innovation, et la Risâlah d’Ibn Abî Zayd commence par un credo qui ne laisse place à aucun culte des tombes ; les maîtres de l’école — ash-Shâtibî dans l’I’tisâm, Ibn al-Hâjj dans le Madkhal, les réformateurs du Maghreb — ont combattu ces usages au nom même de Mâlik. Qu’une terre malikite ait connu des dérives ne fait pas de Mâlik leur auteur, pas plus que les dérives d’une terre hanafite n’engagent Abû Hanîfah ; et le remède est dans l’école, non hors d’elle.
« Mâlik était-il un tâbi’î ? »
Non : il n’a vu aucun compagnon, et il appartient à la génération des successeurs des successeurs — la troisième génération que le hadith des trois générations a louée. Ses maîtres, eux, furent des tâbi’ûn — Nâfi’, az-Zuhrî, Rabî’ah, Ibn Hurmuz —, et c’est par eux, à un seul degré, qu’il touche aux compagnons : c’est la chaîne d’or.
« Un Français, un converti, peut-il être malikite ? »
Il peut l’être exactement comme un Berbère de Kairouan le devint au troisième siècle : en apprenant l’école de la terre où il a reçu l’islam. Le converti français reçoit le plus souvent sa religion dans une mosquée où l’on prie et l’on enseigne selon Mâlik, où les livres en français disponibles sont la Risâlah, Ibn ’Âshir et les commentaires de Khalîl, et où les imams sont formés dans cette voie ; suivre cette école n’est pas une question d’origine mais d’apprentissage, et Mâlik lui-même n’était pas de Médine par le sang — il l’était par la science. Ce qu’il ne doit pas faire, c’est ce que ce dossier a condamné avec les imams : tenir son école pour la religion, mépriser les autres, ou picorer dans chacune ce qui l’arrange. Ce qu’il doit faire, c’est ce que la mère de Mâlik lui dit : apprendre l’adab avant la science — et, de la science, prendre d’abord ce qu’il peut porter.
« Le Muwatta’ n’est pas un vrai recueil authentique : il contient des mursal et des paroles de compagnons. »
Il n’a jamais prétendu être un recueil de hadiths au sens d’al-Bukhârî, qui naîtra un siècle plus tard : il est un livre de droit, où le hadith, l’athar et la pratique sont présentés ensemble, et sa valeur tient précisément à cet ensemble. Ses hadiths à chaîne sont d’une sûreté que nul n’a contestée — al-Bukhârî tenait la chaîne de Mâlik pour la plus sûre de toutes, et presque tout ce que le Muwatta’ contient de marfû’ se retrouve dans les Six Livres ; ses mursal remontent à des tâbi’ûn que Mâlik tenait pour fiables, et les savants ont montré que la plupart sont corroborés par des chaînes complètes ailleurs ; ses paroles de compagnons sont des preuves pour toutes les écoles. Juger le Muwatta’ à l’aune du Sahîh, c’est reprocher à un code de n’être pas un dictionnaire : les deux livres n’ont pas le même objet, et le premier a servi de modèle au second.
« L’istihsân malikite, c’est l’arbitraire : Mâlik disait qu’il est les neuf dixièmes de la science. »
La formule est rapportée, et son sens est celui que la section huit a donné : l’istihsân de Mâlik est le fait de laisser une analogie étroite pour une règle plus large tirée de l’intérêt, de la coutume ou de la facilité — dans les limites de la Loi. Ash-Shâfi’î a combattu un istihsân qu’il définissait comme « juger selon ce qui plaît », et il avait raison contre cette définition ; mais ce n’est pas celle de Mâlik, dont ash-Shâtibî a montré qu’elle est une forme de l’intérêt conditionné — conforme aux finalités, rationnel, général, non contraire aux textes. Un instrument qui a des conditions n’est pas arbitraire ; il est un instrument.
« Ibn Hazm et les zâhirites ont démoli les fondements du malikisme. »
Ibn Hazm fut le critique le plus brillant que l’école ait rencontré, et elle lui doit d’avoir précisé ses principes ; mais son zâhirisme — la Loi réduite à sa lettre, sans analogie ni intérêt ni pratique — n’a convaincu aucune des quatre écoles et n’a pas survécu comme madhhab vivant, tandis que le malikisme a produit, après lui, ash-Shâtibî, al-Qarâfî et la science des finalités. Al-Bâjî lui a répondu sur les preuves, et le dossier des fondements du droit montrera pourquoi la lettre seule ne suffit pas à une loi faite pour des hommes.
« Pourquoi les malikites du Maghreb sont-ils ash’arites, si Mâlik était un homme des anciens ? »
La section sept a répondu : par l’histoire — al-Bâqillânî, les écoles, puis les Almohades —, non par nécessité. Le credo de Mâlik et d’Ibn Abî Zayd est celui des gens du hadith ; l’ash’arisme est venu plus tard, et les deux tendances ont vécu dans la même école de fiqh, comme les hanafites ont eu leurs mâturîdites et leurs atharis. Un malikite qui professe le credo de la Risâlah suit Mâlik en tout ; un malikite qui professe celui d’Ibn ’Âshir suit Mâlik en fiqh et une école postérieure en credo — et ni l’un ni l’autre ne doit tenir l’autre pour hors de l’école.
« Mâlik était intolérant envers les innovateurs : il refusait de les saluer. »
Il refusait de s’asseoir avec les disputeurs de kalâm et de prier derrière ceux qui appelaient à une innovation dans la croyance — attitude de tous les imams de son siècle, qui tenaient que la fréquentation du disputeur corrompt la foi du simple, et qui l’ont dit de la même manière à Kûfah, à Bagdad et à Médine. Mais cet homme intransigeant sur la doctrine fut d’une douceur constante avec les personnes : il enseigna sans distinction les Arabes et les affranchis, les hommes et les femmes, les riches et les pauvres, et il fit l’éloge de savants qui ne pensaient pas comme lui — Abû Hanîfah au premier rang. L’intolérance de Mâlik est celle du médecin envers la maladie ; elle n’a jamais été celle d’un homme envers les hommes.
À retenir La pratique de Médine et le hadith, al-Layth et ash-Shâfi’î, la flagellation, le hadith du savant de Médine, l’école « traditionnelle », les bras ballants, le taqlîd du Maghreb, le maraboutisme, le tâbi’î, le converti malikite, le Muwatta’ « non authentique », l’istihsân, Ibn Hazm, l’ash’arisme du Maghreb et l’« intolérance » : chaque objection a sa réponse dans l’histoire et dans les textes.
Conclusion — Vers ash-Shâfi’î, le conciliateur
Le lecteur tient désormais l’école de Médine — et, pour beaucoup de ceux qui liront ces lignes, la sienne. Il a vu la ville qui gardait, ses sept juristes et les maîtres de Mâlik ; il a compris la thèse de la pratique, ses degrés et ses critiques ; il a suivi l’enfant du Yémen envoyé par sa mère chez Rabî’ah, la chaire de soixante ans tenue avec gravité et humilité, le livre composé quarante ans et refusé aux princes qui voulaient l’imposer, la flagellation pour une fatwâ, la mort au Baqî’. Il a lu les sources de l’école et ses instruments — l’intérêt, la fermeture des voies, l’égard pour la divergence —, reconnu ses traits dans la prière et la vie, rencontré la Mudawwanah née des questions d’Asad, les Nawâdir et la Risâlah, Khalîl et ses commentaires ; il a suivi l’école de Kairouan à Tombouctou et jusqu’aux mosquées de France, et il sait par quels livres l’apprendre. Et il a retenu ce que ce dossier voulait montrer : que l’école la plus attachée au hadith et à la pratique des compagnons est aussi la plus riche en instruments de raisonnement — parce que la fidélité au texte et l’intelligence de ses fins ne sont pas deux voies, mais une seule, que Mâlik a tenue.
Un jeune homme de La Mecque, orphelin et pauvre, avait appris le Muwatta’ par cœur avant de venir s’asseoir devant Mâlik, et il resta près de lui jusqu’à sa mort. Puis il alla à Bagdad étudier le fiqh de Kûfah chez Muhammad ash-Shaybânî, et il emporta de chez lui une charge de livres. De ces deux écoles, qu’il avait aimées et jugées, il fit la synthèse : il écrivit le premier traité des fondements du droit, réconcilia les gens du hadith et les gens de l’opinion, et fixa pour toutes les écoles les règles de la preuve. Le prochain dossier lui est consacré : ash-Shâfi’î, le conciliateur. Qu’Allah fasse miséricorde à Mâlik et à ses compagnons, nous fasse aimer sa voie sans mépriser les autres, et nous fasse vivre et mourir sur la Sunnah qu’il garda ; et qu’Il couvre d’éloges et de paix Son serviteur et Messager Mouhammad, sa famille, ses compagnons, et quiconque suit leur voie avec excellence jusqu’au Jour de la rétribution.
Ce qu’il faut retenir
Médine garda les compagnons et leurs familles, et ses sept juristes tranchaient selon ce qu’ils avaient vu : la pratique de Médine est une transmission de la Sunnah par l’acte, preuve forte lorsqu’elle remonte au Prophète ﷺ, discutable lorsqu’elle remonte aux juristes — thèse contestée par al-Layth et ash-Shâfi’î, arbitrée par Ibn Taymiyyah. Mâlik, né vers quatre-vingt-treize d’une famille yéménite, envoyé par sa mère chez Rabî’ah pour l’adab avant la science, élève de Nâfi’, d’az-Zuhrî et d’Ibn Hurmuz, ne voyagea jamais ; il enseigna soixante ans dans la mosquée du Prophète ﷺ avec gravité et « je ne sais pas », composa le Muwatta’ pendant quarante ans — premier livre de droit de l’islam — et refusa qu’on l’imposât aux provinces ; flagellé en cent quarante-six pour une fatwâ, il mourut en cent soixante-dix-neuf au Baqî’, avec un credo des anciens et deux phrases contre l’innovation. Son école, la plus riche en sources, reçoit le mursal, fait céder le rapport isolé devant la pratique transmise, tient la parole du compagnon pour preuve, et raisonne par l’intérêt non texté, la fermeture des voies, la coutume et l’égard pour la divergence — d’où la science des finalités. Ses traits : le sadl fondé sur une transmission, la Fâtiha sans basmalah, la pureté de tout animal, le divorce pour préjudice. Ses livres : le Muwatta’, la Mudawwanah de Sahnûn et Ibn al-Qâsim, la Risâlah d’Ibn Abî Zayd, le Mukhtasar de Khalîl et ses commentaires. Sa terre : le Maghreb, l’Andalousie, l’Afrique de l’Ouest — et les mosquées de France. On y entre par Ibn ’Âshir et la Risâlah, et l’on y demeure sans fanatisme.
Pour se tester : quinze questions
Les réponses se trouvent toutes dans le dossier ; chaque question renvoie à sa section.
Chronologie de l’école de Médine (11-1393 H)
- Qui furent les sept juristes de Médine, et de qui tenaient-ils leur science ? (section 1)
- Quelle est la thèse de la pratique de Médine, quels en sont les degrés selon Ibn Taymiyyah, que répondit al-Layth, et que montre l’anecdote du sâ’ avec Abû Yûsuf ? (section 2)
- Que dit la mère de Mâlik en l’envoyant chez Rabî’ah, et pourquoi Mâlik ne voyagea-t-il jamais ? (section 3)
- Comment Mâlik rapportait-il le hadith, et que répondit-il aux quarante-huit questions du voyageur ? (section 4)
- D’où vient le nom du Muwatta’, que signifient ses formules (« la chose sur laquelle on s’accorde chez nous »…), et pourquoi Mâlik refusa-t-il qu’on l’impose aux provinces ? (section 5)
- Pour quelle fatwâ Mâlik fut-il flagellé, et par qui ? (section 6)
- Citez les deux phrases de Mâlik contre l’innovation, sa réponse sur l’istiwâ’, et expliquez pourquoi le Maghreb malikite est devenu ash’arite. (section 7)
- Combien de sources al-Qarâfî compte-t-il dans l’école, et lesquelles lui sont propres ? (section 8)
- Définissez l’intérêt non texté et la fermeture des voies, avec l’exemple des hypocrites et celui de la vente ’înah. (section 9)
- Sur quels textes reposent le sadl, la Fâtiha sans basmalah et la pureté du chien ? (section 10)
- Racontez la naissance de la Mudawwanah, d’Asad ibn al-Furât à Sahnûn. (section 11)
- Qu’est-ce que le Mukhtasar de Khalîl, et que distinguent le mashhûr et le râjih ? (section 11)
- Par quelles voies l’école s’est-elle propagée, et comment résista-t-elle aux Fatimides ? (section 12)
- Comment l’école tranche-t-elle l’option de séance, et que lui reprocha ash-Shâfi’î ? (section 13)
- Par quels livres apprendre le malikisme en français, et un converti français peut-il être malikite ? (section 14 et quatrième partie)
Les dates de décès suivent les biographes et comportent parfois une marge d’un an ; elles servent de repères pour situer les hommes et les livres.
Repères bibliographiques
- H — Mort du Prophète ﷺ ; les compagnons et leurs familles restent à Médine. vers 94 H — Mort de Sa’îd ibn al-Musayyib, le plus savant des sept juristes.
- H — Naissance de Mâlik ibn Anas à Médine. 117-124 H — Mort de Nâfi’, puis d’az-Zuhrî, maîtres de Mâlik.
- H — Mort de Rabî’ah ar-Ra’y.
- H — Flagellation de Mâlik par le gouverneur Ja’far ibn Sulaymân. vers 150 H — Composition du Muwatta’ ; commande d’al-Mansûr.
- H — Mort de Mâlik à Médine, enterré au Baqî’. 191-197 H — Mort d’Ibn al-Qâsim, puis d’Ibn Wahb, en Égypte.
- H — Mort d’Asad ibn al-Furât, auteur de l’Asadiyyah, à Syracuse.
- H — Sahnûn juge de Kairouan ; mort de Yahyâ al-Laythî en Andalousie.
- H — Mort de Sahnûn, auteur de la Mudawwanah.
- H — Mort d’Ibn Abî Zayd al-Qayrawânî, auteur de la Risâlah et des Nawâdir.
- H — Mort du juge ’Abd al-Wahhâb, fondateur de l’école irakienne du malikisme. 463-474 H — Mort d’Ibn ’Abd al-Barr, puis d’al-Bâjî, en Andalousie. 520-544 H — Mort du grand-père Ibn Rushd, puis du juge ’Iyâd.
- H — Mort d’Ibn Rushd le petit-fils, auteur de la Bidâyat al-mujtahid.
- H — Mort d’al-Qarâfî, auteur de la Dhakhîrah et des Furûq.
- H — Mort de Khalîl ibn Ishâq, auteur du Mukhtasar.
- H — Mort d’ash-Shâtibî, auteur des Muwâfaqât et de l’I’tisâm.
- H — Mort d’Ibn ’Âshir, auteur du Murshid al-mu’în. 1201-1230 H — Mort d’ad-Dardîr, puis d’ad-Dasûqî, commentateurs de Khalîl.
- H — Mort d’Ibn ’Âshûr, auteur du traité des finalités.
Le verset cité en encadré l’est dans la traduction française de Rachid Maach, Le Coran en français (lecoranenfrancais.com), vérifiée à la source ; les autres versets sont évoqués en paraphrase avec leur référence. Les hadiths suivent les numérotations de référence définies aux dossiers précédents, leur degré étant indiqué au fil du texte. Les récits biographiques proviennent des livres de manâqib et de tabaqât, dont le Tartîb al-madârik du juge ’Iyâd est la somme ; les positions juridiques sont tirées des livres de l’école.
Sources de l’école : Mâlik (m. 179 H), Al-Muwatta’, recensions de Yahyâ al-Laythî, de Muhammad ash-Shaybânî et d’Abû Mus’ab ; Sahnûn (m. 240 H), Al-Mudawwanah al-kubrâ ; Ibn ’Abd al-Hakam (m. 214 H), Al-Mukhtasar ; Ibn Habîb (m. 238 H), Al-Wâdihah ; al-’Utbî (m. 255 H), Al-’Utbiyyah, avec le Bayân wa-t-tahsîl d’Ibn Rushd le grand-père (m. 520 H) ; Ibn Abî Zayd al-Qayrawânî (m. 386 H), Ar-Risâlah et An-Nawâdir wa-z-ziyâdât ; le juge ’Abd al-Wahhâb (m. 422 H), Al-Ma’ûnah et Al-Ishrâf ; Ibn ’Abd al-Barr (m. 463 H), At-Tamhîd, Al-Istidhkâr, Al-Kâfî ; al-Bâjî (m. 474 H), Al-Muntaqâ ; Ibn al-’Arabî (m. 543 H), Al-Qabas ; le juge ’Iyâd (m. 544 H), Tartîb al-madârik et Ash-Shifâ ; Ibn Rushd le petit-fils (m. 595 H), Bidâyat al-mujtahid ; al-Qarâfî (m. 684 H), Adh-Dhakhîrah, Al-Furûq, Tanqîh al-fusûl ; Khalîl ibn Ishâq (m. 776 H), Al-Mukhtasar, avec les commentaires d’al-Hattâb, d’al-Mawwâq, d’al-Kharashî, d’az-Zurqânî, d’ad-Dardîr (m. 1201 H) et la glose d’ad-Dasûqî (m. 1230 H) ; ash-Shâtibî (m. 790 H), Al-Muwâfaqât et Al-I’tisâm ; Ibn ’Âshir (m. 1040 H), Al-Murshid al-mu’în ; al-Akhdarî, Al-Mukhtasar ; Ibn ’Âshûr (m. 1393 H), Maqâsid ash-sharî’ah. Sur la pratique de Médine : Ibn Taymiyyah (m. 728 H), Sihhat usûl madhhab ahl al-Madînah ; les lettres de Mâlik et d’al-Layth, dans I’lâm al-muwaqqi’în d’Ibn al-Qayyim (m. 751 H). Biographies : adh-Dhahabî (m. 748 H), Siyar a’lâm an-nubalâ’ ; Ibn ’Abd al-Barr, Al-Intiqâ’ ; al-Khatîb, Târîkh Baghdâd. Hadiths cités : al-Bukhârî, Muslim, At-Tirmidhî, Ibn Mâjah, selon les numérotations indiquées. Compléments : al-Bâjî, Ihkâm al-fusûl et ses réponses à Ibn Hazm ; Ibn ’Âsim (m. 829 H), Tuhfat al-hukkâm ; as-Sanûsî (m. 895 H), Umm al-barâhîn ; sur la Mudawwanah marocaine et les codes maghrébins, les travaux de droit comparé contemporains.
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