Commerce en ligne et dropshipping : ce que l’islam permet, ce qu’il interdit

L’argent en islam · Partie 1 · Gagner sa vie

Dossier · Le commerce en ligne

Vendre en ligne obéit aux règles de la vente que les juristes ont fixées depuis des siècles : posséder ou s’engager réellement, décrire exactement, répondre de ce qu’on vend, ne pas tromper. Voici le verdict pratique par pratique.

  • 5 chapitres
  • 48 min de lecture

L’essentiel

Situation Verdict Fondement
Vendre un stock qu’on possède, ou un produit acheté avant de le mettre en vente Permis Vente d’une chose qu’on possède
Dropshipping où le vendeur encaisse et ne répond de rien Interdit Aléa et profit sur ce dont on ne répond pas ; « Ne vends pas ce qui n’est pas chez toi » (Abû Dâwûd, Tirmidhî)
Dropshipping où le vendeur a un fournisseur identifié, encaisse tout et répond de tout jusqu’à la remise Divergence. Le plus sûr : acheter d’abord, ou passer en mandat annoncé Admis selon la lecture d’Ibn al-Qayyim et chez ash-Shâfiʿî ; discuté par d’autres
Mandat d’achat rémunéré, affiliation, courtage annoncés comme tels Permis Wakâla et samsâra (al-Bukhârî, chapitre du salaire du courtier)
Impression à la demande, objets personnalisés Largement admis Commande de fabrication (istiṣnâʿ) chez les ḥanafites ; salam ou louage d’ouvrage chez d’autres
Paiement en plusieurs fois accordé par le marchand, sans frais ni pénalité Permis Vente à terme
Paiement fractionné avec frais proportionnels ou pénalités de retard ; crédit à la consommation Interdit Intérêt
Faux avis, faux stocks, faux comptes à rebours, faux prix barrés Interdit Tromperie et faux témoignage ; interdit aussi par la loi
Boîte mystère, coffre payant de jeu vidéo, enchère à mise payante Interdit Vente d’une chance : aléa et jeu de hasard
Cashback, points, codes promo Permis Remise ou don
Contrefaçon, produit interdit Interdit Le prix d’une chose interdite est interdit

Ce qu’on fait, concrètement

  1. Répondre par écrit aux sept questions du dossier : suis-je vendeur, mandataire ou courtier ? Qui possède le bien quand je le vends ? Qui répond du retard, de la perte, du défaut ?
  2. Choisir une formule sûre : petit stock acheté d’avance, achat au fournisseur avant la mise en vente, mandat annoncé, affiliation, ou fabrication à la demande.
  3. Décrire le produit d’après l’objet reçu, pas d’après les photos du fournisseur ; afficher le délai réel avant le paiement.
  4. Prendre en charge soi-même retours, remboursements et colis perdus ; en France, la loi rend de toute façon le vendeur responsable jusqu’à la livraison, et l’acheteur a 14 jours pour se rétracter.
  5. S’immatriculer, déclarer son chiffre d’affaires, tenir un registre des achats et des ventes.
  6. Payer chaque année la zakat du commerçant : valeur du stock au prix du marché, plus la trésorerie et les créances sûres, moins les dettes échues, à 2,5 %.

Les erreurs à éviter

  • Acheter une formation qui promet un gain facile ou enseigne la tromperie (faux avis, fausses promotions, origine cachée).
  • Écrire « non responsable des colis perdus » : la clause est sans effet et injuste.
  • Confondre chiffre d’affaires et bénéfice (voir le calcul ci-dessous).

Outil : calcul de marge sur un produit vendu 40 €

Élément Montant
Prix payé par le client 40,00 €
Achat du produit − 16,00 €
Livraison et emballage − 5,00 €
Frais de plateforme et de paiement − 3,00 €
Publicité, ramenée à une vente − 6,00 €
Provision pour retours et défauts − 2,00 €
Marge avant cotisations et impôt 8,00 €

La marge est de 20 % du prix, et ce n’est pas encore le revenu du vendeur : en micro-entreprise, les cotisations sociales se calculent sur le chiffre d’affaires (les 40 €), pas sur la marge. Le taux en vigueur se vérifie sur le site de l’URSSAF avant de fixer ses prix.

Le dossier complet, chapitre par chapitre

  1. 1Un marché nouveau, des principes anciens — Apprendre avant de vendre — La grammaire de la vente selon Ibn Rushd — Cinq questions avant de qualifier un contrat
  2. 2Le hadith de Ḥakīm ibn Ḥizām et ses lectures — Les interdits de la Sunna, et leur forme en ligne — Le dropshipping
  3. 3Payer en plusieurs fois, et les autres crédits — Les pièges du commerce numérique
  4. 4Au-delà du licite : l’iḥsān du commerçant — Acheter en ligne : le musulman client — Vendre en France
  5. 5Avant d’ouvrir une boutique : sept questions — En résumé — Références

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Réponses rapides

Le dropshipping est-il halal ?

Il est interdit quand le vendeur encaisse et ne répond de rien. Quand il a un fournisseur identifié, encaisse tout et répond de tout jusqu’à la remise, une partie des savants l’admet et d’autres le discutent ; le plus sûr est d’acheter d’abord ou de travailler en mandat annoncé.

Peut-on vendre un produit en plusieurs fois ?

Oui, si le marchand accorde le délai sans frais ni pénalité, ou fixe d’avance un prix à terme plus élevé : c’est une vente à terme. Les frais proportionnels, les pénalités de retard et le crédit à la consommation relèvent de l’intérêt.

Les faux avis et les fausses promotions sont-ils permis ?

Non. Faux avis, faux stocks, faux comptes à rebours et faux prix barrés sont une tromperie et un faux témoignage, et la loi française les interdit aussi.

Sujets abordés : dropshipping halal.

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Et Allah est le plus savant.