Ou pour adorer, élever et hériter ?
Toute la dispute sur l'athéisme se ramène, en dernière analyse, à une seule question, posée par le Coran de la manière la plus directe possible :
« Avez-vous donc cru que Nous vous avions créés sans but, et que vers Nous vous ne seriez pas ramenés ? »
— Coran, 23:115
L'athée doit dire oui. Il doit assumer que sa vie n'a pas de but objectif, qu'aucun retour vers une justice ultime n'aura lieu, qu'il est apparu par hasard d'une combinaison de molécules, et qu'il disparaîtra dans le néant sans laisser de trace dans aucune mémoire éternelle. C'est une croyance. Et c'est une croyance terrible.
1. La finalité de la création selon le Coran
L'islam apporte une réponse d'une simplicité bouleversante :
« Je n'ai créé les jinns et les hommes que pour qu'ils M'adorent. »
— Coran, 51:56
Adorer (ʿibâda), dans le vocabulaire coranique, n'est pas une activité accessoire qu'on fait à la mosquée le vendredi. C'est l'orientation totale de l'existence vers son Créateur : prier, oui, mais aussi travailler avec droiture, élever ses enfants avec piété, traiter ses parents avec bienveillance, tenir parole, dire la vérité, refuser l'injustice, soigner le malade, nourrir le pauvre, méditer la création, étudier la révélation. Toute la vie devient ʿibâda, et la vie devient pleine de sens.
« Allâh a fait connaître à l'homme la finalité pour laquelle il a été créé, afin qu'il ne dilapide pas son existence dans des futilités. Celui qui ignore sa finalité erre toute sa vie ; celui qui la connaît marche en ligne droite. Telle est la différence entre la fiṭra réveillée et la fiṭra anesthésiée. »
— Ibn al-Qayyim, Miftâḥ Dâr as-Sa'âda
2. La vie comme test
« Celui qui a créé la mort et la vie afin de vous éprouver et de savoir qui d'entre vous est le meilleur en œuvres ; et c'est Lui le Puissant, le Pardonneur. »
— Coran, 67:2
La dunyâ n'est pas la finalité : c'est la salle d'examen. Tout y est conçu pour mettre à l'épreuve la liberté de l'homme : la richesse comme la pauvreté, la santé comme la maladie, la jeunesse comme la vieillesse, la facilité comme l'épreuve. Chacun est testé selon ses capacités, et chacun sera jugé selon ce qu'il a fait de sa liberté.
L'athée, lui, doit considérer sa vie comme un accident sans signification. Il vit pour vivre, mange pour manger, jouit pour jouir — et meurt pour rien. C'est, littéralement, une existence sans pourquoi. Et l'âme humaine, faite pour la transcendance, ne peut pas vivre durablement sans pourquoi : c'est pourquoi les sociétés athées s'effondrent psychologiquement, comme nous l'avons documenté.
3. Réfutation explicite de la vision « manger, boire, faire la fête »
Le Coran réfute directement, avec une ironie cinglante, la vision matérialiste de l'existence — celle qui voudrait réduire l'homme à un organisme jouisseur :
« Et Nous ne sommes pas en train de jouer en créant le ciel et la terre et ce qui est entre eux. Si Nous avions voulu prendre une distraction, Nous l'aurions prise de Nous-même, si vraiment Nous avions voulu le faire. »
— Coran, 21:16-17
Et plus directement encore, contre ceux qui réduisent leur existence à manger et à se distraire :
« Ils jouissent et mangent comme mangent les bestiaux ; et le Feu sera leur lieu de séjour. »
— Coran, 47:12
Verset d'une violence salutaire. L'homme qui réduit son existence à manger, boire, jouir, consommer, regarder des séries, faire la fête et mourir — cet homme vit littéralement comme du bétail. Il a renoncé à ce qui le distingue de l'animal : la conscience, la responsabilité, la transcendance. Et le Coran l'avertit : cette dégradation a un prix éternel.
LE PROGRAMME ATHÉE EXPOSÉ
Manger, boire, faire la fête, consommer, jouir, mourir. C'est exactement le programme officieux que la modernité occidentale propose à ses citoyens. C'est aussi exactement le programme que le Coran identifie comme celui d'une vie animale — et pour lequel il prévoit un châtiment proportionné, parce qu'un être doté de raison et de conscience qui choisit volontairement de vivre comme une bête commet un sacrilège contre lui-même.
Camus, ou l'honnêteté du désespoir
Nous avons déjà croisé Albert Camus au chapitre V, parmi les penseurs lucides qui ont admis l'effondrement de la morale sans Dieu. Il faut maintenant lui rendre pleinement justice car, contrairement à beaucoup d'athées de salon, il a regardé le vide en face. Dès la première ligne du Mythe de Sisyphe, il a posé la question que toute sa génération évitait : « Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux : c'est le suicide. » Traduis : si l'univers n'a pas de sens, pourquoi continuer ? Camus avait compris ce que les athées joyeux d'aujourd'hui refusent de voir — que l'absurde n'est pas une idée piquante pour dîners en ville, mais un gouffre. L'homme réclame du sens ; l'univers muet n'en offre pas ; de ce face-à-face naît l'absurde.
Sa réponse ? Vivre quand même, par défi. « Il faut imaginer Sisyphe heureux », roulant éternellement son rocher qui éternellement retombe. C'est la réponse athée la plus honnête jamais formulée — et regarde ce qu'elle est : un acte de volonté pure, sans fondement, une pirouette héroïque au bord du vide. Camus ne prouve pas que la vie vaut d'être vécue ; il décide de faire comme si. Il faut au moins lui reconnaître de n'avoir pas triché sur le prix : il a admis que sans Dieu, le sens n'est pas découvert mais fabriqué — et qu'il ne tient que par la force du poignet. La question que je te pose est simple : et si le rocher n'était pas toute l'histoire ? Camus a eu l'honnêteté du diagnostic ; il s'est interdit d'examiner le remède. Le Coran pose exactement sa question — pensiez-vous avoir été créés en vain ? — mais lui ne la laisse pas sans réponse.
4. La grandeur de la vocation humaine selon l'islam
L'islam n'écrase pas l'homme : il l'élève à un niveau de dignité inouï. L'homme n'est pas un primate évolué errant dans un cosmos indifférent. Il est :
- Khalîfa — vicaire d'Allâh sur Terre, dépositaire d'une responsabilité cosmique (Coran 2:30).
- Mukarram — honoré par Allâh par-dessus la majorité de Sa création (Coran 17:70).
- Pourvu d'une âme insufflée par Allâh Lui-même (Coran 38:72), porteur d'une étincelle divine au sens de la dignité, non au sens de la divinité.
- Doté de la raison ('aql), de la liberté (irâda) et de la responsabilité (taklîf).
- Appelé à hériter du Paradis éternel en cas de fidélité à sa vocation (Coran 23:11).
Quelle vision plus haute, plus noble, plus puissante de la condition humaine ? À cette grandeur, l'athéisme oppose : « Vous êtes un accident chimique sans importance dans un cosmos indifférent qui vous oubliera dans quelques décennies. » Posez la question à un cœur humain qui n'a pas été anesthésié : laquelle de ces deux visions est plus vraie ? Laquelle correspond au sentiment intérieur que vous avez d'être quelqu'un, pas quelque chose ? Laquelle est en accord avec votre fiṭra ?
« L'homme qui se croit accident vit comme un accident. L'homme qui se sait fils d'Adam, vicaire d'Allâh, héritier potentiel du Paradis, vit comme un prince en exil qui sait qu'il rentrera bientôt chez lui. La même vie, vue selon ces deux prismes, n'est plus la même vie. »
— Synthèse classique sunnite, à partir d'Ibn al-Qayyim et Ar-Râghib al-Iṣfahânî