un mot, en tant qu'homme, à toi qui me lis
Je veux t'écrire cette introduction en tant qu'homme, pas en tant qu'auteur. Parce que tout ce qui va suivre, je ne l'ai pas appris dans les livres. Je l'ai vécu.
Je suis Français. J'ai quarante ans. Ça fait vingt ans que je suis musulman. Mais avant ces vingt ans-là, j'en ai passé dix-huit à me considérer « chrétien ». Chrétien de façade. Chrétien comme on est Français ou Breton, par héritage. Je n'allais pas à l'église. Je n'ouvrais pas la Bible. Je ne priais pas. Je n'avais, en vérité, aucune conviction religieuse sérieuse. J'étais, en toute honnêteté, un athée qui s'ignorait.
Et j'étais cartésien. Un vrai. Je voulais des preuves. Je voulais des démonstrations. Je me méfiais instinctivement de tout ce qui portait le mot « religion ». Je voyais les religieux comme des gens qui avaient simplement besoin d'une béquille psychologique pour traverser la vie, et je me disais que moi, j'étais assez solide pour m'en passer.
Et pourtant, quelque part, tout au fond, je savais. Je savais qu'il y avait quelque chose. Une force, une puissance, un quelque chose que je ne savais pas nommer mais dont je sentais confusément la présence. Je ne le formulais pas, je ne le priais pas, je ne l'invoquais pas — mais c'était là. Comme une lumière sous la porte, dans une pièce où je refusais d'entrer.
Puis un jour, j'ai voyagé dans un pays musulman. En simple touriste. Et là, deux choses m'ont saisi. D'abord les mœurs : une droiture, une hospitalité, un respect des anciens que je ne trouvais plus chez nous. Ensuite — surtout — l'appel à la prière. Cinq fois par jour, cette voix qui montait au-dessus de la ville et qui me faisait frissonner de la tête aux pieds, sans que je comprenne pourquoi. Quelque chose en moi répondait à cet appel avant même que ma raison n'ait son mot à dire.
De retour en France, j'ai ouvert le Coran. Par curiosité — pour comprendre ce qui m'avait traversé là-bas. À la moitié du livre, j'ai commencé à me dire : « c'est pas possible. Ce bouquin, aucun homme ne peut l'avoir écrit. » Je cherchais des explications. Je me suis dit : « Mohammed était peut-être très intelligent ; un génie de son époque. » Mais plus j'avançais, moins cette explication tenait. La cohérence, la profondeur, la beauté, la vérité qui sortait de chaque page — ce n'était pas l'œuvre d'un homme. Même pas d'un génie. À la fin du livre, j'étais sûr d'une chose : ce texte venait d'ailleurs.
Et là, le plus paradoxal. J'avais reconnu que l'islam disait vrai, que le Coran était d'origine divine — mais je butais encore sur Dieu Lui-même. Bizarre, non ? J'acceptais le messager, je refusais le Roi. J'ai mis du temps. Beaucoup de temps. Il a fallu que je me force à faire ce que le Coran nous demande sans cesse : méditer. Regarder. Contempler. La lune. Les oiseaux. Les feuilles qui tombent. Des choses toutes bêtes, devant lesquelles je passais depuis quarante ans sans les voir.
Parce que c'est ça, le drame de celui qui ne croit pas : il traverse la création sans plus en voir les signes. Il voit une montagne, il dit « c'est joli », et il passe. Il voit un bébé qui naît, il dit « c'est la nature », et il passe. Il voit le soleil se lever, il dit « c'est automatique », et il passe. Tout est devenu plat, automatique, insignifiant. La lumière est là, mais ses yeux ne l'accrochent plus.
Ça, je peux en témoigner. Aujourd'hui, quand je marche en montagne, ma foi augmente à chaque pas. Je vois la précision d'une fleur, l'organisation d'un vol d'oiseaux, la structure d'un flocon de neige — et j'entends une voix intérieure qui dit : tout cela n'est pas un accident. Tout cela parle de Quelqu'un. Mais autour de moi, sur le même sentier, des gens passent. Ils prennent des photos pour Instagram. Ils disent « waouh, c'est beau ». Et ils repartent. La même création. Le même spectacle. Et deux regards totalement différents. Celui qui voit, et celui qui traverse.
C'est toute la différence entre le croyant et l'incroyant. Ce n'est pas que l'un serait plus intelligent que l'autre. C'est que l'un a, en lui, une lumière qui lui permet de déchiffrer les signes — et l'autre non. Pas encore. Ou plus.
Ce livre, je l'ai voulu pour toi, qui me lis. Si tu es musulman, pour t'armer contre les vagues d'athéisme qui déferlent sur notre époque et qui abîment tant de cœurs. Si tu es athée, pour te dire simplement : je suis passé par là. J'ai pensé comme toi. J'ai haussé les épaules comme toi. Et ce que j'ai trouvé de l'autre côté vaut infiniment plus que tout ce que j'ai abandonné. Ne prends pas ce que je dis pour toi sur parole. Lis, examine, médite. Mais ouvre la porte.
Une dernière chose. Ce que je vais écrire ne sera pas toujours doux. Parfois ce sera tranchant. Parce que je suis passé de l'autre côté et que je vois, maintenant, ce que je ne voyais pas avant. Je vois ce que l'athéisme promet, et ce qu'il livre réellement. Je vois où il mène. Je vois les dégâts. Alors je ne vais pas t'endormir. Je vais te parler droit. Et si à la fin tu es agacé, frustré, bousculé — tant mieux. Ça veut dire que ça t'a atteint. Le reste appartient à Allâh.