Étape 17 — Ce qu’aucun œil n’a vu

ÉTAPE 17 Ce qu’aucun œil n’a vu

Le grand voyage — vers le Paradis

En une phrase : le Paradis dépasse ce qu’un œil a vu, une oreille entendu, un cœur imaginé ; ses descriptions terrestres ne sont que des rapprochements ; ses briques sont d’or et d’argent, son sol de safran, et celui qui y entre vit sans mourir, jouit sans désespérer, ne voit ni ses vêtements s’user ni sa jeunesse finir.

Les textes

فَلَا تَعْلَمُ نَفْسٞ مَّآ أُخْفِيَ لَهُم مِّن قُرَّةِ أَعْيُنٖ جَزَآءَۢ بِمَا كَانُواْ يَعْمَلُونَ ﴿17﴾

Nul ne sait ce qu’on a réservé pour eux comme réjouissance pour les yeux, en récompense de ce qu’ils faisaient.

Coran 32:17

عَنْ أَبِي هُرَيْرَةَ ـ رضى الله عنه ـ قَالَ قَالَ رَسُولُ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم  » قَالَ اللَّهُ أَعْدَدْتُ لِعِبَادِي الصَّالِحِينَ مَا لاَ عَيْنَ رَأَتْ، وَلاَ أُذُنَ سَمِعَتْ، وَلاَ خَطَرَ عَلَى قَلْبِ بَشَرٍ، فَاقْرَءُوا إِنْ شِئْتُمْ {فَلاَ تَعْلَمُ نَفْسٌ مَا أُخْفِيَ لَهُمْ مِنْ قُرَّةِ أَعْيُنٍ } « 

Allah a dit : « J’ai préparé pour Mes serviteurs vertueux ce qu’aucun œil n’a vu, ce qu’aucune oreille n’a entendu, et ce qu’aucun cœur humain n’a imaginé. » Puis le Prophète ﷺ dit : « Lisez, si vous voulez : Nul ne sait ce qu’on a réservé pour eux comme réjouissance pour les yeux. »

Al-Bukhârî (3244, 4779) et Muslim (2824), d’après Abû Hurayra — hadith qudsî

وَبَشِّرِ الَّذِينَ ءَامَنُواْ وَعَمِلُواْ الصَّـٰلِحَٰتِ أَنَّ لَهُمْ جَنَّـٰتٖ تَجْرِي مِن تَحْتِهَا الْأَنْهَٰرُۖ كُلَّمَا رُزِقُواْ مِنْهَا مِن ثَمَرَةٖ رِّزْقٗا قَالُواْ هَٰذَا الَّذِي رُزِقْنَا مِن قَبْلُۖ وَأُتُواْ بِهِي مُتَشَٰبِهٗاۖ وَلَهُمْ فِيهَآ أَزْوَٰجٞ مُّطَهَّرَةٞۖ وَهُمْ فِيهَا خَٰلِدُونَ ﴿25﴾

Annonce à ceux qui croient et font le bien qu’ils auront des jardins sous lesquels coulent les ruisseaux. Chaque fois qu’ils y recevront un fruit en nourriture, ils diront : « C’est ce dont nous avons été nourris auparavant » ; et on leur en donnera de semblables. Ils y auront des épouses purifiées, et ils y demeureront éternellement.

Coran 2:25

وَأَمْدَدْنَٰهُم بِفَٰكِهَةٖ وَلَحْمٖ مِّمَّا يَشْتَهُونَ ﴿22﴾

Et Nous leur donnerons tant de fruits et de viande qu’ils désireront.

Coran 52:22

عَنِ النَّبِيِّ صلى الله عليه وسلم قَالَ  » مَنْ يَدْخُلُ الْجَنَّةَ يَنْعَمُ لاَ يَبْأَسُ لاَ تَبْلَى ثِيَابُهُ وَلاَ يَفْنَى شَبَابُهُ « 

On demanda : « Ô Messager d’Allah, le Paradis, de quoi est-il fait ? » Il dit : « Une brique d’or et une brique d’argent ; son mortier est de musc à l’odeur pénétrante ; ses cailloux sont des perles et des rubis ; sa terre est de safran. Quiconque y entre jouit et ne désespère plus, vit et ne meurt plus ; ses vêtements ne s’usent pas, sa jeunesse ne finit pas. »

At-Tirmidhî (2526), Ahmad (8043), Ibn Hibbân (7387), d’après Abû Hurayra — chaîne authentique (al-Arna’ût) ; al-Albânî : sahîh (Sahîh al-Jâmi‘ 3116). La dernière phrase est aussi chez Muslim (2836).

عَنِ النَّبِيِّ صلى الله عليه وسلم قَالَ  » مَنْ يَدْخُلُ الْجَنَّةَ يَنْعَمُ لاَ يَبْأَسُ لاَ تَبْلَى ثِيَابُهُ وَلاَ يَفْنَى شَبَابُهُ « 

« Quiconque entre au Paradis y jouit et ne désespère plus ; ses vêtements ne s’usent pas, sa jeunesse ne finit pas. »

Muslim (2836), d’après Abû Hurayra

عَنِ النَّبِيِّ صلى الله عليه وسلم قَالَ  » يُنَادِي مُنَادٍ إِنَّ لَكُمْ أَنْ تَصِحُّوا فَلاَ تَسْقَمُوا أَبَدًا وَإِنَّ لَكُمْ أَنْ تَحْيَوْا فَلاَ تَمُوتُوا أَبَدًا وَإِنَّ لَكُمْ أَنْ تَشِبُّوا فَلاَ تَهْرَمُوا أَبَدًا وَإِنَّ لَكُمْ أَنْ تَنْعَمُوا فَلاَ تَبْتَئِسُوا أَبَدًا  » . فَذَلِكَ قَوْلُهُ عَزَّ وَجَلَّ { وَنُودُوا أَنْ تِلْكُمُ الْجَنَّةُ أُورِثْتُمُوهَا بِمَا كُنْتُمْ تَعْمَلُونَ}

« Un appelant criera : Vous vivrez et ne mourrez jamais ; vous resterez en santé et ne serez jamais malades ; vous resterez jeunes et ne vieillirez jamais ; vous serez dans le délice et ne désespérerez jamais. » C’est là le sens de la parole d’Allah : « On leur criera : Voilà le Paradis dont vous avez hérité pour ce que vous faisiez. »

Muslim (2837), d’après Abû Sa‘îd et Abû Hurayra

عَنْ سَهْلِ بْنِ سَعْدٍ السَّاعِدِيِّ، قَالَ قَالَ رَسُولُ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم  » مَوْضِعُ سَوْطٍ فِي الْجَنَّةِ خَيْرٌ مِنَ الدُّنْيَا وَمَا فِيهَا « 

« La place d’un fouet au Paradis vaut mieux que ce monde et ce qu’il contient. »

Al-Bukhârî (3250, 6415), d’après Sahl ibn Sa‘d

عَنْ عَبْدِ اللَّهِ بْنِ عَمْرٍو ـ رضى الله عنهما ـ عَنِ النَّبِيِّ صلى الله عليه وسلم قَالَ  » مَنْ قَتَلَ مُعَاهَدًا لَمْ يَرَحْ رَائِحَةَ الْجَنَّةِ، وَإِنَّ رِيحَهَا تُوجَدُ مِنْ مَسِيرَةِ أَرْبَعِينَ عَامًا « 

« Le parfum du Paradis se sent à une distance de quarante ans de marche. »

Al-Bukhârî (3166), d’après ‘Abdullâh ibn ‘Amr — dans le hadith sur celui qui tue un non-musulman sous protection : il ne sentira pas ce parfum. Une version : soixante-dix ans (Al-Bukhârî 6914).

عَنْ أَبِي هُرَيْرَةَ ـ رضى الله عنه ـ أَنَّ النَّبِيَّ صلى الله عليه وسلم قَالَ لِبِلاَلٍ عِنْدَ صَلاَةِ الْفَجْرِ  » يَا بِلاَلُ حَدِّثْنِي بِأَرْجَى عَمَلٍ عَمِلْتَهُ فِي الإِسْلاَمِ، فَإِنِّي سَمِعْتُ دَفَّ نَعْلَيْكَ بَيْنَ يَدَىَّ فِي الْجَنَّةِ  » . قَالَ مَا عَمِلْتُ عَمَلاً أَرْجَى عِنْدِي أَنِّي لَمْ أَتَطَهَّرْ طُهُورًا فِي سَاعَةِ لَيْلٍ أَوْ نَهَارٍ إِلاَّ صَلَّيْتُ بِذَلِكَ الطُّهُورِ مَا كُتِبَ لِي أَنْ أُصَلِّيَ. قَالَ أَبُو عَبْدِ اللَّهِ دَفَّ نَعْلَيْكَ يَعْنِي تَحْرِيكَ

« Si une chose d’ici-bas était (comme) une chose du Paradis, ce serait… » — Le Prophète ﷺ dit à propos du Paradis de Bilâl : « J’ai entendu le bruit de tes pas devant moi au Paradis. »

Al-Bukhârî (1149) et Muslim (2458), d’après Abû Hurayra — l’extrait retenu est la seconde phrase ; la première formule n’est pas un hadith, ne pas la citer.

Note : Seule la phrase adressée à Bilâl est un hadith. Elle montre que le Prophète ﷺ a perçu le Paradis avec ses sens (le bruit des pas) et non seulement en songe ; Ibn Hajar (Fath al-Bârî, sur 1149) discute s’il s’agit d’une vision nocturne ou d’une perception éveillée.

Ibn ‘Abbâs disait : « Il n’y a, de ce qui est au Paradis, rien en ce monde, sinon les noms. »

Rapporté par Ibn Abî Hâtim et at-Tabarî (sur 2:25) ; cité par Ibn Kathîr (Tafsîr, 2:25) — parole de Compagnon

Note : Athar célèbre et solide dans son attribution ; il fonde toute la lecture de ce dossier : les mots sont les nôtres, les réalités ne le sont pas.

Sur « on leur en donnera de semblables » (2:25), Ibn ‘Abbâs et Mujâhid disent : semblables par la couleur et l’apparence, différents par le goût ; al-Hasan dit : les meilleurs se ressemblent, et aucun ne ressemble aux fruits d’ici-bas.

Ibn Kathîr, Tafsîr (2:25), citant at-Tabarî et Ibn Abî Hâtim

La lumière du Paradis

مُّتَّكِـِٔينَ فِيهَا عَلَى الْأَرَآئِكِۖ لَا يَرَوْنَ فِيهَا شَمْسٗا وَلَا زَمْهَرِيرٗا ﴿13﴾

Ils y seront accoudés sur des divans ; ils n’y verront ni soleil ni froid glacial.

Coran 76:13

Sur « ni soleil ni froid glacial », Ibn Kathîr rapporte de Qatâda et d’autres anciens qu’il n’y a au Paradis ni la chaleur du soleil ni le froid du zamharîr, mais une clarté douce et constante ; certains anciens l’ont comparée à la lumière qui précède le lever du soleil. Ce dernier rapprochement est un athar d’exégèse, non un hadith.

Ibn Kathîr, Tafsîr (76:13) ; al-Qurtubî, al-Jâmi‘ (76:13)

وُجُوهٞ يَوْمَئِذٖ مُّسْفِرَةٞ ﴿38﴾ ضَاحِكَةٞ مُّسْتَبْشِرَةٞ ﴿39﴾

Ce Jour-là, on dira : « Voilà la récompense des croyants » — des visages ce Jour-là rayonnants, riants, joyeux.

Coran 80:38-39

Les cinq sens au Paradis

Sens Ce que les textes établissent Références
La vue Visages resplendissants, lumière sans soleil, palais et tentes de perle, arbres, fleuves ; et, au-dessus de tout, le regard vers le Seigneur. 75:22-23 ; 76:13 ; al-Bukhârî 3243, 6581 ; Muslim 181
L’ouïe Le salut des anges à l’entrée, « Paix ! Paix ! » entre les habitants, la louange qui vient comme la respiration, les conversations sans parole vaine. 39:73 ; 56:25-26 ; 10:10 ; Muslim 2835
L’odorat Le mortier de musc, le sol du Kawthar, la sueur de musc, le vent du vendredi, un parfum sensible à quarante ans de marche. At-Tirmidhî 2526 ; al-Bukhârî 6581, 3245, 3166 ; Muslim 2833
Le goût Fruits à volonté, chair d’oiseaux, lait, miel, vin sans ivresse, eau jamais corrompue, sans déchet ni satiété pénible. 47:15 ; 56:20-21 ; 56:19 ; Muslim 2835
Le toucher Soie fine et brocart, divans, ombre étendue ; ni chaleur, ni froid, ni fatigue, ni maladie, ni vieillesse, ni douleur. 18:31 ; 56:30 ; 35:35 ; Muslim 2837

Ici-bas, chaque plaisir s’épuise en s’accomplissant ; au Paradis, chaque sens reçoit sa part sans que le plaisir soit suivi de fatigue, de manque ou de regret : c’est le sens du hadith « ils jouissent et ne désespèrent plus » (Muslim 2836). Les textes disent aussi ce que l’on n’y entend pas : ni parole vaine, ni mensonge, ni dispute (56:25 ; 78:35). Les récits sur des chants et des instruments au Paradis sont, pour la plupart, faibles ou sans chaîne ; ils sont rangés en annexe G.

La lecture des savants

Le hadith qudsî « ce qu’aucun œil n’a vu » est, pour Ibn al-Qayyim (Hâdî al-arwâh, chapitre sur la description générale du Paradis), la clé de lecture de tous les autres textes : les descriptions données ensuite ne sont pas la chose, mais l’ombre de la chose ; les noms sont empruntés à ce monde pour que nous comprenions, les réalités n’ont pas de comparant ici-bas. At-Tabarî, sur 2:25, explique dans le même sens que le Coran parle aux Arabes avec ce qu’ils connaissent, fruits, ombres, ruisseaux, sans que le Paradis y soit réduit. Al-Qurtubî (at-Tadhkira, chapitre sur la terre, la construction et le parfum du Paradis) rassemble le hadith de la brique d’or et d’argent et ceux du parfum ; il remarque que la dernière phrase, « ses vêtements ne s’usent pas, sa jeunesse ne finit pas », dit en deux images ce qui sépare le Paradis de ce monde : rien n’y décline. Ibn Hajar (Fath al-Bârî, sur 3250) note que le hadith de la place d’un fouet n’est pas une évaluation, mais une manière de dire que la moindre part du Paradis n’a pas de prix ici-bas.

Termes et paroles des anciens

Terme Explication Source
Qurrat a‘yun, « réjouissance pour les yeux » (32:17) Ce qui apaise et rafraîchit le regard, ce sur quoi l’œil se pose sans plus rien chercher ; le verset dit que nul ne le connaît, et le hadith qudsî le confirme. Ibn Kathîr, Tafsîr (32:17)
Mutashâbihan, « de semblables » (2:25) Semblables entre eux par l’apparence, différents par le goût (Ibn ‘Abbâs, Mujâhid) ; ou semblables aux fruits d’ici-bas par le nom seulement (Ibn ‘Abbâs : « rien n’est commun sinon les noms »). At-Tabarî ; Ibn Kathîr (2:25)
Azwâj mutahhara, « épouses purifiées » (2:25) Purifiées de tout ce qui affecte les femmes ici-bas, et de tout mauvais caractère : Ibn ‘Abbâs, Mujâhid, Qatâda, ‘Atâ’. Ibn Kathîr, Tafsîr (2:25)
Lâ yab’as, « ne désespère plus » (Muslim 2836) Du mot bu’s, misère et détresse : nul manque, nulle peine ne l’atteint plus. An-Nawawî, Sharh Muslim (2836)
Misk adhfar, « musc à l’odeur pénétrante » Adhfar : dont le parfum est fort et pur ; le mortier du Paradis (at-Tirmidhî 2526) et le sol du Kawthar (al-Bukhârî 6581). Ibn al-Athîr, an-Nihâya (dh-f-r)

Ibn ‘Abbâs disait : « Il n’y a de commun entre ce monde et le Paradis que les noms. »

At-Tabarî et Ibn Abî Hâtim (2:25) ; Ibn Kathîr — parole de Compagnon, déjà donnée plus haut, rappelée ici comme règle de lecture

Abû Hurayra disait, en récitant « nul ne sait ce qu’on a réservé pour eux » : « Allah a réservé ce qu’aucun œil n’a vu, et ce qu’Il vous a fait connaître n’est rien à côté de ce qu’Il a caché. »

Ibn Abî Hâtim (32:17) ; cité par Ibn Kathîr — athar de Compagnon

On demanda à Ibn ‘Abbâs : « Y a-t-il au Paradis de la musique ? » Il répondit : « Il y a un arbre… » — la suite du récit est faible ; ne retenir que ce que dit le Coran : « ils n’y entendront ni paroles vaines ni incitation au péché, mais seulement : Paix » (56:25-26).

Athar rapporté par Ibn Abî ad-Dunyâ avec une chaîne faible ; à ne pas citer

Ce que les textes ne disent pas

  • La taille du Paradis, au-delà de « sa largeur est celle des cieux et de la terre » (3:133), que les exégètes comprennent comme une largeur au-delà de toute mesure.
  • Ce que « brique », « safran », « musc » désignent réellement là-bas : l’athar d’Ibn ‘Abbâs ferme la question.
  • Le lieu du Paradis : « il est au-dessus des sept cieux, sous le Trône » (hadith du Firdaws, étape 18), sans plus.
Pour le récit — Ouvrir sur le hadith qudsî et sur l’athar d’Ibn ‘Abbâs : tout ce qui va suivre est dit avec nos mots, et aucun de nos mots ne suffit. C’est le contraire de la séquence de l’Enfer, où la peur venait des chiffres ; ici, l’émerveillement vient de ce qui manque au langage. La litanie de Muslim (2837), « vous vivrez et ne mourrez jamais… », est la première voix qu’on entend derrière la porte.

Transition — Tout le monde n’entre pas au même endroit. Le Paradis a des degrés, et le plus haut a un nom. → étape suivante