En une phrase : deux anges interrogent le mort sur son Seigneur, sa religion et l’homme envoyé parmi eux ; le croyant est affermi par « la parole ferme » (14:27), l’hypocrite et le mécréant répondent « je ne sais pas ; je disais ce que disaient les gens ».
Vocabulaire retenu
Les textes emploient trois termes. Le croyant (mu’min) répond aux trois questions. L’hypocrite (munâfiq) et le mécréant (kâfir) échouent : al-Bukhârî (1338) les nomme ensemble, « l’hypocrite et le mécréant » ; le hadith d’al-Barâ’ parle du « mécréant » (dans une version, « le pervers ») ; at-Tirmidhî (1071) parle de « l’hypocrite ». Ce que les textes ne détaillent pas : le cas du croyant pécheur. Les savants (Ibn Rajab, Ahwâl al-qubûr ; Ibn Abî al-‘Izz, Sharh at-Tahâwiyya) retiennent qu’il répond correctement, la réponse étant le fruit de la foi et non du savoir, mais qu’il peut être châtié pour ses fautes, comme le montrent les deux tombes de l’étape 5. Le récit ne doit donc pas réduire l’interrogatoire à deux catégories.
Les textes
يُثَبِّتُ اللَّهُ الَّذِينَ ءَامَنُواْ بِالْقَوْلِ الثَّابِتِ فِي الْحَيَوٰةِ الدُّنْيَا وَفِي الْأٓخِرَةِۖ وَيُضِلُّ اللَّهُ الظَّـٰلِمِينَۚ وَيَفْعَلُ اللَّهُ مَا يَشَآءُ ﴿27﴾
Allah affermit ceux qui croient par la parole ferme, dans la vie d’ici-bas et dans l’au-delà, et Allah égare les injustes. Allah fait ce qu’Il veut.
Coran 14:27
أَنَّ رَسُولَ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم قَالَ » الْمُسْلِمُ إِذَا سُئِلَ فِي الْقَبْرِ يَشْهَدُ أَنْ لاَ إِلَهَ إِلاَّ اللَّهُ وَأَنَّ مُحَمَّدًا رَسُولُ اللَّهِ، فَذَلِكَ قَوْلُهُ {يُثَبِّتُ اللَّهُ الَّذِينَ آمَنُوا بِالْقَوْلِ الثَّابِتِ فِي الْحَيَاةِ الدُّنْيَا وَفِي الآخِرَةِ} «
« Allah affermit ceux qui croient par la parole ferme » a été révélé au sujet du châtiment de la tombe : on dit au mort : Qui est ton Seigneur ? Il répond : Mon Seigneur est Allah, et mon prophète est Muhammad ﷺ.
Al-Bukhârî (4699) et Muslim (2871), d’après al-Barâ’ ibn ‘Âzib
عَنْ أَنَسٍ ـ رضى الله عنه ـ عَنِ النَّبِيِّ صلى الله عليه وسلم قَالَ » الْعَبْدُ إِذَا وُضِعَ فِي قَبْرِهِ، وَتُوُلِّيَ وَذَهَبَ أَصْحَابُهُ حَتَّى إِنَّهُ لَيَسْمَعُ قَرْعَ نِعَالِهِمْ، أَتَاهُ مَلَكَانِ فَأَقْعَدَاهُ فَيَقُولاَنِ لَهُ مَا كُنْتَ تَقُولُ فِي هَذَا الرَّجُلِ مُحَمَّدٍ صلى الله عليه وسلم فَيَقُولُ أَشْهَدُ أَنَّهُ عَبْدُ اللَّهِ وَرَسُولُهُ. فَيُقَالُ انْظُرْ إِلَى مَقْعَدِكَ مِنَ النَّارِ، أَبْدَلَكَ اللَّهُ بِهِ مَقْعَدًا مِنَ الْجَنَّةِ ـ قَالَ النَّبِيُّ صلى الله عليه وسلم فَيَرَاهُمَا جَمِيعًا ـ وَأَمَّا الْكَافِرُ ـ أَوِ الْمُنَافِقُ ـ فَيَقُولُ لاَ أَدْرِي، كُنْتُ أَقُولُ مَا يَقُولُ النَّاسُ. فَيُقَالُ لاَ دَرَيْتَ وَلاَ تَلَيْتَ. ثُمَّ يُضْرَبُ بِمِطْرَقَةٍ مِنْ حَدِيدٍ ضَرْبَةً بَيْنَ أُذُنَيْهِ، فَيَصِيحُ صَيْحَةً يَسْمَعُهَا مَنْ يَلِيهِ إِلاَّ الثَّقَلَيْنِ «
« Le serviteur, lorsqu’il est déposé dans sa tombe et que ses compagnons s’en retournent, au point qu’il entend le bruit de leurs sandales, deux anges viennent à lui, le font asseoir et lui disent : Que disais-tu au sujet de cet homme, Muhammad ﷺ ? Le croyant dit : Je témoigne qu’il est le serviteur d’Allah et Son Messager. On lui dit alors : Regarde ta place dans le Feu : Allah te l’a remplacée par une place au Paradis. Et il les voit toutes les deux. » Qatâda ajoute : « On nous a rapporté que sa tombe est élargie. » Puis le Prophète ﷺ dit : « Quant à l’hypocrite et le mécréant, on lui dit : Que disais-tu au sujet de cet homme ? Il répond : Je ne sais pas ; je disais ce que disaient les gens. On lui dit : Tu n’as ni su ni suivi ceux qui savaient. Puis il est frappé de masses de fer d’un seul coup entre les deux oreilles, et il pousse un cri qu’entend tout ce qui l’entoure, sauf les deux espèces pesantes, les hommes et les djinns. »
Al-Bukhârî (1338) et Muslim (2870), d’après Anas. La phrase de Qatâda est une remarque du Successeur, non une parole du Prophète ﷺ.
عَنْ أَبِي هُرَيْرَةَ، قَالَ قَالَ رَسُولُ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم » إِذَا قُبِرَ الْمَيِّتُ – أَوْ قَالَ أَحَدُكُمْ أَتَاهُ مَلَكَانِ أَسْوَدَانِ أَزْرَقَانِ يُقَالُ لأَحَدِهِمَا الْمُنْكَرُ وَالآخَرُ النَّكِيرُ فَيَقُولاَنِ مَا كُنْتَ تَقُولُ فِي هَذَا الرَّجُلِ فَيَقُولُ مَا كَانَ يَقُولُ هُوَ عَبْدُ اللَّهِ وَرَسُولُهُ أَشْهَدُ أَنْ لاَ إِلَهَ إِلاَّ اللَّهُ وَأَنَّ مُحَمَّدًا عَبْدُهُ وَرَسُولُهُ . فَيَقُولاَنِ قَدْ كُنَّا نَعْلَمُ أَنَّكَ تَقُولُ هَذَا . ثُمَّ يُفْسَحُ لَهُ فِي قَبْرِهِ سَبْعُونَ ذِرَاعًا فِي سَبْعِينَ ثُمَّ يُنَوَّرُ لَهُ فِيهِ ثُمَّ يُقَالُ لَهُ نَمْ . فَيَقُولُ أَرْجِعُ إِلَى أَهْلِي فَأُخْبِرُهُمْ فَيَقُولاَنِ نَمْ كَنَوْمَةِ الْعَرُوسِ الَّذِي لاَ يُوقِظُهُ إِلاَّ أَحَبُّ أَهْلِهِ إِلَيْهِ . حَتَّى يَبْعَثَهُ اللَّهُ مِنْ مَضْجَعِهِ ذَلِكَ . وَإِنْ كَانَ مُنَافِقًا قَالَ سَمِعْتُ النَّاسَ يَقُولُونَ فَقُلْتُ مِثْلَهُ لاَ أَدْرِي . فَيَقُولاَنِ قَدْ كُنَّا نَعْلَمُ أَنَّكَ تَقُولُ ذَلِكَ . فَيُقَالُ لِلأَرْضِ الْتَئِمِي عَلَيْهِ . فَتَلْتَئِمُ عَلَيْهِ . فَتَخْتَلِفُ فِيهَا أَضْلاَعُهُ فَلاَ يَزَالُ فِيهَا مُعَذَّبًا حَتَّى يَبْعَثَهُ اللَّهُ مِنْ مَضْجَعِهِ ذَلِكَ » . وَفِي الْبَابِ عَنْ عَلِيٍّ وَزَيْدِ بْنِ ثَابِتٍ وَابْنِ عَبَّاسٍ وَالْبَرَاءِ بْنِ عَازِبٍ وَأَبِي أَيُّوبَ وَأَنَسٍ وَجَابِرٍ وَعَائِشَةَ وَأَبِي سَعِيدٍ كُلُّهُمْ رَوَوْا عَنِ النَّبِيِّ صلى الله عليه وسلم فِي عَذَابِ الْقَبْرِ
« Lorsque le mort, ou l’un de vous, est mis en terre, deux anges noirs aux yeux bleus viennent à lui ; l’un est appelé al-Munkar et l’autre an-Nakîr. Ils lui disent : Que disais-tu au sujet de cet homme ? Il dit ce qu’il disait : Il est le serviteur d’Allah et Son Messager ; je témoigne qu’il n’y a de divinité qu’Allah et que Muhammad est Son serviteur et Son Messager. Ils disent : Nous savions bien que tu dirais cela. Puis sa tombe est élargie de soixante-dix coudées sur soixante-dix et illuminée pour lui. Puis on lui dit : Dors. Il dit : Je vais retourner vers ma famille pour les informer ! Ils disent : Dors comme dort le jeune marié que seul le plus aimé des siens vient réveiller, jusqu’à ce qu’Allah te ressuscite de cette couche. Quant à l’hypocrite, il dit : J’ai entendu les gens dire quelque chose, et j’ai dit pareil ; je ne sais pas. Ils disent : Nous savions bien que tu dirais cela. On dit alors à la terre : Resserre-toi sur lui. Elle se resserre sur lui au point que ses côtes s’entrecroisent, et il ne cesse d’être châtié jusqu’à ce qu’Allah le ressuscite de cette couche. »
At-Tirmidhî (1071), d’après Abû Hurayra — at-Tirmidhî : hasan gharîb ; al-Albânî : hasan. C’est dans cette version, jugée hasan, que les deux anges sont nommés ; les hadiths des deux Sahîh ne les nomment pas.
سَمِعَ أَسْمَاءَ بِنْتَ أَبِي بَكْرٍ ـ رضى الله عنهما ـ تَقُولُ قَامَ رَسُولُ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم خَطِيبًا فَذَكَرَ فِتْنَةَ الْقَبْرِ الَّتِي يَفْتَتِنُ فِيهَا الْمَرْءُ، فَلَمَّا ذَكَرَ ذَلِكَ ضَجَّ الْمُسْلِمُونَ ضَجَّةً
Asmâ’ bint Abî Bakr rapporte que le Messager d’Allah ﷺ se leva pour un sermon et évoqua l’épreuve à laquelle l’homme est soumis dans sa tombe ; lorsqu’il en parla, les musulmans poussèrent un cri. Dans une autre version : « Il m’a été révélé que vous serez éprouvés dans vos tombes d’une épreuve proche, ou semblable, à l’épreuve du Faux-Messie. »
Al-Bukhârî (1373, 1374)
La lecture des savants
Le credo d’at-Tahâwî inscrit l’interrogatoire parmi les articles de foi : « Nous croyons au châtiment de la tombe pour qui le mérite, à l’interrogatoire des deux anges Munkar et Nakîr dans sa tombe sur son Seigneur, sa religion et son prophète, selon ce que rapportent les récits du Messager d’Allah ﷺ et des Compagnons. » Ibn Abî al-‘Izz (Sharh al-‘Aqîda at-Tahâwiyya, article sur l’interrogatoire) précise que l’épreuve concerne le croyant comme le mécréant, que les réponses ne s’apprennent pas par cœur mais découlent de ce que l’on a cru et pratiqué, et que la « parole ferme » n’est pas une formule mais une foi. Al-Qurtubî (at-Tadhkira, chapitre sur l’interrogatoire) relève la réponse de l’hypocrite, « je disais ce que disaient les gens », comme le portrait de celui qui a vécu sa religion par imitation. Enfin, une remarque de lecture, qui n’est pas une citation : la question désigne « cet homme » sans le nommer ; les commentateurs y voient le signe que l’épreuve vérifie une connaissance, elle ne la fournit pas.
Ce que les textes ne disent pas
- Le moment précis de l’interrogatoire par rapport à l’enterrement : les hadiths disent « lorsqu’il est déposé dans sa tombe », sans plus.
- L’apparence des deux anges au-delà de « noirs, aux yeux bleus » (version hasan) ; rien dans les deux Sahîh.
- Le sort des enfants morts en bas âge et des gens que le message n’a pas atteints : les savants ont discuté ; ce n’est pas le sujet de cette étape.
Transition — L’interrogatoire est fini. Entre cette nuit et le Souffle qui réveillera les morts, il y a un temps que le Coran appelle une barrière : le Barzakh. → étape suivante