Étape 3 — La tombe, première demeure de l’au-delà

ÉTAPE 03 La tombe, première demeure de l’au-delà Le grand voyage — de l’agonie aux portes de l’Enfer

En une phrase : le mort entend le bruit des pas qui s’éloignent, son œuvre seule reste avec lui, la terre le serre d’une étreinte qui atteint même les meilleurs, et le Prophète ﷺ a dit de la tombe qu’elle est la première des demeures de l’au-delà.

La tombe et le Barzakh : deux mots, une même réalité

La tombe désigne le lieu physique où le corps est déposé ; le Barzakh, mot coranique (23:100), désigne l’état intermédiaire entre la mort et la Résurrection, que le mort vive ou non dans une tombe. Les savants (Ibn al-Qayyim, ar-Rûh ; Ibn Rajab, Ahwâl al-qubûr) précisent que le châtiment et la félicité « de la tombe » atteignent aussi celui qui a été noyé, brûlé ou dévoré : la tombe est le cas ordinaire, le Barzakh est la règle. Cette étape traite de l’arrivée dans la tombe ; l’étape 5 traite de la vie du Barzakh.

Les textes

سَمِعَ أَنَسَ بْنَ مَالِكٍ، يَقُولُ قَالَ رَسُولُ اللَّهُ صلى الله عليه وسلم  » يَتْبَعُ الْمَيِّتَ ثَلاَثَةٌ، فَيَرْجِعُ اثْنَانِ وَيَبْقَى مَعَهُ وَاحِدٌ، يَتْبَعُهُ أَهْلُهُ وَمَالُهُ وَعَمَلُهُ، فَيَرْجِعُ أَهْلُهُ وَمَالُهُ، وَيَبْقَى عَمَلُهُ « 

« Trois choses suivent le mort : sa famille, ses biens et son œuvre. Deux s’en retournent et une seule reste : sa famille et ses biens s’en retournent, et son œuvre reste. »

Al-Bukhârî (6514) et Muslim (2960), d’après Anas

عَنْ أَنَسٍ ـ رضى الله عنه ـ عَنِ النَّبِيِّ صلى الله عليه وسلم قَالَ  » الْعَبْدُ إِذَا وُضِعَ فِي قَبْرِهِ، وَتُوُلِّيَ وَذَهَبَ أَصْحَابُهُ حَتَّى إِنَّهُ لَيَسْمَعُ قَرْعَ نِعَالِهِمْ، أَتَاهُ مَلَكَانِ فَأَقْعَدَاهُ فَيَقُولاَنِ لَهُ مَا كُنْتَ تَقُولُ فِي هَذَا الرَّجُلِ مُحَمَّدٍ صلى الله عليه وسلم فَيَقُولُ أَشْهَدُ أَنَّهُ عَبْدُ اللَّهِ وَرَسُولُهُ. فَيُقَالُ انْظُرْ إِلَى مَقْعَدِكَ مِنَ النَّارِ، أَبْدَلَكَ اللَّهُ بِهِ مَقْعَدًا مِنَ الْجَنَّةِ ـ قَالَ النَّبِيُّ صلى الله عليه وسلم فَيَرَاهُمَا جَمِيعًا ـ وَأَمَّا الْكَافِرُ ـ أَوِ الْمُنَافِقُ ـ فَيَقُولُ لاَ أَدْرِي، كُنْتُ أَقُولُ مَا يَقُولُ النَّاسُ. فَيُقَالُ لاَ دَرَيْتَ وَلاَ تَلَيْتَ. ثُمَّ يُضْرَبُ بِمِطْرَقَةٍ مِنْ حَدِيدٍ ضَرْبَةً بَيْنَ أُذُنَيْهِ، فَيَصِيحُ صَيْحَةً يَسْمَعُهَا مَنْ يَلِيهِ إِلاَّ الثَّقَلَيْنِ « 

« Le serviteur, lorsqu’il est déposé dans sa tombe et que ses compagnons s’en retournent, au point qu’il entend le bruit de leurs sandales, deux anges viennent à lui… »

Al-Bukhârî (1338) et Muslim (2870), d’après Anas — début du hadith, donné en entier à l’étape 4

سَمِعَ هَانِئًا، مَوْلَى عُثْمَانَ قَالَ كَانَ عُثْمَانُ إِذَا وَقَفَ عَلَى قَبْرٍ بَكَى حَتَّى يَبُلَّ لِحْيَتَهُ فَقِيلَ لَهُ تُذْكَرُ الْجَنَّةُ وَالنَّارُ فَلاَ تَبْكِي وَتَبْكِي مِنْ هَذَا فَقَالَ إِنَّ رَسُولَ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم قَالَ  » إِنَّ الْقَبْرَ أَوَّلُ مَنَازِلِ الآخِرَةِ فَإِنْ نَجَا مِنْهُ فَمَا بَعْدَهُ أَيْسَرُ مِنْهُ وَإِنْ لَمْ يَنْجُ مِنْهُ فَمَا بَعْدَهُ أَشَدُّ مِنْهُ  » . قَالَ وَقَالَ رَسُولُ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم  » مَا رَأَيْتُ مَنْظَرًا قَطُّ إِلاَّ وَالْقَبْرُ أَفْظَعُ مِنْهُ  » . قَالَ

Hâni’, affranchi de ‘Uthmân, raconte que ‘Uthmân ibn ‘Affân, lorsqu’il se tenait devant une tombe, pleurait jusqu’à mouiller sa barbe. On lui dit : « On évoque devant toi le Paradis et le Feu et tu ne pleures pas, et tu pleures de ceci ? » Il répondit : « Le Messager d’Allah ﷺ a dit : La tombe est la première des demeures de l’au-delà. Si l’on en réchappe, ce qui vient après est plus facile ; si l’on n’en réchappe pas, ce qui vient après est plus dur. » Et il ajouta : « Le Messager d’Allah ﷺ a dit : Je n’ai jamais vu de spectacle qui ne soit dépassé en horreur par la tombe. »

At-Tirmidhî (2308), Ibn Mâjah (4267), al-Hâkim — at-Tirmidhî : hasan gharîb ; al-Hâkim : chaîne authentique ; al-Albânî : hasan

عَنْ رَسُولِ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم قَالَ  » هَذَا الَّذِي تَحَرَّكَ لَهُ الْعَرْشُ وَفُتِحَتْ لَهُ أَبْوَابُ السَّمَاءِ وَشَهِدَهُ سَبْعُونَ أَلْفًا مِنَ الْمَلاَئِكَةِ لَقَدْ ضُمَّ ضَمَّةً ثُمَّ فُرِّجَ عَنْهُ « 

Au sujet de Sa‘d ibn Mu‘âdh, le Messager d’Allah ﷺ dit : « Voici celui pour lequel le Trône a tremblé, pour qui les portes du ciel ont été ouvertes et à qui soixante-dix mille anges ont assisté : il a pourtant été serré d’une étreinte, puis on l’en a délivré. »

An-Nasâ’î (2055), d’après Ibn ‘Umar — sahîh (al-Albânî). Version de ‘Â’isha chez Ahmad : « La tombe a une étreinte ; si quelqu’un devait en réchapper, ce serait Sa‘d ibn Mu‘âdh » — sahîh (as-Silsila as-Sahîha 1695).

L’étreinte n’est pas un châtiment pour le croyant

Le cas de Sa‘d ibn Mu‘âdh ne signifie pas que les meilleurs sont punis. Ibn Rajab (Ahwâl al-qubûr, chapitre sur l’étreinte de la tombe) explique que l’étreinte est générale, qu’elle est brève pour le croyant et qu’on l’en délivre aussitôt, comme le dit le hadith lui-même (« puis on l’en a délivré ») ; pour le mécréant, elle se prolonge jusqu’à ce que ses côtes s’entrecroisent (hadith d’al-Barâ’, at-Tirmidhî 1071). Le récit doit garder ces deux phrases ensemble.

عَنْ عَائِشَةَ ـ رضى الله عنها ـ أَنَّ يَهُودِيَّةً، دَخَلَتْ عَلَيْهَا، فَذَكَرَتْ عَذَابَ الْقَبْرِ، فَقَالَتْ لَهَا أَعَاذَكِ اللَّهُ مِنْ عَذَابِ الْقَبْرِ. فَسَأَلَتْ عَائِشَةُ رَسُولَ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم عَنْ عَذَابِ الْقَبْرِ فَقَالَ  » نَعَمْ عَذَابُ الْقَبْرِ « . قَالَتْ عَائِشَةُ ـ رضى الله عنها ـ فَمَا رَأَيْتُ رَسُولَ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم بَعْدُ صَلَّى صَلاَةً إِلاَّ تَعَوَّذَ مِنْ عَذَابِ الْقَبْرِ. زَادَ غُنْدَرٌ  » عَذَابُ الْقَبْرِ حَقٌّ « 

Une Juive était entrée chez ‘Â’isha et lui avait parlé du châtiment de la tombe, en lui disant : « Qu’Allah te protège du châtiment de la tombe. » ‘Â’isha interrogea le Messager d’Allah ﷺ ; il dit : « Oui, le châtiment de la tombe est vrai. » ‘Â’isha ajouta : « Je n’ai plus jamais vu le Messager d’Allah ﷺ prier sans chercher refuge contre le châtiment de la tombe. »

Al-Bukhârî (1372) et Muslim (586)

عَنْ أَبِي هُرَيْرَةَ ـ رضى الله عنه ـ قَالَ كَانَ رَسُولُ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم يَدْعُو  » اللَّهُمَّ إِنِّي أَعُوذُ بِكَ مِنْ عَذَابِ الْقَبْرِ، وَمِنْ عَذَابِ النَّارِ، وَمِنْ فِتْنَةِ الْمَحْيَا وَالْمَمَاتِ، وَمِنْ فِتْنَةِ الْمَسِيحِ الدَّجَّالِ « 

Le Messager d’Allah ﷺ invoquait ainsi : « Ô Allah, je cherche refuge auprès de Toi contre le châtiment de la tombe, contre le châtiment du Feu, contre l’épreuve de la vie et de la mort, et contre l’épreuve du Faux-Messie. »

Al-Bukhârî (1377) et Muslim (588)

La lecture des savants

Al-Qurtubî place le hadith de ‘Uthmân en tête de son chapitre sur la tombe et en tire une règle de prédication : parler de la tombe avant de parler du Feu, parce que c’est la première épreuve et que sa peur est plus proche (at-Tadhkira, chapitre sur la tombe, première demeure de l’au-delà). Ibn Hajar commente le hadith des trois compagnons du mort (Fath al-Bârî, Kitâb ar-Riqâq) comme la définition la plus brève de ce qu’un homme emporte réellement. Sur le bruit des sandales, an-Nawawî (Sharh Muslim, hadith 2870) retient que le mort perçoit ce que le texte dit qu’il perçoit, sans qu’on puisse en tirer une doctrine générale de l’ouïe des morts.

Ce que les textes ne disent pas

  • Ce que le mort entend au-delà du bruit des sandales : le hadith ne dit pas qu’il entend les conversations ni qu’il voit les visiteurs.
  • La nature de l’étreinte, sa durée pour le croyant au-delà de « puis on l’en a délivré ».
  • Ce que « plus effroyable » signifie concrètement : le Prophète ﷺ n’a pas décrit le spectacle qu’il a comparé à la tombe.
Pour le récit — Filmer du point de vue du mort : le ciel de la tombe qui se referme, le bruit des pas, puis le silence. Reprendre le hadith des trois compagnons comme un compte à rebours : trois sont venus, deux repartent. L’étreinte de la terre est le premier contact avec l’au-delà, et l’exemple de Sa‘d permet de dire sans effrayer à tort que même les meilleurs la connaissent, à condition d’ajouter aussitôt la fin de la phrase : puis on l’en a délivré.

Transition — Le silence ne dure pas. Deux anges font asseoir le mort, et lui posent trois questions. → étape suivante