II. Le Coran distingue ceux qui savent et ceux qui demandent — Faut-il suivre une école juridique ?

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Première partie — Comprendre · Chapitre II sur XXVIII

II. Le Coran distingue ceux qui savent et ceux qui demandent

Termes et graphies : madhhab (aussi écrit madhab ou mazhab : école juridique) · uṣūl al-fiqh (usul al-fiqh) · fatwa.

Avant les imams, avant les écoles, avant tout débat : que dit le Coran lui-même du partage entre celui qui sait et celui qui ne sait pas ? Cinq versets portent tout ce dossier.

« Demandez aux gens du Rappel »

« Demandez aux gens du Rappel si vous ne savez pas. » — Coran, 16:43 ; répété en 21:7

Soyons rigoureux sur ce verset, parce que c’est lui qui porte tout le reste. Son contexte immédiat concerne les messagers précédents : Allah répond aux polythéistes qui s’étonnaient que les messagers soient des hommes, et « les gens du Rappel » désigne d’abord ceux qui connaissent les Écritures antérieures. Il serait donc excessif d’en faire, à lui seul, une démonstration de l’obligation de suivre l’une des quatre écoles : personne parmi les juristes sérieux ne l’utilise ainsi, et l’application au choix d’un madhhab est une déduction juridique, pas le texte littéral du verset.

Mais le principe qu’il énonce est général, et les savants de l’uṣūl l’ont toujours lu ainsi : la leçon se tire de la généralité des termes, non de la particularité de la circonstance. Et les termes sont explicites : « in kuntum lā taʿlamūn », « si vous ne savez pas ». Le verset établit deux catégories : ceux qui possèdent la connaissance, et ceux qui ne la possèdent pas et demandent. Il ne demande jamais à celui qui ne sait pas de transformer son ignorance en capacité d’interprétation. Ibn ʿAbd al-Barr rapporte que les savants ne divergent pas sur ce point : c’est bien le commun des croyants que vise ce verset, et il doit suivre ses savants (Jāmiʿ bayān al-ʿilm, 2/989).

La spécialisation dans la compréhension de la religion

« Les croyants n’ont pas à partir tous ensemble. Pourquoi, de chaque groupe parmi eux, une partie ne partirait-elle pas afin d’acquérir une compréhension profonde de la religion, et d’avertir leur peuple à leur retour ? » — Coran, 9:122

Le verbe employé, li-yatafaqqahū, « afin qu’ils acquièrent une compréhension approfondie », est exactement celui dont dérive le mot fiqh. Le Coran lui-même établit qu’il existe une spécialisation dans la compréhension de la religion : tous ne partent pas, tous n’étudient pas, et ceux qui étudient enseignent aux autres. Ce verset prouve la spécialisation savante ; il ne prouve pas, à lui seul, l’obligation d’un madhhab déterminé.

Ceux qui savent déduire

« S’ils l’avaient rapporté au Messager et à ceux d’entre eux qui détiennent l’autorité, ceux d’entre eux qui savent en tirer le sens l’auraient connu. » — Coran, 4:83

Le verset porte, dans son contexte, sur les nouvelles qui circulaient en temps de guerre. Mais il nomme une capacité, l’istinbāṭ, la déduction, et il la réserve à une catégorie de gens. Les savants des fondements du droit y ont vu la racine de la distinction entre celui qui déduit et celui qui s’en remet à lui.

Obéir à ceux qui détiennent l’autorité

« Ô vous qui croyez ! Obéissez à Allah, obéissez au Messager et à ceux d’entre vous qui détiennent l’autorité. » — Coran, 4:59

Ibn ʿAbbās, Jābir ibn ʿAbd Allāh, Mujāhid et al-Ḥasan al-Baṣrī ont expliqué « ceux qui détiennent l’autorité » par les juristes et les gens de science, comme le rapporte al-Ṭabarī dans son tafsīr ; d’autres y ont vu les gouvernants. Les deux lectures se complètent : l’obéissance due aux savants, comme celle due aux gouvernants, n’est jamais absolue. Elle est due dans l’obéissance à Allah et à Son Messager, et c’est ainsi qu’Ibn Taymiyya la comprend (Majmūʿ al-fatāwā, 20/208).

L’avertissement inverse

« Ne dites pas, d’après le mensonge de vos langues : ceci est licite et cela est illicite, pour inventer un mensonge contre Allah. » — Coran, 16:116

Déclarer licite et illicite sans science n’est pas une erreur parmi d’autres : le verset le nomme un mensonge contre Allah. Sa portée est directement pertinente pour la question de la fatwa.

Sources de ce chapitre : al-Ṭabarī, Jāmiʿ al-bayān (sur 4:59, 4:83, 9:122, 16:43 et 16:116) ; al-Qurṭubī, al-Jāmiʿ li-aḥkām al-Qurʾān ; Ibn Kathīr, Tafsīr al-Qurʾān al-ʿaẓīm ; Ibn ʿAbd al-Barr, Jāmiʿ bayān al-ʿilm, 2/989. Degré : versets établis ; l’application au madhhab est une déduction des juristes.

Et Allah est le plus savant.