Le waswâs : sortir de la prison du doute › Partie 4 sur 11 · lecture 15 min
Chapitre 6 — Les savants et leurs ouvrages : le condensé
Sept savants forment la bibliothèque classique du waswâs. Ils ont été lus dans leur texte arabe pour ce dossier ; les citations ci-dessous en sont tirées, avec la pagination de l’édition indiquée en annexe. Tous convergent : le waswâs est une obéissance à Satan déguisée en piété, et son remède est le retour strict à la Sunna.
| Savant | Ouvrage | Ce qu’il apporte |
|---|---|---|
| Al-Ghazâlî (m. 505 H) | Iḥyâʾ ʿulûm ad-dîn, livre des secrets de la purification | La simplicité des Compagnons face aux scrupules ; la propreté extérieure qui masque un intérieur en ruine |
| Ibn al-Jawzî (m. 597 H) | Talbîs Iblîs, chapitre VIII | L’inventaire des ruses de Satan dans l’istinjâʾ, les ablutions, l’intention, le takbîr, la récitation |
| Ibn Qudâma (m. 620 H) | Dhamm al-muwaswisîn | La seule épître entièrement consacrée au sujet ; le modèle de tous les autres |
| An-Nawawî (m. 676 H) | al-Adhkâr ; Sharḥ Ṣaḥîḥ Muslim | Le rappel qui chasse le chuchotement ; le sens de « c’est la foi pure » |
| Ibn Taymiyya (m. 728 H) | Majmûʿ al-Fatâwâ ; al-Ikhtiyârât | L’intention suit la connaissance ; les pratiques d’« extraction » de l’urine sont des innovations |
| Ibn al-Qayyim (m. 751 H) | Ighâthat al-Lahfân, chapitre XIII | Le traitement le plus complet : environ cent pages, qui reprennent et complètent Ibn Qudâma |
| Ibn Ḥajar al-Haytamî (m. 974 H) | al-Fatâwâ al-fiqhiyya al-kubrâ | La fatwa de référence sur le remède : se détourner entièrement |
1. Ibn Qudâma, Dhamm al-muwaswisîn
L’épître compte une introduction et six chapitres : l’intention ; la répétition des mots de la Fâtiḥa, du tashahhud et du takbîr ; le gaspillage de l’eau ; le dépassement des trois lavages ; le doute sur la rupture des ablutions ; enfin « les choses que la Loi a facilitées et que ces gens ont durcies ».
Le waswâs est une obéissance à Iblîs. « كل ذلك مبالغة في طاعة إبليس وقبولا من وسوسته » — tout cela est un excès d’obéissance à Iblîs et une acceptation de ses suggestions. Le muwaswis en vient à croire que s’il fait ses ablutions comme le Prophète ﷺ, « son ablution est nulle et sa prière invalide ».
Il nie ce qu’il voit. Ibn Qudâma le rapproche des sophistes, qui nient la réalité des choses : le muwaswis croit Satan quand celui-ci lui fait nier sa propre certitude, ce qu’il a vu de ses yeux et entendu de ses oreilles.
Le waswâs n’est pas une vertu. « ثم ليعلم أن رسول الله وأصحابه ما كان فيهم موسوس، ولو كانت الوسوسة فضيلة لما ادخرها الله تعالى عن رسوله وصحابته » — il n’y avait aucun muwaswis parmi le Prophète ﷺ et ses Compagnons ; si le waswâs était une vertu, Allah ne l’aurait pas refusé à Son Messager et à ses Compagnons. Et d’ajouter : si ʿUmar les avait connus, il les aurait corrigés, et les Compagnons les auraient tenus pour des innovateurs.
L’intention ne se fabrique pas. « فكل عازم على شيء فهو ناويه » — quiconque est résolu à faire une chose en a l’intention. Celui qui s’assoit pour faire ses ablutions a l’intention des ablutions ; celui qui se lève pour prier a l’intention de la prière. Douter d’avoir l’intention « فهذا نوع جنون » — est une forme de folie, car « إيجاد الموجود محال » — on ne peut pas faire exister ce qui existe déjà.
Le dilemme. Ce que le muwaswis cherche à obtenir est soit facile, soit difficile. Si c’est facile, pourquoi le rend-il difficile ? Si c’est difficile, comment cela aurait-il échappé au Prophète ﷺ et à ses Compagnons ?
L’excuse de la maladie. Au muwaswis qui dit « c’est une maladie », Ibn Qudâma répond : « لكن مرضكم قبولكم وسوسته » — « votre maladie, c’est d’accepter ses suggestions » ; Adam et Ève furent chassés du Paradis pour avoir accepté la suggestion de Satan. Ce propos vise celui qui se cache derrière sa faiblesse pour ne pas lutter, non celui qui lutte et se soigne (chapitre 10).
L’aveu des savants muwaswis. Certains savants atteints de waswâs « يفتون بخلاف ما يفعلون، ويقولون لا تقتدوا بنا » — donnent des fatwas contraires à ce qu’ils font, et disent : « Ne nous imitez pas. »
La conclusion. Suivre la Sunna apporte « وراحة القلب ودعة البدن وترغيم الشيطان » — le repos du cœur, la quiétude du corps et l’humiliation de Satan.
2. Ibn al-Qayyim, Ighâthat al-Lahfân
Le chapitre s’ouvre sur un principe qui commande tout le reste. Ibn al-Qayyim rapporte d’« un des Salaf » : « ما أمر الله سبحانه بأمر إلا وللشيطان فيه نزغتان: إما إلى تفريط وتقصير، وإما إلى مجاوزة وغلو، ولا يبالي بأيهما ظفر » — Allah n’a donné aucun ordre sans que Satan y ait deux poussées : vers la négligence et le manquement, ou vers le dépassement et l’excès, et peu lui importe laquelle l’emporte (éd. Shams, 1/203 ; même parole dans Madârij as-Sâlikîn, 2/108, et al-Wâbil aṣ-Ṣayyib, p. 26). Le premier exemple qu’il donne est la purification : les uns manquent à ses obligations, les autres la dépassent par le waswâs.
Le muwaswis croit la Sunna insuffisante. Satan lui fait imaginer que ce que la Sunna apporte ne suffit pas, au point qu’il croit ne pas être purifié s’il fait ses ablutions comme le Prophète ﷺ. « ولولا العذر بالجهل لكان هذا مشاقة للرسول » — sans l’excuse de l’ignorance, ce serait une opposition au Messager.
Il désobéit en croyant obéir. « فالموسوس مسيء متعد ظالم بشهادة رسول الله ﷺ، فكيف يتقرب إلى الله بما هو مسيء به، متعد فيه لحدوده؟ » — le muwaswis a mal agi, transgressé et commis une injustice, selon le témoignage du Prophète ﷺ ; comment se rapprocherait-il d’Allah par ce qui est une faute et une transgression de Ses limites ?
La vraie précaution. « وينبغي أن يعلم أن الاحتياط الذي ينفع صاحبه ويثيبه الله عليه: الاحتياط في موافقة السنة » — la précaution qui profite et qu’Allah récompense est la précaution de se conformer à la Sunna. Il cite Ibn Taymiyya : « والاحتياط حسن ما لم يفض بصاحبه إلى مخالفة السنة، فإذا أفضى إلى ذلك فالاحتياط ترك هذا الاحتياط » — la précaution est bonne tant qu’elle ne mène pas à contredire la Sunna ; si elle y mène, la précaution est de délaisser cette précaution.
L’économie vaut mieux que l’effort contraire à la Sunna. Il cite Ubayy ibn Kaʿb : « وإن اقتصادا في سبيل وسنة خير من اجتهاد في خلاف سبيل وسنة » — la modération dans la voie et la Sunna vaut mieux que l’effort contre la voie et la Sunna.
Le durcissement appelle le durcissement. Commentant « Ne soyez pas durs envers vous-mêmes, sinon Allah sera dur envers vous », il explique que le muwaswis, ayant choisi la dureté, la reçoit en retour par le décret divin, jusqu’à ce qu’elle devienne en lui un trait permanent.
Les quinze méfaits. Ibn al-Qayyim énumère une quinzaine de méfaits du waswâs, puis ajoute : « ومفاسده أضعاف ذلك بكثير » — et ses méfaits sont bien plus nombreux encore (voir le chapitre 15).
Le mot de la fin sur Khinzib. Après le hadith de ʿUthmân ibn Abî al-ʿÂṣ : « فأهل الوسواس قرة عين خنزب وأصحابه » — les gens du waswâs font la joie de Khinzib et des siens.
3. Ibn al-Jawzî, Talbîs Iblîs
Au chapitre VIII, consacré aux ruses d’Iblîs avec les dévots, Ibn al-Jawzî passe en revue l’istinjâʾ, les ablutions, l’appel à la prière, la prière et la récitation.
- Aux toilettes, Satan pousse à y rester longtemps, à marcher, tousser, lever un pied puis l’autre, croyant ainsi se nettoyer ; or chaque mouvement fait suinter autre chose. La purification « a une limite connue » (« فإن للتنزه حدا معلوما »).
- Sur l’eau, Satan souffle : « من أين لك أنه طاهر » — « d’où sais-tu qu’elle est pure ? » Réponse : « فتوى الشرع يكفيه بأن أصل الماء الطهارة فلا يترك الأصل بالاحتمال » — la Loi lui suffit : le principe de l’eau est la pureté, et l’on ne quitte pas le principe pour une simple possibilité.
- Dans la récitation, le muwaswis répète « al-ḥamdu, al-ḥamdu », exagère la shadda ou le ḍâd de al-maghḍûb, alors que « وإنما المراد تحقيق الحرف فحسب » — il ne s’agit que de prononcer correctement la lettre.
- Au takbîr, il prononce puis annule, recommence, et attend que l’imam s’incline pour prononcer son takbîr à la hâte, perdant ainsi la Fâtiḥa.
- Sur les vêtements, il lave plusieurs fois un vêtement pur, le relave si un musulman l’a touché, et délaisse la prière en commun par peur d’une éclaboussure de pluie.
Une traduction française existe : Talbis Iblis, Éditions Sabil, 2010.
4. Al-Ghazâlî, Iḥyâʾ ʿulûm ad-dîn
Al-Ghazâlî rappelle que ʿUmar fit ses ablutions avec l’eau d’une jarre appartenant à une chrétienne, que les Compagnons priaient à même le sol des mosquées, marchaient pieds nus dans les rues, s’essuyaient les doigts sous la plante des pieds après le repas : « ولم ينقل قط عن أحد منهم سؤال في دقائق النجاسات » — on ne rapporte d’aucun d’eux une seule question sur les subtilités de l’impureté. Puis il décrit les gens de son époque : « يسمون الرعونة نظافة » — ils appellent « propreté » ce qui n’est que futilité, soignent leur apparence comme une coiffeuse pare une mariée, tandis que l’intérieur est en ruine, rempli d’orgueil, de vanité et d’ostentation (1/126-127).
5. Ibn Taymiyya
Sur l’istinjâʾ, interrogé sur ceux qui marchent, toussent et se nettoient sans cesse : « التنحنح بعد البول والمشي، والطفر إلى فوق والصعود في السلم، والتعلق في الحبل، وتفتيش الذكر بإسالته وغير ذلك، كل ذلك بدعة، ليس بواجب ولا مستحب عند أئمة المسلمين » — se racler la gorge après avoir uriné, marcher, sauter, monter des escaliers, se suspendre à une corde, inspecter son sexe : tout cela est une innovation, ni obligatoire ni recommandée selon les imams. Il ajoute que l’urine est comme le lait dans le pis : « إن تركته قر، وإن حلبته در » — si on le laisse, il se tarit ; si on le trait, il coule. Et il recommande d’asperger d’eau son sexe après l’istinjâʾ : si l’on ressent de l’humidité, on se dit que c’est cette eau (Majmûʿ al-Fatâwâ, 21/106).
Sur l’intention : « النية تتبع العلم، فمن علم ما يريد فعله قصده ضرورة » — l’intention suit la connaissance : celui qui sait ce qu’il veut faire en a nécessairement l’intention (rapporté par Ibn Mufliḥ, al-Furûʿ, 2/138, et dans al-Ikhtiyârât). Aucune école ne fait de la prononciation de l’intention une condition de validité, et sa répétition n’est pas légiférée ; des juristes chaféites ont admis, voire recommandé, de la formuler une fois pour aider le cœur à se concentrer, sans jamais en faire une obligation : Ibn aṣ-Ṣalâḥ écrit que la formulation n’est pas l’intention elle-même, mais une aide de la langue au cœur (Sharḥ mushkil al-Wasîṭ, 2/79 ; et an-Nawawî, Rawḍat aṭ-Ṭâlibîn, 1/228 : « l’intention, dans toutes les adorations, se juge par le cœur »).
6. An-Nawawî, al-Adhkâr
Dans le chapitre sur ce que dit celui qui est éprouvé par le waswâs, an-Nawawî rapporte que des savants recommandent de dire lâ ilâha illa Allâh : « فإن الشيطان إذا سمع الذكر خنس » — quand Satan entend le rappel, il recule. Ils disaient : « أنفع علاج في دفع الوسوسة الإقبال على ذكر الله تعالى والإكثار منه » — le remède le plus utile est de se tourner vers le rappel d’Allah et de le multiplier. Après le récit d’ad-Dârânî, il conclut : « إن الوسواس إنما يبتلى به من كمل إيمانه، فإن اللص لا يقصد بيتا خربا » — n’est éprouvé par le waswâs que celui dont la foi est accomplie, car le voleur ne vise pas une maison en ruine.
Dans son commentaire de Muslim, il explique « c’est la foi pure » : « معناه استعظامكم الكلام به هو صريح الإيمان » — c’est le fait de juger énorme d’en parler qui est la foi pure, car une telle crainte n’existe que chez celui dont la foi est accomplie et que le doute a quitté.
7. Al-Haytamî, la fatwa du remède
Interrogé sur le mal du waswâs et son remède, al-Haytamî répond : « له دواء نافع وهو الإعراض عنها جملة كافية، وإن كان في النفس من التردد ما كان، فإنه متى لم يلتفت لذلك لم يثبت، بل يذهب بعد زمن قليل كما جرب ذلك الموفقون، وأما من أصغى إليها وعمل بقضيتها، فإنها لا تزال تزداد به حتى تخرجه إلى حيز المجانين، بل وأقبح منهم، كما شاهدناه في كثيرين ممن ابتلوا بها » — il a un remède efficace : s’en détourner entièrement, quelle que soit l’hésitation qui demeure dans l’âme. Celui qui n’y prête pas attention ne la voit pas s’installer : elle s’en va au bout de peu de temps, comme l’ont éprouvé ceux qu’Allah a guidés. Celui qui l’écoute et agit selon elle la voit croître jusqu’à le jeter parmi les fous, voire pire, comme nous l’avons vu chez beaucoup (al-Fatâwâ al-fiqhiyya al-kubrâ, 1/149-150, bâb ṣifat aṣ-ṣalâh).
Il s’appuie sur le hadith « qu’il cherche refuge auprès d’Allah et qu’il cesse », et cite al-ʿIzz ibn ʿAbd as-Salâm : le remède est de croire que la pensée vient de Satan, qu’Iblîs la lui a apportée, et qu’il le combat : « فيكون له ثواب المجاهد؛ لأنه يحارب عدو الله » — il a alors la récompense du combattant, car il lutte contre l’ennemi d’Allah.
Le sens des mots sévères. « Parmi les fous », « une forme de folie », « la risée des enfants » : ces expressions d’al-Haytamî, d’Ibn Qudâma et d’Ibn ʿAqîl ont leur contexte. Elles visent un comportement, celui qui ajoute à la Sunna en croyant la dépasser, et veulent secouer celui qui s’y complaît. Elles ne sont pas un diagnostic porté sur la personne qui souffre d’une obsession qu’elle n’a pas choisie. Le dossier les conserve parce qu’elles sont les textes ; il les cite pour condamner l’exagération, jamais pour juger le malade.
8. Les quatre écoles : le doute devenu habituel
Toutes les écoles distinguent le doute ordinaire, que l’on traite par la règle de la certitude, du doute devenu habituel, que l’on cesse de prendre en compte. Le muwaswis est, dans le langage des juristes, celui dont le doute est devenu habituel.
| École | Doute ordinaire | Doute devenu habituel |
|---|---|---|
| Malikite | Le doute sur la rupture des ablutions, après des ablutions certaines, oblige à les refaire s’il survient avant d’entrer en prière (position propre à l’école) ; pendant ou après la prière, on ne la quitte pas sans certitude (al-Kharashî, 1/157) ; dans la prière, on bâtit sur la certitude | Le mustankiḥ — celui que le doute visite chaque jour, ne serait-ce qu’une fois — l’ignore : ses ablutions restent valides ; dans la prière, il bâtit sur le nombre le plus élevé et fait, à titre recommandé, le prosternement après le salut |
| Hanafite | Premier doute sur le nombre d’unités : la prière est reprise ; doute pendant les ablutions : on refait le membre | Celui qui doute souvent suit sa présomption dominante, sinon le minimum, sans recommencer ; aucun doute après les ablutions n’est pris en compte |
| Chaféite | Doute sur le nombre : on retient le minimum, on complète et l’on se prosterne ; doute sur un membre pendant les ablutions : on le lave | Le doute survenu après avoir terminé l’acte n’a aucun effet |
| Hanbalite | On bâtit sur la certitude | Quand le doute se multiplie jusqu’à ressembler au waswâs, on le rejette, dans la prière comme dans les ablutions, le grand lavage et le nettoyage des impuretés, et sans prosternement de l’oubli |
Les textes malikites. Khalîl, dans son Mukhtaṣar (p. 22) : « وبشك في حدث بعد طهر علم إلا المستنكح » — les ablutions sont annulées par le doute sur une rupture après une pureté certaine, sauf pour le mustankiḥ. Ad-Dardîr le définit (ash-Sharḥ al-kabîr, 1/123) : « الذي يعتري صاحبه كثيرا، بأن يأتي كل يوم ولو مرة، فلا ينقض » — celui qui assaille souvent, en venant chaque jour, ne serait-ce qu’une fois ; il n’annule pas les ablutions. Ad-Dasûqî précise que toute la purification forme un seul ensemble : le doute dans les ablutions s’additionne à celui du grand lavage et des impuretés pour juger si l’on est mustankiḥ. Dans la prière, ash-Sharḥ al-kabîr (1/276) dit : « وحكمه أن يلهى عنه ولا إصلاح عليه، بل يبني على الأكثر … ولكن يسجد بعد السلام استحبابا » — on s’en détourne, on ne corrige rien, on bâtit sur le plus, mais l’on se prosterne après le salut, à titre recommandé. C’est déjà l’enseignement de la Risâla d’Ibn Abî Zayd. Al-Majlisî en donne la raison : s’en détourner est obligatoire, « لأن الاشتغال به يؤدي إلى الشك في الإيمان » — car s’en occuper mène à douter de la foi (Lawâmiʿ ad-durar, 2/220). Et ʿUllaysh conclut : « إذ لا دواء له مثل الإعراض عنه » — il n’a pas de remède comparable au fait de s’en détourner (Minaḥ al-jalîl, 1/295). Ad-Dardîr précise toutefois qu’on n’additionne pas le doute dans la prière, qui est un but, au doute dans les ablutions, qui sont un moyen (1/123) ; et ad-Dasûqî rapporte l’avis d’al-Ujhûrî, pour qui un doute revenant un jour sur deux suffit déjà, « ce qui convient le mieux à la religion droite et tolérante ».
Point capital pour un lectorat largement malikite : la règle de l’école sur le doute de rupture des ablutions est plus stricte que celle des autres écoles, mais elle est expressément levée pour le mustankiḥ. Le muwaswis malikite qui applique la règle stricte à son cas commet donc une erreur de fiqh au sein même de son école.
Les textes hanafites. Al-Qudûrî (Mukhtaṣar, p. 35) : « فإن كان الشك يعرض له كثيرا بنى على غالب ظنه إن كان له ظن » — si le doute lui vient souvent, il bâtit sur sa présomption dominante, s’il en a une. Et Mullâ ʿAlî al-Qârî, Fatḥ bâb al-ʿinâya (1/58), reprenant Fatḥ al-Qadîr : « وإن شك بعده فلا مطلقا » — s’il doute après avoir terminé ses ablutions, rien n’est à refaire.
Les textes chaféites. An-Nawawî, Rawḍat aṭ-Ṭâlibîn (1/308) : celui qui doute entre trois et quatre « أخذ بالأقل، وأتى بالباقي، وسجد للسهو » — retient le minimum, complète et se prosterne. Al-Bujayrimî : le doute sur un membre « بعد الفراغ لم يؤثر » — après avoir terminé, n’a aucun effet.
Les textes hanbalites. Ibn Qudâma, al-Mughnî (éd. at-Turkî, 1/160) : celui qui doute de sa purification après l’avoir terminée « لم يلتفت إلى شكه » — ne prête pas attention à son doute ; et même pendant, sauf s’il ne s’agit que d’illusion : « إلا أن يكون ذلك وهما كالوسواس، فلا يلتفت إليه ». Muntahâ al-Irâdât d’Ibn an-Najjâr (1/241), commenté par al-Buhûtî : « ولشك في الجملة لا إذا كثر حتى صار كوسواس » — le prosternement de l’oubli est prescrit pour le doute en général, non quand il s’est multiplié jusqu’à devenir comme le waswâs ; ar-Ruḥaybânî (Maṭâlib ûlî an-nuhâ, 1/507) ajoute qu’on le rejette de même dans les ablutions, le grand lavage et le nettoyage des impuretés.
La maxime commune. As-Suyûṭî dit de la maxime « la certitude n’est pas levée par le doute » qu’elle couvre les trois quarts du fiqh et davantage (al-Ashbâh wa-n-naẓâʾir).
Et Allah est le plus savant.
