عِيد الفِطْر · عِيد الأَضْحَى
’Îd al-fitr · ’îd al-adhâ
Prononciation : ’îd al-fitr · ’îd al-ad-hâ
La fête de la rupture du jeûne ; la fête du sacrifice
L’islam n’a que deux fêtes, et elles suivent toutes deux une adoration : la fin du jeûne, et le sommet du pèlerinage. On y prie en plein air, on s’y pare, on y mange, on y visite les siens, on y donne — et l’on y proclame que la joie, elle aussi, vient d’Allah.
La langue : ce qui revient
’Îd vient de la racine ’-w-d, revenir : la fête est ce qui revient chaque année, ou, disent certains, ce qu’Allah fait revenir sur Ses serviteurs de bienfaits et de joie. Fitr est la rupture du jeûne ; l’Aïd el-Fitr est la fête de la fin du Ramadan, le 1er Shawwâl. Adhâ vient de duhâ, la matinée, parce que le sacrifice s’y fait ; l’Aïd el-Adhâ tombe le 10 Dhû l-Hijja, le jour où les pèlerins sacrifient à Minâ. Au Maghreb, on l’appelle « el-Kebir », la grande fête, et l’autre « es-Seghir », la petite.
Deux fêtes, et pas d’autres
Quand le Prophète ﷺ arriva à Médine, les gens avaient deux jours de fête hérités de l’époque antéislamique. Il leur dit : « Allah vous a donné en échange deux jours meilleurs que ceux-là : le jour de la Rupture et le jour du Sacrifice » (Abû Dâwûd, al-Nasâ’î, d’après Anas). Les savants en tirent que les fêtes religieuses de l’islam sont ces deux-là, et que le vendredi est la fête de la semaine.
Toutes deux couronnent une adoration : l’une clôt le mois du jeûne, l’autre marque le jour où les pèlerins, après Arafat, sacrifient et se désacralisent. La joie de l’islam n’est pas une évasion hors de la religion : elle en est le fruit.
Dans le Coran et la Sunna
- Après le Ramadan : « … afin que vous acheviez la période, que vous proclamiez la grandeur d’Allah pour vous avoir guidés, et que vous soyez reconnaissants » (2, 185) — d’où le takbîr qui accompagne la sortie vers la prière.
- Le sacrifice d’Abraham : « Ô mon fils, je me vois en songe t’immoler… — Ô mon père, fais ce qui t’est ordonné ; tu me trouveras, si Allah le veut, parmi les endurants. » Et Allah le racheta par une grande victime (37, 102-107). L’Aïd el-Adhâ commémore cette obéissance.
- « Accomplis la prière pour ton Seigneur et sacrifie » (108, 2).
- La prière de la fête : deux unités, sans appel ni iqâma, avec des takbîr supplémentaires, suivies d’un sermon ; le Prophète ﷺ la faisait en plein air, à la musallâ (al-Bukhârî et Muslim). Il ordonna que les femmes y viennent, même celles qui ne priaient pas, « pour assister au bien et à l’invocation des musulmans » (al-Bukhârî et Muslim, d’après Umm ’Atiyya).
- Le matin de l’Aïd el-Fitr, il mangeait des dattes en nombre impair avant de sortir ; le jour du Sacrifice, il ne mangeait pas avant la prière (al-Bukhârî ; al-Tirmidhî). Il changeait de chemin au retour (al-Bukhârî).
- La zakât al-fitr se verse avant la prière de l’Aïd el-Fitr, « pour purifier le jeûneur et nourrir les pauvres » (Abû Dâwûd) ; le sacrifice se fait après la prière de l’Aïd el-Adhâ : « celui qui a égorgé avant la prière, que ce soit pour lui de la viande ; qu’il recommence » (al-Bukhârî et Muslim).
- Les trois jours qui suivent le Sacrifice, les jours de Tashrîq, « sont des jours où l’on mange, l’on boit et l’on se rappelle Allah » (Muslim). On n’y jeûne pas, ni les deux jours de fête (al-Bukhârî et Muslim).
Ce qu’en disent les savants
- La prière de l’Aïd est une sunna fortement recommandée selon Mâlik et al-Shâfi’î, une obligation collective selon Ahmad, et une obligation individuelle selon Abû Hanîfa ; elle se fait entre le lever du soleil et le milieu du jour.
- Le sacrifice est une sunna fortement recommandée pour qui en a les moyens (Mâlik, al-Shâfi’î, Ahmad) ; obligatoire selon Abû Hanîfa. Un mouton par foyer suffit, et l’on en mange, l’on en offre et l’on en donne aux pauvres. On ne sacrifie qu’une bête saine et ayant l’âge requis.
- Les sunnas du jour : le grand lavage, les plus beaux vêtements, le parfum pour les hommes, le takbîr à voix haute en chemin, la joie manifeste, les visites, les jeux permis — les Abyssins jouèrent de la lance dans la mosquée du Prophète ﷺ, et il dit : « Que les juifs sachent qu’il y a dans notre religion de la largesse » (Ahmad).
- Se souhaiter la fête : les Compagnons se disaient taqabbala-Llâhu minnâ wa minka, « qu’Allah accepte de nous et de toi » (rapporté par al-Bayhaqî, et jugé bon par Ibn Hajar).
- Ce qui n’est pas de la fête : y ajouter des rites que la Sunna ne connaît pas, s’y ruiner, y négliger les prières, ou y couper les liens qu’on devrait renouer.
Sources
Coran : 2, 185 ; 37, 102-107 ; 108, 2. Hadith : Abû Dâwûd et al-Nasâ’î (les deux jours) ; al-Bukhârî et Muslim (la prière à la musallâ ; Umm ’Atiyya ; le sacrifice après la prière ; le jeûne des jours de fête) ; al-Bukhârî (les dattes ; le changement de chemin) ; al-Tirmidhî (ne pas manger avant le sacrifice) ; Abû Dâwûd (la zakât al-fitr) ; Muslim (les jours de Tashrîq) ; Ahmad (les Abyssins) ; al-Bayhaqî (le souhait des Compagnons). Jurisprudence : Ibn Abî Zayd al-Qayrawânî, al-Risâla, chapitre des deux fêtes ; Ibn Rushd, Bidâyat al-mujtahid ; Ibn Hajar, Fath al-bârî, livre des deux fêtes.