رَكْعَة · سُجُود
Rak’a · sujûd
Prononciation : rak-’a · sou-joûd
Une unité de prière ; la prosternation, front au sol
La prière se compte en unités, et chaque unité culmine dans la prosternation : le front, le nez, les mains, les genoux et les orteils au sol. C’est la posture que le diable refusa devant Adam, et celle où le serviteur est le plus proche de son Seigneur.
La langue : se courber, s’abaisser
Rak’a vient de r-k-’, se courber : la rak’a est d’abord l’inclinaison (rukû’), puis, par extension, toute l’unité de prière qui la contient — la station debout, l’inclinaison, le redressement, les deux prosternations et la position assise entre elles. Une prière compte deux, trois ou quatre unités.
Sujûd vient de s-j-d, se prosterner, s’abaisser jusqu’au sol. Le Coran l’emploie pour tout ce qui se soumet à Allah : « Ne vois-tu pas que se prosternent devant Allah ceux qui sont dans les cieux et sur la terre, le soleil, la lune, les étoiles, les montagnes, les arbres, les bêtes, et beaucoup d’hommes ? » (22, 18). La prosternation des créatures inertes est leur soumission ; celle de l’homme est un choix.
Dans le Coran
- L’ordre : « Ô vous qui croyez, inclinez-vous, prosternez-vous, adorez votre Seigneur et faites le bien » (22, 77).
- Le refus d’Iblîs : « Quand Nous dîmes aux anges : prosternez-vous devant Adam, ils se prosternèrent, sauf Iblîs, qui refusa et s’enfla d’orgueil » (2, 34). La prosternation est l’acte même de l’humilité ; l’orgueil est son contraire.
- La proximité : « Prosterne-toi et rapproche-toi » (96, 19) — le dernier verset de la première sourate révélée.
- La marque des croyants : « Tu les vois inclinés, prosternés, recherchant la grâce et l’agrément d’Allah ; leur marque est sur leurs visages, par la trace de la prostration » (48, 29).
Dans la Sunna : le moment le plus proche
- « Le serviteur n’est jamais plus proche de son Seigneur que lorsqu’il est prosterné : multipliez alors l’invocation » (Muslim, d’après Abû Hurayra).
- Rabî’a ibn Ka’b servait le Prophète ﷺ, qui lui dit : « Demande. » Il demanda d’être son compagnon au Paradis. « Aide-moi donc à cela, en multipliant les prosternations » (Muslim).
- « Tu ne fais pas une prosternation devant Allah sans qu’Allah t’élève d’un degré par elle et n’efface par elle une faute » (Muslim, d’après Thawbân).
- « Il m’a été ordonné de me prosterner sur sept os : le front — et il montra son nez —, les deux mains, les deux genoux et l’extrémité des deux pieds » (al-Bukhârî et Muslim).
- Dans la prosternation, on dit subhâna rabbiya-l-a’lâ, « gloire à mon Seigneur, le Très-Haut » (Muslim), et l’on invoque.
- Au Jour dernier, les croyants se prosterneront devant leur Seigneur, et le dos des hypocrites se raidira sans pouvoir se plier (al-Bukhârî et Muslim) — c’est le sens de « le jour où l’on découvrira le Jarret et qu’ils seront appelés à se prosterner, et ne le pourront pas » (68, 42).
Ce qu’en disent les savants : les prosternations hors de la prière
- La prosternation de récitation (sujûd at-tilâwa) : en quatorze passages du Coran, dit Mâlik — quinze selon d’autres —, celui qui récite ou écoute se prosterne. « Quand le fils d’Adam récite un verset de prosternation et se prosterne, le diable se retire en pleurant : on lui a ordonné de se prosterner, il s’est prosterné, à lui le Paradis ; on m’a ordonné de me prosterner, j’ai refusé, à moi le Feu » (Muslim).
- La prosternation de l’oubli (sujûd as-sahw) : deux prosternations qui réparent une omission ou un ajout par inattention dans la prière ; avant la salutation pour l’omission, après pour l’ajout, selon l’enseignement de Mâlik.
- La prosternation de remerciement (sujûd ash-shukr) : à l’annonce d’une bonne nouvelle, le Prophète ﷺ se prosternait ; al-Shâfi’î et Ahmad la recommandent, Mâlik la tenait pour réprouvée hors de la prière, préférant qu’on remercie par une prière de deux unités.
- On ne se prosterne que devant Allah : le Prophète ﷺ dit à Mu’âdh, qui s’était prosterné devant lui en revenant de Syrie : « Si je devais ordonner à quelqu’un de se prosterner devant un autre, j’ordonnerais à la femme de se prosterner devant son mari » (al-Tirmidhî) — c’est-à-dire : à personne.
Sources
Coran : 2, 34 ; 22, 18 ; 22, 77 ; 48, 29 ; 68, 42 ; 96, 19. Hadith : Muslim (le moment le plus proche ; Rabî’a ibn Ka’b ; Thawbân ; le diable qui pleure ; la formule de la prosternation) ; al-Bukhârî et Muslim (les sept os ; le Jour de la prosternation) ; al-Tirmidhî (Mu’âdh). Jurisprudence : Ibn Abî Zayd al-Qayrawânî, al-Risâla ; Corentin Pabiot, Précis de fiqh malikite (éléments de la prière, prosternations de l’oubli et de récitation) ; Ibn Rushd, Bidâyat al-mujtahid (la prosternation de remerciement).