Adhan et iqama : l’appel à la prière

Vocabulaire des musulmans·En profondeur

الأَذَان · الإِقَامَة

Al-adhân · al-iqâma

Prononciation : al-a-dhân · al-i-qâ-ma

L’annonce de l’heure de la prière ; l’annonce de son commencement

Racineأ ذ ن (’-dh-n)faire savoir, annoncer ; de la même racine, udhun, l’oreille, et idhn, la permission
Racineق و م (q-w-m)se dresser, établir ; l’iqâma fait « se lever » la prière
En bref

Cinq fois par jour, une voix rappelle à toute une ville que le moment est venu. L’adhân est né d’un rêve de Compagnon, confirmé par le Prophète ﷺ, et sa première voix fut celle de Bilâl, l’ancien esclave. Ses quinze mots contiennent toute la foi.

La langue : faire entendre

La racine ’-dh-n dit ce qui parvient à l’oreille (udhun) : annoncer, faire savoir. Le Coran l’emploie ainsi : « Et une annonce (adhân) de la part d’Allah et de Son Messager aux gens, le jour du grand pèlerinage » (9, 3). L’adhân est donc, littéralement, la proclamation. La Loi en a fait l’appel qui annonce l’entrée de l’heure de la prière.

L’iqâma, de la racine q-w-m, est ce qui fait « se lever » la prière : le second appel, plus bref et plus rapide, qui annonce qu’elle commence. Le Coran emploie sans cesse le même verbe : aqîmû-s-salât, « établissez la prière ».

Comment l’adhân est né

À Médine, les musulmans se réunissaient pour la prière sans qu’on les appelle. Ils en discutèrent : les uns proposèrent une cloche comme les chrétiens, d’autres une corne comme les juifs. ’Umar dit : « Ne pourriez-vous pas envoyer un homme qui appelle à la prière ? » Et le Prophète ﷺ dit : « Ô Bilâl, lève-toi et appelle à la prière » (al-Bukhârî et Muslim, d’après Ibn ’Umar).

Les mots eux-mêmes furent vus en rêve par ’Abd Allâh ibn Zayd al-Ansârî : un homme portant une cloche lui apparut, refusa de la lui vendre, et lui enseigna les paroles de l’appel. Le Prophète ﷺ dit : « C’est un rêve véridique, si Allah le veut. Lève-toi avec Bilâl, dicte-lui ce que tu as vu, et qu’il l’appelle, car il a la voix plus forte que toi. » ’Umar arriva en courant : « Par Celui qui t’a envoyé avec la vérité, j’ai vu la même chose ! » (Abû Dâwûd, Ibn Mâja, al-Tirmidhî).

Ainsi le premier muezzin de l’islam fut Bilâl, l’esclave abyssin torturé à La Mecque pour sa foi. Le jour de la conquête, c’est lui qui monta sur la Ka’ba pour appeler — et des notables qurayshites en furent humiliés, avant de se convertir.

Les paroles, et ce qu’elles disent

  • Allâhu akbar (quatre fois) : Allah est plus grand — que ce qui t’occupe en ce moment.
  • Ashhadu an lâ ilâha illa-Llâh (deux fois) : j’atteste qu’il n’y a de divinité qu’Allah.
  • Ashhadu anna Muhammadan rasûlu-Llâh (deux fois) : j’atteste que Muhammad est le Messager d’Allah.
  • Hayya ’ala-s-salât (deux fois) : venez à la prière. Hayya ’ala-l-falâh (deux fois) : venez à la réussite.
  • Allâhu akbar (deux fois), lâ ilâha illa-Llâh.
  • À l’aube, on ajoute : as-salâtu khayrun mina-n-nawm, « la prière vaut mieux que le sommeil ».

Les savants relèvent l’ordre des paroles : la grandeur d’Allah d’abord, puis l’attestation de foi, puis l’appel, puis de nouveau la grandeur, comme un cercle qui s’ouvre et se ferme sur Allah. L’iqâma reprend les mêmes mots, une seule fois chacun selon Mâlik et al-Shâfi’î, deux fois selon Abû Hanîfa, avec en plus qad qâmati-s-salât, « la prière est établie ».

Dans la Sunna : répondre à l’appel

  • « Quand vous entendez l’appel, dites ce que dit le muezzin » (al-Bukhârî et Muslim) — sauf à « venez à la prière », où l’on répond : lâ hawla wa lâ quwwata illâ bi-Llâh (Muslim).
  • Puis on prie sur le Prophète ﷺ, et l’on dit : « Ô Allah, Seigneur de cet appel parfait et de la prière qui va être établie, accorde à Muhammad l’intercession et la faveur, et élève-le au rang loué que Tu lui as promis. » Celui qui le dit obtient l’intercession du Prophète ﷺ au Jour de la Résurrection (al-Bukhârî, d’après Jâbir).
  • « Entre l’adhân et l’iqâma, l’invocation n’est pas rejetée » (Abû Dâwûd, al-Tirmidhî).
  • « Les muezzins seront ceux qui auront le cou le plus long au Jour de la Résurrection » (Muslim) — les plus visibles, les plus honorés.
  • « Quand on appelle à la prière, le diable s’enfuit en lâchant des vents pour ne pas entendre l’appel » (al-Bukhârî et Muslim).
  • Quand le Prophète ﷺ entendait l’adhân d’un village qu’il s’apprêtait à attaquer, il s’abstenait (Muslim) : l’appel était la marque des croyants.

Ce qu’en disent les savants

L’adhân est une sunna de la communauté, que les juristes tiennent pour une obligation collective dans chaque ville où l’on prie en groupe ; il se dit en arabe, debout, tourné vers la Qibla, d’une voix forte. En terre non musulmane, on l’appelle à voix modérée dans la mosquée ou chez soi ; il n’est pas une condition de validité de la prière, mais celui qui prie seul est aussi invité à le dire — « il n’est pas un djinn, un homme, ni une chose qui entende la voix du muezzin sans témoigner pour lui au Jour de la Résurrection » (al-Bukhârî). On le murmure à l’oreille du nouveau-né, pour que les premiers mots qu’il entende soient ceux-là.

Sources

Coran : 9, 3 ; 62, 9. Hadith : al-Bukhârî et Muslim (« ô Bilâl, lève-toi » ; répéter les paroles du muezzin ; le diable s’enfuit) ; Abû Dâwûd, al-Tirmidhî, Ibn Mâja (le rêve de ’Abd Allâh ibn Zayd) ; al-Bukhârî (l’invocation après l’appel ; ce qui entend le muezzin) ; Muslim (la réponse à « venez à la prière » ; le cou des muezzins ; le village épargné) ; Abû Dâwûd et al-Tirmidhî (l’invocation entre les deux appels). Sîra : Ibn Hishâm. Jurisprudence : Ibn Abî Zayd al-Qayrawânî, al-Risâla ; al-Nawawî, al-Majmû’.