VII. Le savoir acheté : quand la réponse a un sponsor

L’arbre de l’éternité · Chapitre 7 sur 12

VII. Le savoir acheté : quand la réponse a un sponsor

Transhumanisme, intelligence artificielle et la fin de la transmission

Les faits

Depuis février 2026, OpenAI diffuse des annonces publicitaires dans ChatGPT, d’abord aux États-Unis, puis, depuis le 24 août 2026, dans trente et un pays européens dont la France. Le 16 septembre 2026, l’entreprise a annoncé tester des « agents sponsorisés » : après une publicité, l’utilisateur peut dialoguer avec une IA payée par la marque. OpenAI promet que les annonces n’influencent pas les réponses. Peut-être. Mais autour de cette promesse s’est déjà bâtie une industrie entière, le GEO (Generative Engine Optimization), dont l’objet est de faire citer une marque non pas à côté de la réponse, mais dedans. Des agences vendent ce service en France. Le principe est simple : les modèles apprennent sur le web ; celui qui produit le plus de texte sur un sujet façonne la réponse. Inonder le réseau est devenu une stratégie. En 2025, un rapport de NewsGuard montrait que des réseaux de propagande avaient réussi, en publiant des millions d’articles, à faire répéter leurs récits par les principaux chatbots.

Ce qui vaut pour les marques et les États vaudra pour les religions. Dans dix ans, « l’islam » que connaîtra la machine sera la moyenne statistique de ce qui aura été publié le plus abondamment, et non de ce qui a été transmis le plus fidèlement. Les sectes et les courants les mieux financés y auront le poids de leur budget, non celui de leurs preuves. Déjà, les chatbots inventent des hadiths avec des références qui n’existent pas, et des musulmans les partagent.

Les années trompeuses

Le Prophète ﷺ a annoncé : « Viendront sur les gens des années trompeuses, où le menteur sera cru et le véridique traité de menteur, où le traître sera considéré comme digne de confiance et l’homme de confiance comme traître, et où parlera le ruwaybida. » On demanda : « Qu’est-ce que le ruwaybida ? » Il répondit : « L’homme insignifiant qui se prononce sur les affaires de tous » (Ibn Mâjah, Ahmad ; jugé authentique par plusieurs savants). Un système qui répond avec la même assurance à toute question, sans avoir jamais appris auprès de personne, sans crainte de Dieu et sans responsabilité, est le ruwaybida industrialisé.

La réponse sunnite : la chaîne avant la parole

Face au savoir inondé, l’islam possède l’invention la plus sous-estimée de l’histoire humaine : l’isnâd. « Cette science est religion ; regardez donc de qui vous prenez votre religion », disait Ibn Sîrîn (introduction du Sahîh de Muslim). « La chaîne de transmission fait partie de la religion ; sans elle, quiconque dirait ce qu’il veut », disait ʿAbdullâh ibn al-Mubârak (même source). La science des hommes (ʿilm ar-rijâl), la critique et l’accréditation des transmetteurs (al-jarh wa-t-taʿdîl), sont le seul protocole jamais conçu pour faire traverser les siècles à des paroles en résistant aux faussaires, douze siècles avant qu’on ne parle de « chaînes de blocs ».

La différence tient en une phrase. La machine vous donne une réponse sans chaîne ; le muhaddith vous donne une chaîne avant la réponse. Le premier réflexe d’un musulman devant une information religieuse n’est donc pas « que dit-elle ? » mais « de qui vient-elle ? ». Aucune quantité de pages ne remplace un homme connu pour sa mémoire, sa droiture et sa piété. Le Coran en fait d’ailleurs un devoir personnel : « Ne poursuis pas ce dont tu n’as aucune connaissance. L’ouïe, la vue et le cœur : de tout cela on sera interrogé » (17:36).

Le monde se scinde en deux

Il se scindera, mais pas comme on le croit. Pas entre humains et machines ; pas entre riches et pauvres. Entre ceux qui auront une chaîne et ceux qui n’auront qu’un flux. Un flux est classé par l’argent et le volume ; une chaîne est classée par des hommes dont on connaît la vie. Ceux qui réussiront la traversée seront ceux qui auront préservé la transmission orale, c’est-à-dire exactement le mode par lequel le Coran et la Sunna sont parvenus jusqu’à nous, et qui doit rester inchangé.