كَافِر · كُفَّار
Kâfir, pl. kuffâr
Prononciation : kâ-fir · kouf-fâr
« Celui qui recouvre » : qui rejette la foi après l’avoir connue
Un terme de doctrine, pas une insulte. Il décrit une situation devant Allah, non une valeur humaine — et l’appliquer à une personne précise relève des savants, avec des conditions strictes.
La langue : recouvrir la graine
La racine k-f-r signifie recouvrir, cacher. En arabe, on appelle kâfir le cultivateur, parce qu’il recouvre la semence de terre ; c’est le sens du verset : « … semblable à une pluie qui émerveille les cultivateurs (al-kuffâr) par sa végétation » (57, 20). La nuit est dite kâfir parce qu’elle recouvre les choses.
D’où le sens religieux : recouvrir la vérité après l’avoir connue, la refuser, en être ingrat. Le mot contient donc à la fois le rejet et l’ingratitude — et le Coran emploie la même racine pour l’ingratitude envers un bienfait : « Si vous êtes reconnaissants, Je vous accorderai davantage ; mais si vous êtes ingrats (kafartum), Mon châtiment est terrible » (14, 7).
Ce que le mot désigne
- Celui qui n’a pas la foi en Allah et en Son Messager ﷺ : c’est une description de la croyance, pas un jugement sur la valeur morale d’une personne. Il peut être honnête, généreux, bon voisin.
- Le Coran distingue les situations : les gens du Livre (juifs et chrétiens), à qui il reconnaît une Écriture, un statut et dont la nourriture et le mariage sont permis (5, 5) ; les associateurs ; les hypocrites, qui affichent l’islam et cachent le refus.
- Il distingue aussi ceux qui n’ont pas reçu le message : « Nous n’avons jamais châtié avant d’avoir envoyé un messager » (17, 15). Le sort de ceux à qui le message n’est pas parvenu clairement relève d’Allah.
La gravité d’accuser quelqu’un
- « Si un homme dit à son frère : ô mécréant !, l’un des deux le mérite » (al-Bukhârî, d’après Ibn ’Umar) : si celui qui est visé ne l’est pas, l’accusation retombe sur celui qui l’a prononcée.
- « Celui qui appelle un homme mécréant, ou qui dit : ô ennemi d’Allah !, alors qu’il ne l’est pas, cela revient sur lui » (Muslim, d’après Abû Dharr).
- Les savants posent que l’on peut dire d’une parole ou d’un acte qu’il constitue une mécréance, sans pour autant déclarer qu’une personne déterminée est sortie de l’islam : cela suppose que les conditions soient réunies — la connaissance, l’intention, l’absence de contrainte — et que les empêchements soient levés — l’ignorance, l’interprétation, la nouveauté dans la religion. C’est une affaire de juges et de savants, jamais de réseaux sociaux.
- Un usage, courant dans la rue, consiste à lancer « kouffar » comme une insulte. C’est un double tort : on abîme un terme du Coran, et l’on injurie des gens envers qui la justice et la bienveillance sont ordonnées.
Ce que l’islam ordonne envers les non-musulmans
- La justice et la bonté : « Allah ne vous défend pas d’être bienfaisants et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion et ne vous ont pas chassés de vos demeures. Allah aime les équitables » (60, 8).
- La piété filiale, même envers des parents qui appellent à l’association : « Accompagne-les ici-bas de façon convenable » (31, 15).
- La protection du voisin, du contrat et de la parole donnée : « Celui qui tue un homme protégé par un pacte ne sentira pas l’odeur du Paradis » (al-Bukhârî).
- L’invitation, non la contrainte : « Pas de contrainte en religion » (2, 256) ; « Appelle au sentier de ton Seigneur par la sagesse et la bonne exhortation » (16, 125).
Le Prophète ﷺ se leva au passage d’un cortège funèbre. On lui dit : « C’est un juif. » Il répondit : « N’est-ce pas une âme ? » (al-Bukhârî et Muslim). Le mot kâfir décrit un rapport à la Révélation ; il n’autorise ni le mépris, ni l’injustice, ni l’oubli de l’humanité de l’autre.
Sources
Coran : 2, 256 ; 5, 5 ; 14, 7 ; 16, 125 ; 17, 15 ; 31, 15 ; 57, 20 ; 60, 8. Hadith : al-Bukhârî (« ô mécréant » ; l’homme protégé par un pacte) ; Muslim (« ô ennemi d’Allah ») ; al-Bukhârî et Muslim (le cortège funèbre). Langue : Ibn Fâris, Maqâyîs al-lugha, et Ibn Manzûr, Lisân al-’Arab, racine k-f-r. Croyance et règles de l’accusation : al-Tahâwî, al-’Aqîda al-tahâwiyya ; al-Ghazâlî, Faysal al-tafriqa bayna l-islâm wa-l-zandaqa.