الآخِرَة · الجَنَّة · جَهَنَّم
Al-âkhira · al-janna · jahannam
Prononciation : al-â-khi-ra · al-jan-na · ja-han-nam
La vie dernière, le Jardin, la Géhenne
La croyance en l’au-delà n’est pas un décor : elle donne son sens à cette vie. Ce qui est perdu ici est rendu là-bas, ce qui est caché ici est révélé là-bas, et rien ne reste sans compte.
La langue : ce qui vient après, et ce qui est caché
Al-âkhira est le féminin d’âkhir, « le dernier » : sous-entendu ad-dâr al-âkhira, « la demeure dernière », par opposition à al-ûlâ ou ad-dunyâ, « la plus proche », « la plus basse » — car dunyâ vient de danâ, être proche et être vil.
Janna vient de la racine j-n-n, qui dit ce qui couvre et cache : le jardin y est nommé ainsi parce que ses feuillages recouvrent le sol. De la même racine viennent jinn, les êtres cachés à nos yeux, janîn, l’embryon caché dans le ventre, junûn, la folie qui voile la raison, et mijann, le bouclier qui protège. Le Paradis est donc, dans son nom même, ce qui demeure caché à la vue.
Jahannam désigne la Géhenne ; les lexicographes le rattachent à ce qui est sombre et profond, d’autres y voient un mot venu d’une langue voisine. Le Coran lui donne d’autres noms selon ses degrés : al-Hutama, as-Sa’îr, Saqar, Lazâ.
Dans le Coran
- Le renversement des valeurs : « Mais vous préférez la vie présente, alors que l’au-delà est meilleur et plus durable » (87, 16-17).
- Ce qui est vraiment la vie : « La demeure dernière est la vraie vie, s’ils savaient » (29, 64).
- Le Jardin : « Annonce à ceux qui croient et accomplissent de bonnes œuvres qu’ils auront des jardins sous lesquels coulent les ruisseaux » (2, 25) ; « Nul ne sait ce qu’on a réservé pour eux comme réjouissance pour les yeux » (32, 17).
- Le Feu : « Craignez le Feu dont le combustible est les hommes et les pierres, préparé pour les mécréants » (2, 24).
- Et la mesure exacte : « Quiconque fait le poids d’un atome de bien le verra, et quiconque fait le poids d’un atome de mal le verra » (99, 7-8).
Dans la Sunna
- « Allah a dit : J’ai préparé pour Mes serviteurs vertueux ce qu’aucun œil n’a vu, ce qu’aucune oreille n’a entendu, ce qui n’est jamais venu à l’esprit d’un homme » (al-Bukhârî et Muslim, hadith divin, d’après Abû Hurayra).
- La plus grande jouissance du Paradis n’est pas ce qu’on y mange : « Quand les gens du Paradis y seront entrés, Allah dira : voulez-vous quelque chose de plus ? … Alors Il lèvera le voile, et rien ne leur aura été donné de plus aimé que de regarder leur Seigneur » (Muslim, d’après Suhayb).
- Le Paradis compte cent degrés, et l’on demande le plus élevé, al-Firdaws (al-Bukhârî).
- Le Feu n’est pas éternel pour tous : les croyants qui y entrent pour leurs péchés en sortiront par l’intercession et par la miséricorde d’Allah — « Faites sortir du Feu celui qui a dit lâ ilâha illa-Llâh et qui a dans le cœur le poids d’un grain d’orge de bien » (al-Bukhârî et Muslim).
Ce qu’en disent les savants
Les savants rappellent que les descriptions du Paradis et du Feu sont réelles, et que ce que nous en percevons n’est qu’une approche : Ibn ’Abbâs disait qu’il n’y a du Paradis, dans ce monde, que les noms. On y croit sans prétendre en épuiser la nature.
Ils insistent aussi sur l’usage juste de cette croyance : elle ne sert ni à mépriser cette vie — « et n’oublie pas ta part en cette vie » (28, 77) —, ni à effrayer les gens jusqu’au désespoir. Le croyant marche entre la crainte et l’espoir, comme les deux ailes d’un oiseau ; et il sait que rien de ce qu’il aura enduré, donné ou perdu pour Allah ne sera perdu.
Sources
Coran : 2, 24-25 ; 28, 77 ; 29, 64 ; 32, 17 ; 87, 16-17 ; 99, 7-8. Hadith : al-Bukhârî et Muslim (« ce qu’aucun œil n’a vu » ; sortir du Feu) ; Muslim (le regard vers le Seigneur) ; al-Bukhârî (les cent degrés et al-Firdaws). Langue : Ibn Fâris, Maqâyîs al-lugha, racines ’-kh-r et j-n-n ; Ibn Manzûr, Lisân al-’Arab.