الشِّرْك
Ash-shirk
Prononciation : ach-chirk
« L’association » : donner à autre qu’Allah ce qui n’appartient qu’à Lui
Le contraire exact du tawhîd. C’est le seul péché dont le Coran dit qu’Allah ne le pardonne pas à celui qui meurt dessus — mais il est pardonné, entièrement, à qui revient à Lui de son vivant.
La langue : le mot du commerce
La racine sh-r-k est celle de l’association ordinaire : sharîk, l’associé dans une affaire ; shirka, la société. Le mot dit donc un partage de ce qui devrait être exclusif. Associer à Allah, c’est faire entrer un autre dans ce qui n’appartient qu’à Lui : Sa seigneurie, Son adoration, Ses noms.
Le Coran emploie l’image avec une force particulière : « Allah vous propose une parabole : y a-t-il, parmi vos esclaves, des associés qui partagent avec vous ce que Nous vous avons attribué, de sorte que vous soyez égaux ? » (30, 28). Personne n’accepterait cela pour son propre bien ; on le prétend pour Allah.
Dans le Coran
- « Allah ne pardonne pas qu’on Lui associe quoi que ce soit ; en dehors de cela, Il pardonne à qui Il veut » (4, 48 et 4, 116) — au sujet de celui qui meurt sans s’en être repenti.
- Luqmân dit à son fils : « Ô mon fils, ne donne pas d’associé à Allah, car l’association est une injustice immense » (31, 13).
- Il annule les œuvres : « Si tu associes, ton œuvre sera vaine » (39, 65).
- Et pourtant la porte reste ouverte : « Dis : ô Mes serviteurs qui avez commis des excès à votre propre détriment, ne désespérez pas de la miséricorde d’Allah : Il pardonne tous les péchés » (39, 53) ; et la sourate du Discernement promet le pardon à ceux qui invoquaient une autre divinité, puis se sont repentis (25, 68-70).
Dans la Sunna : le grand et le petit
Ibn Mas’ûd demanda : « Quel est le péché le plus grave ? » Le Prophète ﷺ répondit : « Que tu donnes à Allah un égal, alors que c’est Lui qui t’a créé » (al-Bukhârî et Muslim).
- L’association majeure fait sortir de l’islam : adorer un autre qu’Allah, l’invoquer dans ce dont Lui seul dispose, lui offrir un sacrifice, croire qu’une créature connaît l’invisible ou fait advenir le bien et le mal par elle-même.
- L’association mineure n’en fait pas sortir, mais elle est grave. Le Prophète ﷺ dit : « Ce que je crains le plus pour vous est l’association mineure. — Qu’est-ce donc ? — L’ostentation (ar-riyâ’) » (Ahmad, d’après Mahmûd ibn Labîd). Accomplir une adoration pour être vu en fait partie.
- En relèvent aussi : jurer par autre qu’Allah — « celui qui jure par autre qu’Allah a associé » (al-Tirmidhî, d’après Ibn ’Umar) —, porter une amulette pour écarter le mal, croire qu’une chose porte bonheur ou malheur par elle-même, dire « ce qu’Allah a voulu et ce que tu as voulu » au lieu de « puis ce que tu as voulu » (Abû Dâwûd).
- La magie, la divination et le recours aux voyants : « Celui qui va trouver un devin et le croit a mécru en ce qui a été révélé à Muhammad » (Abû Dâwûd, al-Tirmidhî).
Ce qu’en disent les savants
Les savants insistent sur deux points que l’on oublie souvent :
- Le repentir efface tout, y compris l’association. Les Compagnons étaient païens avant l’islam ; leur entrée en islam a effacé ce qui l’avait précédé. Celui qui a pratiqué la magie, consulté des voyants ou invoqué un mort, et qui revient à Allah, est pardonné.
- On n’accuse pas les personnes à la légère. Dire qu’un acte est de l’association est une affaire de science ; déclarer qu’un musulman déterminé est sorti de l’islam en est une autre, qui relève des savants et connaît des conditions et des empêchements — l’ignorance, l’interprétation, la contrainte. Beaucoup de musulmans commettent par ignorance des choses graves sans être des associateurs.
Le meilleur remède est celui que le Prophète ﷺ enseignait : « Ô Allah, je cherche refuge auprès de Toi contre le fait de T’associer quoi que ce soit sciemment, et je Te demande pardon pour ce que je ne sais pas » (Ahmad).
Sources
Coran : 4, 48 ; 4, 116 ; 25, 68-70 ; 30, 28 ; 31, 13 ; 39, 53 ; 39, 65. Hadith : al-Bukhârî et Muslim (le plus grand péché) ; Ahmad (l’association mineure ; l’invocation contre l’association) ; al-Tirmidhî (jurer par autre qu’Allah) ; Abû Dâwûd et al-Tirmidhî (le devin) ; Abû Dâwûd (« ce qu’Allah a voulu, puis ce que tu as voulu »). Langue : Ibn Manzûr, Lisân al-’Arab, racine sh-r-k.