Réponses · Idéologies modernes · Relativisme · Partie IV/7
IV — Tolérance, respect et vérité
8. Sincérité, tolérance, respect : trois confusions
Le relativisme de politesse ne repose pas sur un raisonnement, mais sur trois confusions. Les dissiper suffit, le plus souvent, à le faire tomber — et à montrer qu’on peut affirmer une vérité unique sans rien retirer à personne.
Première confusion : la sincérité tiendrait lieu de vérité
« L’important, c’est d’y croire vraiment. » Mais la sincérité ne change rien à la réalité de ce qu’on croit. On peut prendre sincèrement un mauvais train : il arrivera à la mauvaise gare. On peut boire sincèrement un poison en le prenant pour un remède. La sincérité est une qualité de la personne ; la vérité est une qualité de la proposition. Le Coran distingue soigneusement les deux : il reconnaît aux gens du Livre une dévotion réelle — « parmi eux, une communauté droite récite les versets d’Allah aux heures de la nuit, en se prosternant » (3:113) — et il n’en conclut pas que leur doctrine sur Jésus soit vraie. La sincérité est requise pour être agréé ; elle ne suffit pas pour avoir raison. Nous verrons (§ 15) qu’elle compte, en revanche, dans la manière dont Allah juge les personnes.
Deuxième confusion : la tolérance exigerait le relativisme
Dans la langue courante, « tolérer » signifie souvent, simplement, accepter en paix une différence. Prenons le mot en ce sens : la tolérance civile consiste à renoncer à la contrainte, à l’injustice et à la violence contre ceux qui ne pensent pas comme nous. Elle n’exige nullement de tenir leurs croyances pour vraies. Elle exige même le contraire : on ne tolère que ce qu’on n’approuve pas — nul ne dit qu’il « tolère » son meilleur ami. La tolérance suppose le désaccord ; le relativisme le supprime. Si toutes les religions se valent, il n’y a plus rien à tolérer, mais il n’y a plus rien à discuter non plus : pourquoi expliquerais-je ma foi à quelqu’un qui me répond, par avance, que la sienne vaut autant ? Le relativisme ne produit pas le dialogue ; il le rend inutile.
Il est utile ici de distinguer trois attitudes que l’on confond sans cesse : convaincre, contraindre et coexister. Convaincre, c’est présenter des arguments et laisser l’autre les examiner. Contraindre, c’est imposer une croyance par la force. Coexister, c’est vivre avec des personnes dont les convictions diffèrent des nôtres. Dire « cette doctrine est fausse » n’est pas encore contraindre celui qui la professe ; dire « ma religion est vraie » n’implique pas de persécuter celui qui ne la partage pas. On peut donc tenir une conviction religieuse exclusive et défendre en même temps la liberté de conscience, la justice envers les non-musulmans et l’interdiction de la contrainte. Cinq choses restent ainsi séparées : la vérité d’une doctrine, la liberté de conscience, le respect de la personne, la liberté de discussion et les limites juridiques de la contrainte. Le désaccord intellectuel n’est pas en lui-même une violence, pas plus que la tolérance n’est une déclaration d’égalité entre toutes les doctrines.
L’islam a fondé la tolérance sur cette base précise : la conviction d’avoir raison, jointe à l’interdiction de contraindre.
لَا إِكْرَاهَ فِي الدِّينِ ۖ قَد تَّبَيَّنَ الرُّشْدُ مِنَ الْغَيِّ
« Nulle contrainte en religion ! Car le bon chemin s’est distingué de l’égarement. »
Coran, 2:256
Notez la logique du verset : c’est parce que la vérité est claire qu’on n’a pas besoin de forcer. La contrainte est le recours de ceux qui n’ont pas d’arguments ; celui qui est sûr de la vérité de ce qu’il dit n’a besoin que d’être entendu.
Troisième confusion : respecter une personne obligerait à approuver ses idées
C’est la plus répandue, et la plus paralysante, parce qu’elle rend tout désaccord offensant. Or l’islam sépare nettement les deux plans. Sur le plan des idées, le Coran est d’une franchise totale : « Ce sont certes des mécréants, ceux qui disent : “Allah est le troisième de trois” » (5:73). Sur le plan des personnes, il prescrit la justice, la bonté et la meilleure manière de discuter : « Ne discutez que de la meilleure façon avec les gens du Livre » (29:46) ; « Allah ne vous défend pas d’être bienfaisants et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion » (60:8). Le Prophète ﷺ a accepté l’invitation d’un juif à partager du pain d’orge, a reçu les chrétiens de Najrân dans sa mosquée, a visité un jeune juif malade à son chevet, et il est mort alors que son armure était en gage chez un juif de Médine.1 Il n’a jamais dit, pour autant, que leur doctrine était vraie.
Le Coran donne même le modèle de la courtoisie dans le désaccord. Il fait dire au Prophète ﷺ, s’adressant aux polythéistes : « Et nous sommes, nous ou vous, ou bien sur la bonne voie, ou bien dans un égarement manifeste » (34:24). Les commentateurs, dont Ibn Kathîr, y voient une manière équitable (insâf) de parler, qui amène l’adversaire à réfléchir — et non un aveu de doute, puisque le Prophète savait fort bien qui était sur la bonne voie.2 Voilà la différence : le croyant peut dire « l’un de nous se trompe » pour ouvrir la discussion ; le relativiste dit « personne ne se trompe » pour la fermer.
Notes
- Invitation d’un juif : Ahmad, Musnad, n° 13201 (chaîne jugée bonne) ; délégation de Najrân reçue dans la mosquée : Ibn Ishâq/Ibn Hishâm, al-Sîra al-nabawiyya, et Ibn al-Qayyim, Zâd al-ma‘âd, t. III ; visite du jeune juif malade : al-Bukhârî, n° 1356 ; armure en gage : al-Bukhârî, n° 2068. ↩
- Ibn Kathîr, Tafsîr al-Qur’ân al-‘azîm, commentaire de 34:24 ; il rapporte le mot de Qatâda : « Par Allah, il a été équitable envers eux. » ↩
Dossier publié le 20 septembre 2026 sur convertistoislam.fr.