Réponse à Cheikh Ali (3) — Religion d’amour, religion de paix

Réponses › Ex-musulmans · Cheikh Ali · volet 3/6

ʿĀʾisha, Uḥud, Kaʿb ibn al-Ashraf, Abū Rāfiʿ, ʿAlī à Ṣiffīn : les inversions de sujet et les récits amputés.

IV. « L’Islam, religion d’amour »

L’amour du Prophète (Bukhārī 15)

« Aucun de vous n’aura la foi tant que je ne lui serai pas plus cher que son père, son enfant et tous les hommes. » L’auteur parle d’« exigence idolâtre » envers « un cadavre décomposé depuis 1400 ans ». Trois remarques.

L’amour du Messager, dans tous les commentaires, est l’amour de ce qu’il apporte : un homme qui préfère son confort ou sa parenté à la vérité révélée n’a pas de foi complète. C’est une hiérarchie de valeurs, pas un culte de la personne — le Coran interdit qu’on l’adore (3:144 : « Muḥammad n’est qu’un messager ; des messagers avant lui sont passés. S’il meurt ou est tué, retournerez-vous sur vos talons ? »).

Ensuite, l’auteur cite en note Luc, Jean et Matthieu. Il aurait pu citer Luc 14:26 : « Si quelqu’un vient à moi et ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple. » Le hadith est, comparativement, d’une grande douceur.

Enfin, « un cadavre décomposé » : le trait est de ceux qui blessent un milliard de personnes pour faire sourire trois abonnés. On en prend acte.

L’amour de la vérité (Salmān)

Comme on l’a vu dans l’article d’introduction : le livre cite lui-même la critique interne d’Ibn Kathīr, ce qui suffit à réfuter sa thèse générale.

L’amour d’Allah : éternuements, bâillements, Khubayb

Le hadith des éternuements et des bâillements (Bukhārī 6223) est un hadith de savoir-vivre : l’éternuement, signe de vitalité, appelle une louange ; le bâillement, signe de langueur, doit être contenu — « qu’il y mette la main » — exactement comme dans le manuel de bonnes manières de n’importe quelle grand-mère française. L’auteur y consacre une page de physiologie du bâillement. Nous saluons l’effort.

Khubayb ibn ʿAdī, capturé par traîtrise, crucifié à La Mecque : le récit est dans Bukhārī 3045. La femme qui l’a gardé témoigne : « Je n’ai jamais vu de captif meilleur que Khubayb » — il demande un rasoir pour se préparer à mourir (l’istiḥdād, toilette de propreté rituelle, non une coquetterie), rassure la mère du nourrisson venu s’asseoir sur ses genoux, prie deux unités avant l’exécution (« si je ne craignais que vous pensiez que je cherche à gagner du temps, j’aurais prié plus longtemps »), et compose des vers. L’auteur le rebaptise en homme qui « se rase les c… ». Cela dit tout de la différence entre son regard et celui de la femme qurayshite qui l’a vu mourir.

L’amour des femmes (Muslim 1403)

« La femme avance sous la forme d’un démon et se retire sous la forme d’un démon ; si l’un de vous voit une femme qui lui plaît, qu’il aille vers son épouse : cela repoussera ce qu’il a dans le cœur. » L’image du démon signifie que la tentation opère comme le tentateur (al-Nawawī) ; le remède est de ramener le désir vers le foyer. C’est mot pour mot 1 Corinthiens 7:9 : « Il vaut mieux se marier que de brûler. » L’auteur tourne en « tremper sa grosse banane ». Il note aussi que la femme aperçue était « entièrement couverte d’un voile » — ce qui ne figure pas dans le hadith et contredit son propre chapitre sur le voile, où il prétend que le voile n’a été révélé qu’à cause de Sawda. Il faudrait choisir.

L’amour des hommes

Sawwād ibn Ghaziyya embrassant le ventre du Prophète ﷺ avant Badr, Usayd ibn Ḥuḍayr embrassant son flanc : deux scènes de tendresse guerrière, comme il y en a chez Homère, dans la Bible (David et Jonathan) et dans toute société où les hommes s’embrassent sans y voir de malice. Le livre les ouvre par une parodie de conférence de presse et les truffe de « no homo » et de « UwU ». On dira, sans ironie, que ce qui est projeté sur ces textes appartient à celui qui projette.

L’amour des enfants : ʿĀʾisha

Nous ne ferons pas comme l’auteur ; nous prenons le sujet au sérieux, parce qu’il l’est.

Ce que disent les textes. Les rapports de Bukhārī et Muslim donnent six ans pour le contrat, neuf ans pour la cohabitation. Il existe une argumentation, reposant sur des données d’Ibn Ḥajar (âge d’Asmāʾ à sa mort, écart avec sa sœur) et sur la chronologie de la conversion d’ʿĀʾisha, qui conclut à seize ou dix-neuf ans ; nous la mentionnons pour être complets, mais nous ne bâtirons pas là-dessus, car la majorité des transmissions dit neuf ans et ce site n’écarte pas les Ṣaḥīḥ quand ils dérangent.

Ce que le livre ne dit pas.

  1. L’époque. Le droit romain fixait la nubilité des filles à douze ans ; le droit canon médiéval aussi ; Isabelle de Valois épousa Richard II d’Angleterre à six ans (1396) ; Marguerite Beaufort accoucha du futur Henri VII à treize ans ; le Code civil français de 1804 autorisait le mariage des filles à quinze ans, et les dispenses en dessous ; l’âge du consentement dans l’État du Delaware était de sept ans en 1880. Le livre juge le VIIe siècle arabe avec le Code pénal de 2025 sans jamais regarder ce que faisait le VIIe siècle ailleurs — ni le XIXe.

  2. Le critère. Ce que le livre appelle avec dégoût « corpulente et grosse » (Fatāwā hindiyya) est en réalité le critère juridique de la capacité physique (iṭāqa) : les juristes de toutes les écoles ont interdit la cohabitation avec une épouse non capable, sous peine de responsabilité pour le préjudice (ḍarar), et ont confié au juge le soin d’apprécier — c’est ce que décrit, à sa manière, le texte que l’auteur cite pour s’en moquer. Le droit classique a donc fait ce que faisait tout droit prémoderne : substituer un critère physiologique à un âge chiffré, faute d’état civil.

  3. Les faits médinois. Les adversaires du Prophète ﷺ lui ont tout reproché : le mariage avec Zaynab, le nombre de ses épouses, ses alliances. Personne — ni les hypocrites, ni les Juifs de Médine, ni les Qurayshites — n’a jamais objecté au mariage d’ʿĀʾisha, dont le père avait déjà promis la main à un autre. Une accusation que même les ennemis du temps ne portent pas est une accusation d’un autre temps.

  4. Le droit du refus. « La vierge ne peut être mariée sans son consentement, et son consentement est son silence » (Bukhārī 5136). Khansāʾ bint Khidhām, mariée par son père contre son gré, vit son mariage annulé par le Prophète (Bukhārī 5138). Les ḥanafites accordent à la mineure mariée par son tuteur l’option de la puberté (khiyār al-bulūgh) pour rompre le mariage. Et il existe, dès le IIe siècle de l’hégire, une école classique qui interdit purement et simplement le mariage des impubères : Ibn Shubruma, Abū Bakr al-Aṣamm, ʿUthmān al-Battī, dont Ibn Ḥazm rapporte les avis dans al-Muḥallā. « Les savants font consensus sur l’ignoble », écrit l’auteur. Ils ne font même pas consensus sur ce point.

  5. Le rêve. « Le Créateur de l’Univers lui en avait donné l’instruction dans un rêve » : le hadith (Bukhārī 5078) dit que le Prophète vit ʿĀʾisha en rêve, portée dans un tissu de soie, et dit : « Si cela vient de Dieu, Il le réalisera. » Ce n’est pas un ordre ; c’est une prémonition qu’il soumet à la volonté divine.

  6. La femme. ʿĀʾisha est devenue l’une des plus grandes juristes de l’islam, transmettant plus de deux mille hadiths, corrigeant les compagnons les plus éminents, contredisant ʿUmar, dirigeant une armée. Les hommes venaient de Koufa et de Damas pour l’interroger. Que l’auteur écrive « Aïsha (9 ans) » à chaque mention, y compris quand elle a quarante ou soixante ans, est une façon d’effacer cette femme. On appelle cela, en d’autres contextes, de la misogynie.

Sur la « période d’attente des petites filles non réglées » (65:4), le verset traite de toutes les femmes qui n’ont pas de règles, jeunes ou ménopausées, pour fixer le délai avant remariage ; il ne « légifère » aucune consommation. Sur la citation de Freud « validant » quoi que ce soit : nous laissons Freud à l’auteur.

Sources 2 – 0 Cheikh Ali.

V. « L’Islam, religion de paix »

Les débuts « paisibles » : Abū Lahab, les Anṣār bandits, la grotte

Abū Lahab protecteur. Le contresens le plus flagrant de la biographie. Le Prophète ﷺ fut protégé par Abū Ṭālib — c’est même ce qui explique l’« année de la tristesse » à sa mort. Abū Lahab, lui, suivait son neveu de tribu en tribu sur les foires (Dhū l-Majāz, ʿUkāẓ) pour crier derrière lui : « Ne l’écoutez pas, c’est un apostat, un menteur » (Musnad Aḥmad, al-Ṭabarī). Il est le seul contemporain nommément condamné dans le Coran. L’auteur en fait un oncle attendri qui « expliquait aux tribus que c’était le fou des Quraysh ».

Les Anṣār, « pillards, voleurs, violeurs rejetés par les autres tribus ». Aucune source. Les Aws et les Khazraj étaient les deux tribus sédentaires de Yathrib, agriculteurs et propriétaires de palmeraies, épuisés par une guerre civile (Buʿāth) qu’ils cherchaient à terminer. Le serment d’al-ʿAqaba fut un pacte de protection (« vous me défendrez comme vous défendez vos femmes et vos enfants »), pas une promesse de pillage. « Les deux voleurs » : l’auteur brode sur un surnom qu’il ne source pas. La « beuverie d’anthologie » : le serment fut prêté de nuit, en secret, par soixante-treize hommes et deux femmes ; on n’a jamais vu personne y boire.

« Mohamed passa trois ans à demander aux caravanes qui voudrait l’aider à exterminer les Quraysh. » Pendant treize ans à La Mecque, le Prophète ﷺ n’a pas frappé un coup, a interdit à ses compagnons de riposter, les a envoyés en Abyssinie pour les protéger, et a dit aux Qurayshites qui le rouaient : « Ô Dieu, pardonne à mon peuple, car ils ne savent pas » (Bukhārī 3477). La phrase « je viens vous apporter l’égorgement » (jiʾtukum bi-l-dhabḥ) est prononcée une fois, en réponse à des Qurayshites qui venaient de le menacer de mort — Ibn Isḥāq la donne comme un mot de défi, non comme un programme. Treize ans de non-violence ne pèsent rien dans le livre ; une phrase pèse trois pages.

La grotte de Thawr. L’auteur s’amuse des « pigeons et de l’araignée » (rapports faibles, comme Ibn Kathīr le signale) et du « méchoui ». Le Coran, lui, dit seulement : « Ne t’attriste pas, Dieu est avec nous » (9:40). Aucune araignée dans le Coran ni dans les Ṣaḥīḥ. Une fois de plus, l’auteur réfute le folklore et croit avoir réfuté la foi.

L’âne puant (Bukhārī 2691)

Le verset 49:9 (« si deux groupes de croyants se combattent, réconciliez-les ») fut révélé après une rixe née d’une insulte sur l’odeur d’un âne. Le livre : « qui aurait pu deviner qu’une alternative aux conflits serait… la paix ? » La réponse est : pas grand monde, à Médine, en 626, entre deux clans que la vendetta avait saignés pendant un siècle. Le Coran a transformé une bagarre en règle de droit : réconcilier, et si l’un des deux persiste, le combattre jusqu’à ce qu’il revienne à l’ordre de Dieu, puis réconcilier avec justice. L’auteur trouve cela évident. Il devrait le dire aux Balkans.

L’aveugle d’Uḥud

« Ils lui avaient fendu le crâne en deux… le trouèrent de flèches. » Ibn Hishām, que l’auteur dit citer : Mirbaʿ ibn Qayẓī, aveugle et hypocrite, jeta de la terre ; les compagnons voulurent le tuer ; le Prophète ﷺ dit : « Ne le tuez pas, il est aveugle du cœur et des yeux » ; Saʿd ibn Zayd le frappa de son arc et le blessa à la tête. Il ne fut pas tué. L’auteur l’a tué, puis en a tiré une « valeur législative qui perdure jusqu’à aujourd’hui ». Il n’y a ni cadavre ni loi.

« La paix par le Djihad » et « la mort au combat »

Le Prophète « à l’arrière, sous une tente, deux cottes de mailles ». À Badr, ʿAlī rapporte : « Quand le combat devenait rude, nous nous abritions derrière le Messager de Dieu, qui était le plus proche de l’ennemi » (Musnad Aḥmad). À Ḥunayn, seul sur sa mule blanche face à la débandade, il avance en criant : « Je suis le Prophète, ce n’est pas un mensonge » (Muslim 1776). À Uḥud, deux cottes de mailles et un casque, et le nez cassé, la joue ouverte, les dents brisées — ce n’est pas la tenue de quelqu’un qui reste à l’arrière.

Muslim 1876. L’auteur cite le vœu du Prophète ﷺ d’« être tué puis ressuscité puis tué encore » pour insinuer la couardise. Le début du hadith, coupé : « Si je ne craignais de peiner les croyants, et si j’avais de quoi les monter tous, je ne resterais derrière aucune expédition. » Le motif est l’absence de montures : il ne veut pas partir en laissant ceux qui n’ont pas de chameau. Le retournement est total.

Le butin. Le cinquième (8:41) est le budget de l’État : le Prophète, ses proches, les orphelins, les pauvres, le voyageur. Il mourut sans dinar, l’armure en gage, et sa fille Fāṭima n’hérita pas de lui (Bukhārī 3093 : « Nous n’avons pas d’héritiers ; ce que nous laissons est aumône »). Voilà pour « le butin qui remplit les poches de Mohamed ».

ʿUmayr ibn al-Ḥumām (Muslim 1901). Un homme qui jette ses dattes pour ne pas retarder sa charge dans une bataille où les musulmans sont un contre trois, et qui meurt en homme. « Mort stupide et insignifiante », écrit l’auteur, qui a la chance de n’avoir jamais eu à choisir. La « méthode pédagogique » d’endoctrinement qu’il décrit sur une page est de la psychologie de café : ʿUmayr n’a pas été « conditionné », il a demandé si le Paradis était grand comme le ciel et la terre, on lui a dit oui, il y a cru. Le « slip » et le « casque revendu » sont de l’auteur.

La « lâcheté » d’Uḥud

Abū Bakr « premier déserteur à arriver en ville ». Le rapport d’Ibn Isḥāq dit : kuntu awwala man fāʾa yawma Uḥud — « je fus le premier à revenir [vers le Prophète] le jour d’Uḥud ». Fāʾa signifie revenir, se rallier. Abū Bakr raconte ensuite qu’il vit un homme combattre pour protéger le Prophète, courut vers lui, et reconnut Abū ʿUbayda. L’auteur a traduit « le premier à revenir » par « le premier à fuir ». Ce n’est plus une erreur, c’est un renversement de sens.

Talḥa « succomba à ses blessures ». Talḥa ibn ʿUbaydallāh est mort en 656 à la bataille du Chameau, vingt-cinq ans après Uḥud, d’où il sortit avec une main paralysée et le titre, décerné par le Prophète, de « martyr vivant ». Le livre l’enterre en 625. Il enterre aussi, au passage, le hadith de Tirmidhī 3739 : « Celui qui veut voir un martyr marcher sur terre, qu’il regarde Talḥa. »

Le « bouclier humain ». Talḥa reçut les flèches de sa main pour protéger le visage du Prophète ﷺ (Bukhārī 3724). Le livre : « Le Prophète se plaqua contre le dos de Talḥa, l’utilisant comme bouclier humain. » Il y a dans l’histoire militaire un mot pour un homme qui protège son chef de son corps : on l’appelle une garde. L’auteur appelle cela de la lâcheté du protégé.

La grotte et Abū Sufyān. Il n’y a pas de grotte. Le dialogue (Bukhārī 3039, 4043) a lieu au pied de la montagne où les musulmans se sont regroupés, Abū Sufyān en contrebas. « Muḥammad est-il parmi vous ? — Ne répondez pas. — Ibn Abī Quḥāfa est-il là ? — Ne répondez pas. — Ibn al-Khaṭṭāb ? » ʿUmar n’y tient plus : « Tu mens, ennemi de Dieu, ils sont tous vivants ! » Abū Sufyān : « Gloire à Hubal ! » Le Prophète : « Répondez-lui ! — Que dire ? — Dieu est plus haut et plus glorieux. » Abū Sufyān : « Nous avons al-ʿUzzā et vous n’en avez pas. » Le Prophète : « Dieu est notre Maître, et vous n’avez pas de maître. » Puis Abū Sufyān s’en va en donnant rendez-vous à Badr l’année suivante — rendez-vous auquel il ne viendra pas. Le « Prophète pitoyablement accroupi dans l’ombre » est un décor de l’auteur ; la scène réelle est celle d’un chef blessé qui reprend l’initiative verbale après une défaite.

Le Paradis « sous les pieds des mères » et « à l’ombre des épées ». Le second est un hadith authentique (Muslim 1902) ; le premier, dans cette forme, est un hadith faible — celui de Nasāʾī 3104 dit : « Reste auprès de ta mère, le Paradis est sous ses pieds », à un homme qui demandait à partir au combat. Loin de se contredire, les deux textes se complètent : le combat est méritoire, mais le soin d’une mère l’emporte sur lui. L’auteur y voit un problème d’anatomie.

Kaʿb ibn al-Ashraf, Ibn Sunayna, le berger, Abū Rāfiʿ, Khālid al-Hudhalī

Nous avons consacré à ces exécutions un dossier entier (« Kaʿb ibn al-Achraf et les autres : le Prophète faisait-il tuer ses critiques ? »), avec les textes, les contextes et le verrou juridique posé par la tradition contre toute justice privée. Nous n’y revenons que pour corriger le livre.

Kaʿb n’a pas été tué pour des « poèmes » : après Badr, il se rendit à La Mecque pour pousser Quraysh à la revanche, jura devant les dieux de combattre le Prophète ﷺ, revint à Médine composer des vers obscènes sur les femmes musulmanes et rompit ainsi le pacte de Médine dont il était signataire. Al-Bukhārī 4037 donne le motif : « il a nui à Dieu et à Son Messager » ; Ibn Isḥāq détaille l’incitation à la guerre. En 626, un chef de clan qui incite ouvertement l’ennemi à attaquer une cité en état de guerre est un combattant. Il fut tué par ruse par des hommes de sa parenté ; on peut trouver cela dur ; on ne peut pas l’appeler « terrorisme poétique ».

Ibn Sunayna et « les Juifs où qu’ils se trouvent ». Le mot du Prophète (« qui de vous tient un homme des Juifs, qu’il le tue », Abū Dāwūd, Kitāb al-kharāj) est rapporté dans le contexte de la rupture de pacte de Banū Naḍīr et de Qaynuqāʿ ; al-Khaṭṭābī et les commentateurs le lisent comme visant les hommes en guerre de ces tribus, non « les Juifs » comme catégorie — la preuve en est que des Juifs continuèrent de vivre à Médine, que le Prophète fit affaire avec eux jusqu’à sa mort, et que son armure était en gage chez l’un d’eux. L’histoire de Muḥayyiṣa et Ḥuwayyiṣa (Ibn Isḥāq) est racontée par la tradition pour illustrer une conversion ; le livre en fait « une méthode de prosélytisme par menace de mort ». Le récit ne comporte aucune menace de Muḥayyiṣa contre son frère.

Le berger borgne. ʿAmr ibn Umayya al-Ḍamrī, seul survivant du massacre de Biʾr Maʿūna (soixante-dix récitateurs musulmans tués par traîtrise), en mission pour éliminer Abū Sufyān (qui venait d’envoyer un assassin à Médine), tue un homme qui se vante de sa haine de l’islam. Ce que le livre ne dit pas : sur le chemin du retour, le même ʿAmr tua deux hommes des Banū ʿĀmir, croyant venger Biʾr Maʿūna ; or ces hommes avaient un sauf-conduit du Prophète ﷺ. Le Prophète dit : « Tu as tué deux hommes dont je dois payer le prix du sang » — et il le paya, ce qui déclencha l’affaire des Banū Naḍīr. Voilà un Prophète qui n’approuve pas les meurtres de ses hommes quand ils sortent du cadre, et qui les indemnise de sa poche. Le livre le connaît : il a lu la même page. Il l’a oubliée.

Abū Rāfiʿ (Sallām ibn Abī l-Ḥuqayq) n’est pas « le juif » : c’est le financier et l’instigateur de la coalition des Confédérés qui avait assiégé Médine avec dix mille hommes, et qui, selon Ibn Isḥāq, s’employait à en réunir une seconde avec les Ghaṭafān. L’histoire de son exécution par ʿAbdallāh ibn ʿAtīk (Bukhārī 4039) est racontée par le protagoniste lui-même, avec ses ratés — et c’est précisément ce qui la rend crédible. L’auteur trouve drôle que ʿAbdallāh soit myope et rate deux fois. Nous trouvons remarquable qu’un récit de commando rapporte ses propres échecs.

Khālid ibn Sufyān al-Hudhalī « rassemblait des hommes pour attaquer Médine » (Abū Dāwūd 1249). Le livre le cache et ne garde que le bâton.

« Les conventions de la guerre » : ʿAlī à Ṣiffīn

Le livre écrit qu’ʿAlī, pour survivre, « exposait ses bijoux de famille ». C’est ʿAmr ibn al-ʿĀṣ qui, désarçonné par ʿAlī à Ṣiffīn, dénuda sa nudité pour que ʿAlī, par pudeur, détourne le regard et l’épargne — ce qu’il fit (al-Ṭabarī, Ibn Kathīr, al-Bidāya). Busr ibn Arṭāt fit de même. L’auteur a lu que trois hommes s’étaient sauvés ainsi devant ʿAlī, et a conclu qu’ʿAlī l’avait fait devant trois hommes. Il a inversé l’agresseur et la victime. Nous n’y voyons pas de malveillance, seulement le niveau de lecture.

Les « artéfacts » : la lame qui rebondit, la lance, l’épée, la porte

ʿĀmir ibn al-Akwaʿ, blessé par le rebond de sa propre lame courte sur le genou (Bukhārī 4196) : l’auteur trouve la scène impossible ; tout escrimeur sait qu’une lame courte frappée sur un tibia ripe. Ḥamza : c’est lui qui cria « fils d’exciseuse » à Sibāʿ (dont la mère pratiquait l’excision à La Mecque) avant de le tuer, puis fut transpercé par Waḥshī ; le livre inverse. Dhū l-Fiqār et Abū Dujāna (Muslim 2470), la porte de Khaybar (rapport faible, signalé comme tel par Ibn Kathīr) : de la mémoire épique, que l’auteur croit réfuter en la trouvant épique.

Sources 3 – 0 Cheikh Ali.