Le jeûne de Ramadan · sommaire · Chapitre 9 sur 15
Ramadan ne transforme pas seulement l’individu. Il transforme une société entière, simultanément. Des millions de personnes connaissent volontairement la faim au même moment : le riche, le pauvre, le patron, l’employé, le professeur, l’élève, le commerçant, le client. Ils ne vivent évidemment pas les mêmes conditions matérielles, et les différences sociales ne disparaissent pas par miracle. Mais pendant la journée, tous découvrent une vérité corporelle commune : la faim fait mal.
L’empathie vécue
Celui qui a faim comprend mieux celui qui ne sait pas quand viendra son prochain repas. Celui qui boit enfin comprend mieux celui qui manque d’eau. Celui qui connaît la fatigue comprend mieux celui qui travaille dans des conditions difficiles. La compassion cesse d’être une idée pour devenir une expérience.
Mais Ramadan ne demande pas seulement de ressentir. Il demande de transformer le sentiment en acte. Et le modèle est le Prophète ﷺ lui-même, « plus généreux que le vent qui souffle » en Ramadan, selon la suite du hadith d’Ibn ‘Abbâs (Al-Bukhârî n° 6). La faim qui ne produit aucune générosité est une occasion manquée ; la faim qui ouvre la main devient miséricorde.
La main qui donne
مَنْ فَطَّرَ صَائِمًا كَانَ لَهُ مِثْلُ أَجْرِهِ، غَيْرَ أَنَّهُ لَا يَنْقُصُ مِنْ أَجْرِ الصَّائِمِ شَيْئًا
« Quiconque donne à un jeûneur de quoi rompre son jeûne obtient une récompense semblable à la sienne, sans que la récompense du jeûneur en soit diminuée. »
Rapporté par At-Tirmidhî (n° 807) et Ibn Mâjah (n° 1746) ; jugé authentique
La Loi a même institué, à la sortie du mois, une aumône obligatoire qui relie directement le jeûne au pauvre :
فَرَضَ رَسُولُ اللهِ ﷺ زَكَاةَ الْفِطْرِ طُهْرَةً لِلصَّائِمِ مِنَ اللَّغْوِ وَالرَّفَثِ، وَطُعْمَةً لِلْمَسَاكِينِ
« Le Messager d’Allah ﷺ a prescrit la zakât al-fitr comme purification du jeûneur pour ses paroles vaines et ses obscénités, et comme nourriture pour les pauvres. »
Rapporté par Abû Dâwûd (n° 1609) et Ibn Mâjah (n° 1827) ; jugé bon
Ainsi, le mois s’achève par un geste qui dit deux choses à la fois : mon jeûne n’était pas parfait — voici de quoi le purifier ; et mon voisin ne doit pas passer le jour de fête le ventre vide.
Une société qui se retrouve
Ramadan réunit ce que la vie moderne disperse. Une famille qui ne mangeait plus ensemble se retrouve à l’iftâr. Des voisins se connaissent. Des mosquées ouvrent leurs tables. Des personnes seules sont invitées. Des générations différentes se retrouvent autour du même calendrier spirituel. Des millions d’individus rompent le jeûne à la même minute : cet élan collectif crée un tissu de fraternité que peu de choses au monde produisent.
Puis l’Aïd vient fermer la boucle. Le mois commence par la maîtrise, se poursuit par la solidarité, s’achève par la joie.
L’islam ne veut pas une société triste parce qu’elle est pieuse. Il veut une société capable de se réjouir sans devenir esclave de sa joie.
Ce qu’il faut retenir
Ramadan est la seule discipline au monde où des millions de personnes s’imposent la même faim au même moment. Cette faim partagée est une école d’empathie — à condition qu’elle ouvre la main. Coran, nuit, main qui donne : les trois matières de l’école.
Dossier 4 sur 5 — Série « Les cinq piliers de l’islam » · convertistoislam.fr