Le jeûne de Ramadan · sommaire · Chapitre 6 sur 15
Le jeûne du ventre n’est que la première couche de l’école. Le Prophète ﷺ l’a dit avec une netteté qui ne laisse aucune place à l’illusion :
مَنْ لَمْ يَدَعْ قَوْلَ الزُّورِ وَالْعَمَلَ بِهِ فَلَيْسَ لِلَّهِ حَاجَةٌ فِي أَنْ يَدَعَ طَعَامَهُ وَشَرَابَهُ
« Quiconque n’abandonne pas la parole mensongère et son application, Allah n’a nul besoin qu’il laisse sa nourriture et sa boisson. »
Rapporté par Al-Bukhârî (n° 1903)
رُبَّ صَائِمٍ لَيْسَ لَهُ مِنْ صِيَامِهِ إِلَّا الْجُوعُ، وَرُبَّ قَائِمٍ لَيْسَ لَهُ مِنْ قِيَامِهِ إِلَّا السَّهَرُ
« Il est des jeûneurs qui n’ont de leur jeûne que la faim, et des veilleurs qui n’ont de leur veillée que l’insomnie. »
Rapporté par Ibn Mâjah (n° 1690) et Ahmad ; jugé authentique par Al-Albânî
Les trois degrés du jeûne
Les maîtres de la purification de l’âme ont décrit trois degrés. Ibn Qudâma al-Maqdisî les reprend dans son Mukhtasar Minhâj al-Qâsidîn, à la suite d’Al-Ghazâlî :
- Le jeûne du commun : s’abstenir de manger, de boire et des rapports conjugaux. C’est le minimum qui rend le jeûne valide.
- Le jeûne de l’élite : y ajouter le jeûne de la langue, du regard, de l’ouïe, des mains et des pieds — chaque membre s’abstenant du péché qui lui est propre.
- Le jeûne de l’élite de l’élite : le jeûne du cœur, qui s’abstient de toute préoccupation vile et de toute pensée qui éloigne d’Allah, jusqu’à ne plus se tourner que vers Lui.
Le premier degré remplit l’obligation ; les deux autres remplissent le but.
Le jeûne de la langue
S’abstenir du mensonge, de la médisance (ghîbah), du colportage (namîmah), de l’insulte et de la dispute. Si quelqu’un cherche la querelle, la réplique prophétique est un bouclier :
إِنِّي صَائِمٌ، إِنِّي صَائِمٌ
« Je suis en jeûne, je suis en jeûne. »
Muslim (n° 1151)
Ibn Rajab commente : le jeûneur qui médit rompt le jeûne de sa langue, et il est à craindre que ce qu’il a gagné par la faim, il le perde par la parole. Jâbir ibn ‘Abdillâh, le Compagnon, disait : « Quand tu jeûnes, que jeûnent ton ouïe, ta vue et ta langue, loin du mensonge et des péchés ; et ne fais pas de mal à ton serviteur. Que ton jour de jeûne ne soit pas semblable à ton jour ordinaire. »
Le jeûne des yeux et des oreilles
Détourner le regard des images illicites — qui n’ont jamais été aussi accessibles qu’aujourd’hui — et préserver l’ouïe de la calomnie et de la futilité. Un homme peut tenir sa faim toute la journée et laisser ses yeux se nourrir de tout ce qu’ils rencontrent ; il aura jeûné du ventre et festoyé du regard.
Le jeûne du cœur
Purifier le cœur de l’envie, de la rancœur, de l’orgueil et de l’ostentation. Le jeûne est secret par nature ; y mêler le désir d’être vu comme « quelqu’un qui jeûne bien » est la manière la plus subtile de le vider.
Voilà pourquoi le jeûne n’est pas une diète : une diète vise le corps. Le jeûne vise le cœur, et il passe par le corps parce que le corps est le chemin le plus court vers le cœur.
Un mot des anciens
On rapporte qu’un homme dit à Abû Hurayra — ou, selon d’autres, à un autre Compagnon — que le jeûne lui était pénible. Il répondit en substance : ce qui est pénible, ce n’est pas d’abandonner le pain ; c’est d’abandonner ce à quoi la langue et le regard se sont habitués. Le Compagnon avait compris ce que beaucoup de jeûneurs modernes n’ont pas encore vu : la faim n’est pas la partie difficile du jeûne.
Dossier 4 sur 5 — Série « Les cinq piliers de l’islam » · convertistoislam.fr