VII. La faim qui révèle — Gratitude et dépendance — Le jeûne de Ramadan (dossier 4/5)

SÉRIE « LES CINQ PILIERS DE L’ISLAM » · DOSSIER 4 SUR 5 · LE JEÛNE DE RAMADANVII. La faim qui révèleGratitude et dépendanceCHAPITRE 7 SUR 15

Le jeûne de Ramadan · sommaire  ·  Chapitre 7 sur 15

Il y a des bienfaits que l’on ne remarque qu’après leur disparition. L’eau en est un. Lorsque l’homme boit chaque fois qu’il a soif, l’eau devient presque invisible. Mais après une journée de jeûne, la première gorgée redevient extraordinaire — et l’homme découvre quelque chose qu’il savait intellectuellement et qu’il avait oublié intérieurement : il dépend d’Allah.

لَئِن شَكَرْتُمْ لَأَزِيدَنَّكُمْ

✦ « Si vous êtes reconnaissants, Je multiplierai certainement Mes faveurs envers vous. »

Coran 14:7

L’école de gratitude par la privation

On retire momentanément un bienfait pour que l’homme en redécouvre la valeur. L’eau n’est plus simplement de l’eau. Le pain n’est plus simplement du pain. La santé n’est plus simplement la santé. La famille autour de la table n’est plus une habitude. La liberté de boire quand on veut n’est plus invisible. Et le croyant comprend progressivement que les bienfaits qu’il possède chaque jour sont eux-mêmes des dons, qui peuvent lui être retirés — et qui, un jour, le seront.

Ibn Rajab compte, parmi les sagesses du jeûne, celle-ci : « le riche goûte la douleur de la faim, et il se souvient alors de celui qui n’a rien ». La compassion cesse d’être une théorie pour devenir une sensation physique partagée.

La faim du corps révèle une autre faim

Il y a une faim que la nourriture ne peut pas satisfaire. L’homme peut être rassasié et rester vide. Il peut avoir une maison et manquer de paix. Il peut avoir des amis et souffrir de solitude. Il peut posséder beaucoup et manquer de sens. Il peut nourrir son corps chaque jour et laisser son âme mourir de faim.

Ramadan inverse alors les priorités. Pendant la journée, le corps connaît la faim — mais le Coran est là pour nourrir le cœur, le dhikr est là pour nourrir le cœur, la prière, la nuit, la repentance, la générosité sont là pour nourrir le cœur. Ce n’est pas un hasard si le mois du jeûne est le mois du Coran : la nourriture de l’âme est servie exactement au moment où celle du corps est retirée.

Le corps est volontairement privé d’une partie de sa nourriture afin que l’homme se rappelle qu’il possède une âme — et qu’elle a, elle aussi, besoin d’être nourrie.

Le serviteur redevient serviteur

La faiblesse ressentie en fin de journée est une leçon de théologie vécue. L’homme moderne se croit autonome ; quelques heures sans eau lui rappellent qu’il ne tient que par ce qu’Allah lui donne. Cette fragilité n’humilie pas : elle replace. Elle rend au serviteur son rang de serviteur, et c’est dans ce rang qu’il trouve la paix.

وَإِذَا سَأَلَكَ عِبَادِي عَنِّي فَإِنِّي قَرِيبٌ ۖ أُجِيبُ دَعْوَةَ الدَّاعِ إِذَا دَعَانِ

✦ « Lorsque Mes serviteurs t’interrogent sur Moi : Je suis tout proche, Je réponds à l’appel de celui qui M’invoque. »

Coran 2:186

Ce verset est placé au cœur même des versets du jeûne. Les exégètes — Ibn Kathîr le souligne — y voient une indication : le jeûneur est particulièrement proche de l’exaucement, et le moment de la rupture est un moment d’invocation.

Ce qu’il faut retenir

La faim n’est pas une punition : c’est un révélateur. Elle révèle la valeur des dons, la détresse du pauvre, la faim de l’âme, et la dépendance totale de l’homme envers son Seigneur.

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