V. L’école de l’âme — Tazkiyat an-nafs — Le jeûne de Ramadan (dossier 4/5)

SÉRIE « LES CINQ PILIERS DE L’ISLAM » · DOSSIER 4 SUR 5 · LE JEÛNE DE RAMADANV. L’école de l’âmeTazkiyat an-nafsCHAPITRE 5 SUR 15

Le jeûne de Ramadan · sommaire  ·  Chapitre 5 sur 15

L’âme humaine s’habitue très vite. Elle s’habitue à manger quand elle veut, à regarder ce qu’elle veut, à parler comme elle veut, à répondre comme elle veut, à dormir quand elle veut, à acheter ce qu’elle veut, à satisfaire immédiatement ce qu’elle désire. Puis arrive Ramadan — et, soudain, l’homme découvre qu’il peut dire « pas maintenant » à ce qui, la veille, semblait irrésistible.

Le diagnostic coranique de l’âme

Le Coran établit une typologie précise de l’état intérieur de l’être humain — trois états, qui sont trois étapes :

  1. L’âme instigatrice du mal (an-nafs al-ammârah bis-sû’) — soumise aux pulsions, aux appétits désordonnés, à l’immédiateté.
  2. L’âme réprobatrice (an-nafs al-lawwâmah) — qui lutte, prend conscience de ses failles et se blâme pour se corriger.
  3. L’âme apaisée (an-nafs al-mutma’innah) — qui a trouvé la sérénité dans le souvenir d’Allah et la maîtrise des passions.

إِنَّ النَّفْسَ لَأَمَّارَةٌ بِالسُّوءِ إِلَّا مَا رَحِمَ رَبِّي

✦ « L’âme est, certes, instigatrice du mal — sauf celle à qui mon Seigneur fait miséricorde. »

Coran 12:53

وَلَا أُقْسِمُ بِالنَّفْسِ اللَّوَّامَةِ

✦ « Et J’en jure par l’âme qui ne cesse de se blâmer. »

Coran 75:2

يَا أَيَّتُهَا النَّفْسُ الْمُطْمَئِنَّةُ ارْجِعِي إِلَىٰ رَبِّكِ رَاضِيَةً مَّرْضِيَّةً

✦ « Ô toi, âme apaisée, retourne vers ton Seigneur, satisfaite et agréée. »

Coran 89:27-28

Toute la vie spirituelle consiste à faire passer l’âme du premier au troisième état. Et comment détrône-t-on la tyrannie des passions ? En lui refusant méthodiquement ce qu’elle exige. On ne raisonne pas un tyran intérieur : on lui coupe les vivres. Ibn al-Qayyim, dans Zâd al-Ma’âd, décrit le jeûne comme la bride de l’âme : il brise l’élan de la convoitise, calme les forces qui poussent au péché et rend à l’homme le gouvernement de lui-même.

Le véritable adversaire n’est pas la nourriture

La nourriture n’est pas l’ennemi. L’eau n’est pas l’ennemi. Le sommeil n’est pas l’ennemi. Le mariage n’est pas l’ennemi. Ce sont des bienfaits qu’Allah a créés, et Il n’a jamais demandé à l’homme de les haïr.

وَكُلُوا وَاشْرَبُوا وَلَا تُسْرِفُوا ۚ إِنَّهُ لَا يُحِبُّ الْمُسْرِفِينَ

✦ « Mangez et buvez, mais sans excès : Il n’aime pas ceux qui commettent des excès. »

Coran 7:31

Le problème apparaît lorsque le bienfait devient maître. Ramadan ne vient donc pas apprendre à l’homme à détester les plaisirs licites ; il vient lui apprendre à ne pas devenir leur esclave. La question n’est pas « est-ce que je possède cette chose ? » mais « est-ce que cette chose me possède ? »

  • Un téléphone est un outil ; si l’homme ne supporte plus quelques minutes sans le consulter, l’outil commande.
  • La nourriture est un bienfait ; si l’homme ne supporte plus une contrariété sans manger, l’appétit commande.
  • L’argent est un bienfait ; s’il devient la mesure de toute réussite, il commande.
  • Le regard est un bienfait ; s’il n’est plus capable de se détourner de l’interdit, il commande.

Ramadan arrive alors comme une révolution silencieuse : pendant quelques heures, l’homme dit à ses désirs « pas maintenant ». Et celui qui apprend à dire « pas maintenant » à une chose licite devient progressivement capable de dire « non » à une chose illicite. C’est là que la privation devient liberté.

Le renversement

Le monde appelle liberté le fait de céder à tout ce que l’on désire. Le Coran appelle liberté le fait de ne plus être commandé par ce que l’on désire. Ramadan est le mois où l’on fait l’expérience physique de la seconde définition.

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