← La foi aux anges — sommaire du dossier
1. Un pilier, pas un ornement
La foi aux anges n’est pas un supplément pittoresque réservé aux âmes sensibles. Elle figure dans toutes les énumérations coraniques des articles de foi, toujours à la même place :
« Le Messager a cru en ce qui lui a été révélé de la part de son Seigneur, de même que les croyants, tous ont cru en Allah, en Ses anges, Ses Ecritures et Ses Messagers, affirmant : « Nous ne faisons aucune différence entre Ses Messagers. » Disant encore : « Nous avons entendu Tes paroles et nous obéissons à Tes ordres. Nous implorons, Seigneur, Ton pardon. C’est à Toi que nous retournerons. » »
« Vous qui croyez ! Ayez toujours foi en Allah, en Son Messager, au Livre qu’Il a révélé à Son Messager et aux Ecritures qu’Il a révélées avant cela. Quiconque renie Allah, Ses anges, Ses Livres, Ses Messagers et le Jour dernier, s’est gravement écarté de la vérité »
Le second verset mérite qu’on s’y arrête, car il énonce la conséquence en toutes lettres. La négation des anges est nommée, spécifiquement, comme une rupture de la foi. Ce n’est pas une opinion théologique libre. Ibn Kathîr le confirme dans son commentaire : celui qui nie l’existence des anges a démenti Allah et Son Messager.
« La piété ne consiste aucunement à tourner son visage en direction du Levant ou du Couchant, mais à croire en Allah, au Jour dernier, aux anges, aux Livres révélés et aux prophètes […] »
Et dans la description coranique de la piété véritable, les anges apparaissent encore en deuxième position, entre Allah et les Livres. La structure est constante. Elle correspond à l’ordre logique de la transmission : Allah parle, l’ange porte, le prophète reçoit, le Livre demeure.
2. Le contenu obligatoire de cette foi
Que doit exactement croire un musulman ? Les savants distinguent deux degrés.
- La croyance globale (ijmâlan) : affirmer que les anges existent, qu’ils sont des créatures réelles d’Allah — non des symboles, des métaphores ou des forces psychiques —, qu’ils sont Ses serviteurs honorés, et qu’ils accomplissent les fonctions qu’Il leur confie. Ce degré est obligatoire pour tout musulman.
- La croyance détaillée (tafsîlan) : croire en tout ce qui est parvenu de façon authentique concernant leurs noms — Jibrîl, Mikâ’îl, Mâlik et les autres —, leurs attributs et leurs fonctions. Ce que les textes précisent, on le croit tel quel ; ce qu’ils taisent, on s’abstient d’inventer.
La seconde règle est aussi importante que la première, et elle sera l’un des fils rouges de ce dossier. La tradition populaire a beaucoup brodé sur les anges. Chaque fois que nous rencontrerons une broderie sans fondement, nous la signalerons — non par goût de la démolition, mais parce que la foi ne se nourrit que de ce qui est établi. Et parce que, très concrètement, le lecteur qui sait distinguer ne sera jamais ébranlé le jour où un contradicteur lui démolira une légende : il l’aura démolie avant lui.
3. Une définition de travail
Les anges — al-malâ’ika, pluriel dont le singulier malak renvoie selon les linguistes à la racine de l’envoi et du message (alûka) — sont des créatures d’Allah, créées de lumière, douées de vie, de science et de discernement, dépourvues de tout attribut de divinité, entièrement vouées à Son obéissance, ne Lui désobéissant jamais, et chargées par Lui de fonctions précises dans l’administration de la création et la transmission de la révélation.
Chaque terme de cette définition repose sur des textes que ce dossier va exposer. Notons dès maintenant ce qu’elle exclut : les anges ne sont ni des dieux subordonnés, ni des enfants d’Allah, ni des âmes de défunts promues, ni des symboles littéraires des forces naturelles, ni des énergies impersonnelles. Chacune de ces confusions existe ou a existé, et le Coran les combat toutes.
4. Pourquoi ce pilier vient en deuxième
L’ordre des six piliers suit la chaîne de la connaissance. On croit en Allah ; mais comment savons-nous de Lui autre chose que ce que la raison établit ? Par la révélation. Et comment la révélation arrive-t-elle ? Par un messager céleste vers un messager humain :
« que l’Esprit fidèle a fait descendre — dans ton cœur afin que tu sois de ceux qui avertissent l’humanité »
« Il fait descendre les anges de la Révélation sur ceux de Ses serviteurs qu’Il choisit, auxquels Il ordonne de mettre en garde les hommes et de leur rappeler que Lui seul doit être adoré et redouté »
L’ange est donc le premier maillon créé de la chaîne qui aboutit au Livre entre nos mains. C’est pourquoi l’ennemi de cette chaîne est déclaré ennemi d’Allah :
« Que celui qui est l’ennemi d’Allah, de Ses anges, de Ses Messagers, de Gabriel et de Michaël, sache qu’Allah est l’ennemi des mécréants »
Ibn Kathîr rapporte la cause de la révélation de ce verset : des rabbins de Médine déclarèrent que Jibrîl était leur ennemi parmi les anges — l’ange du châtiment selon eux — tandis que Mikâ’îl, porteur de la pluie et de la miséricorde, avait leur faveur. Le verset répond que l’on ne trie pas parmi les serviteurs d’Allah : l’hostilité envers l’un d’eux est une hostilité envers Celui qui l’envoie. Il y a là une leçon de cœur avant d’être une leçon de doctrine — on n’a pas d’ange préféré comme on a une équipe préférée. On les aime tous, parce qu’on aime Celui qui les envoie.