Dossier New Age · chapitre 9 sur 9
Les questions qu’on pose le plus souvent, la conclusion du dossier, et les sources classiques, les études et les œuvres New Age citées.
Le yoga est-il interdit ? Les étirements, la respiration et la relaxation sont des exercices physiques, permis. Ce qui pose problème, ce sont les éléments rituels : les mantras (« Om », noms de divinités), la salutation au soleil (qui est un rite de dévotion à Sûrya), le « namasté », les postures explicitement dévotionnelles, et la doctrine (union avec le « Tout », le moi illusion). Un musulman qui s’étire sur un tapis n’a rien fait de mal ; un musulman qui chante « Om » a récité un rite hindou. Al-Bîrûnî, au XIe siècle, classait déjà le yoga comme religion et non comme gymnastique.
Puis-je méditer ? Oui, à condition de savoir ce que vous faites. Respirer calmement, observer ses pensées, se poser : permis. Chercher le « vide », la « dissolution de l’ego », l’« union avec la Source », ou suivre une méditation guidée qui vous fait « visualiser une lumière » ou « rencontrer un guide » : non. Et la meilleure méditation du musulman a un nom : le dhikr, la prière avec recueillement, le tafakkur.
Le Prophète ﷺ ne méditait-il pas dans la grotte de Hirâ’ ? Il s’y consacrait à la dévotion (tahannuth) en cherchant son Seigneur, et cette période s’est achevée par une révélation venue de l’extérieur, non par un « éveil » venu de l’intérieur. Après quoi il n’est plus jamais retourné à la grotte : la méthode est devenue la prière.
Les cristaux sont-ils du shirk même si je crois que c’est Allah qui guérit ? Croire que la pierre agit par elle-même est du grand shirk. Croire qu’Allah guérit « par » la pierre, c’est attribuer à Allah une cause qu’Il n’a jamais établie, ni par la Révélation ni par l’expérience : c’est le petit shirk des amulettes, interdit par le hadith de l’anneau de cuivre. Dans les deux cas, on s’en débarrasse.
La loi d’attraction, n’est-ce pas simplement « bien penser d’Allah » ? Non. Bien penser d’Allah, c’est espérer Sa miséricorde et Sa réponse — quoi qu’Il décide. La loi d’attraction, c’est croire que ma pensée détermine ce qu’Il décide. Le premier est une adoration ; le second, une prétention.
Rûmî est-il New Age ? Rûmî était un juriste hanafite, un prédicateur et un soufi sunnite qui se disait serviteur du Coran. Le « Rûmî » des citations Instagram est une création américaine des années 1980-1990, traduite du persan vers l’anglais puis de l’anglais vers le français, avec l’islam retiré en chemin. Lisez-le dans une traduction faite sur le persan, avec le Mathnawî entier, et vous y trouverez le Coran à chaque page.
Le mauvais œil, ce n’est pas de l’« énergie négative » ? Le mauvais œil est réel (« l’œil est une vérité », Bukhari 5740), mais il n’est pas une « énergie » : c’est une atteinte que Allah fait survenir par le regard envieux, et dont le remède est légiféré (ruqya, ablutions de celui qui a jeté l’œil, invocations). Le pendentif en forme d’œil, la main de Fatma, la pierre « de protection » ne sont pas des remèdes, ce sont des amulettes.
Et les 99 Noms récités un certain nombre de fois pour obtenir quelque chose ? Invoquer Allah par Ses Noms est légiféré (7, 180) : on dit « Ô Pardonneur, pardonne-moi ». Réciter « Yâ Wadûd » mille fois pour qu’une personne tombe amoureuse, ou « Yâ Razzâq » trois cent treize fois pour l’argent, avec un nombre, un rituel et un résultat garanti, c’est faire d’un Nom un talisman. Aucun texte n’établit ces nombres, et l’intention n’est plus l’adoration mais l’opération.
L’eau de Zamzam ou l’eau sur laquelle on a lu le Coran, n’est-ce pas de l’« eau informée » à la Emoto ? La vertu de Zamzam est établie par la Sunna ; lire du Coran sur de l’eau que le malade boit est une pratique rapportée des Salafs et validée par des savants comme Ibn al-Qayyim. Dans les deux cas, l’effet vient d’un décret d’Allah lié à Sa parole, non d’une propriété physique de l’eau qui « lirait » les mots. Emoto n’a jamais rien prouvé ; la Sunna n’a pas besoin de lui.
Ho’oponopono, c’est juste demander pardon, non ? Demander pardon à ceux qu’on a blessés est une obligation en islam. Mais le Ho’oponopono moderne adresse ses quatre phrases « à la divinité intérieure » pour « effacer les mémoires » : c’est une prière, et elle a un mauvais destinataire. Faites le pardon, laissez la théologie.
Les synchronicités et les « signes », c’est du shirk ? Croire que rien n’arrive sans le décret d’Allah est de la foi. Lire dans une coïncidence un message personnel qui décide à votre place, c’est de la tiyara, interdite. La bonne réponse à une coïncidence est « al-hamdu lillâh », pas « l’Univers m’a parlé ».
Un musulman peut-il être coach ou thérapeute « holistique » ? Il peut être psychologue, médecin, kinésithérapeute, conseiller, avec un savoir vérifiable. Il ne peut pas vendre des « énergies », des « soins quantiques », des « nettoyages », des « lectures d’âme » ou des « guidances », parce qu’il vendrait du vent au mieux et de la divination au pire. Et le hadith sur le kâhin s’applique autant à celui qui consulte qu’à celui qui pratique.
La physique quantique ne prouve-t-elle pas que la conscience crée la réalité ? Non. L’« observateur » des expériences de physique est un appareil de mesure, pas une volonté ; l’intrication ne transmet aucune information ; et les effets quantiques disparaissent bien avant l’échelle d’une cellule, à plus forte raison d’une vie. Ceux qui vous disent le contraire vendent Mesmer avec un vocabulaire de laboratoire (voir III-E). Et quand bien même la matière obéirait à une pensée, ce ne serait pas la vôtre : « Quand Il veut une chose, Son commandement consiste à dire : Sois » (36, 82).
Ai-je le droit de « couper les ponts » avec une personne « toxique » ? L’islam connaît la distance de sécurité : on s’éloigne d’un homme violent, on ne fréquente pas celui qui vous entraîne au péché, on peut divorcer, porter plainte, se protéger. Mais il ne connaît pas la rupture pour convenance vibratoire. Le lien de parenté ne se coupe pas, même avec celui qui le coupe (Bukhari 5991) ; celui qui rompt avec un frère musulman plus de trois jours sans raison légitime est blâmé (Bukhari 6077) ; et le croyant qui supporte patiemment les nuisances des gens a plus de récompense que celui qui les fuit (Tirmidhi 2507). La question n’est donc pas « est-ce qu’il pèse sur mon énergie ? » mais « est-ce qu’il me nuit dans ma religion, ma sécurité ou ma dignité ? ». Si non, la patience est une adoration.
Mon enfant est « hypersensible », on m’a dit qu’il était « indigo » ou « starseed ». Qu’en penser ? Que votre enfant est un dépôt d’Allah, né sur la fitra comme tous les autres, et qu’aucune aura, aucune « origine stellaire » et aucune « vibration » ne le distingue des autres à la naissance (49, 13). S’il souffre, il a droit à un médecin, un orthophoniste ou un psychologue, pas à une étiquette qui flatte les parents et prive l’enfant de soins. Et s’il est doué, il a besoin d’humilité, pas d’être élevé dans l’idée qu’il appartient à une caste d’« éveillés ».
Conclusion
Le New Age n’est pas l’avenir de la spiritualité ; c’est le passé de l’idolâtrie avec une bande-son. L’Univers est le dahr des Arabes, les énergies sont le fluide de Mesmer, les guides sont les djinns des kuhhân, la Déesse est al-’Uzzâ, la loi d’attraction est un sermon américain sans Dieu, la réincarnation est le kardécisme, le karma est la caste, et le « Dieu en toi » est la plus vieille promesse du monde — celle que reçut Adam au pied de l’arbre. Contre tout cela, l’islam n’a rien à inventer : il a la Fâtiha.
Mais ce dossier ne serait pas honnête s’il ne disait pas aussi ceci : le succès du New Age est un jugement porté sur nous. Si des millions de gens cherchent le silence, la guérison, le sens, la nature, la gratitude et le pardon dans des stages à cinq cents euros, c’est aussi parce que nous n’avons pas su leur montrer que tout cela est dans la prière de l’aube, dans le Coran psalmodié, dans le jeûne, dans la ruqya, dans le dhikr du soir, dans une sourate méditée sous un arbre — gratuitement, et avec un Seigneur au bout. Que ce dossier serve à cela : non pas seulement à réfuter, mais à rendre visible ce que l’islam a toujours eu.
« N’est-ce pas par le rappel d’Allah que les cœurs s’apaisent ? »
Sources
Sources islamiques classiques
- Le Coran. Traductions de l’auteur à partir du texte arabe, en s’appuyant sur les tafsîrs d’al-Tabarî, d’al-Qurtubî et d’Ibn Kathîr.
- Al-Bukhârî, al-Jâmi’ al-sahîh ; Muslim, al-Sahîh ; Abû Dâwûd, al-Sunan ; al-Tirmidhî, al-Jâmi’ ; Ibn Mâjah, al-Sunan ; Ahmad ibn Hanbal, al-Musnad. Numérotation des éditions courantes.
- Al-Tahâwî (m. 933), al-’Aqîda al-Tahâwiyya, avec le commentaire d’Ibn Abî al-’Izz al-Hanafî.
- Al-Ghazâlî (m. 1111), Ihyâ’ ’ulûm al-dîn (livres du tawhid et du tawakkul, de la méditation, du dhikr) ; al-Munqidh min al-dalâl ; Fadâ’ih al-Bâtiniyya.
- Al-Qushayrî (m. 1072), al-Risâla al-Qushayriyya ; Abû Nasr al-Sarrâj (m. 988), Kitâb al-Luma’.
- Ibn Hazm (m. 1064), al-Fisal fî al-milal wa al-ahwâ’ wa al-nihal (sur la transmigration des âmes).
- Al-Qurtubî (m. 1273), al-Jâmi’ li-ahkâm al-Qur’ân (sur 2, 102 ; 71, 10-12) ; al-Tadhkira fî ahwâl al-mawtâ wa umûr al-âkhira.
- Ibn Taymiyya (m. 1328), al-Furqân bayna awliyâ’ al-Rahmân wa awliyâ’ al-shaytân ; al-’Ubûdiyya ; Iqtidâ’ al-sirât al-mustaqîm ; Ibtâl wahdat al-wujûd ; Majmû’ al-fatâwâ (t. 1, 10, 11, 13, 19).
- Ibn al-Qayyim (m. 1350), Miftâh dâr al-sa’âda (réfutation des astrologues) ; Ighâthat al-lahfân (sur les devins, la sorcellerie et les ruses du diable) ; Kitâb al-Rûh ; Madârij al-sâlikîn ; Zâd al-ma’âd (médecine prophétique).
- Ibn Kathîr (m. 1373), Tafsîr al-Qur’ân al-’azîm (sur 2, 62 ; 3, 85 ; 6, 112 ; 26, 221-223).
- Ibn Hajar al-’Asqalânî (m. 1449), Fath al-Bârî (livre de la médecine : conditions de la ruqya ; livre de la tafsîr : les devins).
- Al-Nawawî (m. 1277), Sharh Sahîh Muslim (sur les devins, la bonne opinion d’Allah).
- Al-Bîrûnî (m. 1048), Kitâb Bâtanjal (traduction arabe des Yoga-sûtras) et Tahqîq mâ li-l-Hind.
- Rûmî (m. 1273), Mathnawî (préface arabe) ; Ibn ’Arabî (m. 1240), Tarjumân al-ashwâq et son commentaire Dhakhâ’ir al-a’lâq.
Études, rapports et enquêtes
- Wouter J. Hanegraaff, New Age Religion and Western Culture. Esotericism in the Mirror of Secular Thought, Brill, 1996.
- Paul Heelas, The New Age Movement. The Celebration of the Self and the Sacralization of Modernity, Blackwell, 1996.
- Conseil pontifical de la culture et Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, Jésus-Christ, le porteur d’eau vive. Une réflexion chrétienne sur le « Nouvel Âge », 2003.
- Mark Sedgwick, Against the Modern World. Traditionalism and the Secret Intellectual History of the Twentieth Century, Oxford University Press, 2004.
- Rozina Ali, « The Erasure of Islam from the Poetry of Rumi », The New Yorker, 5 janvier 2017.
- Charlotte Ward et David Voas, « The Emergence of Conspirituality », Journal of Contemporary Religion, 2011.
- John Welwood, « Principles of Inner Work: Psychological and Spiritual », Journal of Transpersonal Psychology, 1984 (notion de spiritual bypassing).
- Bertram R. Forer, « The Fallacy of Personal Validation », Journal of Abnormal and Social Psychology, 1949 (l’« effet Barnum »).
- Murray Gell-Mann, The Quark and the Jaguar, 1994 (sur le « quantum flapdoodle ») ; Victor Stenger, « Quantum Quackery », Skeptical Inquirer, 1997.
- Jon Kabat-Zinn, Full Catastrophe Living, 1990 (origine bouddhiste assumée de la « pleine conscience »).
- Miviludes, Rapport d’activité 2022-2024, avril 2025 ; Rapport d’activité 2021, novembre 2022.
- Ifop, « Voyance, sorcellerie, astrologie : les Français et les parasciences », Focus n° 211, décembre 2020 ; « Les Français et la superstition », mai 2022 ; « Étude sur les croyances irrationnelles et les superstitions », mars 2023.
- Rapport des commissaires chargés par le Roi de l’examen du magnétisme animal (commission Franklin-Lavoisier-Bailly), Paris, 1784.
- Unadfi, Bulles n° 84, « Hamer and Co », 2004 (condamnation de R. G. Hamer en France).
Œuvres New Age citées (pour vérification)
Alice Bailey, Discipleship in the New Age ; Helena Blavatsky, La Doctrine secrète ; Allan Kardec, Le Livre des Esprits ; Wallace Wattles, La Science de l’enrichissement ; Napoleon Hill, Réfléchissez et devenez riche ; Norman Vincent Peale, La Puissance de la pensée positive ; Joseph Murphy, La Puissance de votre subconscient ; Marilyn Ferguson, Les Enfants du Verseau ; Louise Hay, Transformez votre vie ; Shirley MacLaine, Out on a Limb ; Un cours en miracles ; Neale Donald Walsch, Conversations avec Dieu ; James Redfield, La Prophétie des Andes ; Paulo Coelho, L’Alchimiste ; Eckhart Tolle, Le Pouvoir du moment présent, Nouvelle Terre ; Don Miguel Ruiz, Les Quatre Accords toltèques ; Deepak Chopra, Les Sept Lois spirituelles du succès ; Rhonda Byrne, Le Secret ; Esther et Jerry Hicks, La Loi de l’attraction ; Joe Dispenza, Rompre avec soi-même ; Masaru Emoto, Les Messages cachés de l’eau ; Doreen Virtue, Angel Numbers 101 (renié par l’auteure) ; Idries Shah, Les Soufis ; Frithjof Schuon, De l’unité transcendante des religions ; Coleman Barks, The Essential Rumi ; Elif Shafak, Soufi, mon amour ; Michel Odoul, Dis-moi où tu as mal, je te dirai pourquoi ; Lise Bourbeau, Les 5 blessures qui empêchent d’être soi-même ; Laurent Gounelle, L’homme qui voulait être heureux ; Natacha Calestrémé, La Clé de votre énergie ; Fabrice Midal, Foutez-vous la paix ! ; Frédéric Lenoir, Petit traité de vie intérieure.
Deepak Chopra, Quantum Healing (1989) ; Lee Carroll et Jan Tober, The Indigo Children (1999) ; Brad Steiger, Gods of Aquarius (1976, à l’origine de la notion de starseed) ; What the Bleep Do We Know!? (film, 2004).