VI. D’où viennent les divergences ? — Les écoles juridiques (6/15)

Les écoles juridiques · Chapitre 06 / 15

D’où viennent les divergences entre gens qui ont les mêmes textes ?

De plusieurs sources précises, et aucune n’est un « rejet de la Sunna ». Les juristes les ont cataloguées : authenticité, langue, conciliation, portée d’un ordre, abrogation, spécification, principes du raisonnement.

De l’authentification, d’abord

Un imam tient un hadith pour authentique, un autre connaît une faiblesse dans l’une de ses voies de transmission. Leurs conclusions divergeront — non parce que l’un aime la Sunna et l’autre non, mais parce qu’ils ont évalué la transmission différemment, avec des outils que le débutant ne possède pas.

De la langue, ensuite

Un même mot arabe peut porter plusieurs sens ; un impératif peut signifier l’obligation, la recommandation ou la permission ; un texte peut être général ou viser un cas. Le problème est alors sémantique, pas textuel.

De la conciliation, enfin

Deux hadiths authentiques semblent se contredire : sont-ils réellement contradictoires ? L’un est-il général et l’autre particulier ? L’un antérieur, l’autre postérieur ? L’un lié à une circonstance ? Comment les compagnons les ont-ils articulés ? C’est ici que les uṣūl al-fiqh deviennent indispensables — et c’est ici que le lecteur d’un seul hadith se perd sans le savoir.

Le livre qui répond à l’objection

Un ouvrage entier a été consacré à cette question par un savant que personne ne soupçonnera de tiédeur envers le hadith : Ibn Taymiyya, dans Rafʿ al-malām ʿan al-aʾimma al-aʿlām (« Lever le blâme des grands imams »), explique précisément pourquoi un imam peut délaisser l’apparence d’un hadith sans rejeter la Sunna — parce qu’il ne lui est pas parvenu, parce qu’il ne l’a pas tenu pour établi, parce qu’il l’a compris autrement, parce qu’il l’a jugé abrogé ou restreint. Ce livre est la meilleure réponse classique au réflexe « l’imam a contredit le hadith ».

Le hadith est une source du fiqh ; il n’est pas, à lui seul, tout le fiqh. Voilà pourquoi un grand spécialiste du hadith n’est pas automatiquement un grand juriste : les deux sciences se recoupent, elles ne sont pas identiques.

Sources de ce chapitreIbn Taymiyya, Rafʿ al-malām ʿan al-aʾimma al-aʿlām ; al-Shāfiʿī, al-Risāla ; al-Juwaynī, al-Burhān ; al-Ghazālī, al-Mustaṣfā. Degré : principes d’uṣūl établis ; exemples particuliers à sourcer dans les ouvrages de fiqh concernés.