Les Compagnons savants

Figures de l’islam · Les savants

Les Compagnons savants

Cent un savants de l’islam — Première partie (Ier siècle)

Les Compagnons ne sont pas tous savants au même degré. Sur plus de cent mille hommes et femmes ayant vu le Prophète, les biographes distinguent une centaine de juristes et de transmetteurs, et parmi eux une dizaine de « moukthirûn » qui ont donné des fatwas en abondance : Umar,Alî, Ibn Masûd, Zayd, IbnAbbâs, IbnUmar,Âisha. Les six retenus ici sont ceux dont lenseignement a fondé des écoles régionales : Ibn Masûd à Koufa, Zayd, IbnUmar etÂisha à Médine, IbnAbbâs à La Mecque puis Tâif, Muâdh en Syrie et au Yémen. Ce qui frappe dans leurs biographies, cest la retenue : IbnUmar refuse le califat et la judicature, Ibn Masûd refuse la pension du calife, Zayd tremble devant la compilation du Coran. La science, chez eux, est dabord une responsabilité. Leur méthode est simple et fondatrice : le Coran, puis ce qua fait ou dit le Prophète, puis, lorsque les textes se taisent, leffort de réflexion, comme lénonce Muâdh en partant pour le Yémen. Tout le droit musulman nest que le développement de cette hiérarchie.

1. Mu’âdh ibn Jabal (v. 20 av. H – 18 H / v. 603 – 639)

Origine et naissance : Médinois de la tribu des Khazraj (clan des Banû Salima). Il embrasse l’islam à dix-huit ans lors du second serment d’al-’Aqaba, avant l’arrivée du Prophète à Médine.

Formation : Formé directement par le Prophète, qui l’envoie comme juge et enseignant au Yémen. Il fait partie des quatre Compagnons désignés comme les plus savants en matière de licite et d’illicite.

Spécialité : Fiqh, jugement, enseignement du Coran.

Mérites : Le Prophète a dit de lui : « Le plus savant de ma communauté en matière de licite et d’illicite est Mu’âdh ibn Jabal. » Il a aussi dit : « Ô Mu’âdh, par Dieu je t’aime », avant de lui enseigner l’invocation à dire après chaque prière.

Faits marquants : Lorsque le Prophète l’envoie au Yémen, il l’interroge : « Comment jugeras-tu ? » Mu’âdh répond : « Par le Livre de Dieu ; sinon par la Sunna de son Messager ; sinon je ferai un effort de réflexion (ijtihad) sans négliger aucune piste. » Le Prophète se réjouit de cette réponse, devenue le texte fondateur de la théorie de l’ijtihad (les spécialistes du hadith ont discuté la solidité de sa chaîne, mais son sens est admis par toutes les écoles et confirmé par la pratique des Compagnons). Le Prophète chemina à ses côtés lors de son départ, lui à pied, Mu’âdh monté, et lui dit : « Peut-être ne me reverras-tu plus après cette année. » Mu’âdh pleura. Il mourut de la peste d’Amwâs en Syrie, à trente-huit ans, après avoir vu mourir ses deux épouses et son fils.

Témoignages : ‘Umar ibn al-Khattâb disait : « Les femmes sont incapables d’enfanter un homme comme Mu’âdh. » Ibn Mas’ûd le comparait au prophète Ibrâhîm en le qualifiant d’« umma » (une communauté à lui seul), soucieux d’enseigner le bien.

Maîtres et élèves : Maître : le Prophète. Élèves : Abû Mûsâ al-Ash’arî, Ibn ’Abbâs, Abû Idrîs al-Khawlânî, Jubayr ibn Nufayr et de nombreux Tâbi’în de Syrie.

Héritage et portée : Le dialogue de Mu’âdh avec le Prophète est cité dans tous les traités de méthodologie juridique comme la charte de l’ijtihad, même si les spécialistes du hadith discutent sa chaîne : son contenu est confirmé par la pratique constante des Compagnons, qui raisonnaient quand les textes se taisaient. Concrètement, c’est de cette hiérarchie (Coran, puis Sunna, puis effort de réflexion) que dépend chaque fatwa donnée aujourd’hui, du statut d’une transaction bancaire à la validité d’une prière en avion. Sa mort à trente-huit ans, avant d’avoir écrit une ligne, rappelle aussi que la première science de l’islam fut transmise par des hommes, non par des livres.

Paroles rapportées :

« Apprenez la science, car lapprendre pour Dieu est crainte pieuse, la rechercher est adoration, la réviser est glorification, la scruter est combat, lenseigner à qui lignore est aumône. »

« Sachez que le croyant est un prisonnier en ce bas monde : il sefforce de libérer son cou. »

À retenir : Le juriste modèle des Compagnons : le Coran, puis la Sunna, puis l’effort de réflexion. Toute la méthode du droit musulman tient dans sa réponse au Prophète.

2. ’Abdullâh ibn Mas’ûd (v. 16 av. H – 32 H / v. 606 – 653)

Origine et naissance : Mecquois de la tribu de Hudhayl, allié des Banû Zuhra. Berger pauvre de petite taille, il est le sixième converti à l’islam.

Formation : Il vit au service intime du Prophète, portant ses sandales, son siwâk et son coussin, au point que les étrangers le croient membre de sa famille. Il reçoit de sa bouche plus de soixante-dix sourates.

Spécialité : Lecture et exégèse du Coran, fiqh. Fondateur de l’école de Koufa dont sortiront ’Alqama, al-Nakha’î, Hammâd puis Abû Hanîfa.

Mérites : Le Prophète a dit : « Qui veut lire le Coran tel qu’il fut révélé, qu’il le lise selon la lecture d’Ibn Umm ’Abd. » Il fut le premier à réciter le Coran à voix haute devant les Quraysh à La Mecque, et fut frappé jusqu’au sang.

Faits marquants : Un jour où il grimpait à un arbre pour cueillir du siwâk, le vent découvrit ses jambes fines et les Compagnons rirent. Le Prophète dit : « Ces deux jambes pèseront dans la Balance plus lourd que la montagne d’Uhud. » Envoyé à Koufa par ’Umar avec ces mots : « Je vous ai préféré à moi-même en vous l’envoyant. » Vers la fin de sa vie, il refusa de recevoir le don de ’Uthmân en disant qu’il n’en avait plus besoin, et demanda qu’on donne le tout aux pauvres.

Témoignages : ’Umar disait : « Un récipient rempli de science. » Hudhayfa affirmait : « Je ne connais personne dont la guidée et la conduite ressemblent plus à celles du Prophète qu’Ibn Umm ’Abd. » Abû Mûsâ al-Ash’arî : « Ne m’interrogez sur rien tant que ce savant est parmi vous. »

Maîtres et élèves : Maître : le Prophète. Élèves : ’Alqama ibn Qays, al-Aswad ibn Yazîd, Masrûq, ’Ubayda al-Salmânî, al-Hârith ibn Qays, Abû Wâ’il.

Héritage et portée : De sa boutique de Koufa est sortie, en cinq générations, l’école hanafite : chaque fois qu’un musulman de Turquie, d’Inde ou d’Asie centrale prie selon le rite hanafite, il suit une méthode qui remonte à Ibn Mas’ûd. Sa lecture du Coran, légèrement différente sur quelques mots de celle du mushaf de ’Uthmân, est conservée dans les livres de lectures et éclaire encore certains passages. Il est aussi le premier à avoir formulé la règle qui sépare le sunnisme de toute exagération : « suivez et n’innovez pas », principe que Mâlik et Ahmad reprendront mot pour mot.

Paroles rapportées :

« La science nest pas labondance des récits : la science est la crainte de Dieu. »

« Suivez et ninnovez pas, on vous a suffi. Tout ce qui est innovation est égarement. »

« Je déteste voir un homme oisif, ne soccupant ni dune œuvre de ce monde ni dune œuvre de lau-delà. »

À retenir : Le fondateur de l’école de Koufa et l’ancêtre du hanafisme ; un berger pauvre devenu la référence du Coran et du fiqh, sans jamais perdre son humilité.

3. Zayd ibn Thâbit (v. 11 av. H – 45 H / v. 611 – 665)

Origine et naissance : Médinois des Banû al-Najjâr (Khazraj). Orphelin de père à six ans, il a onze ans lorsque le Prophète arrive à Médine.

Formation : Refusé à Badr en raison de son jeune âge, il devient le scribe attitré de la Révélation. Sur ordre du Prophète, il apprend l’hébreu et le syriaque en quinze jours.

Spécialité : Coran, science des successions (farâ’id), fiqh, écriture.

Mérites : Choisi par Abû Bakr pour compiler le Coran après la bataille d’al-Yamâma, puis par ’Uthmân pour établir le mushaf de référence. Le Prophète a dit : « Le plus versé d’entre vous dans les successions est Zayd. »

Faits marquants : Il raconte lui-même sa réaction lorsque Abû Bakr lui confia la compilation : « Par Dieu, s’ils m’avaient chargé de déplacer une montagne, cela m’aurait paru moins lourd. » Il tenait la bride de sa monture quand Ibn ’Abbâs lui présenta l’étrier ; Zayd se récria, et Ibn ’Abbâs répondit : « C’est ainsi que nous traitons nos savants. » Zayd lui baisa alors la main : « C’est ainsi que nous traitons les gens de la famille du Prophète. »

Témoignages : À sa mort, Abû Hurayra déclara : « Aujourd’hui est mort le savant de cette communauté ; puisse Dieu mettre Ibn ’Abbâs à sa place. » ’Umar le maintenait à Médine comme juge et mufti chaque fois qu’il partait.

Maîtres et élèves : Maître : le Prophète. Élèves : Ibn ’Umar, Anas, Sa’îd ibn al-Musayyib, ’Urwa, Khârija ibn Zayd (son fils, l’un des sept juristes), Abân ibn ’Uthmân.

Héritage et portée : Chaque exemplaire du Coran imprimé aujourd’hui, de Jakarta à Dakar, reproduit le texte que Zayd a fixé sous ’Uthmân en comparant les feuillets écrits et les mémoires des récitateurs, en exigeant deux témoins pour chaque verset et en refusant tout ce qui n’était pas attesté par écrit devant le Prophète. Cette méthode, décrite en détail par al-Bukhârî, est ce qui permet aux musulmans d’affirmer que leur Livre n’a pas changé. Son école de droit successoral, poursuivie par les sept juristes de Médine dont son fils Khârija, est la source principale du fiqh malikite et shâfi’ite.

Paroles rapportées :

« Nous étions auprès du Messager de Dieu à composer le Coran à partir des feuillets. »

Répondant à qui linterrogeait : « Je nai pas vu de bien là où il ny a pas de science. »

À retenir : Le scribe de la Révélation et le compilateur du Coran : la fidélité du texte coranique passe par lui, et il en tremblait.

4. ’Abdullâh ibn ’Umar (v. 10 av. H – 73 H / v. 613 – 693)

Origine et naissance : Mecquois de Quraysh, fils du calife ’Umar ibn al-Khattâb. Émigre enfant à Médine avec son père.

Formation : Refusé à Badr et à Uhud pour son jeune âge, il combat au Fossé. Il suit le Prophète pas à pas, s’efforçant de reproduire chacun de ses gestes.

Spécialité : Hadith (2 630 récits), fiqh, imitation minutieuse de la Sunna. L’un des quatre ’Abdullâh (al-’Abâdila) dont la fatwa fait autorité.

Mérites : Le Prophète, après un songe qu’il avait fait, dit : « Quel homme excellent que ’Abdullâh, s’il priait la nuit ! » Depuis ce jour, il ne dormit plus que très peu la nuit. Il refusa d’être calife malgré les propositions répétées, et resta à l’écart des dissensions.

Faits marquants : Sa précaution allait jusqu’à faire tourner sa monture là où le Prophète avait fait tourner la sienne. Il refusa la charge de juge que lui offrait ‘Uthmân. Un jour, il pleura en récitant le verset sur les fraudeurs (al-Mutaffifîn). Il affranchit plus de mille esclaves, et lorsqu’un serviteur le flattait en prière, il l’affranchissait aussitôt en disant qu’il ne voulait pas être trompé. Il donna en aumône trente mille dirhams reçus de Mu’âwiya en un seul jour. Nâfi’ rapporte que lorsqu’un homme dit à Ibn ’Umar « je t’aime pour Dieu », il répondit : « Et moi je te déteste pour Dieu, car tu chantes dans l’appel à la prière. »

Témoignages : Jâbir ibn ‘Abdillâh : « Aucun de nous n’a été touché par ce bas monde sans que ce bas monde ne penche vers lui, sauf Ibn ’Umar. » Nâfi’ : « Il n’a jamais manqué une prière en groupe pendant toute sa vie sans la refaire en veillant la nuit suivante. » Al-Zuhrî : « Nul ne s’écarte de l’avis d’Ibn ’Umar, car il a vécu soixante ans après le Prophète et rien de ses affaires ne lui a échappé. »

Maîtres et élèves : Maîtres : le Prophète, ‘Umar, Abû Bakr, ’Uthmân, Zayd. Élèves : Nâfi’ (son affranchi, transmetteur de la « chaîne d’or »), Sâlim (son fils), Sa’îd ibn al-Musayyib, Mujâhid, ’Urwa.

Héritage et portée : Ibn ‘Umar représente la fidélité littérale à la Sunna, jusque dans le détail des gestes : c’est à lui que l’on doit une grande partie des hadiths sur la prière, le pèlerinage et les manières du Prophète. La « chaîne d’or » qui passe par lui (Mâlik d’après Nâfi’ d’après Ibn ’Umar) est tenue par al-Bukhârî pour la plus sûre de toutes. Sa neutralité pendant les guerres civiles, qui lui fut parfois reprochée, a fixé une règle du sunnisme : le savant n’est pas un chef de faction. Sa parole sur le voyageur en ce monde ouvre Riyâd al-Sâlihîn et reste l’un des textes les plus enseignés aux enfants.

Paroles rapportées :

« Sois en ce monde comme un étranger ou un passant. Le soir, nattends pas le matin ; le matin, nattends pas le soir. Prends de ta santé pour ta maladie, et de ta vie pour ta mort. »

« La science, cest trois choses : un Livre parlant, une Sunna établie et « je ne sais pas ». »

« Lhomme natteint pas la véritable crainte pieuse tant quil na pas abandonné ce qui le tourmente en son for intérieur. »

À retenir : L’imitation scrupuleuse de la Sunna jusque dans les détails, et le refus du pouvoir : le modèle du savant qui ne se laisse pas acheter.

5. ’Â’isha bint Abî Bakr (v. 9 av. H – 58 H / v. 614 – 678)

Origine et naissance : Mecquoise, fille d’Abû Bakr al-Siddîq et d’Umm Rûmân. Épouse du Prophète, elle est appelée « Mère des croyants ».

Formation : Elle grandit dans la demeure prophétique, assistant à la Révélation et interrogeant sans relâche le Prophète sur chaque point qu’elle ne comprenait pas.

Spécialité : Hadith (2 210 récits transmis), fiqh, poésie, médecine, généalogie. Elle est l’une des sept Compagnons ayant transmis le plus de hadiths.

Mérites : Le Prophète a dit : « Le mérite de ’Â’isha sur les femmes est comme celui du tharîd sur les autres mets. » La Révélation ne descendit sous la couverture d’aucune épouse hormis elle. Un quart de la jurisprudence, dit-on, repose sur ses transmissions.

Faits marquants : Elle corrigeait les Compagnons eux-mêmes : lorsque Abû Hurayra rapporta que le mort est châtié par les pleurs des siens, elle rectifia en citant le verset « nul ne portera le fardeau d’un autre ». Al-Zarkashî a consacré tout un livre (Al-Ijâba) à ses rectifications des Compagnons. Lorsqu’un homme lui demanda comment le Prophète se comportait chez lui, elle répondit : « Il était au service de sa famille. » Elle affranchit quarante esclaves en expiation d’un serment.

Témoignages : Abû Mûsâ al-Ash’arî : « Jamais nous, Compagnons, n’avons eu un doute sur un hadith sans trouver chez ’Â’isha une science à ce sujet. » ’Urwa ibn al-Zubayr : « Je n’ai vu personne de plus savant en fiqh, en médecine et en poésie que ’Â’isha. » Al-Zuhrî : « Si l’on réunissait la science de ’Â’isha à celle de toutes les épouses du Prophète et de toutes les femmes, la sienne serait supérieure. »

Maîtres et élèves : Maître : le Prophète, Abû Bakr. Élèves : ’Urwa ibn al-Zubayr, al-Qâsim ibn Muhammad (ses neveux), ’Amra bint ’Abd al-Rahmân, Masrûq, al-Aswad, Abû Salama.

Héritage et portée : ’Â’isha est la seule femme de ce dossier, mais elle y occupe une place que peu d’hommes atteignent : source d’un quart des règles du fiqh selon une parole célèbre, correctrice des Compagnons, juriste que ’Umar consultait. Al-Zarkashî a réuni en un livre entier ses rectifications des grands Compagnons (al-Ijâba), preuve que la critique du hadith a commencé de son vivant. Pour le lecteur d’aujourd’hui, elle réfute par sa seule existence l’idée que la science islamique aurait été fermée aux femmes : ses élèves furent des hommes, et ses fatwas font autorité dans les quatre écoles.

Paroles rapportées :

« Le caractère du Prophète était le Coran. »

« Quelles excellentes femmes que celles des Ansâr : la pudeur ne les empêchait pas de sinstruire en religion. »

À propos de la vie prophétique : « Il se pouvait quun mois passe sans quon allume de feu dans la maison du Prophète ; nous vivions de dattes et deau. »

À retenir : La plus grande savante de l’islam ; ses corrections des Compagnons montrent que la science se soumet aux textes, non aux personnes.

6. ’Abdullâh ibn ’Abbâs (3 av. H – 68 H / 619 – 687)

Origine et naissance : Né à La Mecque pendant le boycott des Banû Hâshim, fils d’al-’Abbâs, oncle du Prophète. Il a treize ans à la mort de ce dernier.

Formation : Le Prophète l’a serré contre lui et invoqué : « Ô Dieu, enseigne-lui la sagesse et l’interprétation du Livre. » Après la mort du Prophète, il se rend chez les Anciens des Compagnons ; il attendait sur le seuil de leurs portes, le visage couvert de poussière soulevée par le vent, plutôt que de les faire déranger.

Spécialité : Exégèse (tafsîr), fiqh, langue arabe, fatwa. Il est surnommé « l’Interprète du Coran » (Tarjumân al-Qur’ân), « l’Océan » (al-Bahr) et « le savant de la communauté » (Habr al-Umma).

Mérites : ’Umar l’admettait dans le conseil des vétérans de Badr malgré sa jeunesse. Interrogé sur la sourate al-Nasr, Ibn ’Abbâs seul devina qu’elle annonçait la mort prochaine du Prophète, ce qui confirma ’Umar dans son estime.

Faits marquants : Devenu aveugle en fin de vie, il enseignait à Tâ’if où il mourut. Il répartissait ses journées : un jour pour le tafsîr, un jour pour le fiqh, un pour la sîra, un pour la poésie et un pour l’histoire des Arabes. Envoyé par ’Alî pour raisonner les Kharijites, il en ramena des milliers par la seule force de son argumentation. Il faisait servir à ses hôtes le meilleur repas et se laissait enseigner par plus jeune que lui.

Témoignages : ’Umar : « Le jeune homme aux idées d’ancien, à la langue interrogatrice et au cœur pénétrant. » Ibn ’Umar, à un homme qui posait une question : « Va voir Ibn ’Abbâs, c’est le plus savant de ceux qui restent sur ce que fut révélé à Muhammad. » Mujâhid : « Je n’ai jamais vu personne de semblable ; lorsqu’il parlait, on aurait dit que la lumière sortait de son visage. »

Maîtres et élèves : Maîtres : le Prophète, ‘Umar, ’Alî, Ubayy ibn Ka’b, Zayd ibn Thâbit, Mu’âdh. Élèves : Mujâhid, ’Ikrima, ’Atâ’ ibn Abî Rabâh, Tâwûs, Sa’îd ibn Jubayr, ’Alî ibn Abî Talha.

Héritage et portée : Le tafsîr tout entier est issu de son école : Mujâhid, Sa’îd ibn Jubayr, ‘Ikrima et ’Atâ’ ont recueilli ses explications, et al-Tabarî les a consignées. Lorsqu’un exégète moderne explique un mot rare du Coran par un vers de poésie arabe ancienne, il applique la méthode d’Ibn ‘Abbâs, qui répondit ainsi aux questions du kharijite Nâfi’ ibn al-Azraq. Sa réfutation des Kharijites, par le dialogue et non par l’épée, est le premier modèle de débat théologique en islam ; son humilité devant la science (« j’ai été humilié dans la quête ») est le modèle de tout étudiant.

Paroles rapportées :

« Jai été humilié dans la quête de la science, et jai été honoré dans son enseignement. »

« La bonne action donne une lumière au cœur, un éclat au visage, une force au corps, un accroissement de subsistance et une affection dans le cœur des créatures ; la mauvaise action produit linverse. »

« Lislam finira comme il a commencé : étranger. »

À retenir : L’Interprète du Coran ; il a été « humilié dans la quête de la science et honoré dans son enseignement ». L’exégèse sunnite descend de lui.

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