Figures de l’islam · Les femmes de l’islam
Les grandes figures féminines
Asmâ’ bint Abî Bakr, Sumayya, Nusayba, Umm Sulaym, Umm Ayman et douze compagnonnes moins connues.
Sommaire
PARTIE I — CADRE GÉNÉRAL
- 1. Avant-propos
- 2. Les femmes de la première génération : ce que disent les textes
- 3. Où les trouver dans les sources
- 4. Chronologie
- 5. Niveaux de preuve
PARTIE II — LES CINQ GRANDES FIGURES
- 29. Asma bint Abi Bakr — celle aux deux ceintures
- 30. Sumayya bint Khayyat — la première martyre
- 31. Nusayba bint Ka’b — Umm ’Umara, la guerrière d’Uhud
- 32. Umm Sulaym — al-Rumaysa bint Milhan, la mère d’Anas
- 33. Umm Ayman — Baraka, la nourrice
PARTIE III — DOUZE COMPAGNONNES À CONNAÎTRE
- Asma bint ’Umays — celle des deux Hégires
- Umm al-Fadl Lubaba bint al-Harith — la deuxième croyante
- Umm Hani bint Abi Talib — la protection qui vaut
- Khawla bint Tha’laba — celle qu’Allah entendit
- Al-Shifa bint ’Abdillah — la lettrée du marché
- Umm Waraqa bint ’Abdillah — la martyre
- Rufayda al-Aslamiyya — la première infirmière
- Umm Haram bint Milhan — celle qui mourut en mer
- Umm ’Atiyya al-Ansariyya — celle qui lavait les morts
- Umm Kulthum bint ’Uqba — la première émigrée après le traité
- Barira — celle qui choisit
- Umm Ma’bad — celle qui décrivit le Prophète ﷺ
- Notice — Les esclaves affranchies de La Mecque
PARTIE IV — DÉBATS ET ANNEXES
PARTIE I — CADRE GÉNÉRAL
1. Avant-propos
Après les dix promis au Paradis, la famille du Prophète ﷺ et ses épouses, ce dossier est consacré aux compagnonnes qui ne furent ni de sa famille ni de ses épouses, et qui comptent parmi les plus grandes figures de la première génération : la fille d’Abu Bakr qui porta les provisions de l’Hégire et vécut cent ans ; l’esclave noire qui fut la première martyre de l’islam ; la femme des Ansar qui combattit à Uhud devant le Prophète ﷺ et perdit une main au Yamama ; la mère d’Anas qui exigea l’islam pour dot et dont le Prophète ﷺ entendit les pas au Paradis ; la nourrice abyssinienne qu’il appelait « ma mère après ma mère ». Cinq femmes, cinq conditions — une aristocrate, une esclave, une guerrière, une veuve remariée, une affranchie —, et un point commun : le Prophète ﷺ a parlé de chacune d’elles.
Douze autres suivent, plus brièvement, parce que le dossier ne pouvait les laisser dehors : celles qui ont fait deux fois l’Hégire, protégé des ennemis, plaidé devant Allah, dirigé la prière chez elles, soigné les blessés, traversé la mer, lavé les morts, quitté La Mecque seules, choisi d’être libres.
Le lecteur trouvera enfin, en Partie IV, les questions que l’on pose le plus souvent sur la femme dans l’islam des origines — le témoignage, l’héritage, le voile, la guerre, la mosquée, la science, le hadith sur « la déficience » —, traitées à partir de ce que ces vies montrent et de ce que les textes disent.
Numérotation. Fatima (n° 28) a été traitée dans la série 2A avec la famille du Prophète ﷺ. Les numéros 29 à 33 sont ceux de la liste des cent ; les compagnonnes de la Partie III sont hors liste.
2. Les femmes de la première génération : ce que disent les textes
Un serment pour elles. Le Coran prescrit au Prophète ﷺ de recevoir l’allégeance des femmes, sur six engagements : ne rien associer à Allah, ne pas voler, ne pas forniquer, ne pas tuer ses enfants, ne pas calomnier, ne pas désobéir dans le bien (60:12). Il la reçut à La Mecque, le jour de la conquête, sans leur serrer la main : « Je ne serre pas la main des femmes ; ma parole à cent femmes est comme ma parole à une seule » (al-Nasa’i 4181, Malik — jugé authentique) ; ’Aisha : « Par Allah, sa main n’a jamais touché la main d’une femme dans le serment » (Bukhari 4891).
Une moitié. « Les femmes sont les moitiés jumelles des hommes » (Abu Dawud 236, Tirmidhi 113 — jugé authentique) : le hadith fonde l’égalité des obligations et des mérites, que le Coran énonce en 33:35 — révélé, selon les rapports, à la question d’une femme.
Une place dans la mosquée. « N’empêchez pas les servantes d’Allah d’aller aux mosquées d’Allah » (Bukhari 900, Muslim 442) ; elles priaient derrière les hommes, assistaient aux deux fêtes — y compris celles qui avaient leurs règles, à l’écart de la prière (Bukhari 324) —, écoutaient les sermons, et le Prophète ﷺ, après la prière, allait leur adresser un enseignement propre.
Un jour pour elles. Les femmes vinrent lui dire : « Les hommes nous ont pris le pas sur toi ; fixe-nous un jour. » Il leur fixa un jour d’enseignement (Bukhari 101, Muslim 2633).
La science. ’Aisha, Umm Salama, Asma, Umm ’Atiyya, Umm Sulaym ont transmis des milliers de hadiths ; les juristes de Médine — ’Urwa, al-Qasim, ’Amra — sont leurs élèves ; Ibn Hajar recense dans al-Isaba plus de mille cinq cents compagnonnes, et al-Dhahabi note qu’aucune femme n’a jamais été accusée de mensonge dans la transmission du hadith.
La guerre. Umm ’Atiyya : « J’ai fait sept expéditions avec le Messager d’Allah ; je restais au camp, préparais leur nourriture, soignais les blessés et veillais sur les malades » (Muslim 1812). Umm Sulaym, Nusayba, ’Aisha, Umm Salama, Safiyya, Umm Haram y furent ; deux d’entre elles combattirent.
Le travail. Khadija dirigeait des caravanes ; Qayla al-Anmariyya demandait au Prophète ﷺ des règles de commerce (Ibn Majah 2204) ; Zaynab bint Jahsh tannait ; Asma travaillait la terre ; al-Shifa surveilla le marché de Médine ; Umm Sharik, Rufayda, Umm Waraqa avaient leur métier.
La parole. Une femme interrompit ’Umar en chaire sur la dot, et ’Umar dit : « La femme a raison, et ’Umar a tort » (rapporté — Ibn Kathir sur 4:20 ; chaîne discutée mais célèbre) ; Khawla plaida jusqu’au ciel ; Umm Salama fit changer un ordre à Hudaybiyya ; ’Aisha corrigea les compagnons.
Les limites que les textes posent — la direction de la prière publique, le commandement, la tenue, le voyage — seront abordées en Partie IV, question par question, sans esquive.
3. Où les trouver dans les sources
Les biographies des compagnonnes sont dispersées : Ibn Sa’d leur consacre le huitième et dernier tome des Tabaqat — la source principale, avec des centaines de notices, dont beaucoup ne tiennent qu’en trois lignes ; Ibn ’Abd al-Barr, Ibn al-Athir et Ibn Hajar les traitent en sections séparées de leurs dictionnaires ; les recueils de hadiths les montrent en action — Bukhari a un chapitre sur « les femmes au combat », Muslim sur « les femmes dans les expéditions » ; la Sira d’Ibn Hisham les mentionne aux tournants — ’Aqaba, l’Hégire, Uhud, la conquête. Ce dossier a rassemblé ce qui est dispersé, et classé chaque récit selon les niveaux habituels.
4. Chronologie
| Année | Événement | Femmes concernées |
|---|---|---|
| 610-614 | Premières conversions | Umm Ayman, Sumayya, Umm al-Fadl, Asma bint Abi Bakr, Fatima bint al-Khattab, Asma bint ’Umays |
| 614-616 | Persécutions ; émigration en Abyssinie | Sumayya (tuée), Zinnira, al-Nahdiyya, Asma bint ’Umays |
| 621-622 | Serments d’al-’Aqaba | Nusayba et Umm Mani’ |
| 622 | Hégire | Asma (les deux ceintures), Umm Ayman (à pied), Umm Ma’bad |
| 625 | Uhud | Nusayba (combat), Umm Sulaym, ’Aisha, Umm ’Atiyya |
| 627-628 | Fossé ; Hudaybiyya | Umm Kulthum bint ’Uqba (première émigrée après le traité) |
| 630 | Conquête de La Mecque ; Hunayn | Umm Hani (protection), Umm Sulaym (le poignard), le serment des femmes |
| 632-634 | Mort du Prophète ﷺ ; Ridda ; Yamama | Umm Ayman (les larmes), Nusayba (la main perdue) |
| 649 | Expédition de Chypre | Umm Haram (mort en mer) |
| 673 | Mort d’Asma bint Abi Bakr, centenaire | — |
5. Niveaux de preuve
Établi — Bukhari, Muslim, ou hadith jugé authentique ou bon. Rapporté — Ibn Sa’d, Ibn Ishaq, al-Waqidi, dictionnaires biographiques. Discuté — chaîne faible ou versions divergentes. Populaire — tradition tardive sans source. Les dates de naissance des compagnonnes sont rarement connues ; les dates de décès divergent souvent ; le dossier le signale.
PARTIE II — LES CINQ GRANDES FIGURES
29. Asma bint Abi Bakr — celle aux deux ceintures
| Fiche d’identité | Asma bint Abi Bakr |
|---|---|
| Nom complet | Asma bint ’Abdillah (Abu Bakr) ibn Abi Quhafa al-Taymiyya al-Qurashiyya |
| Kunya | Umm ’Abdillah |
| Titre | Dhat al-Nitaqayn, « celle aux deux ceintures », donné par le Prophète ﷺ |
| Parents | Abu Bakr et Qutayla bint ’Abd al-’Uzza, restée polythéiste |
| Naissance | La Mecque, vers 595, dix ans avant ’Aisha, sa demi-sœur |
| Entrée en islam | 610, parmi les tout premiers — la dix-huitième personne selon Ibn Ishaq |
| Époux | Al-Zubayr ibn al-’Awwam ; plus tard séparés |
| Enfants | ’Abdullah (calife à La Mecque), ’Urwa (le juriste), al-Mundhir, ’Asim, al-Muhajir, Khadija, Umm al-Hasan, ’Aisha |
| Mort | Jumada I 73 H / 692, à environ 100 ans, quelques jours après la mort de son fils ’Abdullah |
| Sépulture | La Mecque |
En une phrase : la jeune femme qui déchira sa ceinture pour attacher les provisions de l’Hégire, reçut une gifle d’Abu Jahl sans rien dire, accoucha du premier émigré né à Médine, et tint tête, centenaire, au bourreau qui venait de crucifier son fils.
A. Identité et famille
Fille aînée d’Abu Bakr, de sa première épouse Qutayla, qui ne se convertit pas — ou tardivement — et dont il se sépara. Sœur de ’Abdullah ibn Abi Bakr, demi-sœur de ’Aisha et de ’Abd al-Rahman. Grande, brune, d’une santé de fer ; « ni une dent ne lui manquait, ni sa raison ne fut altérée » à cent ans, dit son petit-fils Hisham ibn ’Urwa. Mariée jeune à al-Zubayr, cousin du Prophète ﷺ, pauvre alors — « il n’avait ni bien, ni esclave, ni rien, sauf un cheval et une bête pour l’eau » —, elle pansait le cheval, broyait les noyaux pour lui, pétrissait, portait l’eau, et rapportait sur sa tête les noyaux de dattes d’une terre à trois kilomètres (Bukhari 5224 — établi). Mère de huit enfants, dont deux marqueront l’histoire : ’Abdullah, qui régnera neuf ans à La Mecque contre les Omeyyades, et ’Urwa, l’un des sept juristes de Médine et le transmetteur du savoir de ’Aisha.
B. Entrée en islam
Élevée dans la maison d’Abu Bakr, elle crut dès l’enfance et fut, selon Ibn Ishaq, la dix-huitième personne à entrer en islam (rapporté). Elle grandit dans les persécutions, le boycott, et l’attente de l’Hégire.
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit d’elle
- Les deux ceintures. Le jour du départ, Asma prépara les provisions du Prophète ﷺ et de son père et ne trouva rien pour attacher le sac et l’outre ; elle déchira sa ceinture (nitaq) en deux, en noua une moitié autour des provisions et garda l’autre. Le Prophète ﷺ dit : « Allah t’en donnera deux au Paradis, à la place de cette ceinture » — d’où « celle aux deux ceintures » (Bukhari 3907, 2979 ; Ibn Hisham — établi pour le fait, rapporté pour la parole).
- Donne, ne retiens pas. « Ô Messager d’Allah, je n’ai rien que ce que Zubayr m’apporte ; puis-je en donner ? — Donne, ne retiens pas, sinon Allah retiendra de toi ; et ne compte pas, sinon Allah comptera avec toi » (Bukhari 1433, 2590 ; Muslim 1029 — établi).
- Les liens avec la mère polythéiste. « Ma mère est venue me voir, encore polythéiste ; je demandai au Messager d’Allah : dois-je maintenir les liens avec elle ? — Oui, maintiens les liens avec ta mère » ; et le verset descendit : « Allah ne vous interdit pas d’être bons envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion » (60:8 ; Bukhari 2620, 5978 ; Muslim 1003 — établi). Un fondement du droit musulman sur la piété filiale envers les parents non musulmans.
- Le chameau et la pudeur. Sur la route, chargée des noyaux, elle croisa le Prophète ﷺ avec des Ansar ; il fit agenouiller sa monture pour la faire monter ; elle eut honte, se souvenant de la jalousie de Zubayr, et il passa ; elle le raconta à Zubayr : « Par Allah, te voir porter les noyaux m’est plus pénible que de te voir monter avec lui » ; puis Abu Bakr lui envoya un serviteur pour le cheval, « et ce fut comme s’il m’avait affranchie » (Bukhari 5224, Muslim 2182 — établi).
- L’éclipse. Asma raconte la prière de l’éclipse : elle entra chez ’Aisha, la trouva en prière, les gens debout, et le Prophète ﷺ prolongea tant qu’elle faillit s’évanouir et versait de l’eau sur sa tête ; il dit ensuite avoir vu le Paradis et le Feu, et une femme châtiée pour un chat (Bukhari 184, 1053 — établi). Elle affranchissait un esclave à chaque éclipse, comme le Prophète ﷺ l’avait ordonné (Bukhari 1054).
D. Rôle dans l’histoire
L’Hégire. Elle est le pivot logistique du départ : elle prépare les provisions, elle les porte à la grotte de Thawr chaque soir pendant trois jours avec son frère ’Abdullah, elle ment par omission aux Mecquois. Abu Jahl vint frapper à la porte d’Abu Bakr : « Où est ton père ? — Je ne sais pas où est mon père. » Il la gifla si fort que sa boucle d’oreille tomba (Ibn Ishaq — rapporté). Son grand-père Abu Quhafa, aveugle et polythéiste, vint dire : « Il vous a laissés sans argent ! » Elle mit des pierres dans la niche où Abu Bakr rangeait ses biens, les couvrit d’un tissu et fit toucher la main du vieillard : « Il nous a laissé tout cela. — S’il vous a laissé cela, c’est bien. » Elle dira : « Par Allah, il n’avait rien laissé ; je voulais seulement rassurer le vieil homme » (Ibn Ishaq — rapporté).
Le premier enfant de Médine. Elle émigra enceinte et accoucha à Quba, avant même l’entrée à Médine, de ’Abdullah ibn al-Zubayr — le premier enfant des Muhajirun né en terre d’Hégire, ce qui fit crier « Allahu akbar » aux musulmans, à qui les Juifs avaient prédit qu’ils n’auraient plus d’enfants (Bukhari 3909, 5469 ; Muslim 2146 — établi). Elle le porta au Prophète ﷺ, qui lui frotta le palais d’une datte mâchée : « la première chose qui entra dans son ventre fut la salive du Messager d’Allah ».
La pauvreté et le travail. Trente-cinq ans de mariage avec un homme qui devint l’un des plus riches de Médine, mais dont la fortune allait aux autres : elle portait, cuisinait, cultivait. Ses aumônes sont restées célèbres : elle ne gardait rien pour le lendemain.
Le Chameau. Elle et son mari se retrouvèrent dans les deux camps : Zubayr avec ’Aisha, Asma restée à Médine ; Zubayr fut tué au retour (série 1).
Le siège de La Mecque (73 H). Son fils ’Abdullah, reconnu calife par le Hijaz, l’Irak et l’Égypte pendant neuf ans, fut assiégé dans La Mecque par al-Hajjaj, pour ’Abd al-Malik ibn Marwan. Avant l’assaut final, il vint la voir : « Mère, les gens m’ont abandonné, même mes enfants ; il ne reste avec moi qu’une poignée ; les Omeyyades m’offrent ce que je veux du monde. Qu’en dis-tu ? » Elle répondit : « Mon fils, tu sais mieux que moi. Si tu es sur la vérité et que tu y appelles, va jusqu’au bout : tes compagnons y sont morts, ne laisse pas les enfants des Omeyyades jouer avec ton cou. Si tu voulais ce monde, tu es le pire des serviteurs : tu t’es perdu et tu as perdu ceux qui t’ont suivi. Combien vivras-tu encore ? La mort vaut mieux. — Je crains qu’ils ne me mutilent après ma mort. — Une brebis ne souffre pas de l’écorchage après l’égorgement. » Il embrassa sa tête, et elle sentit sa cotte de mailles : « Ce n’est pas ce que porte celui qui veut ce que tu veux. — Je l’ai mise pour te rassurer. — Enlève-la. » Il l’enleva et sortit se faire tuer (Ibn Sa’d, al-Tabari, Ibn ’Abd al-Barr — rapporté, plusieurs versions concordantes).
E. Anecdotes et détails marquants
Devant al-Hajjaj. ’Abdullah tué, al-Hajjaj le fit crucifier à la tête de la route de Médine et refusa de rendre le corps. Asma, aveugle et centenaire, ne vint pas. Il la fit chercher ; elle refusa ; il menaça de la faire traîner par les cheveux ; elle vint. « Qu’as-tu à dire de ce que j’ai fait à l’ennemi d’Allah ? — Tu lui as gâté ce monde, il t’a gâté l’autre. On m’a dit que tu l’appelles “fils de celle aux deux ceintures” : oui, par Allah, j’avais deux ceintures — l’une pour les provisions du Messager d’Allah et d’Abu Bakr, l’autre pour la femme. Et j’ai entendu le Messager d’Allah dire : “Il sortira de Thaqif un menteur et un destructeur.” Le menteur, nous l’avons vu [al-Mukhtar] ; le destructeur, je ne pense pas que ce soit un autre que toi. » Al-Hajjaj se leva et sortit sans répondre (Muslim 2545 — établi). Passant devant le corps de son fils, elle dit seulement : « N’est-il pas temps que ce cavalier descende ? » (Muslim 2545). Il fut décroché et rendu.
La femme aux deux fils. ’Abdullah fut le calife, ’Urwa le savant : le premier mourut sur la croix, le second enseigna à Médine jusqu’en 94 H, et transmit d’elle et de ’Aisha l’essentiel de ce que nous savons de la maison du Prophète ﷺ.
Le vêtement du Prophète ﷺ. Elle montra à ’Abdullah ibn Abi Mulayka une tunique persane du Prophète ﷺ, aux bords de soie : « Elle était chez ’Aisha ; à sa mort, je l’ai prise ; le Prophète la portait, et nous la lavons pour les malades, en demandant la guérison » (Muslim 2069 — établi).
Les tentes de soie. Un jour, elle vit dans la maison de son fils une tente de soie ; elle dit : « Le Messager d’Allah a dit : celui qui porte la soie en ce monde ne la portera pas dans l’autre » — et elle raconta l’exception de la tunique persane.
Son âge. Née dix ans avant ’Aisha, elle vécut jusqu’en 73 H : cent ans lunaires, sans perte de dents ni de raison ; elle était aveugle à la fin.
F. Fin de vie
Elle meurt à La Mecque, en Jumada I 73 H (692), dix ou vingt jours après la mort de ’Abdullah — après avoir obtenu la restitution de son corps et l’avoir enterré. Enterrée à La Mecque. Elle transmit cinquante-huit hadiths, dont vingt-six chez Bukhari et Muslim.
G. Ce que l’on retient
- La logistique du sacré. L’Hégire a eu besoin d’une ceinture déchirée par une jeune femme.
- La piété envers une mère polythéiste. « Maintiens les liens avec ta mère » — le verset est descendu pour elle.
- Le courage sans limite d’âge. Centenaire et aveugle, elle a fait taire le plus redouté des gouverneurs.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Niveau |
|---|---|---|
| La ceinture déchirée pour l’Hégire | Bukhari 3907, 2979 | Établi |
| « Allah t’en donnera deux au Paradis » | Ibn Hisham | Rapporté |
| « Donne, ne retiens pas » | Bukhari 1433, Muslim 1029 | Établi |
| La mère polythéiste ; 60:8 | Bukhari 2620, Muslim 1003 | Établi |
| Les noyaux de dattes ; le chameau du Prophète ﷺ | Bukhari 5224, Muslim 2182 | Établi |
| Naissance de ’Abdullah à Quba | Bukhari 3909, Muslim 2146 | Établi |
| L’éclipse ; l’affranchissement | Bukhari 184, 1054 | Établi |
| Devant al-Hajjaj ; « le menteur et le destructeur » | Muslim 2545 | Établi |
| La tunique persane | Muslim 2069 | Établi |
| Gifle d’Abu Jahl ; les pierres pour Abu Quhafa | Ibn Ishaq | Rapporté |
| Le conseil à ’Abdullah avant sa mort | Ibn Sa’d, al-Tabari | Rapporté (concordant) |
| Son âge exact | Divergences | Discuté |
30. Sumayya bint Khayyat — la première martyre
| Fiche d’identité | Sumayya bint Khayyat |
|---|---|
| Nom complet | Sumayya bint Khayyat (ou Khubbat), affranchie d’Abu Hudhayfa ibn al-Mughira al-Makhzumi |
| Condition | Esclave, puis affranchie et mariée à Yasir, allié yéménite du clan de Makhzum |
| Époux | Yasir ibn ’Amir, mort sous la torture |
| Fils | ’Ammar ibn Yasir |
| Entrée en islam | 610, la septième personne selon Mujahid |
| Mort | Tuée par Abu Jahl à La Mecque, vers 615, d’un coup de lance — première martyre de l’islam |
| Sépulture | Inconnue ; La Mecque |
En une phrase : une esclave âgée, torturée au soleil avec son mari et son fils, qui refusa de renier et mourut d’un coup de lance d’Abu Jahl — la première personne à donner sa vie pour l’islam, et le Prophète ﷺ lui avait promis le Paradis en passant.
A. Identité et famille
Sumayya était l’esclave d’Abu Hudhayfa ibn al-Mughira, un notable de Makhzum, le clan d’Abu Jahl. Yasir ibn ’Amir, un Yéménite venu à La Mecque chercher un frère perdu, s’y était établi sous la protection d’Abu Hudhayfa, qui lui donna Sumayya en mariage ; leur fils ’Ammar naquit esclave et fut affranchi par Abu Hudhayfa (Ibn Sa’d, Ibn Ishaq — rapporté). Une famille de gens sans clan, sans richesse, sans protection — exactement ceux que Quraysh pouvait torturer sans rendre de comptes.
B. Entrée en islam
Mujahid la compte parmi les sept premiers à afficher leur islam : « Le premier à afficher son islam fut le Messager d’Allah, puis Abu Bakr, Bilal, Khabbab, Suhayb, ’Ammar et Sumayya sa mère » (Ibn Sa’d — rapporté). ’Ammar rencontra le Prophète ﷺ à la maison d’al-Arqam ; ses parents crurent avec lui, âgés tous deux.
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit d’elle
« Le Messager d’Allah passait devant ’Ammar, sa mère et son père qu’on torturait dans le soleil ardent de La Mecque, et disait : “Patience, famille de Yasir ! Votre rendez-vous est le Paradis” » (al-Hakim 3:388, al-Tabarani, al-Bayhaqi — chaîne jugée authentique par al-Hakim et bonne par Ibn Hajar ; niveau établi/bon). C’est la seule parole prophétique sur elle, et elle suffit : le Paradis promis à une esclave, avant la révélation de tout verset sur le martyre.
D. Rôle dans l’histoire
Quand Quraysh décida d’éradiquer l’islam chez ceux qui n’avaient pas de protecteur — les esclaves, les affranchis, les alliés —, Abu Jahl et les Banu Makhzum prirent la famille de Yasir. On les sortait à l’heure la plus chaude, dans le lit de sable d’al-Abtah, on les couchait sur la braise, on leur mettait des cottes de mailles brûlantes, on les tenait sous l’eau. Sumayya, la plus âgée, résista le plus. Abu Jahl, un jour, exaspéré de l’entendre lui tenir tête — elle l’insultait, disent les rapports —, lui enfonça sa lance dans le bas-ventre, « dans ce qu’elle avait de plus intime », et elle mourut (Ibn Ishaq, Ibn Sa’d — rapporté). Yasir mourut sous les coups. ’Ammar, contraint, prononça des paroles d’apostasie sous la torture ; le Coran descendit pour lui : « sauf celui qui est contraint, alors que son cœur reste apaisé dans la foi » (16:106 — établi pour le lien, selon la majorité des exégètes).
Après Badr, où Abu Jahl fut tué, le Prophète ﷺ dit à ’Ammar : « Allah a tué le meurtrier de ta mère » (Ibn Sa’d — rapporté).
E. Anecdotes et détails marquants
La première. Ibn Sa’d, Ibn ’Abd al-Barr et Ibn Hajar la désignent unanimement comme la première martyre (shahida) de l’islam — avant tout homme. Le premier sang versé pour la foi fut celui d’une esclave âgée.
Le rang de ’Ammar. Le Prophète ﷺ dit de son fils : « ’Ammar est rempli de foi jusqu’à la moelle » (al-Nasa’i, Ibn Majah 147 — jugé authentique) et : « Tu seras tué par le groupe rebelle » (Bukhari 447) — ’Ammar mourut à Siffin, à plus de quatre-vingt-dix ans, dans le camp de ’Ali. Toute la famille est morte pour la foi, à trois générations d’écart.
Ni tombe ni monument. Sumayya n’a ni tombeau ni mausolée : ce que la tradition a gardé d’elle est une parole du Prophète ﷺ et le nom de son meurtrier.
F. Fin de vie
Vers 615, à La Mecque, tuée par Abu Jahl. Son âge est inconnu ; les rapports la disent âgée et faible.
G. Ce que l’on retient
- Le martyre est né chez les faibles. Ni un chef ni un guerrier : une esclave.
- Le Paradis promis avant la loi. « Votre rendez-vous est le Paradis » — la première promesse de ce genre dans l’islam.
- La mémoire juste. Les musulmans nomment leurs filles Sumayya depuis quatorze siècles ; ils n’ont pas oublié.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Niveau |
|---|---|---|
| « Patience, famille de Yasir » | al-Hakim, al-Tabarani | Établi (jugé bon/authentique) |
| Verset 16:106 pour ’Ammar | Exégètes, al-Hakim | Établi (majorité) |
| Esclave d’Abu Hudhayfa ; mariage avec Yasir | Ibn Sa’d, Ibn Ishaq | Rapporté |
| Parmi les sept premiers | Mujahid | Rapporté |
| Torture et mort par la lance d’Abu Jahl | Ibn Ishaq, Ibn Sa’d | Rapporté (unanime) |
| « Allah a tué le meurtrier de ta mère » | Ibn Sa’d | Rapporté |
| Première martyre | Ibn Sa’d, Ibn Hajar | Rapporté (consensus des biographes) |
31. Nusayba bint Ka’b — Umm ’Umara, la guerrière d’Uhud
| Fiche d’identité | Nusayba bint Ka’b |
|---|---|
| Nom complet | Nusayba bint Ka’b ibn ’Amr al-Ansariyya, des Banu Mazin ibn al-Najjar |
| Kunya | Umm ’Umara |
| Tribu | Khazraj, Ansar de Médine |
| Époux | Zayd ibn ’Asim, puis Ghaziyya ibn ’Amr (rapporté) |
| Fils | ’Abdullah et Habib (de Zayd) ; Tamim et Khawla (de Ghaziyya) |
| Entrée en islam | Avant l’Hégire ; l’une des deux femmes du second serment d’al-’Aqaba (622) |
| Batailles | Uhud, Hudaybiyya, Khaybar, ‘Umrat al-qada’, Hunayn, Yamama |
| Mort | Sous ’Umar, après 13 H, des suites de ses blessures selon certains ; date inconnue |
| Sépulture | Médine |
En une phrase : la femme qui partit à Uhud avec une outre pour abreuver les blessés et se retrouva l’épée à la main devant le Prophète ﷺ, reçut douze blessures, en reçut onze de plus au Yamama vingt ans plus tard, et y laissa une main.
A. Identité et famille
Des Banu Mazin, clan des Najjar, Khazraj — le clan maternel du Prophète ﷺ, où Salma bint ’Amr, mère de ’Abd al-Muttalib, avait vécu. Sœur de ’Abdullah ibn Ka’b, l’un des combattants de Badr, et de ’Abd al-Rahman. Mariée à Zayd ibn ’Asim, dont elle eut ’Abdullah et Habib, deux futurs martyrs ; puis à Ghaziyya ibn ’Amr, dont elle eut Tamim et Khawla. Une famille entière de combattants.
B. Entrée en islam
Elle est l’une des deux femmes — avec Umm Mani’ Asma bint ’Amr — parmi les soixante-treize Médinois qui vinrent à La Mecque, en 622, prêter au Prophète ﷺ le second serment d’al-’Aqaba, par lequel Médine s’engageait à le défendre comme ses propres femmes et enfants (Ibn Ishaq, Ibn Sa’d — rapporté). Une femme dans le serment qui fonda l’État.
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit d’elle
- « Je ne me tournais ni à droite ni à gauche, le jour d’Uhud, sans la voir combattre devant moi » (Ibn Sa’d, al-Waqidi — rapporté ; la formule est célèbre dans toutes les biographies).
- « Qui peut faire ce que tu fais, Umm ’Umara ? » (Ibn Sa’d — rapporté).
- Elle lui demanda : « Prie Allah que nous soyons tes compagnons au Paradis. » Il dit : « Ô Allah, fais d’eux mes compagnons au Paradis. » Elle dit : « Je ne me soucie plus de ce qui m’atteindra en ce monde » (Ibn Sa’d — rapporté).
- Le verset des femmes. Umm ’Umara vint au Prophète ﷺ et dit : « Je ne vois tout que pour les hommes ; je ne vois pas les femmes mentionnées en rien. » Et descendit : « Les musulmans et les musulmanes, les croyants et les croyantes… » (33:35 ; Tirmidhi 3211 — jugé bon ; le même verset est attribué à la question d’Umm Salama chez Ahmad : les deux femmes ont pu le demander).
- Le jeûneur. Elle rapporte : le Prophète ﷺ entra chez elle, elle lui offrit à manger ; « mange aussi. — Je jeûne. — Le jeûneur, quand on mange en sa présence, les anges prient pour lui jusqu’à ce qu’on ait fini » (Tirmidhi 785, Ibn Majah 1748 — jugé bon).
D. Rôle dans l’histoire
Uhud (3 H). Elle raconte elle-même (Ibn Sa’d, al-Waqidi — rapporté) : « Je sortis au début de la journée, pour voir ce que faisaient les gens, avec une outre d’eau. J’arrivai auprès du Messager d’Allah alors que les musulmans avaient l’avantage. Quand ils furent défaits, je me plaçai près de lui, et me mis à combattre, à le protéger avec l’épée et à tirer de l’arc, jusqu’à ce que les blessures m’atteignent. » Son fils ’Abdullah : « Ce jour-là, je fus blessé au bras gauche, par un homme qui me frappa et passa ; ma mère vint à moi, avec des bandes qu’elle avait à la ceinture, pansa ma blessure, et me dit : lève-toi, mon fils, et combats. Le Prophète disait : “Qui peut faire ce que tu fais, Umm ’Umara ?” Puis l’homme qui m’avait frappé revint ; elle dit : “C’est lui !” et lui frappa la jambe ; il tomba ; le Prophète sourit à en montrer ses molaires : “Tu as eu ta vengeance, Umm ’Umara !” » Ibn Qami’a, celui qui avait blessé le Prophète ﷺ au visage, cria : « Montrez-moi Muhammad ! » ; elle se mit devant lui, avec Mus’ab et quelques autres ; il lui donna un coup sur l’épaule, qui laissa une blessure profonde et creuse ; elle le frappa plusieurs fois, mais il portait deux cottes de mailles. Douze blessures ; l’épaule ne guérit qu’après un an. Le Prophète ﷺ dit à ’Abdullah : « Panse ta mère. Qu’Allah vous bénisse, gens de la maison. La place de ta mère vaut mieux que celle d’un tel et d’un tel. »
Après Uhud. Elle fut à Hudaybiyya, dans le serment de l’Arbre ; à Khaybar ; à la ’umra de compensation ; à Hunayn, où elle frappa un chameau ennemi ; elle voulut sortir contre les Banu Qurayza. Elle transmit des hadiths.
Le Yamama (12 H). Musaylima le menteur avait pris son fils Habib, envoyé par le Prophète ﷺ, et lui avait demandé : « Témoignes-tu que Muhammad est le Messager d’Allah ? — Oui. — Témoignes-tu que je suis le messager d’Allah ? — Je n’entends pas » ; il le coupa membre par membre, et Habib mourut sans avoir dit autre chose (Ibn Sa’d — rapporté). Quand Abu Bakr envoya Khalid contre Musaylima, Nusayba demanda à partir ; il l’autorisa. Au Yamama, elle combattit avec les hommes, cherchant Musaylima ; elle reçut onze blessures, et sa main fut tranchée ; elle vit son autre fils ’Abdullah tuer Musaylima avec Wahshi. Khalid soigna sa main à l’huile bouillante, et elle dit : « Je n’ai pas vu de pareille bonté » (Ibn Sa’d — rapporté).
E. Anecdotes et détails marquants
Le vêtement de ’Umar. ’Umar, devenu calife, reçut des vêtements ; il en envoya un — le plus beau — à Umm ’Umara, en disant : « J’ai entendu le Messager d’Allah dire : “Je ne me tournais ni à droite ni à gauche sans la voir combattre devant moi” » (Ibn Sa’d — rapporté).
Le trou de l’épaule. Umm Sa’d bint Sa’d ibn al-Rabi’ raconte : « J’ai vu sur son épaule une cavité creuse ; je lui ai demandé qui lui avait fait cela : “Ibn Qami’a, qu’Allah l’humilie” » (Ibn Sa’d — rapporté).
Le repos du guerrier. Ibn Sa’d rapporte qu’elle se plaignit au Prophète ﷺ de ne pouvoir accomplir le pèlerinage aussi souvent qu’elle voulait ; il lui dit : « Une ’umra en Ramadan équivaut à un pèlerinage » — hadith que d’autres attribuent à Umm Sinan (Bukhari 1782). Discuté pour l’attribution.
Une femme dans le serment de l’Arbre. Le Coran dit qu’Allah fut satisfait des « croyants » qui prêtèrent serment sous l’arbre (48:18) ; des femmes y étaient, dont Umm ’Umara et Umm Salama.
F. Fin de vie
Elle survécut au Yamama et vécut sous ’Umar ; la date de sa mort est inconnue — certains disent qu’elle mourut de ses blessures, d’autres des années plus tard. Enterrée à Médine. Elle transmit quelques hadiths, rapportés par ses petits-enfants.
G. Ce que l’on retient
- L’outre et l’épée. Elle est partie soigner et s’est battue ; les deux rôles sont les siens.
- Devant le Prophète ﷺ. La phrase la plus célèbre sur elle est de lui, et ’Umar l’a citée en lui envoyant un vêtement.
- Une famille entière. Deux fils martyrs, un mari, une main : le prix de la foi se compte en membres chez les Mazin.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Niveau |
|---|---|---|
| Le verset 33:35 sur sa question | Tirmidhi 3211 | Établi (jugé bon ; double attribution) |
| Le jeûneur et les anges | Tirmidhi 785 | Établi (jugé bon) |
| Le second serment d’al-’Aqaba | Ibn Ishaq, Ibn Sa’d | Rapporté |
| Uhud : le récit, les douze blessures, Ibn Qami’a | Ibn Sa’d, al-Waqidi | Rapporté (concordant) |
| « Je ne me tournais ni à droite ni à gauche… » | Ibn Sa’d, al-Waqidi | Rapporté |
| « Fais d’eux mes compagnons au Paradis » | Ibn Sa’d | Rapporté |
| Habib et Musaylima | Ibn Sa’d | Rapporté |
| Le Yamama, la main perdue, Khalid | Ibn Sa’d | Rapporté |
| Le vêtement de ’Umar | Ibn Sa’d | Rapporté |
| « Une ’umra en Ramadan » attribué à elle | Ibn Sa’d | Discuté |
| Date de sa mort | — | Inconnue |
32. Umm Sulaym — al-Rumaysa bint Milhan, la mère d’Anas
| Fiche d’identité | Umm Sulaym |
|---|---|
| Nom complet | Al-Rumaysa (ou al-Ghumaysa, ou Sahla) bint Milhan ibn Khalid al-Ansariyya, des Banu Najjar |
| Kunya | Umm Sulaym |
| Tribu | Khazraj, Ansar de Médine ; sœur d’Umm Haram |
| Époux | Malik ibn al-Nadr, père d’Anas, mort polythéiste ; puis Abu Talha al-Ansari |
| Enfants | Anas ibn Malik, le serviteur du Prophète ﷺ ; al-Bara’ ibn Malik ; ’Abdullah ibn Abi Talha ; Abu ’Umayr, mort enfant |
| Entrée en islam | Dès l’arrivée de l’islam à Médine, avant l’Hégire |
| Batailles | Uhud, Hunayn |
| Mort | Sous Mu’awiya, date inconnue |
| Sépulture | Médine |
En une phrase : la veuve qui exigea l’islam comme seule dot, qui donna son fils de dix ans au Prophète ﷺ pour le servir, qui cacha à son mari la mort de leur enfant jusqu’au matin, et dont le Prophète ﷺ dit avoir entendu les pas au Paradis.
A. Identité et famille
Des Banu Najjar, comme Nusayba ; sœur d’Umm Haram bint Milhan, l’épouse de ’Ubada ibn al-Samit. Son premier mari, Malik ibn al-Nadr, refusa l’islam, partit en Syrie et y mourut ; elle resta veuve avec Anas, sept ou huit ans. Elle dit à son fils : « Dis : j’atteste qu’il n’y a de divinité qu’Allah et que Muhammad est le Messager d’Allah » ; Malik s’était emporté : « Ne corromps pas mon fils ! » (Ibn Sa’d — rapporté).
B. Entrée en islam
Parmi les premières femmes des Ansar à croire, quand Mus’ab ibn ’Umayr prêchait à Médine, avant l’Hégire. Quand le Prophète ﷺ arriva, elle vint le trouver avec Anas : « Ô Messager d’Allah, les hommes et les femmes des Ansar t’ont fait des présents ; je n’ai que ce fils ; prends-le, qu’il te serve » (Muslim 2481, Bukhari 6038 pour le service — établi). Anas servit le Prophète ﷺ dix ans.
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit d’elle
- Les pas au Paradis. « Je suis entré au Paradis et j’y ai entendu un bruit de pas ; j’ai demandé : qui est-ce ? — C’est al-Ghumaysa bint Milhan, la mère d’Anas ibn Malik » (Muslim 2456 — établi).
- La visite et la sueur. « Le Prophète entrait chez Umm Sulaym et faisait la sieste sur une natte. Un jour, il transpira ; elle recueillit sa sueur dans un flacon. Il se réveilla : “Que fais-tu, Umm Sulaym ? — C’est ta sueur, que nous mettons dans notre parfum ; c’est le meilleur des parfums” » (Bukhari 6281, Muslim 2331 — établi). Elle recueillit aussi des cheveux qu’il fit couper après le pèlerinage (Muslim 1305).
- La question sur le bain. Umm Sulaym vint au Prophète ﷺ et dit : « Allah n’a pas honte de la vérité : la femme doit-elle se laver quand elle a un rêve ? — Oui, si elle voit l’eau. » Umm Salama, présente, se couvrit le visage en riant : « La femme a-t-elle cela ? — Oui, sinon d’où viendrait la ressemblance de l’enfant avec elle ? » (Bukhari 130, Muslim 313 — établi). Un hadith fondateur de la science des femmes, obtenu par une question sans fausse honte.
- Les neuf fils. Après le récit de la mort de son enfant (E), le Prophète ﷺ pria pour eux ; « je vis neuf fils de ’Abdullah ibn Abi Talha, tous récitateurs du Coran » (Bukhari 1301, Muslim 2144 — établi).
D. Rôle dans l’histoire
La dot. Abu Talha, l’un des chefs des Ansar, riche et archer, encore polythéiste, la demanda en mariage. Elle répondit : « Un homme comme toi ne se refuse pas, Abu Talha ; mais tu es mécréant et je suis musulmane, et il ne m’est pas permis de t’épouser. Si tu embrasses l’islam, ce sera ma dot, et je ne te demanderai rien d’autre. » Il se convertit, et ce fut sa dot. Thabit al-Bunani disait : « Je n’ai jamais entendu parler d’une dot plus noble que celle d’Umm Sulaym : l’islam » (al-Nasa’i 3341, Ibn Hibban — jugé authentique ; niveau établi). Le récit rapporté par Ibn Sa’d ajoute son argument : « Ne sais-tu pas que ton dieu est un morceau de bois qui a poussé de la terre, qu’un charpentier a taillé ? Si tu y mettais le feu, il brûlerait. »
Uhud. Anas : « J’ai vu ’Aisha bint Abi Bakr et Umm Sulaym, les jambes découvertes jusqu’aux anneaux de cheville, portant les outres sur leur dos, les vidant dans la bouche des gens, puis revenant les remplir » (Bukhari 2880, Muslim 1811 — établi).
Hunayn. Anas : « Umm Sulaym prit un poignard le jour de Hunayn. Abu Talha la vit et dit : “Messager d’Allah, voici Umm Sulaym avec un poignard !” Elle dit : “Ô Messager d’Allah, si l’un des polythéistes m’approche, je lui ouvre le ventre avec.” Le Prophète rit. Elle ajouta : “Tue ceux qui ont fui devant toi, ces libérés de La Mecque !” — “Umm Sulaym, Allah a suffi et a bien fait” » (Muslim 1809 — établi). Elle était enceinte ce jour-là, sur un chameau d’Abu Talha, dont elle tenait la bride avec son voile (Muslim 1809).
Al-Bara’ ibn Malik. Son second fils, « celui dont le serment est exaucé », le héros du Yamama et de Tustar, est traité dans la série des Ansar.
E. Anecdotes et détails marquants
La mort d’Abu ’Umayr. Le petit Abu ’Umayr — celui à qui le Prophète ﷺ demandait « Abu ’Umayr, qu’a fait le petit oiseau ? » (Bukhari 6129) — mourut alors qu’Abu Talha était sorti. Umm Sulaym le lava, l’enveloppa, le mit dans un coin de la maison, et dit à sa famille : « Ne dites rien à Abu Talha avant que je le lui dise. » Abu Talha rentra : « Comment va le petit ? — Il est plus calme qu’il n’a jamais été. » Elle lui servit le dîner, se para, et il eut des relations avec elle. Au matin : « Abu Talha, si des gens prêtaient un objet à une famille, puis le reprenaient, la famille pourrait-elle le refuser ? — Non. — Alors demande la récompense d’Allah pour ton fils. » Il se fâcha : « Tu m’as laissé me souiller, puis tu m’apprends la mort de mon fils ! » Il alla le raconter au Prophète ﷺ, qui dit : « Qu’Allah bénisse votre nuit ! » Elle conçut cette nuit ’Abdullah ibn Abi Talha ; le Prophète ﷺ fit le tahnik du nouveau-né avec une datte mâchée, et le nomma ; de ’Abdullah naquirent neuf fils, tous récitateurs (Bukhari 1301, 5470 ; Muslim 2144 — établi ; l’un des plus célèbres récits de patience du Sahih).
La maison ouverte. Le Prophète ﷺ n’entrait chez aucune femme de Médine, sauf ses épouses — et Umm Sulaym. On l’interrogea ; il dit : « J’ai pitié d’elle : son frère a été tué avec moi » — Haram ibn Milhan, tué à Bi’r Ma’una (Bukhari 2844, Muslim 2455 — établi).
L’invitation d’Abu Talha. Un jour qu’Anas vit le Prophète ﷺ affamé, une pierre sur le ventre, Umm Sulaym fit cuire quelques pains d’orge, les cacha sous le voile d’Anas et l’envoya inviter le Prophète ﷺ — qui vint avec quatre-vingts hommes ; Abu Talha s’effraya ; Umm Sulaym dit : « Allah et Son Messager savent mieux » ; le Prophète ﷺ fit émietter les pains, y versa du beurre, pria, et fit entrer les hommes dix par dix : tous mangèrent à satiété (Bukhari 3578, Muslim 2040 — établi). L’un des grands miracles du Prophète ﷺ eut lieu dans sa cuisine.
La prière pour Anas. Umm Sulaym dit au Prophète ﷺ : « Anas est ton petit serviteur ; prie Allah pour lui. » Il dit : « Ô Allah, augmente ses biens et ses enfants, et bénis-lui ce que Tu lui donnes. » Anas racontera : « Par Allah, mes biens sont abondants, et mes enfants et petits-enfants dépassent aujourd’hui la centaine » ; son jardin donnait deux fois l’an (Bukhari 6344, Muslim 2480 — établi).
F. Fin de vie
Elle mourut à Médine sous Mu’awiya, à une date inconnue, après Abu Talha, mort en mer en 34 H. Anas lui survécut jusqu’en 93 H. Elle transmit quatorze hadiths.
G. Ce que l’on retient
- La dot de l’islam. Elle a fixé le prix de sa main : la foi de l’homme.
- La patience comme stratégie. Abu ’Umayr mort, elle a attendu le matin, et la nuit a donné neuf récitateurs.
- Le fils donné. Anas, dix ans de service, deux mille hadiths : le cadeau d’une veuve.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Niveau |
|---|---|---|
| Les pas au Paradis | Muslim 2456 | Établi |
| La sueur recueillie | Bukhari 6281, Muslim 2331 | Établi |
| Anas donné au Prophète ﷺ | Muslim 2481 | Établi |
| La question sur le bain | Bukhari 130, Muslim 313 | Établi |
| La dot de l’islam | al-Nasa’i 3341 | Établi (jugé authentique) |
| Uhud : les outres | Bukhari 2880 | Établi |
| Hunayn : le poignard | Muslim 1809 | Établi |
| La mort d’Abu ’Umayr ; les neuf fils | Bukhari 1301, Muslim 2144 | Établi |
| « Son frère a été tué avec moi » | Bukhari 2844 | Établi |
| Les pains d’orge multipliés | Bukhari 3578, Muslim 2040 | Établi |
| L’argument sur l’idole de bois | Ibn Sa’d | Rapporté |
| Date de sa mort | — | Inconnue |
33. Umm Ayman — Baraka, la nourrice
| Fiche d’identité | Umm Ayman |
|---|---|
| Nom complet | Baraka bint Tha’laba ibn ’Amr, dite Umm Ayman |
| Origine | Abyssinienne (Éthiopie) |
| Condition | Esclave de ’Abdullah, père du Prophète ﷺ, héritée par lui ; affranchie à son mariage avec Khadija |
| Époux | ’Ubayd ibn Zayd al-Khazraji, puis Zayd ibn Haritha |
| Fils | Ayman ibn ’Ubayd, tué à Hunayn ; Usama ibn Zayd |
| Entrée en islam | Parmi les toutes premières |
| Émigration | Médine, à pied, seule |
| Mort | Cinq ou six mois après le Prophète ﷺ selon Ibn Sa’d ; sous ’Uthman selon d’autres |
| Sépulture | Al-Baqi’, Médine (rapporté) |
En une phrase : l’Abyssinienne qui tenait la main du Prophète ﷺ enfant sur la tombe de sa mère, qu’il appela « ma mère après ma mère », qu’il maria à son fils adoptif, et qui pleura, après sa mort, non sur lui mais sur la fin de la révélation.
A. Identité et famille
Une esclave abyssinienne de ‘Abdullah ibn ’Abd al-Muttalib, qui l’hérita de son père ; à la mort de ’Abdullah, elle passa à son fils Muhammad ﷺ, avec cinq chameaux et un troupeau — tout l’héritage (Ibn Sa’d — rapporté). Elle accompagna Amina et l’enfant de six ans à Yathrib, puis vit mourir Amina à al-Abwa’ sur le chemin du retour, et ramena l’orphelin à La Mecque, chez ’Abd al-Muttalib. Elle l’éleva. Il l’affranchit quand il épousa Khadija, à vingt-cinq ans, et la maria à ’Ubayd ibn Zayd, un Khazrajite, dont elle eut Ayman — d’où sa kunya. Veuve, elle fut remariée par le Prophète ﷺ à Zayd ibn Haritha, son fils adoptif, après la mission ; Usama naquit de cette union, « le bien-aimé fils du bien-aimé », de peau noire comme sa mère.
B. Entrée en islam
Elle crut dès les premiers jours, dans la maison même où la révélation descendit. Elle est de celles dont on ne trouve pas de récit de conversion : elle était là avant.
C. Ce que le Prophète ﷺ a dit d’elle
- « Umm Ayman est ma mère après ma mère » (Ibn Sa’d, al-Hakim — rapporté ; chaîne discutée mais retenue par Ibn Hajar).
- « Celui qui veut épouser une femme du Paradis, qu’il épouse Umm Ayman » — c’est ainsi qu’il la fit épouser par Zayd (Ibn Sa’d — rapporté).
- « Elle est ce qui reste des gens de ma maison » (Ibn Sa’d — rapporté).
- Il l’appelait « ma mère », lui rendait visite, et disait d’elle, qui prononçait mal l’arabe : « Elle a écorché le salut, mais Allah accepte » (Ibn Sa’d — rapporté ; voir E).
D. Rôle dans l’histoire
L’enfance du Prophète ﷺ. Elle est le témoin de ses six ans : Amina, le voyage, la mort à al-Abwa’, le retour. Le Prophète ﷺ, adulte, lui rendait visite « comme on visite sa mère », et Abu Bakr et ’Umar l’imitèrent après lui.
L’Hégire. Ibn Sa’d rapporte (rapporté) qu’elle émigra à pied, seule, sans provision, jeûnant par un jour de chaleur ; assoiffée à mourir, elle entendit un bruissement au-dessus d’elle et vit descendre un seau attaché à une corde blanche ; elle but, et dit : « Je n’ai plus jamais eu soif après cela, même en jeûnant par les jours les plus chauds. »
Les batailles. Elle fut à Uhud — abreuvant les blessés — et à Khaybar ; son fils Ayman fut tué à Hunayn, l’un des rares à ne pas fuir (Ibn Sa’d — rapporté).
Après le Prophète ﷺ. Anas raconte : « Après la mort du Messager d’Allah, Abu Bakr dit à ’Umar : “Allons rendre visite à Umm Ayman, comme le Messager d’Allah le faisait.” Quand ils arrivèrent, elle pleura. “Pourquoi pleures-tu ? Ce qui est auprès d’Allah est meilleur pour Son Messager. — Je ne pleure pas parce que j’ignore que ce qui est auprès d’Allah est meilleur pour Son Messager ; je pleure parce que la révélation du ciel s’est arrêtée.” Elle les fit pleurer, et ils pleurèrent avec elle » (Muslim 2454 — établi).
E. Anecdotes et détails marquants
« Que la paix ne soit pas sur vous. » Elle parlait mal l’arabe, à l’abyssinienne. Voulant dire « la paix soit sur vous » (al-salamu ’alaykum), elle disait « la paix pas sur vous » (al-salamu la ’alaykum). Le Prophète ﷺ, qui riait, lui permit de dire seulement « la paix » (Ibn Sa’d — rapporté). Un jour où l’armée disait « Allah a fait ceci pour nous », elle dit : « Allah a fait ceci sur nous », et il rit.
Le trébuchement. Il lui arriva de trébucher devant lui ; elle dit : « Que le pied du polythéiste trébuche ! » — il répondit : « Ne dis pas cela, Umm Ayman » (rapporté ; Ibn Sa’d).
L’ordre à Usama. Le Prophète ﷺ dit à Usama : « Ta mère m’a dit ceci… » — il lui faisait passer ses demandes (rapporté).
Le nom de Baraka. « Bénédiction » : les biographes notent la coïncidence entre son nom et sa place — celle qui porta l’orphelin sur ses hanches et vit descendre la révélation dans la maison où elle servait.
Sa mort. Ibn Sa’d la fait mourir cinq mois après le Prophète ﷺ, sous Abu Bakr ; d’autres au début du califat de ’Uthman, vingt jours après le meurtre de ’Umar. Le dossier signale la divergence.
F. Fin de vie
Selon Ibn Sa’d, elle mourut à Médine, en 11 H, cinq ou six mois après le Prophète ﷺ, avant même la mort de Fatima ; selon d’autres, en 24 H, au début du califat de ‘Uthman. Enterrée à al-Baqi’. Elle ne transmit que très peu de hadiths, mais elle est la source de plusieurs récits sur l’enfance du Prophète ﷺ.
G. Ce que l’on retient
- Une esclave noire fut la mère de substitution du Prophète ﷺ. Il l’a dit, et l’a visitée jusqu’à la fin.
- Pleurer la révélation. Sa larme après sa mort n’était pas pour lui — « ce qui est auprès d’Allah est meilleur » — mais pour le ciel qui se taisait.
- L’accent ne fait rien. « La paix pas sur vous » : Allah accepte.
H. Sources et degré d’authenticité
| Récit | Source | Niveau |
|---|---|---|
| Les larmes après la mort du Prophète ﷺ ; la visite d’Abu Bakr et ’Umar | Muslim 2454 | Établi |
| Esclave de ‘Abdullah ; al-Abwa’ ; affranchie à son mariage | Ibn Sa’d, Ibn Ishaq | Rapporté |
| « Ma mère après ma mère » | Ibn Sa’d, al-Hakim | Rapporté (discuté) |
| « Une femme du Paradis » ; mariage avec Zayd | Ibn Sa’d | Rapporté |
| L’Hégire à pied ; le seau du ciel | Ibn Sa’d | Rapporté |
| « La paix pas sur vous » | Ibn Sa’d | Rapporté |
| Ayman tué à Hunayn | Ibn Sa’d | Rapporté |
| Date de sa mort (11 / 24 H) | Divergences | Discuté |
PARTIE III — DOUZE COMPAGNONNES À CONNAÎTRE
Notices plus brèves — identité, ce qui est établi, ce qui est rapporté, ce que l’on retient — pour douze femmes qui ne sont pas dans la liste des cent et sans lesquelles la première génération ne se comprend pas.
Asma bint ’Umays — celle des deux Hégires
Identité. Des Khath’am, sœur utérine de Maymuna et d’Umm al-Fadl ; épouse de Ja’far ibn Abi Talib, puis d’Abu Bakr, puis de ’Ali — trois maris parmi les plus grands compagnons, ce qui fit dire : « La femme la plus noble par ses gendres et ses maris. » Mère de ’Abdullah, Muhammad et ’Awn ibn Ja’far ; de Muhammad ibn Abi Bakr ; de Yahya ibn ’Ali.
Établi. Convertie parmi les premières, elle émigra en Abyssinie avec Ja’far et y resta une quinzaine d’années ; elle revint à Khaybar (7 H). ’Umar la trouva chez Hafsa : « L’Abyssinienne ? La navigatrice ? — Oui. — Nous vous avons devancés dans l’Hégire, nous avons plus de droit sur le Messager d’Allah que vous. » Elle se fâcha : « Vous étiez avec le Messager d’Allah, qui nourrissait l’affamé et instruisait l’ignorant, et nous étions loin, chez des étrangers, en Abyssinie, pour Allah et Son Messager ; par Allah, je ne mangerai ni ne boirai avant d’avoir rapporté ce que tu as dit au Messager d’Allah. » Le Prophète ﷺ dit : « Il n’a pas plus de droit sur moi que vous ; lui et ses compagnons ont une Hégire, et vous, gens du bateau, en avez deux. » Les gens du bateau venaient ensuite l’interroger par groupes, « et rien au monde ne les réjouissait plus que cette parole » (Bukhari 4230-4231, Muslim 2502 — établi). Elle accoucha de Muhammad ibn Abi Bakr à Dhul-Hulayfa, en route pour le pèlerinage d’adieu, et le Prophète ﷺ lui fit dire de se laver et d’entrer en ihram (Muslim 1209 — établi).
Rapporté. Elle apporta d’Abyssinie l’usage du dais funéraire, qu’elle proposa pour Zaynab bint Jahsh ; elle lava le corps d’Abu Bakr, son mari, selon son testament ; elle assista Fatima à sa mort et prépara son linceul (Ibn Sa’d — rapporté). Elle rapporta un hadith du Prophète ﷺ sur l’invocation du malheur : « Allah, Allah, mon Seigneur, je ne Lui associe rien » (Abu Dawud 1525 — jugé authentique). Elle mourut après ’Ali, vers 40 H (rapporté).
Ce que l’on retient. Une Hégire compte double quand elle est plus longue et plus lointaine ; et une femme a fait reconnaître cela contre ’Umar.
Umm al-Fadl Lubaba bint al-Harith — la deuxième croyante
Identité. Des Banu Hilal, sœur de Maymuna ; épouse d’al-’Abbas ; mère de ’Abdullah ibn ’Abbas, al-Fadl, Qutham, ’Ubaydullah, et de quatre autres — « aucune femme n’a enfanté plus de nobles » (Ibn Sa’d — rapporté).
Établi. Le jour de ’Arafa, les gens doutaient si le Prophète ﷺ jeûnait ; elle lui envoya un bol de lait, qu’il but devant tous, à dos de chamelle (Bukhari 1988, Muslim 1123 — établi) : le fondement de la règle que le pèlerin ne jeûne pas à ’Arafa. Elle rapporta que le Prophète ﷺ récitait « Par les envoyés » dans la prière du Maghrib, et que ce fut la dernière qu’elle l’entendit réciter (Bukhari 763, Muslim 462 — établi). Elle allaita al-Husayn (rapporté).
Rapporté. Elle est, selon Ibn Sa’d et Ibn ‘Abd al-Barr, la deuxième femme à se convertir après Khadija, et elle crut avant son mari. Après Badr, quand la nouvelle de la défaite arriva à La Mecque, Abu Lahab, furieux, se mit à battre Abu Rafi’, l’affranchi d’al-’Abbas, qui se réjouissait ; Umm al-Fadl prit un pieu de tente et fendit la tête d’Abu Lahab : « Tu le crois faible parce que son maître est absent ! » Il mourut une semaine après, d’une maladie purulente (Ibn Ishaq — rapporté). Elle rêva qu’un morceau du Prophète ﷺ était dans sa maison ; il dit : « Fatima enfantera un garçon, et tu l’allaiteras » — al-Husayn (al-Hakim — discuté). Morte sous ’Uthman, avant al-’Abbas (rapporté).
Ce que l’on retient. Une femme frappa Abu Lahab ; la mère d’Ibn ’Abbas crut avant al-’Abbas.
Umm Hani bint Abi Talib — la protection qui vaut
Identité. Fakhita, ou Hind, fille d’Abu Talib, sœur de ’Ali et de Ja’far, cousine du Prophète ﷺ ; épouse de Hubayra ibn Abi Wahb al-Makhzumi, qui s’enfuit à Najran à la conquête et resta polythéiste.
Établi. Le jour de la conquête de La Mecque, elle raconte : « Je suis allée voir le Messager d’Allah ; il se lavait, et Fatima le cachait derrière un vêtement. — Qui est-ce ? — Umm Hani. — Bienvenue à Umm Hani. » Il fit huit rak’as, enveloppé dans un vêtement — la prière de duha, ou de la victoire. « Ô Messager d’Allah, le fils de ma mère [’Ali] prétend qu’il va tuer un homme à qui j’ai accordé protection, un tel fils de Hubayra. — Nous accordons protection à qui tu as accordé protection, Umm Hani » (Bukhari 357, 3171 ; Muslim 336 — établi). La protection d’une femme engage l’État.
Rapporté. Le Prophète ﷺ la demanda en mariage après la conquête ; elle s’excusa : « J’ai des enfants, et je crains de ne pouvoir accomplir ton droit » ; il approuva : « Les meilleures femmes qui aient monté des chameaux sont les femmes de Quraysh : les plus tendres pour l’enfant, les plus soigneuses du bien de leur mari » (Bukhari 5082 pour la parole — établi ; le lien avec sa réponse est rapporté par Ibn Sa’d). Selon plusieurs rapports, le Voyage nocturne partit de sa maison, où le Prophète ﷺ dormait (Ibn Ishaq — rapporté, discuté). Elle transmit quarante-six hadiths et mourut sous Mu’awiya.
Ce que l’on retient. « Nous protégeons qui tu protèges » : la parole d’une femme lie le Prophète ﷺ et le conquérant.
Khawla bint Tha’laba — celle qu’Allah entendit
Identité. Une femme des Ansar, des Khazraj, épouse d’Aws ibn al-Samit, frère de ’Ubada.
Coranique et établi. « Allah a entendu la parole de celle qui discutait avec toi au sujet de son mari et se plaignait à Allah ; Allah entendait votre dialogue » (58:1). Son mari, vieux et irascible, lui avait dit « tu es pour moi comme le dos de ma mère » — le zihar, répudiation définitive de la Jahiliyya. Elle vint se plaindre au Prophète ﷺ, qui lui dit ne rien pouvoir : « Tu lui es interdite. » Elle discuta, pleura, invoqua : « Ô Allah, je me plains à Toi. » Et la sourate descendit, abolissant le zihar et lui donnant une expiation (Abu Dawud 2214, Ahmad — jugé authentique). ’Aisha : « Béni soit Celui dont l’ouïe embrasse tout ! J’entendais une partie de ce que disait Khawla, et une partie m’échappait — et Allah l’a entendue du haut des sept cieux » (Bukhari, Tawhid, en suspens ; Ibn Majah 188 — établi).
Rapporté. Sous le califat de ’Umar, elle l’arrêta sur la route, entouré de notables, et le sermonna longuement : « Ô ’Umar, je t’ai connu petit ’Umayr au marché de ’Ukaz, gardant les moutons ; les jours ont passé et te voilà Commandeur des croyants ; crains Allah au sujet de tes sujets. » On lui reprocha d’avoir retenu le calife ; ’Umar répondit : « Par Allah, si elle m’avait retenu jusqu’à la nuit, je ne serais pas parti avant qu’elle ait fini : c’est celle qu’Allah a entendue du haut des sept cieux ; ’Umar serait plus digne de l’écouter » (Ibn ’Abd al-Barr, Ibn Kathir — rapporté).
Ce que l’on retient. Une femme s’est plainte, et Allah a répondu par une sourate ; un calife s’est arrêté pour elle.
Al-Shifa bint ’Abdillah — la lettrée du marché
Identité. Layla, dite al-Shifa, des Banu ’Adi, le clan de ’Umar ; convertie avant l’Hégire ; émigrée ; épouse d’Abu Hathma ; mère de Sulayman.
Établi. Elle savait écrire, ce qui était rare, et savait des remèdes ; le Prophète ﷺ entra chez Hafsa alors qu’al-Shifa y était : « Ne lui apprends-tu pas l’incantation contre les piqûres, comme tu lui as appris à écrire ? » (Abu Dawud 3887, Ahmad — jugé authentique). Elle rapporta le hadith : « Le Messager d’Allah fit pour moi une maison à Médine » — il lui donna une maison, où elle vivait avec son fils (rapporté).
Rapporté. ‘Umar la consultait, la mettait en avant, et l’aurait chargée de la surveillance du marché de Médine — la hisba — selon un rapport d’Ibn ’Abd al-Barr et Ibn Hajar, contesté par d’autres qui y voient une confusion avec Samra’ bint Nuhayk, qui inspectait les marchés à La Mecque avec un fouet (al-Tabarani — rapporté). Le fait qu’une femme ait exercé une charge de marché est en tout cas rapporté par les biographes classiques. Elle transmit douze hadiths et mourut vers 20 H.
Ce que l’on retient. Une femme lettrée, enseignante de l’épouse du Prophète ﷺ, surveillante du marché sous ’Umar.
Umm Waraqa bint ’Abdillah — la martyre
Identité. Umm Waraqa bint ’Abdillah ibn al-Harith, des Ansar, des Banu Najjar ; elle avait mémorisé le Coran.
Établi / discuté. Le Prophète ﷺ la visitait et l’appelait « la martyre » (al-shahida) ; elle lui avait demandé la permission de partir à Badr pour soigner les blessés : « Peut-être Allah m’accordera-t-Il le martyre. — Reste chez toi, Allah te donnera le martyre. » Il lui permit d’avoir un muezzin dans sa maison et lui ordonna de diriger la prière des gens de sa maison (Abu Dawud 591-592, Ahmad — chaîne jugée bonne par certains, faible par d’autres ; niveau discuté ; c’est le texte sur lequel s’appuie la permission, pour une femme, de diriger la prière des femmes, et le débat sur la direction de sa maison). Sous ’Umar, son esclave et sa servante, qu’elle avait promis d’affranchir à sa mort, l’étranglèrent une nuit avec un voile ; ’Umar les fit rechercher et crucifier — « les premiers crucifiés à Médine » — et dit : « Le Messager d’Allah disait vrai : “Allons rendre visite à la martyre” » (Abu Dawud 591 — même chaîne).
Ce que l’on retient. Le martyre promis à celle qui reste chez elle, et donné quinze ans plus tard ; une femme qui dirigeait la prière de sa maison, avec un muezzin.
Rufayda al-Aslamiyya — la première infirmière
Identité. Rufayda bint Sa’d, des Aslam, une tribu proche de Médine ; elle avait appris la médecine de son père.
Établi (pour la tente). Sa’d ibn Mu’adh, blessé au Fossé d’une flèche à l’artère du bras, fut placé « dans la tente d’une femme des Aslam nommée Rufayda, dans la mosquée, qui soignait les blessés et se dévouait au service des musulmans ; le Prophète ﷺ dit : mettez-le dans la tente de Rufayda, que je le visite de près » (Bukhari 463 pour la tente dans la mosquée — établi ; le nom de Rufayda est dans Ibn Ishaq, Ibn Sa’d — rapporté).
Rapporté. Elle avait une tente dans la mosquée de Médine où elle soignait les blessés et les malades ; elle sortait en expédition — Khaybar — avec d’autres femmes, et le Prophète ﷺ lui attribua une part de butin égale à celle d’un homme (Ibn Sa’d — rapporté). Elle forma d’autres femmes, dont ’Aisha, dit-on, aux soins (populaire).
Ce que l’on retient. Le premier hôpital de l’islam fut une tente de femme dans la mosquée du Prophète ﷺ.
Umm Haram bint Milhan — celle qui mourut en mer
Identité. Sœur d’Umm Sulaym ; épouse de ’Ubada ibn al-Samit ; tante maternelle — de lait ou de parenté — du Prophète ﷺ, qui pouvait entrer chez elle.
Établi. Anas : « Le Messager d’Allah entrait chez Umm Haram bint Milhan, qui lui donnait à manger. Un jour, il dormit chez elle, puis se réveilla en riant. “Qu’est-ce qui te fait rire, Messager d’Allah ? — Des gens de ma communauté m’ont été montrés, naviguant sur la mer comme des rois sur des trônes. — Prie Allah que je sois d’eux. — Tu en es.” Il se rendormit, se réveilla en riant, dit la même chose ; elle demanda la même chose : “Tu es des premiers.” » Elle partit en mer avec son mari, sous Mu’awiya, dans la première expédition navale — Chypre, 27 ou 28 H —, et, débarquée, tomba de sa monture et se brisa le cou (Bukhari 2788-2789, 2799 ; Muslim 1912 — établi).
Rapporté. Sa tombe est à Larnaca, à Chypre, sous une mosquée — Hala Sultan Tekke — visitée depuis des siècles (rapporté ; le lieu est ancien).
Ce que l’on retient. « Tu es des premiers » : une femme fut promise à la première flotte de l’islam, et y mourut.
Umm ’Atiyya al-Ansariyya — celle qui lavait les morts
Identité. Nusayba bint al-Harith, des Ansar ; l’une des transmettrices les plus sûres des règles concernant les femmes.
Établi. « J’ai fait sept expéditions avec le Messager d’Allah ; je restais au camp, préparais leur nourriture, soignais les blessés et veillais sur les malades » (Muslim 1812). Elle lava la fille du Prophète ﷺ — Zaynab, ou Umm Kulthum — sous ses instructions : « Lavez-la trois fois, ou cinq, ou plus si vous le jugez bon, avec de l’eau et du jujubier, et mettez du camphre à la fin… Commencez par le côté droit et les membres des ablutions » ; il leur donna son pagne : « Mettez-le contre son corps » (Bukhari 1253-1263, Muslim 939 — établi) — le hadith de référence sur la toilette mortuaire. « On nous a ordonné de faire sortir les femmes aux deux fêtes, même celles qui ont leurs règles et les vierges cloîtrées, pour qu’elles assistent au bien et à l’invocation des musulmans, les femmes indisposées se tenant à l’écart de la prière » (Bukhari 324, 974 ; Muslim 890 — établi). « On nous a interdit de suivre les convois funéraires, sans insister » (Bukhari 1278). Elle rapporta le serment des femmes et l’interdiction des lamentations (Bukhari 4892).
Ce que l’on retient. Les règles de la toilette des morts, de la fête des femmes et du deuil viennent d’une infirmière de sept campagnes.
Umm Kulthum bint ’Uqba — la première émigrée après le traité
Identité. Fille de ’Uqba ibn Abi Mu’ayt, l’un des ennemis les plus féroces du Prophète ﷺ, exécuté après Badr ; sœur utérine de ’Uthman ibn ’Affan ; épouse successivement de Zayd ibn Haritha, d’al-Zubayr, de ’Abd al-Rahman ibn ’Awf (mère d’Ibrahim et de Humayd) et de ’Amr ibn al-’As.
Coranique et établi. Après Hudaybiyya, elle s’enfuit de La Mecque, à pied, avec deux hommes de Khuza’a pour escorte ; ses frères al-Walid et ’Umara vinrent la réclamer en vertu du traité, qui prévoyait le retour de ceux qui rejoindraient Médine. Le Coran descendit : « Ô croyants, quand les croyantes viennent à vous en émigrées, éprouvez-les ; si vous les reconnaissez croyantes, ne les renvoyez pas aux mécréants » (60:10). Le Prophète ﷺ la garda : la clause du traité ne s’appliquait qu’aux hommes (Bukhari 2711-2713 pour le traité et les femmes — établi ; le récit d’Umm Kulthum chez Ibn Ishaq, Ibn Sa’d — rapporté). Elle transmit le hadith : « N’est pas menteur celui qui réconcilie les gens, en disant du bien ou en rapportant du bien » et « je ne l’ai entendu autoriser le mensonge que dans trois cas : la guerre, la réconciliation entre les gens, et les paroles d’un homme à sa femme et d’une femme à son mari » (Bukhari 2692, Muslim 2605 — établi).
Ce que l’on retient. La première femme à quitter La Mecque seule pour la foi ; le verset qui protège les émigrées est descendu pour elle.
Barira — celle qui choisit
Identité. Esclave d’une famille des Ansar, mariée à Mughith, un esclave ; affranchie par ’Aisha.
Établi. Elle vint demander à ’Aisha de l’aider à payer son contrat d’affranchissement ; ses maîtres exigeaient de garder le wala’ — le droit de patronage. Le Prophète ﷺ dit : « Achète-la et affranchis-la ; le patronage appartient à celui qui affranchit » ; puis, en chaire : « Qu’ont-ils, ceux qui posent des conditions qui ne sont pas dans le Livre d’Allah ? » (Bukhari 456, 2168 ; Muslim 1504 — établi). Affranchie, elle eut le choix de rester avec son mari esclave ou de le quitter : elle le quitta. Mughith la suivait dans les rues de Médine, pleurant, la barbe mouillée de larmes ; le Prophète ﷺ dit à al-’Abbas : « Ne t’étonnes-tu pas de l’amour de Mughith pour Barira, et de la haine de Barira pour Mughith ? » Il lui dit : « Si tu le reprenais ? — Ô Messager d’Allah, me l’ordonnes-tu ? — J’intercède seulement. — Alors je n’ai pas besoin de lui » (Bukhari 5283, 5280 — établi). On lui apporta de la viande donnée en aumône à Barira ; « pour elle c’est une aumône, pour nous un cadeau » (Bukhari 1495). Elle fut interrogée pendant la calomnie sur ’Aisha : « Je ne lui connais qu’un défaut : c’est une jeune fille qui s’endort sur la pâte, et la brebis vient la manger » (Bukhari 4141 — établi).
Ce que l’on retient. Trois règles du droit viennent d’elle : le patronage, le choix de l’affranchie, l’aumône transformée en cadeau ; et une affranchie a dit non au Prophète ﷺ qui intercédait, sans que nul y trouve à redire.
Umm Ma’bad — celle qui décrivit le Prophète ﷺ
Identité. ’Atika bint Khalid, des Khuza’a, une Bédouine qui tenait une tente sur la route de l’Hégire, à Qudayd, où elle donnait à boire et à manger aux voyageurs.
Rapporté (jugé bon). Le Prophète ﷺ, Abu Bakr, ’Amir ibn Fuhayra et le guide s’arrêtèrent chez elle ; elle n’avait rien : une année de disette, une brebis restée à l’écart, épuisée. Le Prophète ﷺ demanda la permission de la traire ; « Si tu lui trouves du lait, trais-la » ; il invoqua Allah, passa la main sur les pis, et le lait coula à remplir un grand vase ; tous burent, il but le dernier ; il trait une seconde fois, laissa le vase, et repartit. Abu Ma’bad rentra, vit le lait : « D’où cela vient-il, alors que la brebis n’a pas de mâle et que le troupeau est loin ? — Un homme béni est passé. — Décris-le-moi. » Et elle fit la description qui est citée dans la notice du Prophète ﷺ (dossier des prophètes, série 3) : un homme d’une beauté éclatante, au visage lumineux, ni gros ni maigre, les yeux très noirs, les cils longs, la barbe fournie, grave dans le silence, brillant dans la parole, entouré de compagnons qui se pressaient à ses ordres ; « je n’ai jamais vu son pareil ». Abu Ma’bad : « C’est, par Allah, l’homme de Quraysh que l’on cherche ; si je le trouve, je le suivrai. » Et une voix, à La Mecque, chanta des vers sur « les deux compagnons qui campèrent chez Umm Ma’bad » (al-Hakim 3:9, al-Tabarani, al-Bayhaqi — chaînes jugées bonnes par Ibn Kathir ; niveau rapporté / établi). Les époux se convertirent plus tard.
Ce que l’on retient. La description physique la plus détaillée du Prophète ﷺ est celle d’une Bédouine qui ne savait pas qui il était.
Notice — Les esclaves affranchies de La Mecque
Quatre femmes, esclaves et torturées pour leur foi, rachetées par Abu Bakr, et dont on ne connaît presque que le nom (Ibn Ishaq, Ibn Sa’d — rapporté) :
- Zinnira al-Rumiyya — esclave de Banu Makhzum, ou de ’Umar avant sa conversion ; torturée jusqu’à perdre la vue ; Quraysh dit : « Al-Lat et al-’Uzza l’ont aveuglée » ; elle répondit : « Elles ne savent pas qui les adore ; c’est mon Seigneur qui peut me rendre la vue » — et elle la recouvra (Ibn Sa’d — rapporté).
- Al-Nahdiyya et sa fille — esclaves d’une femme des Banu ’Abd al-Dar, qui jurait de ne jamais les affranchir ; Abu Bakr les acheta, et la femme dit : « Prends-les, par Allah, je ne les affranchirai jamais » — « Elles sont libres. »
- Umm ’Ubays — esclave des Banu Zuhra, torturée.
- Lubayna — esclave de ’Umar, qu’il battait avant sa conversion « jusqu’à me fatiguer, et je m’arrête par lassitude, non par pitié » ; Abu Bakr l’acheta.
Le Coran descendit sur ces rachats : « … celui qui donne ses biens pour se purifier, sans qu’il ait reçu de bienfait de personne, seulement pour rechercher la Face de son Seigneur » (92:18-20 — rapporté pour la cause de révélation). Elles n’ont ni tombe ni date ; elles ont le Coran.
PARTIE IV — DÉBATS ET ANNEXES
1. Ce que ces vies enseignent
Il n’y a pas un modèle féminin, il y en a dix-sept. Une centenaire qui tient tête à un bourreau, une esclave qui meurt sous la lance, une guerrière à qui il manque une main, une veuve qui fait de la foi une dot, une nourrice qui pleure la révélation ; une navigatrice, une frappeuse d’Abu Lahab, une protectrice, une plaideuse, une lettrée, une martyre chez elle, une infirmière, une morte en mer, une laveuse de morts, une fugitive, une affranchie qui dit non, une Bédouine qui décrit. La tradition les a toutes gardées, sans en réduire aucune à un type.
Elles parlent, et on les écoute. Umm ’Umara et Umm Salama demandent, et le Coran mentionne les femmes ; Khawla se plaint, et une sourate descend ; Umm Hani protège, et le Prophète ﷺ ratifie ; Asma bint ’Umays se fâche, et ’Umar est repris ; Barira refuse, et le Prophète ﷺ n’insiste pas ; Khawla sermonne ’Umar, et ’Umar s’arrête. Aucune de ces femmes n’a été priée de se taire.
La foi avant tout lien. Asma garde sa mère polythéiste et reçoit un verset ; Umm Habiba plie le lit devant son père ; Umm Sulaym refuse un chef tant qu’il n’est pas croyant ; Umm Kulthum fuit ses frères. La parenté est honorée, mais elle ne commande pas la foi.
Les faibles ont ouvert la voie. La première martyre est une esclave, la mère de substitution du Prophète ﷺ est une Abyssinienne, la description la plus fine de son visage est d’une Bédouine, l’une des trois règles du patronage vient d’une affranchie. Le Coran est descendu pour des femmes sans nom.
Ce que les textes fixent et ce qu’ils laissent. Ces vies montrent des femmes dans la mosquée, à la guerre, au marché, dans la science, devant le calife ; elles montrent aussi des règles — la tenue, la prière derrière les hommes, l’absence des femmes de la direction politique et de l’imamat public. Le chapitre suivant traite les questions que cela soulève, sans en éluder aucune.
2. Questions et objections fréquentes
1. Le Prophète ﷺ a-t-il dit que les femmes sont « déficientes en raison et en religion » ? Oui, dans un hadith de Bukhari (304) et Muslim (79), prononcé un jour de fête, en s’adressant aux femmes sur le ton de la plaisanterie sérieuse, et en l’expliquant lui-même : « déficience de raison » parce que le témoignage de deux femmes équivaut à celui d’un homme dans les affaires de dette (2:282) ; « déficience de religion » parce qu’elles ne prient ni ne jeûnent pendant leurs règles. Il ne s’agit ni d’intelligence — ’Aisha corrigeait les savants —, ni de foi — Maryam et Asiya sont « parfaites » selon le même Prophète ﷺ — mais de deux règles précises de la loi, dont l’une est une dispense, non un reproche. Le même hadith dit qu’une femme « pleine de raison » peut « ôter la raison d’un homme résolu » ; et Ibn Hajar rappelle que le Prophète ﷺ le dit pour les exhorter à l’aumône, non pour les rabaisser. Une femme de l’assistance répondit du tac au tac : « Et pourquoi, Messager d’Allah ? » — elle n’avait pas peur de demander.
2. Pourquoi le témoignage de deux femmes vaut-il celui d’un homme ? Le verset (2:282) concerne les contrats de dette, « afin que si l’une s’égare, l’autre lui rappelle » ; il ne dit rien des autres témoignages. Les juristes en ont étendu la règle aux affaires financières ; mais le témoignage d’une seule femme suffit dans les affaires que les hommes ne voient pas — l’allaitement, la naissance, la virginité —, et ’Aisha seule a transmis des centaines de hadiths que la communauté tient pour loi, sur sa seule parole. La règle est liée à la pratique économique d’une société où les femmes ne fréquentaient pas les marchés ; les savants divergent sur sa portée, et ce dossier expose la divergence.
3. Pourquoi la femme hérite-t-elle la moitié de l’homme ? Dans un cas précis : le fils et la fille du même défunt (4:11). Dans d’autres, la femme hérite autant que l’homme — les parents d’un défunt, un sixième chacun —, ou plus que lui — la mère plus que le père dans certaines configurations, la fille plus que l’oncle —, et il existe des cas où seules les femmes héritent. La règle du fils et de la fille est liée aux charges : le fils doit entretenir sa femme, ses enfants, ses parents et ses sœurs ; la fille ne doit entretenir personne et reçoit une dot. Avant l’islam, les femmes n’héritaient de rien et étaient elles-mêmes héritées (4:19) ; le verset descendit pour la veuve de Sa’d ibn al-Rabi’, dont le frère avait tout pris (Abu Dawud 2891). Umm Kuhha vint le dire au Prophète ﷺ ; c’est encore une femme qui obtint le verset.
4. Le Prophète ﷺ a-t-il dit que les femmes forment la majorité des gens du Feu ? Oui, dans le même hadith (Bukhari 304), et il en donna la raison : « Vous multipliez les malédictions et vous êtes ingrates envers vos maris. » Il ne dit pas que les femmes sont mauvaises ; il désigne deux défauts précis, et le hadith fut dit pour les corriger. D’autres hadiths disent que les femmes seront nombreuses au Paradis, que « pour un homme, deux épouses » y est la règle, et que les mères, filles et sœurs bien traitées sont « un voile contre le Feu » (Bukhari 1418). Le Prophète ﷺ dit aussi : « Les meilleurs d’entre vous sont les meilleurs envers leurs femmes » (Tirmidhi 1162) — et il l’était.
5. Les femmes étaient-elles enfermées ? Ce dossier répond par dix-sept biographies : Asma dans les champs, Nusayba à Uhud, Umm Sulaym à Hunayn, al-Shifa au marché, Rufayda dans la mosquée, Umm Haram en mer, Umm ’Atiyya dans sept campagnes, Khawla sur la route du calife, ’Aisha en chaire. Le voile (24:31 ; 33:59) fixe une tenue, non une réclusion ; la mosquée est ouverte aux femmes (Bukhari 900) ; la fête leur est ordonnée (Bukhari 324) ; le voyage est réglé par l’accompagnement d’un proche, dans une société où la route était un danger (Bukhari 1862). Ce que l’islam interdit, c’est le mélange sans retenue, non la présence.
6. Une femme peut-elle diriger la prière ? Des femmes, oui : ’Aisha et Umm Salama dirigeaient la prière des femmes, debout au milieu d’elles (rapporté, Ibn Abi Shayba) ; et le hadith d’Umm Waraqa (Abu Dawud 591, chaîne discutée) montre le Prophète ﷺ lui ordonnant de diriger « les gens de sa maison ». Des hommes, non, selon les quatre écoles, en dehors de cas très limités discutés à partir d’Umm Waraqa. Le débat contemporain sur l’imamat féminin mixte n’a pas d’appui dans la pratique de la première génération ; les textes qu’on invoque sont ceux-ci, et ils disent ce qu’ils disent.
7. Une femme peut-elle combattre ? Nusayba et Umm Sulaym l’ont fait, sous les yeux du Prophète ﷺ, qui a loué la première et ri avec la seconde. Le combat n’est pas une obligation pour les femmes — « votre combat est le pèlerinage » (Bukhari 1520) —, mais il n’est pas interdit à celles qui le peuvent ; les femmes avaient une place reconnue dans les expéditions : soins, eau, nourriture, et parfois l’épée. Le Prophète ﷺ leur donna une part du butin (Muslim 1812 pour Umm ’Atiyya ; Ibn Sa’d pour Rufayda).
8. Le Prophète ﷺ a-t-il dit que la femme, le chien et l’âne annulent la prière ? Un hadith le rapporte d’Abu Dharr (Muslim 510) ; ’Aisha, l’entendant, s’indigna : « Vous nous avez comparées aux ânes et aux chiens ! Par Allah, j’ai vu le Prophète prier alors que j’étais allongée devant lui sur le lit ; quand il se prosternait, il touchait mes pieds pour que je les retire » (Bukhari 514, Muslim 512). Les savants ont concilié : il s’agit d’interrompre la concentration, non d’annuler la prière ; et la parole de ’Aisha est reçue comme correction. Une femme a rectifié un hadith devant les compagnons, et sa rectification est dans Bukhari.
9. Le Prophète ﷺ a-t-il dit que la femme est « une côte tordue » ? Oui (Bukhari 3331, 5184), dans un hadith dont la conclusion est : « Traitez bien les femmes… si tu veux la redresser, tu la brises ; si tu la laisses, tu profites d’elle avec sa courbure. » Le hadith ne dit pas que la femme est défectueuse ; il dit à l’homme d’accepter ce qui, en elle, diffère de lui, au lieu de le briser. Ibn Hajar : « C’est une exhortation à la douceur et à la patience envers elles. »
10. Le verset 4:34 autorise-t-il à battre sa femme ? Il mentionne, en dernier recours après l’exhortation et la séparation du lit, un « coup » que la Sunna définit : « sans violence » (ghayr mubarrih, Muslim 1218), sans marque, sans atteindre le visage (Abu Dawud 2142), avec un siwak ou l’équivalent selon Ibn ‘Abbas — un geste symbolique de rupture, non une violence. Le Prophète ﷺ dit : « Ne frappez pas les servantes d’Allah » (Abu Dawud 2146), puis, devant les plaintes de femmes : « Ceux-là ne sont pas les meilleurs d’entre vous » ; et lui-même « n’a jamais frappé une femme » (Muslim 2328). Les savants — ’Ata’, al-Shafi’i sur un point — ont dit que s’en abstenir est meilleur. Un dossier honnête dit le verset, et dit aussi comment le Prophète ﷺ l’a vécu : jamais.
11. Les femmes ont-elles enseigné aux hommes ? Oui, et les hommes l’ont écrit : Abu Musa sur ’Aisha (Tirmidhi 3883), ’Urwa élève d’Asma et de ’Aisha, les compagnons interrogeant Umm Salama, Ibn ’Abbas apprenant la prière de nuit chez Maymuna, Umm ’Atiyya enseignant la toilette des morts à Bassora, al-Shifa enseignant Hafsa. Al-Dhahabi : « On n’a jamais connu de femme accusée de mensonge en hadith. » Plus tard, des centaines de femmes furent maîtresses de hadith — Ibn Hajar et al-Sakhawi en ont pris des licences.
12. Pourquoi aucune femme parmi les dix promis, les califes, les généraux ? Parce que la direction politique et militaire, dans la loi telle que la première génération l’a comprise et pratiquée, revient aux hommes — « un peuple qui confie ses affaires à une femme ne réussira pas », dit le Prophète ﷺ à propos de la Perse (Bukhari 4425), hadith que les juristes appliquent à la direction suprême. Les femmes ont exercé le conseil (Umm Salama), la protection (Umm Hani), la surveillance du marché (al-Shifa), la science (toutes), et une reine est louée dans le Coran (Bilqis) pour sa sagesse. La distinction n’est pas de valeur : les mérites — le Paradis annoncé, le martyre, la science — sont donnés aux femmes sans réserve ; elle est de fonction, et ce dossier la rapporte telle quelle.
13. Les esclaves affranchies étaient-elles vraiment libres ? Barira est le meilleur exemple : affranchie, elle choisit de quitter son mari contre le vœu de celui-ci et refuse l’intercession du Prophète ﷺ ; le hadith le rapporte sans un mot de blâme. Zinnira, al-Nahdiyya, Lubayna, Umm ’Ubays furent rachetées par Abu Bakr et vécurent libres à Médine ; Umm Ayman, affranchie, fut appelée « ma mère » par le Prophète ﷺ. L’islam n’a pas aboli l’esclavage d’un trait (dossier des Mères des croyants, question 6), mais les esclaves affranchies de cette série sont des personnes, pas des biens.
14. Une femme non musulmane peut-elle être aimée et honorée ? Asma reçut l’ordre de maintenir les liens avec sa mère polythéiste, et le verset 60:8 descendit pour elle ; le Prophète ﷺ honora Umm Ma’bad et Umm Hani avant leur conversion ; il respecta Sara, mère de ’Isa, et la femme de Pharaon. La foi commande la fidélité aux siens, non la rupture, sauf dans la religion.
15. Pourquoi si peu de femmes dans la liste des cent ? Parce que la liste retient la notoriété, et que les sources, écrites par des hommes dans une société où les femmes vivaient à l’écart, ont conservé moins de noms — mille cinq cents contre dix mille chez Ibn Hajar. Ce dossier en traite dix-sept, plus les onze Mères des croyants et Fatima : vingt-neuf sur cent, avec les onze de la série 2B — et il pourrait en ajouter des dizaines : Umm Sharik, Hamna bint Jahsh, Umm Ruman, Fatima bint al-Khattab, Umm Mani’, Samra’ bint Nuhayk, Umm Sinan, al-Rubayyi’ bint Mu’awwidh, Asma bint Yazid l’oratrice des femmes… Une série complémentaire est possible.
16. Que retenir pour aujourd’hui ? Que les compagnonnes ont été présentes partout où la loi le leur permettait, et que la loi leur permettait beaucoup ; que leur parole a été reçue, jusque dans le Coran ; que les distinctions que la loi établit sont de fonction, non de valeur ; et que quiconque veut savoir ce qu’est une femme musulmane doit commencer par lire ces vies, avant de lire les commentaires.
3. Tableau récapitulatif
| Compagnonne | Condition | Fait de gloire | Parole prophétique ou verset | Mort |
|---|---|---|---|---|
| Asma bint Abi Bakr | Fille d’Abu Bakr | Les deux ceintures ; devant al-Hajjaj | 60:8 ; « donne, ne retiens pas » | 73 H, centenaire |
| Sumayya | Esclave affranchie | Première martyre | « Votre rendez-vous est le Paradis » | vers 615, tuée |
| Nusayba | Ansar | Uhud, Yamama | « Je la voyais combattre devant moi » ; 33:35 | Sous ’Umar |
| Umm Sulaym | Ansar, veuve | La dot de l’islam ; Abu ’Umayr | « J’ai entendu ses pas au Paradis » | Sous Mu’awiya |
| Umm Ayman | Esclave abyssinienne | Nourrice ; les larmes | « Ma mère après ma mère » | 11 ou 24 H |
| Asma bint ’Umays | Émigrée d’Abyssinie | Les deux Hégires | « Vous en avez deux » | vers 40 H |
| Umm al-Fadl | Épouse d’al-’Abbas | Deuxième croyante ; Abu Lahab | Le lait de ’Arafa | Sous ’Uthman |
| Umm Hani | Cousine | La protection | « Nous protégeons qui tu protèges » | Sous Mu’awiya |
| Khawla | Ansar | Le zihar | 58:1 | — |
| Al-Shifa | Quraysh (’Adi) | Lettrée ; le marché | « Apprends-lui la ruqya » | vers 20 H |
| Umm Waraqa | Ansar | L’imamat de sa maison | « La martyre » | Sous ’Umar, tuée |
| Rufayda | Aslam | La tente des blessés | « Mettez-le dans sa tente » | — |
| Umm Haram | Ansar | Chypre | « Tu es des premiers » | 27-28 H, en mer |
| Umm ’Atiyya | Ansar | Sept expéditions ; la toilette des morts | « Lavez-la trois fois » | — |
| Umm Kulthum bint ’Uqba | Quraysh (Umayya) | Première émigrée après le traité | 60:10 | Sous ’Ali ou Mu’awiya |
| Barira | Affranchie | Le choix | « Le patronage à qui affranchit » | — |
| Umm Ma’bad | Bédouine de Khuza’a | La brebis ; la description | — | — |
4. Glossaire
- Sahabiyya — Compagnonne ; Ibn Hajar en recense plus de mille cinq cents.
- Bay’at al-nisa’ — Le serment des femmes (60:12), reçu sans contact de main.
- Nitaq — La ceinture ; Dhat al-Nitaqayn, « celle aux deux ceintures ».
- Zihar — La répudiation par assimilation à la mère, abolie par la sourate 58.
- Wala’ — Le patronage sur l’affranchi.
- Mukataba — Le contrat d’affranchissement ; celui de Barira.
- Hisba — La surveillance des marchés ; charge attribuée à al-Shifa selon un rapport.
- Ghazwa — Expédition ; Umm ’Atiyya en fit sept.
- Tahnik — La datte mâchée frottée au palais du nouveau-né.
- Naqisat ’aql wa din — « Déficientes en raison et en religion » ; hadith de Bukhari 304, expliqué en question 1.
5. Bibliographie classique
Biographies — Ibn Sa’d, al-Tabaqat al-Kubra, tome 8, « les femmes » (source principale) ; Ibn ’Abd al-Barr, al-Isti’ab, section des femmes ; Ibn al-Athir, Usd al-Ghaba, tome 7 ; Ibn Hajar, al-Isaba, tome 8, « les femmes » ; al-Dhahabi, Siyar A’lam al-Nubala’, tome 2 ; Ibn Ishaq / Ibn Hisham, al-Sira ; al-Waqidi, al-Maghazi (Uhud, Hunayn).
Hadiths — Bukhari, « al-Jihad » (les femmes au combat), « al-Nikah », « al-Jana’iz » (Umm ’Atiyya), « al-’Itq » (Barira), « Fada’il al-Sahaba » ; Muslim, « al-Jihad » (Umm ’Atiyya, Umm Sulaym), « al-Fada’il » (Umm Sulaym, Umm Ayman, Umm Haram), « al-Fitan » (Asma et al-Hajjaj) ; Tirmidhi, « al-Tafsir » (33:35) ; Abu Dawud, « al-Salat » (Umm Waraqa), « al-Talaq » (Khawla) ; al-Nasa’i, « al-Nikah » (la dot d’Umm Sulaym).
Sur les femmes en islam — Ibn Hajar, Fath al-Bari, sur Bukhari 304, 514, 900, 3331 ; al-Nawawi, Sharh Muslim, sur 79, 512, 1812 ; Ibn al-Qayyim, Zad al-ma’ad, sur les femmes dans les expéditions.
Note sur les références : les numéros de hadith sont donnés à titre indicatif d’après les grands recueils et peuvent différer selon les éditions ; chacun se vérifie dans le recueil cité ou sur sunnah.com.
Et Allah est le plus savant.
