Les premiers persécutés de La Mecque

Figures de l’islam · Les compagnons · Série 4

Les premiers persécutés de La Mecque

Les 100 compagnons du Prophète ﷺ — Série 4 (al-sâbiqûn al-awwalûn, n° 34 à 45)

PARTIE I — CADRE GÉNÉRAL

1. Avant-propos

Cette quatrième série des cent compagnons est consacrée à ceux que la tradition appelle al-sâbiqûn al-awwalûn, « les tout premiers » : les hommes entrés en islam à La Mecque, avant que la religion ne fût une force, quand y adhérer signifiait la torture, l’exil ou la ruine. Beaucoup étaient des esclaves, des affranchis, des étrangers sans clan pour les protéger : un Abyssin, un Persan, un Byzantin, des Bédouins pauvres. Leur histoire est celle de la foi à l’état pur, avant les victoires.

Le lecteur non musulman y verra comment une religion a commencé — non dans les palais, mais dans les maisons les plus fragiles de La Mecque ; le lecteur musulman y retrouvera les noms qu’il récite sans toujours savoir ce qu’ils ont enduré. Comme dans les séries précédentes, chaque fait est rapporté à sa source et son niveau de preuve est indiqué.

2. La persécution de La Mecque : contexte

La prédication publique commence vers 613, trois ans après la première révélation. Quraysh, la tribu qui gouverne La Mecque et tire sa richesse du pèlerinage païen, réagit d’abord par la moquerie, puis par la pression sur les clans, enfin par la violence contre ceux qu’aucun clan ne protège. Les notables — Abû Jahl, Umayya ibn Khalaf, al-Walîd ibn al-Mughîra, al-’Âs ibn Wâ’il — s’en prennent aux plus faibles : esclaves, affranchis, étrangers, jeunes gens sans appui.

Trois refuges apparaissent successivement : la maison d’al-Arqam, près de la colline de Safâ, où le Prophète ﷺ enseigne en secret ; l’Abyssinie, où deux groupes d’émigrés trouvent asile auprès du Négus (vers 615 et 616) ; enfin Médine, à partir de 622. Entre-temps, le boycott des Banû Hâshim (616-619) affame la communauté trois années durant.

Le Coran fait écho à cette période : « Ceux qui ont été persécutés pour la cause d’Allah, puis ont émigré, puis ont lutté et enduré : ton Seigneur est ensuite, pour eux, Pardonneur et Miséricordieux » (16:110). Et le verset qui, selon les exégètes, fut révélé au sujet de ’Ammâr : « Quiconque a renié Allah après avoir cru — sauf celui qui y a été contraint alors que son cœur demeure plein de la sérénité de la foi — » (16:106).

3. Sources et niveaux de preuve

Les biographies de ce dossier reposent sur les deux Sahîh, les Sunan, le Musnad d’Ahmad, la Sîra d’Ibn Hishâm, les Tabaqât d’Ibn Sa’d, et les dictionnaires biographiques d’Ibn ’Abd al-Barr, d’Ibn al-Athîr et d’Ibn Hajar. Trois niveaux sont distingués :

Niveau Signification Exemple
Établi Rapporté dans les deux Sahîh ou par des chaînes authentiques Les pas de Bilâl entendus au Paradis (Bukhârî 1149)
Fortement transmis Rapporté par la Sîra et les biographes, sans contradiction connue La torture de Bilâl sous la pierre
Incertain Récit isolé, chaîne faible, ou embellissement tardif Les paroles précises de certains martyrs

Les numéros de hadith correspondent aux éditions courantes ; ils doivent être vérifiés sur sunnah.com avant toute citation publique.

4. Sommaire de la série

Nom Origine Ce qu’il incarne
34 Bilâl ibn Rabâh Esclave d’origine abyssine Le muezzin de l’islam
35 ’Ammâr ibn Yâsir Fils d’un allié yéménite La famille martyre
36 Khabbâb ibn al-Aratt Forgeron, captif vendu à La Mecque La patience sous le feu
37 Suhayb al-Rûmî Arabe élevé chez les Byzantins Celui qui a acheté sa foi
38 Salmân al-Fârisî Persan, chercheur de vérité Le chemin vers l’islam
39 ’Abdullâh ibn Mas’ûd Berger de La Mecque Le premier récitateur public
40 Abû Dharr al-Ghifârî Bédouin de Ghifâr La franchise absolue
41 Al-Miqdâd ibn ’Amr Allié adopté, cavalier Le courage de Badr
42 Mus’ab ibn ’Umayr Jeune riche de Quraysh Le premier ambassadeur
43 Al-Arqam ibn Abî al-Arqam Jeune Makhzûmite La maison de l’islam naissant
44 ’Uthmân ibn Maz’ûn Notable de Jumah L’ascète des premiers jours
45 Abû Salama ibn ’Abd al-Asad Cousin et frère de lait du Prophète ﷺ Le premier émigré

PARTIE II — LES BIOGRAPHIES

34. Bilâl ibn Rabâh — le muezzin de l’islam

Fiche d’identité Bilâl ibn Rabâh
Nom complet Bilâl ibn Rabâh al-Habashî, Abû ’Abdillâh
Origine Né à La Mecque d’un père arabe captif et d’une mère abyssine, Hamâma ; esclave d’Umayya ibn Khalaf
Entrée en islam Parmi les tout premiers, vers 610-613
Émigration Médine, 622
Batailles Badr et toutes les suivantes
Fonction Premier muezzin ; trésorier du Prophète ﷺ
Mort Damas, vers 20 H / 641, autour de soixante ans
Sépulture Damas (cimetière de Bâb al-Saghîr, selon la tradition la plus répandue)

En une phrase : l’esclave noir torturé sur le sable brûlant, dont la voix, pendant dix ans, appela les musulmans à la prière du haut de la mosquée du Prophète ﷺ.

A. Origine et personnalité

Bilâl naît à La Mecque, dans la condition d’esclave, d’un père arabe réduit en captivité et d’une mère abyssine. Il appartient à Umayya ibn Khalaf, chef du clan de Jumah et l’un des ennemis les plus acharnés de l’islam. Les sources le décrivent grand, mince, la peau très sombre, les cheveux abondants, la voix puissante et claire — ce qui déterminera sa fonction.

B. Entrée en islam

Il fait partie des sept premiers à proclamer leur foi publiquement, selon Ibn Mas’ûd : le Prophète ﷺ, Abû Bakr, ’Ammâr, Sumayya, Suhayb, Bilâl et al-Miqdâd (Ibn Mâjah 150). Umayya le fait allonger sur le sable brûlant aux heures les plus chaudes, une lourde pierre sur la poitrine, en exigeant qu’il renie sa foi ; Bilâl répond seulement : « Ahad, Ahad » — « Un seul, Un seul ». Abû Bakr le rachète et l’affranchit ; ’Umar dira plus tard : « Abû Bakr est notre maître, et il a affranchi notre maître » (Bukhârî 3754).

C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui

Après la prière de l’aube, le Prophète ﷺ lui demanda un jour : « Bilâl, dis-moi quelle est l’œuvre dont tu espères le plus, car j’ai entendu le bruit de tes pas devant moi au Paradis. » Bilâl répondit qu’il ne faisait pas d’ablution, de jour ou de nuit, sans prier ensuite ce qu’Allah lui avait prescrit (Bukhârî 1149 ; Muslim 2458). Le Prophète ﷺ l’appelait aussi « le premier fruit de l’Abyssinie ».

D. Rôle dans l’histoire

À Médine, lorsque l’appel à la prière est institué, le Prophète ﷺ choisit Bilâl pour sa voix : « Lève-toi, Bilâl, et appelle à la prière » (Bukhârî 604 ; Muslim 377). Il est le muezzin du Prophète ﷺ jusqu’à sa mort, son trésorier chargé des dépenses, son compagnon de voyage. Le jour de la conquête de La Mecque, il monte sur le toit de la Ka’ba pour lancer l’appel : les fils des notables païens en pleurent de rage, et le Coran vient de proclamer que « le plus noble d’entre vous auprès d’Allah est le plus pieux » (49:13). À Badr, il reconnaît son ancien maître Umayya parmi les captifs et le désigne à ses compagnons ; Umayya est tué.

E. Anecdotes et détails marquants

  • Après la mort du Prophète ﷺ, Bilâl ne put plus lancer l’appel : sa voix se brisait au nom de Muhammad. Il demanda à Abû Bakr de le laisser partir combattre en Syrie.
  • La tradition rapporte que, revenu une fois à Médine sous ’Umar, il fit l’appel à la demande d’al-Hasan et al-Husayn, et que toute la ville sortit en pleurant, se souvenant du Prophète ﷺ (récit d’Ibn ’Asâkir ; fortement transmis, non dans les Sahîh).
  • ’Umar l’honora à Jérusalem en lui demandant de faire l’appel après la conquête.

F. Sa mort

Il mourut à Damas, vers 20 H. Ses derniers mots, selon les biographes : « Demain, je retrouverai les bien-aimés, Muhammad et ses compagnons. » Sa femme pleurait : « Quel malheur ! » ; il répondit : « Quelle joie ! »

G. Ce que l’on retient

Bilâl est la preuve vivante que l’islam a aboli, dès sa première génération, la hiérarchie des naissances : un esclave noir devint le premier à prononcer, du haut de la Ka’ba, la formule qui unit encore les musulmans.

H. Sources et degré d’authenticité

Torture et affranchissement : Sîra d’Ibn Hishâm, Bukhârî 3754 (fortement transmis / établi). Les pas au Paradis : Bukhârî, Muslim (établi). L’appel sur la Ka’ba : Ibn Hishâm, Tabaqât (fortement transmis). L’appel devant al-Hasan et al-Husayn : Ibn ’Asâkir (incertain quant aux détails).

35. ’Ammâr ibn Yâsir — la famille martyre

Fiche d’identité ’Ammâr ibn Yâsir
Nom complet ’Ammâr ibn Yâsir ibn ’Âmir al-’Ansî, Abû al-Yaqzân
Origine Né à La Mecque ; père yéménite allié des Banû Makhzûm, mère Sumayya, esclave affranchie
Entrée en islam Parmi les premiers, à la maison d’al-Arqam
Émigration Médine
Batailles Badr et toutes les suivantes ; Siffîn
Fonction Gouverneur de Koufa sous ’Umar
Mort Siffîn, 37 H / 657, à plus de quatre-vingt-dix ans
Sépulture Siffîn (Raqqa, Syrie)

En une phrase : le fils des deux premiers martyrs de l’islam, qui survécut à la torture pour mourir, vieillard, dans la bataille que le Prophète ﷺ lui avait annoncée.

A. Origine, famille et personnalité

Son père Yâsir, venu du Yémen à la recherche d’un frère, s’allie au clan de Makhzûm et épouse Sumayya, une esclave de ce clan, affranchie après la naissance de ’Ammâr. La famille est pauvre et sans protection tribale véritable — d’où l’acharnement dont elle sera victime.

B. Entrée en islam

’Ammâr entre en islam avec Suhayb, à la maison d’al-Arqam, alors que le Prophète ﷺ y enseigne encore en secret. Toute la famille suit. Abû Jahl les expose au soleil, les torture ; le Prophète ﷺ passe près d’eux et dit : « Patience, famille de Yâsir, votre rendez-vous est le Paradis » (Hâkim ; fortement transmis). Yâsir meurt sous les coups ; Sumayya est tuée d’un coup de lance par Abû Jahl — première martyre de l’islam. ’Ammâr, brisé par la torture, prononce les mots qu’on exige de lui ; il vient en pleurant trouver le Prophète ﷺ, qui lui demande : « Comment trouves-tu ton cœur ? — Serein dans la foi. — S’ils recommencent, recommence. » Le verset 16:106 est révélé, selon les exégètes, à son sujet.

C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui

« ’Ammâr est rempli de foi jusqu’aux os » (Nasâ’î ; bon). Et surtout, en construisant la mosquée de Médine, alors que ’Ammâr portait deux briques quand les autres n’en portaient qu’une : « Malheur à ’Ammâr, c’est le groupe rebelle qui le tuera ; il les appellera au Paradis et ils l’appelleront au Feu » (Bukhârî 447 ; Muslim 2915).

D. Rôle dans l’histoire

Il combat à Badr, à Uhud, à la Tranchée, prend part à toutes les expéditions. ’Umar le nomme gouverneur de Koufa, puis le destitue à la suite de plaintes, sans lui retirer son estime. Après le meurtre de ’Uthmân, il se range aux côtés de ’Alî et meurt à Siffîn, en 37 H, tué par les troupes de Mu’âwiya — ce qui, pour les savants sunnites, confirme que le parti de ’Alî était dans le droit et que l’autre camp, sans être infidèle, était « le groupe rebelle » du hadith, coupable d’une erreur d’appréciation.

E. Anecdotes et détails marquants

  • ’Umar disait de lui et de Bilâl qu’ils étaient de ceux dont l’islam devait « prendre conseil ».
  • Il était doux, silencieux ; on ne l’entendait jamais se plaindre des tortures subies.
  • Avant sa dernière bataille, il demanda du lait, disant que le Prophète ﷺ lui avait annoncé que sa dernière boisson en ce monde serait du lait.

F. Sa mort

Il tombe à Siffîn, à plus de quatre-vingt-dix ans. ’Alî pria sur lui et l’enterra dans ses vêtements. Mu’âwiya, informé, aurait dit que celui qui l’avait tué était celui qui l’avait amené au combat — parole que ’Alî retourna : « Alors c’est le Prophète ﷺ qui a tué Hamza, en l’amenant à Uhud. »

G. Ce que l’on retient

’Ammâr montre les deux visages de la fidélité : la faiblesse pardonnée sous la torture, la constance jusqu’à la mort dans la vieillesse. Sa mort est aussi l’une des clés que les savants utilisent pour lire la grande discorde.

H. Sources et degré d’authenticité

Le hadith du « groupe rebelle » : Bukhârî, Muslim (établi). La torture de la famille et le verset 16:106 : Ibn Hishâm, Tabaqât, tafsîrs (fortement transmis). La parole « votre rendez-vous est le Paradis » : Hâkim (chaîne discutée mais acceptée par la plupart). Les détails de Siffîn : Tabarî (fortement transmis).

36. Khabbâb ibn al-Aratt — la patience sous le feu

Fiche d’identité Khabbâb ibn al-Aratt
Nom complet Khabbâb ibn al-Aratt al-Tamîmî, Abû ’Abdillâh
Origine Arabe de Tamîm, capturé enfant et vendu comme esclave à La Mecque ; forgeron
Entrée en islam Sixième musulman, selon lui-même
Émigration Médine
Batailles Badr et toutes les suivantes
Mort Koufa, 37 H / 657, à soixante-treize ans
Sépulture Koufa — premier compagnon enterré hors de la ville ; ’Alî pria sur sa tombe

En une phrase : le forgeron que ses maîtres brûlaient sur les braises de sa propre forge, et dont la plainte au Prophète ﷺ a produit l’un des enseignements les plus célèbres sur la patience.

A. Origine et personnalité

Enlevé enfant lors d’un raid, vendu à La Mecque à une femme des Banû Zuhra, Umm Anmâr, il apprend le métier de forgeron et fabrique des sabres. Il est l’un des rares premiers musulmans à posséder un métier et une clientèle.

B. Entrée en islam

Il se disait le sixième à embrasser l’islam. Sa maîtresse et ses alliés le torturent : on le couche sur des charbons ardents, un homme lui tenant la poitrine au sol jusqu’à ce que le feu s’éteigne dans la graisse de son dos. Sous ’Umar, montrant les cicatrices, il dira : « Regarde mon dos » ; ’Umar déclara n’avoir jamais vu un dos pareil.

C. Ce qu’il a rapporté du Prophète ﷺ

Un jour, il vint se plaindre au Prophète ﷺ, adossé à la Ka’ba : « Ne vas-tu pas demander secours pour nous ? Ne vas-tu pas invoquer pour nous ? » Le Prophète ﷺ répondit : « Avant vous, on prenait un homme, on creusait un trou, on l’y mettait, on prenait une scie et on la posait sur sa tête pour le couper en deux ; on lui passait les peignes de fer entre chair et os — et cela ne le détournait pas de sa religion. Par Allah, Allah achèvera cette affaire, au point qu’un cavalier ira de San’â’ à Hadramawt sans craindre qu’Allah, ou le loup pour ses moutons. Mais vous êtes pressés » (Bukhârî 3612).

D. Rôle dans l’histoire

C’est chez Khabbâb que ’Umar, venu tuer le Prophète ﷺ, trouva sa sœur Fâtima et son beau-frère en train de lire la sourate Tâ-Hâ — la scène qui déclencha la conversion de ’Umar (Ibn Hishâm ; fortement transmis). Il combattit à Badr et à toutes les batailles, et fut l’un des transmetteurs les plus sûrs de la première génération.

E. Anecdotes et détails marquants

  • Al-’Âs ibn Wâ’il lui devait le prix d’une épée et refusa de payer « tant qu’il ne renierait pas Muhammad ». Khabbâb répondit qu’il ne le renierait pas, même mort et ressuscité. L’autre se moqua : « Alors je te paierai quand je serai ressuscité, car j’aurai des biens et des enfants ! » Le Coran répondit : « As-tu vu celui qui ne croit pas à Nos versets et dit : “On me donnera certes des biens et des enfants” ? » (19:77 ; Bukhârî 2091).
  • À la fin de sa vie, malade, il pleurait en montrant son linceul : « Les compagnons sont partis sans rien prendre de leur récompense en ce monde ; nous, nous avons vécu jusqu’à recevoir ce que nous ne savons où mettre » (Bukhârî 6430, 6431).

F. Sa mort

Il mourut à Koufa en 37 H. ’Alî, revenant de Siffîn, s’arrêta devant sa tombe : « Qu’Allah fasse miséricorde à Khabbâb : il est entré en islam de plein gré, a émigré de bon cœur, a vécu en combattant, a été éprouvé dans son corps, et Allah ne laissera pas perdre la récompense de qui fait le bien. »

G. Ce que l’on retient

Khabbâb enseigne que la patience n’est pas la passivité : elle est la certitude que l’affaire sera achevée, et que celui qui souffre pour la vérité fait déjà partie de son achèvement.

H. Sources et degré d’authenticité

Le hadith de la scie : Bukhârî (établi). L’épisode d’al-’Âs ibn Wâ’il : Bukhârî (établi). La conversion de ’Umar chez lui : Ibn Hishâm (fortement transmis). Les paroles de ’Alî sur sa tombe : biographes (fortement transmis).

37. Suhayb al-Rûmî — celui qui a acheté sa foi

Fiche d’identité Suhayb ibn Sinân
Nom complet Suhayb ibn Sinân al-Namarî, Abû Yahyâ, dit « le Byzantin »
Origine Arabe de la région de Mossoul, capturé enfant par les Byzantins, élevé en pays grec, racheté et affranchi à La Mecque par ’Abdullâh ibn Jud’ân
Entrée en islam Parmi les premiers, avec ’Ammâr, à la maison d’al-Arqam
Émigration Médine, en abandonnant tous ses biens
Batailles Badr et toutes les suivantes
Fonction Dirigea la prière des musulmans pendant les trois jours du conseil qui suivit la mort de ’Umar
Mort Médine, 38 H / 659, à environ soixante-treize ans
Sépulture Al-Baqî’

En une phrase : l’homme qui, pour rejoindre le Prophète ﷺ, livra à Quraysh toute sa fortune — et dont le Prophète ﷺ dit qu’il avait fait « un commerce profitable ».

A. Origine et personnalité

Né arabe, élevé chez les Byzantins, il parle avec un accent grec qui lui vaut son surnom. Riche marchand affranchi à La Mecque, roux, généreux, il est connu pour son humour et sa bonté. ’Umar lui reprochait trois choses en plaisantant : sa kunya « Abû Yahyâ » alors qu’il n’avait pas de fils de ce nom, sa prétention d’être de Namir, et sa prodigalité ; il répondit à chacune.

B. Entrée en islam

Il entre en islam avec ’Ammâr, à la maison d’al-Arqam, après une trentaine de musulmans. Sans clan, il est torturé comme les autres « faibles ».

C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui

Lorsqu’il voulut émigrer, les Mecquois l’arrêtèrent : « Tu es venu pauvre, tu t’es enrichi chez nous, et tu partirais avec tout ? » Il leur dit où était caché son or et partit sans rien. Le Prophète ﷺ l’accueillit : « Suhayb a fait un commerce profitable ! » Et le verset fut révélé, selon les exégètes : « Il est des hommes qui vendent leur personne pour rechercher l’agrément d’Allah » (2:207).

D. Rôle dans l’histoire

Il combat à toutes les batailles. Mourant, ’Umar lui confie la direction de la prière pendant les jours où les six membres du conseil choisissent le nouveau calife — signe de sa réputation de neutralité et de droiture (Bukhârî 3700).

E. Anecdotes et détails marquants

  • Il avait mal aux yeux et mangeait des dattes ; le Prophète ﷺ le taquina ; il répondit qu’il mâchait « du côté sain » (Ibn Mâjah, Hâkim ; bon).
  • Il nourrissait les pauvres de Médine si largement que ’Umar l’en réprimanda ; il répondit avoir entendu le Prophète ﷺ dire : « Le meilleur d’entre vous est celui qui nourrit et salue. »

F. Sa mort

Il mourut à Médine en 38 H et fut enterré à al-Baqî’.

G. Ce que l’on retient

Suhayb enseigne que la foi a un prix, que ce prix peut être tout ce que l’on possède, et que ce marché est toujours gagnant.

H. Sources et degré d’authenticité

Le rachat de l’émigration et le verset 2:207 : Ibn Hishâm, tafsîrs, Hâkim (fortement transmis ; le hadith « commerce profitable » est jugé bon). La prière du conseil : Bukhârî (établi).

38. Salmân al-Fârisî — le chemin vers l’islam

Fiche d’identité Salmân al-Fârisî
Nom complet Salmân, dit « le Persan », affranchi du Messager d’Allah ﷺ, Abû ’Abdillâh
Origine Village de Jayy près d’Ispahan, fils d’un notable zoroastrien
Entrée en islam Médine, dès l’arrivée du Prophète ﷺ (1 H)
Batailles La Tranchée (5 H) et les suivantes ; absent de Badr et d’Uhud car encore esclave
Fonction Gouverneur d’al-Madâ’in sous ’Umar
Mort Al-Madâ’in (Ctésiphon), vers 33-36 H, à un âge très avancé
Sépulture Al-Madâ’in, près de Bagdad

En une phrase : le fils de mage persan qui traversa la Syrie, Mossoul, Nisibe et Amorium à la recherche de la vraie religion, fut vendu comme esclave, et reconnut à Médine les signes qu’un moine chrétien lui avait décrits.

Salmân est rangé ici parmi « les premiers persécutés » non par sa date d’entrée en islam, tardive, mais par la condition qui fut la sienne : l’esclavage, l’errance et la souffrance endurée pour chercher la vérité avant même de la connaître.

A. Origine et jeunesse

Fils du chef d’un village persan, gardien du feu sacré, il découvre le christianisme en passant devant une église, s’y attache, et fuit vers la Syrie. Il sert successivement plusieurs évêques et moines — à Damas, Mossoul, Nisibe, Amorium — dont le dernier lui annonce qu’un prophète va paraître en Arabie, « dans une terre de palmiers entre deux étendues de pierres noires », qu’il accepte le cadeau mais non l’aumône, et porte entre les épaules le sceau de la prophétie. Un convoi arabe le vend comme esclave à un juif, qui le revend à un juif de Médine. Ce long récit est rapporté par Salmân lui-même à Ibn ’Abbâs (Ahmad, Musnad ; chaîne bonne selon les spécialistes).

B. Entrée en islam

Quand le Prophète ﷺ arrive à Qubâ’, Salmân lui apporte des dattes en aumône : il n’y touche pas. Puis en cadeau : il en mange. Enfin, il cherche à voir son dos : le Prophète ﷺ, comprenant, laisse tomber son manteau, et Salmân embrasse le sceau en pleurant. Le Prophète ﷺ organise son rachat : un contrat d’affranchissement contre trois cents palmiers à planter et quarante onces d’or ; les compagnons fournissent les plants, le Prophète ﷺ les plante lui-même, et une pépite d’or reçue en butin achève le paiement.

C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui

À la Tranchée, Émigrés et Auxiliaires se le disputaient : « Salmân est des nôtres ! » Le Prophète ﷺ trancha : « Salmân est de nous, les gens de la Maison » (Tabarânî, Hâkim ; chaîne faible selon beaucoup, mais parole célèbre). Plus sûr : le verset « et d’autres parmi eux qui ne les ont pas encore rejoints » (62:3) — le Prophète ﷺ posa la main sur Salmân : « Si la foi était auprès des Pléiades, des hommes de ceux-ci l’atteindraient » (Bukhârî 4897 ; Muslim 2546).

D. Rôle dans l’histoire

C’est lui qui, en 5 H, propose de creuser une tranchée autour de Médine, selon la technique persane, sauvant la ville face aux dix mille hommes des coalisés. Il participe aux conquêtes de l’Irak et gouverne al-Madâ’in, l’ancienne capitale des rois de Perse, en vivant de la vannerie et en distribuant son traitement aux pauvres.

E. Anecdotes et détails marquants

  • Le Prophète ﷺ l’avait lié par fraternité à Abû al-Dardâ’. Salmân, voyant la femme de celui-ci négligée par un mari toujours en prière, lui fit manger et dormir, puis lui dit : « Ton Seigneur a un droit sur toi, ton âme a un droit sur toi, ta famille a un droit sur toi : donne à chacun son droit. » Le Prophète ﷺ approuva : « Salmân a dit vrai » (Bukhârî 1968).
  • Gouverneur, il portait lui-même la charge d’un voyageur qui l’avait pris pour un portefaix.

F. Sa mort

Il mourut à al-Madâ’in, vers 33 ou 36 H. À sa mort, il ne possédait presque rien ; il pleurait pourtant, se souvenant de la parole du Prophète ﷺ : « Que la provision de l’un de vous en ce monde soit celle d’un voyageur » (Ibn Mâjah ; bon).

G. Ce que l’on retient

Salmân est le patron de tous ceux qui cherchent : son histoire montre qu’Allah guide qui Le cherche sincèrement, à travers les religions, les maîtres et les pays, jusqu’à la vérité.

H. Sources et degré d’authenticité

Le récit de sa quête : Ahmad, Ibn Hishâm (fortement transmis, chaîne bonne). Le verset 62:3 et les Pléiades : Bukhârî, Muslim (établi). « Salmân est de nous » : Tabarânî (incertain). L’épisode d’Abû al-Dardâ’ : Bukhârî (établi). La Tranchée : Ibn Hishâm (fortement transmis).

39. ’Abdullâh ibn Mas’ûd — le premier récitateur public

Fiche d’identité ’Abdullâh ibn Mas’ûd
Nom complet ’Abdullâh ibn Mas’ûd al-Hudhalî, Abû ’Abd al-Rahmân, « Ibn Umm ’Abd »
Origine Bédouin de Hudhayl, allié des Banû Zuhra, berger pauvre de ’Uqba ibn Abî Mu’ayt
Entrée en islam Sixième musulman, selon lui-même
Émigration Abyssinie, puis Médine
Batailles Badr (il acheva Abû Jahl) et toutes les suivantes
Fonction Chargé du Trésor de Koufa et enseignant du Coran sous ’Umar et ’Uthmân
Mort Médine, 32 H / 653, vers soixante-trois ans
Sépulture Al-Baqî’

En une phrase : le petit berger aux jambes maigres qui devint le maître de l’école de Koufa et le premier homme à réciter le Coran à haute voix devant Quraysh.

A. Origine et personnalité

Petit, très mince, les jambes fines, il gardait les moutons d’un notable mecquois. Sa mère, Umm ’Abd, était connue, d’où son surnom. Il fut si proche du Prophète ﷺ — portant ses sandales, son bâton, son eau d’ablution, entrant chez lui sans permission — qu’Abû Mûsâ dit : « Nous pensions qu’il était de la famille » (Bukhârî 3763).

B. Entrée en islam

Adolescent, il rencontre le Prophète ﷺ et Abû Bakr, qui lui demandent du lait ; il refuse, car les brebis ne lui appartiennent pas. Le Prophète ﷺ passe la main sur le pis d’une jeune brebis qui n’a jamais porté, et le lait coule ; le jeune homme demande à apprendre « ces paroles », et le Prophète ﷺ lui dit : « Tu es un garçon instruit » (Ahmad ; bon). Il fut le premier, après le Prophète ﷺ, à réciter le Coran à haute voix près de la Ka’ba (sourate al-Rahmân), et fut roué de coups.

C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui

« Apprenez le Coran de quatre : ’Abdullâh ibn Mas’ûd — il le nomma en premier —, Sâlim, Mu’âdh et Ubayy » (Bukhârî 4999). « Qui veut réciter le Coran frais, tel qu’il fut révélé, qu’il le récite selon la récitation d’Ibn Umm ’Abd » (Ahmad, Ibn Mâjah ; authentique). Voyant ses compagnons rire de ses jambes maigres, le Prophète ﷺ dit : « Elles pèseront plus lourd dans la Balance que le mont Uhud » (Ahmad ; bon).

D. Rôle dans l’histoire

À Badr, il achève Abû Jahl blessé. Sous ’Umar, il est envoyé à Koufa comme enseignant et trésorier, avec ce mot du calife : « Je vous ai préféré à moi-même en vous l’envoyant. » Il y fonde une école dont sortiront ’Alqama, al-Aswad, Ibrâhîm al-Nakha’î, puis Hammâd et Abû Hanîfa : la tradition juridique de Koufa remonte à lui.

E. Anecdotes et détails marquants

  • Le Prophète ﷺ lui demanda de lui réciter le Coran ; à « Comment sera-ce quand Nous ferons venir de chaque communauté un témoin, et que Nous t’amènerons comme témoin contre ceux-ci ? » (4:41), il vit le Prophète ﷺ en larmes : « Cela suffit » (Bukhârî 5050).
  • Il fut réticent à remettre son exemplaire du Coran lors de l’unification sous ’Uthmân, puis se conforma.
  • Il disait : « Je connais, pour chaque sourate, où et pourquoi elle est descendue » (Bukhârî 5002).

F. Sa mort

Il revint à Médine et y mourut en 32 H ; ’Uthmân pria sur lui, et il fut enterré à al-Baqî’.

G. Ce que l’on retient

Ibn Mas’ûd rappelle que la science, dans l’islam, ne dépend ni de la naissance ni de la stature : un berger devint l’un des quatre hommes chez qui le Prophète ﷺ ordonna d’apprendre le Coran.

H. Sources et degré d’authenticité

Les quatre récitateurs, les larmes du Prophète ﷺ : Bukhârî (établi). La brebis, les jambes, la récitation « fraîche » : Ahmad, Ibn Mâjah (bon). La récitation près de la Ka’ba : Ibn Hishâm (fortement transmis).

40. Abû Dharr al-Ghifârî — la franchise absolue

Fiche d’identité Abû Dharr
Nom complet Jundub ibn Junâda al-Ghifârî, Abû Dharr
Origine Bédouin de la tribu de Ghifâr, réputée pour le brigandage sur la route des caravanes
Entrée en islam Cinquième musulman, selon une tradition ; à La Mecque, avant l’Hégire
Émigration Rejoint le Prophète ﷺ à Médine après la Tranchée
Mort Al-Rabadha, dans le désert, 32 H / 652
Sépulture Al-Rabadha, où ’Abdullâh ibn Mas’ûd et une caravane prièrent sur lui

En une phrase : le Bédouin qui rejeta les idoles avant même d’entendre parler du Prophète ﷺ, et qui mourut seul dans le désert pour n’avoir jamais consenti à taire la vérité.

A. Origine et personnalité

Grand, maigre, brun, à la barbe épaisse, il adorait déjà Allah seul trois ans avant sa rencontre avec le Prophète ﷺ, selon son propre témoignage (Muslim 2473). Sa tribu vivait de pillage ; lui vivait de scrupule.

B. Entrée en islam

Informé qu’un homme prêchait à La Mecque, il y envoie son frère, puis vient lui-même, passe des jours près de la Ka’ba sans oser questionner, jusqu’à ce que ’Alî le conduise au Prophète ﷺ. Il embrasse l’islam, puis va proclamer sa foi en plein sanctuaire ; on le roue de coups, al-’Abbâs le sauve en rappelant que sa tribu contrôle la route de Syrie. Il repart convertir Ghifâr, puis Aslam (Bukhârî 3522 ; Muslim 2473).

C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui

« Le ciel n’a pas couvert, et la terre n’a pas porté, homme plus véridique qu’Abû Dharr » (Tirmidhî 3801 ; bon). Et : « Tu es un homme faible, et c’est un dépôt » — en refusant de lui confier un gouvernement, car son austérité rendait impossible tout compromis (Muslim 1825).

D. Rôle dans l’histoire

À Médine, il vit dans la pauvreté choisie, parmi les gens de la Suffa. Après le Prophète ﷺ, il s’installe en Syrie, où il dénonce la thésaurisation des richesses : « Annonce aux thésauriseurs un châtiment douloureux » (9:34), qu’il applique à toute épargne au-delà du nécessaire. Mu’âwiya le renvoie à Médine ; ’Uthmân, pour apaiser les tensions, l’autorise à se retirer à al-Rabadha, où il finit ses jours.

E. Anecdotes et détails marquants

  • Le Prophète ﷺ lui donna trois conseils : « Craint Allah où que tu sois, fais suivre la mauvaise action d’une bonne qui l’efface, et traite les gens avec un bon caractère » (Tirmidhî 1987 ; bon).
  • Il portait deux vêtements identiques à celui de son esclave, appliquant à la lettre : « Vos serviteurs sont vos frères » (Bukhârî 30). Le Prophète ﷺ l’avait repris pour avoir insulté un homme par sa mère : « Il y a en toi de l’ignorance préislamique. »

F. Sa mort

Il mourut à al-Rabadha, sa femme et son fils seuls près de lui ; il leur avait dit que des hommes pieux passeraient et l’enterreraient. Une caravane conduite par Ibn Mas’ûd survint, et Ibn Mas’ûd pleura : « Le Messager d’Allah ﷺ a dit vrai : “Tu marches seul, tu mourras seul, tu seras ressuscité seul.” »

G. Ce que l’on retient

Abû Dharr est la conscience de la première communauté : il rappelle que la vérité a des exigences que le pouvoir supporte mal, et que l’on peut avoir raison dans le principe tout en étant, par excès, impossible à suivre — d’où le jugement nuancé des savants sur son désaccord avec ’Uthmân.

H. Sources et degré d’authenticité

Sa conversion : Bukhârî, Muslim (établi). « Homme plus véridique » : Tirmidhî (bon). Le refus d’un gouvernement : Muslim (établi). Sa mort à al-Rabadha : Ibn Sa’d, Ahmad (fortement transmis).

41. Al-Miqdâd ibn ’Amr — le courage de Badr

Fiche d’identité Al-Miqdâd ibn ’Amr
Nom complet Al-Miqdâd ibn ’Amr al-Bahrânî, dit « Ibn al-Aswad » d’après son père adoptif al-Aswad ibn ’Abd Yaghûth, Abû Ma’bad
Origine Tribu de Bahrâ’ (Yémen/Hadramawt), réfugié à La Mecque après une querelle sanglante
Entrée en islam Parmi les sept premiers à proclamer leur foi
Émigration Abyssinie, puis Médine
Batailles Badr — il fut l’un des deux ou trois seuls cavaliers — et toutes les suivantes
Mort Près de Médine, 33 H / 653, à soixante-dix ans
Sépulture Al-Baqî’ ; ’Uthmân pria sur lui

En une phrase : l’homme dont un seul discours, à la veille de Badr, illumina le visage du Prophète ﷺ.

A. Origine et personnalité

Grand, le teint brun, le ventre fort, les cheveux abondants qu’il teignait, il avait fui sa tribu après un meurtre et s’était allié à al-Aswad, qui l’adopta. Il épousa Dubâ’a bint al-Zubayr, cousine du Prophète ﷺ.

B. Entrée en islam

Compté par Ibn Mas’ûd parmi les sept premiers à afficher leur islam (Ibn Mâjah 150). Il dissimula sa foi pour rester à La Mecque, partit en Abyssinie, puis rejoignit Médine en désertant, avec ’Utba ibn Ghazwân, une troupe mecquoise envoyée contre les musulmans.

C. Ce qu’il a dit devant le Prophète ﷺ

À Badr, quand le Prophète ﷺ consulte ses compagnons sur la bataille, al-Miqdâd se lève : « Ô Messager d’Allah, va où Allah t’ordonne, nous sommes avec toi. Par Allah, nous ne te dirons pas comme les fils d’Israël à Mûsâ : “Va, toi et ton Seigneur, combattre ; nous restons ici.” Nous te disons : va, toi et ton Seigneur, combattre — nous combattrons avec vous. Si tu nous menais jusqu’à Bark al-Ghimâd, nous te suivrions. » Ibn Mas’ûd raconte : « J’ai vu le visage du Prophète ﷺ s’illuminer, et cela le réjouit » (Bukhârî 3952, 4609).

D. Rôle dans l’histoire

Cavalier à Badr, il combat à toutes les batailles et participe à la conquête de l’Égypte. ’Alî disait de lui, avec Abû Dharr et Salmân, qu’ils étaient de ceux « que le Paradis désire ».

E. Anecdotes et détails marquants

  • Il refusait de juger les gens avant de les voir mourir : « Je ne dirai de bien ou de mal de personne avant de connaître sa fin, après ce que j’ai entendu du Prophète ﷺ : “Le cœur de l’homme se retourne plus vite qu’une marmite qui bout” » (Ahmad ; bon).
  • Un jour, il tira son épée contre un homme qui insultait ’Uthmân, puis la remit : « J’ai entendu le Prophète ﷺ dire… » — et l’homme cessa.

F. Sa mort

Il mourut en 33 H, dans son domaine d’al-Jurf, à quelques kilomètres de Médine, et fut porté jusqu’à al-Baqî’.

G. Ce que l’on retient

Al-Miqdâd est la voix de la loyauté : un homme sans tribu, adopté deux fois, qui offrit au Prophète ﷺ ce que les fils d’Israël avaient refusé à Mûsâ.

H. Sources et degré d’authenticité

Le discours de Badr : Bukhârî (établi). Les sept premiers : Ibn Mâjah (bon). Le hadith de la marmite : Ahmad (bon). Sa mort : Ibn Sa’d (fortement transmis).

42. Mus’ab ibn ’Umayr — le premier ambassadeur

Fiche d’identité Mus’ab ibn ’Umayr
Nom complet Mus’ab ibn ’Umayr ibn Hâshim al-’Abdarî, Abû ’Abdillâh
Origine Quraysh, clan de ’Abd al-Dâr, fils d’une des femmes les plus riches de La Mecque
Entrée en islam À la maison d’al-Arqam, très tôt
Émigration Abyssinie, puis Médine — le premier à y être envoyé
Batailles Badr, Uhud (porte-étendard)
Mort Uhud, 3 H / 625, à environ quarante ans
Sépulture Uhud, avec les martyrs

En une phrase : le jeune homme le plus élégant de La Mecque, qui mourut dans un manteau trop court pour couvrir à la fois sa tête et ses pieds.

A. Origine et personnalité

Sa mère, Khunâs bint Mâlik, le comblait : parfums, vêtements du Yémen, sandales de cuir. On le citait comme le jeune homme le plus beau et le mieux mis de La Mecque. Le Prophète ﷺ disait : « Je n’ai vu à La Mecque personne aux cheveux plus soignés, aux vêtements plus fins, au confort plus grand que Mus’ab » (Ibn Sa’d ; fortement transmis).

B. Entrée en islam

Il entre en islam à la maison d’al-Arqam et cache sa foi ; découvert, il est enfermé par sa mère et sa famille jusqu’à ce qu’il parte pour l’Abyssinie. Revenu, il a tout perdu : les compagnons pleurent en le voyant vêtu d’une peau rapiécée.

C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui

À Uhud, le Prophète ﷺ s’arrêta devant son corps et récita : « Parmi les croyants, il est des hommes qui ont été sincères dans leur engagement envers Allah ; certains ont atteint leur terme… » (33:23), puis : « Je témoigne que vous serez martyrs auprès d’Allah au Jour de la Résurrection » (Ibn Hishâm ; fortement transmis).

D. Rôle dans l’histoire

Après le premier serment d’al-’Aqaba (12 H avant l’Hégire), le Prophète ﷺ l’envoie à Médine comme premier enseignant et premier ambassadeur de l’islam. En un an, il gagne les deux chefs des Aws, Usayd ibn Hudayr et Sa’d ibn Mu’âdh — par la douceur : « Assieds-toi, écoute ; si cela te plaît, accepte ; sinon, nous t’épargnerons ce qui te déplaît. » À la veille de l’Hégire, il n’est plus une maison des Ansâr sans musulmans. Il dirige la première prière du vendredi à Médine.

E. Anecdotes et détails marquants

  • Sa mère, restée païenne, jura de ne rien manger jusqu’à ce qu’il renie ; il lui dit : « Mère, si tu avais cent âmes et qu’elles sortaient une à une, je ne quitterais pas ma religion. »
  • À Uhud, porte-étendard, il eut la main droite tranchée, prit l’étendard de la gauche, l’eut tranchée aussi, le serra contre sa poitrine avec ses bras, et fut tué par Ibn Qami’a, qui le prit pour le Prophète ﷺ.

F. Sa mort

Khabbâb raconte : « Nous n’avons trouvé pour l’envelopper qu’un manteau : si nous lui couvrions la tête, ses pieds sortaient ; si nous couvrions ses pieds, sa tête sortait. Le Prophète ﷺ dit : “Couvrez sa tête, et mettez sur ses pieds de l’idhkhir” » (Bukhârî 1276 ; Muslim 940). ’Abd al-Rahmân ibn ’Awf, des années plus tard, devant un repas abondant, pleura en se souvenant de Mus’ab : « Il valait mieux que moi… et je crains que notre récompense nous ait été donnée en ce monde. »

G. Ce que l’on retient

Mus’ab a tout eu, tout perdu, et tout gagné : le jeune élégant devint le premier missionnaire de l’islam, et son linceul trop court est resté, pour les compagnons eux-mêmes, la mesure de ce qu’ils avaient à redouter du confort.

H. Sources et degré d’authenticité

Le manteau trop court : Bukhârî, Muslim (établi). L’ambassade à Médine, la conversion de Sa’d et d’Usayd : Ibn Hishâm (fortement transmis). Sa mort à Uhud : Ibn Hishâm, Wâqidî (fortement transmis). Le mot de sa mère : biographes (incertain quant aux termes).

43. Al-Arqam ibn Abî al-Arqam — la maison de l’islam naissant

Fiche d’identité Al-Arqam ibn Abî al-Arqam
Nom complet Al-Arqam ibn ’Abd Manâf ibn Asad al-Makhzûmî, Abû ’Abdillâh
Origine Quraysh, clan de Makhzûm — le clan d’Abû Jahl
Entrée en islam Septième ou douzième musulman, très jeune
Émigration Médine
Batailles Badr et toutes les suivantes
Mort Médine, vers 53-55 H / 673-675, à plus de quatre-vingts ans
Sépulture Al-Baqî’ ; Sa’d ibn Abî Waqqâs pria sur lui, selon son testament

En une phrase : l’adolescent qui ouvrit sa maison, près de Safâ, pour que l’islam y grandisse en secret pendant trois ans.

A. Origine et personnalité

Jeune homme d’une famille de Makhzûm, il possédait une maison sur la colline de Safâ, au cœur de La Mecque. Que ce clan fût celui des plus farouches ennemis de l’islam rendit sa maison d’autant plus insoupçonnable.

B. Entrée en islam

Il fait partie de la première douzaine de musulmans. Avant même la prédication publique, il met sa maison à la disposition du Prophète ﷺ ; c’est là que les premiers croyants apprennent le Coran, prient et accueillent les nouveaux venus. On date les conversions « avant » ou « après » la maison d’al-Arqam ; ’Umar y entra en islam, et c’est après sa conversion, quand les musulmans furent une quarantaine, que le Prophète ﷺ en sortit pour prier publiquement (Ibn Sa’d ; fortement transmis).

C. Ce que le Prophète ﷺ a fait pour lui

Il lui attribua à Médine une terre et un emplacement pour sa maison, près de la mosquée. Il l’envoya percevoir les aumônes.

D. Rôle dans l’histoire

Combattant de Badr et de toutes les batailles, il vécut ensuite discrètement à Médine, sans charge politique, jusqu’à un âge avancé. Sa maison de La Mecque resta dans sa famille, puis passa aux Abbassides ; on l’appela « la maison de l’islam ».

E. Anecdotes et détails marquants

  • Il institua sa maison de Safâ en donation pieuse (waqf), inaliénable, pour ses descendants — l’un des premiers waqfs de l’islam, avec ceux de ’Umar et de ’Uthmân.
  • Il voulut partir à Jérusalem prier ; le Prophète ﷺ lui dit : « Une prière dans cette mosquée vaut mieux que mille ailleurs, sauf la Mosquée sacrée » (Ahmad, Tabarânî ; bon).

F. Sa mort

Il mourut sous le califat de Mu’âwiya, après avoir demandé que Sa’d ibn Abî Waqqâs dirige sa prière funéraire ; Marwân, gouverneur de Médine, voulut s’y opposer, mais la famille attendit Sa’d.

G. Ce que l’on retient

Al-Arqam rappelle que l’islam a eu besoin, à son commencement, non seulement de martyrs et de prédicateurs, mais d’un toit — et qu’un jeune homme discret, en l’offrant, a eu une part dans chaque conversion des premières années.

H. Sources et degré d’authenticité

La maison et les conversions : Ibn Sa’d, Ibn Hishâm, Ibn Hajar (fortement transmis). Le hadith de Jérusalem : Ahmad (bon). Le waqf : Ibn Sa’d (fortement transmis).

44. ’Uthmân ibn Maz’ûn — l’ascète des premiers jours

Fiche d’identité ’Uthmân ibn Maz’ûn
Nom complet ’Uthmân ibn Maz’ûn al-Jumahî, Abû al-Sâ’ib
Origine Quraysh, clan de Jumah ; frère de lait des vertueux, homme sage avant l’islam
Entrée en islam Quatorzième musulman, avec ses deux frères
Émigration Abyssinie (chef de la première émigration), puis Médine
Batailles Badr
Mort Médine, 2 H / 624, peu après Badr — premier Émigré mort à Médine
Sépulture Al-Baqî’ — premier musulman enterré dans ce cimetière

En une phrase : l’homme qui s’était interdit le vin avant l’islam et voulut s’interdire les femmes après, et à qui le Prophète ﷺ enseigna la mesure.

A. Origine et personnalité

Notable de Jumah, il s’était interdit le vin avant l’islam : « Je ne bois pas une chose qui fait perdre la raison et rire de moi les moins que rien. » Sa piété fut connue de tous.

B. Entrée en islam

Quatorzième musulman, il conduit la première émigration en Abyssinie. Rentré à La Mecque sous la protection d’al-Walîd ibn al-Mughîra, il voit Bilâl et les faibles torturés tandis que lui est épargné ; il renonce publiquement à cette protection pour partager leur sort, et reçoit un coup qui lui crève un œil — « Ton œil sain envie celui-ci », dit-il (Ibn Hishâm ; fortement transmis).

C. Ce que le Prophète ﷺ a dit de lui

À sa mort, le Prophète ﷺ l’embrassa en pleurant. Une femme des Ansâr, Umm al-’Alâ’, dit : « Je témoigne qu’Allah t’a honoré » ; le Prophète ﷺ répondit : « Qu’en sais-tu ? Par Allah, moi, Messager d’Allah, je ne sais pas ce qui sera fait de moi » — puis, sur un rêve d’elle : « C’est son œuvre » (Bukhârî 1243, 7003).

D. Rôle dans l’histoire

Il voulut se consacrer entièrement à l’adoration : jeûner chaque jour, prier chaque nuit, renoncer aux femmes, se faire eunuque. Le Prophète ﷺ le lui interdit : « N’as-tu pas en moi un exemple ? Je jeûne et je mange, je prie et je dors, j’épouse les femmes » (Bukhârî 5073-5074 ; Muslim 1402). Son cas fixa pour toujours la position de l’islam sur le monachisme.

E. Anecdotes et détails marquants

  • Sa femme, Khawla, se présenta un jour négligée devant les épouses du Prophète ﷺ, parce que son mari « n’avait pas besoin des femmes » ; ce fut l’occasion du rappel prophétique.
  • Le Prophète ﷺ dit à sa fille Ruqayya, mourante : « Rejoins notre bon précurseur, ’Uthmân ibn Maz’ûn » ; il fit enterrer près de lui son fils Ibrâhîm, et marqua sa tombe d’une pierre pour y enterrer les siens (Abû Dâwûd 3206 ; bon).

F. Sa mort

Il mourut de maladie en 2 H, à Médine ; le Prophète ﷺ le baisa au front, les larmes coulant sur son visage.

G. Ce que l’on retient

’Uthmân ibn Maz’ûn est le premier ascète de l’islam et la première correction de l’ascétisme : par lui, la communauté a appris qu’on adore Allah dans le monde et non contre lui.

H. Sources et degré d’authenticité

Le rêve d’Umm al-’Alâ’, l’interdiction du monachisme : Bukhârî, Muslim (établi). Le renoncement à la protection et l’œil crevé : Ibn Hishâm (fortement transmis). La pierre sur sa tombe : Abû Dâwûd (bon).

45. Abû Salama ibn ’Abd al-Asad — le premier émigré

Fiche d’identité Abû Salama
Nom complet ’Abdullâh ibn ’Abd al-Asad al-Makhzûmî, Abû Salama
Origine Quraysh, clan de Makhzûm ; cousin du Prophète ﷺ (sa mère Barra était la tante de celui-ci) et son frère de lait
Entrée en islam Onzième musulman
Émigration Abyssinie, puis Médine — premier Émigré à y arriver, selon une tradition
Batailles Badr, Uhud
Mort Médine, 4 H / 625, des suites d’une blessure d’Uhud
Sépulture Al-Baqî’

En une phrase : le premier à quitter La Mecque pour Médine, dont la femme, séparée de lui et de son fils pendant un an, devint après sa mort la Mère des croyants Umm Salama.

A. Origine et personnalité

Cousin du Prophète ﷺ par sa mère et frère de lait par Thuwayba, il était l’un des hommes de Makhzûm les plus considérés, marié à Hind bint Abî Umayya, la future Umm Salama.

B. Entrée en islam

Onzième musulman, il part avec sa femme pour l’Abyssinie, puis rentre à La Mecque. Lorsqu’il décide d’émigrer à Médine, son clan retient sa femme, et le clan de celle-ci lui enlève leur fils ; il part seul. Umm Salama pleura un an, chaque jour, à l’endroit de la séparation, jusqu’à ce qu’on lui rende l’enfant et qu’elle parte seule, à dos de chameau, jusqu’à Qubâ’ (Ibn Hishâm ; fortement transmis).

C. Ce que le Prophète ﷺ a dit à sa mort

Il ferma ses yeux et dit : « Quand l’esprit est saisi, le regard le suit » ; puis : « Ô Allah, pardonne à Abû Salama, élève son rang parmi les bien-guidés, remplace-le pour ceux qu’il laisse, pardonne-nous et pardonne-lui, Seigneur des mondes, élargis sa tombe et illumine-la » (Muslim 920).

D. Rôle dans l’histoire

Combattant de Badr, blessé au bras à Uhud, il est envoyé par le Prophète ﷺ commander une expédition contre les Banû Asad à Qatan ; sa blessure se rouvre et il en meurt à Médine, en Jumâdâ II 4 H.

E. Anecdotes et détails marquants

  • Il avait enseigné à sa femme l’invocation dans le malheur : « Nous appartenons à Allah et à Lui nous retournons ; ô Allah, récompense-moi dans mon malheur et remplace-le par un meilleur. » Umm Salama la dit à sa mort en pensant : « Qui vaut mieux qu’Abû Salama ? » — et Allah lui donna le Prophète ﷺ pour époux (Muslim 918).
  • Avant de mourir, il avait demandé à Allah de donner à sa femme un mari meilleur que lui, qui ne l’attristerait ni ne lui ferait de tort.

F. Sa mort

Il mourut en 4 H ; le Prophète ﷺ récita sur lui l’invocation restée dans le Sahîh de Muslim, et le fit enterrer à al-Baqî’.

G. Ce que l’on retient

Abû Salama incarne le prix familial de l’émigration : une femme et un enfant arrachés, une année de larmes, et, au bout, la plus belle des compensations — que l’islam attribue à la seule invocation apprise de lui.

H. Sources et degré d’authenticité

L’invocation funéraire et l’invocation dans le malheur : Muslim (établi). La séparation et l’émigration d’Umm Salama : Ibn Hishâm (fortement transmis). Sa mort après Qatan : Ibn Sa’d, Wâqidî (fortement transmis).

PARTIE III — SYNTHÈSE ET OBJECTIONS

1. Ce que ces douze vies enseignent

Aucun de ces hommes n’était puissant. Sur douze, cinq furent esclaves ou captifs (Bilâl, Khabbâb, Suhayb, Salmân, et la mère de ’Ammâr), trois étaient étrangers à Quraysh, deux étaient des Bédouins pauvres. Les trois Qurayshites du groupe — Mus’ab, al-Arqam, ’Uthmân ibn Maz’ûn — appartenaient à des clans hostiles et durent tout perdre. La première communauté musulmane fut une communauté de faibles ; c’est ce que Quraysh reprochait au Prophète ﷺ, et c’est ce que le Coran lui ordonna de ne pas changer : « Ne repousse pas ceux qui invoquent leur Seigneur matin et soir » (6:52).

Un second enseignement traverse ces vies : la persécution a des limites, et la foi n’en a pas. ’Ammâr fut pardonné d’avoir cédé ; Bilâl n’a pas cédé ; les deux sont au Paradis. Enfin, ces hommes ne se sont pas contentés de survivre : Bilâl a donné sa voix, Mus’ab sa mission, Salmân sa tranchée, Ibn Mas’ûd son école, Abû Dharr sa franchise. Persécutés, ils ont bâti.

2. Objections et réponses

« L’islam n’a pas aboli l’esclavage, puisque ces hommes étaient esclaves. » L’islam est né dans un monde où l’esclavage était universel ; il n’a pas prétendu le supprimer d’un décret, mais il a fait de l’affranchissement une expiation et une vertu, de l’esclave un frère (« vos serviteurs sont vos frères »), et d’un esclave noir le muezzin du Prophète ﷺ et « notre maître », selon ’Umar. Aucune autre société du VIIe siècle n’a placé d’anciens esclaves à ce rang.

« Ces récits de torture sont-ils historiques ? » Les faits généraux — torture des faibles, boycott, émigrations — sont attestés par des sources multiples et concordantes, et par le Coran lui-même (16:106, 16:110, 29:2). Les détails (paroles exactes, instruments) viennent des biographes et sont de valeur inégale ; ce dossier les signale.

« Pourquoi Salmân et Abû Dharr, qui ne furent pas persécutés à La Mecque, figurent-ils ici ? » Abû Dharr le fut, roué de coups dans le sanctuaire ; Salmân, esclave, connut une persécution d’un autre ordre. Le groupe est celui des « premiers et des faibles » (al-mustad’afûn), non strictement celui des torturés.

« ’Ammâr a renié sa foi sous la torture : est-il donc un apostat ? » Non : le Coran l’affirme (16:106) et le Prophète ﷺ l’a confirmé. La contrainte lève la responsabilité de la parole, tant que le cœur reste croyant. Les savants en ont tiré une règle générale du droit musulman.

« Abû Dharr avait-il raison contre ’Uthmân ? » Les savants sunnites jugent qu’il avait un avis personnel respectable, mais que la majorité des compagnons, et ’Uthmân lui-même, avaient raison de considérer l’épargne licite après la zakât ; son retrait fut consenti, non un exil forcé, et ’Uthmân ne cessa de l’honorer.

3. Bibliographie

Ibn Hishâm, al-Sîra al-Nabawiyya ; Ibn Sa’d, al-Tabaqât al-Kubrâ ; Ibn ’Abd al-Barr, al-Istî’âb ; Ibn al-Athîr, Usd al-Ghâba ; Ibn Hajar, al-Isâba ; al-Dhahabî, Siyar A’lâm al-Nubalâ’ ; les deux Sahîh, le Jâmi’ de Tirmidhî, les Sunan d’Ibn Mâjah et d’Abû Dâwûd, le Musnad d’Ahmad.

4. La suite de la série

Les séries suivantes présenteront les Ansâr, Auxiliaires de Médine (n° 46 à 64), puis les convertis tardifs, conquérants et hommes d’État (65 à 84), et enfin les figures singulières et destins marquants (85 à 100).

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