{"id":60580,"date":"2026-08-26T01:16:00","date_gmt":"2026-08-25T23:16:00","guid":{"rendered":"https:\/\/convertistoislam.fr\/?page_id=60580"},"modified":"2026-08-26T01:16:00","modified_gmt":"2026-08-25T23:16:00","slug":"revivification-epoque-contemporaine","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/convertistoislam.fr\/en\/approfondir-ma-foi\/aux-sources-du-savoir-islamique\/revivification-epoque-contemporaine\/","title":{"rendered":"Dossier 13 \u2014 La revivification et l\u2019\u00e9poque contemporaine"},"content":{"rendered":"<div class=\"dossier-savoir\">\n<h2>La revivification et l\u2019\u00e9poque contemporaine<\/h2>\n<p><em>Comment la voie des anciens s\u2019est transmise, effac\u00e9e et renouvel\u00e9e pendant onze si\u00e8cles \u2014 jusqu\u2019\u00e0 notre temps<\/em><\/p>\n<p><em>Comment la voie des anciens s\u2019est transmise, effac\u00e9e et renouvel\u00e9e pendant onze si\u00e8cles \u2014 et ce qu\u2019elle demande aujourd\u2019hui<\/em><\/p>\n<p><em>Du hadith du r\u00e9novateur aux Mongols, d\u2019Ibn Taymiyyah aux r\u00e9formateurs du douzi\u00e8me si\u00e8cle, de la colonisation aux ma\u00eetres du vingti\u00e8me et aux musulmans de France : une religion qui se renouvelle sans changer.<\/em><\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Comment lire ce dossier<\/h3>\n<p>Ce dossier est le treizi\u00e8me de la s\u00e9rie \u00ab Aux sources du savoir islamique \u00bb ; il cl\u00f4t le cycle des sciences et des \u00e9coles et ouvre sur le temps pr\u00e9sent. Les douze dossiers pr\u00e9c\u00e9dents ont conduit le lecteur de la caverne de Hir\u00e2\u2019 aux quatre \u00e9coles du troisi\u00e8me si\u00e8cle ; celui-ci raconte les onze si\u00e8cles suivants \u2014 non pas leur histoire politique, qui n\u2019est pas notre objet, mais l\u2019histoire d\u2019une fid\u00e9lit\u00e9 : comment la voie des anciens s\u2019est transmise, s\u2019est effac\u00e9e par endroits, a \u00e9t\u00e9 revivifi\u00e9e \u00e0 chaque si\u00e8cle par des hommes que la Ummah nomme \u00ab r\u00e9novateurs \u00bb, et comment elle affronte aujourd\u2019hui un monde que les compagnons n\u2019ont pas connu. Il est \u00e9crit pour \u00eatre lu d\u2019une traite, avec un exemple chaque fois qu\u2019une notion se complique et une phrase \u00e0 retenir au bout de chaque section ; il est \u00e9crit pour \u00eatre v\u00e9rifi\u00e9, chaque affirmation portant sa r\u00e9f\u00e9rence et son degr\u00e9 de certitude ; et il est \u00e9crit avec une prudence particuli\u00e8re, car il touche \u00e0 des questions que l\u2019actualit\u00e9 rend br\u00fblantes \u2014 le r\u00e9formisme, le salafisme, la place des musulmans en Occident. Le lecteur y trouvera des faits, des sources et des distinctions, non des partis pris ; et, avant la conclusion, un chapitre qui r\u00e9pond aux objections et aux questions qui reviennent le plus souvent \u2014 l\u2019islam \u00ab fig\u00e9 \u00bb, le \u00ab besoin d\u2019une R\u00e9forme \u00bb, Ibn Taymiyyah et le terrorisme, les courants contemporains, le fiqh des musulmans de France.<\/p>\n<p>Quatre niveaux sont tenus s\u00e9par\u00e9s d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre, car dans les sujets pol\u00e9miques leur confusion produit presque toutes les erreurs : les textes \u2014 versets et hadiths, avec leur degr\u00e9 ; les faits historiques \u00e9tablis par les sources anciennes ; les interpr\u00e9tations savantes, qui sont des jugements d\u2019hommes nomm\u00e9s et discutables ; et les lectures contemporaines, qui projettent souvent sur le pass\u00e9 des cat\u00e9gories qu\u2019il ignorait. Dire \u00ab Ibn Taymiyyah a \u00e9crit ceci \u00bb n\u2019est pas dire \u00ab tous les savants en conviennent \u00bb ; dire \u00ab tel mouvement s\u2019est r\u00e9clam\u00e9 de lui \u00bb n\u2019est pas dire \u00ab il en est responsable \u00bb. Trois avertissements en d\u00e9coulent, que le lecteur gardera devant chaque page : d\u00e9crire une guerre ancienne n\u2019autorise aucune violence pr\u00e9sente ; citer une fatw\u00e2 ne donne \u00e0 personne le droit de l\u2019appliquer par lui-m\u00eame ; exposer une divergence ne signifie pas que toutes les positions se valent en tout contexte. Et l\u2019on distinguera toujours le p\u00e9ch\u00e9 de la m\u00e9cr\u00e9ance, la critique d\u2019une id\u00e9e de l\u2019attaque d\u2019une personne, le d\u00e9saccord juridique de l\u2019excommunication.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Rep\u00e8res terminologiques<\/h3>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Tajd\u00eed<\/strong> \u2014 Le renouvellement : la revivification de la religion par le retour \u00e0 ses sources, annonc\u00e9e par un hadith comme une constante de la Ummah.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Mujaddid<\/strong> \u2014 Le r\u00e9novateur : celui qui, \u00e0 la t\u00eate d\u2019un si\u00e8cle, revivifie ce qui s\u2019est effac\u00e9 de la Sunnah.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Salaf<\/strong> \u2014 Les anciens : les trois premi\u00e8res g\u00e9n\u00e9rations lou\u00e9es par le Proph\u00e8te \ufdfa ; \u00ab salafisme \u00bb d\u00e9signe, au sens propre, l\u2019attachement \u00e0 leur voie, et, au sens moderne, des courants divers qui s\u2019en r\u00e9clament.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Bid\u2019ah<\/strong> \u2014 L\u2019innovation en religion : ce qui est introduit dans le culte ou la croyance sans fondement dans les textes.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Taql\u00eed, ijtih\u00e2d<\/strong> \u2014 L\u2019imitation d\u2019un avis et l\u2019effort de d\u00e9duction ; le d\u00e9bat sur la \u00ab fermeture de la porte de l\u2019ijtih\u00e2d \u00bb.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Isl\u00e2h<\/strong> \u2014 La r\u00e9forme : terme des mouvements des douzi\u00e8me et treizi\u00e8me si\u00e8cles de l\u2019h\u00e9gire, aux sens divers.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Tawh\u00eed al-ul\u00fbhiyyah<\/strong> \u2014 L\u2019unicit\u00e9 dans l\u2019adoration : le point central des r\u00e9novateurs contre les cultes des tombes et des saints.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Ghuluww<\/strong> \u2014 L\u2019exc\u00e8s : dans la v\u00e9n\u00e9ration des hommes, dans le takf\u00eer, dans le z\u00e8le.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Fiqh al-aqalliyy\u00e2t<\/strong> \u2014 Le \u00ab fiqh des minorit\u00e9s \u00bb : la r\u00e9flexion contemporaine sur les musulmans vivant hors des terres d\u2019islam.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Thaw\u00e2bit, mutaghayyir\u00e2t<\/strong> \u2014 Les constantes et les variables : ce qui ne change pas dans la Loi et ce qui suit les temps et les lieux.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Majma\u2019, majlis<\/strong> \u2014 Les acad\u00e9mies et conseils de fiqh contemporains, qui r\u00e9unissent des savants pour les questions nouvelles.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Takf\u00eer mutlaq, takf\u00eer mu\u2019ayyan<\/strong> \u2014 Le jugement g\u00e9n\u00e9ral qu\u2019un acte ou une th\u00e8se est m\u00e9cr\u00e9ance, et le jugement qu\u2019une personne d\u00e9termin\u00e9e est m\u00e9cr\u00e9ante \u2014 le second exigeant que la preuve lui ait \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie et qu\u2019aucun emp\u00eachement ne subsiste.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Ziy\u00e2rah, \u2019ib\u00e2dat al-qub\u00fbr<\/strong> \u2014 La visite des tombes, ordonn\u00e9e par le Proph\u00e8te \ufdfa, et le culte des tombes, qu\u2019il a interdit : deux choses que l\u2019on confond.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Haw\u00e2sh\u00ee<\/strong> \u2014 Les gloses sur les commentaires des abr\u00e9g\u00e9s, genre dominant des si\u00e8cles ottomans.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Introduction \u2014 Une religion qui se renouvelle sans changer<\/h3>\n<p>Le Proph\u00e8te \ufdfa a annonc\u00e9, dans un hadith que les savants ont re\u00e7u, que sa religion ne serait pas laiss\u00e9e \u00e0 l\u2019usure du temps :<\/p>\n<blockquote class=\"verset-encadre\">\n<p><em>\u00ab Allah suscitera pour cette communaut\u00e9, \u00e0 la t\u00eate de chaque si\u00e8cle, quelqu\u2019un qui lui renouvellera sa religion. \u00bb<\/em> \u2014 Rapport\u00e9 par Ab\u00fb D\u00e2w\u00fbd, n\u00b0 4291 ; jug\u00e9 authentique<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Renouveler la religion \u2014 yujaddidu lah\u00e2 d\u00eenah\u00e2 \u2014 : le mot est celui de la restauration d\u2019une maison, non de sa reconstruction. Le texte arabe dit \u00ab man \u00bb, qui peut d\u00e9signer un homme ou plusieurs, et la traduction fran\u00e7aise doit \u00e9viter le contresens d\u2019un \u00ab changement \u00bb de religion : ce que le r\u00e9novateur renouvelle n\u2019est pas la Loi, qui est parachev\u00e9e (Coran 5, 3), mais la fid\u00e9lit\u00e9 des hommes \u00e0 la Loi : il rappelle ce qui fut oubli\u00e9, retranche ce qui fut ajout\u00e9, ranime ce qui s\u2019\u00e9tait endormi, et il le fait avec les seuls instruments que les dossiers pr\u00e9c\u00e9dents ont d\u00e9crits \u2014 le Coran, la Sunnah, la voie des anciens et la m\u00e9thode des savants. La Ummah a toujours compris ainsi ce hadith, et elle a cherch\u00e9 \u00e0 chaque si\u00e8cle celui qui le remplissait : \u2019Umar ibn \u2019Abd al-\u2019Az\u00eez \u00e0 la t\u00eate du premier si\u00e8cle, ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee \u00e0 la t\u00eate du deuxi\u00e8me \u2014 le dossier pr\u00e9c\u00e9dent a montr\u00e9 pourquoi \u2014, puis des noms que les listes des savants ont propos\u00e9s si\u00e8cle apr\u00e8s si\u00e8cle, sans jamais se mettre tout \u00e0 fait d\u2019accord, parce que le hadith dit \u00ab quelqu\u2019un \u00bb et que ce quelqu\u2019un peut \u00eatre plusieurs, dans plusieurs terres, chacun r\u00e9novant une part. Ce dossier suit ce mouvement de la restauration \u00e0 travers onze si\u00e8cles ; il montre que la voie des anciens fut, \u00e0 chaque \u00e9poque, menac\u00e9e par les m\u00eames choses \u2014 le kal\u00e2m, l\u2019exc\u00e8s dans la v\u00e9n\u00e9ration des hommes, les innovations dans le culte, le taql\u00eed qui oublie les textes, le pouvoir qui asservit la science \u2014 et revivifi\u00e9e par les m\u00eames moyens ; et il conduit le lecteur jusqu\u2019\u00e0 sa propre \u00e9poque, o\u00f9 la question du renouvellement se pose \u00e0 lui, dans la langue de ce dossier, au milieu d\u2019un monde nouveau.<\/p>\n<p>Il faut dire d\u00e8s l\u2019abord ce que valent les listes de r\u00e9novateurs, car elles circulent. As-Suy\u00fbt\u00ee, au neuvi\u00e8me si\u00e8cle, en composa une en vers \u2014 \u2019Umar ibn \u2019Abd al-\u2019Az\u00eez, ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee, al-Ash\u2019ar\u00ee ou Ibn Surayj, al-B\u00e2qill\u00e2n\u00ee ou al-Isfar\u00e2y\u00een\u00ee, al-Ghaz\u00e2l\u00ee, ar-R\u00e2z\u00ee, Ibn Daq\u00eeq al-\u2019\u00ced, al-Bulq\u00een\u00ee ou al-\u2019Ir\u00e2q\u00ee, et lui-m\u00eame pour le neuvi\u00e8me si\u00e8cle, avec l\u2019espoir avou\u00e9 d\u2019en \u00eatre \u2014 ; d\u2019autres savants ont propos\u00e9 d\u2019autres noms, souvent ceux de leur \u00e9cole, et nul n\u2019a jamais tenu ces listes pour arr\u00eat\u00e9es. Le lecteur les prendra pour ce qu\u2019elles sont : des propositions savantes, qui disent ce que chaque \u00e9poque a admir\u00e9, et non une liste r\u00e9v\u00e9l\u00e9e ; la r\u00e9alit\u00e9 du ph\u00e9nom\u00e8ne \u2014 la revivification \u2014 est \u00e9tablie par le hadith et par l\u2019histoire, l\u2019identification de tel individu rel\u00e8ve de l\u2019interpr\u00e9tation. Ce dossier nomme des hommes dont l\u2019\u0153uvre de restauration est un fait ; il ne d\u00e9cerne pas de titre.<\/p>\n<p>Que fait, concr\u00e8tement, un r\u00e9novateur ? Les savants ont d\u00e9crit cinq op\u00e9rations, et chacune a son exemple dans ce dossier. Il rappelle les fondements oubli\u00e9s \u2014 le tawh\u00eed dans l\u2019Arabie du douzi\u00e8me si\u00e8cle, le hadith dans l\u2019Inde de Sh\u00e2h Waliyyull\u00e2h. Il distingue la Sunnah de l\u2019habitude culturelle \u2014 ce que le Proph\u00e8te \ufdfa a prescrit de ce que les Arabes de son temps faisaient, et ce que la religion exige de ce qu\u2019un pays a coutume de faire ; le dossier neuf a donn\u00e9 les cat\u00e9gories, et la section neuf y reviendra pour le converti. Il corrige les innovations religieuses \u2014 les rites sans preuve, les cultes sans texte. Il renouvelle les outils de l\u2019enseignement \u2014 la madrasa au cinqui\u00e8me si\u00e8cle, l\u2019imprimerie au treizi\u00e8me, la traduction du Coran par Sh\u00e2h Waliyyull\u00e2h, les \u00e9ditions critiques du quatorzi\u00e8me. Et il r\u00e9pond aux situations nouvelles par un ijtih\u00e2d encadr\u00e9 \u2014 les horaires de pri\u00e8re du Nord, la finance, la m\u00e9decine. Rien de tout cela n\u2019est une r\u00e9v\u00e9lation nouvelle ni un abandon des principes : c\u2019est une restauration, une explication, une correction et une application. Le lecteur mesurera chaque r\u00e9novateur \u00e0 ces cinq t\u00e2ches, et chaque pr\u00e9tendu r\u00e9novateur \u00e0 leur absence.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Note de m\u00e9thode<\/h3>\n<p>La grille de la s\u00e9rie demeure. Trois pr\u00e9cisions propres \u00e0 ce dossier. La premi\u00e8re : nous racontons l\u2019histoire des savants et de la Sunnah, non celle des \u00c9tats ; les dynasties et les guerres n\u2019apparaissent que lorsqu\u2019elles touchent la science. La deuxi\u00e8me : plus l\u2019histoire se rapproche de nous, plus les jugements divergent, et nous appliquons aux hommes des trois derniers si\u00e8cles l\u2019\u00e9quit\u00e9 que les dossiers pr\u00e9c\u00e9dents ont appliqu\u00e9e aux imams \u2014 rapporter ce qu\u2019ils ont \u00e9crit d\u2019apr\u00e8s leurs propres livres, dire ce qu\u2019on leur a reproch\u00e9, distinguer ce qui est \u00e9tabli de ce qui est pol\u00e9mique, et laisser au lecteur ce qui rel\u00e8ve de l\u2019opinion ; nous ne citons pas de savants vivants, et nous ne prenons parti pour aucun courant contemporain. La troisi\u00e8me : les questions du fiqh moderne \u00e9voqu\u00e9es ici \u2014 les horaires de pri\u00e8re, le halal, le cr\u00e9dit \u2014 le sont pour illustrer une m\u00e9thode, non pour trancher ; le lecteur se r\u00e9f\u00e8re aux conseils de savants et aux enseignants comp\u00e9tents. Et le lecteur retiendra, comme toujours, que l\u2019on honore les hommes en disant vrai d\u2019eux.<\/p>\n<p>Une distinction gouvernera tout ce qui suit, et le lecteur la retrouvera \u00e0 chaque section : celle du principe et de l\u2019application. Que la religion soit parachev\u00e9e est un principe ; que sa fid\u00e9lit\u00e9 se restaure \u00e0 chaque si\u00e8cle en est l\u2019application. Que les textes soient la r\u00e9f\u00e9rence est un principe ; que leur lecture exige les sciences en est l\u2019application. Deux erreurs sym\u00e9triques naissent de l\u2019oubli de cette distinction : croire que toute situation nouvelle exige de modifier la religion, et croire que toute situation nouvelle doit recevoir exactement la forme juridique d\u2019une situation ancienne sans examen de ses causes et de ses circonstances. Les r\u00e9novateurs de ce dossier ont tous refus\u00e9 la premi\u00e8re ; les meilleurs d\u2019entre eux ont aussi refus\u00e9 la seconde.<\/p>\n<p>Une r\u00e8gle de lecture des sources compl\u00e8te cette grille, car elle vaut pour tout ce dossier : une date g\u00e9n\u00e9ralement admise peut \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9e comme \u00e9tablie ; une attribution discut\u00e9e doit \u00eatre formul\u00e9e comme telle ; et une anecdote isol\u00e9e, f\u00fbt-elle belle, ne doit jamais devenir une preuve centrale. Devant chaque r\u00e9cit, le lecteur demande de quelle nature est la source \u2014 chronique, biographie savante, man\u00e2qib, pol\u00e9mique \u2014 et \u00e0 quelle distance elle se tient des \u00e9v\u00e9nements ; et il tient les r\u00e9cits rapport\u00e9s par les adversaires d\u2019un homme pour ce qu\u2019ils sont, comme le dossier du hadith l\u2019a enseign\u00e9 pour les transmetteurs.<\/p>\n<h2 class=\"section-partie\">Premi\u00e8re partie \u2014 Du quatri\u00e8me au huiti\u00e8me si\u00e8cle : maturit\u00e9, \u00e9preuves et le grand r\u00e9novateur<\/h2>\n<h3>1. L\u2019\u00e2ge des sommes : la Sunnah organis\u00e9e<\/h3>\n<p>Les dossiers sept et huit ont montr\u00e9 comment les sciences du Coran et du hadith prirent leur forme d\u00e9finitive aux quatri\u00e8me et cinqui\u00e8me si\u00e8cles ; les dossiers des \u00e9coles ont montr\u00e9 comment les madhhabs se donn\u00e8rent leurs textes, leurs fondements et leurs hi\u00e9rarchies aux cinqui\u00e8me et sixi\u00e8me. Il faut regarder cette p\u00e9riode d\u2019ensemble, car elle est celle o\u00f9 la Sunnah fut organis\u00e9e \u2014 non invent\u00e9e : organis\u00e9e. Les grands recueils furent comment\u00e9s, les dictionnaires des transmetteurs achev\u00e9s, les fondements du droit \u00e9crits dans toutes les \u00e9coles, les credos des anciens consign\u00e9s \u2014 al-L\u00e2lak\u00e2\u2019\u00ee, Ibn Battah, as-S\u00e2b\u00fbn\u00ee, Ibn Mandah \u00e9crivirent des recueils entiers de ce que croyaient les compagnons et les imams, cha\u00eene par cha\u00eene, pour que nul ne p\u00fbt plus dire que la voie des anciens \u00e9tait une invention. Ce fut aussi l\u2019\u00e2ge des institutions : la madrasa \u2014 l\u2019\u00e9cole dot\u00e9e d\u2019un waqf, avec ses ma\u00eetres salari\u00e9s et ses \u00e9tudiants log\u00e9s \u2014 naquit au Khur\u00e2s\u00e2n et se r\u00e9pandit avec les Niz\u00e2miyyah, puis les fondations ayy\u00fbbides et mameloukes, si bien qu\u2019au septi\u00e8me si\u00e8cle toute ville d\u2019islam avait ses \u00e9coles de droit, de hadith et de Coran, et que la science, longtemps port\u00e9e par des hommes pauvres, eut des murs. Le lecteur qui a suivi cette s\u00e9rie comprend ce que cela signifie : la voie des anciens n\u2019\u00e9tait plus seulement transmise, elle \u00e9tait enseign\u00e9e \u2014 et elle devint, par l\u00e0 m\u00eame, vuln\u00e9rable \u00e0 ce qui menace tout enseignement : la r\u00e9p\u00e9tition sans compr\u00e9hension, l\u2019autorit\u00e9 des livres sur celle des textes, et la d\u00e9pendance envers les princes qui payent les \u00e9coles.<\/p>\n<p>Il faut nuancer aussit\u00f4t ce que ce risque implique, car la critique du taql\u00eed, dans ce dossier, sera constante et ne doit pas \u00eatre mal entendue. Suivre une \u00e9cole n\u2019est pas une maladie intellectuelle : la majorit\u00e9 des croyants ne peuvent devenir juristes, ils s\u2019appuient sur des savants, et les quatre dossiers des \u00e9coles ont montr\u00e9 que cet appui prot\u00e8ge de l\u2019arbitraire. Un manuel qui sert de porte d\u2019entr\u00e9e \u00e0 la science est un bien ; un cursus transmis avec pr\u00e9cision est une r\u00e9ussite ; les gloses des si\u00e8cles ottomans, que l\u2019on m\u00e9prise trop vite, sont souvent, pour qui sait les lire, des lieux d\u2019analyse juridique d\u2019une grande finesse. Le mal n\u2019est pas la transmission organis\u00e9e ; il est ce qui arrive lorsque l\u2019appartenance \u00e0 une \u00e9cole emp\u00eache de reconna\u00eetre une preuve, lorsque le manuel devient une fin, lorsque l\u2019avis d\u2019un juriste se confond avec un texte r\u00e9v\u00e9l\u00e9, et lorsque l\u2019\u00e9tudiant apprend la r\u00e9ponse sans jamais voir la question. C\u2019est ce mal-l\u00e0 que les r\u00e9novateurs ont combattu \u2014 non les \u00e9coles, dont ils furent tous les disciples.<\/p>\n<p>Un exemple dira ce que fut la madrasa, et ce qu\u2019elle transmit. Un \u00e9tudiant entr\u00e9 \u00e0 la Niz\u00e2miyyah de Bagdad au sixi\u00e8me si\u00e8cle recevait un logement, une bourse, et un cursus : le Coran avec ses lectures, la langue avec les grammaires de S\u00eebawayh et d\u2019Ibn M\u00e2lik, le hadith par la lecture des recueils devant un ma\u00eetre qui en tenait la cha\u00eene, le fiqh de l\u2019\u00e9cole par son texte de base puis ses commentaires, les fondements du droit, le credo, la logique parfois ; il recevait, \u00e0 la fin de chaque livre, une ij\u00e2zah \u2014 la licence de le transmettre \u2014 qui l\u2019inscrivait dans la cha\u00eene, et le dossier du hadith a montr\u00e9 que ces cha\u00eenes vivent encore. Cette organisation permit \u00e0 une g\u00e9n\u00e9ration de recevoir non seulement des textes, mais des m\u00e9thodes : elle est l\u2019une des r\u00e9ussites intellectuelles de l\u2019islam, et le lecteur qui \u00e9tudie aujourd\u2019hui la Ris\u00e2lah avec un commentaire en h\u00e9rite. Le risque n\u2019\u00e9tait pas dans l\u2019institution ; il \u00e9tait dans ce que toute institution fait courir \u2014 et que la section suivante nomme.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Du quatri\u00e8me au septi\u00e8me si\u00e8cle, la Sunnah fut organis\u00e9e \u2014 recueils comment\u00e9s, credos des anciens consign\u00e9s, \u00e9coles dot\u00e9es de madrasas \u2014 et devint, par l\u00e0 m\u00eame, expos\u00e9e \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition, \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 des livres et \u00e0 la d\u00e9pendance envers les princes.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>2. Les \u00e9preuves : le kal\u00e2m, les tombes, le taql\u00eed et les Mongols<\/h3>\n<p>Quatre \u00e9preuves menac\u00e8rent la voie des anciens dans ces si\u00e8cles, et le lecteur les reconna\u00eetra, car il les a rencontr\u00e9es toutes dans les dossiers pr\u00e9c\u00e9dents. La premi\u00e8re est le kal\u00e2m devenu doctrine d\u2019\u00c9tat \u2014 et il faut la d\u00e9crire sans en faire le proc\u00e8s global d\u2019une communaut\u00e9, car les d\u00e9bats th\u00e9ologiques de ces si\u00e8cles ne se r\u00e9duisent pas \u00e0 un affrontement des gens du hadith et des gens du kal\u00e2m : les \u00e9coles ont \u00e9labor\u00e9 des langages diff\u00e9rents pour d\u00e9fendre des convictions souvent communes, l\u2019histoire de l\u2019ash\u2019arisme et du m\u00e2tur\u00eedisme est riche et diverse, et la critique hanbalite porte sur un point pr\u00e9cis \u2014 l\u2019usage de cat\u00e9gories philosophiques pour parler des attributs divins \u2014 et non sur la foi de ceux qui l\u2019ont pratiqu\u00e9 ; le dossier des cultures a dit ce qu\u2019il faut en penser, et le dossier des sectes a rappel\u00e9 que ces \u00e9coles ne sont pas des sectes. le dossier des cultures a montr\u00e9 comment l\u2019ash\u2019arisme, n\u00e9 d\u2019un retour vers Ahmad, se chargea au cinqui\u00e8me si\u00e8cle des instruments de la th\u00e9ologie dialectique, et comment, sous les Seldjoukides et les Ayy\u00fbbides, il devint le credo enseign\u00e9 des madrasas, au point que les gens du hadith qui s\u2019en tenaient au credo d\u2019Ahmad furent parfois trait\u00e9s en suspects \u2014 le grand muhaddith Ibn Qud\u00e2mah lui-m\u00eame dut \u00e9crire une r\u00e9futation du ta\u2019w\u00eel, et les disputes de Bagdad et de Damas entre hanbalites et ash\u2019arites remplirent les chroniques. La deuxi\u00e8me est l\u2019exc\u00e8s dans la v\u00e9n\u00e9ration des hommes : les confr\u00e9ries soufies, n\u00e9es au troisi\u00e8me si\u00e8cle d\u2019un tasawwuf de pi\u00e9t\u00e9 que les imams honoraient, prirent aux sixi\u00e8me et septi\u00e8me si\u00e8cles la forme d\u2019ordres organis\u00e9s autour de ma\u00eetres, avec des rites propres, des cha\u00eenes d\u2019initiation, et, chez certains, des doctrines que la Sunnah ignorait \u2014 le culte des tombes des saints \u2014 qu\u2019il faut distinguer de la visite des tombes, que le Proph\u00e8te \ufdfa a ordonn\u00e9e pour rappeler la mort (Sah\u00eeh Muslim, n\u00b0 977), et de l\u2019amour des pieux, que nul n\u2019a jamais bl\u00e2m\u00e9 : le d\u00e9bat porte sur ce qui franchit les limites des textes, l\u2019invocation des morts, l\u2019attribution \u00e0 une cr\u00e9ature d\u2019un pouvoir qui n\u2019appartient qu\u2019\u00e0 Allah, les rites sans preuve, la soumission absolue \u00e0 un homme \u2014, l\u2019intercession demand\u00e9e aux morts, l\u2019id\u00e9e d\u2019une science secr\u00e8te r\u00e9serv\u00e9e aux initi\u00e9s, jusqu\u2019\u00e0 la th\u00e8se de l\u2019unit\u00e9 de l\u2019\u00eatre qu\u2019Ibn \u2019Arab\u00ee formula au septi\u00e8me si\u00e8cle et que les savants condamn\u00e8rent ; le dossier dix-sept de cette s\u00e9rie fera le partage entre le tasawwuf de la Sunnah et ses d\u00e9viations, et il suffit ici de dire que cette \u00e9preuve fut la plus lente et la plus profonde. La troisi\u00e8me est le taql\u00eed qui oublie les textes : \u00e0 mesure que les \u00e9coles se dotaient de textes de base et de commentaires, l\u2019\u00e9tudiant apprit le commentaire avant le hadith, et le mufti donna l\u2019avis de son livre avant de regarder la preuve \u2014 les ma\u00eetres des \u00e9coles eux-m\u00eames l\u2019ont d\u00e9nonc\u00e9, on l\u2019a vu, et une th\u00e8se circula, que certains attribuent \u00e0 Ibn as-Sal\u00e2h pour le hadith et \u00e0 des juristes pour le fiqh, selon laquelle \u00ab la porte de l\u2019ijtih\u00e2d \u00e9tait ferm\u00e9e \u00bb depuis le quatri\u00e8me si\u00e8cle ; le chapitre des objections dira ce qu\u2019il en est. La quatri\u00e8me \u00e9preuve fut celle du fer : en six cent cinquante-six, les Mongols de H\u00fbl\u00e2g\u00fb prirent Bagdad, tu\u00e8rent le calife et une part de sa population, jet\u00e8rent dans le Tigre les biblioth\u00e8ques ; le califat abbasside disparut, les provinces d\u2019Orient furent ravag\u00e9es, et une g\u00e9n\u00e9ration de savants crut la fin du monde venue. Il faut cependant refuser l\u2019image d\u2019une science \u00ab d\u00e9truite d\u2019un coup \u00bb : le savoir surv\u00e9cut, se d\u00e9pla\u00e7a et se recomposa \u2014 au Caire et \u00e0 Damas, au Maghreb et en Andalousie, au Y\u00e9men, en Anatolie, en Inde \u2014, et les si\u00e8cles qui suivirent produisirent Ibn Taymiyyah, adh-Dhahab\u00ee, Ibn Kath\u00eer, Ibn Hajar et as-Suy\u00fbt\u00ee ; ce que Bagdad perdit, la Ummah le retrouva ailleurs. Les Mamelouks d\u2019\u00c9gypte arr\u00eat\u00e8rent les Mongols \u00e0 \u2019Ayn J\u00e2l\u00fbt deux ans plus tard ; mais l\u2019Irak, terre de K\u00fbfah et de Bagdad, ne retrouva jamais son rang, et le centre de la science se d\u00e9pla\u00e7a vers le Caire et Damas \u2014 o\u00f9 naquit, cinq ans apr\u00e8s la chute de Bagdad, l\u2019homme que ce dossier va suivre.<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me \u00e9preuve appelle une pr\u00e9cision, car elle a deux faces que les pol\u00e9mistes ne voient qu\u2019une \u00e0 la fois. Le taql\u00eed devient un mal lorsqu\u2019il refuse la preuve ; mais l\u2019appel \u00e0 \u00ab suivre directement le hadith \u00bb devient un mal sym\u00e9trique lorsque celui qui cite un hadith ignore son authenticit\u00e9, son contexte, ses textes parall\u00e8les, son abrogation, sa g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 et sa port\u00e9e \u2014 le dossier pr\u00e9c\u00e9dent a d\u00e9compos\u00e9 ces cinq op\u00e9rations, et le dossier du hadith a montr\u00e9 ce qu\u2019il en co\u00fbte de les sauter. Les r\u00e9novateurs de ce dossier ont combattu le premier mal sans tomber dans le second : Ibn Taymiyyah, ash-Shawk\u00e2n\u00ee, Sh\u00e2h Waliyyull\u00e2h furent des mujtahids form\u00e9s par les \u00e9coles, non des lecteurs isol\u00e9s brandissant un recueil ; et leur critique du taql\u00eed venait de leur ma\u00eetrise des sciences, non de leur ignorance.<\/p>\n<p>Sur la deuxi\u00e8me \u00e9preuve, un pr\u00e9c\u00e9dent des compagnons fixe la limite mieux que tout trait\u00e9. \u2019Umar ibn al-Khatt\u00e2b, apprenant que des gens allaient prier sous l\u2019arbre de Hudaybiyyah \u2014 celui-l\u00e0 m\u00eame sous lequel le Proph\u00e8te \ufdfa avait re\u00e7u le serment des compagnons, et dont le Coran loue les hommes qui s\u2019y tenaient (Coran 48, 18) \u2014, le fit couper, rapportent Ibn Sa\u2019d et d\u2019autres, de peur qu\u2019il ne dev\u00eent un lieu de d\u00e9votion ; et le Proph\u00e8te \ufdfa lui-m\u00eame avait interdit de b\u00e2tir sur les tombes et de s\u2019y asseoir (Sah\u00eeh Muslim, n\u00b0 970), et avait demand\u00e9 qu\u2019on ne f\u00eet pas de sa propre tombe un lieu de f\u00eate (rapport\u00e9 par Ab\u00fb D\u00e2w\u00fbd, n\u00b0 2042 ; jug\u00e9 authentique). Ce que les r\u00e9novateurs ont combattu n\u2019est donc pas une pi\u00e9t\u00e9 populaire que les anciens auraient tol\u00e9r\u00e9e : c\u2019est ce que \u2019Umar avait tranch\u00e9 \u00e0 la hache et que le Proph\u00e8te \ufdfa avait interdit \u00e0 sa propre tombe. La limite est claire \u2014 visiter, prier pour le mort, se souvenir : oui ; b\u00e2tir, invoquer, sacrifier, f\u00eater : non \u2014 et elle ne doit rien au douzi\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Le kal\u00e2m devenu credo d\u2019\u00c9tat, l\u2019exc\u00e8s dans la v\u00e9n\u00e9ration des hommes et des tombes, le taql\u00eed qui oublie les textes, et le fer des Mongols qui abattit Bagdad en six cent cinquante-six : quatre \u00e9preuves, dont la voie des anciens sortit affaiblie \u2014 et r\u00e9nov\u00e9e.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>3. Ibn Taymiyyah : le r\u00e9novateur du huiti\u00e8me si\u00e8cle<\/h3>\n<p>Taq\u00ee ad-D\u00een Ahmad ibn \u2019Abd al-Hal\u00eem ibn Taymiyyah naquit \u00e0 Harr\u00e2n, en Haute-M\u00e9sopotamie, en l\u2019an six cent soixante et un, dans une famille de savants hanbalites \u2014 son grand-p\u00e8re al-Majd, que le dossier pr\u00e9c\u00e9dent a nomm\u00e9, \u00e9tait l\u2019un des grands juristes de l\u2019\u00e9cole \u2014 ; devant l\u2019avance mongole, la famille fuit \u00e0 Damas en six cent soixante-sept, emportant ses livres sur une charrette tir\u00e9e \u00e0 bras. L\u2019enfant y re\u00e7ut la formation la plus compl\u00e8te que son si\u00e8cle p\u00fbt donner : le hadith aupr\u00e8s de dizaines de ma\u00eetres, le fiqh de son \u00e9cole, les fondements, la langue, et \u2014 ce que peu de ses contemporains poss\u00e9daient \u2014 la connaissance directe des livres des philosophes, des th\u00e9ologiens de toutes les \u00e9coles, des soufis et des sectes, qu\u2019il lut pour les r\u00e9futer. \u00c0 vingt ans, \u00e0 la mort de son p\u00e8re, il lui succ\u00e9da dans sa chaire ; \u00e0 trente, il \u00e9tait le savant le plus discut\u00e9 de Damas. Sa vie fut celle d\u2019un combattant, au sens propre et au sens figur\u00e9. Au sens propre : lorsque les Mongols, convertis \u00e0 l\u2019islam de fra\u00eeche date, revinrent en six cent quatre-vingt-dix-neuf et prirent Damas, c\u2019est lui qui alla parlementer avec leur khan Gh\u00e2z\u00e2n, obtint la lib\u00e9ration de captifs \u2014 chr\u00e9tiens compris, dit-il, car ils \u00e9taient sous la protection des musulmans \u2014, et qui, deux ans plus tard, pr\u00eacha le combat contre l\u2019invasion et fit cesser les h\u00e9sitations des juristes en montrant que des Mongols qui se disaient musulmans mais gouvernaient par leur code et non par la Loi, et attaquaient les terres d\u2019islam, devaient \u00eatre repouss\u00e9s \u2014 position qu\u2019il exposa dans plusieurs fatw\u00e2s, dont celle dite de Mardin, sur le statut d\u2019une ville m\u00eal\u00e9e, que le chapitre des objections examinera avec ses variantes manuscrites et l\u2019usage qu\u2019on en a fait. Au sens figur\u00e9 : il consacra sa vie \u00e0 ramener la Ummah aux textes contre tout ce qui s\u2019en \u00e9tait \u00e9loign\u00e9 \u2014 le kal\u00e2m ash\u2019arite et mu\u2019tazilite, dont il d\u00e9monta les fondements dans le plus vaste trait\u00e9 jamais \u00e9crit sur les rapports de la raison et de la R\u00e9v\u00e9lation, Dar\u2019 ta\u2019\u00e2rud al-\u2019aql wa-n-naql ; la philosophie d\u2019Ibn S\u00een\u00e2, qu\u2019il r\u00e9futa en logicien ; le chiisme, auquel il r\u00e9pondit dans Minh\u00e2j as-sunnah que le dossier des Califes a cit\u00e9 ; l\u2019unit\u00e9 de l\u2019\u00eatre d\u2019Ibn \u2019Arab\u00ee ; les cultes des tombes et les f\u00eates emprunt\u00e9es, contre lesquels il \u00e9crivit Iqtid\u00e2\u2019 as-sir\u00e2t al-mustaq\u00eem ; et, dans le fiqh, le taql\u00eed fig\u00e9, contre lequel il jugea selon les textes sur des questions que son \u00e9cole avait tranch\u00e9es autrement \u2014 le dossier pr\u00e9c\u00e9dent a donn\u00e9 l\u2019exemple du triple divorce.<\/p>\n<p>Il le paya. Il fut convoqu\u00e9 devant des tribunaux pour son credo, qu\u2019il exposa dans l\u2019\u00e9p\u00eetre de W\u00e2sit et d\u00e9fendit dans celle de Ham\u00e2h \u2014 les attributs affirm\u00e9s sans comment ni ta\u2019w\u00eel, la voie d\u2019Ahmad \u2014 ; emprisonn\u00e9 au Caire de sept cent cinq \u00e0 sept cent sept, puis assign\u00e9 \u00e0 Alexandrie ; emprisonn\u00e9 de nouveau \u00e0 Damas en sept cent vingt pour ses fatw\u00e2s sur le divorce, et enfin en sept cent vingt-six pour sa fatw\u00e2 sur le voyage entrepris pour visiter les tombes \u2014 y compris celle du Proph\u00e8te \ufdfa, dont il tenait la visite pour recommand\u00e9e mais le voyage entrepris \u00e0 cette seule fin pour contraire au hadith des trois mosqu\u00e9es (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 1189) \u2014 ; ses adversaires lui firent retirer l\u2019encre et le papier, et il mourut dans la citadelle de Damas, le vingt dh\u00fb-l-qa\u2019dah de l\u2019an sept cent vingt-huit, \u00e0 soixante-sept ans, apr\u00e8s avoir r\u00e9cit\u00e9 le Coran quatre-vingts fois en prison. Ses fun\u00e9railles rassembl\u00e8rent, disent les chroniqueurs, la ville enti\u00e8re \u2014 les chiffres, comme pour Ahmad, mesurent l\u2019\u00e9motion. Il faut dire de lui ce que les savants \u00e9quitables ont dit : un homme d\u2019une science sans \u00e9gale en son si\u00e8cle, qu\u2019adh-Dhahab\u00ee, son \u00e9l\u00e8ve, appelait \u00ab l\u2019oc\u00e9an \u00bb et dont il critiquait pourtant la v\u00e9h\u00e9mence ; un r\u00e9novateur qui ramena aux textes une Ummah engourdie ; un pol\u00e9miste dont la plume blessa, et dont les jugements sur les hommes furent parfois plus durs que sa doctrine \u2014 car sa doctrine, sur le takf\u00eer, \u00e9tait la plus retenue qui soit \u2014 et elle repose sur une distinction que le lecteur doit conna\u00eetre, car elle est la clef des d\u00e9bats d\u2019aujourd\u2019hui : dire qu\u2019une th\u00e8se ou un acte est m\u00e9cr\u00e9ance \u2014 takf\u00eer mutlaq, g\u00e9n\u00e9ral \u2014 n\u2019est pas dire que telle personne qui le tient est m\u00e9cr\u00e9ante \u2014 takf\u00eer mu\u2019ayyan, d\u00e9termin\u00e9 \u2014 ; le second exige que la preuve ait \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie \u00e0 cette personne, qu\u2019elle l\u2019ait comprise, et qu\u2019aucun emp\u00eachement \u2014 ignorance, contrainte, interpr\u00e9tation, erreur \u2014 ne subsiste ; nul musulman, \u00e9crit-il en cent endroits, n\u2019est d\u00e9clar\u00e9 m\u00e9cr\u00e9ant pour un p\u00e9ch\u00e9 ni pour une erreur, et il pria pour ses adversaires et refusa que l\u2019on d\u00e9clar\u00e2t m\u00e9cr\u00e9ants ceux qui l\u2019avaient fait emprisonner. Cela ne rend pas tous ses jugements identiques ni au-dessus de la discussion \u2014 des savants de son temps et d\u2019apr\u00e8s ont contest\u00e9 telle fatw\u00e2, telle formule, tel emportement, et ce dossier ne les cache pas \u2014 ; cela interdit seulement de faire de lui l\u2019auteur d\u2019une doctrine de l\u2019excommunication qu\u2019il a pass\u00e9 sa vie \u00e0 combattre. Ses \u00e9l\u00e8ves port\u00e8rent son \u0153uvre : Ibn al-Qayyim, qui la rendit lisible et la fit aimer ; adh-Dhahab\u00ee et al-Mizz\u00ee, les ma\u00eetres du hadith ; Ibn Kath\u00eer, l\u2019ex\u00e9g\u00e8te ; Ibn Rajab, l\u2019un de ses continuateurs. Et son h\u00e9ritage, enfoui sous les controverses pendant quatre si\u00e8cles, ressurgit au douzi\u00e8me, quand ses livres furent red\u00e9couverts par ceux dont ce dossier va parler \u2014 au point que l\u2019on ne peut comprendre aucun mouvement de r\u00e9forme moderne sans avoir lu Ibn Taymiyyah.<\/p>\n<p>Une derni\u00e8re distinction est n\u00e9cessaire pour comprendre pourquoi cet homme du huiti\u00e8me si\u00e8cle est aujourd\u2019hui le plus cit\u00e9 et le plus contest\u00e9 des savants de l\u2019islam. Son influence moderne tient \u00e0 plusieurs causes que l\u2019histoire permet de s\u00e9parer : l\u2019impression et l\u2019\u00e9dition de ses \u0153uvres, longtemps manuscrites, par les salafiyyah de Damas et du Caire au treizi\u00e8me si\u00e8cle ; l\u2019action de ses h\u00e9ritiers intellectuels \u2014 Ibn al-Qayyim d\u2019abord, puis les r\u00e9novateurs du douzi\u00e8me si\u00e8cle, puis les savants d\u2019Arabie au quatorzi\u00e8me \u2014 ; la recherche, par toute une Ummah lass\u00e9e du taql\u00eed rigide, d\u2019une m\u00e9thode de retour aux textes qu\u2019il incarnait ; et, plus tard, l\u2019usage de certains de ses concepts \u2014 sur le gouvernement par la Loi, sur les Mongols \u2014 dans des contextes politiques qui n\u2019ont rien de commun avec le sien, par des hommes qui n\u2019ont lu de lui que ce qu\u2019ils cherchaient. Une histoire solide distingue l\u2019auteur, ses h\u00e9ritiers et les appropriations militantes ; et elle lit ses arguments dans leur d\u00e9tail \u2014 sur le kal\u00e2m, sur la raison, sur les attributs \u2014 au lieu de le r\u00e9sumer par l\u2019\u00e9tiquette de \u00ab litt\u00e9raliste \u00bb, que ses livres d\u00e9mentent \u00e0 chaque page.<\/p>\n<p>Deux traits ach\u00e8veront le portrait, car on ne conna\u00eet l\u2019homme que par le pol\u00e9miste. Le premier est sa spiritualit\u00e9 : ce contempteur des exc\u00e8s soufis \u00e9crivit sur la servitude \u2014 al-\u2019Ub\u00fbdiyyah \u2014, sur l\u2019amour d\u2019Allah, sur les degr\u00e9s du c\u0153ur, des pages que des ma\u00eetres soufis ont cit\u00e9es, et il disait, rapporte Ibn al-Qayyim, que son paradis \u00e9tait dans sa poitrine et que la prison, pour lui, \u00e9tait une retraite \u2014 mon ennemi, disait-il, peut-il m\u2019en priver ? Le second est sa m\u00e9thode devant une question, que l\u2019on peut voir \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans n\u2019importe laquelle de ses fatw\u00e2s : il rassemble les textes, expose les avis des \u00e9coles avec leurs preuves, cherche la cause de chaque r\u00e8gle, compare, et conclut \u2014 parfois avec l\u2019\u00e9cole, parfois contre elle, toujours avec les textes ; le lecteur qui ouvre le Majm\u00fb\u2019 \u00e0 une question de contrats y trouve la m\u00eame d\u00e9marche qu\u2019\u00e0 une question de credo. C\u2019est cette m\u00e9thode, plus que ses conclusions, qui fit de lui le r\u00e9novateur ; et c\u2019est elle que les dossiers des fondements exposeront.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> N\u00e9 en six cent soixante et un dans la fuite devant les Mongols, savant universel, parlementaire devant Gh\u00e2z\u00e2n, r\u00e9futateur du kal\u00e2m, de la philosophie, du chiisme et des cultes des tombes, emprisonn\u00e9 quatre fois pour ses fatw\u00e2s, mort en prison en sept cent vingt-huit : Ibn Taymiyyah ramena la Ummah aux textes, avec une doctrine du takf\u00eer des plus retenues et une plume qui blessa.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h2 class=\"section-partie\">Deuxi\u00e8me partie \u2014 Du neuvi\u00e8me au treizi\u00e8me si\u00e8cle : les empires, les r\u00e9formateurs, la modernit\u00e9<\/h2>\n<h3>4. Les empires et la science : Ottomans, Moghols, Safavides<\/h3>\n<p>Les cinq si\u00e8cles qui suivirent Ibn Taymiyyah furent ceux des grands empires, et il faut dire ce qu\u2019ils firent de la science, car le lecteur en h\u00e9rite. L\u2019Empire ottoman, hanafite, fit de la religion une administration : le shaykh al-islam \u00e0 la t\u00eate, des muftis et des juges dans chaque province, des madrasas hi\u00e9rarchis\u00e9es \u2014 et il conserva la Sunnah, ses recueils, ses \u00e9coles, sans en renouveler la science ; ses grands savants furent des commentateurs, des glossateurs, des juristes d\u2019\u00c9tat, et l\u2019on a dit de cette p\u00e9riode qu\u2019elle fut celle des haw\u00e2sh\u00ee \u2014 des gloses sur les commentaires des abr\u00e9g\u00e9s \u2014 ; le jugement est vrai dans sa mesure, et injuste dans son ton : la centralisation ottomane produisit \u00e0 la fois une stabilit\u00e9 et une d\u00e9pendance qu\u2019il faut analyser sans les confondre avec une corruption de la science, et les gloses traitaient souvent des probl\u00e8mes nouveaux avec une finesse que le lecteur moderne, qui les trouve r\u00e9p\u00e9titives, ne voit pas ; la question pertinente n\u2019est pas de savoir s\u2019il y eut des commentaires, mais quelle place ils faisaient aux preuves, \u00e0 la m\u00e9thode et \u00e0 l\u2019application \u2014 et la r\u00e9ponse varie d\u2019un auteur \u00e0 l\u2019autre. L\u2019Empire moghol de l\u2019Inde, hanafite aussi, produisit la compilation des Fat\u00e2w\u00e2 Hindiyyah que le dossier neuf a nomm\u00e9e, et vit na\u00eetre, au douzi\u00e8me si\u00e8cle, le premier grand r\u00e9novateur de la Sunnah en Inde. Et la Perse, qui avait \u00e9t\u00e9 depuis les premiers si\u00e8cles l\u2019une des terres les plus f\u00e9condes de la science sunnite \u2014 Nichapour, Rayy, Ispahan, H\u00e9rat \u2014, fut convertie de force au chiisme duod\u00e9cimain par les Safavides, \u00e0 partir de neuf cent sept : les savants sunnites furent tu\u00e9s, exil\u00e9s ou contraints, et l\u2019Iran, terre d\u2019al-Bukh\u00e2r\u00ee et d\u2019al-Ghaz\u00e2l\u00ee, devint en un si\u00e8cle ce qu\u2019il est aujourd\u2019hui \u2014 l\u2019un des faits les plus lourds de l\u2019histoire de l\u2019islam, que le dossier des sectes a \u00e9voqu\u00e9 et qu\u2019il faut ici dater \u2014 en distinguant le fait, bien document\u00e9, de sa lecture confessionnelle : des savants \u00e9migr\u00e8rent, des institutions chang\u00e8rent de confession, d\u2019autres centres gagn\u00e8rent en importance, et les effets sociaux et intellectuels de cette transformation furent multiples et durables. Ce ne fut pas un temps de d\u00e9cadence de la science : Ibn Hajar, as-Suy\u00fbt\u00ee, al-Buh\u00fbt\u00ee, Ibn \u2019\u00c2bid\u00een, Ibn Hajar al-Haytam\u00ee, al-Qastall\u00e2n\u00ee, ash-Shawk\u00e2n\u00ee furent des ma\u00eetres que les si\u00e8cles anciens n\u2019auraient pas d\u00e9savou\u00e9s. Mais ce fut un temps o\u00f9 la science se transmettait plus qu\u2019elle ne se renouvelait, o\u00f9 le credo d\u2019Ahmad \u00e9tait devenu minoritaire dans les madrasas au profit du kal\u00e2m, o\u00f9 les confr\u00e9ries encadraient la pi\u00e9t\u00e9 populaire avec ses exc\u00e8s, et o\u00f9 le taql\u00eed d\u2019\u00e9cole \u00e9tait devenu, pour beaucoup, la religion elle-m\u00eame \u2014 de sorte qu\u2019un mufti hanafite pouvait tenir pour interdit de prier derri\u00e8re un sh\u00e2fi\u2019ite, et qu\u2019un savant qui citait un hadith contre son \u00e9cole \u00e9tait suspect. C\u2019est contre cet \u00e9tat que se lev\u00e8rent, presque au m\u00eame moment, en plusieurs terres et sans se conna\u00eetre, les hommes de la section suivante.<\/p>\n<p>Deux exemples montreront que ces si\u00e8cles ne furent pas muets devant le nouveau. Lorsque le caf\u00e9 arriva du Y\u00e9men dans les villes ottomanes au dixi\u00e8me si\u00e8cle, puis le tabac au onzi\u00e8me, les juristes des quatre \u00e9coles d\u00e9battirent pendant des d\u00e9cennies \u2014 enivre-t-il, nuit-il, est-ce une innovation ou une coutume ? \u2014 et les gloses hanafites et sh\u00e2fi\u2019ites de cette \u00e9poque en portent la trace : le caf\u00e9 fut finalement tenu pour licite, le tabac divisa ; et lorsque l\u2019imprimerie fut propos\u00e9e \u00e0 l\u2019Empire au douzi\u00e8me si\u00e8cle, un shaykh al-islam donna une fatw\u00e2 pour l\u2019imprimerie des livres profanes en r\u00e9servant les livres religieux, par crainte pour la copie du Coran \u2014 d\u00e9cision que l\u2019on a jug\u00e9e diversement et qui retarda d\u2019un si\u00e8cle ce que le treizi\u00e8me fit d\u2019un coup. Ce ne sont pas les traces d\u2019une science morte ; ce sont celles d\u2019une science qui d\u00e9lib\u00e8re. Et l\u2019Inde moghole donna, avant Sh\u00e2h Waliyyull\u00e2h, un r\u00e9novateur que les Indiens nomment le r\u00e9novateur du second mill\u00e9naire : Ahmad Sirhind\u00ee, mort en mille trente-quatre, hanafite et naqshband\u00ee, qui combattit de l\u2019int\u00e9rieur de sa confr\u00e9rie la th\u00e8se de l\u2019unit\u00e9 de l\u2019\u00eatre et, contre le syncr\u00e9tisme religieux de l\u2019empereur Akbar \u2014 qui avait tent\u00e9 de fondre l\u2019islam et l\u2019hindouisme en une religion de cour \u2014, rappela la Ummah \u00e0 la Loi ; ses lettres, les Makt\u00fbb\u00e2t, sont l\u2019une des grandes \u0153uvres de restauration de la p\u00e9riode \u2014 et la preuve, s\u2019il en fallait, que le tasawwuf de la Sunnah a produit des r\u00e9novateurs.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Les Ottomans firent de la religion une administration qui conserva sans renouveler ; les Moghols compil\u00e8rent ; les Safavides convertirent la Perse de force au chiisme ; et le taql\u00eed d\u2019\u00e9cole devint, pour beaucoup, la religion m\u00eame \u2014 jusqu\u2019\u00e0 ce que des hommes se l\u00e8vent, presque ensemble, en plusieurs terres.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>5. Le douzi\u00e8me si\u00e8cle : les r\u00e9novateurs se l\u00e8vent en m\u00eame temps<\/h3>\n<p>Au douzi\u00e8me si\u00e8cle de l\u2019h\u00e9gire \u2014 le dix-huiti\u00e8me de l\u2019\u00e8re commune \u2014, la Ummah vit surgir, presque simultan\u00e9ment et sans concertation, des mouvements de retour aux sources dont l\u2019histoire retient quatre foyers \u2014 leur ressemblance ne suppose aucune entente, et s\u2019explique par des probl\u00e8mes communs : l\u2019affaiblissement de certaines disciplines, des pratiques populaires contest\u00e9es, une rigidit\u00e9 juridique, la circulation accrue des livres et des savants entre le Hij\u00e2z, l\u2019Inde et le Y\u00e9men, et le d\u00e9sir de r\u00e9examiner les sources ; le lecteur doit les conna\u00eetre tous, car on en r\u00e9duit souvent l\u2019histoire \u00e0 un seul. En Inde, Sh\u00e2h Waliyyull\u00e2h ad-Dihlaw\u00ee, mort en mille cent soixante-seize, hanafite form\u00e9 au Hij\u00e2z aupr\u00e8s des ma\u00eetres du hadith, entreprit de rendre la Sunnah \u00e0 un islam indien que le taql\u00eed et les exc\u00e8s des confr\u00e9ries avaient recouvert : il traduisit le Coran en persan pour que le peuple le l\u00fbt, enseigna le Muwatta\u2019 et les deux Sah\u00eeh, \u00e9crivit dans Hujjat All\u00e2h al-b\u00e2lighah \u2014 \u00ab l\u2019argument concluant d\u2019Allah \u00bb \u2014 la plus vaste tentative jamais faite d\u2019exposer les finalit\u00e9s de chaque r\u00e8gle de la Loi, et pr\u00f4na une r\u00e9conciliation des \u00e9coles par le retour aux hadiths ; ses fils et ses \u00e9l\u00e8ves fond\u00e8rent l\u2019\u00e9cole du hadith de Delhi, dont descendent Deoband et le mouvement des Ahl-i Had\u00eeth. Au Y\u00e9men, Muhammad ibn Ism\u00e2\u2019\u00eel as-San\u2019\u00e2n\u00ee, mort en mille cent quatre-vingt-deux, et Muhammad ash-Shawk\u00e2n\u00ee, mort en mille deux cent cinquante \u2014 form\u00e9s dans le zaydisme, revenus \u00e0 la Sunnah par le hadith \u2014, \u00e9crivirent contre le taql\u00eed et pour l\u2019ijtih\u00e2d fond\u00e9 sur les textes : Subul as-sal\u00e2m et Nayl al-awt\u00e2r, commentaires des hadiths de droit, sont depuis lors dans toutes les biblioth\u00e8ques, et le Fath al-qad\u00eer d\u2019ash-Shawk\u00e2n\u00ee, que le dossier des sciences du Coran a nomm\u00e9, est l\u2019un des derniers grands tafs\u00eers. Dans le Najd, au c\u0153ur de l\u2019Arabie, Muhammad ibn \u2019Abd al-Wahh\u00e2b, mort en mille deux cent six, hanbalite form\u00e9 \u00e0 M\u00e9dine et \u00e0 Basrah, lecteur d\u2019Ibn Taymiyyah, pr\u00eacha contre les cultes des tombes, des arbres et des saints qui s\u2019\u00e9taient r\u00e9pandus dans une Arabie livr\u00e9e \u00e0 l\u2019ignorance, et r\u00e9duisit son enseignement \u00e0 ce qu\u2019il tenait pour le c\u0153ur oubli\u00e9 de la religion \u2014 l\u2019unicit\u00e9 dans l\u2019adoration, tawh\u00eed al-ul\u00fbhiyyah \u2014 dans un petit livre, Kit\u00e2b at-tawh\u00eed, fait de versets et de hadiths avec de brefs commentaires, et dans une \u00e9p\u00eetre de r\u00e9futation des objections, Kashf ash-shubuh\u00e2t ; en mille cent cinquante-sept, il s\u2019allia \u00e0 l\u2019\u00e9mir de Dir\u2019iyyah, Muhammad ibn Sa\u2019\u00fbd, et de cette alliance naquit un \u00c9tat qui unifia l\u2019Arabie par la pr\u00e9dication et par les armes, fut abattu par les Ottomans et les \u00c9gyptiens en mille deux cent trente-trois, renaquit deux fois, et gouverne aujourd\u2019hui la p\u00e9ninsule. Et en Afrique de l\u2019Ouest, \u2019Uthm\u00e2n dan Fodio, mort en mille deux cent trente-deux, savant malikite peul du pays haoussa, pr\u00eacha contre le syncr\u00e9tisme et l\u2019injustice des rois, fonda le califat de Sokoto, \u00e9crivit une centaine d\u2019ouvrages de fiqh malikite, de credo et de r\u00e9forme sociale \u2014 dont Ihy\u00e2\u2019 as-sunnah wa ikhm\u00e2d al-bid\u2019ah, \u00ab la revivification de la Sunnah et l\u2019extinction de l\u2019innovation \u00bb \u2014, et fit de sa fille Nana Asma\u2019u l\u2019\u00e9ducatrice des femmes de son empire. Quatre foyers, quatre \u00e9coles de droit \u2014 hanafite, zaydite devenue sunnite, hanbalite, malikite \u2014, quatre contextes ; et une seule inspiration, que le lecteur de cette s\u00e9rie reconna\u00eet : revenir au Coran, \u00e0 la Sunnah et \u00e0 la voie des anciens contre ce qui les avait recouverts.<\/p>\n<p>Il faut parler du foyer du Najd avec plus de pr\u00e9cision que des autres, parce qu\u2019il est le plus contest\u00e9 et parce que son nom \u2014 le \u00ab wahhabisme \u00bb, que ses adversaires lui donn\u00e8rent et que ses disciples refusent \u2014 est devenu en Occident un mot d\u2019\u00e9pouvante. Ce que Muhammad ibn \u2019Abd al-Wahh\u00e2b a \u00e9crit est accessible, et le lecteur peut le lire : le Kit\u00e2b at-tawh\u00eed tient en soixante-six chapitres de versets et de hadiths sur l\u2019unicit\u00e9 et ce qui la contredit \u2014 l\u2019invocation des morts, les amulettes, la magie, la v\u00e9n\u00e9ration excessive des saints \u2014, avec des commentaires d\u2019une ligne ; ses lettres, rassembl\u00e9es par ses fils et ses petits-fils, r\u00e9pondent aux accusations de son temps avec une nettet\u00e9 que l\u2019on cite peu : je ne d\u00e9clare m\u00e9cr\u00e9ant, \u00e9crit-il, que celui qui, ayant connu la religion, adore un autre qu\u2019Allah apr\u00e8s que la preuve lui a \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie ; je n\u2019ai pas appel\u00e9 \u00e0 une \u00e9cole nouvelle, je suis l\u2019\u00e9cole d\u2019Ahmad ; je n\u2019excommunie ni pour un p\u00e9ch\u00e9 ni pour une erreur ; et il nomme parmi les calomnies qu\u2019on lui pr\u00eate celle de tenir les gens de son temps pour m\u00e9cr\u00e9ants en bloc. Ce qu\u2019on lui a reproch\u00e9, et que les sources reconnaissent, est d\u2019un autre ordre : la d\u00e9molition des mausol\u00e9es, y compris \u00e0 M\u00e9dine et \u00e0 La Mecque ; la rigueur avec laquelle ses partisans appliqu\u00e8rent la doctrine, jusqu\u2019\u00e0 des jugements de m\u00e9cr\u00e9ance sur des populations enti\u00e8res que le ma\u00eetre n\u2019avait pas prononc\u00e9s ; et les guerres d\u2019Arabie, avec leurs exc\u00e8s \u2014 le sac de Karbal\u00e2\u2019 en mille deux cent seize, dix ans apr\u00e8s sa mort, fut l\u2019\u0153uvre de l\u2019\u00c9tat, non du pr\u00e9dicateur. Les savants sunnites de son temps se divis\u00e8rent : les uns l\u2019accus\u00e8rent d\u2019exc\u00e8s, tel Ibn \u2019\u00c2bid\u00een ou le mufti de La Mecque ; d\u2019autres, de toutes les \u00e9coles \u2014 as-San\u2019\u00e2n\u00ee au Y\u00e9men, qui composa un po\u00e8me en son honneur avant d\u2019en nuancer l\u2019\u00e9loge, Sh\u00e2h Waliyyull\u00e2h en Inde qui pr\u00eachait la m\u00eame chose, ash-Shawk\u00e2n\u00ee qui le loua \u2014, le tinrent pour un r\u00e9novateur. Le lecteur tiendra les deux verdicts ensemble, comme pour tous les hommes de cette s\u00e9rie : une pr\u00e9dication du tawh\u00eed conforme aux textes et n\u00e9cessaire dans son temps ; un mouvement dont les applications d\u00e9pass\u00e8rent parfois la doctrine ; et une histoire dont les usages ult\u00e9rieurs \u2014 jusqu\u2019\u00e0 ceux qui tuent aujourd\u2019hui en son nom \u2014 sont \u00e0 juger sur les textes et non sur le nom.<\/p>\n<p>Un cinqui\u00e8me foyer, moins connu, m\u00e9rite d\u2019\u00eatre nomm\u00e9, car il montre la circulation des savants qui expliqua la simultan\u00e9it\u00e9 : au Caire, Murtad\u00e2 az-Zab\u00eed\u00ee, mort en mille deux cent cinq \u2014 un Indien form\u00e9 \u00e0 Zab\u00eed au Y\u00e9men, \u00e9tabli en \u00c9gypte \u2014, composa le plus grand dictionnaire de la langue arabe, T\u00e2j al-\u2019ar\u00fbs, et un commentaire du Ihy\u00e2\u2019 d\u2019al-Ghaz\u00e2l\u00ee o\u00f9 il v\u00e9rifia, hadith par hadith, les sources du livre le plus lu du soufisme \u2014 travail de muhaddith appliqu\u00e9 \u00e0 la spiritualit\u00e9, qui est le tajd\u00eed m\u00eame ; ses \u00e9l\u00e8ves vinrent de tout l\u2019islam, et les cha\u00eenes de hadith du monde moderne passent en grand nombre par lui. L\u2019Inde, le Y\u00e9men, l\u2019\u00c9gypte, le Hij\u00e2z : les r\u00e9novateurs du douzi\u00e8me si\u00e8cle se sont form\u00e9s dans les m\u00eames villes et souvent chez les m\u00eames ma\u00eetres, et c\u2019est cette communaut\u00e9 de formation \u2014 non un complot \u2014 qui explique qu\u2019ils aient pr\u00each\u00e9 ensemble.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Sh\u00e2h Waliyyull\u00e2h en Inde, as-San\u2019\u00e2n\u00ee et ash-Shawk\u00e2n\u00ee au Y\u00e9men, Ibn \u2019Abd al-Wahh\u00e2b dans le Najd, dan Fodio au Soudan : quatre foyers, quatre \u00e9coles, une inspiration \u2014 revenir aux sources ; et, pour le Najd, une doctrine \u00e0 lire dans ses textes et une histoire \u00e0 juger sur ses actes.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>6. Le treizi\u00e8me si\u00e8cle : la colonisation, l\u2019imprimerie et le r\u00e9formisme<\/h3>\n<p>Le treizi\u00e8me si\u00e8cle de l\u2019h\u00e9gire \u2014 le dix-neuvi\u00e8me de l\u2019\u00e8re commune \u2014 apporta \u00e0 la Ummah un choc d\u2019une nature nouvelle : non plus l\u2019invasion d\u2019un peuple \u00e0 convertir, comme les Mongols, mais la domination d\u2019une civilisation qui se croyait sup\u00e9rieure et qui, pour la premi\u00e8re fois depuis le d\u00e9but de l\u2019islam, gouvernait des musulmans sans intention de le devenir. Napol\u00e9on entra en \u00c9gypte en mille deux cent treize ; la France prit Alger en mille deux cent quarante-cinq, la Tunisie et l\u2019\u00c9gypte suivirent sous d\u2019autres drapeaux, l\u2019Inde enti\u00e8re passa sous la couronne britannique, l\u2019Asie centrale sous les tsars, et l\u2019Empire ottoman, r\u00e9duit \u00e0 l\u2019Anatolie et au Levant, s\u2019effondra apr\u00e8s la Premi\u00e8re Guerre mondiale ; le trois mars mille neuf cent vingt-quatre \u2014 le vingt-sept rajab mille trois cent quarante-deux \u2014, l\u2019assembl\u00e9e turque abolit le califat, et pour la premi\u00e8re fois depuis Ab\u00fb Bakr la Ummah n\u2019eut plus d\u2019imam. Ce choc produisit trois r\u00e9ponses, que le lecteur doit distinguer pour comprendre le monde contemporain. La premi\u00e8re fut la r\u00e9sistance des savants et des confr\u00e9ries : l\u2019\u00e9mir \u2019Abd al-Q\u00e2dir en Alg\u00e9rie, malikite et soufi, qui combattit puis, vaincu, sauva des milliers de chr\u00e9tiens \u00e0 Damas ; les \u2019ulam\u00e2\u2019 de Deoband en Inde, qui fond\u00e8rent en mille deux cent quatre-vingt-trois une \u00e9cole pour transmettre la Sunnah hors des institutions coloniales ; les San\u00fbs\u00ees en Libye. La deuxi\u00e8me fut le r\u00e9formisme dit moderniste : des hommes form\u00e9s \u00e0 la fois dans les madrasas et au contact de l\u2019Europe \u2014 Jam\u00e2l ad-D\u00een al-Afgh\u00e2n\u00ee, Muhammad \u2019Abduh, mufti d\u2019\u00c9gypte mort en mille trois cent vingt-trois, et leurs disciples \u2014 tinrent que la d\u00e9cadence venait du taql\u00eed et des superstitions, appel\u00e8rent au retour au Coran et \u00e0 l\u2019ijtih\u00e2d, mais ouvrirent aussi la porte \u00e0 des lectures rationalistes que les gens de la Sunnah ne pouvaient recevoir \u2014 le dossier des sciences du Coran a dit le concordisme, et l\u2019on y ajoutera l\u2019interpr\u00e9tation all\u00e9gorique de certains miracles et des anges ; ce courant, qui voulut concilier l\u2019islam et la modernit\u00e9 europ\u00e9enne, en fut parfois l\u2019otage, et ses meilleurs \u00e9l\u00e8ves \u2014 Rash\u00eed Rid\u00e2, mort en mille trois cent cinquante-quatre \u2014 revinrent vers la voie d\u2019Ibn Taymiyyah. La troisi\u00e8me fut la salafiyyah au sens du treizi\u00e8me si\u00e8cle : \u00e0 Damas, Bagdad et le Caire, des savants comme Jam\u00e2l ad-D\u00een al-Q\u00e2sim\u00ee, T\u00e2hir al-Jaz\u00e2\u2019ir\u00ee, al-\u00c2l\u00fbs\u00ee le petit-fils, Muhibb ad-D\u00een al-Khat\u00eeb, entreprirent de faire imprimer les livres des anciens \u2014 Ibn Taymiyyah, Ibn al-Qayyim, Ibn Hazm, les recueils de hadith, les credos \u2014 que les manuscrits gardaient captifs, et de ramener l\u2019enseignement aux textes ; l\u2019imprimerie, arriv\u00e9e \u00e0 B\u00fbl\u00e2q en mille deux cent trente-sept, changea la science plus que toute conqu\u00eate : un \u00e9tudiant de F\u00e8s ou de Lahore pouvait d\u00e9sormais lire le Fath al-B\u00e2r\u00ee, le Mughn\u00ee et la W\u00e2sitiyyah que ses ma\u00eetres n\u2019avaient jamais vus. Le lecteur qui a suivi cette s\u00e9rie comprend l\u2019enjeu de cette troisi\u00e8me r\u00e9ponse : elle fut la revivification proprement dite \u2014 rendre \u00e0 la Ummah ses sources \u2014, et c\u2019est d\u2019elle que proc\u00e8dent, pour l\u2019essentiel, les ma\u00eetres du si\u00e8cle suivant.<\/p>\n<p>Il faut ajouter, pour que le lecteur d\u2019aujourd\u2019hui reconnaisse ce qu\u2019il voit, la naissance des institutions savantes contemporaines, qui proc\u00e8dent de ces trois r\u00e9ponses. Les grandes universit\u00e9s anciennes \u2014 al-Azhar au Caire, la Zayt\u00fbnah \u00e0 Tunis, la Qarawiyy\u00een \u00e0 F\u00e8s, Deoband en Inde \u2014 furent r\u00e9form\u00e9es ou refond\u00e9es pour former des savants dans les quatre \u00e9coles ; des universit\u00e9s nouvelles naquirent au quatorzi\u00e8me si\u00e8cle, \u00e0 M\u00e9dine, \u00e0 Riyad, en Malaisie, avec des facult\u00e9s de hadith, de fiqh et de credo ; et, devant les questions que nul savant isol\u00e9 ne pouvait trancher \u2014 la finance, la m\u00e9decine, les techniques, les situations des minorit\u00e9s \u2014, la Ummah se dota d\u2019acad\u00e9mies de fiqh collectif : l\u2019Acad\u00e9mie de la Ligue islamique mondiale \u00e0 La Mecque en mille trois cent quatre-vingt-dix-huit, celle de l\u2019Organisation de la coop\u00e9ration islamique \u00e0 Djeddah en mille quatre cent un, des conseils de fatw\u00e2 en \u00c9gypte, au Maghreb, en Europe et ailleurs \u2014 o\u00f9 des dizaines de savants de toutes les \u00e9coles d\u00e9lib\u00e8rent, consultent des m\u00e9decins et des \u00e9conomistes, et publient des avis motiv\u00e9s. Le lecteur y verra la forme moderne de ce que le cercle d\u2019Ab\u00fb Han\u00eefah avait invent\u00e9 : le droit d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 ; et il saura, devant une question nouvelle, o\u00f9 chercher un avis fond\u00e9 plut\u00f4t qu\u2019une fatw\u00e2 d\u2019\u00e9cran.<\/p>\n<p>Un exemple de chacune des trois r\u00e9ponses rendra la typologie concr\u00e8te. R\u00e9sistance : en mille deux cent soixante-seize, lors des massacres de chr\u00e9tiens \u00e0 Damas, l\u2019\u00e9mir \u2019Abd al-Q\u00e2dir, exil\u00e9 dans la ville, ouvrit sa maison et fit prot\u00e9ger par ses hommes des milliers de chr\u00e9tiens, en invoquant la Loi qui interdit de tuer l\u2019innocent \u2014 acte que les puissances europ\u00e9ennes honor\u00e8rent et que ses ennemis d\u2019hier salu\u00e8rent ; et Deoband, fond\u00e9e sept ans plus tard, forma sans un sou de l\u2019\u00c9tat colonial des milliers de savants dont les \u00e9l\u00e8ves enseignent aujourd\u2019hui de Londres \u00e0 Johannesburg. R\u00e9formisme : Muhammad \u2019Abduh, mufti d\u2019\u00c9gypte, r\u00e9forma l\u2019enseignement d\u2019al-Azhar, combattit les superstitions et \u00e9crivit un trait\u00e9 de l\u2019unicit\u00e9 \u2014 et il lut aussi, dans le Coran, les anges comme des forces de la nature et les djinns comme des microbes, lectures que le dossier des sciences du Coran a rang\u00e9es parmi les d\u00e9rives, et qui montrent o\u00f9 m\u00e8ne la conciliation lorsqu\u2019elle tient le si\u00e8cle pour juge. Salafiyyah des imprimeurs : Jam\u00e2l ad-D\u00een al-Q\u00e2sim\u00ee, \u00e0 Damas, fit copier et imprimer les manuscrits d\u2019Ibn Taymiyyah que les biblioth\u00e8ques de la Z\u00e2hiriyyah gardaient depuis six si\u00e8cles, \u00e9crivit un tafs\u00eer et un trait\u00e9 des fondements du hadith, et fut poursuivi par les autorit\u00e9s ottomanes pour avoir pr\u00e9tendu \u00e0 l\u2019ijtih\u00e2d \u2014 accusation qui dit l\u2019\u00e9tat des esprits : l\u2019homme qui rendait \u00e0 la Ummah ses sources passait pour un dangereux novateur.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> La colonisation et la chute du califat produisirent trois r\u00e9ponses : la r\u00e9sistance des savants et des confr\u00e9ries, le r\u00e9formisme moderniste qui voulut concilier et fut parfois otage, et la salafiyyah des imprimeurs qui rendit \u00e0 la Ummah les livres des anciens.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h2 class=\"section-partie\">Troisi\u00e8me partie \u2014 Le quatorzi\u00e8me si\u00e8cle et le temps pr\u00e9sent<\/h2>\n<h3>7. Les ma\u00eetres du quatorzi\u00e8me si\u00e8cle<\/h3>\n<p>Le quatorzi\u00e8me si\u00e8cle de l\u2019h\u00e9gire \u2014 le vingti\u00e8me de l\u2019\u00e8re commune \u2014 fut, malgr\u00e9 tout ce qu\u2019il d\u00e9truisit, un grand si\u00e8cle de la Sunnah, et il faut nommer ses ma\u00eetres, morts avant nous, dans toutes les \u00e9coles et dans toutes les terres, pour que le lecteur voie que la revivification ne fut ni le fait d\u2019un seul pays ni d\u2019un seul courant. En \u00c9gypte, Ahmad Sh\u00e2kir, mort en mille trois cent soixante-dix-sept, juge et muhaddith, \u00e9dita le Musnad d\u2019Ahmad et le tafs\u00eer d\u2019at-Tabar\u00ee avec une rigueur de critique que les anciens n\u2019auraient pas d\u00e9savou\u00e9e, et son fr\u00e8re Mahm\u00fbd Sh\u00e2kir d\u00e9fendit la langue arabe contre ceux qui voulaient la r\u00e9duire ; l\u2019Azhar, r\u00e9form\u00e9 plusieurs fois, forma des g\u00e9n\u00e9rations de savants des quatre \u00e9coles. Au Maghreb, le Tunisien Muhammad at-T\u00e2hir ibn \u2019\u00c2sh\u00fbr, mort en mille trois cent quatre-vingt-treize, shaykh de la Zayt\u00fbnah, \u00e9crivit le tafs\u00eer que le dossier sept a nomm\u00e9 et le trait\u00e9 des finalit\u00e9s de la Loi qui rouvrit, dans la ligne d\u2019ash-Sh\u00e2tib\u00ee, la r\u00e9flexion sur les maq\u00e2sid ; le Marocain \u2019All\u00e2l al-F\u00e2s\u00ee et l\u2019Alg\u00e9rien \u2019Abd al-Ham\u00eed ibn B\u00e2d\u00ees, mort en mille trois cent cinquante-neuf, malikites et r\u00e9formateurs, ramen\u00e8rent leurs peuples au Coran contre le maraboutisme et contre la colonisation, par des \u00e9coles et des journaux, dans une salafiyyah maghr\u00e9bine que l\u2019on oublie trop souvent quand on parle de salafisme. En Mauritanie, terre des mah\u00e2dir \u2014 ces \u00e9coles du d\u00e9sert o\u00f9 l\u2019on apprend Khal\u00eel et les Alfiyyah par c\u0153ur \u2014, Muhammad al-Am\u00een ash-Shinq\u00eet\u00ee, mort en mille trois cent quatre-vingt-treize, malikite de formation devenu ma\u00eetre \u00e0 M\u00e9dine, \u00e9crivit Adw\u00e2\u2019 al-bay\u00e2n, le tafs\u00eer du Coran par le Coran le plus rigoureux du si\u00e8cle, et enseigna les fondements \u00e0 une g\u00e9n\u00e9ration. En Inde et au Pakistan, Ab\u00fb-l-Hasan \u2019Al\u00ee an-Nadw\u00ee, mort en mille quatre cent vingt, historien et pr\u00e9dicateur, \u00e9crivit sur ce que le monde a perdu au d\u00e9clin des musulmans, et Muhammad \u2019Abd ar-Rahm\u00e2n al-Mub\u00e2rakf\u00fbr\u00ee commenta at-Tirmidh\u00ee. Dans le Ch\u00e2m, Muhammad N\u00e2sir ad-D\u00een al-Alb\u00e2n\u00ee, mort en mille quatre cent vingt, Albanais de Damas, horloger devenu le plus grand v\u00e9rificateur de hadiths de son si\u00e8cle, classa des dizaines de milliers de r\u00e9cits en s\u00e9ries d\u2019authentiques et de faibles et ramena une g\u00e9n\u00e9ration enti\u00e8re \u00e0 demander : est-ce authentique ? \u2014 au prix de jugements que d\u2019autres savants ont discut\u00e9s, comme il se doit dans cette science. En Arabie, \u2019Abd al-\u2019Az\u00eez ibn B\u00e2z, mort en mille quatre cent vingt, mufti aveugle d\u2019une pi\u00e9t\u00e9 que ses adversaires eux-m\u00eames reconnaissaient, et Muhammad ibn \u2019Uthaym\u00een, mort en mille quatre cent vingt et un, dont le commentaire du Z\u00e2d est dans toutes les librairies, enseign\u00e8rent le credo d\u2019Ahmad et le fiqh de son \u00e9cole \u00e0 des millions d\u2019\u00e9tudiants venus de partout, par la radio, les cassettes puis les \u00e9crans \u2014 la diffusion mondiale de la science sunnite au vingti\u00e8me si\u00e8cle passe par eux. Ces hommes ne furent pas d\u2019accord sur tout ; ils appartenaient \u00e0 quatre \u00e9coles et \u00e0 des sensibilit\u00e9s diff\u00e9rentes ; mais le lecteur reconna\u00eetra en chacun le programme que le hadith du r\u00e9novateur annonce et que cette s\u00e9rie a d\u00e9crit \u2014 les textes, les anciens, la m\u00e9thode \u2014, et il saura qu\u2019il n\u2019est ni l\u2019apanage d\u2019un pays ni celui d\u2019un courant.<\/p>\n<p>Il faut ajouter, pour le lecteur francophone, deux instruments de renouvellement dont il est le b\u00e9n\u00e9ficiaire direct. Le premier est l\u2019\u00e9dition critique : au quatorzi\u00e8me si\u00e8cle, les grands recueils, les commentaires et les credos, longtemps lus dans des \u00e9ditions fautives ou des manuscrits, furent \u00e9dit\u00e9s par des savants \u2014 Ahmad Sh\u00e2kir, \u2019Abd ar-Rahm\u00e2n ibn Yahy\u00e2 al-Mu\u2019allim\u00ee au Y\u00e9men, Shu\u2019ayb al-Arna\u2019\u00fbt et son \u00e9quipe \u00e0 Damas et Beyrouth \u2014 qui v\u00e9rifi\u00e8rent chaque cha\u00eene, not\u00e8rent chaque variante et jug\u00e8rent chaque hadith ; le lecteur qui ouvre aujourd\u2019hui le Musnad ou le Mughn\u00ee lit un texte plus s\u00fbr que celui d\u2019un savant du dixi\u00e8me si\u00e8cle. Le second est la traduction : ce que Sh\u00e2h Waliyyull\u00e2h fit en persan, des savants l\u2019ont fait au quatorzi\u00e8me si\u00e8cle dans toutes les langues de l\u2019islam et dans celles de l\u2019Occident, et la traduction du Coran que cette s\u00e9rie cite \u2014 celle de Rachid Maach, adoss\u00e9e aux commentaires classiques \u2014 est, \u00e0 sa mesure, un acte de ce tajd\u00eed-l\u00e0 : rendre le sens du Livre \u00e0 ceux qui ne lisent pas sa langue, sans jamais le lui substituer. Une Ummah qui \u00e9dite ses sources et les traduit pour ses convertis fait ce que les r\u00e9novateurs ont toujours fait.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Ahmad Sh\u00e2kir en \u00c9gypte, Ibn \u2019\u00c2sh\u00fbr, Ibn B\u00e2d\u00ees et ash-Shinq\u00eet\u00ee au Maghreb et en Mauritanie, an-Nadw\u00ee en Inde, al-Alb\u00e2n\u00ee au Ch\u00e2m, Ibn B\u00e2z et Ibn \u2019Uthaym\u00een en Arabie : quatre \u00e9coles, des sensibilit\u00e9s diverses, un m\u00eame programme \u2014 les textes, les anciens, la m\u00e9thode.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>8. Les courants contemporains : ce qu\u2019ils sont, et comment on les juge<\/h3>\n<p>Le lecteur d\u2019aujourd\u2019hui rencontre des noms de courants \u2014 salafi, r\u00e9formiste, traditionaliste, soufi, tabl\u00eegh, islamiste \u2014 et il a besoin d\u2019une grille pour ne pas s\u2019y perdre, car ces noms recouvrent des r\u00e9alit\u00e9s mouvantes et souvent mal d\u00e9finies ; en voici une, qui ne tranche pas entre les hommes mais donne les crit\u00e8res. Le premier crit\u00e8re est celui de toute cette s\u00e9rie : la fid\u00e9lit\u00e9 aux sources et \u00e0 la voie des anciens \u2014 un courant se juge \u00e0 ce qu\u2019il enseigne du Coran, de la Sunnah et du credo, non \u00e0 son nom ; \u00ab salafi \u00bb d\u00e9signe au sens propre ce que cette s\u00e9rie a d\u00e9crit \u00e0 chaque page, et un malikite de F\u00e8s qui suit le credo d\u2019Ahmad et prie selon M\u00e2lik l\u2019est autant qu\u2019un hanbalite de Riyad, tandis qu\u2019un homme qui se r\u00e9clame des anciens et excommunie les musulmans ne l\u2019est pas, quoi qu\u2019il en dise. Le deuxi\u00e8me crit\u00e8re est celui du takf\u00eer et de la violence : le dossier des sectes a montr\u00e9 que les Khaw\u00e2rij ne sont pas morts \u00e0 Nahraw\u00e2n, et que leur marque \u2014 d\u00e9clarer m\u00e9cr\u00e9ants les musulmans pour des p\u00e9ch\u00e9s ou des d\u00e9saccords, et tirer l\u2019\u00e9p\u00e9e sur cette base \u2014 se reconna\u00eet \u00e0 chaque si\u00e8cle ; tout courant qui la porte, sous quelque nom que ce soit, est jug\u00e9 par le hadith qui les d\u00e9crit, et les savants du vingti\u00e8me si\u00e8cle, de toutes tendances, l\u2019ont dit. Le troisi\u00e8me crit\u00e8re est celui de la hizbiyyah \u2014 l\u2019esprit de parti \u2014 : les mouvements organis\u00e9s n\u00e9s au vingti\u00e8me si\u00e8cle, en \u00c9gypte, en Inde et ailleurs, pour rendre \u00e0 l\u2019islam sa place dans la cit\u00e9, ont pos\u00e9 des questions r\u00e9elles et produit des hommes sinc\u00e8res ; mais les savants \u2014 Ibn B\u00e2z, al-Alb\u00e2n\u00ee, Ibn \u2019Uthaym\u00een entre autres \u2014 ont averti que l\u2019all\u00e9geance \u00e0 un groupe, \u00e0 un chef ou \u00e0 un programme ne doit jamais se substituer \u00e0 l\u2019all\u00e9geance \u00e0 la Sunnah, et que la religion n\u2019est pas un parti ; le lecteur retiendra cet avertissement sans qu\u2019il soit besoin de nommer qui que ce soit. Le quatri\u00e8me crit\u00e8re est celui de la science : un courant qui produit des savants, des livres v\u00e9rifi\u00e9s et des \u00e9tudiants form\u00e9s aux textes est un courant qui sert la Ummah ; un courant qui produit des pr\u00e9dicateurs sans formation, des foules et des slogans ne la sert pas, quelle que soit sa cause. Le cinqui\u00e8me crit\u00e8re, enfin, est celui de l\u2019adab : la mani\u00e8re dont un courant parle des autres musulmans, des imams et des savants qui ne sont pas de son bord dit ce qu\u2019il est \u2014 et le lecteur de cette s\u00e9rie a vu que les quatre imams parlaient les uns des autres avec r\u00e9v\u00e9rence. Ces cinq crit\u00e8res ne d\u00e9signent personne ; ils permettent de juger chacun.<\/p>\n<p>Une pr\u00e9caution sur les \u00e9tiquettes elles-m\u00eames, avant d\u2019appliquer les crit\u00e8res : \u00ab salafi \u00bb, \u00ab traditionaliste \u00bb, \u00ab soufi \u00bb, \u00ab r\u00e9formiste \u00bb, \u00ab tabl\u00eegh\u00ee \u00bb, \u00ab islamiste \u00bb recouvrent des r\u00e9alit\u00e9s historiques et g\u00e9ographiques diverses, et une m\u00eame \u00e9tiquette peut d\u00e9signer, selon les cas, une th\u00e9ologie, une m\u00e9thode juridique, un r\u00e9seau social, une organisation politique ou une simple pr\u00e9f\u00e9rence personnelle ; le lecteur ne juge donc jamais une \u00e9tiquette, mais ce qu\u2019il y a dessous, en posant quatre questions \u2014 que croit ce groupe ? comment \u00e9tudie-t-il ? quelle est sa relation aux autres musulmans ? comment traite-t-il la divergence ? \u2014 et en se souvenant que les hommes que l\u2019on range sous un m\u00eame mot ont souvent moins en commun que ceux que l\u2019on oppose.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Cinq crit\u00e8res pour juger un courant sans le nommer : la fid\u00e9lit\u00e9 aux sources et aux anciens, le refus du takf\u00eer et de la violence, le refus de l\u2019esprit de parti, la production de science, et l\u2019adab envers les autres musulmans.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>9. La fid\u00e9lit\u00e9 dans un monde nouveau : constantes et variables<\/h3>\n<p>Reste la question que le lecteur porte depuis le d\u00e9but de cette s\u00e9rie : que signifie \u00eatre fid\u00e8le \u00e0 la Sunnah dans un monde que les compagnons n\u2019ont pas connu \u2014 avec des \u00c9tats, des banques, des h\u00f4pitaux, des laboratoires, des villes o\u00f9 la nuit dure vingt heures et des pays o\u00f9 l\u2019on est minoritaire ? Les savants ont r\u00e9pondu par une distinction que les dossiers des \u00e9coles ont pr\u00e9par\u00e9e : celle des constantes et des variables. Les constantes \u2014 thaw\u00e2bit \u2014 sont ce que les textes ont fix\u00e9 de mani\u00e8re certaine et qui ne d\u00e9pend d\u2019aucun temps : le credo, les piliers, les interdits majeurs, les r\u00e8gles explicites du culte et de la famille, les finalit\u00e9s de la Loi ; sur elles, il n\u2019y a rien \u00e0 renouveler que la fid\u00e9lit\u00e9. Les variables \u2014 mutaghayyir\u00e2t \u2014 sont ce que les textes ont laiss\u00e9 \u00e0 l\u2019effort de raisonnement, ou fond\u00e9 sur une coutume, une cause ou un int\u00e9r\u00eat qui change avec les temps et les lieux : les formes des contrats, les moyens de l\u2019administration, les techniques, les mani\u00e8res de vivre \u2014 et sur elles, les instruments que les quatre \u00e9coles ont forg\u00e9s s\u2019appliquent : l\u2019analogie, la coutume, l\u2019int\u00e9r\u00eat, les finalit\u00e9s. Trois exemples diront la m\u00e9thode. Les horaires de pri\u00e8re dans les pays du Nord, o\u00f9 le cr\u00e9puscule ne finit pas en \u00e9t\u00e9 : les textes fixent les pri\u00e8res par des signes du ciel qui font d\u00e9faut ; les savants ont r\u00e9pondu par l\u2019analogie avec le hadith du Dajj\u00e2l, o\u00f9 le Proph\u00e8te \ufdfa ordonna, pour un jour qui durerait une ann\u00e9e, de \u00ab mesurer \u00bb les pri\u00e8res (Sah\u00eeh Muslim, n\u00b0 2937), et les conseils de fiqh ont propos\u00e9 des m\u00e9thodes d\u2019estimation \u2014 le pays le plus proche, ou une fraction de la nuit \u2014 que les mosqu\u00e9es appliquent. La viande et les additifs : le texte fixe ce qui est licite \u2014 l\u2019animal abattu au nom d\u2019Allah, la nourriture des gens du Livre (Coran 5, 5) \u2014 ; les variables sont l\u2019abattage industriel, les additifs d\u2019origine animale, l\u2019\u00e9tourdissement, sur lesquels les savants ont diverg\u00e9 selon leur lecture des faits techniques, et le lecteur suit un avis fond\u00e9 plut\u00f4t qu\u2019une rumeur. Le cr\u00e9dit immobilier : la constante est l\u2019interdiction de l\u2019usure, que nul texte ne suspend ; la variable est la situation du musulman dans un pays sans banque islamique \u2014 et ici un conseil europ\u00e9en de savants a \u00e9mis, en l\u2019an mille quatre cent vingt, une fatw\u00e2 autorisant sous conditions le pr\u00eat \u00e0 int\u00e9r\u00eat pour le logement principal, par la r\u00e8gle de n\u00e9cessit\u00e9, tandis que la plupart des savants d\u2019ailleurs l\u2019ont contest\u00e9e : le lecteur voit une divergence r\u00e9elle, sur une variable, entre des hommes qui tiennent tous la constante. La m\u00e9thode est la m\u00eame pour tout : identifier ce qui est fix\u00e9 et ce qui ne l\u2019est pas, et appliquer aux variables les instruments des \u00e9coles avec la prudence d\u2019Ahmad et la rigueur d\u2019ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee. Le renouvellement n\u2019est pas de changer la religion pour qu\u2019elle plaise au monde ; il est de retrouver, dans la religion, ce qui r\u00e9pond au monde.<\/p>\n<p>Un dernier exemple, pour le converti, touche la distinction du r\u00e9novateur entre la Sunnah et l\u2019habitude \u2014 car elle r\u00e8gle chaque jour de sa vie nouvelle. Le Proph\u00e8te \ufdfa portait un v\u00eatement long et un turban, mangeait des dattes et de l\u2019orge, montait un chameau, vivait sous un toit de palmes : tout cela est ce que les Arabes de son temps faisaient, et le dossier neuf a nomm\u00e9 cette cat\u00e9gorie \u2014 les habitudes humaines, que l\u2019on peut imiter par amour sans y \u00eatre tenu ; ce qu\u2019il a prescrit, c\u2019est la pudeur du v\u00eatement, la lic\u00e9it\u00e9 de la nourriture, la modestie de la demeure, et ces prescriptions se r\u00e9alisent \u00e0 Nantes comme \u00e0 M\u00e9dine sous des formes que le pays fournit. Le converti qui croit devoir s\u2019habiller en B\u00e9douin pour \u00eatre fid\u00e8le confond la Sunnah et l\u2019Arabie ; celui qui abandonne la pudeur au nom de la \u00ab culture \u00bb confond la variable et la constante ; et le r\u00e9novateur, entre les deux, tient le fil : ce que le Proph\u00e8te \ufdfa a ordonn\u00e9 est la religion, ce qu\u2019il a fait comme homme de son temps est son temps. Les savants ont donn\u00e9 le crit\u00e8re \u2014 l\u2019acte fut-il accompli en tant que l\u00e9gislation, ou comme usage ? \u2014 et le dossier des fondements le formalisera.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Les constantes ne se renouvellent que par la fid\u00e9lit\u00e9 ; les variables re\u00e7oivent les instruments des \u00e9coles \u2014 les horaires du Nord par l\u2019analogie, la nourriture par la lecture des faits, le cr\u00e9dit par la n\u00e9cessit\u00e9 discut\u00e9e \u2014 ; le renouvellement ne change pas la religion : il y retrouve ce qui r\u00e9pond au monde.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>10. Les musulmans de France : une situation nouvelle, une voie ancienne<\/h3>\n<p>Le lecteur de cette s\u00e9rie vit, pour la plupart, dans un pays o\u00f9 l\u2019islam est minoritaire, r\u00e9cent et souvent regard\u00e9 avec m\u00e9fiance ; il doit savoir que sa situation, nouvelle par l\u2019\u00e9chelle, ne l\u2019est pas par la nature, et que la voie des anciens y r\u00e9pond. Les premiers musulmans furent une minorit\u00e9 \u00e0 La Mecque pendant treize ans, et le Proph\u00e8te \ufdfa en envoya une partie vivre sous un roi chr\u00e9tien, en Abyssinie, dont il loua la justice ; les juristes classiques ont discut\u00e9 le s\u00e9jour en terre non musulmane \u2014 M\u00e2lik s\u2019en m\u00e9fiait, d\u2019autres l\u2019admettaient pour qui pouvait pratiquer \u2014, et les savants contemporains, devant des dizaines de millions de musulmans n\u00e9s en Occident, ont \u00e9tabli que la r\u00e9sidence y est permise \u00e0 qui peut y vivre sa religion, et qu\u2019elle est m\u00eame un bien lorsqu\u2019elle porte l\u2019islam \u00e0 ceux qui ne le connaissent pas. Trois principes en d\u00e9coulent, tous anciens. Le premier est le respect du contrat : le musulman qui entre ou vit dans un pays en accepte les lois comme un engagement, et le Coran ordonne de tenir ses engagements (Coran 5, 1) \u2014 si bien que frauder, voler ou nuire dans le pays qui l\u2019accueille lui est interdit deux fois, comme p\u00e9ch\u00e9 et comme trahison ; les savants de toutes tendances l\u2019ont \u00e9crit. Le deuxi\u00e8me est la conduite : le musulman en terre minoritaire est le seul islam que ses voisins verront, et le Proph\u00e8te \ufdfa a fait de la conduite envers le voisin, quelle que soit sa religion, un signe de la foi (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 6018) ; le dossier des Califes a montr\u00e9 ce que fut le traitement des minorit\u00e9s sous l\u2019islam, et le musulman minoritaire doit \u00e0 ses voisins ce qu\u2019il aurait voulu qu\u2019on donn\u00e2t aux siens. Le troisi\u00e8me est la science : une minorit\u00e9 sans savants devient une foule sans rep\u00e8res, proie des pr\u00e9dicateurs de passage et des rumeurs d\u2019\u00e9cran ; la Ummah de France a besoin d\u2019imams form\u00e9s, de mosqu\u00e9es qui enseignent, et de croyants qui apprennent \u2014 et cette s\u00e9rie, dans sa modestie, veut y servir. Quant aux \u00e9coles de droit, le dossier neuf a donn\u00e9 les rep\u00e8res : le converti suit celle dans laquelle il a re\u00e7u l\u2019islam et qu\u2019il peut apprendre, sans fanatisme ; en France, ce sera le plus souvent celle de M\u00e2lik, par la majorit\u00e9 maghr\u00e9bine et ouest-africaine, et parfois celle d\u2019ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee ou d\u2019Ab\u00fb Han\u00eefah par d\u2019autres communaut\u00e9s ; et pour le credo, il suit celui que les quatre imams partageaient et que le dossier des cultures a expos\u00e9. Un musulman de France qui prie selon M\u00e2lik, croit selon Ahmad, v\u00e9rifie selon al-Bukh\u00e2r\u00ee et se conduit selon la Sunnah est un musulman des anciens \u2014 dans une terre nouvelle.<\/p>\n<p>Le premier principe demande un exemple, car on le conteste des deux c\u00f4t\u00e9s. Les juristes classiques ont trait\u00e9 le cas du musulman entrant en terre non musulmane avec un sauf-conduit \u2014 un am\u00e2n \u2014 et ils ont tenu, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, que ce sauf-conduit l\u2019oblige : il ne peut ni voler, ni tromper, ni nuire \u00e0 ceux qui l\u2019ont admis, et ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee \u00e9crit que celui qui entre chez un peuple sous sa protection et le trahit a viol\u00e9 ce que l\u2019islam tient pour sacr\u00e9 ; le Proph\u00e8te \ufdfa avait dit que celui qui tue un homme sous pacte ne sentira pas le parfum du Paradis (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 3166). Les savants contemporains ont appliqu\u00e9 cette r\u00e8gle au visa, au titre de s\u00e9jour et \u00e0 la nationalit\u00e9 : le musulman de France est, envers la France, sous un engagement que sa religion lui interdit de rompre \u2014 et ceux qui tuent en France au nom de l\u2019islam ont, avant tout autre crime, trahi un pacte que l\u2019islam sanctifie. Le m\u00eame principe a son autre face : les engagements ne peuvent obliger \u00e0 d\u00e9sob\u00e9ir \u00e0 Allah, et la Loi pr\u00e9voit, pour ces cas rares, les exemptions de la n\u00e9cessit\u00e9 et les voies de la conscience \u2014 jamais la violence.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Minorit\u00e9 comme les premiers musulmans, la Ummah de France tient de la voie ancienne trois principes : le respect du contrat avec le pays, la conduite envers le voisin, et la science qui garde des foules sans rep\u00e8res \u2014 et elle prie selon son \u00e9cole, croit selon les anciens.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h2 class=\"section-partie\">Quatri\u00e8me partie \u2014 Objections et questions r\u00e9currentes<\/h2>\n<p>Voici, rassembl\u00e9es \u00e0 la fin comme dans les dossiers pr\u00e9c\u00e9dents, les objections et les questions qui reviennent le plus souvent sur la revivification et l\u2019\u00e9poque contemporaine \u2014 celles des pol\u00e9mistes, celles des musulmans troubl\u00e9s par les courants, et celles du lecteur qui, arriv\u00e9 au bout de cette histoire, se demande ce qu\u2019il en fait.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab La porte de l\u2019ijtih\u00e2d a \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9e au quatri\u00e8me si\u00e8cle : l\u2019islam s\u2019est fig\u00e9 depuis mille ans. \u00bb<\/h3>\n<p>La th\u00e8se a exist\u00e9 \u2014 des juristes l\u2019ont soutenue pour prot\u00e9ger les \u00e9coles de l\u2019arbitraire, et un mot d\u2019Ibn as-Sal\u00e2h sur l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019authentifier de nouveaux hadiths a \u00e9t\u00e9 \u00e9tendu au fiqh \u2014 ; mais elle n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 un consensus, et l\u2019histoire la d\u00e9ment \u00e0 chaque si\u00e8cle : Ibn Taymiyyah, Ibn al-Qayyim, ash-Sh\u00e2tib\u00ee, as-Suy\u00fbt\u00ee \u2014 qui \u00e9crivit un trait\u00e9 pour affirmer que l\u2019ijtih\u00e2d est un devoir permanent \u2014, ash-Shawk\u00e2n\u00ee, Sh\u00e2h Waliyyull\u00e2h, Ibn \u2019\u00c2sh\u00fbr furent des mujtahids, et les dossiers des \u00e9coles ont montr\u00e9 que chaque \u00e9cole a produit, jusqu\u2019\u00e0 nos jours, des ma\u00eetres jugeant selon les textes. Ce qui est vrai, c\u2019est qu\u2019une part de la Ummah se figea dans le taql\u00eed, et que les r\u00e9novateurs de chaque si\u00e8cle se lev\u00e8rent contre cela \u2014 ce dossier en est l\u2019histoire. Une porte que l\u2019on rouvre \u00e0 chaque si\u00e8cle n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9e ; elle a \u00e9t\u00e9, par moments, mal gard\u00e9e.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab L\u2019islam a besoin d\u2019une R\u00e9forme, comme le christianisme a eu la sienne. \u00bb<\/h3>\n<p>L\u2019analogie est presque toujours fausse, et il faut dire pourquoi. La R\u00e9forme protestante contesta une \u00c9glise \u2014 un clerg\u00e9, un magist\u00e8re, des sacrements, une doctrine du salut \u2014 qu\u2019elle jugeait infid\u00e8le aux \u00c9critures ; l\u2019islam n\u2019a ni clerg\u00e9, ni magist\u00e8re, ni sacrements, et sa \u00ab r\u00e9forme \u00bb, depuis le premier si\u00e8cle, a toujours consist\u00e9 \u00e0 revenir aux textes et aux anciens contre ce qui s\u2019en \u00e9loignait \u2014 c\u2019est le tajd\u00eed du hadith, et ce dossier a montr\u00e9 qu\u2019il eut lieu douze fois. Ce que l\u2019on demande \u00e0 l\u2019islam sous le nom de \u00ab r\u00e9forme \u00bb est le plus souvent autre chose : changer la Loi pour qu\u2019elle ressemble \u00e0 la morale du jour \u2014 abroger les textes, r\u00e9interpr\u00e9ter les interdits, faire de la religion une culture ; les r\u00e9novateurs de l\u2019islam n\u2019ont jamais fait cela, et ceux qui l\u2019ont tent\u00e9 au treizi\u00e8me si\u00e8cle ont perdu leurs disciples. L\u2019islam ne se r\u00e9forme pas comme une institution : il se renouvelle comme une fid\u00e9lit\u00e9, et il l\u2019a toujours fait.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Ibn Taymiyyah est le p\u00e8re du terrorisme : sa fatw\u00e2 de Mardin le prouve. \u00bb<\/h3>\n<p>La fatw\u00e2 de Mardin r\u00e9pondait \u00e0 une question pr\u00e9cise : quel est le statut de Mardin, ville sous domination mongole o\u00f9 vivaient des musulmans ? Ibn Taymiyyah r\u00e9pondit qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait ni tout \u00e0 fait terre d\u2019islam ni tout \u00e0 fait terre d\u2019ennemi, que ses musulmans devaient \u00eatre trait\u00e9s selon leur m\u00e9rite, et que l\u2019on traitait \u2014 ou que l\u2019on combattait, selon les t\u00e9moins \u2014 ceux qui s\u2019\u00e9cartaient de la Loi de l\u2019islam : la fin de la fatw\u00e2 existe en deux le\u00e7ons, yu\u2019\u00e2malu, \u00ab il est trait\u00e9 selon ce qu\u2019il m\u00e9rite \u00bb, et yuq\u00e2talu, \u00ab il est combattu \u00bb, qui diff\u00e8rent par deux lettres et changent profond\u00e9ment la conclusion ; les manuscrits les plus anciens portent la premi\u00e8re, les \u00e9ditions tardives du Majm\u00fb\u2019 la seconde, et les savants qui ont collationn\u00e9 les t\u00e9moins, notamment lors d\u2019une r\u00e9union tenue \u00e0 Mardin m\u00eame, ont \u00e9tabli la premi\u00e8re comme la plus s\u00fbre \u2014 le lecteur retiendra que la question se r\u00e8gle par la critique des manuscrits, avec la prudence qu\u2019elle exige, et non par le slogan. Surtout, la doctrine d\u2019Ibn Taymiyyah sur le takf\u00eer et sur la r\u00e9volte est la plus retenue de son si\u00e8cle \u2014 nul musulman n\u2019est d\u00e9clar\u00e9 m\u00e9cr\u00e9ant avant que la preuve lui soit \u00e9tablie, nulle r\u00e9volte contre le gouvernant, nul meurtre de celui qui a re\u00e7u l\u2019am\u00e2n, et il sauva des captifs chr\u00e9tiens des mains des Mongols \u2014, de sorte que ceux qui tuent en son nom doivent d\u2019abord mutiler ses textes ; les savants du vingti\u00e8me si\u00e8cle qui se r\u00e9clament de lui ont condamn\u00e9 les attentats avec ses propres arguments. Un homme qui parlementa avec le khan pour lib\u00e9rer des chr\u00e9tiens et qui mourut en prison pour une fatw\u00e2 sur les visites de tombes est un \u00e9trange p\u00e8re du terrorisme.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Le wahhabisme est une secte qui a invent\u00e9 un islam nouveau. \u00bb<\/h3>\n<p>La section cinq a r\u00e9pondu par les textes et par les faits : Muhammad ibn \u2019Abd al-Wahh\u00e2b fut un hanbalite form\u00e9 \u00e0 M\u00e9dine, lecteur d\u2019Ibn Taymiyyah, dont le livre principal est un recueil de versets et de hadiths sur l\u2019unicit\u00e9 que tout sunnite peut lire sans y trouver une ligne \u00e9trang\u00e8re \u00e0 la voie des anciens, et dont les lettres refusent le takf\u00eer des musulmans ; ses contemporains se divis\u00e8rent, et des r\u00e9novateurs du Y\u00e9men et de l\u2019Inde pr\u00eachaient la m\u00eame chose au m\u00eame moment. Ce qui fut nouveau ne fut pas sa doctrine mais son alliance avec un \u00c9tat, les guerres qui en d\u00e9coul\u00e8rent, et les exc\u00e8s de partisans qui all\u00e8rent plus loin que lui \u2014 ce que les sources reconnaissent et que ce dossier a dit. On peut juger s\u00e9v\u00e8rement ces exc\u00e8s ; on ne peut pas faire d\u2019un pr\u00e9dicateur du tawh\u00eed fond\u00e9 sur al-Bukh\u00e2r\u00ee le fondateur d\u2019une secte, sans mettre dans la secte les quatre imams.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Le salafisme est un intrus dans l\u2019islam traditionnel du Maghreb. \u00bb<\/h3>\n<p>Le mot recouvre deux choses. Si l\u2019on entend par salafisme l\u2019attachement \u00e0 la voie des anciens \u2014 le credo des quatre imams, la Sunnah v\u00e9rifi\u00e9e, le refus des innovations dans le culte \u2014, alors il est aussi maghr\u00e9bin que M\u00e2lik : Ibn \u2019Abd al-Barr, Ibn Ab\u00ee Zayd, ash-Sh\u00e2tib\u00ee, dan Fodio, Ibn B\u00e2d\u00ees, \u2019All\u00e2l al-F\u00e2s\u00ee furent des malikites qui pr\u00eachaient cela, et la salafiyyah maghr\u00e9bine du treizi\u00e8me si\u00e8cle a r\u00e9form\u00e9 le Maghreb de l\u2019int\u00e9rieur, contre le maraboutisme. Si l\u2019on entend par salafisme des courants contemporains venus d\u2019ailleurs, avec leurs mani\u00e8res, leurs lectures et parfois leur m\u00e9pris pour l\u2019\u00e9cole de M\u00e2lik, alors le lecteur maghr\u00e9bin est en droit de leur demander ce qu\u2019ils font de la Ris\u00e2lah et du Muwatta\u2019 \u2014 et de leur rappeler que M\u00e2lik est l\u2019imam de la Sunnah de M\u00e9dine. L\u2019intrus n\u2019est pas la voie des anciens, qui est celle de M\u00e2lik ; l\u2019intrus est le fanatisme, de quelque bord qu\u2019il vienne \u2014 celui qui m\u00e9prise l\u2019\u00e9cole comme celui qui m\u00e9prise le hadith.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Le soufisme est la vraie tradition, et les r\u00e9novateurs l\u2019ont d\u00e9truit. \u00bb<\/h3>\n<p>Les r\u00e9novateurs de ce dossier furent, pour plusieurs, des soufis : Sh\u00e2h Waliyyull\u00e2h \u00e9tait affili\u00e9 \u00e0 une confr\u00e9rie, dan Fodio l\u2019\u00e9tait, \u2019Abd al-Q\u00e2dir l\u2019\u00e9tait, et Ibn Taymiyyah lui-m\u00eame honora al-Junayd et les premiers ma\u00eetres ; ce qu\u2019ils combattirent n\u2019est pas la purification de l\u2019\u00e2me \u2014 que le dernier dossier de cette s\u00e9rie exposera comme une science de la Sunnah \u2014 mais ses d\u00e9viations : les cultes des tombes, l\u2019intercession demand\u00e9e aux morts, l\u2019unit\u00e9 de l\u2019\u00eatre, la soumission aveugle \u00e0 un ma\u00eetre, les rites sans fondement. Un soufisme qui tient ces d\u00e9viations pour la tradition d\u00e9fend une innovation ; un soufisme qui les rejette est ce que les anciens appelaient le zuhd, et nul r\u00e9novateur ne l\u2019a d\u00e9truit.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab La modernit\u00e9 et le fiqh sont incompatibles : droits de l\u2019homme, d\u00e9mocratie, science. \u00bb<\/h3>\n<p>La question est trop vaste pour une r\u00e9ponse, et ce dossier n\u2019a donn\u00e9 qu\u2019une m\u00e9thode : distinguer les constantes des variables, et appliquer aux variables les instruments des \u00e9coles. Sur la science, le dossier sept a montr\u00e9 que le Coran n\u2019est pas un manuel et ne craint aucune d\u00e9couverte ; sur les institutions politiques, les savants contemporains ont largement admis que les formes du gouvernement sont des variables, pourvu que les constantes \u2014 la justice, la consultation, l\u2019absence d\u2019oppression, la Loi comme r\u00e9f\u00e9rence \u2014 soient servies ; sur les droits, l\u2019islam a ses propres fondements de la dignit\u00e9 de la personne, que le dossier des Califes a illustr\u00e9s, et il ne les re\u00e7oit pas d\u2019ailleurs. L\u00e0 o\u00f9 un texte certain contredit une norme du jour, le musulman tient le texte, et il n\u2019est pas seul \u00e0 avoir des convictions que le si\u00e8cle ne partage pas ; l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019y a pas de texte, il raisonne. Ce n\u2019est pas une incompatibilit\u00e9 ; c\u2019est une fid\u00e9lit\u00e9 qui discute.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Les fatw\u00e2s contradictoires des savants modernes montrent le chaos. \u00bb<\/h3>\n<p>Elles montrent ce que les quatre dossiers des \u00e9coles ont montr\u00e9 : que sur les variables, des hommes \u00e9galement savants et \u00e9galement sinc\u00e8res divergent, parce que les textes se rencontrent diff\u00e9remment en eux \u2014 et que cette divergence, encadr\u00e9e par la m\u00e9thode, est une largesse. Ce qui est chaos, c\u2019est autre chose : la fatw\u00e2 de qui n\u2019a pas la science, la fatw\u00e2 sur commande, la fatw\u00e2 d\u2019\u00e9cran ; le rem\u00e8de est celui que ce dossier a donn\u00e9 \u2014 des conseils de savants, des mosqu\u00e9es qui enseignent, et des croyants qui demandent la preuve.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Avec tant de courants, lequel suivre ? \u00bb<\/h3>\n<p>Aucun, au sens o\u00f9 l\u2019on suit un parti ; tous, au sens o\u00f9 l\u2019on prend de chacun ce qui est conforme aux textes. Le lecteur suit la Sunnah selon l\u2019\u00e9cole qu\u2019il a apprise, le credo des anciens que les quatre imams partageaient, la science du hadith pour v\u00e9rifier, et il juge les courants aux cinq crit\u00e8res de la section huit \u2014 sans all\u00e9geance \u00e0 un chef, sans m\u00e9pris pour un fr\u00e8re, et sans takf\u00eer. C\u2019est, mot pour mot, ce que les r\u00e9novateurs de chaque si\u00e8cle ont dit.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Les musulmans d\u2019Occident doivent-ils s\u2019int\u00e9grer ou se s\u00e9parer ? \u00bb<\/h3>\n<p>Ni l\u2019un ni l\u2019autre au sens o\u00f9 on l\u2019entend : le musulman ne se dissout pas \u2014 il garde sa religion tout enti\u00e8re \u2014, et il ne se s\u00e9pare pas \u2014 il vit parmi ses voisins, tient ses contrats, leur fait du bien, et leur montre l\u2019islam. La section dix a donn\u00e9 les principes, tous anciens ; le fiqh dit des minorit\u00e9s, que des savants contemporains ont propos\u00e9 pour penser cette situation, est utile lorsqu\u2019il applique les instruments des \u00e9coles aux variables, et discutable lorsqu\u2019il touche aux constantes \u2014 le lecteur en juge par la m\u00e9thode de ce dossier. Le mod\u00e8le reste l\u2019Abyssinie : des musulmans sous un roi juste, fid\u00e8les \u00e0 leur foi, loyaux envers leur h\u00f4te, et qui finirent par lui faire aimer l\u2019islam.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Le retour aux sources, n\u2019est-ce pas le fondamentalisme ? \u00bb<\/h3>\n<p>Si fondamentalisme signifie tenir les fondements \u2014 le Coran, la Sunnah, le credo des anciens \u2014 pour la r\u00e9f\u00e9rence de sa religion, alors tout musulman fid\u00e8le en est, comme tout croyant de toute religion qui tient ses textes pour vrais. Si fondamentalisme signifie litt\u00e9ralisme sans science, m\u00e9pris de la m\u00e9thode, violence et takf\u00eer, alors le retour aux sources est son contraire : car les sources, lues avec les sciences que cette s\u00e9rie a d\u00e9crites \u2014 les fondements du droit, la critique du hadith, la langue, les finalit\u00e9s \u2014, enseignent la mesure, la divergence tol\u00e9r\u00e9e, le refus de l\u2019exc\u00e8s, et la r\u00e9v\u00e9rence pour les savants. Le fondamentaliste, au sens o\u00f9 l\u2019on entend ce mot, n\u2019est pas celui qui lit trop les sources ; c\u2019est celui qui les lit sans les sciences.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Visiter les tombes est-il interdit selon les r\u00e9novateurs ? \u00bb<\/h3>\n<p>Non, et la confusion vient de deux mots que la section deux a distingu\u00e9s. La visite des tombes est une Sunnah : le Proph\u00e8te \ufdfa, apr\u00e8s l\u2019avoir interdite un temps, l\u2019ordonna \u2014 visitez les tombes, car elles rappellent la mort (Sah\u00eeh Muslim, n\u00b0 977) \u2014, et nul r\u00e9novateur ne l\u2019a jamais interdite ; Ibn Taymiyyah lui-m\u00eame la tenait pour recommand\u00e9e, y compris celle du Proph\u00e8te \ufdfa \u00e0 qui se trouve \u00e0 M\u00e9dine. Ce que les r\u00e9novateurs ont combattu est le culte des tombes : demander aux morts ce que l\u2019on ne demande qu\u2019\u00e0 Allah, b\u00e2tir sur elles des sanctuaires, y sacrifier, y jurer, leur attribuer un pouvoir \u2014 pratiques que les textes interdisent en termes expr\u00e8s et que les quatre imams ont d\u00e9savou\u00e9es. Visiter pour se souvenir et prier pour le mort est la Sunnah ; visiter pour prier le mort est ce qu\u2019elle interdit.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Ibn Taymiyyah a d\u00e9clar\u00e9 m\u00e9cr\u00e9ants les Mongols, qui \u00e9taient musulmans : il a donc excommuni\u00e9 des musulmans. \u00bb<\/h3>\n<p>La distinction du takf\u00eer g\u00e9n\u00e9ral et du takf\u00eer d\u00e9termin\u00e9, expos\u00e9e \u00e0 la section trois, r\u00e9pond. Ibn Taymiyyah a jug\u00e9 qu\u2019un pouvoir qui se dit musulman mais gouverne par un code \u00e9tranger \u00e0 la Loi, et qui attaque les terres d\u2019islam, doit \u00eatre repouss\u00e9 \u2014 jugement sur un acte et sur une force arm\u00e9e, non sentence sur la foi de chaque soldat, dont il \u00e9crit qu\u2019elle rel\u00e8ve d\u2019Allah ; et il a distingu\u00e9, dans ses fatw\u00e2s, les Mongols envahisseurs des musulmans vivant sous leur domination, qu\u2019il a d\u00e9fendus. Les hommes qui, aujourd\u2019hui, appliquent ses mots \u00e0 des \u00c9tats ou \u00e0 des personnes de leur choix franchissent la limite qu\u2019il avait pos\u00e9e entre le jugement d\u2019un acte et celui d\u2019une personne \u2014 et le lecteur, muni de cette distinction, saura les reconna\u00eetre.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Le kal\u00e2m ash\u2019arite est-il hors de la Sunnah ? Les r\u00e9novateurs l\u2019ont-ils excommuni\u00e9 ? \u00bb<\/h3>\n<p>Non. Le dossier des cultures a expos\u00e9 ce qu\u2019est l\u2019ash\u2019arisme, ses m\u00e9rites et ses limites, et le dossier des sectes a rappel\u00e9 qu\u2019il n\u2019est pas une secte : c\u2019est une \u00e9cole de th\u00e9ologie qui a d\u00e9fendu la foi des gens de la Sunnah avec des instruments que les anciens n\u2019employaient pas, et la critique des r\u00e9novateurs porte sur ces instruments \u2014 le ta\u2019w\u00eel des attributs, la primaut\u00e9 donn\u00e9e \u00e0 l\u2019argument rationnel \u2014 et non sur la foi de ceux qui les ont mani\u00e9s ; Ibn Taymiyyah \u00e9crit que les ash\u2019arites sont, dans l\u2019ensemble, des gens de la Sunnah face aux sectes, et il honore an-Nawaw\u00ee et Ibn Hajar que nul ne peut soup\u00e7onner. R\u00e9duire l\u2019histoire th\u00e9ologique de l\u2019islam \u00e0 un affrontement entre gens du hadith et gens du kal\u00e2m, avec des bons et des m\u00e9chants, est une simplification que ce dossier a refus\u00e9e ; la voie des anciens se d\u00e9fend par les textes, non par le proc\u00e8s d\u2019une communaut\u00e9.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Pourquoi les savants d\u2019Arabie sont-ils si pr\u00e9sents dans les librairies et sur les \u00e9crans ? N\u2019est-ce pas une h\u00e9g\u00e9monie ? \u00bb<\/h3>\n<p>C\u2019est d\u2019abord une histoire de moyens, que ce dossier a racont\u00e9e : au quatorzi\u00e8me si\u00e8cle, l\u2019Arabie disposa de ressources, d\u2019universit\u00e9s ouvertes aux \u00e9tudiants du monde entier, d\u2019une radio puis d\u2019une diffusion mondiale, et de ma\u00eetres de premier rang ; les livres qu\u2019elle imprima et distribua gratuitement furent souvent les seuls que des musulmans pauvres pouvaient lire, et ses dipl\u00f4m\u00e9s rentr\u00e8rent enseigner dans leurs pays. On peut juger cette diffusion comme on juge toute diffusion \u2014 par ce qu\u2019elle porte : le credo d\u2019Ahmad, le fiqh d\u2019une \u00e9cole l\u00e9gitime, la v\u00e9rification du hadith, qui sont un bien ; et, parfois, un m\u00e9pris pour les \u00e9coles locales et une lecture du salafisme qui oublie que M\u00e2lik en est, qui sont un tort \u2014 la section cinq des crit\u00e8res s\u2019applique. Le lecteur ne r\u00e9cuse pas un livre parce qu\u2019il est saoudien, ni ne le re\u00e7oit pour cette raison ; il le lit avec les m\u00eames questions que tout autre : que dit-il des textes, des anciens, des autres musulmans ? Et il se souvient que l\u2019islam de France a aussi ses sources propres \u2014 le Maghreb de M\u00e2lik, l\u2019Afrique de l\u2019Ouest, l\u2019\u00c9gypte d\u2019al-Azhar \u2014 que nulle diffusion ne remplace.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> L\u2019ijtih\u00e2d \u00ab ferm\u00e9 \u00bb, la \u00ab R\u00e9forme \u00bb, Mardin et ses variantes, le wahhabisme, le salafisme au Maghreb, le soufisme, la modernit\u00e9, les fatw\u00e2s, les courants, l\u2019Occident, le fondamentalisme, la visite des tombes, le takf\u00eer des Mongols, le kal\u00e2m et la pr\u00e9sence des savants d\u2019Arabie : chaque objection a sa r\u00e9ponse dans l\u2019histoire, dans les textes et dans la m\u00e9thode.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3 class=\"section-special\">Conclusion \u2014 Vers les fondements du fiqh<\/h3>\n<p>Le lecteur a parcouru, avec ce dossier, les onze si\u00e8cles qui s\u00e9parent les quatre \u00e9coles de sa propre vie, et il en tient la loi : la voie des anciens s\u2019efface par endroits, \u00e0 chaque si\u00e8cle, sous les m\u00eames choses \u2014 le kal\u00e2m, l\u2019exc\u00e8s dans la v\u00e9n\u00e9ration des hommes, les innovations, le taql\u00eed, la d\u00e9pendance envers les princes, et parfois le fer \u2014 ; et elle est revivifi\u00e9e, \u00e0 chaque si\u00e8cle, par les m\u00eames moyens \u2014 les textes, les anciens, la m\u00e9thode \u2014, par des hommes de toutes les \u00e9coles et de toutes les terres, dont ce dossier a nomm\u00e9 les plus grands, d\u2019Ibn Taymiyyah aux ma\u00eetres du vingti\u00e8me si\u00e8cle, avec leurs m\u00e9rites et leurs exc\u00e8s. Il a appris \u00e0 distinguer les constantes des variables, \u00e0 juger un courant par des crit\u00e8res et non par un nom, et \u00e0 vivre sa religion en terre minoritaire selon des principes que les premiers musulmans ont pratiqu\u00e9s avant lui. Et il a compris, peut-\u00eatre, pourquoi cette s\u00e9rie s\u2019intitule \u00ab aux sources \u00bb : parce que la revivification n\u2019est jamais autre chose que ce retour, et que celui qui a suivi ces treize dossiers a fait, \u00e0 sa mesure, ce que les r\u00e9novateurs ont fait \u00e0 la leur.<\/p>\n<p>Il reste \u00e0 la s\u00e9rie quatre dossiers, qui ach\u00e8vent le plan du s\u00e9minaire dont elle est issue : les sciences par lesquelles la Loi se d\u00e9duit, se r\u00e8gle, se finalise et s\u2019int\u00e9riorise \u2014 les fondements du fiqh, les principes l\u00e9gislatifs, les objectifs de la Charia, et la purification de l\u2019\u00e2me. Le prochain dossier ouvre cette derni\u00e8re partie par la science qu\u2019ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee a fond\u00e9e et que toutes les \u00e9coles ont faite leur : les fondements du fiqh, us\u00fbl al-fiqh \u2014 leur origine dans le Coran et la Sunnah, leur formalisation, leurs grands ma\u00eetres et leur \u00e9volution. Qu\u2019Allah suscite pour cette communaut\u00e9, \u00e0 la t\u00eate de chaque si\u00e8cle, qui lui renouvelle sa religion, nous compte parmi ceux qui la re\u00e7oivent, et fasse de nous, dans le monde o\u00f9 Il nous a plac\u00e9s, des t\u00e9moins de Sa voie ; et qu\u2019Il couvre d\u2019\u00e9loges et de paix Son serviteur et Messager Mouhammad, sa famille, ses compagnons, et quiconque suit leur voie avec excellence jusqu\u2019au Jour de la r\u00e9tribution.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Ce qu\u2019il faut retenir<\/h3>\n<p>Le hadith du r\u00e9novateur annonce que la religion, parachev\u00e9e, sera revivifi\u00e9e \u00e0 chaque si\u00e8cle par le retour \u00e0 ses sources ; la Ummah l\u2019a compris ainsi et a cherch\u00e9 ses r\u00e9novateurs sans s\u2019accorder sur les noms. Du quatri\u00e8me au septi\u00e8me si\u00e8cle, la Sunnah fut organis\u00e9e \u2014 recueils, credos consign\u00e9s, madrasas \u2014 et menac\u00e9e par le kal\u00e2m devenu credo d\u2019\u00c9tat, l\u2019exc\u00e8s dans la v\u00e9n\u00e9ration des hommes et des tombes, le taql\u00eed qui oublie les textes, et le fer des Mongols ; Ibn Taymiyyah, n\u00e9 dans leur fuite, ramena la Ummah aux textes contre tout cela, paya de quatre prisons, et laissa une doctrine du takf\u00eer des plus retenues. Les empires conserv\u00e8rent sans renouveler, les Safavides convertirent la Perse de force, et le taql\u00eed d\u2019\u00e9cole devint pour beaucoup la religion m\u00eame \u2014 jusqu\u2019au douzi\u00e8me si\u00e8cle, o\u00f9 se lev\u00e8rent presque ensemble Sh\u00e2h Waliyyull\u00e2h, as-San\u2019\u00e2n\u00ee et ash-Shawk\u00e2n\u00ee, Ibn \u2019Abd al-Wahh\u00e2b et dan Fodio, quatre \u00e9coles pour une inspiration, avec, pour le Najd, une doctrine \u00e0 lire et une histoire \u00e0 juger. La colonisation et la chute du califat produisirent la r\u00e9sistance, le r\u00e9formisme moderniste et la salafiyyah des imprimeurs ; le vingti\u00e8me si\u00e8cle eut ses ma\u00eetres dans toutes les \u00e9coles et toutes les terres. Les courants se jugent \u00e0 cinq crit\u00e8res ; les constantes ne se renouvellent que par la fid\u00e9lit\u00e9 et les variables par les instruments des \u00e9coles ; et le musulman de France tient de la voie ancienne le contrat, la conduite et la science. Le renouvellement ne change pas la religion : il y retrouve ce qui r\u00e9pond au monde.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Pour se tester : quinze questions<\/h3>\n<p>Les r\u00e9ponses se trouvent toutes dans le dossier ; chaque question renvoie \u00e0 sa section.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Chronologie de la revivification (656-1421 H)<\/h3>\n<ol class=\"quiz-questions\">\n<li>Que dit le hadith du r\u00e9novateur, que signifie \u00ab renouveler \u00bb, et que valent les listes de r\u00e9novateurs ? (introduction)<\/li>\n<li>Qu\u2019est-ce qui fut organis\u00e9 du quatri\u00e8me au septi\u00e8me si\u00e8cle, que recevait un \u00e9tudiant de la Niz\u00e2miyyah, et \u00e0 quoi la Sunnah devint-elle expos\u00e9e ? (section 1)<\/li>\n<li>Quelles sont les quatre \u00e9preuves de la voie des anciens dans ces si\u00e8cles, et que distingue-t-on entre visite et culte des tombes, entre taql\u00eed et slogan du hadith ? (section 2)<\/li>\n<li>Que fit Ibn Taymiyyah devant Gh\u00e2z\u00e2n, pourquoi fut-il emprisonn\u00e9, et que distinguent le takf\u00eer g\u00e9n\u00e9ral et le takf\u00eer d\u00e9termin\u00e9 ? (section 3)<\/li>\n<li>Que firent les Ottomans, les Moghols et les Safavides de la science, que montrent les d\u00e9bats sur le caf\u00e9 et l\u2019imprimerie, et qui fut Ahmad Sirhind\u00ee ? (section 4)<\/li>\n<li>Nommez les quatre foyers de la r\u00e9forme du douzi\u00e8me si\u00e8cle, avec l\u2019\u00e9cole de chacun. (section 5)<\/li>\n<li>Que contient le Kit\u00e2b at-tawh\u00eed, que disent les lettres de son auteur sur le takf\u00eer, et que lui a-t-on reproch\u00e9 ? (section 5)<\/li>\n<li>Quelles furent les trois r\u00e9ponses de la Ummah \u00e0 la colonisation ? (section 6)<\/li>\n<li>Qu\u2019a chang\u00e9 l\u2019imprimerie pour la science, et que sont les acad\u00e9mies de fiqh contemporaines ? (section 6)<\/li>\n<li>Nommez six ma\u00eetres du quatorzi\u00e8me si\u00e8cle avec leur \u00e9cole et leur terre, et dites pourquoi une \u00e9tiquette ne se juge pas. (sections 7 et 8)<\/li>\n<li>Quels sont les cinq crit\u00e8res pour juger un courant ? (section 8)<\/li>\n<li>Que sont les constantes et les variables ? Donnez l\u2019exemple des horaires de pri\u00e8re. (section 9)<\/li>\n<li>Quels sont les trois principes du musulman en terre minoritaire, et que dit la Loi du pacte d\u2019am\u00e2n ? (section 10)<\/li>\n<li>Comment r\u00e9pondre \u00e0 \u00ab l\u2019islam a besoin d\u2019une R\u00e9forme \u00bb et \u00e0 \u00ab la porte de l\u2019ijtih\u00e2d est ferm\u00e9e \u00bb ? (quatri\u00e8me partie)<\/li>\n<li>Que dit vraiment la fatw\u00e2 de Mardin et ses deux le\u00e7ons manuscrites, et qu\u2019est-ce que le fondamentalisme au sens o\u00f9 ce dossier le d\u00e9finit ? (quatri\u00e8me partie)<\/li>\n<\/ol>\n<p>Les dates suivent les historiens et comportent parfois une marge ; elles servent de rep\u00e8res pour situer les hommes et les \u00e9v\u00e9nements.<\/p>\n<h2>Rep\u00e8res bibliographiques<\/h2>\n<ol class=\"quiz-questions\">\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Chute de Bagdad devant les Mongols ; fin du califat abbasside.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Naissance d\u2019Ibn Taymiyyah \u00e0 Harr\u00e2n.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Ibn Taymiyyah parlemente avec Gh\u00e2z\u00e2n \u00e0 Damas.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019Ibn Taymiyyah dans la citadelle de Damas. <strong>751-795 H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019Ibn al-Qayyim, puis d\u2019Ibn Rajab.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019ash-Sh\u00e2tib\u00ee, auteur des Muw\u00e2faq\u00e2t.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Prise de Constantinople par les Ottomans.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Les Safavides imposent le chiisme en Perse.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019as-Suy\u00fbt\u00ee, qui se compta parmi les r\u00e9novateurs.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort de Sh\u00e2h Waliyyull\u00e2h ad-Dihlaw\u00ee.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Alliance de Dir\u2019iyyah entre Ibn \u2019Abd al-Wahh\u00e2b et Ibn Sa\u2019\u00fbd.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019as-San\u2019\u00e2n\u00ee, auteur de Subul as-sal\u00e2m.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort de Muhammad ibn \u2019Abd al-Wahh\u00e2b.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Napol\u00e9on en \u00c9gypte.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort de \u2019Uthm\u00e2n dan Fodio.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Fondation de l\u2019imprimerie de B\u00fbl\u00e2q.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Prise d\u2019Alger.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019ash-Shawk\u00e2n\u00ee.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Fondation de l\u2019\u00e9cole de Deoband.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort de Muhammad \u2019Abduh.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Abolition du califat.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019Ibn B\u00e2d\u00ees.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019Ahmad Sh\u00e2kir.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019Ibn \u2019\u00c2sh\u00fbr et d\u2019ash-Shinq\u00eet\u00ee. <strong>1420-1421 H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019al-Alb\u00e2n\u00ee, d\u2019Ibn B\u00e2z, d\u2019an-Nadw\u00ee, puis d\u2019Ibn \u2019Uthaym\u00een.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Le hadith cit\u00e9 en encadr\u00e9 est traduit d\u2019apr\u00e8s le texte d\u2019Ab\u00fb D\u00e2w\u00fbd ; les versets sont \u00e9voqu\u00e9s en paraphrase avec leur r\u00e9f\u00e9rence ; les hadiths suivent les num\u00e9rotations de r\u00e9f\u00e9rence d\u00e9finies aux dossiers pr\u00e9c\u00e9dents. Les faits des trois derniers si\u00e8cles sont pris dans les livres des hommes cit\u00e9s et dans les histoires savantes de la p\u00e9riode ; les jugements port\u00e9s sur eux sont ceux de savants nomm\u00e9s, que le lecteur peut contr\u00f4ler.<\/p>\n<p>Ibn Taymiyyah (m. 728 H) : Al-\u2019Aq\u00eedah al-w\u00e2sitiyyah ; Al-Hamawiyyah ; Dar\u2019 ta\u2019\u00e2rud al-\u2019aql wa-n-naql ; Minh\u00e2j as-sunnah ; Iqtid\u00e2\u2019 as-sir\u00e2t al-mustaq\u00eem ; Majm\u00fb\u2019 al-fat\u00e2w\u00e2 ; sur sa vie, Ibn \u2019Abd al-H\u00e2d\u00ee (m. 744 H), Al-\u2019Uq\u00fbd ad-durriyyah, et Ibn Kath\u00eer, Al-Bid\u00e2yah wa-n-nih\u00e2yah. Ash-Sh\u00e2tib\u00ee (m. 790 H), Al-I\u2019tis\u00e2m. As-Suy\u00fbt\u00ee (m. 911 H), Ar-Radd \u2019al\u00e2 man akhlada il\u00e2-l-ard, sur l\u2019ijtih\u00e2d. Sh\u00e2h Waliyyull\u00e2h (m. 1176 H), Hujjat All\u00e2h al-b\u00e2lighah. As-San\u2019\u00e2n\u00ee (m. 1182 H), Subul as-sal\u00e2m ; ash-Shawk\u00e2n\u00ee (m. 1250 H), Nayl al-awt\u00e2r, Fath al-qad\u00eer, Irsh\u00e2d al-fuh\u00fbl. Muhammad ibn \u2019Abd al-Wahh\u00e2b (m. 1206 H), Kit\u00e2b at-tawh\u00eed, Kashf ash-shubuh\u00e2t, et ses lettres dans Ad-Durar as-saniyyah. \u2019Uthm\u00e2n dan Fodio (m. 1232 H), Ihy\u00e2\u2019 as-sunnah wa ikhm\u00e2d al-bid\u2019ah. Ibn \u2019\u00c2sh\u00fbr (m. 1393 H), Maq\u00e2sid ash-shar\u00ee\u2019ah al-isl\u00e2miyyah ; ash-Shinq\u00eet\u00ee (m. 1393 H), Adw\u00e2\u2019 al-bay\u00e2n ; Ahmad Sh\u00e2kir (m. 1377 H), \u00e9ditions du Musnad et du tafs\u00eer d\u2019at-Tabar\u00ee ; an-Nadw\u00ee (m. 1420 H), M\u00e2dh\u00e2 khasira-l-\u2019\u00e2lam bi-inhit\u00e2t al-muslim\u00een ; al-Alb\u00e2n\u00ee (m. 1420 H), Silsilat al-ah\u00e2d\u00eeth as-sah\u00eehah wa-d-da\u2019\u00eefah ; Ibn B\u00e2z (m. 1420 H) et Ibn \u2019Uthaym\u00een (m. 1421 H), Majm\u00fb\u2019 al-fat\u00e2w\u00e2. Hadiths cit\u00e9s : Ab\u00fb D\u00e2w\u00fbd, al-Bukh\u00e2r\u00ee, Muslim, selon les num\u00e9rotations indiqu\u00e9es. Sur la fatw\u00e2 de Mardin et ses t\u00e9moins manuscrits, les actes de la r\u00e9union de Mardin (1431 H) et les \u00e9ditions critiques du Majm\u00fb\u2019. Les rep\u00e8res chronologiques suivent les histoires savantes ; toute date ou attribution se v\u00e9rifie dans les \u00e9ditions arabes critiques. Compl\u00e9ments : Ahmad Sirhind\u00ee (m. 1034 H), Al-Makt\u00fbb\u00e2t ; Murtad\u00e2 az-Zab\u00eed\u00ee (m. 1205 H), T\u00e2j al-\u2019ar\u00fbs et Ith\u00e2f as-s\u00e2dah al-muttaq\u00een ; Jam\u00e2l ad-D\u00een al-Q\u00e2sim\u00ee (m. 1332 H), Qaw\u00e2\u2019id at-tahd\u00eeth ; Ibn Sa\u2019d (m. 230 H), At-Tabaq\u00e2t, pour l\u2019arbre de Hudaybiyyah.<\/p>\n<p class=\"dossier-nav\">\u2192 Suite : <a href=\"\/en\/approfondir-ma-foi\/aux-sources-du-savoir-islamique\/usul-al-fiqh\/\">Dossier 14 \u2014 Les fondements du fiqh<\/a><\/p>\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La revivification et l\u2019\u00e9poque contemporaine Comment la voie des anciens s\u2019est transmise, effac\u00e9e et renouvel\u00e9e pendant onze si\u00e8cles \u2014 jusqu\u2019\u00e0 notre temps Comment la voie des anciens s\u2019est transmise, effac\u00e9e et renouvel\u00e9e pendant onze si\u00e8cles \u2014 et ce qu\u2019elle demande aujourd\u2019hui Du hadith du r\u00e9novateur aux Mongols, d\u2019Ibn Taymiyyah aux r\u00e9formateurs du douzi\u00e8me si\u00e8cle, de&#8230;<\/p>","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":60552,"menu_order":13,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-60580","page","type-page","status-publish","hentry"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v28.5 - 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