{"id":60577,"date":"2026-08-26T01:16:00","date_gmt":"2026-08-25T23:16:00","guid":{"rendered":"https:\/\/convertistoislam.fr\/?page_id=60577"},"modified":"2026-08-26T01:16:00","modified_gmt":"2026-08-25T23:16:00","slug":"fiqh-medine-imam-malik","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/convertistoislam.fr\/en\/approfondir-ma-foi\/aux-sources-du-savoir-islamique\/fiqh-medine-imam-malik\/","title":{"rendered":"Dossier 10 \u2014 Le Fiqh \u00e0 M\u00e9dine : l\u2019imam M\u00e2lik"},"content":{"rendered":"<div class=\"dossier-savoir\">\n<h2>Le Fiqh \u00e0 M\u00e9dine : l\u2019imam M\u00e2lik<\/h2>\n<p><em>L\u2019h\u00e9ritier des gens du hadith : sa vie, les caract\u00e9ristiques de son \u00e9cole et la propagation du madhhab malikite<\/em><\/p>\n<p><em>L\u2019h\u00e9ritier des gens du hadith : sa vie, les caract\u00e9ristiques de son \u00e9cole et la propagation du madhhab malikite<\/em><\/p>\n<p><em>De la mosqu\u00e9e du Proph\u00e8te \ufdfa o\u00f9 la Sunnah se transmettait par l\u2019acte, au Muwatta\u2019, \u00e0 la Mudawwanah de Kairouan, \u00e0 l\u2019Andalousie et aux mosqu\u00e9es de France : comment naquit l\u2019\u00e9cole de M\u00e9dine, et pourquoi elle est celle de l\u2019Occident musulman.<\/em><\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Comment lire ce dossier<\/h3>\n<p>Ce dossier est le dixi\u00e8me de la s\u00e9rie \u00ab Aux sources du savoir islamique \u00bb et le deuxi\u00e8me des quatre consacr\u00e9s aux \u00e9coles de jurisprudence. Apr\u00e8s K\u00fbfah et Ab\u00fb Han\u00eefah, voici M\u00e9dine et M\u00e2lik \u2014 l\u2019h\u00e9ritier des gens du hadith, l\u2019auteur du premier grand livre de droit de l\u2019islam, le ma\u00eetre dont l\u2019\u00e9cole est celle du Maghreb, de l\u2019Andalousie, de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest, et, par eux, de la plupart des musulmans de France. Il suit le plan du s\u00e9minaire dont cette s\u00e9rie est issue : l\u2019h\u00e9ritage de M\u00e9dine, la vie de l\u2019imam, les caract\u00e9ristiques de son \u00e9cole, sa propagation. Il est \u00e9crit pour \u00eatre lu d\u2019une traite, avec un exemple chaque fois qu\u2019une notion se complique et une phrase \u00e0 retenir au bout de chaque section ; il est \u00e9crit pour \u00eatre v\u00e9rifi\u00e9, chaque affirmation portant sa r\u00e9f\u00e9rence ; et il est \u00e9crit par un lecteur de cette \u00e9cole, qui a voulu \u2014 pr\u00e9cis\u00e9ment pour cela \u2014 lui appliquer la m\u00eame \u00e9quit\u00e9 qu\u2019au dossier pr\u00e9c\u00e9dent : dire ce que M\u00e2lik fut, ce qu\u2019on lui reprocha, ce que son \u00e9cole garda de lui et ce qu\u2019elle en changea. Avant la conclusion, un chapitre r\u00e9pond aux objections et aux questions qui reviennent le plus souvent \u2014 la pratique de M\u00e9dine contre le hadith, la flagellation, les bras ballants dans la pri\u00e8re, le taql\u00eed maghr\u00e9bin, et la question qu\u2019un converti fran\u00e7ais se pose : peut-il \u00eatre malikite ?<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Rep\u00e8res terminologiques<\/h3>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>\u2019Amal ahl al-Mad\u00eenah<\/strong> \u2014 La pratique de M\u00e9dine : ce que la ville du Proph\u00e8te \ufdfa faisait sans discontinuer depuis lui ; preuve propre \u00e0 l\u2019\u00e9cole, sous conditions.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Muwatta\u2019<\/strong> \u2014 \u00ab La voie aplanie \u00bb : le livre de M\u00e2lik, hadiths, paroles de compagnons et de successeurs, et jugements de l\u2019imam, class\u00e9s par chapitres de droit.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Mudawwanah<\/strong> \u2014 \u00ab La consign\u00e9e \u00bb : le recueil des r\u00e9ponses d\u2019Ibn al-Q\u00e2sim sur la doctrine de M\u00e2lik, r\u00e9dig\u00e9 par Sahn\u00fbn \u2014 second pilier de l\u2019\u00e9cole.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Maslahah mursalah<\/strong> \u2014 L\u2019int\u00e9r\u00eat non text\u00e9 : la consid\u00e9ration d\u2019un bien ou d\u2019un dommage que les textes n\u2019ont ni prescrit ni interdit, dans l\u2019esprit de la Loi.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Sadd adh-dhar\u00e2\u2019i\u2019<\/strong> \u2014 La fermeture des voies : interdire ce qui, licite en soi, m\u00e8ne habituellement \u00e0 l\u2019illicite.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Istish\u00e2b<\/strong> \u2014 La pr\u00e9somption de continuit\u00e9 : ce qui est \u00e9tabli demeure jusqu\u2019\u00e0 preuve du contraire.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Qawl as-sah\u00e2b\u00ee<\/strong> \u2014 La parole du compagnon, re\u00e7ue comme preuve lorsqu\u2019elle n\u2019est pas contredite.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Mursal<\/strong> \u2014 Le hadith dont le compagnon manque, re\u00e7u par M\u00e2lik lorsque le t\u00e2bi\u2019\u00ee est fiable.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Mashh\u00fbr, r\u00e2jih<\/strong> \u2014 Dans l\u2019\u00e9cole, l\u2019avis le plus r\u00e9pandu et l\u2019avis le mieux prouv\u00e9 \u2014 qui ne co\u00efncident pas toujours.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Samm\u00e2\u2019\u00e2t, Umm, Mukhtasar<\/strong> \u2014 Les recueils d\u2019auditions des \u00e9l\u00e8ves, la Mudawwanah dite \u00ab la M\u00e8re \u00bb, et les abr\u00e9g\u00e9s \u2014 genres des livres de l\u2019\u00e9cole.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Ris\u00e2lah, Khal\u00eel<\/strong> \u2014 Le manuel d\u2019Ibn Ab\u00ee Zayd al-Qayraw\u00e2n\u00ee et l\u2019abr\u00e9g\u00e9 de Khal\u00eel ibn Ish\u00e2q : les deux textes par lesquels on entre et l\u2019on avance dans l\u2019\u00e9cole.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Maq\u00e2sid<\/strong> \u2014 Les finalit\u00e9s de la Loi, dont ash-Sh\u00e2tib\u00ee le malikite fit une science \u2014 objet du dossier seize.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Al-amr al-mujtama\u2019 \u2019alayhi \u2019indan\u00e2<\/strong> \u2014 \u00ab La chose sur laquelle on s\u2019accorde chez nous \u00bb : la plus forte des formules par lesquelles M\u00e2lik d\u00e9signe la pratique de M\u00e9dine dans le Muwatta\u2019.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>\u2019Amal F\u00e2s\u00ee<\/strong> \u2014 La pratique judiciaire de F\u00e8s : l\u2019application maghr\u00e9bine, des si\u00e8cles plus tard, du principe de la pratique locale.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Mahdarah<\/strong> \u2014 L\u2019\u00e9cole du d\u00e9sert mauritanien, o\u00f9 le Mukhtasar de Khal\u00eel s\u2019apprend par c\u0153ur sous la tente.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Z\u00e2hirisme<\/strong> \u2014 L\u2019\u00e9cole d\u2019Ibn Hazm, qui ne re\u00e7oit que la lettre des textes et rejette l\u2019analogie et la pratique \u2014 adversaire du malikisme en Andalousie.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Introduction \u2014 La ville qui gardait<\/h3>\n<p>Pendant que K\u00fbfah d\u00e9lib\u00e9rait, M\u00e9dine gardait. Le dossier pr\u00e9c\u00e9dent a racont\u00e9 comment une ville neuve, m\u00eal\u00e9e et disput\u00e9e avait d\u00fb raisonner ; celui-ci raconte comment la ville du Proph\u00e8te \ufdfa \u2014 celle o\u00f9 le Coran avait fini de descendre, o\u00f9 la Sunnah avait \u00e9t\u00e9 v\u00e9cue dix ann\u00e9es sous les yeux de milliers de t\u00e9moins, o\u00f9 les compagnons \u00e9taient rest\u00e9s et o\u00f9 leurs enfants enseignaient \u2014 put, un si\u00e8cle plus tard, se fonder sur ce qu\u2019elle avait sous les yeux. M\u00e9dine n\u2019avait pas \u00e0 imaginer comment le Proph\u00e8te \ufdfa priait : elle priait ainsi depuis lui, dans sa mosqu\u00e9e, sans interruption. Elle n\u2019avait pas \u00e0 supposer la mesure du s\u00e2\u2019 ni la forme de l\u2019appel \u00e0 la pri\u00e8re : elle les tenait de mains en mains. Cette continuit\u00e9 v\u00e9cue \u2014 que M\u00e2lik nomme l\u2019amal, la pratique, et que son \u00e9cole tient pour une preuve \u2014 est la clef de tout ce dossier, et le lecteur doit la comprendre avant de juger : l\u00e0 o\u00f9 K\u00fbfah raisonnait faute de voir, M\u00e9dine voyait, et son imam tint que voir vaut mieux que raisonner.<\/p>\n<p>Le Coran lui-m\u00eame a donn\u00e9 \u00e0 cette continuit\u00e9 son fondement, dans un verset qui menace celui qui s\u2019\u00e9carte non seulement du Messager mais de la voie des croyants :<\/p>\n<blockquote class=\"verset-encadre\">\n<p>\u00ab Que celui qui, apr\u00e8s avoir clairement discern\u00e9 la v\u00e9rit\u00e9, s\u2019oppose au Messager et se d\u00e9tourne de la voie des croyants, sache que Nous l\u2019abandonnerons au sort qu\u2019il s\u2019est choisi et l\u2019introduirons dans la G\u00e9henne. Et quelle horrible demeure ! \u00bb<\/p>\n<p><cite>\u2014 Coran 4, 115<\/cite><\/p><\/blockquote>\n<p>La voie des croyants \u2014 sab\u00eel al-mu\u2019min\u00een \u2014 est, pour les savants des fondements, la preuve du consensus ; et pour M\u00e2lik, elle est d\u2019abord la voie de ceux qui ont re\u00e7u le Messager \ufdfa, l\u2019ont vu et lui ont surv\u00e9cu dans sa ville. Le Coran promet ailleurs l\u2019agr\u00e9ment d\u2019Allah aux premiers \u00e9migr\u00e9s et auxiliaires \u00ab et \u00e0 ceux qui les suivent avec excellence \u00bb (Coran 9, 100) ; le Proph\u00e8te \ufdfa a dit que M\u00e9dine rejette ses impuret\u00e9s comme le soufflet du forgeron rejette les scories du fer (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 1871), et qu\u2019un temps viendrait o\u00f9 les hommes battraient les flancs de leurs montures pour chercher la science, sans trouver plus savant que le savant de M\u00e9dine (rapport\u00e9 par At-Tirmidh\u00ee, n\u00b0 2680, qui l\u2019a jug\u00e9 bon ; les critiques ont discut\u00e9 sa cha\u00eene) \u2014 parole que Sufy\u00e2n ibn \u2019Uyaynah, contemporain, appliqua \u00e0 M\u00e2lik. Ce dossier raconte l\u2019homme, sa ville, son livre et son \u00e9cole, avec les preuves de chacun.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Note de m\u00e9thode<\/h3>\n<p>La grille de la s\u00e9rie demeure. Une pr\u00e9cision, cependant, car l\u2019auteur de ces lignes est de cette \u00e9cole : nous n\u2019avons rien retranch\u00e9 des critiques que M\u00e2lik et sa m\u00e9thode ont essuy\u00e9es \u2014 celles d\u2019al-Layth ibn Sa\u2019d, celles d\u2019ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee sur la pratique de M\u00e9dine, celles des gens du hadith sur tel avis contraire \u00e0 un rapport authentique \u2014 ; nous les rapportons avec les r\u00e9ponses que l\u2019\u00e9cole et les savants \u00e9quitables leur ont donn\u00e9es, et nous laissons le lecteur peser. Les positions juridiques sont cit\u00e9es d\u2019apr\u00e8s les livres de l\u2019\u00e9cole \u2014 le Muwatta\u2019, la Mudawwanah, la Ris\u00e2lah, le Mukhtasar de Khal\u00eel et ses commentaires \u2014 ; les vies proviennent des livres de man\u00e2qib et de tabaq\u00e2t, dont le Tart\u00eeb al-mad\u00e2rik du juge \u2019Iy\u00e2d est la somme, avec l\u2019embellissement propre au genre que nous signalons. Et le lecteur retiendra, comme au dossier pr\u00e9c\u00e9dent, que l\u2019on honore un imam en disant vrai de lui.<\/p>\n<h2 class=\"section-partie\">Premi\u00e8re partie \u2014 M\u00e9dine, l\u2019h\u00e9riti\u00e8re des gens du hadith<\/h2>\n<h3>1. La ville du Proph\u00e8te \ufdfa et ses juristes<\/h3>\n<p>Le dossier des t\u00e2bi\u2019\u00fbn a d\u00e9crit les \u00e9coles r\u00e9gionales ; il faut ici regarder M\u00e9dine de plus pr\u00e8s, car tout le madhhab en proc\u00e8de. Lorsque le Proph\u00e8te \ufdfa mourut, la ville garda les compagnons qui ne partirent pas en conqu\u00eate \u2014 et surtout leurs familles : Zayd ibn Th\u00e2bit, le scribe, Ibn \u2019Umar, le gardien scrupuleux de la Sunnah, \u2019\u00c2\u2019ishah, Ab\u00fb Hurayrah, Umm Salamah, J\u00e2bir, Ab\u00fb Sa\u2019\u00eed al-Khudr\u00ee. Leurs enfants, leurs neveux et leurs affranchis form\u00e8rent la g\u00e9n\u00e9ration que la Ummah nomme \u00ab les sept juristes de M\u00e9dine \u00bb : Sa\u2019\u00eed ibn al-Musayyib, gendre d\u2019Ab\u00fb Hurayrah, qui avait \u00e9pous\u00e9 sa fille pour un dirham et refus\u00e9 pour elle le fils du calife, et que l\u2019on tenait pour le plus savant des t\u00e2bi\u2019\u00fbn ; \u2019Urwah ibn az-Zubayr, neveu de \u2019\u00c2\u2019ishah, qui puisa chez elle la science des femmes du Proph\u00e8te \ufdfa ; al-Q\u00e2sim ibn Muhammad, petit-fils d\u2019Ab\u00fb Bakr, \u00e9lev\u00e9 par \u2019\u00c2\u2019ishah ; Kh\u00e2rijah ibn Zayd, fils du scribe ; Ab\u00fb Bakr ibn \u2019Abd ar-Rahm\u00e2n ; Sulaym\u00e2n ibn Yas\u00e2r, affranchi de Maym\u00fbnah ; et \u2019Ubaydull\u00e2h ibn \u2019Abdill\u00e2h, l\u2019un des ma\u00eetres de \u2019Umar ibn \u2019Abd al-\u2019Az\u00eez. Ces sept hommes ne raisonnaient pas ensemble comme un tribunal : ils vivaient ensemble comme une famille, et lorsqu\u2019une question se posait, ils la tranchaient selon ce qu\u2019ils avaient vu faire par leurs p\u00e8res et leurs tantes \u2014 c\u2019est cela, l\u2019amal, dans sa source. La g\u00e9n\u00e9ration suivante fut celle des ma\u00eetres de M\u00e2lik : N\u00e2fi\u2019, l\u2019affranchi d\u2019Ibn \u2019Umar, qui avait servi trente ans le plus scrupuleux des compagnons et transmettait de lui chaque geste ; Ibn Shih\u00e2b az-Zuhr\u00ee, le premier codificateur du hadith, que le dossier des t\u00e2bi\u2019\u00fbn a pr\u00e9sent\u00e9 ; Rab\u00ee\u2019ah ibn Ab\u00ee \u2019Abd ar-Rahm\u00e2n, dit Rab\u00ee\u2019ah ar-Ra\u2019y \u2014 \u00ab Rab\u00ee\u2019ah l\u2019opinion \u00bb \u2014, juriste de g\u00e9nie qui raisonnait en pleine M\u00e9dine, et dont le surnom suffit \u00e0 rappeler que la ville du hadith avait aussi ses gens de l\u2019opinion ; Ab\u00fb az-Zin\u00e2d ; Yahy\u00e2 ibn Sa\u2019\u00eed al-Ans\u00e2r\u00ee, le juge ; et Ibn Hurmuz, le ma\u00eetre de l\u2019humilit\u00e9. M\u00e2lik naquit au milieu d\u2019eux, et sa science est la leur, mise en ordre.<\/p>\n<p>Deux hommes disent, mieux que tout trait\u00e9, ce que fut la transmission m\u00e9dinoise par l\u2019acte. Le premier est Ibn \u2019Umar, dont le scrupule \u00e0 imiter le Proph\u00e8te \ufdfa est proverbial : il s\u2019arr\u00eatait, sur la route de La Mecque, l\u00e0 o\u00f9 le Proph\u00e8te \ufdfa s\u2019\u00e9tait arr\u00eat\u00e9, faisait tourner sa monture l\u00e0 o\u00f9 il l\u2019avait fait tourner, et priait sous l\u2019arbre o\u00f9 il avait pri\u00e9 \u2014 rapportent les biographes et le Sah\u00eeh d\u2019al-Bukh\u00e2r\u00ee (n\u00b0 483 et suivants) \u2014, au point que les gens disaient qu\u2019il suivait ses traces plus qu\u2019un fils ne suit celles de son p\u00e8re. Le second est N\u00e2fi\u2019, son affranchi, qui v\u00e9cut trente ans dans sa maison et qui transmit non seulement ses paroles mais ses gestes \u2014 comment il faisait ses ablutions, comment il se tenait en pri\u00e8re, comment il je\u00fbnait en voyage \u2014 ; et c\u2019est de N\u00e2fi\u2019 que M\u00e2lik tenait tout cela, \u00e0 un seul degr\u00e9. Lorsque M\u00e2lik \u00e9crit \u00ab telle est la pratique chez nous \u00bb, il ne d\u00e9signe pas une coutume vague : il d\u00e9signe la mani\u00e8re dont Ibn \u2019Umar, Zayd ibn Th\u00e2bit, \u2019\u00c2\u2019ishah et les leurs faisaient \u2014 vue par leurs enfants et leurs serviteurs, puis par les ma\u00eetres de M\u00e2lik, puis par lui. C\u2019est cela qu\u2019il appelle la Sunnah, et c\u2019est pourquoi il tient qu\u2019une ville qui a vu vaut mieux qu\u2019un homme qui a entendu.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> M\u00e9dine garda les compagnons et leurs familles ; les sept juristes tranchaient selon ce qu\u2019ils avaient vu ; N\u00e2fi\u2019, az-Zuhr\u00ee, Rab\u00ee\u2019ah et Ibn Hurmuz furent les ma\u00eetres de M\u00e2lik \u2014 sa science est celle de sa ville, mise en ordre.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>2. Pourquoi M\u00e9dine garda : la pratique comme preuve<\/h3>\n<p>Il faut expliquer la th\u00e8se de l\u2019\u00e9cole avec pr\u00e9cision, car elle est la plus discut\u00e9e de son histoire et la plus mal comprise. M\u00e2lik tenait que la pratique constante de M\u00e9dine \u2014 ce que la ville faisait depuis le Proph\u00e8te \ufdfa sans interruption, connue de tous, transmise de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration \u2014 est une preuve qui l\u2019emporte sur un hadith isol\u00e9, parce qu\u2019elle est une transmission massive de la Sunnah par l\u2019acte, plus s\u00fbre qu\u2019une transmission isol\u00e9e par la parole. Il l\u2019a expliqu\u00e9 lui-m\u00eame, dans une lettre c\u00e9l\u00e8bre adress\u00e9e \u00e0 al-Layth ibn Sa\u2019d, le grand juriste d\u2019\u00c9gypte, qui s\u2019\u00e9tonnait de le voir juger contre des hadiths : les gens, \u00e9crit M\u00e2lik, suivent les gens de M\u00e9dine, o\u00f9 s\u2019est faite l\u2019h\u00e9gire, o\u00f9 le Coran est descendu et o\u00f9 le Proph\u00e8te \ufdfa a v\u00e9cu ; ils ont re\u00e7u de lui la pratique et l\u2019ont transmise \u00e0 leurs enfants ; et une chose que mille hommes ont vue faire et transmise \u00e0 mille hommes ne peut \u00eatre renvers\u00e9e par le rapport d\u2019un seul. Al-Layth r\u00e9pondit par une lettre non moins c\u00e9l\u00e8bre, o\u00f9 il honore M\u00e2lik et conteste sa th\u00e8se : les compagnons, dit-il, se sont dispers\u00e9s dans les provinces, chacun emportant une part de la Sunnah, et M\u00e9dine elle-m\u00eame a chang\u00e9 apr\u00e8s la fitnah ; la pratique d\u2019une ville n\u2019est pas la Sunnah enti\u00e8re. Les deux lettres, que les livres de fiqh ont conserv\u00e9es, sont un mod\u00e8le de d\u00e9saccord entre imams : ni l\u2019un ni l\u2019autre ne c\u00e8de, ni l\u2019un ni l\u2019autre n\u2019insulte. Ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee, \u00e9l\u00e8ve de M\u00e2lik, prit le parti d\u2019al-Layth ; Ab\u00fb Han\u00eefah n\u2019avait pas connu la th\u00e8se ; Ahmad l\u2019admit pour une part. Et l\u2019arbitrage le plus juste vint d\u2019un hanbalite : Ibn Taymiyyah consacra une \u00e9p\u00eetre enti\u00e8re \u2014 Sihhat us\u00fbl madhhab ahl al-Mad\u00eenah \u2014 \u00e0 montrer que la pratique de M\u00e9dine se divise en degr\u00e9s, dont les premiers sont des preuves pour tous et les derniers ne le sont pour personne. La pratique transmise \u2014 celle qui remonte au Proph\u00e8te \ufdfa par la continuit\u00e9 des actes : la forme de l\u2019appel \u00e0 la pri\u00e8re, la mesure du s\u00e2\u2019 et du mudd, l\u2019absence de zak\u00e2t sur les l\u00e9gumes, les biens de mainmorte, la mani\u00e8re de prier \u2014 est une preuve que nul savant ne peut refuser, car elle est du m\u00eame ordre que la transmission du Coran ; la pratique ancienne de M\u00e9dine avant la mort de \u2019Uthm\u00e2n, quand les compagnons y \u00e9taient r\u00e9unis, est une preuve forte ; la pratique ult\u00e9rieure fond\u00e9e sur l\u2019effort de raisonnement des savants m\u00e9dinois n\u2019est qu\u2019un avis parmi d\u2019autres, et c\u2019est l\u00e0 que l\u2019on a pu contredire M\u00e2lik. Le lecteur tiendra donc la th\u00e8se pour ce qu\u2019elle est : non un privil\u00e8ge de ville, mais une th\u00e9orie de la preuve \u2014 la transmission par l\u2019acte \u2014, forte l\u00e0 o\u00f9 l\u2019acte remonte au Proph\u00e8te \ufdfa, discutable l\u00e0 o\u00f9 il remonte \u00e0 des juristes.<\/p>\n<p>Une anecdote montre la th\u00e8se \u00e0 l\u2019\u0153uvre, et elle a pour h\u00e9ros un hanafite. Ab\u00fb Y\u00fbsuf, le grand juge, vint \u00e0 M\u00e9dine avec H\u00e2r\u00fbn ar-Rash\u00eed et discuta avec M\u00e2lik de la mesure du s\u00e2\u2019 \u2014 la mesure de capacit\u00e9 qui fixe la zak\u00e2t de rupture du je\u00fbne et bien des r\u00e8gles \u2014 : les Irakiens, sur des rapports, la tenaient pour huit livres ; M\u00e2lik la tenait pour cinq livres et un tiers. M\u00e2lik fit apporter, rapportent les biographes, une cinquantaine de s\u00e2\u2019 conserv\u00e9s par les familles de M\u00e9dine, chacun disant : ce s\u00e2\u2019 m\u2019a \u00e9t\u00e9 transmis par mon p\u00e8re qui le tenait du sien, qui l\u2019avait re\u00e7u du Proph\u00e8te \ufdfa ou d\u2019un compagnon \u2014 et tous avaient la m\u00eame mesure. Ab\u00fb Y\u00fbsuf changea d\u2019avis sur-le-champ et d\u00e9clara qu\u2019il tenait d\u00e9sormais pour la mesure de M\u00e9dine. Voil\u00e0 exactement ce que M\u00e2lik entendait par la pratique : non une opinion des M\u00e9dinois, mais un objet transmis de main en main depuis le Proph\u00e8te \ufdfa \u2014 et devant un tel objet, dit l\u2019\u00e9cole, le rapport d\u2019un seul homme se tait. Les exemples de ce degr\u00e9 de pratique sont connus et l\u2019on peut les \u00e9num\u00e9rer : la mesure du s\u00e2\u2019 et du mudd ; la forme de l\u2019appel \u00e0 la pri\u00e8re, avec sa r\u00e9p\u00e9tition de l\u2019attestation ; l\u2019absence de zak\u00e2t sur les l\u00e9gumes ; les biens de mainmorte du Proph\u00e8te \ufdfa et de \u2019Umar, dont M\u00e9dine connaissait les emplacements ; la mani\u00e8re de prier dans la mosqu\u00e9e ; la mesure des distances qui autorisent \u00e0 raccourcir la pri\u00e8re. C\u2019est ce degr\u00e9 que nul savant n\u2019a contest\u00e9 ; c\u2019est aux degr\u00e9s inf\u00e9rieurs \u2014 la pratique fond\u00e9e sur l\u2019effort des juristes m\u00e9dinois \u2014 que portent les critiques d\u2019al-Layth et d\u2019ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> La pratique de M\u00e9dine est une transmission de la Sunnah par l\u2019acte, plus s\u00fbre qu\u2019un rapport isol\u00e9 lorsqu\u2019elle remonte au Proph\u00e8te \ufdfa \u2014 th\u00e8se discut\u00e9e par al-Layth et ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee, et arbitr\u00e9e par Ibn Taymiyyah selon ses degr\u00e9s.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h2 class=\"section-partie\">Deuxi\u00e8me partie \u2014 La vie de l\u2019imam M\u00e2lik<\/h2>\n<h3>3. L\u2019enfant du Y\u00e9men n\u00e9 \u00e0 M\u00e9dine<\/h3>\n<p>M\u00e2lik ibn Anas ibn M\u00e2lik ibn Ab\u00ee \u2019\u00c2mir al-Asbah\u00ee naquit \u00e0 M\u00e9dine en l\u2019an quatre-vingt-treize \u2014 les biographes h\u00e9sitent entre quatre-vingt-dix et quatre-vingt-dix-sept \u2014, sous le califat d\u2019al-Wal\u00eed, dans une famille y\u00e9m\u00e9nite de la tribu de Himyar install\u00e9e dans la ville depuis un si\u00e8cle. Son arri\u00e8re-grand-p\u00e8re Ab\u00fb \u2019\u00c2mir avait, dit-on, connu le Proph\u00e8te \ufdfa ; son grand-p\u00e8re M\u00e2lik ibn Ab\u00ee \u2019\u00c2mir fut un t\u00e2bi\u2019\u00ee de rang, l\u2019un de ceux qui copi\u00e8rent les feuillets du Coran sous \u2019Uthm\u00e2n, rapportent les biographes ; son oncle et son fr\u00e8re a\u00een\u00e9 an-Nadr furent des hommes de hadith \u2014 c\u2019est m\u00eame par le fr\u00e8re que l\u2019enfant fut d\u2019abord connu, \u00ab le fr\u00e8re d\u2019an-Nadr \u00bb, avant que l\u2019ordre ne s\u2019inverse. Sa m\u00e8re, al-\u2019\u00c2liyah bint Shur\u00eek, eut un r\u00f4le que l\u2019\u00e9cole n\u2019a jamais oubli\u00e9 : elle habilla son fils de ses plus beaux v\u00eatements, lui mit un turban et lui dit \u2014 va chez Rab\u00ee\u2019ah, et apprends de son adab avant de prendre de sa science ; la phrase est rest\u00e9e le proverbe de toutes les madrasas malikites. La famille n\u2019\u00e9tait pas riche : M\u00e2lik vendit, rapportent les biographes, les poutres du plafond de sa maison pour subvenir \u00e0 ses \u00e9tudes \u2014 et il dira plus tard qu\u2019il n\u2019avait vu personne parvenir \u00e0 la science sans passer par la pauvret\u00e9. Il apprit le Coran, puis le hadith aupr\u00e8s de N\u00e2fi\u2019 et d\u2019az-Zuhr\u00ee \u2014 dont il tenait plus de trois cents hadiths et qui le distingua entre tous \u2014, le fiqh aupr\u00e8s de Rab\u00ee\u2019ah, et aupr\u00e8s d\u2019Ibn Hurmuz, qu\u2019il fr\u00e9quenta treize ans, une chose qu\u2019il tenait pour la plus pr\u00e9cieuse : dire \u00ab je ne sais pas \u00bb. Il entendit Ja\u2019far as-S\u00e2diq, dont il loua la pi\u00e9t\u00e9 et le silence ; il compta, disent les biographes, des centaines de ma\u00eetres \u2014 neuf cents, chiffre de man\u00e2qib \u2014, tous de M\u00e9dine et du Hij\u00e2z : car M\u00e2lik, \u00e0 la diff\u00e9rence de tous les imams, ne voyagea jamais pour la science. Il n\u2019en eut pas besoin : la science \u00e9tait venue \u00e0 lui, dans la ville o\u00f9 elle \u00e9tait n\u00e9e, et il ne quitta M\u00e9dine que pour le p\u00e8lerinage.<\/p>\n<p>Les biographes le d\u00e9crivent grand, au teint clair, les yeux bleus selon certains, la barbe fournie et blanchie t\u00f4t, v\u00eatu avec soin de v\u00eatements de qualit\u00e9 \u2014 il tenait que la dignit\u00e9 ext\u00e9rieure sert la science \u2014 et parfum\u00e9 ; il aimait les belles \u00e9toffes du Y\u00e9men et le blanc, et il disait qu\u2019un homme de science doit \u00eatre reconnu \u00e0 son apparence. Il eut des fils \u2014 Yahy\u00e2, Muhammad, Hamm\u00e2d \u2014 dont aucun ne fut savant, ce qui lui pesa, et une fille, F\u00e2timah, dont l\u2019\u00e9cole a gard\u00e9 un trait charmant : elle connaissait le Muwatta\u2019 par c\u0153ur, se tenait derri\u00e8re la porte pendant que les \u00e9l\u00e8ves le lisaient \u00e0 son p\u00e8re, et frappait au battant lorsque le lecteur se trompait \u2014 M\u00e2lik disait alors : reprends, tu as fait une erreur. Il v\u00e9cut simplement, puis dans l\u2019aisance que lui apport\u00e8rent les pr\u00e9sents des califes, qu\u2019il acceptait \u2014 contrairement \u00e0 Ab\u00fb Han\u00eefah \u2014 et distribuait aux \u00e9tudiants et aux pauvres, en disant qu\u2019un pr\u00e9sent d\u2019un juste n\u2019est pas un salaire. Et il eut, d\u00e8s sa jeunesse, la r\u00e9putation d\u2019un homme qui ne fr\u00e9quentait pas les innovateurs, ne s\u2019asseyait pas avec les disputeurs, et ne rapportait de hadith que de ceux dont il avait vu la vie.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> N\u00e9 vers quatre-vingt-treize \u00e0 M\u00e9dine dans une famille y\u00e9m\u00e9nite de hadith, envoy\u00e9 par sa m\u00e8re chez Rab\u00ee\u2019ah pour l\u2019adab avant la science, \u00e9l\u00e8ve de N\u00e2fi\u2019, d\u2019az-Zuhr\u00ee et d\u2019Ibn Hurmuz : M\u00e2lik ne voyagea jamais \u2014 la science \u00e9tait chez lui.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>4. Le ma\u00eetre de M\u00e9dine et sa chaire<\/h3>\n<p>Il ne s\u2019assit pas pour enseigner avant que soixante-dix ma\u00eetres eussent t\u00e9moign\u00e9 qu\u2019il en \u00e9tait digne \u2014 c\u2019est lui qui le dit, et il ajoute qu\u2019il ne convient pas \u00e0 un homme de se tenir pour savant avant qu\u2019on ne l\u2019ait reconnu tel. Il avait alors une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, et sa chaire dura pr\u00e8s de soixante ans, dans la mosqu\u00e9e du Proph\u00e8te \ufdfa, \u00e0 la place m\u00eame o\u00f9 \u2019Umar s\u2019asseyait, rapportent les biographes. Ce que fut cette chaire, tous ceux qui l\u2019ont vue l\u2019ont d\u00e9crit avec le m\u00eame \u00e9tonnement, et il faut le dire, car c\u2019est le portrait de l\u2019\u00e9cole. Lorsqu\u2019on venait lui demander un hadith, il se retirait, faisait ses ablutions, se parfumait, rev\u00eatait ses plus beaux v\u00eatements, s\u2019asseyait sur un si\u00e8ge \u00e9lev\u00e9, et ne parlait qu\u2019alors, avec gravit\u00e9, sans qu\u2019on l\u2019interromp\u00eet ; interrog\u00e9 sur cette solennit\u00e9, il r\u00e9pondit qu\u2019il aimait honorer la parole du Messager d\u2019Allah \ufdfa et ne la rapporter qu\u2019en \u00e9tat de puret\u00e9 et de dignit\u00e9 \u2014 jamais debout, jamais dans la rue, jamais en marchant. Dans sa mosqu\u00e9e, on n\u2019\u00e9levait pas la voix ; le calife H\u00e2r\u00fbn, venu l\u2019\u00e9couter avec ses fils, fut pri\u00e9 de se joindre \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e ordinaire et non d\u2019avoir une le\u00e7on \u00e0 part \u2014 la science est visit\u00e9e, dit M\u00e2lik, elle ne visite pas. Et cet homme grave \u00e9tait, devant une question, le plus humble des hommes : un voyageur venu de loin lui posa quarante-huit questions, rapporte Ibn Wahb, et il r\u00e9pondit \u00ab je ne sais pas \u00bb \u00e0 trente-deux ; l\u2019homme s\u2019\u00e9tonna \u2014 que dirai-je aux miens ? \u2014 et M\u00e2lik r\u00e9pondit : tu diras que M\u00e2lik ne sait pas. Il disait que celui qui r\u00e9pond \u00e0 une question doit, avant de r\u00e9pondre, se pr\u00e9senter au Paradis et \u00e0 l\u2019Enfer, et se demander comment il en sortira. Sa mani\u00e8re d\u2019enseigner le fiqh \u00e9tait celle de M\u00e9dine : on lui exposait un cas, il disait ce que faisaient les gens de sa ville, ce que disaient les compagnons, ce qu\u2019il tenait pour juste \u2014 et il refusait les questions hypoth\u00e9tiques dont K\u00fbfah faisait ses d\u00e9lices : laisse ce qui n\u2019est pas arriv\u00e9, disait-il. Il n\u2019\u00e9tait pas moins exigeant sur les hommes que sur les questions : le dossier du hadith a racont\u00e9 ses soixante-dix ma\u00eetres \u00e9cart\u00e9s, et l\u2019on sait qu\u2019il ne transmettait que d\u2019hommes dont il avait vu la pi\u00e9t\u00e9 et la pr\u00e9cision ; le r\u00e9sultat est la cha\u00eene d\u2019or que le m\u00eame dossier a nomm\u00e9e. Sur le kal\u00e2m, sa r\u00e9ponse au questionneur de l\u2019istiw\u00e2\u2019, cit\u00e9e au dossier des sectes, fixa la voie des anciens en quatre phrases ; et il disait des disputeurs qu\u2019ils passaient d\u2019une religion \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n<p>Ses \u00e9l\u00e8ves vinrent de tout l\u2019islam, et leur liste est celle des ma\u00eetres du si\u00e8cle suivant. De M\u00e9dine et du Hij\u00e2z : Ibn al-M\u00e2jish\u00fbn, Mutarrif, Ibn N\u00e2fi\u2019, Ibn D\u00een\u00e2r. D\u2019\u00c9gypte, o\u00f9 l\u2019\u00e9cole prendra racine : Ibn al-Q\u00e2sim, qui resta vingt ans pr\u00e8s de lui et devint son plus fid\u00e8le interpr\u00e8te ; Ibn Wahb, le ma\u00eetre du hadith d\u2019\u00c9gypte ; Ashhab ; Ibn \u2019Abd al-Hakam. Du Maghreb et de l\u2019Andalousie : \u2019Al\u00ee ibn Ziy\u00e2d de Tunis, le premier \u00e0 porter le Muwatta\u2019 en Ifr\u00eeqiyah, Ziy\u00e2d Shabt\u00fbn de Cordoue, Yahy\u00e2 al-Layth\u00ee, dont la recension du Muwatta\u2019 deviendra celle de l\u2019Occident. Et ceux qui ne furent pas de son \u00e9cole mais furent ses \u00e9l\u00e8ves : Muhammad ash-Shayb\u00e2n\u00ee, venu de K\u00fbfah pour trois ans ; ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee, qui avait appris le Muwatta\u2019 par c\u0153ur avant de le rencontrer et qui resta pr\u00e8s de lui jusqu\u2019\u00e0 sa mort ; Ibn al-Mub\u00e2rak, Sufy\u00e2n ibn \u2019Uyaynah, Yahy\u00e2 ibn Sa\u2019\u00eed al-Qatt\u00e2n, \u2019Abd ar-Rahm\u00e2n ibn Mahd\u00ee \u2014 les fondateurs de la critique du hadith, qui tenaient sa cha\u00eene pour la plus s\u00fbre de la terre. Ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee dira : lorsque les savants sont nomm\u00e9s, M\u00e2lik est l\u2019\u00e9toile ; et : nul n\u2019a plus de bienfait sur moi que M\u00e2lik.<\/p>\n<p>L\u2019arriv\u00e9e d\u2019ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee dans ce cercle est l\u2019une des sc\u00e8nes les plus racont\u00e9es de l\u2019histoire des \u00e9coles, et elle dit ce que fut M\u00e2lik. Le jeune Mecquois, qui avait appris le Muwatta\u2019 par c\u0153ur en neuf nuits sur une copie emprunt\u00e9e, se pr\u00e9senta muni d\u2019une lettre de recommandation du gouverneur de La Mecque au gouverneur de M\u00e9dine, qui l\u2019accompagna chez l\u2019imam ; M\u00e2lik, voyant la lettre, se f\u00e2cha \u2014 gloire \u00e0 Allah, la science du Messager d\u2019Allah \ufdfa se prend-elle maintenant par lettres de recommandation ? \u2014 et le jeune homme, sans se d\u00e9monter, lui dit qu\u2019il \u00e9tait venu pour la science et non pour la lettre, et commen\u00e7a \u00e0 r\u00e9citer le Muwatta\u2019 ; M\u00e2lik, saisi par sa r\u00e9citation et sa m\u00e9moire, lui dit de revenir le lendemain, et le garda pr\u00e8s de lui \u2014 jusqu\u2019\u00e0 sa mort, disent les biographes. M\u00e2lik avait, dans sa chaire, une mani\u00e8re de reprendre les \u00e9l\u00e8ves qui est rest\u00e9e : il ne supportait pas qu\u2019on \u00e9lev\u00e2t la voix \u2014 citant le verset qui interdit d\u2019\u00e9lever la voix au-dessus de celle du Proph\u00e8te \ufdfa (Coran 49, 2) et disant que la voix de sa science est sa voix \u2014 ; il refusait de r\u00e9pondre \u00e0 qui ne posait pas la question avec respect ; et il disait que la science n\u2019est pas l\u2019abondance des rapports, mais une lumi\u00e8re qu\u2019Allah met dans le c\u0153ur \u2014 parole que l\u2019\u00e9cole a re\u00e7ue comme sa devise. On demanda un jour \u00e0 Ibn al-Q\u00e2sim pourquoi il avait pass\u00e9 vingt ans pr\u00e8s de M\u00e2lik ; il r\u00e9pondit qu\u2019il en avait pass\u00e9 deux \u00e0 apprendre la science et dix-huit \u00e0 apprendre l\u2019adab, et qu\u2019il regrettait de n\u2019avoir pas fait l\u2019inverse.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Une chaire de soixante ans dans la mosqu\u00e9e du Proph\u00e8te \ufdfa, tenue avec la gravit\u00e9 due \u00e0 sa parole et l\u2019humilit\u00e9 de \u00ab je ne sais pas \u00bb ; des \u00e9l\u00e8ves de tout l\u2019islam, dont ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee, Muhammad ash-Shayb\u00e2n\u00ee et les fondateurs de la critique du hadith.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>5. Le Muwatta\u2019 : le premier livre de droit de l\u2019islam<\/h3>\n<p>Le livre naquit d\u2019une commande et d\u2019une conscience. La commande est celle du calife al-Mans\u00fbr, rencontr\u00e9 \u00e0 La Mecque lors d\u2019un p\u00e8lerinage, qui dit \u00e0 M\u00e2lik \u2014 rapportent les biographes \u2014 : la science s\u2019est dispers\u00e9e ; compose pour les gens un livre o\u00f9 tu \u00e9viteras les rigueurs d\u2019Ibn \u2019Umar, les largesses d\u2019Ibn \u2019Abb\u00e2s et les singularit\u00e9s d\u2019Ibn Mas\u2019\u00fbd, et aplanis-le \u2014 wattih \u2014 pour les gens. Le titre vient de l\u00e0 \u2014 le Muwatta\u2019, \u00ab la voie aplanie \u00bb \u2014, ou, selon une autre explication que M\u00e2lik donna lui-m\u00eame, de ce qu\u2019il soumit son livre \u00e0 soixante-dix juristes de M\u00e9dine qui l\u2019approuv\u00e8rent tous : \u00ab ils ont march\u00e9 dessus \u00bb, dit-il \u2014 le mot signifie aussi cela \u2014, et il le nomma ainsi. La conscience est celle de l\u2019imam : il composa le livre pendant quarante ans, rapportent les biographes, en le r\u00e9duisant sans cesse \u2014 dix mille hadiths au d\u00e9part, disent-ils, et moins de deux mille \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e \u2014, ne gardant que ce dont la cha\u00eene et la pratique s\u2019accordaient, et retirant, \u00e0 chaque r\u00e9vision, ce qui ne tenait plus. Le livre tel qu\u2019il nous est parvenu compte, selon le d\u00e9compte d\u2019Ab\u00fb Bakr al-Abhar\u00ee, mille sept cent vingt \u00e9l\u00e9ments : six cents hadiths \u00e0 cha\u00eene remontant au Proph\u00e8te \ufdfa, deux cent vingt-deux mursal, six cent treize paroles de compagnons et deux cent quatre-vingt-cinq paroles de successeurs \u2014 auxquels s\u2019ajoutent, \u00e0 chaque chapitre, les mots de M\u00e2lik lui-m\u00eame : \u00ab et telle est la pratique chez nous \u00bb, \u00ab et ce que j\u2019ai vu faire par les gens de science de notre ville \u00bb, \u00ab et c\u2019est l\u2019avis que je tiens \u00bb. Il faut comprendre ce qu\u2019est ce livre pour ne pas le juger sur ce qu\u2019il n\u2019est pas : ce n\u2019est pas un recueil de hadiths authentiques au sens d\u2019al-Bukh\u00e2r\u00ee, qui na\u00eetra un si\u00e8cle plus tard ; c\u2019est un livre de droit vivant, o\u00f9 le hadith, l\u2019athar, la pratique et le jugement sont pr\u00e9sent\u00e9s ensemble, chapitre par chapitre, de la purification aux successions \u2014 le premier de l\u2019islam, et le mod\u00e8le de tous les suivants. Ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee en dit ce que nous avons cit\u00e9 ; al-Bukh\u00e2r\u00ee tint sa cha\u00eene principale pour la plus s\u00fbre de toutes ; et l\u2019on a compt\u00e9 que tout ce que le Muwatta\u2019 contient de hadiths \u00e0 cha\u00eene se retrouve, \u00e0 quelques exceptions pr\u00e8s, dans les Six Livres.<\/p>\n<p>L\u2019histoire du livre a un \u00e9pisode que l\u2019\u00e9cole a plac\u00e9 tr\u00e8s haut, car il fixe sa doctrine de la divergence. Al-Mans\u00fbr \u2014 ou H\u00e2r\u00fbn, selon les versions \u2014 proposa de faire copier le Muwatta\u2019, de le suspendre \u00e0 la Ka\u2019bah et d\u2019ordonner \u00e0 toutes les provinces de s\u2019y tenir. M\u00e2lik refusa : ne fais pas cela, commandeur des croyants \u2014 les compagnons du Messager d\u2019Allah \ufdfa se sont dispers\u00e9s dans les provinces, chaque peuple a pris ce qui lui est parvenu, et les gens tiennent pour vrai ce qu\u2019ils ont re\u00e7u ; laisse-les \u00e0 ce qu\u2019ils ont. L\u2019homme qui tenait la pratique de sa ville pour une preuve refusa qu\u2019on l\u2019impos\u00e2t aux autres villes : parce que la Sunnah \u00e9tait plus vaste que son livre, parce que K\u00fbfah avait Ibn Mas\u2019\u00fbd et le Ch\u00e2m ses compagnons, et parce qu\u2019une religion impos\u00e9e par d\u00e9cret n\u2019est plus une transmission. Le lecteur qui a lu le dossier pr\u00e9c\u00e9dent y verra la r\u00e9ponse, donn\u00e9e d\u2019avance, \u00e0 l\u2019objection des \u00e9coles \u00ab qui divisent \u00bb : le premier des imams \u00e0 qui l\u2019on offrit d\u2019unifier le droit par la force est celui qui refusa. Le livre fut ensuite transmis par des dizaines de recensions, dont les plus c\u00e9l\u00e8bres sont celle de Yahy\u00e2 ibn Yahy\u00e2 al-Layth\u00ee, l\u2019Andalou, qui devint le texte de l\u2019Occident musulman et que l\u2019on lit aujourd\u2019hui ; celle de Muhammad ash-Shayb\u00e2n\u00ee, le hanafite, qui y ajoute ses divergences ; celle d\u2019Ab\u00fb Mus\u2019ab az-Zuhr\u00ee, la plus tardive et la plus compl\u00e8te ; celle d\u2019al-Qa\u2019nab\u00ee, que les gens du hadith prisaient. Et il re\u00e7ut les commentaires les plus vastes de l\u2019\u00e9cole : le Tamh\u00eed et l\u2019Istidhk\u00e2r d\u2019Ibn \u2019Abd al-Barr, le Muntaq\u00e2 d\u2019al-B\u00e2j\u00ee, le Qabas d\u2019Ibn al-\u2019Arab\u00ee, jusqu\u2019au commentaire d\u2019az-Zurq\u00e2n\u00ee au onzi\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Le lecteur qui ouvre le Muwatta\u2019 y trouvera, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des hadiths et des athar, des formules de M\u00e2lik dont le juge \u2019Iy\u00e2d a dress\u00e9 l\u2019\u00e9chelle, et qu\u2019il faut conna\u00eetre pour lire le livre : \u00ab la chose sur laquelle on s\u2019accorde chez nous \u00bb \u2014 al-amr al-mujtama\u2019 \u2019alayhi \u2019indan\u00e2 \u2014 d\u00e9signe un consensus des savants de M\u00e9dine ; \u00ab la chose chez nous \u00bb \u2014 al-amr \u2019indan\u00e2 \u2014 d\u00e9signe la pratique ; \u00ab j\u2019ai trouv\u00e9 les gens de science de notre ville sur ceci \u00bb d\u00e9signe ce qu\u2019il a vu faire par ses ma\u00eetres ; \u00ab la Sunnah chez nous \u00bb d\u00e9signe une pratique remontant au Proph\u00e8te \ufdfa ; et \u00ab ceci est ce que j\u2019ai entendu de meilleur \u00bb ou \u00ab c\u2019est l\u2019avis que je tiens \u00bb d\u00e9signent son propre jugement, qu\u2019il distingue soigneusement des pr\u00e9c\u00e9dents. Cette \u00e9chelle de formules est, \u00e0 sa mani\u00e8re, une th\u00e9orie de la preuve inscrite dans le texte m\u00eame : le lecteur sait toujours, chez M\u00e2lik, s\u2019il lit une Sunnah transmise, un consensus, une pratique ou une opinion. Deux pr\u00e9cisions encore sur le livre. Le Muwatta\u2019 compte soixante et un livres \u2014 de la purification aux successions, avec des chapitres sur les r\u00eaves, la chevelure, la m\u00e9decine et les noms \u2014, et son ordre servit de mod\u00e8le aux recueils suivants. Et sa recension la plus lue, celle de Yahy\u00e2 al-Layth\u00ee, est incompl\u00e8te par honn\u00eatet\u00e9 : Yahy\u00e2, pris de doute sur trois chapitres qu\u2019il n\u2019avait pas entendus directement de M\u00e2lik, les omit plut\u00f4t que de les transmettre sans audition \u2014 si bien que l\u2019Occident musulman lit, depuis douze si\u00e8cles, un Muwatta\u2019 auquel manquent quelques pages, parce qu\u2019un homme a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 l\u2019incomplet au douteux. C\u2019est toute la science du hadith en une d\u00e9cision.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Compos\u00e9 quarante ans et sans cesse r\u00e9duit, le Muwatta\u2019 est le premier livre de droit de l\u2019islam \u2014 hadith, athar, pratique et jugement ensemble \u2014 ; et M\u00e2lik refusa qu\u2019on l\u2019impos\u00e2t \u00e0 toutes les provinces : les compagnons s\u2019\u00e9taient dispers\u00e9s, chaque peuple avait sa part.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>6. L\u2019\u00e9preuve, les califes et la mort<\/h3>\n<p>M\u00e2lik eut, comme Ab\u00fb Han\u00eefah, son \u00e9preuve, et elle vint d\u2019une fatw\u00e2. Il enseignait, sur la foi d\u2019un hadith, que le divorce prononc\u00e9 sous la contrainte est nul \u2014 que l\u2019homme forc\u00e9 de jurer n\u2019est pas li\u00e9 par son serment. Or les Abbassides faisaient pr\u00eater serment d\u2019all\u00e9geance sous la forme d\u2019un serment de divorce : quiconque romprait l\u2019all\u00e9geance verrait ses \u00e9pouses r\u00e9pudi\u00e9es. Lorsque Muhammad an-Nafs az-Zakiyyah se souleva \u00e0 M\u00e9dine en l\u2019an cent quarante-cinq, ses partisans firent valoir la fatw\u00e2 de M\u00e2lik pour se d\u00e9lier du serment pr\u00eat\u00e9 \u00e0 al-Mans\u00fbr \u2014 et apr\u00e8s l\u2019\u00e9crasement de la r\u00e9volte, le gouverneur de M\u00e9dine, Ja\u2019far ibn Sulaym\u00e2n, cousin du calife, fit arr\u00eater l\u2019imam, le fit flageller, et l\u2019on tira sur ses bras au point de lui d\u00e9bo\u00eeter l\u2019\u00e9paule, rapportent les biographes ; il fut promen\u00e9 ainsi dans M\u00e9dine, et il disait en marchant : que ceux qui me connaissent me connaissent, et que ceux qui ne me connaissent pas sachent que je suis M\u00e2lik ibn Anas, et que je dis que le divorce du contraint n\u2019est rien. Il n\u2019avait pas pr\u00each\u00e9 la r\u00e9volte ; il avait dit le droit, et le droit avait servi la r\u00e9volte. Al-Mans\u00fbr, inform\u00e9, d\u00e9savoua son cousin, demanda pardon \u00e0 M\u00e2lik lors d\u2019un p\u00e8lerinage, et l\u2019imam pardonna \u2014 c\u2019est \u00e0 cette occasion que le calife lui commanda le Muwatta\u2019. Les biographes ajoutent qu\u2019apr\u00e8s cette \u00e9preuve M\u00e2lik ne put plus lever le bras pour croiser les mains dans la pri\u00e8re, et que c\u2019est l\u00e0 l\u2019origine de la pratique malikite des bras ballants ; le r\u00e9cit est c\u00e9l\u00e8bre et le lecteur le retrouvera, mais l\u2019\u00e9cole, comme on le verra, fonde sa pratique sur autre chose. Avec les califes, M\u00e2lik garda la distance qu\u2019il avait gard\u00e9e avec tous : il enseigna al-Mans\u00fbr, refusa de se rendre chez H\u00e2r\u00fbn, prit de lui un pr\u00e9sent qu\u2019il distribua, et lui donna, dans la mosqu\u00e9e m\u00eame, la le\u00e7on d\u2019humilit\u00e9 que l\u2019on a dite. Un conseil qu\u2019il donna \u00e0 al-Mans\u00fbr, rapport\u00e9 par le juge \u2019Iy\u00e2d avec une cha\u00eene discut\u00e9e, est rest\u00e9 dans la m\u00e9moire de l\u2019\u00e9cole : le calife, priant devant la tombe du Proph\u00e8te \ufdfa, demandait s\u2019il devait se tourner vers la qiblah ou vers la tombe ; pourquoi te d\u00e9tourner de lui, r\u00e9pondit M\u00e2lik, lui qui est ton moyen et celui de ton p\u00e8re Adam aupr\u00e8s d\u2019Allah ? \u2014 tourne-toi vers lui et demande son intercession. M\u00e2lik mourut \u00e0 M\u00e9dine en l\u2019an cent soixante-dix-neuf, au mois de rab\u00ee\u2019 al-awwal, \u00e0 quatre-vingt-six ans environ, apr\u00e8s une maladie de plusieurs semaines ; il fut enterr\u00e9 au Baq\u00ee\u2019, o\u00f9 sa tombe est encore. Il avait dit, pendant son agonie, qu\u2019il n\u2019avait jamais mont\u00e9 \u00e0 cheval dans M\u00e9dine, par respect pour la terre o\u00f9 reposait le corps du Messager d\u2019Allah \ufdfa.<\/p>\n<p>Ses derniers jours nous sont cont\u00e9s par Ibn al-Q\u00e2sim et Ibn Wahb. Malade vingt-deux jours, il refusa d\u2019abord qu\u2019on le s\u00fbt, puis dit \u00e0 ses proches ce qu\u2019il tenait de la Sunnah sur le linceul et la pri\u00e8re ; et ses derni\u00e8res paroles furent l\u2019attestation de foi et un verset : \u00e0 Allah appartient le commandement, avant et apr\u00e8s (Coran 30, 4). Le gouverneur de M\u00e9dine, \u2019Abdull\u00e2h ibn Muhammad, pria sur lui ; la ville enti\u00e8re le suivit au Baq\u00ee\u2019 ; et son \u00e9l\u00e8ve Ibn Wahb \u00e9crivit qu\u2019il n\u2019avait vu, de sa vie, un homme plus soucieux de la parole du Messager d\u2019Allah \ufdfa. On raconte qu\u2019il avait dit, peu avant, une chose sur son propre livre : puiss\u00e9-je \u00eatre frapp\u00e9 de coups pour chaque question sur laquelle j\u2019ai r\u00e9pondu, pourvu que je n\u2019aie pas r\u00e9pondu sur ce que je ne savais pas \u2014 l\u2019humilit\u00e9 de la chaire jusque dans la mort.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Flagell\u00e9 en cent quarante-six pour une fatw\u00e2 \u2014 le divorce du contraint est nul \u2014 que la r\u00e9volte avait invoqu\u00e9e, r\u00e9concili\u00e9 avec al-Mans\u00fbr, distant de H\u00e2r\u00fbn, mort en cent soixante-dix-neuf au Baq\u00ee\u2019 : M\u00e2lik dit le droit, et le droit servit qui voulut.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>7. Portrait et credo<\/h3>\n<p>Ce qui frappe dans les r\u00e9cits, au-del\u00e0 de la gravit\u00e9, c\u2019est une intransigeance douce envers tout ce qui n\u2019avait pas de source. M\u00e2lik est l\u2019auteur de deux phrases qui r\u00e9sument la voie des anciens et que toute cette s\u00e9rie pourrait mettre en \u00e9pigraphe. La premi\u00e8re : quiconque introduit dans l\u2019islam une innovation qu\u2019il tient pour bonne pr\u00e9tend que Muhammad \ufdfa a trahi le message, car Allah a dit : aujourd\u2019hui J\u2019ai parachev\u00e9 pour vous votre religion \u2014 ce qui n\u2019\u00e9tait pas religion alors ne l\u2019est pas aujourd\u2019hui (rapport\u00e9 par ash-Sh\u00e2tib\u00ee dans Al-I\u2019tis\u00e2m). La seconde : la fin de cette communaut\u00e9 ne sera r\u00e9form\u00e9e que par ce qui a r\u00e9form\u00e9 son commencement. Sur la croyance, il fut ce que fut sa ville : la r\u00e9ponse sur l\u2019istiw\u00e2\u2019 \u2014 le comment est inconnu, la foi en cela est obligatoire, la question est une innovation \u2014 fixa la doctrine des attributs pour tous les si\u00e8cles ; il tenait le Coran pour la parole d\u2019Allah incr\u00e9\u00e9e ; il enseignait, contre les juristes de K\u00fbfah et avec les gens du hadith, que la foi est parole et \u0153uvre, qu\u2019elle augmente et diminue ; il honorait les compagnons dans leur ordre et disait de ceux qui les insultaient qu\u2019ils voulaient atteindre le Proph\u00e8te \ufdfa \u00e0 travers eux \u2014 et le dossier des sectes a cit\u00e9 sa lecture du verset de la sourate Al-Fath. Il fuyait le kal\u00e2m et interdisait de fr\u00e9quenter ses gens. Il aimait les gens de science et r\u00e9prouvait les z\u00e9lateurs : interrog\u00e9 sur Ab\u00fb Han\u00eefah, il dit ce que le dossier pr\u00e9c\u00e9dent a rapport\u00e9 ; interrog\u00e9 sur les divergences des savants, il dit qu\u2019elles sont une largesse, pourvu que chacun ait sa preuve. Et il avait sur lui-m\u00eame le jugement que l\u2019on a vu : tout homme voit ses paroles accept\u00e9es et rejet\u00e9es, disait-il en d\u00e9signant la tombe du Proph\u00e8te \ufdfa, sauf le ma\u00eetre de cette tombe. Un homme qui tient ce discours ne fonde pas une \u00e9cole pour qu\u2019on le suive : il la fonde pour qu\u2019on suive, par elle, ce qu\u2019il suivait.<\/p>\n<p>Une question que le lecteur maghr\u00e9bin se pose souvent trouve ici sa place : si M\u00e2lik fut un homme des anciens, refusant le kal\u00e2m et affirmant les attributs sans d\u00e9tour, pourquoi le Maghreb malikite professe-t-il, depuis des si\u00e8cles, la th\u00e9ologie ash\u2019arite ? La r\u00e9ponse est historique, et le dossier des cultures l\u2019a pr\u00e9par\u00e9e. Le credo de M\u00e2lik, celui de la Ris\u00e2lah d\u2019Ibn Ab\u00ee Zayd \u2014 qui affirme, dans son premier chapitre, qu\u2019Allah est sur Son Tr\u00f4ne au-dessus des cieux, que le Coran est incr\u00e9\u00e9, et que les croyants verront leur Seigneur \u2014 et celui des premiers malikites d\u2019Ifr\u00eeqiyah et d\u2019Andalousie fut le credo des gens du hadith, sans kal\u00e2m ; les savants l\u2019appellent athari. L\u2019ash\u2019arisme entra au Maghreb par les \u00e9l\u00e8ves d\u2019al-B\u00e2qill\u00e2n\u00ee au cinqui\u00e8me si\u00e8cle, se r\u00e9pandit par les \u00e9coles, et fut impos\u00e9 comme doctrine d\u2019\u00c9tat par les Almohades au sixi\u00e8me si\u00e8cle, dont le fondateur Ibn T\u00fbmart avait \u00e9tudi\u00e9 \u00e0 Bagdad la th\u00e9ologie de l\u2019\u00e9cole ; apr\u00e8s quoi les manuels \u2014 les San\u00fbsiyyah, puis le premier chapitre d\u2019Ibn \u2019\u00c2shir \u2014 enseign\u00e8rent le credo selon la pr\u00e9sentation ash\u2019arite, et le Maghreb devint, dans la formule consacr\u00e9e, \u00ab malikite en fiqh, ash\u2019arite en credo \u00bb. Le lecteur retiendra deux choses : que cette association est historique et non n\u00e9cessaire \u2014 M\u00e2lik ne fut pas ash\u2019arite, et Ibn Ab\u00ee Zayd non plus \u2014, et que les malikites des deux tendances ont v\u00e9cu ensemble, pri\u00e9 ensemble et enseign\u00e9 dans les m\u00eames mosqu\u00e9es, comme le dossier des cultures l\u2019a dit de l\u2019ash\u2019arisme en g\u00e9n\u00e9ral : une \u00e9cole de fiqh n\u2019est pas une \u00e9cole de credo, et l\u2019on peut suivre M\u00e2lik dans la pri\u00e8re et les anciens dans les attributs \u2014 c\u2019est m\u00eame, \u00e0 la lettre, ce que fit M\u00e2lik.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Deux phrases pour la voie des anciens \u2014 l\u2019innovation pr\u00e9tend que le message fut trahi ; la fin sera r\u00e9form\u00e9e par ce qui r\u00e9forma le commencement \u2014 ; un credo de M\u00e9dine : attributs sans comment, Coran incr\u00e9\u00e9, foi parole et \u0153uvre, compagnons honor\u00e9s, kal\u00e2m fui.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h2 class=\"section-partie\">Troisi\u00e8me partie \u2014 Les caract\u00e9ristiques de l\u2019\u00e9cole malikite<\/h2>\n<h3>8. Les sources : la plus riche des hi\u00e9rarchies<\/h3>\n<p>L\u2019\u00e9cole de M\u00e2lik a la particularit\u00e9 d\u2019avoir le plus grand nombre de sources reconnues \u2014 al-Qar\u00e2f\u00ee, au septi\u00e8me si\u00e8cle, en compte seize en distinguant, dans le Coran et la Sunnah, ce qui est \u00e9nonc\u00e9, ce qui est apparent, ce qui est impliqu\u00e9 et ce qui est sous-entendu \u2014, et cette richesse n\u2019est pas un d\u00e9sordre : elle est la marque d\u2019un droit qui a voulu rendre compte de tout ce que la pratique des compagnons et de M\u00e9dine avait mis en \u0153uvre. Le Coran et la Sunnah d\u2019abord, comme pour tous, avec deux traits propres : M\u00e2lik re\u00e7oit le hadith mursal lorsque le t\u00e2bi\u2019\u00ee est fiable \u2014 le Muwatta\u2019 en contient plus de deux cents \u2014, et il re\u00e7oit le hadith isol\u00e9, mais le fait c\u00e9der devant la pratique transmise de M\u00e9dine lorsque les deux se contredisent, pour la raison que la section deux a expos\u00e9e. Le consensus ensuite, et, en son sein, la pratique de M\u00e9dine. Puis la parole du compagnon, tenue pour preuve lorsqu\u2019elle n\u2019est pas contredite \u2014 car un homme qui a vu le Proph\u00e8te \ufdfa ne parle pas au hasard. Puis l\u2019analogie, comme \u00e0 K\u00fbfah, mais avec une r\u00e9serve : M\u00e2lik pr\u00e9f\u00e8re le texte, la pratique et l\u2019athar \u00e0 l\u2019analogie, et il n\u2019y recourt qu\u2019\u00e0 d\u00e9faut. Puis les instruments qui font l\u2019originalit\u00e9 de l\u2019\u00e9cole et que les sections suivantes d\u00e9tailleront : l\u2019int\u00e9r\u00eat non text\u00e9, la fermeture des voies, la coutume, la pr\u00e9somption de continuit\u00e9, la pr\u00e9f\u00e9rence, et \u2014 trait que nul autre madhhab n\u2019a pouss\u00e9 si loin \u2014 l\u2019\u00e9gard pour la divergence, mur\u00e2\u2019\u00e2t al-khil\u00e2f, qui consiste \u00e0 tenir compte de l\u2019avis d\u2019une autre \u00e9cole lorsqu\u2019un acte a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 accompli selon lui. Le lecteur mesure ce que repr\u00e9sente cette liste : un droit qui a le hadith pour socle, la pratique pour garantie, et pour ouverture tous les instruments par lesquels la Loi rejoint la vie.<\/p>\n<p>Deux traits de cette hi\u00e9rarchie m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre compar\u00e9s \u00e0 K\u00fbfah, pour que le lecteur mesure ce qui s\u00e9pare les deux \u00e9coles. Le premier : M\u00e2lik pr\u00e9f\u00e8re le rapport isol\u00e9 \u00e0 l\u2019analogie \u2014 lorsqu\u2019un hadith isol\u00e9 authentique existe, il l\u2019emporte sur le raisonnement \u2014, l\u00e0 o\u00f9 Ab\u00fb Han\u00eefah soumettait le rapport isol\u00e9 \u00e0 des conditions plus strictes ; c\u2019est pourquoi le fiqh malikite est plus riche en hadiths, et le fiqh hanafite plus riche en analogies. Le second : M\u00e2lik re\u00e7oit la pr\u00e9f\u00e9rence \u2014 l\u2019istihs\u00e2n \u2014 et en a fait un usage que ses \u00e9l\u00e8ves ont rapport\u00e9 avec une formule c\u00e9l\u00e8bre : l\u2019istihs\u00e2n, disait-il, est les neuf dixi\u00e8mes de la science ; mais l\u2019istihs\u00e2n de M\u00e2lik n\u2019est pas celui de K\u00fbfah \u2014 il d\u00e9signe le fait de laisser une analogie stricte pour une r\u00e8gle plus large tir\u00e9e de l\u2019int\u00e9r\u00eat ou de la coutume, et il rejoint l\u2019int\u00e9r\u00eat non text\u00e9 plus qu\u2019il ne rejoint la pr\u00e9f\u00e9rence hanafite fond\u00e9e sur un texte. Ajoutons enfin que l\u2019\u00e9cole re\u00e7oit la coutume \u2014 \u2019urf \u2014 avec une ampleur qui fera, des si\u00e8cles plus tard, la pratique de F\u00e8s : les juges du Maghreb, sur le mod\u00e8le de la pratique de M\u00e9dine, tinrent compte de la pratique \u00e9tablie de leur ville \u2014 l\u2019amal F\u00e2s\u00ee \u2014 pour interpr\u00e9ter les contrats, les dots et les usages, et Ibn \u2019\u00c2sim en fixa les r\u00e8gles dans sa Tuhfat al-hukk\u00e2m, po\u00e8me de droit judiciaire que tout juge malikite du Maghreb apprenait ; le principe m\u00e9dinois devint ainsi une m\u00e9thode g\u00e9n\u00e9rale : la pratique \u00e9tablie d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 musulmane \u00e9claire la loi, tant qu\u2019elle ne la contredit pas.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Seize sources chez al-Qar\u00e2f\u00ee : Coran et Sunnah avec le mursal re\u00e7u, la pratique de M\u00e9dine, la parole du compagnon, l\u2019analogie \u00e0 d\u00e9faut, puis l\u2019int\u00e9r\u00eat, la fermeture des voies, la coutume, la pr\u00e9somption, la pr\u00e9f\u00e9rence et l\u2019\u00e9gard pour la divergence.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>9. Les instruments propres : l\u2019int\u00e9r\u00eat, la fermeture des voies, l\u2019\u00e9gard pour la divergence<\/h3>\n<p>Trois instruments font le g\u00e9nie de l\u2019\u00e9cole, et chacun m\u00e9rite son exemple. L\u2019int\u00e9r\u00eat non text\u00e9 \u2014 al-maslahah al-mursalah \u2014 d\u2019abord : il s\u2019agit de tenir compte d\u2019un bien ou d\u2019un dommage que les textes n\u2019ont ni prescrit ni interdit express\u00e9ment, mais qui entre dans les finalit\u00e9s de la Loi \u2014 pr\u00e9server la religion, la vie, la raison, la descendance et les biens. Les compagnons l\u2019ont pratiqu\u00e9 avant qu\u2019on le nomme : la collecte du Coran en un volume, que nul texte n\u2019ordonnait et que \u2019Umar imposa \u00e0 Ab\u00fb Bakr par l\u2019int\u00e9r\u00eat de la religion ; la frappe d\u2019une monnaie musulmane, l\u2019\u00e9tablissement de registres, la prison comme peine \u2014 autant d\u2019institutions sans texte que la Ummah re\u00e7ut parce qu\u2019elles servaient la Loi. Ash-Sh\u00e2tib\u00ee, le grand malikite de Grenade, en a fix\u00e9 les conditions dans les Muw\u00e2faq\u00e2t : que l\u2019int\u00e9r\u00eat soit conforme aux finalit\u00e9s de la Loi, qu\u2019il soit rationnel et non imaginaire, qu\u2019il porte sur une chose g\u00e9n\u00e9rale et non sur un cas particulier, et qu\u2019il ne contredise aucun texte. C\u2019est cet instrument qui fera de l\u2019\u00e9cole malikite, aux septi\u00e8me et huiti\u00e8me si\u00e8cles, la m\u00e8re de la science des finalit\u00e9s \u2014 les maq\u00e2sid \u2014 dont le dossier seize parlera, et qui la rend, aujourd\u2019hui, la plus sollicit\u00e9e pour les questions nouvelles. La fermeture des voies \u2014 sadd adh-dhar\u00e2\u2019i\u2019 \u2014 ensuite : interdire ce qui, licite en soi, conduit habituellement \u00e0 l\u2019illicite. L\u2019exemple proph\u00e9tique est c\u00e9l\u00e8bre : le Proph\u00e8te \ufdfa refusa d\u2019ex\u00e9cuter les hypocrites dont il connaissait la trahison, \u00ab de peur que les gens ne disent que Muhammad tue ses compagnons \u00bb (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 4905) \u2014 un acte licite \u00e9cart\u00e9 parce qu\u2019il ouvrait la voie \u00e0 un mal plus grand ; et l\u2019exemple juridique est la vente dite \u2019\u00eenah, o\u00f9 l\u2019on vend un bien \u00e0 cr\u00e9dit pour le racheter aussit\u00f4t comptant \u00e0 moindre prix : chaque vente est licite, l\u2019ensemble est un pr\u00eat \u00e0 int\u00e9r\u00eat d\u00e9guis\u00e9, et M\u00e2lik l\u2019interdit \u2014 l\u00e0 o\u00f9 d\u2019autres \u00e9coles, jugeant la forme, l\u2019admirent. L\u2019\u00e9gard pour la divergence, enfin, instrument d\u2019une finesse rare : lorsqu\u2019un acte a \u00e9t\u00e9 accompli selon l\u2019avis d\u2019une autre \u00e9cole \u2014 un mariage sans tuteur conclu par un hanafite, par exemple \u2014, le malikite, qui le tenait pour invalide avant sa conclusion, en tire les cons\u00e9quences comme s\u2019il \u00e9tait valide une fois conclu, parce que le contraire ruinerait des situations \u00e9tablies de bonne foi. Un droit qui tient compte des autres droits dans ses propres jugements est un droit qui a compris ce que sont les \u00e9coles.<\/p>\n<p>Quelques exemples de plus, car ces instruments deviennent clairs \u00e0 l\u2019usage. La fermeture des voies interdit au malikite de vendre du raisin \u00e0 un homme dont il sait qu\u2019il en fera du vin, et des armes en temps de s\u00e9dition \u00e0 qui les emploiera dans la s\u00e9dition \u2014 ventes licites en elles-m\u00eames, ferm\u00e9es \u00e0 cause de ce qu\u2019elles ouvrent ; elle interdit le mariage conclu pour rendre une femme licite \u00e0 son premier mari, que le Proph\u00e8te \ufdfa a maudit ; et elle fonde, dans le fiqh moderne, l\u2019interdiction de bien des montages financiers dont chaque pi\u00e8ce est permise et dont l\u2019ensemble est de l\u2019usure. L\u2019int\u00e9r\u00eat non text\u00e9 fonde aujourd\u2019hui, chez les juristes de toutes les \u00e9coles, la r\u00e9glementation de la circulation, les pi\u00e8ces d\u2019identit\u00e9, les registres d\u2019\u00e9tat civil, les r\u00e8gles d\u2019hygi\u00e8ne publique \u2014 institutions sans texte que la Loi ne mentionne pas et que ses finalit\u00e9s commandent. Et l\u2019\u00e9gard pour la divergence, que l\u2019\u00e9cole seule a syst\u00e9matis\u00e9, a un pendant que le lecteur rencontrera dans les livres : le malikite ne prend pas l\u2019avis d\u2019une autre \u00e9cole pour lui-m\u00eame lorsqu\u2019il a le choix, mais il en respecte les cons\u00e9quences chez qui l\u2019a suivi ; c\u2019est ce qui a permis, dans les villes o\u00f9 quatre \u00e9coles vivaient c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, que les mariages, les h\u00e9ritages et les contrats des uns fussent reconnus par les juges des autres. Un instrument de paix civile n\u00e9 dans les livres de fiqh.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> L\u2019int\u00e9r\u00eat non text\u00e9, pratiqu\u00e9 par les compagnons et conditionn\u00e9 par ash-Sh\u00e2tib\u00ee ; la fermeture des voies, dont le mod\u00e8le est le refus du Proph\u00e8te \ufdfa d\u2019ex\u00e9cuter les hypocrites ; l\u2019\u00e9gard pour la divergence, qui tient compte des autres \u00e9coles : trois instruments d\u2019un droit qui rejoint la vie.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>10. Les traits concrets du fiqh malikite<\/h3>\n<p>Le lecteur reconna\u00eetra l\u2019\u00e9cole \u00e0 quelques traits qu\u2019il voit chaque jour, et il faut en donner les preuves, car c\u2019est l\u00e0 que se joue la question \u00ab qui a raison \u00bb. Dans la pri\u00e8re, le malikite laisse ses bras ballants \u2014 le sadl \u2014 dans les pri\u00e8res obligatoires, tandis que les autres \u00e9coles croisent les mains ; l\u2019origine en est la Mudawwanah, o\u00f9 Ibn al-Q\u00e2sim rapporte que M\u00e2lik d\u00e9sapprouvait le croisement dans la pri\u00e8re obligatoire et l\u2019admettait dans les sur\u00e9rogatoires longues \u2014 d\u00e9sapprobation que les ma\u00eetres de l\u2019\u00e9cole ont expliqu\u00e9e par la crainte que l\u2019on s\u2019appuie sur soi-m\u00eame ou que l\u2019on croie le geste obligatoire ; mais le Muwatta\u2019 lui-m\u00eame contient le hadith du croisement des mains (Muwatta\u2019, livre de la pri\u00e8re), M\u00e2lik l\u2019a transmis, et une autre transmission de M\u00e2lik, par Mutarrif et Ibn al-M\u00e2jish\u00fbn, rapporte qu\u2019il l\u2019admettait sans r\u00e9serve \u2014 si bien qu\u2019Ibn \u2019Abd al-Barr, le plus grand malikite d\u2019Andalousie, \u00e9crivit qu\u2019il n\u2019y a pas de divergence entre les compagnons sur le croisement et que c\u2019est la position juste, et que des ma\u00eetres de l\u2019\u00e9cole, jusqu\u2019\u00e0 nos jours, croisent les mains. Le lecteur tiendra donc le sadl pour ce qu\u2019il est : la pratique re\u00e7ue de l\u2019\u00e9cole, fond\u00e9e sur une transmission de M\u00e2lik, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une autre transmission du m\u00eame M\u00e2lik que d\u2019autres malikites ont suivie \u2014 et non pour un m\u00e9pris de la Sunnah, puisque la Sunnah du croisement est dans le Muwatta\u2019 m\u00eame. Dans la pri\u00e8re encore, le malikite ne dit pas la basmalah avant la F\u00e2tiha \u2014 sur la pratique de M\u00e9dine et sur le hadith d\u2019Anas rapportant que le Proph\u00e8te \ufdfa, Ab\u00fb Bakr et \u2019Umar commen\u00e7aient par la louange (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 743) \u2014, il prononce le qun\u00fbt dans la pri\u00e8re de l\u2019aube, et il ne tient pas le witr pour obligatoire. Dans la purification, il tient, contre les autres \u00e9coles, que tout animal vivant est pur \u2014 le chien compris \u2014 et que l\u2019ordre de laver sept fois le r\u00e9cipient o\u00f9 le chien a lap\u00e9 (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 172) est un acte d\u2019adoration dont on ne cherche pas la cause, non la preuve d\u2019une impuret\u00e9 ; le converti fran\u00e7ais qui vit avec un chien trouvera dans son \u00e9cole la position la plus large de l\u2019islam, avec sa preuve. Dans la zak\u00e2t, il n\u2019en pr\u00e9l\u00e8ve pas sur les l\u00e9gumes, par la pratique de M\u00e9dine, ni sur les bijoux port\u00e9s, comme le dossier pr\u00e9c\u00e9dent l\u2019a montr\u00e9. Dans le mariage et le divorce, l\u2019\u00e9cole est la plus attentive de toutes au dommage subi par la femme : elle admet le divorce prononc\u00e9 par le juge pour pr\u00e9judice \u2014 darar \u2014 lorsque le mari maltraite, abandonne ou ne pourvoit pas, sur le hadith \u00ab pas de dommage ni de dommage r\u00e9ciproque \u00bb (rapport\u00e9 par Ibn M\u00e2jah, n\u00b0 2340, et M\u00e2lik dans le Muwatta\u2019 ; jug\u00e9 bon par la r\u00e9union de ses voies), et les codes modernes du Maghreb et de l\u2019\u00c9gypte lui ont emprunt\u00e9 cette r\u00e8gle. Dans les aliments, tout ce qui vient de la mer est licite, sur le verset et le hadith de la mer. Et dans le commerce, l\u2019\u00e9cole est r\u00e9put\u00e9e pour sa rigueur contre les voies d\u00e9tourn\u00e9es de l\u2019usure et sa souplesse dans la consid\u00e9ration de la coutume. Un fiqh de terre et de march\u00e9, de famille et de mosqu\u00e9e, qui tient au texte par la pratique et \u00e0 la vie par l\u2019int\u00e9r\u00eat : voil\u00e0 ce que le Maghreb a re\u00e7u.<\/p>\n<p>Quelques traits encore, que le pratiquant reconna\u00eetra. Dans la pri\u00e8re, le malikite ne l\u00e8ve les mains qu\u2019\u00e0 l\u2019ouverture, comme le hanafite, et s\u2019assied dans la posture dite tawarruk aux deux assises ; il tient la pri\u00e8re de l\u2019aube pour pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 l\u2019aube naissante, et r\u00e9cite \u00e0 voix haute l\u2019ouverture de l\u2019apr\u00e8s-midi en silence. Dans le je\u00fbne, l\u2019\u00e9cole tient qu\u2019une seule intention suffit pour tout le mois de Ramadan \u2014 parce que le je\u00fbne y est un acte continu \u2014, ce qui \u00e9pargne au croyant l\u2019angoisse de l\u2019oubli d\u2019un soir ; et elle fixe la zak\u00e2t de rupture du je\u00fbne en nourriture, un s\u00e2\u2019 de l\u2019aliment du pays. Dans le p\u00e8lerinage, elle pr\u00e9f\u00e8re le p\u00e8lerinage simple, l\u2019ifr\u00e2d, sur la pratique de M\u00e9dine et le hadith de \u2019\u00c2\u2019ishah, l\u00e0 o\u00f9 les hanbalites pr\u00e9f\u00e8rent le tamattu\u2019. Dans les aliments, elle tient pour licites les viandes des gens du Livre selon le verset (Coran 5, 5), avec des conditions que les juristes contemporains discutent ; et elle est s\u00e9v\u00e8re sur tout ce qui enivre, sans la distinction k\u00fbfite du nab\u00eedh. Dans les transactions enfin, l\u2019\u00e9cole a un trait que ses adversaires lui ont reproch\u00e9 et que ses juristes revendiquent : elle tient compte de l\u2019intention suppos\u00e9e des parties \u2014 celui qui vend et rach\u00e8te, celui qui pr\u00eate avec cadeau \u2014 et juge l\u2019ensemble et non la forme, ce qui rend son droit des ventes le plus vigilant contre l\u2019usure, et le moins commode pour ceux qui voudraient la contourner. Le lecteur d\u2019une autre \u00e9cole y verra des choix ; le lecteur de l\u2019\u00e9cole y verra des preuves ; et les deux prieront c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Le sadl fond\u00e9 sur une transmission de M\u00e2lik \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une autre, la F\u00e2tiha sans basmalah, le qun\u00fbt de l\u2019aube, la puret\u00e9 de tout animal vivant, la zak\u00e2t sans l\u00e9gumes, le divorce pour pr\u00e9judice, la mer toute licite : un fiqh reconnaissable, et prouv\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>11. Les \u00e9l\u00e8ves, les livres et la hi\u00e9rarchie du madhhab<\/h3>\n<p>M\u00e2lik avait le Muwatta\u2019 ; son \u00e9cole eut la Mudawwanah, et son histoire m\u00e9rite d\u2019\u00eatre racont\u00e9e, car elle est celle du Maghreb. Asad ibn al-Fur\u00e2t, jeune Ifr\u00eeqiyen qui avait \u00e9tudi\u00e9 le Muwatta\u2019 \u00e0 M\u00e9dine puis le fiqh de K\u00fbfah chez Muhammad ash-Shayb\u00e2n\u00ee, vint en \u00c9gypte trouver Ibn al-Q\u00e2sim, le plus fid\u00e8le \u00e9l\u00e8ve de M\u00e2lik, et lui posa, chapitre apr\u00e8s chapitre, toutes les questions que les K\u00fbfites posaient : que dit M\u00e2lik sur ceci, et sur cela ? Ibn al-Q\u00e2sim r\u00e9pondit selon ce qu\u2019il avait entendu de son ma\u00eetre, et, lorsqu\u2019il ne l\u2019avait pas entendu, selon ce qu\u2019il en d\u00e9duisait \u2014 en le disant. Asad rapporta ses cahiers \u00e0 Kairouan : ce fut l\u2019Asadiyyah. Un autre Ifr\u00eeqiyen, Sahn\u00fbn ibn Sa\u2019\u00eed, la reprit, retourna en \u00c9gypte la lire \u00e0 Ibn al-Q\u00e2sim, qui la corrigea et l\u2019enrichit de hadiths et d\u2019athar, puis la classa et la fixa : ce fut la Mudawwanah, \u00ab la consign\u00e9e \u00bb, que l\u2019\u00e9cole appellera \u00ab la M\u00e8re \u00bb, et dont Sahn\u00fbn, devenu juge de Kairouan, fit le livre de l\u2019Occident. Elle contient les r\u00e9ponses de M\u00e2lik par Ibn al-Q\u00e2sim, avec les preuves, et lorsqu\u2019il y a divergence entre les \u00e9l\u00e8ves de M\u00e2lik, c\u2019est l\u2019avis d\u2019Ibn al-Q\u00e2sim que l\u2019\u00e9cole pr\u00e9f\u00e8re \u2014 parce qu\u2019il resta vingt ans pr\u00e8s du ma\u00eetre et qu\u2019il ne m\u00eala rien d\u2019autre \u00e0 sa science. Autour de ces deux piliers se rangent les livres des autres \u00e9l\u00e8ves \u2014 le J\u00e2mi\u2019 d\u2019Ibn Wahb, le Mukhtasar d\u2019Ibn \u2019Abd al-Hakam, les recueils d\u2019auditions d\u2019Ashhab et d\u2019Ibn N\u00e2fi\u2019, la W\u00e2dihah d\u2019Ibn Hab\u00eeb, le premier livre d\u2019Andalousie, l\u2019\u2019Utbiyyah d\u2019al-\u2019Utb\u00ee de Cordoue, que le grand-p\u00e8re d\u2019Ibn Rushd commentera dans le Bay\u00e2n \u2014 puis, au quatri\u00e8me si\u00e8cle, l\u2019\u0153uvre qui rassembla tout : les Naw\u00e2dir d\u2019Ibn Ab\u00ee Zayd al-Qayraw\u00e2n\u00ee, \u00ab le petit M\u00e2lik \u00bb, mort en trois cent quatre-vingt-six, et sa Ris\u00e2lah, le manuel de croyance et de pratique \u00e9crit pour les enfants de Kairouan, que tout le Maghreb apprend encore et que le lecteur francophone poss\u00e8de en traduction. Puis vinrent les ma\u00eetres : \u00e0 Bagdad, le juge \u2019Abd al-Wahh\u00e2b, mort en quatre cent vingt-deux, qui donna \u00e0 l\u2019\u00e9cole ses fondements du droit, et l\u2019\u00e9cole irakienne du malikisme, plus raisonneuse ; en Andalousie, Ibn \u2019Abd al-Barr, al-B\u00e2j\u00ee, le grand-p\u00e8re Ibn Rushd avec ses Muqaddim\u00e2t, Ab\u00fb Bakr ibn al-\u2019Arab\u00ee, le juge \u2019Iy\u00e2d de Ceuta \u2014 dont le Tart\u00eeb al-mad\u00e2rik est la biographie de toute l\u2019\u00e9cole et dont le Shif\u00e2 est le livre le plus lu sur la personne du Proph\u00e8te \ufdfa \u2014, le petit-fils Ibn Rushd dont la Bid\u00e2yat al-mujtahid expose les divergences de toutes les \u00e9coles avec leurs causes ; en \u00c9gypte, al-Qar\u00e2f\u00ee, mort en six cent quatre-vingt-quatre, dont la Dhakh\u00eerah et les Fur\u00fbq sont les sommes de la m\u00e9thode ; \u00e0 Grenade, ash-Sh\u00e2tib\u00ee, mort en sept cent quatre-vingt-dix, avec les Muw\u00e2faq\u00e2t et l\u2019I\u2019tis\u00e2m ; et l\u2019homme dont le livre fixa l\u2019\u00e9cole pour les si\u00e8cles suivants : Khal\u00eel ibn Ish\u00e2q, mort en sept cent soixante-seize au Caire, dont le Mukhtasar \u2014 un abr\u00e9g\u00e9 si dense qu\u2019on l\u2019a dit \u00ab \u00e9crit en chiffre \u00bb \u2014 donne en quelques centaines de pages l\u2019avis retenu de l\u2019\u00e9cole sur chaque question, et qui re\u00e7ut plus de soixante commentaires \u2014 al-Maww\u00e2q, al-Hatt\u00e2b, al-Kharash\u00ee, az-Zurq\u00e2n\u00ee, ad-Dard\u00eer et son glossateur ad-Das\u00fbq\u00ee \u2014 jusqu\u2019\u00e0 nos jours.<\/p>\n<p>Comment l\u2019\u00e9cole hi\u00e9rarchise-t-elle ses avis ? Elle distingue le mashh\u00fbr \u2014 l\u2019avis le plus r\u00e9pandu chez ses ma\u00eetres \u2014 du r\u00e2jih \u2014 l\u2019avis le mieux prouv\u00e9 \u2014, et ses juristes ont d\u00e9battu de ce que fait le mufti lorsque les deux diff\u00e8rent ; elle tient l\u2019avis de M\u00e2lik pour premier, puis celui d\u2019Ibn al-Q\u00e2sim, puis ce sur quoi s\u2019accordent les grands \u00e9l\u00e8ves ; et elle a connu des \u00e9coles r\u00e9gionales \u2014 les M\u00e9dinois, les \u00c9gyptiens, les Irakiens, les Ifr\u00eeqiyens, les Andalous \u2014 dont les pr\u00e9f\u00e9rences diff\u00e8rent sur des points de d\u00e9tail, et que les ma\u00eetres tardifs ont r\u00e9unies dans le Mukhtasar de Khal\u00eel. Ce que le dossier pr\u00e9c\u00e9dent a dit du madhhab hanafite vaut ici : cette hi\u00e9rarchie prot\u00e8ge le croyant contre l\u2019avis du jour, et elle est ce qui distingue une \u00e9cole d\u2019une collection d\u2019opinions.<\/p>\n<p>Deux pages de cette histoire m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre ajout\u00e9es, parce qu\u2019elles montrent l\u2019\u00e9cole en d\u00e9bat et en enseignement. Le d\u00e9bat : en Andalousie, au cinqui\u00e8me si\u00e8cle, le malikisme rencontra son adversaire le plus redoutable en la personne d\u2019Ibn Hazm de Cordoue, g\u00e9nie pol\u00e9mique de l\u2019\u00e9cole z\u00e2hirite, qui ne recevait que la lettre des textes et rejetait l\u2019analogie, la pratique de M\u00e9dine et l\u2019int\u00e9r\u00eat comme autant d\u2019inventions humaines ; ses attaques contre M\u00e2lik furent violentes, et c\u2019est al-B\u00e2j\u00ee qui lui r\u00e9pondit \u2014 dans des disputes publiques \u00e0 Majorque rest\u00e9es c\u00e9l\u00e8bres, puis dans ses livres \u2014, montrant que la Loi ne se r\u00e9duit pas \u00e0 sa lettre et que la pratique des compagnons est une preuve ; le d\u00e9bat fit progresser l\u2019\u00e9cole, qui dut, contre Ibn Hazm, expliciter ses fondements \u2014 d\u2019o\u00f9 les trait\u00e9s d\u2019al-B\u00e2j\u00ee et, plus tard, d\u2019al-Qar\u00e2f\u00ee. L\u2019enseignement : au-del\u00e0 des grandes villes, le malikisme se transmit dans une institution que nul autre madhhab n\u2019a connue sous cette forme \u2014 la mahdarah du d\u00e9sert mauritanien, \u00e9cole nomade sous la tente o\u00f9 le ma\u00eetre enseigne le Coran, la langue, la Ris\u00e2lah puis Khal\u00eel \u00e0 des \u00e9l\u00e8ves qui apprennent par c\u0153ur, des ann\u00e9es durant, dans le pays de Shinq\u00eet ; ces \u00e9coles ont produit, du huiti\u00e8me si\u00e8cle au vingti\u00e8me, des savants qui enseign\u00e8rent jusqu\u2019\u00e0 M\u00e9dine et au Caire, et elles vivent encore. Le Mukhtasar de Khal\u00eel, dont un vers c\u00e9l\u00e8bre dit qu\u2019il est \u00ab ce que l\u2019on emporte sous la tente \u00bb, est le livre de ces \u00e9coles \u2014 et le fait qu\u2019un texte du Caire du huiti\u00e8me si\u00e8cle soit r\u00e9cit\u00e9 de m\u00e9moire dans le Sahara du vingt-et-uni\u00e8me dit mieux que tout ce qu\u2019est une transmission.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Le Muwatta\u2019 et la Mudawwanah \u2014 n\u00e9e des questions d\u2019Asad et fix\u00e9e par Sahn\u00fbn avec Ibn al-Q\u00e2sim \u2014, puis les Naw\u00e2dir et la Ris\u00e2lah d\u2019Ibn Ab\u00ee Zayd, les ma\u00eetres d\u2019Andalousie et d\u2019\u00c9gypte, ash-Sh\u00e2tib\u00ee et Khal\u00eel : une \u00e9cole qui hi\u00e9rarchise ses avis par le mashh\u00fbr et le r\u00e2jih.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>12. La propagation : de Kairouan \u00e0 Tombouctou<\/h3>\n<p>L\u2019\u00e9cole de M\u00e9dine devint celle de l\u2019Occident, et il faut dire par quelles voies, car elles diff\u00e8rent de celles du hanafisme : non la judicature d\u2019un empire, mais le voyage des \u00e9tudiants, le choix des princes et la r\u00e9sistance des peuples. L\u2019\u00c9gypte d\u2019abord, o\u00f9 Ibn al-Q\u00e2sim, Ibn Wahb et Ashhab enseign\u00e8rent, et o\u00f9 l\u2019\u00e9cole resta l\u2019une des deux dominantes jusqu\u2019aux Fatimides. L\u2019Ifr\u00eeqiyah ensuite, o\u00f9 le dossier pr\u00e9c\u00e9dent a laiss\u00e9 le Kairouan des Aghlabides partag\u00e9 entre hanafites et malikites : la victoire vint avec Sahn\u00fbn, juge de Kairouan en deux cent trente-quatre, dont la Mudawwanah et les \u00e9l\u00e8ves \u2014 des centaines \u2014 firent de l\u2019Ifr\u00eeqiyah la citadelle de l\u2019\u00e9cole. Cette citadelle fut assi\u00e9g\u00e9e : lorsque les Fatimides isma\u00e9liens prirent Kairouan au d\u00e9but du quatri\u00e8me si\u00e8cle, ils tent\u00e8rent d\u2019imposer leur doctrine, et les malikites r\u00e9sist\u00e8rent \u2014 enseignement clandestin, refus des juges, martyrs, r\u00e9volte d\u2019Ab\u00fb Yaz\u00eed \u2014, jusqu\u2019\u00e0 ce que les Zirides, puis leur \u00e9mir al-Mu\u2019izz ibn B\u00e2d\u00ees au cinqui\u00e8me si\u00e8cle, rompent avec le Caire et restaurent officiellement le malikisme ; Ibn Ab\u00ee Zayd \u00e9crivit dans cette \u00e9preuve, et sa Ris\u00e2lah, qui commence par le credo, est aussi une profession de foi contre l\u2019isma\u00e9lisme. L\u2019Andalousie enfin : le Muwatta\u2019 y fut port\u00e9 par Ziy\u00e2d Shabt\u00fbn et Yahy\u00e2 al-Layth\u00ee, et l\u2019\u00e9mir umayyade Hish\u00e2m Ier, \u00e0 la fin du deuxi\u00e8me si\u00e8cle, choisit l\u2019\u00e9cole de M\u00e2lik pour son \u00c9tat \u2014 parce que, dit-on, elle \u00e9tait celle de la ville du Proph\u00e8te \ufdfa, et parce que ses juristes \u00e9taient l\u00e0 ; Ibn Hab\u00eeb, Ibn \u2019Abd al-Barr, al-B\u00e2j\u00ee, Ibn Rushd, \u2019Iy\u00e2d et ash-Sh\u00e2tib\u00ee firent le reste, et l\u2019Andalousie donna \u00e0 l\u2019\u00e9cole ses plus grands livres. Du Maghreb, l\u2019\u00e9cole descendit avec les Almoravides \u2014 dont l\u2019\u00c9tat, au cinqui\u00e8me si\u00e8cle, fut celui des juristes de la Mudawwanah \u2014 vers le Sahara et le Soudan : Tombouctou, Djenn\u00e9, Gao, Kano, o\u00f9 Ahmad B\u00e2b\u00e2 et les savants de Sankor\u00e9 enseign\u00e8rent Khal\u00eel ; les Almohades, au sixi\u00e8me si\u00e8cle, voulurent revenir aux textes contre les livres de fur\u00fb\u2019 et firent br\u00fbler des exemplaires de la Mudawwanah \u2014 l\u2019\u00e9cole leur surv\u00e9cut, et les M\u00e9rinides, les Hafsides et les Sa\u2019diens la r\u00e9tablirent. Aujourd\u2019hui, le malikisme est l\u2019\u00e9cole de la Mauritanie, du Maroc, de l\u2019Alg\u00e9rie, de la Tunisie, de la Libye, du S\u00e9n\u00e9gal, du Mali, du Niger, du Tchad, du Soudan, du Nig\u00e9ria du Nord, de la Haute-\u00c9gypte, du Kowe\u00eft et de Bahre\u00efn pour une part, et des \u00c9mirats ; et il est, par la majorit\u00e9 maghr\u00e9bine et ouest-africaine des musulmans de France, l\u2019\u00e9cole de la plupart des mosqu\u00e9es o\u00f9 le lecteur de ces lignes a pri\u00e9. Lorsqu\u2019un enfant apprend \u00e0 Nantes ou \u00e0 Marseille le Murshid al-mu\u2019\u00een d\u2019Ibn \u2019\u00c2shir, il r\u00e9cite un cat\u00e9chisme compos\u00e9 \u00e0 F\u00e8s au onzi\u00e8me si\u00e8cle de l\u2019h\u00e9gire, dans la ligne de Khal\u00eel, d\u2019Ibn Ab\u00ee Zayd, de Sahn\u00fbn, d\u2019Ibn al-Q\u00e2sim et de M\u00e2lik.<\/p>\n<p>Quatre institutions ont port\u00e9 cette propagation, et le lecteur les conna\u00eet peut-\u00eatre sans savoir qu\u2019elles sont malikites. La Zayt\u00fbnah de Tunis et la Qarawiyy\u00een de F\u00e8s \u2014 fond\u00e9e en deux cent quarante-cinq par F\u00e2timah al-Fihriyyah, une femme de Kairouan \u2014, les deux plus anciennes universit\u00e9s du monde musulman occidental, enseignent le fiqh de M\u00e2lik depuis leur fondation. Les madrasas de Tombouctou et de Sankor\u00e9, dont les manuscrits, sauv\u00e9s par leurs gardiens, comptent des dizaines de milliers de volumes de fiqh malikite. Et, \u00e0 l\u2019\u00e9poque ottomane, une institution qui dit la coexistence des \u00e9coles : \u00e0 Tunis et \u00e0 Alger, deux muftis si\u00e9geaient c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te \u2014 le hanafite, \u00e9cole de l\u2019\u00c9tat ottoman, et le malikite, \u00e9cole du peuple \u2014, et les mosqu\u00e9es se distinguaient par leurs minarets, octogonaux pour les uns, carr\u00e9s pour les autres ; le voyageur qui regarde les minarets de Tunis lit encore, dans la pierre, l\u2019histoire des deux madhhabs. Enfin, lorsque le Maroc ind\u00e9pendant codifia son droit de la famille en mil neuf cent cinquante-sept, puis le r\u00e9forma en deux mille quatre, il nomma son code la Mudawwanah \u2014 le nom m\u00eame du livre de Sahn\u00fbn \u2014, et l\u2019essentiel de ses r\u00e8gles, comme celles des codes tunisien et alg\u00e9rien, fut tir\u00e9 du fiqh malikite, avec les instruments que ce dossier a d\u00e9crits : le divorce pour pr\u00e9judice, l\u2019int\u00e9r\u00eat, la coutume. L\u2019\u00e9cole de M\u00e2lik est un droit vivant dans des \u00c9tats vivants.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Par les \u00e9tudiants, les princes et les peuples \u2014 Sahn\u00fbn \u00e0 Kairouan, Hish\u00e2m en Andalousie, les Almoravides au Sahara \u2014, l\u2019\u00e9cole de M\u00e9dine devint celle du Maghreb, de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest et, par eux, des mosqu\u00e9es de France ; elle r\u00e9sista aux Fatimides et surv\u00e9cut aux Almohades.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>13. Trois cas concrets : comment l\u2019\u00e9cole tranche<\/h3>\n<p>Trois cas montreront l\u2019\u00e9cole au travail, et le premier est celui que ses adversaires lui opposent depuis douze si\u00e8cles : l\u2019option de s\u00e9ance. Un hadith authentique dit que l\u2019acheteur et le vendeur ont le droit de se r\u00e9tracter tant qu\u2019ils ne se sont pas s\u00e9par\u00e9s (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 2109 ; Sah\u00eeh Muslim, n\u00b0 1531) ; M\u00e2lik l\u2019a transmis dans son Muwatta\u2019, et il a jug\u00e9 contre lui \u2014 il ajoute, apr\u00e8s l\u2019avoir rapport\u00e9 : et ceci n\u2019a pas chez nous de limite connue ni d\u2019usage \u00e9tabli \u2014 parce que la pratique de M\u00e9dine ne connaissait pas cette option et que le contrat, chez ses gens, se concluait par la parole. Ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee, son \u00e9l\u00e8ve, l\u2019en reprit s\u00e9v\u00e8rement, et beaucoup de savants apr\u00e8s lui ; et l\u2019\u00e9cole a r\u00e9pondu de deux mani\u00e8res \u2014 que la pratique transmise l\u2019emporte sur le rapport isol\u00e9, selon la th\u00e9orie de la preuve expos\u00e9e \u00e0 la section deux, et que \u00ab se s\u00e9parer \u00bb peut s\u2019entendre de la s\u00e9paration des paroles, l\u2019offre et l\u2019acceptation \u2014 ; le lecteur p\u00e8sera, et il saura que la position de la majorit\u00e9 des savants est celle du hadith, et que des malikites l\u2019ont suivie. Le second cas est celui de la zak\u00e2t sur les produits de la terre : Ab\u00fb Han\u00eefah la pr\u00e9l\u00e8ve sur tout ce que la terre produit, l\u00e9gumes compris, par la g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 du verset (Coran 6, 141) ; M\u00e2lik ne la pr\u00e9l\u00e8ve que sur les grains et les fruits que l\u2019on stocke \u2014 le bl\u00e9, l\u2019orge, les dattes, les raisins secs \u2014, par la pratique de M\u00e9dine, o\u00f9 les jardins de l\u00e9gumes \u00e9taient nombreux et n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 impos\u00e9s, et par le hadith limitant la zak\u00e2t aux quatre denr\u00e9es (rapport\u00e9 par al-H\u00e2kim et ad-D\u00e2raqutn\u00ee ; discut\u00e9) ; ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee et Ahmad tiennent le milieu. Le troisi\u00e8me cas est celui du chien : nous l\u2019avons vu, M\u00e2lik tient l\u2019animal pour pur et le lavage septuple pour un acte d\u2019adoration \u2014 parce que le Coran permet de manger le gibier que le chien de chasse rapporte dans sa gueule (Coran 5, 4) sans ordonner de le laver, ce qui serait impossible si sa salive \u00e9tait impure. Trois cas, trois preuves, et le lecteur voit ce qu\u2019est une \u00e9cole : non un lieu o\u00f9 l\u2019on a toujours raison, mais un lieu o\u00f9 l\u2019on a toujours une raison.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> L\u2019option de s\u00e9ance jug\u00e9e contre le hadith par la pratique \u2014 et reprise par ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee \u2014, la zak\u00e2t limit\u00e9e aux denr\u00e9es stock\u00e9es, le chien pur par le verset du gibier : trois cas o\u00f9 l\u2019\u00e9cole a toujours une raison, non toujours raison.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>14. Guide pratique : apprendre le malikisme en France<\/h3>\n<p>Le lecteur francophone qui veut apprendre l\u2019\u00e9cole de ses parents ou de sa mosqu\u00e9e dispose d\u2019un chemin balis\u00e9 depuis mille ans, et il suffit de le lui indiquer. On commence par la croyance et la pratique ensemble, dans le Murshid al-mu\u2019\u00een d\u2019Ibn \u2019\u00c2shir \u2014 le \u00ab guide secourable \u00bb, po\u00e8me de trois cents vers compos\u00e9 \u00e0 F\u00e8s au onzi\u00e8me si\u00e8cle de l\u2019h\u00e9gire, qui enseigne le credo des anciens selon la pr\u00e9sentation ash\u2019arite, les r\u00e8gles de la purification, de la pri\u00e8re, du je\u00fbne et du p\u00e8lerinage, et les rudiments de la purification de l\u2019\u00e2me ; il est traduit et comment\u00e9 en fran\u00e7ais, et des enfants le r\u00e9citent dans toutes les mosqu\u00e9es du Maghreb. On continue par la Ris\u00e2lah d\u2019Ibn Ab\u00ee Zayd, dont le premier chapitre est le credo de l\u2019\u00e9cole \u2014 celui des gens du hadith, sans kal\u00e2m \u2014 et dont le reste couvre tout le culte et l\u2019essentiel du droit ; elle est traduite, et plusieurs commentaires modernes l\u2019expliquent. Pour la pri\u00e8re seule, le Mukhtasar d\u2019al-Akhdar\u00ee, petit livre du Sahara \u00e9crit pour les d\u00e9butants, est le plus court des manuels. Puis vient Khal\u00eel, avec un commentaire \u2014 celui d\u2019ad-Dard\u00eer, Aqrab al-mas\u00e2lik, est le plus accessible \u2014, pour qui veut aller au fond ; et, pour les preuves, le Muwatta\u2019 avec le Tamh\u00eed ou l\u2019Istidhk\u00e2r d\u2019Ibn \u2019Abd al-Barr, et la Bid\u00e2yat al-mujtahid d\u2019Ibn Rushd, qui donne pour chaque question l\u2019avis des quatre \u00e9coles et la cause de leur d\u00e9saccord \u2014 le meilleur livre pour cesser d\u2019\u00eatre fanatique. Cinq conseils, enfin, que les ma\u00eetres de l\u2019\u00e9cole ont donn\u00e9s avant nous. Apprendre l\u2019adab avant la science, comme la m\u00e8re de M\u00e2lik. Ne pas croire que son \u00e9cole est la religion, comme M\u00e2lik qui refusa d\u2019imposer son livre. Suivre l\u2019\u00e9cole de sa mosqu\u00e9e et de sa terre, et ne pas chercher dans les autres ce qui arrange. Lire les preuves quand on le peut, et savoir dire \u00ab je ne sais pas \u00bb. Et aimer les autres imams comme M\u00e2lik les aima \u2014 car un malikite qui m\u00e9dit d\u2019Ab\u00fb Han\u00eefah ou d\u2019ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee ne suit pas M\u00e2lik : il le contredit.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Ibn \u2019\u00c2shir pour commencer, la Ris\u00e2lah pour tout le culte, al-Akhdar\u00ee pour la pri\u00e8re, Khal\u00eel et ad-Dard\u00eer pour aller au fond, Ibn \u2019Abd al-Barr et Ibn Rushd pour les preuves \u2014 et l\u2019adab avant la science, comme la m\u00e8re de M\u00e2lik.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h2 class=\"section-partie\">Quatri\u00e8me partie \u2014 Objections et questions r\u00e9currentes<\/h2>\n<p>Voici, rassembl\u00e9es \u00e0 la fin comme dans les dossiers pr\u00e9c\u00e9dents, les objections et les questions qui reviennent le plus souvent sur M\u00e2lik, son \u00e9cole et le malikisme du Maghreb \u2014 celles des pol\u00e9mistes, celles des musulmans d\u2019autres \u00e9coles, et celles du lecteur fran\u00e7ais qui se demande ce qu\u2019il en fait.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab M\u00e2lik rejetait des hadiths authentiques au profit de la pratique de M\u00e9dine. \u00bb<\/h3>\n<p>Il les recevait \u2014 il les a transmis lui-m\u00eame dans son livre \u2014 et il les faisait c\u00e9der, dans les rares cas de contradiction, devant ce qu\u2019il tenait pour une transmission plus s\u00fbre de la m\u00eame Sunnah : la pratique continue de la ville du Proph\u00e8te \ufdfa. La section deux a expos\u00e9 cette th\u00e9orie de la preuve, ses critiques et son arbitrage : forte lorsque la pratique remonte au Proph\u00e8te \ufdfa, discutable lorsqu\u2019elle remonte \u00e0 des juristes. Ce n\u2019est pas une pr\u00e9f\u00e9rence de l\u2019opinion au texte \u2014 c\u2019est une pr\u00e9f\u00e9rence d\u2019un mode de transmission \u00e0 un autre, par un homme qui fut, de l\u2019avis de ses adversaires, le plus s\u00fbr transmetteur de son si\u00e8cle. Les cas concern\u00e9s se comptent sur les doigts, le plus c\u00e9l\u00e8bre \u00e9tant l\u2019option de s\u00e9ance, que la section treize a examin\u00e9 sans rien cacher ; et Ibn Taymiyyah, qui n\u2019\u00e9tait pas malikite, a \u00e9crit que les principes de M\u00e9dine sont les plus s\u00fbrs de tous.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Al-Layth et ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee ont r\u00e9fut\u00e9 la pratique de M\u00e9dine : l\u2019\u00e9cole repose sur une erreur. \u00bb<\/h3>\n<p>Ils l\u2019ont contest\u00e9e, et ils ont eu raison contre sa forme absolue \u2014 nul ne tient aujourd\u2019hui que toute pratique m\u00e9dinoise fait preuve \u2014 ; ils n\u2019ont pas eu raison contre sa forme mesur\u00e9e, qu\u2019Ibn Taymiyyah a \u00e9tablie et que les us\u00fbliyy\u00fbn de toutes les \u00e9coles admettent : ce que M\u00e9dine transmet du Proph\u00e8te \ufdfa par l\u2019acte continu est une preuve pour tous, et al-Layth lui-m\u00eame, dans sa lettre, ne le nie pas. Le d\u00e9saccord porte sur l\u2019\u00e9tendue de la preuve, non sur son principe ; et une \u00e9cole dont le principe est discut\u00e9 dans sa mesure par ses adversaires, et d\u00e9fendu dans son fond par un hanbalite, ne repose pas sur une erreur.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab M\u00e2lik fut flagell\u00e9 pour r\u00e9bellion : un imam politique ? \u00bb<\/h3>\n<p>Il fut flagell\u00e9 pour une fatw\u00e2 juridique \u2014 le divorce du contraint est nul \u2014 que des rebelles invoqu\u00e8rent ; il n\u2019avait ni pr\u00each\u00e9 la r\u00e9volte ni pris les armes, et le calife lui-m\u00eame, en d\u00e9savouant son gouverneur et en demandant pardon, reconnut l\u2019injustice. M\u00e2lik ne fut pas un imam politique au sens des hommes de parti : il fut un juriste qui dit le droit sans regarder qui s\u2019en servirait \u2014 et qui en paya le prix, comme Ab\u00fb Han\u00eefah pour son refus, et comme Ahmad pour sa foi. Les quatre imams ont ceci en commun d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 battus ou emprisonn\u00e9s par les princes ; c\u2019est le signe qu\u2019ils ne leur appartenaient pas.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Le hadith du \u00ab\u00a0savant de M\u00e9dine\u00a0\u00bb est faible : l\u2019\u00e9cole se fonde sur une proph\u00e9tie douteuse. \u00bb<\/h3>\n<p>L\u2019\u00e9cole ne se fonde pas sur ce hadith mais sur le Coran, la Sunnah et la pratique ; le hadith est un honneur, non une preuve. At-Tirmidh\u00ee l\u2019a jug\u00e9 bon, d\u2019autres l\u2019ont discut\u00e9, et Sufy\u00e2n ibn \u2019Uyaynah, Ibn Mahd\u00ee et bien des savants l\u2019ont appliqu\u00e9 \u00e0 M\u00e2lik \u2014 parce qu\u2019\u00e0 leur \u00e9poque, de fait, on battait les flancs des montures de tout l\u2019islam pour venir l\u2019entendre. Que le lecteur le tienne pour ce qu\u2019il est : une parole proph\u00e9tique de degr\u00e9 discut\u00e9, et un fait historique certain.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Le malikisme est l\u2019\u00e9cole la plus traditionnelle et la moins rationnelle. \u00bb<\/h3>\n<p>C\u2019est l\u2019inverse qui est vrai, et le dossier l\u2019a montr\u00e9 : l\u2019\u00e9cole qui a le plus de sources reconnues, qui a forg\u00e9 l\u2019int\u00e9r\u00eat non text\u00e9, la fermeture des voies et l\u2019\u00e9gard pour la divergence, et qui a produit ash-Sh\u00e2tib\u00ee et la science des finalit\u00e9s, est l\u2019\u00e9cole la plus outill\u00e9e pour les questions nouvelles \u2014 et c\u2019est pour cela que les juristes contemporains de toutes les \u00e9coles puisent dans ses instruments. Ce que l\u2019on prend pour du traditionalisme est sa fid\u00e9lit\u00e9 au hadith et \u00e0 la pratique des compagnons ; ce que l\u2019on ignore est son g\u00e9nie du raisonnement finalis\u00e9. M\u00e2lik fut l\u2019\u00e9l\u00e8ve de Rab\u00ee\u2019ah \u00ab l\u2019opinion \u00bb ; il ne l\u2019a pas oubli\u00e9.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Pourquoi les malikites prient-ils les bras ballants, contre tous les hadiths ? \u00bb<\/h3>\n<p>La section dix a r\u00e9pondu avec les textes : le croisement des mains est dans le Muwatta\u2019 m\u00eame, transmis par M\u00e2lik ; sa d\u00e9sapprobation dans la Mudawwanah porte sur la pri\u00e8re obligatoire et s\u2019explique par une crainte de l\u2019\u00e9cole ; une autre transmission de M\u00e2lik l\u2019admet ; Ibn \u2019Abd al-Barr, le plus grand malikite d\u2019Andalousie, tient le croisement pour la position juste ; et le sadl est une pratique re\u00e7ue, fond\u00e9e sur une transmission, non une n\u00e9gation de la Sunnah. Le r\u00e9cit de l\u2019\u00e9paule d\u00e9bo\u00eet\u00e9e est une explication populaire que l\u2019\u00e9cole n\u2019a pas retenue comme preuve. Le lecteur malikite qui croise les mains suit M\u00e2lik ; celui qui les laisse ballantes suit M\u00e2lik par Ibn al-Q\u00e2sim ; et nul des deux n\u2019invalide sa pri\u00e8re \u2014 les quatre imams en sont d\u2019accord.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Le taql\u00eed malikite a ferm\u00e9 l\u2019ijtih\u00e2d au Maghreb et engendr\u00e9 l\u2019ignorance. \u00bb<\/h3>\n<p>Le Maghreb malikite a produit Ibn \u2019Abd al-Barr, Ibn Rushd, \u2019Iy\u00e2d, ash-Sh\u00e2tib\u00ee, Ibn Khald\u00fbn \u2014 qui fut juge malikite \u2014 et, \u00e0 l\u2019\u00e9poque moderne, Ibn \u2019\u00c2sh\u00fbr, dont le trait\u00e9 des finalit\u00e9s est le plus lu du vingti\u00e8me si\u00e8cle : ce n\u2019est pas le bilan d\u2019une \u00e9cole qui aurait ferm\u00e9 la pens\u00e9e. Ce qui est vrai, c\u2019est que l\u2019\u00e9cole, comme les autres, connut des si\u00e8cles de commentaire o\u00f9 l\u2019on glosait Khal\u00eel plus qu\u2019on ne lisait le Muwatta\u2019, et que des ma\u00eetres de l\u2019\u00e9cole \u2014 ash-Sh\u00e2tib\u00ee le premier \u2014 l\u2019ont d\u00e9nonc\u00e9 de l\u2019int\u00e9rieur ; la r\u00e9forme est venue par eux, non contre eux. Le dossier treize de cette s\u00e9rie parlera de cette revivification.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Le malikisme du Maghreb, c\u2019est le maraboutisme, les tombeaux et le soufisme populaire. \u00bb<\/h3>\n<p>C\u2019est confondre l\u2019\u00e9cole de droit et les usages qui se sont greff\u00e9s sur les soci\u00e9t\u00e9s o\u00f9 elle vivait. M\u00e2lik est l\u2019auteur de la phrase la plus s\u00e9v\u00e8re de l\u2019islam contre l\u2019innovation, et la Ris\u00e2lah d\u2019Ibn Ab\u00ee Zayd commence par un credo qui ne laisse place \u00e0 aucun culte des tombes ; les ma\u00eetres de l\u2019\u00e9cole \u2014 ash-Sh\u00e2tib\u00ee dans l\u2019I\u2019tis\u00e2m, Ibn al-H\u00e2jj dans le Madkhal, les r\u00e9formateurs du Maghreb \u2014 ont combattu ces usages au nom m\u00eame de M\u00e2lik. Qu\u2019une terre malikite ait connu des d\u00e9rives ne fait pas de M\u00e2lik leur auteur, pas plus que les d\u00e9rives d\u2019une terre hanafite n\u2019engagent Ab\u00fb Han\u00eefah ; et le rem\u00e8de est dans l\u2019\u00e9cole, non hors d\u2019elle.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab M\u00e2lik \u00e9tait-il un t\u00e2bi\u2019\u00ee ? \u00bb<\/h3>\n<p>Non : il n\u2019a vu aucun compagnon, et il appartient \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration des successeurs des successeurs \u2014 la troisi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration que le hadith des trois g\u00e9n\u00e9rations a lou\u00e9e. Ses ma\u00eetres, eux, furent des t\u00e2bi\u2019\u00fbn \u2014 N\u00e2fi\u2019, az-Zuhr\u00ee, Rab\u00ee\u2019ah, Ibn Hurmuz \u2014, et c\u2019est par eux, \u00e0 un seul degr\u00e9, qu\u2019il touche aux compagnons : c\u2019est la cha\u00eene d\u2019or.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Un Fran\u00e7ais, un converti, peut-il \u00eatre malikite ? \u00bb<\/h3>\n<p>Il peut l\u2019\u00eatre exactement comme un Berb\u00e8re de Kairouan le devint au troisi\u00e8me si\u00e8cle : en apprenant l\u2019\u00e9cole de la terre o\u00f9 il a re\u00e7u l\u2019islam. Le converti fran\u00e7ais re\u00e7oit le plus souvent sa religion dans une mosqu\u00e9e o\u00f9 l\u2019on prie et l\u2019on enseigne selon M\u00e2lik, o\u00f9 les livres en fran\u00e7ais disponibles sont la Ris\u00e2lah, Ibn \u2019\u00c2shir et les commentaires de Khal\u00eel, et o\u00f9 les imams sont form\u00e9s dans cette voie ; suivre cette \u00e9cole n\u2019est pas une question d\u2019origine mais d\u2019apprentissage, et M\u00e2lik lui-m\u00eame n\u2019\u00e9tait pas de M\u00e9dine par le sang \u2014 il l\u2019\u00e9tait par la science. Ce qu\u2019il ne doit pas faire, c\u2019est ce que ce dossier a condamn\u00e9 avec les imams : tenir son \u00e9cole pour la religion, m\u00e9priser les autres, ou picorer dans chacune ce qui l\u2019arrange. Ce qu\u2019il doit faire, c\u2019est ce que la m\u00e8re de M\u00e2lik lui dit : apprendre l\u2019adab avant la science \u2014 et, de la science, prendre d\u2019abord ce qu\u2019il peut porter.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Le Muwatta\u2019 n\u2019est pas un vrai recueil authentique : il contient des mursal et des paroles de compagnons. \u00bb<\/h3>\n<p>Il n\u2019a jamais pr\u00e9tendu \u00eatre un recueil de hadiths au sens d\u2019al-Bukh\u00e2r\u00ee, qui na\u00eetra un si\u00e8cle plus tard : il est un livre de droit, o\u00f9 le hadith, l\u2019athar et la pratique sont pr\u00e9sent\u00e9s ensemble, et sa valeur tient pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 cet ensemble. Ses hadiths \u00e0 cha\u00eene sont d\u2019une s\u00fbret\u00e9 que nul n\u2019a contest\u00e9e \u2014 al-Bukh\u00e2r\u00ee tenait la cha\u00eene de M\u00e2lik pour la plus s\u00fbre de toutes, et presque tout ce que le Muwatta\u2019 contient de marf\u00fb\u2019 se retrouve dans les Six Livres ; ses mursal remontent \u00e0 des t\u00e2bi\u2019\u00fbn que M\u00e2lik tenait pour fiables, et les savants ont montr\u00e9 que la plupart sont corrobor\u00e9s par des cha\u00eenes compl\u00e8tes ailleurs ; ses paroles de compagnons sont des preuves pour toutes les \u00e9coles. Juger le Muwatta\u2019 \u00e0 l\u2019aune du Sah\u00eeh, c\u2019est reprocher \u00e0 un code de n\u2019\u00eatre pas un dictionnaire : les deux livres n\u2019ont pas le m\u00eame objet, et le premier a servi de mod\u00e8le au second.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab L\u2019istihs\u00e2n malikite, c\u2019est l\u2019arbitraire : M\u00e2lik disait qu\u2019il est les neuf dixi\u00e8mes de la science. \u00bb<\/h3>\n<p>La formule est rapport\u00e9e, et son sens est celui que la section huit a donn\u00e9 : l\u2019istihs\u00e2n de M\u00e2lik est le fait de laisser une analogie \u00e9troite pour une r\u00e8gle plus large tir\u00e9e de l\u2019int\u00e9r\u00eat, de la coutume ou de la facilit\u00e9 \u2014 dans les limites de la Loi. Ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee a combattu un istihs\u00e2n qu\u2019il d\u00e9finissait comme \u00ab juger selon ce qui pla\u00eet \u00bb, et il avait raison contre cette d\u00e9finition ; mais ce n\u2019est pas celle de M\u00e2lik, dont ash-Sh\u00e2tib\u00ee a montr\u00e9 qu\u2019elle est une forme de l\u2019int\u00e9r\u00eat conditionn\u00e9 \u2014 conforme aux finalit\u00e9s, rationnel, g\u00e9n\u00e9ral, non contraire aux textes. Un instrument qui a des conditions n\u2019est pas arbitraire ; il est un instrument.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Ibn Hazm et les z\u00e2hirites ont d\u00e9moli les fondements du malikisme. \u00bb<\/h3>\n<p>Ibn Hazm fut le critique le plus brillant que l\u2019\u00e9cole ait rencontr\u00e9, et elle lui doit d\u2019avoir pr\u00e9cis\u00e9 ses principes ; mais son z\u00e2hirisme \u2014 la Loi r\u00e9duite \u00e0 sa lettre, sans analogie ni int\u00e9r\u00eat ni pratique \u2014 n\u2019a convaincu aucune des quatre \u00e9coles et n\u2019a pas surv\u00e9cu comme madhhab vivant, tandis que le malikisme a produit, apr\u00e8s lui, ash-Sh\u00e2tib\u00ee, al-Qar\u00e2f\u00ee et la science des finalit\u00e9s. Al-B\u00e2j\u00ee lui a r\u00e9pondu sur les preuves, et le dossier des fondements du droit montrera pourquoi la lettre seule ne suffit pas \u00e0 une loi faite pour des hommes.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Pourquoi les malikites du Maghreb sont-ils ash\u2019arites, si M\u00e2lik \u00e9tait un homme des anciens ? \u00bb<\/h3>\n<p>La section sept a r\u00e9pondu : par l\u2019histoire \u2014 al-B\u00e2qill\u00e2n\u00ee, les \u00e9coles, puis les Almohades \u2014, non par n\u00e9cessit\u00e9. Le credo de M\u00e2lik et d\u2019Ibn Ab\u00ee Zayd est celui des gens du hadith ; l\u2019ash\u2019arisme est venu plus tard, et les deux tendances ont v\u00e9cu dans la m\u00eame \u00e9cole de fiqh, comme les hanafites ont eu leurs m\u00e2tur\u00eedites et leurs atharis. Un malikite qui professe le credo de la Ris\u00e2lah suit M\u00e2lik en tout ; un malikite qui professe celui d\u2019Ibn \u2019\u00c2shir suit M\u00e2lik en fiqh et une \u00e9cole post\u00e9rieure en credo \u2014 et ni l\u2019un ni l\u2019autre ne doit tenir l\u2019autre pour hors de l\u2019\u00e9cole.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab M\u00e2lik \u00e9tait intol\u00e9rant envers les innovateurs : il refusait de les saluer. \u00bb<\/h3>\n<p>Il refusait de s\u2019asseoir avec les disputeurs de kal\u00e2m et de prier derri\u00e8re ceux qui appelaient \u00e0 une innovation dans la croyance \u2014 attitude de tous les imams de son si\u00e8cle, qui tenaient que la fr\u00e9quentation du disputeur corrompt la foi du simple, et qui l\u2019ont dit de la m\u00eame mani\u00e8re \u00e0 K\u00fbfah, \u00e0 Bagdad et \u00e0 M\u00e9dine. Mais cet homme intransigeant sur la doctrine fut d\u2019une douceur constante avec les personnes : il enseigna sans distinction les Arabes et les affranchis, les hommes et les femmes, les riches et les pauvres, et il fit l\u2019\u00e9loge de savants qui ne pensaient pas comme lui \u2014 Ab\u00fb Han\u00eefah au premier rang. L\u2019intol\u00e9rance de M\u00e2lik est celle du m\u00e9decin envers la maladie ; elle n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 celle d\u2019un homme envers les hommes.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> La pratique de M\u00e9dine et le hadith, al-Layth et ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee, la flagellation, le hadith du savant de M\u00e9dine, l\u2019\u00e9cole \u00ab traditionnelle \u00bb, les bras ballants, le taql\u00eed du Maghreb, le maraboutisme, le t\u00e2bi\u2019\u00ee, le converti malikite, le Muwatta\u2019 \u00ab non authentique \u00bb, l\u2019istihs\u00e2n, Ibn Hazm, l\u2019ash\u2019arisme du Maghreb et l\u2019\u00ab intol\u00e9rance \u00bb : chaque objection a sa r\u00e9ponse dans l\u2019histoire et dans les textes.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3 class=\"section-special\">Conclusion \u2014 Vers ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee, le conciliateur<\/h3>\n<p>Le lecteur tient d\u00e9sormais l\u2019\u00e9cole de M\u00e9dine \u2014 et, pour beaucoup de ceux qui liront ces lignes, la sienne. Il a vu la ville qui gardait, ses sept juristes et les ma\u00eetres de M\u00e2lik ; il a compris la th\u00e8se de la pratique, ses degr\u00e9s et ses critiques ; il a suivi l\u2019enfant du Y\u00e9men envoy\u00e9 par sa m\u00e8re chez Rab\u00ee\u2019ah, la chaire de soixante ans tenue avec gravit\u00e9 et humilit\u00e9, le livre compos\u00e9 quarante ans et refus\u00e9 aux princes qui voulaient l\u2019imposer, la flagellation pour une fatw\u00e2, la mort au Baq\u00ee\u2019. Il a lu les sources de l\u2019\u00e9cole et ses instruments \u2014 l\u2019int\u00e9r\u00eat, la fermeture des voies, l\u2019\u00e9gard pour la divergence \u2014, reconnu ses traits dans la pri\u00e8re et la vie, rencontr\u00e9 la Mudawwanah n\u00e9e des questions d\u2019Asad, les Naw\u00e2dir et la Ris\u00e2lah, Khal\u00eel et ses commentaires ; il a suivi l\u2019\u00e9cole de Kairouan \u00e0 Tombouctou et jusqu\u2019aux mosqu\u00e9es de France, et il sait par quels livres l\u2019apprendre. Et il a retenu ce que ce dossier voulait montrer : que l\u2019\u00e9cole la plus attach\u00e9e au hadith et \u00e0 la pratique des compagnons est aussi la plus riche en instruments de raisonnement \u2014 parce que la fid\u00e9lit\u00e9 au texte et l\u2019intelligence de ses fins ne sont pas deux voies, mais une seule, que M\u00e2lik a tenue.<\/p>\n<p>Un jeune homme de La Mecque, orphelin et pauvre, avait appris le Muwatta\u2019 par c\u0153ur avant de venir s\u2019asseoir devant M\u00e2lik, et il resta pr\u00e8s de lui jusqu\u2019\u00e0 sa mort. Puis il alla \u00e0 Bagdad \u00e9tudier le fiqh de K\u00fbfah chez Muhammad ash-Shayb\u00e2n\u00ee, et il emporta de chez lui une charge de livres. De ces deux \u00e9coles, qu\u2019il avait aim\u00e9es et jug\u00e9es, il fit la synth\u00e8se : il \u00e9crivit le premier trait\u00e9 des fondements du droit, r\u00e9concilia les gens du hadith et les gens de l\u2019opinion, et fixa pour toutes les \u00e9coles les r\u00e8gles de la preuve. Le prochain dossier lui est consacr\u00e9 : ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee, le conciliateur. Qu\u2019Allah fasse mis\u00e9ricorde \u00e0 M\u00e2lik et \u00e0 ses compagnons, nous fasse aimer sa voie sans m\u00e9priser les autres, et nous fasse vivre et mourir sur la Sunnah qu\u2019il garda ; et qu\u2019Il couvre d\u2019\u00e9loges et de paix Son serviteur et Messager Mouhammad, sa famille, ses compagnons, et quiconque suit leur voie avec excellence jusqu\u2019au Jour de la r\u00e9tribution.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Ce qu\u2019il faut retenir<\/h3>\n<p>M\u00e9dine garda les compagnons et leurs familles, et ses sept juristes tranchaient selon ce qu\u2019ils avaient vu : la pratique de M\u00e9dine est une transmission de la Sunnah par l\u2019acte, preuve forte lorsqu\u2019elle remonte au Proph\u00e8te \ufdfa, discutable lorsqu\u2019elle remonte aux juristes \u2014 th\u00e8se contest\u00e9e par al-Layth et ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee, arbitr\u00e9e par Ibn Taymiyyah. M\u00e2lik, n\u00e9 vers quatre-vingt-treize d\u2019une famille y\u00e9m\u00e9nite, envoy\u00e9 par sa m\u00e8re chez Rab\u00ee\u2019ah pour l\u2019adab avant la science, \u00e9l\u00e8ve de N\u00e2fi\u2019, d\u2019az-Zuhr\u00ee et d\u2019Ibn Hurmuz, ne voyagea jamais ; il enseigna soixante ans dans la mosqu\u00e9e du Proph\u00e8te \ufdfa avec gravit\u00e9 et \u00ab je ne sais pas \u00bb, composa le Muwatta\u2019 pendant quarante ans \u2014 premier livre de droit de l\u2019islam \u2014 et refusa qu\u2019on l\u2019impos\u00e2t aux provinces ; flagell\u00e9 en cent quarante-six pour une fatw\u00e2, il mourut en cent soixante-dix-neuf au Baq\u00ee\u2019, avec un credo des anciens et deux phrases contre l\u2019innovation. Son \u00e9cole, la plus riche en sources, re\u00e7oit le mursal, fait c\u00e9der le rapport isol\u00e9 devant la pratique transmise, tient la parole du compagnon pour preuve, et raisonne par l\u2019int\u00e9r\u00eat non text\u00e9, la fermeture des voies, la coutume et l\u2019\u00e9gard pour la divergence \u2014 d\u2019o\u00f9 la science des finalit\u00e9s. Ses traits : le sadl fond\u00e9 sur une transmission, la F\u00e2tiha sans basmalah, la puret\u00e9 de tout animal, le divorce pour pr\u00e9judice. Ses livres : le Muwatta\u2019, la Mudawwanah de Sahn\u00fbn et Ibn al-Q\u00e2sim, la Ris\u00e2lah d\u2019Ibn Ab\u00ee Zayd, le Mukhtasar de Khal\u00eel et ses commentaires. Sa terre : le Maghreb, l\u2019Andalousie, l\u2019Afrique de l\u2019Ouest \u2014 et les mosqu\u00e9es de France. On y entre par Ibn \u2019\u00c2shir et la Ris\u00e2lah, et l\u2019on y demeure sans fanatisme.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Pour se tester : quinze questions<\/h3>\n<p>Les r\u00e9ponses se trouvent toutes dans le dossier ; chaque question renvoie \u00e0 sa section.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Chronologie de l\u2019\u00e9cole de M\u00e9dine (11-1393 H)<\/h3>\n<ol class=\"quiz-questions\">\n<li>Qui furent les sept juristes de M\u00e9dine, et de qui tenaient-ils leur science ? (section 1)<\/li>\n<li>Quelle est la th\u00e8se de la pratique de M\u00e9dine, quels en sont les degr\u00e9s selon Ibn Taymiyyah, que r\u00e9pondit al-Layth, et que montre l\u2019anecdote du s\u00e2\u2019 avec Ab\u00fb Y\u00fbsuf ? (section 2)<\/li>\n<li>Que dit la m\u00e8re de M\u00e2lik en l\u2019envoyant chez Rab\u00ee\u2019ah, et pourquoi M\u00e2lik ne voyagea-t-il jamais ? (section 3)<\/li>\n<li>Comment M\u00e2lik rapportait-il le hadith, et que r\u00e9pondit-il aux quarante-huit questions du voyageur ? (section 4)<\/li>\n<li>D\u2019o\u00f9 vient le nom du Muwatta\u2019, que signifient ses formules (\u00ab la chose sur laquelle on s\u2019accorde chez nous \u00bb&#8230;), et pourquoi M\u00e2lik refusa-t-il qu\u2019on l\u2019impose aux provinces ? (section 5)<\/li>\n<li>Pour quelle fatw\u00e2 M\u00e2lik fut-il flagell\u00e9, et par qui ? (section 6)<\/li>\n<li>Citez les deux phrases de M\u00e2lik contre l\u2019innovation, sa r\u00e9ponse sur l\u2019istiw\u00e2\u2019, et expliquez pourquoi le Maghreb malikite est devenu ash\u2019arite. (section 7)<\/li>\n<li>Combien de sources al-Qar\u00e2f\u00ee compte-t-il dans l\u2019\u00e9cole, et lesquelles lui sont propres ? (section 8)<\/li>\n<li>D\u00e9finissez l\u2019int\u00e9r\u00eat non text\u00e9 et la fermeture des voies, avec l\u2019exemple des hypocrites et celui de la vente \u2019\u00eenah. (section 9)<\/li>\n<li>Sur quels textes reposent le sadl, la F\u00e2tiha sans basmalah et la puret\u00e9 du chien ? (section 10)<\/li>\n<li>Racontez la naissance de la Mudawwanah, d\u2019Asad ibn al-Fur\u00e2t \u00e0 Sahn\u00fbn. (section 11)<\/li>\n<li>Qu\u2019est-ce que le Mukhtasar de Khal\u00eel, et que distinguent le mashh\u00fbr et le r\u00e2jih ? (section 11)<\/li>\n<li>Par quelles voies l\u2019\u00e9cole s\u2019est-elle propag\u00e9e, et comment r\u00e9sista-t-elle aux Fatimides ? (section 12)<\/li>\n<li>Comment l\u2019\u00e9cole tranche-t-elle l\u2019option de s\u00e9ance, et que lui reprocha ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee ? (section 13)<\/li>\n<li>Par quels livres apprendre le malikisme en fran\u00e7ais, et un converti fran\u00e7ais peut-il \u00eatre malikite ? (section 14 et quatri\u00e8me partie)<\/li>\n<\/ol>\n<p>Les dates de d\u00e9c\u00e8s suivent les biographes et comportent parfois une marge d\u2019un an ; elles servent de rep\u00e8res pour situer les hommes et les livres.<\/p>\n<h2>Rep\u00e8res bibliographiques<\/h2>\n<ol class=\"quiz-questions\">\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort du Proph\u00e8te \ufdfa ; les compagnons et leurs familles restent \u00e0 M\u00e9dine. <strong>vers 94 H<\/strong> \u2014 Mort de Sa\u2019\u00eed ibn al-Musayyib, le plus savant des sept juristes.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Naissance de M\u00e2lik ibn Anas \u00e0 M\u00e9dine. <strong>117-124 H<\/strong> \u2014 Mort de N\u00e2fi\u2019, puis d\u2019az-Zuhr\u00ee, ma\u00eetres de M\u00e2lik.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort de Rab\u00ee\u2019ah ar-Ra\u2019y.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Flagellation de M\u00e2lik par le gouverneur Ja\u2019far ibn Sulaym\u00e2n. <strong>vers 150 H<\/strong> \u2014 Composition du Muwatta\u2019 ; commande d\u2019al-Mans\u00fbr.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort de M\u00e2lik \u00e0 M\u00e9dine, enterr\u00e9 au Baq\u00ee\u2019. <strong>191-197 H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019Ibn al-Q\u00e2sim, puis d\u2019Ibn Wahb, en \u00c9gypte.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019Asad ibn al-Fur\u00e2t, auteur de l\u2019Asadiyyah, \u00e0 Syracuse.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Sahn\u00fbn juge de Kairouan ; mort de Yahy\u00e2 al-Layth\u00ee en Andalousie.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort de Sahn\u00fbn, auteur de la Mudawwanah.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019Ibn Ab\u00ee Zayd al-Qayraw\u00e2n\u00ee, auteur de la Ris\u00e2lah et des Naw\u00e2dir.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort du juge \u2019Abd al-Wahh\u00e2b, fondateur de l\u2019\u00e9cole irakienne du malikisme. <strong>463-474 H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019Ibn \u2019Abd al-Barr, puis d\u2019al-B\u00e2j\u00ee, en Andalousie. <strong>520-544 H<\/strong> \u2014 Mort du grand-p\u00e8re Ibn Rushd, puis du juge \u2019Iy\u00e2d.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019Ibn Rushd le petit-fils, auteur de la Bid\u00e2yat al-mujtahid.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019al-Qar\u00e2f\u00ee, auteur de la Dhakh\u00eerah et des Fur\u00fbq.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort de Khal\u00eel ibn Ish\u00e2q, auteur du Mukhtasar.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019ash-Sh\u00e2tib\u00ee, auteur des Muw\u00e2faq\u00e2t et de l\u2019I\u2019tis\u00e2m.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019Ibn \u2019\u00c2shir, auteur du Murshid al-mu\u2019\u00een. <strong>1201-1230 H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019ad-Dard\u00eer, puis d\u2019ad-Das\u00fbq\u00ee, commentateurs de Khal\u00eel.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019Ibn \u2019\u00c2sh\u00fbr, auteur du trait\u00e9 des finalit\u00e9s.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Le verset cit\u00e9 en encadr\u00e9 l\u2019est dans la traduction fran\u00e7aise de Rachid Maach, Le Coran en fran\u00e7ais (lecoranenfrancais.com), v\u00e9rifi\u00e9e \u00e0 la source ; les autres versets sont \u00e9voqu\u00e9s en paraphrase avec leur r\u00e9f\u00e9rence. Les hadiths suivent les num\u00e9rotations de r\u00e9f\u00e9rence d\u00e9finies aux dossiers pr\u00e9c\u00e9dents, leur degr\u00e9 \u00e9tant indiqu\u00e9 au fil du texte. Les r\u00e9cits biographiques proviennent des livres de man\u00e2qib et de tabaq\u00e2t, dont le Tart\u00eeb al-mad\u00e2rik du juge \u2019Iy\u00e2d est la somme ; les positions juridiques sont tir\u00e9es des livres de l\u2019\u00e9cole.<\/p>\n<p>Sources de l\u2019\u00e9cole : M\u00e2lik (m. 179 H), Al-Muwatta\u2019, recensions de Yahy\u00e2 al-Layth\u00ee, de Muhammad ash-Shayb\u00e2n\u00ee et d\u2019Ab\u00fb Mus\u2019ab ; Sahn\u00fbn (m. 240 H), Al-Mudawwanah al-kubr\u00e2 ; Ibn \u2019Abd al-Hakam (m. 214 H), Al-Mukhtasar ; Ibn Hab\u00eeb (m. 238 H), Al-W\u00e2dihah ; al-\u2019Utb\u00ee (m. 255 H), Al-\u2019Utbiyyah, avec le Bay\u00e2n wa-t-tahs\u00eel d\u2019Ibn Rushd le grand-p\u00e8re (m. 520 H) ; Ibn Ab\u00ee Zayd al-Qayraw\u00e2n\u00ee (m. 386 H), Ar-Ris\u00e2lah et An-Naw\u00e2dir wa-z-ziy\u00e2d\u00e2t ; le juge \u2019Abd al-Wahh\u00e2b (m. 422 H), Al-Ma\u2019\u00fbnah et Al-Ishr\u00e2f ; Ibn \u2019Abd al-Barr (m. 463 H), At-Tamh\u00eed, Al-Istidhk\u00e2r, Al-K\u00e2f\u00ee ; al-B\u00e2j\u00ee (m. 474 H), Al-Muntaq\u00e2 ; Ibn al-\u2019Arab\u00ee (m. 543 H), Al-Qabas ; le juge \u2019Iy\u00e2d (m. 544 H), Tart\u00eeb al-mad\u00e2rik et Ash-Shif\u00e2 ; Ibn Rushd le petit-fils (m. 595 H), Bid\u00e2yat al-mujtahid ; al-Qar\u00e2f\u00ee (m. 684 H), Adh-Dhakh\u00eerah, Al-Fur\u00fbq, Tanq\u00eeh al-fus\u00fbl ; Khal\u00eel ibn Ish\u00e2q (m. 776 H), Al-Mukhtasar, avec les commentaires d\u2019al-Hatt\u00e2b, d\u2019al-Maww\u00e2q, d\u2019al-Kharash\u00ee, d\u2019az-Zurq\u00e2n\u00ee, d\u2019ad-Dard\u00eer (m. 1201 H) et la glose d\u2019ad-Das\u00fbq\u00ee (m. 1230 H) ; ash-Sh\u00e2tib\u00ee (m. 790 H), Al-Muw\u00e2faq\u00e2t et Al-I\u2019tis\u00e2m ; Ibn \u2019\u00c2shir (m. 1040 H), Al-Murshid al-mu\u2019\u00een ; al-Akhdar\u00ee, Al-Mukhtasar ; Ibn \u2019\u00c2sh\u00fbr (m. 1393 H), Maq\u00e2sid ash-shar\u00ee\u2019ah. Sur la pratique de M\u00e9dine : Ibn Taymiyyah (m. 728 H), Sihhat us\u00fbl madhhab ahl al-Mad\u00eenah ; les lettres de M\u00e2lik et d\u2019al-Layth, dans I\u2019l\u00e2m al-muwaqqi\u2019\u00een d\u2019Ibn al-Qayyim (m. 751 H). Biographies : adh-Dhahab\u00ee (m. 748 H), Siyar a\u2019l\u00e2m an-nubal\u00e2\u2019 ; Ibn \u2019Abd al-Barr, Al-Intiq\u00e2\u2019 ; al-Khat\u00eeb, T\u00e2r\u00eekh Baghd\u00e2d. Hadiths cit\u00e9s : al-Bukh\u00e2r\u00ee, Muslim, At-Tirmidh\u00ee, Ibn M\u00e2jah, selon les num\u00e9rotations indiqu\u00e9es. Compl\u00e9ments : al-B\u00e2j\u00ee, Ihk\u00e2m al-fus\u00fbl et ses r\u00e9ponses \u00e0 Ibn Hazm ; Ibn \u2019\u00c2sim (m. 829 H), Tuhfat al-hukk\u00e2m ; as-San\u00fbs\u00ee (m. 895 H), Umm al-bar\u00e2h\u00een ; sur la Mudawwanah marocaine et les codes maghr\u00e9bins, les travaux de droit compar\u00e9 contemporains.<\/p>\n<p class=\"dossier-nav\">\u2192 Suite : <a href=\"\/en\/approfondir-ma-foi\/aux-sources-du-savoir-islamique\/imam-chafii\/\">Dossier 11 \u2014 L\u2019imam Ach-Ch\u00e2fi\u2019\u00ee<\/a><\/p>\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Fiqh \u00e0 M\u00e9dine : l\u2019imam M\u00e2lik L\u2019h\u00e9ritier des gens du hadith : sa vie, les caract\u00e9ristiques de son \u00e9cole et la propagation du madhhab malikite L\u2019h\u00e9ritier des gens du hadith : sa vie, les caract\u00e9ristiques de son \u00e9cole et la propagation du madhhab malikite De la mosqu\u00e9e du Proph\u00e8te \ufdfa o\u00f9 la Sunnah se&#8230;<\/p>","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":60552,"menu_order":10,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-60577","page","type-page","status-publish","hentry"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v28.5 - 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