{"id":60576,"date":"2026-08-26T01:16:00","date_gmt":"2026-08-25T23:16:00","guid":{"rendered":"https:\/\/convertistoislam.fr\/?page_id=60576"},"modified":"2026-08-26T01:16:00","modified_gmt":"2026-08-25T23:16:00","slug":"fiqh-kufa-abu-hanifa","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/convertistoislam.fr\/en\/approfondir-ma-foi\/aux-sources-du-savoir-islamique\/fiqh-kufa-abu-hanifa\/","title":{"rendered":"Dossier 9 \u2014 Le Fiqh \u00e0 K\u00fbfah : l\u2019imam Ab\u00fb Han\u00eefa"},"content":{"rendered":"<div class=\"dossier-savoir\">\n<h2>Le Fiqh \u00e0 K\u00fbfah : l\u2019imam Ab\u00fb Han\u00eefah<\/h2>\n<p><em>L\u2019h\u00e9ritier des gens de l\u2019opinion : sa vie, les caract\u00e9ristiques de son \u00e9cole et la propagation du madhhab hanafite<\/em><\/p>\n<p><em>L\u2019h\u00e9ritier des gens de l\u2019opinion : sa vie, les caract\u00e9ristiques de son \u00e9cole et la propagation du madhhab hanafite<\/em><\/p>\n<p><em>D\u2019Ibn Mas\u2019\u00fbd au marchand de soie de K\u00fbfah, et de la mosqu\u00e9e o\u00f9 le droit se d\u00e9lib\u00e9rait aux tribunaux d\u2019un empire : comment naquit la premi\u00e8re \u00e9cole de jurisprudence de l\u2019islam, et ce qu\u2019elle enseigne sur toutes les autres.<\/em><\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Comment lire ce dossier<\/h3>\n<p>Ce dossier est le neuvi\u00e8me de la s\u00e9rie \u00ab Aux sources du savoir islamique \u00bb et le premier des quatre consacr\u00e9s aux \u00e9coles de jurisprudence \u2014 les madhhabs \u2014 dont la Ummah vit encore. Les dossiers pr\u00e9c\u00e9dents ont montr\u00e9 comment le Coran fut gard\u00e9, comment la Sunnah fut authentifi\u00e9e, comment les sciences du Livre et du hadith prirent forme ; celui-ci raconte ce que devient un texte \u00e9tabli lorsqu\u2019il faut en tirer une r\u00e8gle \u2014 et il le raconte par la premi\u00e8re \u00e9cole dans le temps : K\u00fbfah, h\u00e9riti\u00e8re des gens de l\u2019opinion, et l\u2019imam Ab\u00fb Han\u00eefah. Il suit le plan du s\u00e9minaire dont cette s\u00e9rie est issue : l\u2019h\u00e9ritage de K\u00fbfah, la vie de l\u2019imam, les caract\u00e9ristiques de son \u00e9cole, sa propagation. Il est \u00e9crit pour \u00eatre lu d\u2019une traite, avec un exemple chaque fois qu\u2019une notion se complique et une phrase \u00e0 retenir au bout de chaque section ; il est \u00e9crit pour \u00eatre v\u00e9rifi\u00e9, chaque affirmation portant sa r\u00e9f\u00e9rence ; et il est \u00e9crit par un lecteur de tradition malikite, qui tient \u2014 comme Ibn \u2019Abd al-Barr, le grand malikite d\u2019Andalousie qui \u00e9crivit la biographie des trois imams \u2014 que les fondateurs des \u00e9coles sont une seule famille, et que l\u2019on n\u2019honore pas M\u00e2lik en rabaissant Ab\u00fb Han\u00eefah. Avant la conclusion, un chapitre r\u00e9pond aux objections et aux questions qui reviennent le plus souvent sur ce sujet \u2014 de la pr\u00e9tendue pr\u00e9f\u00e9rence de l\u2019imam pour son opinion contre le hadith aux stratag\u00e8mes juridiques, aux quatre \u00e9coles \u00ab qui divisent l\u2019islam \u00bb et \u00e0 la question de savoir s\u2019il faut suivre un madhhab.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Rep\u00e8res terminologiques<\/h3>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Fiqh<\/strong> \u2014 Litt\u00e9ralement la compr\u00e9hension ; techniquement, la science des r\u00e8gles pratiques de la religion tir\u00e9es de leurs preuves d\u00e9taill\u00e9es.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Us\u00fbl al-fiqh<\/strong> \u2014 Les fondements du droit : la science des sources et des r\u00e8gles de d\u00e9duction \u2014 objet du dossier quatorze.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Madhhab<\/strong> \u2014 Litt\u00e9ralement la voie ; l\u2019\u00e9cole de jurisprudence, avec ses fondateurs, ses m\u00e9thodes, ses livres et ses continuateurs.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Ra\u2019y<\/strong> \u2014 L\u2019opinion : le raisonnement du juriste l\u00e0 o\u00f9 le texte se tait, adoss\u00e9 aux textes et \u00e0 leurs causes.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Qiy\u00e2s<\/strong> \u2014 L\u2019analogie : \u00e9tendre la r\u00e8gle d\u2019un cas text\u00e9 \u00e0 un cas non text\u00e9 qui partage sa cause.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Istihs\u00e2n<\/strong> \u2014 La pr\u00e9f\u00e9rence juridique : \u00e9carter une analogie apparente au profit d\u2019une preuve plus forte \u2014 texte, consensus, n\u00e9cessit\u00e9, coutume.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>\u2019Urf<\/strong> \u2014 La coutume reconnue, source d\u2019interpr\u00e9tation des contrats et des mots.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Ijm\u00e2\u2019<\/strong> \u2014 Le consensus des savants d\u2019une \u00e9poque sur une r\u00e8gle.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>H\u00eelah, makhraj<\/strong> \u2014 Le stratag\u00e8me juridique \u2014 licite lorsqu\u2019il ouvre une issue permise, bl\u00e2mable lorsqu\u2019il contourne un interdit.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Z\u00e2hir ar-riw\u00e2yah<\/strong> \u2014 Les six livres de Muhammad ash-Shayb\u00e2n\u00ee transmis par des voies s\u00fbres, socle du madhhab hanafite.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Mujtahid, muqallid<\/strong> \u2014 Celui qui d\u00e9duit les r\u00e8gles des textes ; celui qui suit l\u2019avis d\u2019un savant sans en conna\u00eetre la preuve.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>S\u00e2hib\u00e2n<\/strong> \u2014 Les deux compagnons : Ab\u00fb Y\u00fbsuf et Muhammad ash-Shayb\u00e2n\u00ee, dont l\u2019avis commun l\u2019emporte souvent dans l\u2019\u00e9cole sur celui du ma\u00eetre.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Ahl ar-ra\u2019y, ahl al-had\u00eeth<\/strong> \u2014 Les gens de l\u2019opinion et les gens du hadith : deux temp\u00e9raments m\u00e9thodologiques, non deux partis \u2014 voir le dossier des t\u00e2bi\u2019\u00fbn.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Fatw\u00e2, qad\u00e2\u2019<\/strong> \u2014 L\u2019avis juridique donn\u00e9 \u00e0 qui l\u2019interroge ; le jugement rendu par le juge et ex\u00e9cutoire.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Shar\u00ee\u2019ah et fiqh<\/strong> \u2014 La Loi r\u00e9v\u00e9l\u00e9e elle-m\u00eame, et la compr\u00e9hension humaine que les juristes en ont : la premi\u00e8re est infaillible, la seconde est un effort.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Fard et w\u00e2jib<\/strong> \u2014 Chez les hanafites, l\u2019obligation \u00e9tablie par une preuve certaine et celle \u00e9tablie par une preuve probable \u2014 distinction propre \u00e0 l\u2019\u00e9cole.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Makr\u00fbh tahr\u00eem\u00ee<\/strong> \u2014 Le bl\u00e2mable proche de l\u2019interdit, \u00e9tabli par une preuve probable \u2014 autre cat\u00e9gorie propre \u00e0 l\u2019\u00e9cole.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Khabar al-w\u00e2hid<\/strong> \u2014 Le rapport isol\u00e9, transmis par une ou quelques voies, dont l\u2019\u00e9cole conditionne la r\u00e9ception.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Mut\u00fbn<\/strong> \u2014 Les textes de base d\u2019une \u00e9cole, appris par c\u0153ur avant d\u2019\u00eatre comment\u00e9s.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Introduction \u2014 Du texte \u00e9tabli \u00e0 la r\u00e8gle<\/h3>\n<p>Nos dossiers pr\u00e9c\u00e9dents ont conduit le lecteur jusqu\u2019au seuil d\u2019une question qu\u2019ils n\u2019ont pas encore trait\u00e9e. Le Coran est gard\u00e9, la Sunnah est authentifi\u00e9e ; mais un texte \u00e9tabli n\u2019est pas encore une r\u00e8gle. Le Livre ordonne la pri\u00e8re \u2014 combien, quand, comment, et que faire de celui qui oublie, qui doute, qui voyage, qui est malade ? La Sunnah interdit l\u2019usure \u2014 mais qu\u2019est-ce que l\u2019usure dans une vente \u00e0 terme, dans un \u00e9change de monnaies, dans un pr\u00eat de grain ? Le hadith authentique dit que l\u2019eau de la mer est pure \u2014 et l\u2019eau d\u2019un puits o\u00f9 tombe une souris ? Entre le texte et la vie se tient un travail que la Ummah nomme fiqh \u2014 la compr\u00e9hension \u2014 et qui consiste \u00e0 tirer des textes, avec m\u00e9thode, les r\u00e8gles des cas que les textes ne nomment pas. Ce travail commen\u00e7a du vivant du Proph\u00e8te \ufdfa, lorsque Mu\u2019\u00e2dh, envoy\u00e9 au Y\u00e9men, dit qu\u2019il jugerait par le Livre, puis par la Sunnah, puis par son effort de raisonnement sans n\u00e9gligence \u2014 et que le Proph\u00e8te \ufdfa loua cette r\u00e9ponse (rapport\u00e9 par Ab\u00fb D\u00e2w\u00fbd, n\u00b0 3592, et At-Tirmidh\u00ee ; les savants ont discut\u00e9 sa cha\u00eene tout en recevant son sens, attest\u00e9 par la pratique des compagnons). Il se poursuivit chez les Califes, dont le dossier trois a montr\u00e9 l\u2019ijtih\u00e2d, et chez les t\u00e2bi\u2019\u00fbn, dont le dossier cinq a d\u00e9crit les \u00e9coles r\u00e9gionales. Puis, au deuxi\u00e8me si\u00e8cle, il prit la forme qu\u2019il a gard\u00e9e : des \u00e9coles, autour de ma\u00eetres, avec des m\u00e9thodes, des \u00e9l\u00e8ves et des livres. Ce dossier ouvre l\u2019histoire de ces \u00e9coles par la premi\u00e8re dans le temps \u2014 celle de K\u00fbfah et d\u2019Ab\u00fb Han\u00eefah \u2014 et les trois suivants raconteront M\u00e2lik, ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee et Ahmad.<\/p>\n<p>Le Coran lui-m\u00eame a donn\u00e9 \u00e0 ce travail son nom et sa charte, dans un verset descendu au sujet de rumeurs colport\u00e9es \u00e0 M\u00e9dine :<\/p>\n<blockquote class=\"verset-encadre\">\n<p>\u00ab Lorsque leur parvient une nouvelle rassurante ou, au contraire, inqui\u00e9tante, ils s\u2019empressent de la propager plut\u00f4t que de la soumettre au Messager et \u00e0 ceux qui d\u00e9tiennent l\u2019autorit\u00e9 qui seuls sont en mesure de juger de son bien-fond\u00e9 et de l\u2019opportunit\u00e9 de la diffuser. Sans la gr\u00e2ce et la mis\u00e9ricorde d\u2019Allah, la plupart d\u2019entre vous suivraient certainement les suggestions de Satan. \u00bb<\/p>\n<p><cite>\u2014 Coran 4, 83<\/cite><\/p><\/blockquote>\n<p>Le mot que la traduction rend par \u00ab juger du bien-fond\u00e9 \u00bb est, en arabe, yastanbit\u00fbnahu \u2014 ceux qui savent extraire ; le verbe d\u00e9signe l\u2019action de faire jaillir l\u2019eau d\u2019un puits, et les savants des fondements y ont vu la charte de l\u2019istinb\u00e2t, l\u2019extraction des r\u00e8gles \u00e0 partir des sources par ceux qui en ont la science. Le fiqh n\u2019est donc pas une licence prise avec le texte : il est un art command\u00e9 par le texte, r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 ceux qui savent, et dont la mati\u00e8re premi\u00e8re est ce que les dossiers pr\u00e9c\u00e9dents ont \u00e9tabli.<\/p>\n<p>Une distinction s\u2019impose ici, que le lecteur non musulman doit tenir fermement, car la confusion entre les deux mots est la source de la plupart des malentendus sur l\u2019islam. La Shar\u00ee\u2019ah, c\u2019est la Loi r\u00e9v\u00e9l\u00e9e elle-m\u00eame \u2014 ce qu\u2019Allah a fait descendre dans le Coran et confi\u00e9 \u00e0 Son Messager \ufdfa \u2014 : elle est une, infaillible et ferm\u00e9e. Le fiqh, c\u2019est la compr\u00e9hension que les juristes ont de cette Loi \u2014 les r\u00e8gles qu\u2019ils en tirent, cas par cas, par une m\u00e9thode \u2014 : il est multiple, faillible, et toujours ouvert. Lorsqu\u2019un journaliste \u00e9crit que \u00ab la Shar\u00ee\u2019ah prescrit \u00bb telle r\u00e8gle de d\u00e9tail, il d\u00e9signe le plus souvent une position de fiqh, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019avis d\u2019une \u00e9cole, qu\u2019une autre \u00e9cole peut ne pas partager ; et lorsqu\u2019un musulman dit qu\u2019il suit la Shar\u00ee\u2019ah, il suit, pour tout ce que les textes n\u2019ont pas fix\u00e9 eux-m\u00eames, un fiqh \u2014 celui de son \u00e9cole. Les quatre imams dont cette s\u00e9rie va parler n\u2019ont pas fait la Loi : ils l\u2019ont comprise, et ils l\u2019ont dit avec humilit\u00e9 \u2014 \u00ab voici notre avis, le meilleur que nous ayons trouv\u00e9 \u00bb. Ce dossier raconte comment cette compr\u00e9hension s\u2019est organis\u00e9e en \u00e9coles, et pourquoi la premi\u00e8re d\u2019entre elles naquit \u00e0 K\u00fbfah.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Note de m\u00e9thode<\/h3>\n<p>La grille de la s\u00e9rie demeure : hadiths avec leur recueil, leur num\u00e9ro et leur degr\u00e9 ; paroles des imams et anecdotes rapport\u00e9es par les biographes signal\u00e9es comme telles. Une pr\u00e9cision s\u2019impose pour ce dossier et les trois suivants : les vies des imams nous sont parvenues par des livres de man\u00e2qib \u2014 les vertus \u2014, genre o\u00f9 l\u2019amour des disciples a parfois grossi les traits ; nous rapportons ce qui est solidement attest\u00e9, nous signalons ce qui est embelli, et nous ne cachons ni les critiques que l\u2019imam essuya de son temps ni les points o\u00f9 sa propre \u00e9cole s\u2019est \u00e9cart\u00e9e de lui. Les positions juridiques cit\u00e9es le sont d\u2019apr\u00e8s les livres de l\u2019\u00e9cole \u2014 Ab\u00fb Y\u00fbsuf, Muhammad ash-Shayb\u00e2n\u00ee, at-Tah\u00e2w\u00ee, al-Qud\u00fbr\u00ee, al-Margh\u00een\u00e2n\u00ee, Ibn \u2019\u00c2bid\u00een \u2014 et non d\u2019apr\u00e8s leurs adversaires. Et le lecteur retiendra, pour toute la suite, la r\u00e8gle que ce dossier posera en conclusion : les \u00e9coles sont des voies vers un m\u00eame but, et l\u2019on juge une voie \u00e0 sa fid\u00e9lit\u00e9 aux textes, non \u00e0 son \u00e9tiquette.<\/p>\n<h2 class=\"section-partie\">Premi\u00e8re partie \u2014 K\u00fbfah, l\u2019h\u00e9riti\u00e8re des gens de l\u2019opinion<\/h2>\n<h3>1. Une ville-garnison devenue \u00e9cole<\/h3>\n<p>K\u00fbfah fut fond\u00e9e en l\u2019an dix-sept, sur ordre de \u2019Umar, comme camp des arm\u00e9es d\u2019Irak \u2014 une ville neuve, sans pass\u00e9, peupl\u00e9e de tribus arabes enti\u00e8res et bient\u00f4t de Persans convertis, au carrefour des routes et des march\u00e9s. Le dossier des t\u00e2bi\u2019\u00fbn a racont\u00e9 comment \u2019Umar y envoya \u2019Abdull\u00e2h ibn Mas\u2019\u00fbd avec ces mots : je vous ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s en vous le donnant \u2014 et comment \u2019Al\u00ee en fit sa capitale. Il faut mesurer ce que cela repr\u00e9senta pour le droit. Ibn Mas\u2019\u00fbd \u00e9tait le compagnon qui avait pris soixante-dix sourates de la bouche du Proph\u00e8te \ufdfa, dont \u2019Umar disait qu\u2019il \u00e9tait \u00ab un sac plein de science \u00bb, et qui avait, sur la m\u00e9thode du juge, une doctrine formul\u00e9e avant tout le monde : celui qui doit trancher juge par le Livre d\u2019Allah ; s\u2019il n\u2019y trouve rien, par la Sunnah de Son Messager ; s\u2019il n\u2019y trouve rien, par ce qu\u2019ont jug\u00e9 les hommes vertueux ; et s\u2019il n\u2019y trouve rien, qu\u2019il fasse effort de son jugement, sans dire : je crains, car le licite est clair, l\u2019illicite est clair, et entre les deux des choses douteuses \u2014 laisse ce qui te fait douter pour ce qui ne te fait pas douter (rapport\u00e9 par An-Nas\u00e2\u2019\u00ee, n\u00b0 5397 ; authentique). Voil\u00e0, dans la bouche d\u2019un compagnon, la hi\u00e9rarchie des sources et la place du ra\u2019y : apr\u00e8s les textes, jamais avant. Autour de lui se form\u00e8rent ses \u00e9l\u00e8ves \u2014 \u2019Alqamah, dont on disait qu\u2019il ressemblait \u00e0 Ibn Mas\u2019\u00fbd comme Ibn Mas\u2019\u00fbd au Proph\u00e8te \ufdfa, al-Aswad, Masr\u00fbq \u2014 et \u00e0 leurs c\u00f4t\u00e9s le juge Shurayh, nomm\u00e9 par \u2019Umar, qui rendit la justice \u00e0 K\u00fbfah pendant pr\u00e8s de soixante ans : six d\u00e9cennies de cas tranch\u00e9s, de contrats interpr\u00e9t\u00e9s, de litiges r\u00e9gl\u00e9s dans une ville o\u00f9 tout \u00e9tait nouveau. Les historiens comptent par centaines les compagnons pass\u00e9s par K\u00fbfah ; \u2019Al\u00ee y ajouta son califat et sa science ; et lorsque mourut la g\u00e9n\u00e9ration des compagnons, la ville avait ce que nulle autre n\u2019avait au m\u00eame degr\u00e9 : une tradition de jugement.<\/p>\n<p>La g\u00e9n\u00e9ration suivante fit de cette tradition une \u00e9cole. Ibr\u00e2h\u00eem an-Nakha\u2019\u00ee, neveu d\u2019al-Aswad, mort vers quatre-vingt-seize, en fut la synth\u00e8se vivante : il tenait tout Ibn Mas\u2019\u00fbd par ses \u00e9l\u00e8ves directs, jugeait dans leur esprit, et ses avis, transmis sans qu\u2019il en \u00e9criv\u00eet une ligne, devinrent la mati\u00e8re de tout le fiqh k\u00fbfite. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de lui, ash-Sha\u2019b\u00ee, le savant universel de K\u00fbfah, qui disait ne pas \u00eatre un juriste mais un rapporteur et qui se moquait des questions hypoth\u00e9tiques \u2014 mot que l\u2019on retiendra, car il montre que K\u00fbfah elle-m\u00eame connaissait ses deux temp\u00e9raments. Puis vint Hamm\u00e2d ibn Ab\u00ee Sulaym\u00e2n, mort en cent vingt, \u00e9l\u00e8ve d\u2019Ibr\u00e2h\u00eem et ma\u00eetre de fiqh de toute la ville : c\u2019est \u00e0 sa porte qu\u2019un jeune marchand de soie nomm\u00e9 an-Nu\u2019m\u00e2n vint s\u2019asseoir, et n\u2019en bougea plus pendant dix-huit ans. La cha\u00eene est donc compl\u00e8te et nominative \u2014 le Proph\u00e8te \ufdfa, Ibn Mas\u2019\u00fbd et \u2019Al\u00ee, \u2019Alqamah et ses pairs, Ibr\u00e2h\u00eem, Hamm\u00e2d, Ab\u00fb Han\u00eefah \u2014 et le lecteur des dossiers pr\u00e9c\u00e9dents reconna\u00eet ici ce qu\u2019il a appris : en islam, une \u00e9cole n\u2019est pas une invention, elle est une transmission.<\/p>\n<p>Une sc\u00e8ne de la judicature de Shurayh m\u00e9rite d\u2019\u00eatre racont\u00e9e, car elle dit ce que fut la justice de K\u00fbfah et ce qu\u2019elle enseigna \u00e0 l\u2019\u00e9cole. \u2019Al\u00ee, calife, reconnut chez un juif du march\u00e9 une cuirasse qui lui avait appartenu et la r\u00e9clama ; le juif la dit sienne ; l\u2019affaire vint devant Shurayh, que \u2019Al\u00ee lui-m\u00eame avait confirm\u00e9 dans sa charge. Le juge demanda au calife ses preuves ; \u2019Al\u00ee produisit son fils al-Hasan et son affranchi Qanbar ; Shurayh re\u00e7ut le t\u00e9moignage de l\u2019affranchi et r\u00e9cusa celui du fils \u2014 le t\u00e9moignage d\u2019un fils pour son p\u00e8re n\u2019\u00e9tant pas admis \u2014 et il donna raison au juif contre le commandeur des croyants, rapportent les historiens ; le juif, boulevers\u00e9, s\u2019\u00e9cria que c\u2019\u00e9tait l\u00e0 la justice des proph\u00e8tes, embrassa l\u2019islam et rendit la cuirasse. Que la lettre du r\u00e9cit soit discut\u00e9e par les critiques, sa le\u00e7on est celle que l\u2019\u00e9cole de K\u00fbfah tira de soixante ann\u00e9es de judicature : devant le juge, le calife et le sujet, le musulman et le non-musulman sont des plaideurs, et la r\u00e8gle de preuve ne conna\u00eet pas les rangs. C\u2019est cette culture du tribunal \u2014 plus que toute th\u00e9orie \u2014 qui distingue K\u00fbfah de M\u00e9dine, o\u00f9 l\u2019on enseignait davantage qu\u2019on ne jugeait ; et c\u2019est elle que l\u2019on retrouve, un si\u00e8cle plus tard, dans le cercle d\u2019Ab\u00fb Han\u00eefah, o\u00f9 chaque question \u00e9tait trait\u00e9e comme un cas \u00e0 trancher.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> K\u00fbfah re\u00e7ut Ibn Mas\u2019\u00fbd et \u2019Al\u00ee, forma ses \u00e9l\u00e8ves, rendit la justice pendant soixante ans par Shurayh, et transmit par Ibr\u00e2h\u00eem an-Nakha\u2019\u00ee et Hamm\u00e2d une tradition de jugement compl\u00e8te \u2014 la cha\u00eene qui aboutit \u00e0 Ab\u00fb Han\u00eefah est nominative.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>2. Pourquoi K\u00fbfah raisonna : le vrai sens des \u00ab gens de l\u2019opinion \u00bb<\/h3>\n<p>Le dossier des t\u00e2bi\u2019\u00fbn a expos\u00e9 les causes ; il faut ici les rappeler et en corriger la caricature, car le nom de \u00ab gens de l\u2019opinion \u00bb a servi \u00e0 des accusations que les faits d\u00e9mentent. K\u00fbfah raisonna d\u2019abord par n\u00e9cessit\u00e9 : ville neuve et m\u00eal\u00e9e, elle posait chaque jour des questions que M\u00e9dine ne se posait pas \u2014 contrats de commerce entre Arabes et Persans, monnaies, terres conquises, statuts des convertis \u2014, et le juge ne pouvait renvoyer le plaideur \u00e0 un texte qui n\u2019existait pas ; il devait \u00e9tendre les textes existants par la cause qui les fonde. K\u00fbfah raisonna ensuite par prudence : terre de fitnah, elle vit les sectes fabriquer des hadiths, et ses ma\u00eetres, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019ils r\u00e9v\u00e9raient la Sunnah, durcirent leurs filtres \u2014 un rapport isol\u00e9 contredisant un verset g\u00e9n\u00e9ral, une pratique constante ou une r\u00e8gle \u00e9tablie leur paraissait suspect, non par m\u00e9pris du hadith mais par crainte du faux. Et K\u00fbfah raisonna par m\u00e9thode : ses ma\u00eetres cultiv\u00e8rent le fiqh hypoth\u00e9tique \u2014 \u00ab dis-moi, si un homme fait ceci ? \u00bb \u2014, cette casuistique pr\u00e9ventive qui fit sourire les M\u00e9dinois mais qui est, en r\u00e9alit\u00e9, la marque de tout droit m\u00fbr : pr\u00e9voir les cas avant qu\u2019ils ne surviennent, pour que le juge ne soit pas pris au d\u00e9pourvu. Il faut ajouter une v\u00e9rit\u00e9 que les caricatures oublient : le fiqh de K\u00fbfah est gorg\u00e9 de hadiths et d\u2019athar \u2014 ceux d\u2019Ibn Mas\u2019\u00fbd et de \u2019Al\u00ee, transmis par leurs \u00e9l\u00e8ves \u2014, et lorsque le K\u00fbfite prie sans lever les mains ailleurs qu\u2019\u00e0 l\u2019ouverture, il ne suit pas une opinion mais un athar d\u2019Ibn Mas\u2019\u00fbd ; les Kit\u00e2b al-\u00e2th\u00e2r d\u2019Ab\u00fb Y\u00fbsuf et de Muhammad ash-Shayb\u00e2n\u00ee, recueils de hadiths et de paroles de compagnons rapport\u00e9s par Ab\u00fb Han\u00eefah, en font foi. Ahl ar-ra\u2019y ne signifie pas \u00ab ceux qui pr\u00e9f\u00e8rent leur avis au hadith \u00bb ; cela signifie \u00ab ceux qui, l\u00e0 o\u00f9 les textes re\u00e7us se taisent, raisonnent \u2014 et qui le font beaucoup, parce que leur ville l\u2019exige \u00bb.<\/p>\n<p>Un exemple montrera comment travaillait le filtre k\u00fbfite sur le rapport isol\u00e9, et pourquoi il produisit des divergences que l\u2019on impute \u00e0 tort \u00e0 un m\u00e9pris du hadith. Un hadith rapporte que le Proph\u00e8te \ufdfa ordonna de refaire les ablutions \u00e0 qui a touch\u00e9 son sexe (rapport\u00e9 par Ab\u00fb D\u00e2w\u00fbd, n\u00b0 181, At-Tirmidh\u00ee et d\u2019autres ; jug\u00e9 authentique par beaucoup) ; un autre rapporte qu\u2019interrog\u00e9 sur ce point par Talq ibn \u2019Al\u00ee, il r\u00e9pondit que ce n\u2019est qu\u2019une partie du corps comme une autre (rapport\u00e9 par Ab\u00fb D\u00e2w\u00fbd, n\u00b0 182, et At-Tirmidh\u00ee). Les hanafites retinrent le second et \u00e9cart\u00e8rent le premier, non par caprice, mais par une r\u00e8gle : une chose qui touche chaque croyant plusieurs fois par jour \u2014 ce qu\u2019ils nomment \u00ab l\u2019\u00e9preuve g\u00e9n\u00e9rale \u00bb \u2014 aurait \u00e9t\u00e9 connue de tous et transmise massivement si elle avait \u00e9t\u00e9 prescrite ; qu\u2019elle ne le soit que par des voies isol\u00e9es est, \u00e0 leurs yeux, un indice contre elle, et le rapport de Talq, qui va dans le sens de la facilit\u00e9 et de la r\u00e8gle de base, l\u2019emporte. Les autres \u00e9coles r\u00e9pondirent que le premier hadith est mieux \u00e9tabli, que Talq \u00e9tait venu \u00e0 M\u00e9dine avant que la r\u00e8gle ne f\u00fbt donn\u00e9e, et qu\u2019un rapport isol\u00e9 authentique fait preuve m\u00eame sur une chose d\u2019usage g\u00e9n\u00e9ral. Le lecteur voit ici la nature exacte de la divergence : deux \u00e9coles, les m\u00eames textes, et une r\u00e8gle de r\u00e9ception diff\u00e9rente \u2014 celle de K\u00fbfah con\u00e7ue pour une terre de faux, celle du Hij\u00e2z pour une terre de transmission s\u00fbre. Ni l\u2019une ni l\u2019autre ne m\u00e9prise la Sunnah ; chacune la garde \u00e0 sa mani\u00e8re.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> K\u00fbfah raisonna par n\u00e9cessit\u00e9 \u2014 ville neuve \u2014, par prudence \u2014 terre de faux hadiths \u2014 et par m\u00e9thode \u2014 le fiqh hypoth\u00e9tique ; son droit est gorg\u00e9 d\u2019athar d\u2019Ibn Mas\u2019\u00fbd et de \u2019Al\u00ee : \u00ab gens de l\u2019opinion \u00bb d\u00e9signe un dosage, non un m\u00e9pris du hadith.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h2 class=\"section-partie\">Deuxi\u00e8me partie \u2014 La vie de l\u2019imam Ab\u00fb Han\u00eefah<\/h2>\n<h3>3. Le marchand de soie de K\u00fbfah<\/h3>\n<p>An-Nu\u2019m\u00e2n ibn Th\u00e2bit ibn Z\u00fbt\u00e2 naquit \u00e0 K\u00fbfah en l\u2019an quatre-vingt, sous le califat de \u2019Abd al-Malik, dans une famille de commer\u00e7ants d\u2019origine persane \u2014 son grand-p\u00e8re Z\u00fbt\u00e2, venu de Kaboul selon les biographes, avait embrass\u00e9 l\u2019islam et v\u00e9cu libre ; son p\u00e8re Th\u00e2bit aurait re\u00e7u, enfant, l\u2019invocation de \u2019Al\u00ee pour sa descendance, rapportent les biographes hanafites \u2014 r\u00e9cit \u00e9difiant dont la cha\u00eene est faible, et que nous mentionnons pour ce qu\u2019il dit de la m\u00e9moire de l\u2019\u00e9cole. L\u2019enfant grandit dans le n\u00e9goce de la soie et des \u00e9toffes, que sa famille pratiquait sur le grand march\u00e9 de K\u00fbfah, et il y acquit ce qui marquera toute sa vie : la connaissance concr\u00e8te des contrats, des monnaies et des usages du commerce \u2014 et une fortune qui lui donna, jusqu\u2019\u00e0 la fin, l\u2019ind\u00e9pendance envers les princes. Il vit, jeune homme, quelques compagnons encore vivants \u2014 Anas ibn M\u00e2lik \u00e0 Basrah, selon la majorit\u00e9 des biographes, ce qui lui vaut d\u2019\u00eatre compt\u00e9 parmi les t\u00e2bi\u2019\u00fbn au sens large, quoiqu\u2019il n\u2019ait rapport\u00e9 d\u2019eux aucun hadith \u00e9tabli \u2014 et il ne songeait pas \u00e0 la science. Le tournant nous est cont\u00e9 par lui-m\u00eame, rapportent les biographes : passant devant ash-Sha\u2019b\u00ee, le vieux ma\u00eetre le fit appeler, lui demanda chez qui il \u00e9tudiait, et, apprenant qu\u2019il ne fr\u00e9quentait que le march\u00e9, lui dit qu\u2019il voyait en lui de l\u2019intelligence et du mouvement, et qu\u2019il devait s\u2019attacher aux savants. Le jeune homme ob\u00e9it. Il commen\u00e7a par le kal\u00e2m \u2014 la th\u00e9ologie dialectique, alors en pleine vogue \u00e0 K\u00fbfah \u2014, y excella au point de d\u00e9battre \u00e0 Basrah, puis s\u2019en d\u00e9tourna avec une lucidit\u00e9 qu\u2019il expliqua lui-m\u00eame : ces gens, dit-il, discutent de ce sur quoi les compagnons ne discutaient pas, et il tourna toute sa force vers le fiqh \u2014 la science, disait-il, dont on tire son profit en ce monde et dans l\u2019autre. Le dossier des cultures a montr\u00e9 ce que fut ensuite la position des imams sur le kal\u00e2m ; Ab\u00fb Han\u00eefah en fut, pour l\u2019avoir pratiqu\u00e9, l\u2019un des premiers d\u00e9sabus\u00e9s.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> N\u00e9 en quatre-vingt \u00e0 K\u00fbfah dans une famille de marchands d\u2019origine persane, Ab\u00fb Han\u00eefah fut redirig\u00e9 vers la science par ash-Sha\u2019b\u00ee, t\u00e2ta du kal\u00e2m puis s\u2019en d\u00e9tourna pour le fiqh \u2014 gardant du march\u00e9 la connaissance des contrats et l\u2019ind\u00e9pendance de la fortune.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>4. La formation : dix-huit ans \u00e0 la porte de Hamm\u00e2d<\/h3>\n<p>Il choisit pour ma\u00eetre Hamm\u00e2d ibn Ab\u00ee Sulaym\u00e2n, le juriste de K\u00fbfah, et resta \u00e0 son \u00e9cole dix-huit ann\u00e9es \u2014 de vingt-deux \u00e0 quarante ans \u2014, ne le quittant que pour les p\u00e8lerinages. Cette fid\u00e9lit\u00e9 m\u00e9rite d\u2019\u00eatre comprise : elle n\u2019\u00e9tait pas paresse mais m\u00e9thode. Le fiqh ne s\u2019apprend pas dans les livres, qui n\u2019existaient pas encore ; il s\u2019apprend en \u00e9coutant un ma\u00eetre trancher des cas, jour apr\u00e8s jour, jusqu\u2019\u00e0 poss\u00e9der son art de raisonner comme on poss\u00e8de une langue. Les biographes rapportent que Hamm\u00e2d, absent deux mois de K\u00fbfah pour une affaire de famille, laissa son cercle \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e8ve, et que celui-ci r\u00e9pondit pendant ces deux mois \u00e0 soixante questions nouvelles \u2014 dont Hamm\u00e2d, \u00e0 son retour, approuva quarante et rectifia vingt ; Ab\u00fb Han\u00eefah jura alors de ne plus le quitter tant qu\u2019il vivrait. Ses voyages au Hij\u00e2z furent son autre \u00e9cole : il fit le p\u00e8lerinage, disent les biographes, plus de cinquante fois, et rencontra \u00e0 La Mecque et \u00e0 M\u00e9dine les ma\u00eetres de la transmission \u2014 \u2019At\u00e2\u2019 ibn Ab\u00ee Rab\u00e2h, qui lui demanda d\u2019o\u00f9 il \u00e9tait et, apprenant qu\u2019il venait de K\u00fbfah, s\u2019enquit s\u2019il \u00e9tait de ceux qui insultent les anciens ou nient le destin, et qui, rassur\u00e9, le fit asseoir pr\u00e8s de lui ; N\u00e2fi\u2019, l\u2019affranchi d\u2019Ibn \u2019Umar ; \u2019Amr ibn D\u00een\u00e2r ; les ma\u00eetres de Basrah, Qat\u00e2dah et Ayy\u00fbb. On lui attribue une parole c\u00e9l\u00e8bre au sujet de Ja\u2019far as-S\u00e2diq \u2014 \u00ab sans deux ann\u00e9es, an-Nu\u2019m\u00e2n aurait p\u00e9ri \u00bb \u2014 que nous rapportons comme les biographes tardifs la rapportent, sans cha\u00eene \u00e9tablie, et que les savants tiennent pour douteuse ; ce qui est \u00e9tabli, c\u2019est qu\u2019il rencontra le petit-fils d\u2019al-Husayn \u00e0 M\u00e9dine et le tint en haute estime, comme tous les gens de la Sunnah. Les biographes comptent ses ma\u00eetres par milliers \u2014 quatre mille, dit-on, chiffre de man\u00e2qib qui d\u00e9signe tous ceux dont il entendit un hadith \u2014 ; retenons plut\u00f4t ceci : lorsque Hamm\u00e2d mourut, en cent vingt, ses \u00e9l\u00e8ves se tourn\u00e8rent vers Ab\u00fb Han\u00eefah, et le marchand de quarante ans devint le ma\u00eetre de K\u00fbfah.<\/p>\n<p>Les biographes hanafites rapportent une rencontre qui, vraie ou embellie, r\u00e9sume l\u2019image que l\u2019\u00e9cole se fait de son fondateur. \u00c0 M\u00e9dine, Muhammad al-B\u00e2qir \u2014 le p\u00e8re de Ja\u2019far, arri\u00e8re-petit-fils de \u2019Al\u00ee \u2014 aurait accueilli le jeune K\u00fbfite avec froideur : tu es donc celui qui change la religion de mon a\u00efeul par l\u2019analogie ? Ab\u00fb Han\u00eefah lui aurait demand\u00e9 de s\u2019asseoir, puis lui aurait pos\u00e9 trois questions : qui est plus faible, l\u2019homme ou la femme ? \u2014 la femme ; et quelle est sa part d\u2019h\u00e9ritage ? \u2014 la moiti\u00e9 ; si je raisonnais par analogie, dit Ab\u00fb Han\u00eefah, je donnerais deux parts \u00e0 la femme \u2014 mais je suis le texte. La pri\u00e8re est-elle plus haute que le je\u00fbne ? \u2014 oui ; si je raisonnais par analogie, je dirais que la femme en menstrues rattrape la pri\u00e8re et non le je\u00fbne \u2014 mais je suis le texte, qui dit l\u2019inverse. L\u2019urine est-elle plus impure que le sperme ? \u2014 oui ; si je raisonnais par analogie, j\u2019imposerais le bain rituel pour l\u2019urine \u2014 mais je suis le texte. Al-B\u00e2qir se serait lev\u00e9 et l\u2019aurait embrass\u00e9. Le r\u00e9cit, que les critiques tiennent pour douteux dans sa cha\u00eene, est vrai dans sa doctrine : il \u00e9nonce, dans la bouche m\u00eame du ma\u00eetre de l\u2019analogie, la r\u00e8gle que toute son \u00e9cole professe \u2014 l\u2019analogie n\u2019a de place que l\u00e0 o\u00f9 le texte se tait, et elle se tait devant lui.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Dix-huit ans aupr\u00e8s de Hamm\u00e2d, des dizaines de p\u00e8lerinages au Hij\u00e2z chez \u2019At\u00e2\u2019, N\u00e2fi\u2019 et les ma\u00eetres de Basrah, et \u00e0 quarante ans, \u00e0 la mort de Hamm\u00e2d, la direction de l\u2019\u00e9cole de K\u00fbfah.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>5. Le ma\u00eetre et son cercle : la premi\u00e8re acad\u00e9mie de droit<\/h3>\n<p>Ce qui se passa alors dans la mosqu\u00e9e de K\u00fbfah n\u2019avait pas d\u2019\u00e9quivalent, et l\u2019on peut le d\u00e9crire avec pr\u00e9cision gr\u00e2ce aux r\u00e9cits des \u00e9l\u00e8ves. Ab\u00fb Han\u00eefah ne dictait pas un droit : il le faisait d\u00e9lib\u00e9rer. Une question \u00e9tait pos\u00e9e ; chacun des \u00e9l\u00e8ves \u2014 ils furent jusqu\u2019\u00e0 une quarantaine de ma\u00eetres form\u00e9s, disent les biographes, dont dix ou douze du premier rang \u2014 exposait son avis et ses preuves ; le ma\u00eetre \u00e9coutait, objectait, faisait objecter, parfois pendant des jours ; et lorsque la question \u00e9tait m\u00fbre, Ab\u00fb Han\u00eefah tranchait, et Ab\u00fb Y\u00fbsuf consignait la solution. Les historiens du droit ont vu dans cette m\u00e9thode la premi\u00e8re \u00e9laboration collective d\u2019un syst\u00e8me juridique ; les \u00e9l\u00e8ves y voyaient une \u00e9cole de rigueur, o\u00f9 nul avis n\u2019\u00e9tait re\u00e7u sans preuve, et o\u00f9 le ma\u00eetre lui-m\u00eame se laissait contredire \u2014 Zufar, le plus fort en analogie, lui tenait t\u00eate, et Ab\u00fb Y\u00fbsuf et Muhammad s\u2019\u00e9carteront de lui sur des centaines de questions sans qu\u2019il y ait rupture. Le ma\u00eetre fixa la r\u00e8gle de cette libert\u00e9 dans des paroles que l\u2019\u00e9cole a conserv\u00e9es comme sa charte. Il n\u2019est permis \u00e0 personne, disait-il, de donner un avis par notre parole tant qu\u2019il n\u2019en conna\u00eet pas la preuve ; et : voici notre avis, le meilleur que nous ayons trouv\u00e9 \u2014 que celui qui en apporte un meilleur nous le donne, il sera plus juste que le n\u00f4tre ; et cette parole que le dossier de la Sunnah a cit\u00e9e : lorsque le hadith est authentique, il est mon \u00e9cole. Il fut aussi le ma\u00eetre qui nourrissait ses \u00e9l\u00e8ves : Ab\u00fb Y\u00fbsuf, pauvre, dut un temps quitter le cercle pour travailler ; Ab\u00fb Han\u00eefah le rappela et pourvut \u00e0 sa famille pendant des ann\u00e9es, rapportent les biographes \u2014 et de cet \u00e9l\u00e8ve sortit le premier grand juge de l\u2019empire. Quant \u00e0 l\u2019homme, les r\u00e9cits concordent sur trois traits. La pi\u00e9t\u00e9 : ses nuits de pri\u00e8re et ses lectures du Coran sont d\u00e9crites par ses contemporains, avec des chiffres \u2014 quarante ans sans dormir la nuit \u2014 que les biographes eux-m\u00eames ont parfois jug\u00e9s grossis, mais dont le fond est attest\u00e9 par ceux qui v\u00e9curent avec lui. Le scrupule dans le commerce : un jour qu\u2019une femme vint acheter une \u00e9toffe et qu\u2019il apprit qu\u2019un associ\u00e9 avait vendu sans signaler un d\u00e9faut, il donna en aum\u00f4ne tout le produit de la vente, rapportent les biographes ; et il refusait le b\u00e9n\u00e9fice sur ce dont il doutait. Et la dignit\u00e9 : il ne se rendait chez les princes que contraint, et l\u2019on va voir ce qu\u2019il lui en co\u00fbta.<\/p>\n<p>Deux t\u00e9moignages ext\u00e9rieurs disent la r\u00e9putation de ce cercle. Le premier est celui d\u2019al-Awz\u00e2\u2019\u00ee, le grand juriste du Ch\u00e2m, qui tenait Ab\u00fb Han\u00eefah pour un innovateur sur la foi de ce qu\u2019on lui en disait ; Ibn al-Mub\u00e2rak, qui fr\u00e9quentait les deux, lui pr\u00e9senta un cahier de questions difficiles r\u00e9solues avec leurs preuves, sans nommer l\u2019auteur ; al-Awz\u00e2\u2019\u00ee, admiratif, demanda de qui c\u2019\u00e9tait \u2014 d\u2019un ma\u00eetre d\u2019Irak que j\u2019ai rencontr\u00e9, r\u00e9pondit Ibn al-Mub\u00e2rak \u2014 puis, apr\u00e8s plusieurs jours de lecture : ce ma\u00eetre est un homme \u00e9minent, va et prends de lui ; c\u2019est an-Nu\u2019m\u00e2n ibn Th\u00e2bit, dit alors Ibn al-Mub\u00e2rak \u2014 et al-Awz\u00e2\u2019\u00ee, rapportent les biographes, changea d\u2019avis et le tint d\u00e8s lors pour un imam. Le second est celui de Yahy\u00e2 ibn Sa\u2019\u00eed al-Qatt\u00e2n, le fondateur de la critique du hadith que le dossier huit a pr\u00e9sent\u00e9 et que nul ne soup\u00e7onnera d\u2019indulgence envers les gens de l\u2019opinion : nous ne mentirons pas devant Allah, disait-il, nous n\u2019avons pas entendu d\u2019avis meilleur que celui d\u2019Ab\u00fb Han\u00eefah, et nous avons pris la plupart de ses paroles. Les biographes comptent en dizaines de milliers les questions trait\u00e9es dans le cercle \u2014 soixante mille, quatre-vingt-trois mille, chiffres de man\u00e2qib qui disent l\u2019ampleur plus que le compte \u2014, et ils d\u00e9crivent une m\u00e9thode de classement par chapitres qui pr\u00e9figure les livres de l\u2019\u00e9cole : la purification, la pri\u00e8re, la zak\u00e2t, le je\u00fbne, le p\u00e8lerinage, puis les transactions et les contrats, la famille, les successions, les peines, la judicature. Il faut ajouter, pour comprendre la propagation ult\u00e9rieure, une diff\u00e9rence de temp\u00e9rament entre le ma\u00eetre et ses \u00e9l\u00e8ves : Ab\u00fb Han\u00eefah refusa toute charge ; Ab\u00fb Y\u00fbsuf en accepta la plus haute, et Muhammad fut juge de Raqqah. Le ma\u00eetre avait refus\u00e9 de servir un pouvoir qu\u2019il tenait pour injuste ; les \u00e9l\u00e8ves jug\u00e8rent que la justice se rend mieux de l\u2019int\u00e9rieur, et le calife H\u00e2r\u00fbn, dont les biographes vantent la pi\u00e9t\u00e9, n\u2019\u00e9tait pas al-Mans\u00fbr. Les deux attitudes ont leurs preuves, et l\u2019\u00e9cole les a port\u00e9es toutes deux : l\u2019ind\u00e9pendance du fondateur et l\u2019institution des disciples \u2014 et c\u2019est par la seconde qu\u2019elle devint le droit d\u2019un empire.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Ab\u00fb Han\u00eefah fit d\u00e9lib\u00e9rer le droit dans son cercle avant de trancher, laissa ses \u00e9l\u00e8ves le contredire, exigea la preuve de tout avis et se soumit d\u2019avance au hadith authentique \u2014 un ma\u00eetre pieux, scrupuleux en affaires, et libre.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>6. L\u2019\u00e9preuve et la mort<\/h3>\n<p>Les deux dynasties qu\u2019il connut voulurent son nom, et il le leur refusa. Sous les Umayyades, le gouverneur d\u2019Irak Ibn Hubayrah lui proposa la charge de juge, ou du moins celle d\u2019administrer le tr\u00e9sor ; il refusa, fut flagell\u00e9 \u2014 cent dix coups, rapportent les biographes, \u00e0 raison de dix par jour \u2014 et, tenant bon, fut rel\u00e2ch\u00e9 ; il quitta K\u00fbfah pour La Mecque, o\u00f9 il enseigna plusieurs ann\u00e9es. Sous les Abbassides, qu\u2019il avait vus renverser les Umayyades avec l\u2019espoir que partageaient bien des savants, il fut d\u00e9\u00e7u plus durement encore. Il avait, rapportent les historiens, soutenu la r\u00e9volte de Zayd ibn \u2019Al\u00ee en l\u2019an cent vingt-deux \u2014 le dossier des sectes a racont\u00e9 cet \u00e9pisode \u2014 et il soutint plus tard, par ses dons et ses avis, celle de Muhammad an-Nafs az-Zakiyyah contre al-Mans\u00fbr : car Ab\u00fb Han\u00eefah tenait que l\u2019all\u00e9geance donn\u00e9e sous la contrainte ne liait pas, et il ne cacha pas son opinion. Al-Mans\u00fbr, ayant fond\u00e9 Bagdad, l\u2019y fit venir et lui offrit la charge de grand juge ; il refusa ; le calife jura qu\u2019il accepterait, l\u2019imam jura qu\u2019il n\u2019accepterait pas \u2014 et l\u2019on rapporte qu\u2019il dit au calife que celui-ci cherchait un homme dont il ferait ce qu\u2019il voudrait, et qu\u2019il ne serait pas cet homme. Il fut emprisonn\u00e9 \u00e0 Bagdad, et il y mourut en l\u2019an cent cinquante, \u00e0 soixante-dix ans \u2014 en prison selon les uns, peu apr\u00e8s en \u00eatre sorti selon d\u2019autres, empoisonn\u00e9 selon certains r\u00e9cits que les historiens rapportent sans les garantir. Les biographes disent que cinquante mille personnes pri\u00e8rent sur lui, que l\u2019on refit la pri\u00e8re six fois pour laisser passer la foule, et qu\u2019al-Mans\u00fbr lui-m\u00eame vint prier sur sa tombe. Il fut enterr\u00e9 \u00e0 Bagdad, o\u00f9 son mausol\u00e9e est encore. La m\u00eame ann\u00e9e cent cinquante naissait \u00e0 Gaza l\u2019enfant qui devait r\u00e9concilier les \u00e9coles : ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee.<\/p>\n<p>Ses contemporains l\u2019ont jug\u00e9, et il faut rapporter les deux voix, car la science ne se construit pas sur l\u2019hagiographie. Les \u00e9loges d\u2019abord, qui viennent d\u2019hommes que nul ne soup\u00e7onnera de complaisance : M\u00e2lik, interrog\u00e9 sur lui, dit qu\u2019il \u00e9tait d\u2019une intelligence telle que s\u2019il avait voulu vous convaincre que ce pilier est en or, il en aurait fourni la preuve ; ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee dit que les gens, en fiqh, sont les enfants d\u2019Ab\u00fb Han\u00eefah, et qu\u2019il n\u2019avait vu personne de plus savant en droit ; Ibn al-Mub\u00e2rak le tenait pour le plus vers\u00e9 des hommes en fiqh ; et Yahy\u00e2 ibn Ma\u2019\u00een, le s\u00e9v\u00e8re critique, le d\u00e9clara v\u00e9ridique, digne de confiance, et n\u2019ayant jamais \u00e9t\u00e9 soup\u00e7onn\u00e9 de mensonge. Les critiques ensuite, qu\u2019il faut nommer : des ma\u00eetres du hadith lui reproch\u00e8rent sa faiblesse dans la transmission \u2014 non qu\u2019il ment\u00eet, mais qu\u2019il ne f\u00fbt pas de ceux qui gardent les cha\u00eenes avec la pr\u00e9cision d\u2019un muhaddith, et qu\u2019il f\u00eet usage du raisonnement l\u00e0 o\u00f9 ils auraient voulu un texte ; certains lui reproch\u00e8rent l\u2019irj\u00e2\u2019 des juristes, dont le dossier des sectes a expliqu\u00e9 qu\u2019il portait sur la d\u00e9finition de la foi et non sur les \u0153uvres ; et al-Khat\u00eeb al-Baghd\u00e2d\u00ee, au cinqui\u00e8me si\u00e8cle, rassembla dans son histoire de Bagdad un chapitre entier de ces critiques, qui fit scandale et suscita des r\u00e9futations hanafites pendant des si\u00e8cles. La balance des savants \u00e9quitables est celle d\u2019adh-Dhahab\u00ee, qui \u00e9crivit la biographie de l\u2019imam avec ses \u00e9loges et ses critiques, et conclut qu\u2019Ab\u00fb Han\u00eefah fut un imam de la religion, v\u00e9ridique, pieux, dont le fiqh fit le tour de la terre, et qu\u2019un homme peut \u00eatre un ma\u00eetre du droit sans \u00eatre un ma\u00eetre de la cha\u00eene ; et celle d\u2019Ibn \u2019Abd al-Barr, le malikite, qui rapporta les critiques puis observa que nul imam n\u2019en avait \u00e9t\u00e9 exempt \u2014 M\u00e2lik et ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee compris \u2014 et que l\u2019envie des contemporains n\u2019est pas une preuve. Le lecteur retiendra le portrait tel qu\u2019il ressort de tout cela : un homme d\u2019une intelligence hors du commun, d\u2019une pi\u00e9t\u00e9 attest\u00e9e, d\u2019un courage qui lui co\u00fbta la libert\u00e9, fort dans le droit, moins fort dans le hadith que ceux dont c\u2019\u00e9tait le m\u00e9tier, et honor\u00e9 de ses adversaires eux-m\u00eames.<\/p>\n<p>Deux d\u00e9tails compl\u00e8tent le tableau de son ind\u00e9pendance. Al-Mans\u00fbr, avant la prison, lui fit porter trente mille dirhams ; Ab\u00fb Han\u00eefah les rendit, rapportent les biographes, et lorsqu\u2019on lui demanda pourquoi, il r\u00e9pondit qu\u2019il ne voulait rien devoir \u2014 ou, selon une autre version, il les accepta pour ne pas offenser, les mit sous scell\u00e9s sans y toucher et les fit rendre \u00e0 sa mort, en disant \u00e0 ses proches : j\u2019\u00e9tais d\u00e9positaire, je ne les ai jamais tenus pour miens. Et lorsque le calife lui demanda pourquoi il refusait de juger, il r\u00e9pondit \u2014 rapportent les m\u00eames sources \u2014 qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas apte, et comme le calife l\u2019accusait de mentir, il r\u00e9pliqua que le commandeur des croyants venait de trancher lui-m\u00eame : si je mens, je ne suis pas apte \u00e0 juger, et si je dis vrai, je viens de dire que je ne le suis pas. Al-Mans\u00fbr le fit emprisonner. L\u2019homme qui avait pass\u00e9 sa vie \u00e0 fonder un droit refusa jusqu\u2019au bout d\u2019\u00eatre l\u2019instrument par lequel on l\u2019applique sous contrainte \u2014 et l\u2019\u00e9cole, qui devint pourtant le droit des princes, n\u2019a jamais effac\u00e9 ce refus de sa m\u00e9moire : elle en a fait le portrait de son fondateur.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Flagell\u00e9 sous les Umayyades, emprisonn\u00e9 sous al-Mans\u00fbr pour avoir refus\u00e9 la charge de juge, mort en cent cinquante \u00e0 Bagdad ; lou\u00e9 par M\u00e2lik, ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee et Ibn Ma\u2019\u00een, critiqu\u00e9 par des ma\u00eetres du hadith, jug\u00e9 par adh-Dhahab\u00ee avec \u00e9quit\u00e9 : un imam du droit, non de la cha\u00eene.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h2 class=\"section-partie\">Troisi\u00e8me partie \u2014 Les caract\u00e9ristiques de l\u2019\u00e9cole hanafite<\/h2>\n<h3>7. Les sources selon Ab\u00fb Han\u00eefah : sa m\u00e9thode par lui-m\u00eame<\/h3>\n<p>Il est rare qu\u2019un fondateur d\u2019\u00e9cole ait d\u00e9crit sa propre m\u00e9thode ; Ab\u00fb Han\u00eefah l\u2019a fait, et sa d\u00e9claration, rapport\u00e9e par al-Khat\u00eeb et d\u2019autres, est la r\u00e9ponse la plus courte \u00e0 la plupart des accusations. Je prends, dit-il, le Livre d\u2019Allah ; ce que je n\u2019y trouve pas, je le prends de la Sunnah du Messager d\u2019Allah \ufdfa ; ce que je ne trouve ni dans le Livre ni dans la Sunnah, je le prends des paroles des compagnons \u2014 je prends de qui je veux parmi eux et je laisse qui je veux, mais je ne sors pas de leur parole pour celle d\u2019un autre ; et lorsque l\u2019affaire parvient \u00e0 Ibr\u00e2h\u00eem, ash-Sha\u2019b\u00ee, Ibn S\u00eer\u00een, al-Hasan, \u2019At\u00e2\u2019 et Sa\u2019\u00eed ibn al-Musayyib \u2014 et il en nomma d\u2019autres \u2014, alors ce sont des hommes qui ont fait effort de raisonnement, et je fais effort comme ils ont fait effort. Tout le fiqh hanafite est dans cet ordre : le Coran, la Sunnah, les compagnons sans jamais les quitter pour un autre, et le raisonnement seulement au rang des t\u00e2bi\u2019\u00fbn \u2014 c\u2019est-\u00e0-dire l\u00e0 o\u00f9 les hommes de la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration avaient eux-m\u00eames raisonn\u00e9. Ce qui distingue l\u2019\u00e9cole n\u2019est donc pas le rang des sources mais la mani\u00e8re de les lire, et il faut d\u00e9crire cette mani\u00e8re, car c\u2019est elle qui explique les divergences. Le hadith isol\u00e9 \u2014 \u00e2h\u00e2d \u2014 est re\u00e7u, mais l\u2019\u00e9cole lui pose des conditions que d\u2019autres \u00e9coles ne posent pas au m\u00eame degr\u00e9 : qu\u2019il ne contredise pas le sens g\u00e9n\u00e9ral d\u2019un verset, ni une pratique constante, ni une r\u00e8gle \u00e9tablie par un texte plus fort ; qu\u2019il ne porte pas sur une chose que tous auraient d\u00fb conna\u00eetre si elle avait \u00e9t\u00e9 vraie \u2014 les hanafites disent \u00ab ce dont l\u2019\u00e9preuve est g\u00e9n\u00e9rale \u00bb \u2014, car une r\u00e8gle touchant chaque croyant chaque jour ne peut avoir \u00e9t\u00e9 transmise par une seule voie ; et que son rapporteur ne l\u2019ait pas contredit par sa propre pratique. Le hadith mursal, dont le compagnon manque, est re\u00e7u si le t\u00e2bi\u2019\u00ee est fiable \u2014 comme chez M\u00e2lik, contre la r\u00e9serve d\u2019ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee. Et les paroles des compagnons font preuve, l\u2019imam refusant, par principe, qu\u2019un avis de t\u00e2bi\u2019\u00ee ou le sien pr\u00e9val\u00fbt sur celui d\u2019un homme qui avait vu le Proph\u00e8te \ufdfa. Ces r\u00e8gles ne sont pas des \u00e9chappatoires : elles sont des filtres, con\u00e7us dans une ville o\u00f9 l\u2019on forgeait des hadiths, et le lecteur qui les conna\u00eet comprend pourquoi K\u00fbfah et M\u00e9dine, tenant les m\u00eames sources, ont parfois conclu diff\u00e9remment.<\/p>\n<p>Un trait propre \u00e0 l\u2019\u00e9cole, que le lecteur rencontrera dans tout livre hanafite, d\u00e9coule directement de ces filtres : la distinction entre le fard et le w\u00e2jib. Les autres \u00e9coles classent les actes en cinq cat\u00e9gories \u2014 obligatoire, recommand\u00e9, permis, bl\u00e2mable, interdit ; les hanafites en distinguent sept ou huit, parce qu\u2019ils tiennent que la force d\u2019une obligation d\u00e9pend de la force de sa preuve. Ce qui est \u00e9tabli par une preuve certaine \u2014 un verset ou un hadith massivement transmis \u2014 est fard : le nier est m\u00e9cr\u00e9ance, l\u2019omettre invalide l\u2019acte. Ce qui est \u00e9tabli par une preuve probable \u2014 un rapport isol\u00e9 authentique \u2014 est w\u00e2jib : l\u2019omettre est un p\u00e9ch\u00e9, mais ne fait sortir ni de la foi ni, toujours, de la validit\u00e9. L\u2019exemple le plus visible touche la pri\u00e8re : le Coran dit de r\u00e9citer ce qui est ais\u00e9 du Coran (Coran 73, 20), preuve certaine ; le hadith dit que la pri\u00e8re n\u2019est pas valable sans la F\u00e2tiha (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 756), preuve isol\u00e9e \u2014 les hanafites tiennent donc que r\u00e9citer du Coran est fard et que r\u00e9citer la F\u00e2tiha est w\u00e2jib : la pri\u00e8re o\u00f9 l\u2019on a r\u00e9cit\u00e9 autre chose que la F\u00e2tiha est valide mais fautive. Les autres \u00e9coles, qui tiennent le rapport isol\u00e9 authentique pour une preuve suffisante \u00e0 fonder une obligation pleine, disent que sans la F\u00e2tiha la pri\u00e8re est nulle. Sym\u00e9triquement, l\u2019interdit \u00e9tabli par preuve certaine est har\u00e2m, celui qu\u2019\u00e9tablit une preuve probable est makr\u00fbh tahr\u00eem\u00ee \u2014 bl\u00e2mable au point de l\u2019interdit. Ce syst\u00e8me n\u2019est pas une subtilit\u00e9 gratuite : il est la traduction, dans le classement des actes, d\u2019une th\u00e9orie de la preuve, et il rend les jugements de l\u2019\u00e9cole plus gradu\u00e9s que ceux des autres \u2014 ce qui explique, au passage, que les hanafites soient r\u00e9put\u00e9s s\u00e9v\u00e8res sur les obligations et prudents sur les invalidations.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Le Livre, la Sunnah, les compagnons sans jamais les quitter, le raisonnement au rang des t\u00e2bi\u2019\u00fbn : Ab\u00fb Han\u00eefah a d\u00e9crit lui-m\u00eame sa hi\u00e9rarchie ; ce qui distingue son \u00e9cole, ce sont ses filtres sur le hadith isol\u00e9, non le rang des sources.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>8. Les instruments : analogie, pr\u00e9f\u00e9rence, coutume \u2014 et la question des stratag\u00e8mes<\/h3>\n<p>L\u00e0 o\u00f9 les textes se taisent, l\u2019\u00e9cole raisonne avec des instruments qu\u2019elle a port\u00e9s \u00e0 un degr\u00e9 de finesse que les autres \u00e9coles ont ensuite adopt\u00e9, chacune \u00e0 sa mesure. L\u2019analogie \u2014 qiy\u00e2s \u2014 d\u2019abord : on identifie la cause d\u2019une r\u00e8gle text\u00e9e et on l\u2019\u00e9tend au cas semblable. Le Proph\u00e8te \ufdfa a interdit d\u2019\u00e9changer l\u2019or contre l\u2019or et le bl\u00e9 contre le bl\u00e9 sinon en quantit\u00e9s \u00e9gales et de la main \u00e0 la main (Sah\u00eeh Muslim, n\u00b0 1587) : quelle est la cause ? Les hanafites r\u00e9pondent \u2014 le fait d\u2019\u00eatre pes\u00e9 ou mesur\u00e9 \u2014, et ils \u00e9tendent la r\u00e8gle \u00e0 tout ce qui se p\u00e8se ou se mesure ; les sh\u00e2fi\u2019ites r\u00e9pondent \u2014 le fait d\u2019\u00eatre monnaie ou aliment \u2014, et ils l\u2019\u00e9tendent autrement ; la divergence vient de la lecture de la cause, non d\u2019un m\u00e9pris du texte. La pr\u00e9f\u00e9rence \u2014 istihs\u00e2n \u2014 ensuite, instrument propre \u00e0 l\u2019\u00e9cole et mal compris : il ne s\u2019agit pas de pr\u00e9f\u00e9rer ce qui pla\u00eet, mais d\u2019\u00e9carter une analogie apparente au profit d\u2019une preuve plus forte \u2014 un texte, un consensus, une n\u00e9cessit\u00e9, une coutume. Deux exemples le rendent clair. L\u2019analogie voudrait qu\u2019on ne puisse vendre ce que l\u2019on ne poss\u00e8de pas ; or le Proph\u00e8te \ufdfa a autoris\u00e9 la vente \u00e0 livrer \u2014 le salam, o\u00f9 l\u2019on paie d\u2019avance une r\u00e9colte future (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 2240) \u2014 : le texte l\u2019emporte sur l\u2019analogie, et le contrat est licite. L\u2019analogie voudrait de m\u00eame qu\u2019on ne puisse commander un objet qui n\u2019existe pas encore ; or les hommes ont toujours command\u00e9 au forgeron une \u00e9p\u00e9e et au tisserand une \u00e9toffe, et interdire ce contrat ruinerait les m\u00e9tiers : la coutume et la n\u00e9cessit\u00e9 l\u2019emportent, et l\u2019istisn\u00e2\u2019 \u2014 le contrat de fabrication \u2014 est licite par istihs\u00e2n. La coutume \u2014 \u2019urf \u2014 enfin, que l\u2019\u00e9cole tient pour la clef des contrats et des mots : lorsqu\u2019un homme jure de ne pas manger de \u00ab viande \u00bb, a-t-il jur\u00e9 de ne pas manger de poisson ? L\u2019\u00e9cole r\u00e9pond selon l\u2019usage de sa langue et de son pays, non selon les dictionnaires ; et cette attention \u00e0 l\u2019usage a fait du fiqh hanafite le droit des march\u00e9s et des villes.<\/p>\n<p>Reste un point que les adversaires de l\u2019\u00e9cole ont exploit\u00e9 et qu\u2019il faut traiter sans d\u00e9tour : les stratag\u00e8mes juridiques, hiyal. Le mot recouvre deux choses que les savants ont soigneusement distingu\u00e9es. Il y a le stratag\u00e8me licite \u2014 les hanafites disent plut\u00f4t makhraj, l\u2019issue \u2014, qui consiste \u00e0 atteindre un but permis par une voie permise, en \u00e9vitant un interdit : le mod\u00e8le en est proph\u00e9tique, puisque le Proph\u00e8te \ufdfa, apprenant que Bil\u00e2l avait \u00e9chang\u00e9 deux mesures de mauvaises dattes contre une de bonnes, d\u00e9clara cela usuraire et lui indiqua l\u2019issue \u2014 vends les mauvaises contre des dirhams, puis ach\u00e8te les bonnes avec les dirhams (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 2201-2202) ; Muhammad ash-Shayb\u00e2n\u00ee consacra un livre \u00e0 ces issues, et nul juriste ne les a jamais bl\u00e2m\u00e9es. Et il y a le stratag\u00e8me illicite, qui atteint un but interdit par une voie qui en a l\u2019apparence permise \u2014 \u00e9pouser une femme pour la rendre licite \u00e0 son premier mari, donner un bien avant l\u2019\u00e9ch\u00e9ance de la zak\u00e2t pour ne pas la payer, pr\u00eater avec un \u00ab cadeau \u00bb qui est un int\u00e9r\u00eat d\u00e9guis\u00e9 \u2014, et celui-l\u00e0, l\u2019\u00e9cole le condamne comme toutes les autres, et Ibn Taymiyyah, dans le grand trait\u00e9 qu\u2019il lui consacra, montra que les hanafites qui l\u2019auraient admis contredisaient leurs propres ma\u00eetres. Le reproche fait \u00e0 l\u2019\u00e9cole tient \u00e0 ce que ses livres, plus casuistiques que les autres, d\u00e9crivent les deux sortes avec le m\u00eame soin ; mais d\u00e9crire une fraude pour la reconna\u00eetre n\u2019est pas l\u2019autoriser, et le dossier du hadith a montr\u00e9 que les savants faisaient de m\u00eame avec les faux.<\/p>\n<p>Il faut dire un mot de l\u2019actualit\u00e9 de ces instruments, car ils ne sont pas des pi\u00e8ces de mus\u00e9e. Le salam et l\u2019istisn\u00e2\u2019 \u2014 la vente \u00e0 livrer et le contrat de fabrication \u2014 que l\u2019\u00e9cole valida par le texte et par la pr\u00e9f\u00e9rence sont aujourd\u2019hui deux des principaux instruments de la finance islamique, employ\u00e9s pour financer les r\u00e9coltes et les constructions sans int\u00e9r\u00eat ; la th\u00e9orie hanafite de la coutume commerciale sert aux juristes contemporains pour qualifier des contrats que nul texte ancien n\u2019a nomm\u00e9s ; et la distinction de l\u2019issue licite et de la fraude est pr\u00e9cis\u00e9ment celle que les comit\u00e9s de jurisprudence appliquent lorsqu\u2019ils examinent un produit bancaire \u2014 est-ce une voie permise vers un but permis, ou un int\u00e9r\u00eat d\u00e9guis\u00e9 ? Le lecteur qui veut comprendre pourquoi une banque islamique ach\u00e8te un bien pour le revendre \u00e0 cr\u00e9dit au lieu de pr\u00eater avec int\u00e9r\u00eat trouve la r\u00e9ponse dans le chapitre des ventes de Muhammad ash-Shayb\u00e2n\u00ee, \u00e9crit au deuxi\u00e8me si\u00e8cle. Un droit qui se laisse ainsi transporter de K\u00fbfah \u00e0 la finance mondiale n\u2019est pas un droit mort ; c\u2019est un droit qui a des principes.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Analogie par la cause, pr\u00e9f\u00e9rence par une preuve plus forte \u2014 le salam, la commande \u2014, coutume comme clef des contrats ; et les stratag\u00e8mes distingu\u00e9s : l\u2019issue licite, dont le mod\u00e8le est proph\u00e9tique, et la fraude, que l\u2019\u00e9cole condamne avec les autres.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>9. Les \u00e9l\u00e8ves, les livres et la hi\u00e9rarchie du madhhab<\/h3>\n<p>Un fondateur ne fait pas une \u00e9cole ; ses \u00e9l\u00e8ves la font, et ceux d\u2019Ab\u00fb Han\u00eefah furent parmi les plus grands juristes de l\u2019islam. Ab\u00fb Y\u00fbsuf, Ya\u2019q\u00fbb ibn Ibr\u00e2h\u00eem al-Ans\u00e2r\u00ee, mort en cent quatre-vingt-deux, fut le premier grand juge de l\u2019empire \u2014 q\u00e2d\u00ee al-qud\u00e2t \u2014 sous H\u00e2r\u00fbn ar-Rash\u00eed, et c\u2019est \u00e0 lui que le calife demanda le Kit\u00e2b al-Khar\u00e2j, trait\u00e9 des finances publiques, de l\u2019imp\u00f4t foncier et des droits des sujets, qui est aussi un miroir des princes d\u2019une libert\u00e9 de ton remarquable : il y rappelle au commandeur des croyants qu\u2019il r\u00e9pondra devant Allah de chaque homme l\u00e9s\u00e9. Muhammad ibn al-Hasan ash-Shayb\u00e2n\u00ee, mort en cent quatre-vingt-neuf, fut l\u2019\u00e9crivain de l\u2019\u00e9cole : ses six livres \u2014 al-Asl ou al-Mabs\u00fbt, al-J\u00e2mi\u2019 as-sagh\u00eer, al-J\u00e2mi\u2019 al-kab\u00eer, az-Ziy\u00e2d\u00e2t, as-Siyar as-sagh\u00eer et as-Siyar al-kab\u00eer \u2014 transmis par des voies s\u00fbres, forment le z\u00e2hir ar-riw\u00e2yah, la \u00ab transmission manifeste \u00bb, socle de tout le madhhab ; les deux Siyar, consacr\u00e9s \u00e0 la conduite de la guerre, aux trait\u00e9s, aux ambassades et aux prisonniers, sont tenus par les historiens pour le premier trait\u00e9 de droit des gens que l\u2019humanit\u00e9 ait \u00e9crit. Et Muhammad fut un pont : il alla \u00e0 M\u00e9dine \u00e9tudier trois ans aupr\u00e8s de M\u00e2lik, dont il transmit le Muwatta\u2019 \u2014 la recension dite de Muhammad, o\u00f9 il note ses divergences \u2014, puis il enseigna \u00e0 Bagdad le jeune ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee, qui disait avoir emport\u00e9 de chez lui \u00ab une charge de chameau \u00bb de livres et qui lui doit sa connaissance du fiqh d\u2019Irak. Zufar ibn al-Hudhayl, mort en cent cinquante-huit, fut le ma\u00eetre de l\u2019analogie ; al-Hasan ibn Ziy\u00e2d, le rapporteur des avis. La g\u00e9n\u00e9ration suivante donna les grands d\u00e9fenseurs de l\u2019\u00e9cole par le hadith : at-Tah\u00e2w\u00ee, mort en trois cent vingt et un \u2014 celui-l\u00e0 m\u00eame dont le credo fut cit\u00e9 au dossier des cultures \u2014, qui composa Sharh ma\u2019\u00e2n\u00ee al-\u00e2th\u00e2r pour montrer que les positions hanafites reposent sur des textes, et Mukhtasar, premier manuel de l\u2019\u00e9cole ; puis al-Jass\u00e2s, mort en trois cent soixante-dix, avec ses Ahk\u00e2m al-Qur\u2019\u00e2n ; al-Qud\u00fbr\u00ee, mort en quatre cent vingt-huit, dont le Mukhtasar fut, pendant des si\u00e8cles, le livre par lequel tout hanafite commen\u00e7ait ; as-Sarakhs\u00ee, mort vers quatre cent quatre-vingt-trois, qui dicta de m\u00e9moire, du fond d\u2019une prison o\u00f9 l\u2019avait jet\u00e9 un prince, les trente volumes d\u2019al-Mabs\u00fbt ; al-K\u00e2s\u00e2n\u00ee, mort en cinq cent quatre-vingt-sept, dont les Bad\u00e2\u2019i\u2019 ordonnent le droit par principes ; al-Margh\u00een\u00e2n\u00ee, mort en cinq cent quatre-vingt-treize, dont la Hid\u00e2yah devint le texte de r\u00e9f\u00e9rence de l\u2019\u00e9cole, comment\u00e9 par Ibn al-Hum\u00e2m dans Fath al-qad\u00eer ; Ibn Nujaym, au dixi\u00e8me si\u00e8cle, avec al-Bahr ar-r\u00e2\u2019iq ; et le dernier grand, Ibn \u2019\u00c2bid\u00een de Damas, mort en douze cent cinquante-deux, dont le Radd al-muht\u00e2r est la somme finale du madhhab \u2014 le livre que consultent encore les muftis hanafites.<\/p>\n<p>Le lecteur doit savoir comment une telle \u00e9cole hi\u00e9rarchise ses avis, car c\u2019est l\u00e0 ce qui distingue un madhhab d\u2019une collection d\u2019opinions. Au sommet, les positions du z\u00e2hir ar-riw\u00e2yah, transmises de Muhammad par des voies s\u00fbres ; au-dessous, les naw\u00e2dir, avis rapport\u00e9s par des voies moins \u00e9tablies ; plus bas encore, les w\u00e2qi\u2019\u00e2t ou fat\u00e2w\u00e2, r\u00e9ponses des ma\u00eetres post\u00e9rieurs \u00e0 des cas nouveaux. Entre le ma\u00eetre et ses \u00e9l\u00e8ves, l\u2019\u00e9cole a fix\u00e9 des r\u00e8gles de pr\u00e9f\u00e9rence : lorsque Ab\u00fb Han\u00eefah, Ab\u00fb Y\u00fbsuf et Muhammad sont d\u2019accord, l\u2019avis est celui de l\u2019\u00e9cole ; lorsque les deux compagnons s\u2019accordent contre le ma\u00eetre, leur avis l\u2019emporte souvent, surtout dans les mati\u00e8res que le temps a transform\u00e9es \u2014 le t\u00e9moignage, la judicature \u2014 parce qu\u2019ils furent juges et lui non ; et lorsque le ma\u00eetre est seul contre les deux, les muftis ont pes\u00e9 cas par cas. Cette hi\u00e9rarchie n\u2019est pas un dogme : elle est une m\u00e9thode pour que l\u2019avis donn\u00e9 au plaideur soit celui de l\u2019\u00e9cole la mieux \u00e9tablie et non celui du mufti du jour \u2014 et c\u2019est en cela qu\u2019un madhhab prot\u00e8ge le croyant contre l\u2019arbitraire.<\/p>\n<p>Compl\u00e9tons ce tableau par deux choses que l\u2019\u00e9tudiant hanafite apprend d\u00e8s ses premi\u00e8res ann\u00e9es. La premi\u00e8re est la liste des textes de base \u2014 les mut\u00fbn \u2014 par lesquels on entre dans l\u2019\u00e9cole et que l\u2019on apprend souvent par c\u0153ur avant de lire un commentaire : le Mukhtasar d\u2019al-Qud\u00fbr\u00ee, le Kanz ad-daq\u00e2\u2019iq d\u2019an-Nasaf\u00ee, le Wiq\u00e2yah et le Mukht\u00e2r ; ces quatre livres, disent les ma\u00eetres, contiennent les avis retenus de l\u2019\u00e9cole, et les commentaires \u2014 la Hid\u00e2yah et son Fath al-qad\u00eer, le Bahr ar-r\u00e2\u2019iq, le Radd al-muht\u00e2r \u2014 en donnent les preuves et les nuances. La seconde est la m\u00e9thode des fondements propre \u00e0 l\u2019\u00e9cole : l\u00e0 o\u00f9 les autres \u00e9coles ont d\u00e9velopp\u00e9 leurs fondements du droit \u00e0 partir de principes abstraits \u2014 la m\u00e9thode dite des th\u00e9ologiens, que le dossier quatorze exposera \u2014, les hanafites les ont tir\u00e9s des solutions concr\u00e8tes de leurs ma\u00eetres, en remontant du cas \u00e0 la r\u00e8gle \u2014 la m\u00e9thode dite des juristes, dont al-Bazdaw\u00ee, mort en quatre cent quatre-vingt-deux, et as-Sarakhs\u00ee ont \u00e9crit les sommes. Enfin, l\u2019\u00e9cole a formalis\u00e9 ce qu\u2019un mufti doit faire devant plusieurs avis : Ibn \u2019\u00c2bid\u00een a consacr\u00e9 \u00e0 cette question une \u00e9p\u00eetre c\u00e9l\u00e8bre \u2014 Sharh \u2019Uq\u00fbd rasm al-muft\u00ee \u2014 o\u00f9 il enseigne que le mufti donne l\u2019avis que l\u2019\u00e9cole a retenu comme le plus juste, que l\u2019avis des deux compagnons prime dans les mati\u00e8res de judicature, que l\u2019on tient compte du changement des temps et des coutumes dans les r\u00e8gles qui en d\u00e9pendent, et que nul ne suit son go\u00fbt. C\u2019est ce que ce dossier appelle prot\u00e9ger le croyant contre l\u2019arbitraire.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Ab\u00fb Y\u00fbsuf le juge et Muhammad l\u2019\u00e9crivain \u2014 pont vers M\u00e2lik et vers ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee \u2014, puis at-Tah\u00e2w\u00ee, al-Qud\u00fbr\u00ee, as-Sarakhs\u00ee, al-Margh\u00een\u00e2n\u00ee et Ibn \u2019\u00c2bid\u00een : une \u00e9cole hi\u00e9rarchise ses avis, du z\u00e2hir ar-riw\u00e2yah aux fat\u00e2w\u00e2, pour prot\u00e9ger le croyant de l\u2019arbitraire.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>10. La propagation : de Bagdad aux Balkans et \u00e0 l\u2019Inde<\/h3>\n<p>Comment l\u2019\u00e9cole d\u2019une mosqu\u00e9e de K\u00fbfah devint-elle le droit de la plus grande partie du monde musulman ? Par trois voies que l\u2019histoire permet de suivre. La premi\u00e8re fut la judicature : lorsque Ab\u00fb Y\u00fbsuf devint grand juge de l\u2019empire abbasside, il nomma des juges form\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9cole dans toutes les provinces, et le droit hanafite devint le droit des tribunaux de l\u2019Irak, du Khur\u00e2s\u00e2n et de la Transoxiane \u2014 Boukhara, Samarcande, Balkh, o\u00f9 l\u2019\u00e9cole produisit ses plus grands ma\u00eetres et o\u00f9 naquit, autour d\u2019al-M\u00e2tur\u00eed\u00ee, l\u2019\u00e9cole de th\u00e9ologie qui lui est associ\u00e9e. La deuxi\u00e8me fut la conversion des peuples turcs : entr\u00e9s dans l\u2019islam par ces provinces, les Turcs re\u00e7urent le fiqh hanafite avec la foi, et le port\u00e8rent partout o\u00f9 ils r\u00e9gn\u00e8rent \u2014 les Seljoukides en Perse et en Anatolie, les sultanats de l\u2019Inde, et enfin les Ottomans, qui en firent le droit officiel d\u2019un empire s\u2019\u00e9tendant de Bagdad aux Balkans, de l\u2019\u00c9gypte \u00e0 la Crim\u00e9e ; au dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, la Mejelle ottomane \u2014 premi\u00e8re codification moderne du droit musulman, promulgu\u00e9e entre mil huit cent soixante-neuf et mil huit cent soixante-seize \u2014 fut tir\u00e9e tout enti\u00e8re du fiqh hanafite, et son influence survit dans les codes de plusieurs \u00c9tats. La troisi\u00e8me fut la force propre du syst\u00e8me : un droit con\u00e7u pour les villes, les contrats et les administrations, capable de r\u00e9pondre aux cas nouveaux par ses instruments, \u00e9tait naturellement celui des empires. Aujourd\u2019hui, l\u2019\u00e9cole hanafite est la plus nombreuse de l\u2019islam : Turquie, Balkans, Caucase, Asie centrale, Afghanistan, Pakistan, Inde et Bangladesh \u2014 o\u00f9 les \u00e9coles de Deoband et de Bareilly la perp\u00e9tuent \u2014, une part de l\u2019\u00c9gypte, de la Syrie et de l\u2019Irak, et les musulmans de Chine. Le lecteur maghr\u00e9bin sera surpris d\u2019apprendre qu\u2019elle fut aussi la sienne : l\u2019Ifr\u00eeqiyah des Aghlabides, au troisi\u00e8me si\u00e8cle, fut hanafite avant d\u2019\u00eatre malikite, et Kairouan compta les deux \u00e9coles c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te \u2014 Asad ibn al-Fur\u00e2t, le juge qui conquit la Sicile, avait \u00e9tudi\u00e9 chez Muhammad ash-Shayb\u00e2n\u00ee avant de devenir l\u2019un des piliers du malikisme ; c\u2019est la victoire de l\u2019\u00e9cole de Sahn\u00fbn qui fit du Maghreb la terre de M\u00e2lik, comme le prochain dossier le racontera.<\/p>\n<p>Trois institutions marqu\u00e8rent cette propagation, et le lecteur les rencontrera dans les livres d\u2019histoire. En \u00c9gypte, les Mamelouks \u00e9tablirent au septi\u00e8me si\u00e8cle un syst\u00e8me de quatre grands juges \u2014 un par \u00e9cole \u2014 si\u00e9geant c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te au Caire, et le plaideur pouvait choisir devant lequel compara\u00eetre : la pluralit\u00e9 des \u00e9coles y devint une institution d\u2019\u00c9tat, sans qu\u2019aucune f\u00fbt d\u00e9clar\u00e9e fausse. Dans l\u2019Empire ottoman, le shaykh al-islam, \u00e0 la t\u00eate d\u2019une hi\u00e9rarchie de muftis et de juges tous form\u00e9s au madhhab, fit du hanafisme le droit d\u2019un \u00c9tat qui dura six si\u00e8cles \u2014 et des ma\u00eetres comme Ibn Nujaym en \u00c9gypte ou Ibn \u2019\u00c2bid\u00een \u00e0 Damas \u00e9crivirent pour cette administration. En Inde, l\u2019empereur moghol Aurangzeb r\u00e9unit, au onzi\u00e8me si\u00e8cle de l\u2019h\u00e9gire, un coll\u00e8ge de savants pour compiler les Fat\u00e2w\u00e2 Hindiyyah \u2014 la \u00ab collection indienne \u00bb, dite aussi \u2019\u00c2lamg\u00eeriyyah \u2014, somme en plusieurs volumes des avis de l\u2019\u00e9cole destin\u00e9e aux juges d\u2019un empire de quatre-vingts millions d\u2019habitants ; les \u00e9coles de Deoband et de Bareilly, n\u00e9es au dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, en perp\u00e9tuent l\u2019enseignement dans tout le sous-continent et dans sa diaspora. Le lecteur qui croise \u00e0 Londres, \u00e0 Paris ou \u00e0 Montr\u00e9al un imam form\u00e9 \u00e0 Deoband rencontre, sans le savoir, la lign\u00e9e de Hamm\u00e2d et d\u2019Ab\u00fb Han\u00eefah.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Par la judicature d\u2019Ab\u00fb Y\u00fbsuf, par la conversion des Turcs et par la force d\u2019un droit fait pour les villes, l\u2019\u00e9cole hanafite devint celle des empires \u2014 jusqu\u2019\u00e0 la Mejelle ottomane \u2014 et la plus nombreuse de l\u2019islam ; l\u2019Ifr\u00eeqiyah elle-m\u00eame fut hanafite avant d\u2019\u00eatre malikite.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>11. Ab\u00fb Han\u00eefah, le credo et les gens du hadith<\/h3>\n<p>Il faut enfin situer l\u2019imam par rapport \u00e0 la croyance et par rapport aux gens du hadith, car les deux questions reviennent. Sur le credo, Ab\u00fb Han\u00eefah fut un homme des anciens : les \u00e9p\u00eetres transmises sous son nom \u2014 al-Fiqh al-akbar, al-Wasiyyah, al-\u2019\u00c2lim wa-l-muta\u2019allim, dont les savants ont discut\u00e9 la transmission et re\u00e7u la substance \u2014 affirment l\u2019unicit\u00e9, les attributs tels que le Coran les donne sans les d\u00e9tourner, la vision d\u2019Allah au Paradis, le destin, la foi aux compagnons et \u00e0 leur ordre de m\u00e9rite ; les gens du hadith lui ont reproch\u00e9 sa d\u00e9finition de la foi comme attestation du c\u0153ur et de la langue, sans y inclure les \u0153uvres \u2014 l\u2019irj\u00e2\u2019 des juristes, dont nous avons vu la port\u00e9e limit\u00e9e \u2014 et ils l\u2019ont contredit sur ce point sans jamais le ranger parmi les sectateurs ; et il fut, dans l\u2019une de ses \u00e9p\u00eetres, d\u2019une clart\u00e9 que les atharis citent : quiconque dit ne pas savoir si son Seigneur est au ciel ou sur la terre a m\u00e9cru, car Allah a dit qu\u2019Il s\u2019est \u00e9tabli sur le Tr\u00f4ne. L\u2019\u00e9cole de th\u00e9ologie qui porta plus tard son nom au Khur\u00e2s\u00e2n \u2014 le m\u00e2tur\u00eedisme \u2014 d\u00e9veloppa des outils de kal\u00e2m que l\u2019imam n\u2019avait pas connus, comme le dossier des cultures l\u2019a expos\u00e9 pour l\u2019ash\u2019arisme. Sur les gens du hadith, la v\u00e9rit\u00e9 est celle d\u2019un respect mutuel que les querelles post\u00e9rieures ont brouill\u00e9. Ahmad ibn Hanbal, dont le nom est celui de l\u2019\u00e9cole la plus attach\u00e9e \u00e0 l\u2019athar, re\u00e7ut sa formation en fiqh, \u00e0 ses d\u00e9buts, dans le cercle d\u2019Ab\u00fb Y\u00fbsuf ; ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee, form\u00e9 par Muhammad ash-Shayb\u00e2n\u00ee, honora la tombe d\u2019Ab\u00fb Han\u00eefah \u00e0 Bagdad, rapportent les biographes, et ses \u00e9loges sont ceux que nous avons cit\u00e9s ; et les hanafites, de leur c\u00f4t\u00e9, ont produit des ma\u00eetres du hadith \u2014 at-Tah\u00e2w\u00ee, az-Zayla\u2019\u00ee, Ibn al-Hum\u00e2m, al-\u2019Ayn\u00ee \u2014 qui ont mis leur \u00e9cole \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des textes. Les deux temp\u00e9raments que le dossier des t\u00e2bi\u2019\u00fbn a d\u00e9crits ne furent jamais deux religions ; les quatre imams furent quatre lecteurs d\u2019un m\u00eame Livre et d\u2019une m\u00eame Sunnah, et c\u2019est ainsi que la Ummah les a re\u00e7us.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Un credo des anciens \u2014 attributs sans d\u00e9tournement, vision d\u2019Allah, compagnons honor\u00e9s \u2014 avec la nuance discut\u00e9e de la d\u00e9finition de la foi ; et, envers les gens du hadith, un respect mutuel que les querelles post\u00e9rieures ont brouill\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>12. Trois cas concrets : comment l\u2019\u00e9cole tranche<\/h3>\n<p>Rien ne fait mieux comprendre une \u00e9cole que de la voir trancher, et deux cas suffiront, choisis parce qu\u2019ils touchent la vie du croyant et parce qu\u2019ils opposent l\u2019\u00e9cole de K\u00fbfah \u00e0 celle de M\u00e9dine \u2014 le lecteur malikite y verra sa propre voie \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Le premier : une femme poss\u00e8de des bijoux en or qu\u2019elle porte ; doit-elle en payer la zak\u00e2t chaque ann\u00e9e ? L\u2019\u00e9cole hanafite r\u00e9pond oui : l\u2019or est l\u2019un des biens sur lesquels la zak\u00e2t est due par texte, le port n\u2019en change pas la nature, et un hadith rapporte qu\u2019une femme vint au Proph\u00e8te \ufdfa avec sa fille portant deux bracelets d\u2019or, et qu\u2019il lui demanda si elle en payait la zak\u00e2t, l\u2019avertissant du feu qui en tiendrait lieu (rapport\u00e9 par Ab\u00fb D\u00e2w\u00fbd, n\u00b0 1563, et An-Nas\u00e2\u2019\u00ee ; les savants ont discut\u00e9 sa cha\u00eene et beaucoup l\u2019ont jug\u00e9e bonne). L\u2019\u00e9cole malikite r\u00e9pond non pour les bijoux d\u2019usage : la zak\u00e2t porte sur les biens qui croissent \u2014 monnaie, troupeaux, r\u00e9coltes \u2014, non sur ce qui sert, et des paroles de compagnons, dont \u2019\u00c2\u2019ishah et Ibn \u2019Umar, attestent qu\u2019ils ne pr\u00e9levaient pas la zak\u00e2t sur les parures de leurs filles et de leurs ni\u00e8ces (rapport\u00e9 par M\u00e2lik dans le Muwatta\u2019) ; ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee et Ahmad tiennent la m\u00eame voie que M\u00e2lik, avec des nuances. Deux \u00e9coles, deux preuves \u2014 un hadith isol\u00e9 d\u2019un c\u00f4t\u00e9, des athar de compagnons et un raisonnement sur la cause de l\u2019autre \u2014, et une divergence que nul ne peut trancher par le m\u00e9pris : c\u2019est la divergence de vari\u00e9t\u00e9 que le dossier a d\u00e9finie, et le croyant suit son \u00e9cole sans bl\u00e2mer l\u2019autre. Le second cas : une femme majeure et sens\u00e9e peut-elle conclure elle-m\u00eame son mariage, sans tuteur ? L\u2019\u00e9cole hanafite r\u00e9pond oui : la femme majeure est capable de contracter comme elle l\u2019est pour ses biens, et le hadith qui dit que \u00ab la femme sans mari a plus de droit sur elle-m\u00eame que son tuteur \u00bb (Sah\u00eeh Muslim, n\u00b0 1421) fonde sa capacit\u00e9 \u2014 le tuteur pouvant seulement s\u2019opposer \u00e0 une union avec un homme qui n\u2019est pas de sa condition. Les trois autres \u00e9coles r\u00e9pondent non, sur le hadith \u00ab pas de mariage sans tuteur \u00bb (rapport\u00e9 par Ab\u00fb D\u00e2w\u00fbd, n\u00b0 2085, At-Tirmidh\u00ee et Ibn M\u00e2jah ; jug\u00e9 authentique par la r\u00e9union de ses voies) et sur l\u2019usage de M\u00e9dine, o\u00f9 le tuteur conclut le contrat avec le consentement de la femme, que nul ne peut marier contre son gr\u00e9. Ici encore, deux lectures de textes qu\u2019il faut concilier \u2014 les hanafites lisent le second comme visant la mineure ou la m\u00e9salliance, les autres lisent le premier comme visant le consentement \u2014, et la conclusion des juristes \u00e9quitables est celle qu\u2019Ibn Rushd, le petit-fils, a donn\u00e9e au sujet de toutes ces divergences dans sa Bid\u00e2yat al-mujtahid : elles naissent de la mani\u00e8re dont les textes se rencontrent, non de la volont\u00e9 des hommes.<\/p>\n<p>Un troisi\u00e8me cas, le plus visible de tous, touche la pri\u00e8re en commun et divise chaque mosqu\u00e9e o\u00f9 se c\u00f4toient les \u00e9coles : celui qui prie derri\u00e8re un imam doit-il r\u00e9citer la F\u00e2tiha ? Les hanafites r\u00e9pondent non : lorsque le Coran est r\u00e9cit\u00e9, \u00e9coutez-le et gardez le silence (Coran 7, 204) \u2014 verset descendu, selon les ex\u00e9g\u00e8tes, au sujet de la pri\u00e8re \u2014, et un hadith rapporte que la r\u00e9citation de l\u2019imam vaut pour celui qui le suit (rapport\u00e9 par Ibn M\u00e2jah, n\u00b0 850, et Ahmad ; les critiques ont discut\u00e9 sa cha\u00eene). Ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee r\u00e9pond oui, sur le hadith \u00ab pas de pri\u00e8re pour qui ne r\u00e9cite pas la F\u00e2tiha \u00bb (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 756), lu comme visant chaque priant. M\u00e2lik et Ahmad tiennent le milieu : on r\u00e9cite la F\u00e2tiha derri\u00e8re l\u2019imam lorsqu\u2019il r\u00e9cite \u00e0 voix basse, et l\u2019on \u00e9coute lorsqu\u2019il r\u00e9cite \u00e0 voix haute \u2014 conciliant le verset et le hadith. Trois positions, chacune adoss\u00e9e \u00e0 un texte, chacune tenue par des imams que la Ummah v\u00e9n\u00e8re ; et quiconque a pri\u00e9 dans une mosqu\u00e9e o\u00f9 un Turc, un Marocain, un \u00c9gyptien et un Saoudien se tiennent c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te sait que ces diff\u00e9rences n\u2019ont jamais emp\u00each\u00e9 une seule pri\u00e8re en commun.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> La zak\u00e2t des bijoux port\u00e9s et le mariage sans tuteur : deux cas o\u00f9 K\u00fbfah et M\u00e9dine lisent diff\u00e9remment des textes que chacune r\u00e9v\u00e8re \u2014 la divergence de vari\u00e9t\u00e9 en acte, que l\u2019on suit sans bl\u00e2mer.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>13. Guide pratique : se situer entre les \u00e9coles<\/h3>\n<p>Ce dossier aura manqu\u00e9 son but s\u2019il laisse le lecteur \u2014 musulman ou non \u2014 d\u00e9sempar\u00e9 devant la pluralit\u00e9 des \u00e9coles. Voici donc cinq rep\u00e8res, qui vaudront pour les trois dossiers suivants. Premier rep\u00e8re : conna\u00eetre l\u2019\u00e9cole de sa terre. Le fiqh n\u2019est pas une \u00e9tag\u00e8re o\u00f9 l\u2019on choisit ; il est une tradition vivante, avec ses ma\u00eetres, ses mosqu\u00e9es et ses livres, et le croyant qui apprend l\u2019\u00e9cole de son pays \u2014 le hanafisme en Turquie et en Inde, le malikisme au Maghreb et en Afrique de l\u2019Ouest, le sh\u00e2fi\u2019isme en \u00c9gypte et en Asie du Sud-Est, le hanbalisme dans la p\u00e9ninsule \u2014 apprend une langue que ses voisins parlent, et \u00e9vite de b\u00e2tir une religion \u00e0 lui seul. Deuxi\u00e8me rep\u00e8re : savoir qu\u2019une \u00e9cole n\u2019est pas la religion. Les quatre s\u2019accordent sur tout ce qui fonde l\u2019islam ; ce qui les s\u00e9pare se compte en questions de d\u00e9tail, et un musulman qui prie derri\u00e8re un imam d\u2019une autre \u00e9cole prie validement \u2014 les quatre imams l\u2019ont dit. Troisi\u00e8me rep\u00e8re : distinguer le fanatisme du respect. Suivre son \u00e9cole n\u2019oblige pas \u00e0 tenir les autres pour fausses ; l\u2019histoire de ce dossier \u2014 M\u00e2lik louant Ab\u00fb Han\u00eefah, Muhammad transmettant le Muwatta\u2019, ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee emportant les livres de K\u00fbfah \u2014 est celle d\u2019une famille, et le z\u00e9lateur qui la d\u00e9chire trahit son propre imam. Quatri\u00e8me rep\u00e8re : lire les livres de son \u00e9cole avec leurs preuves. Les manuels donnent les r\u00e8gles ; les grands commentaires donnent les preuves et les divergences ; le lecteur qui lit les seconds d\u00e9couvre que son \u00e9cole a raison souvent et non toujours, et il apprend l\u2019humilit\u00e9 que les imams enseignaient. Cinqui\u00e8me rep\u00e8re, pour le lecteur non musulman : ne pas confondre la pluralit\u00e9 des \u00e9coles avec une incoh\u00e9rence. Un droit qui a produit quatre grandes traditions coh\u00e9rentes, se respectant mutuellement, discutant leurs preuves pendant douze si\u00e8cles sans qu\u2019aucune n\u2019excommunie l\u2019autre, est un droit m\u00fbr \u2014 et les syst\u00e8mes juridiques d\u2019Europe, qui connaissent le droit romain, la common law et leurs variantes, ne s\u2019en portent pas plus mal. Le prochain dossier appliquera ces rep\u00e8res \u00e0 l\u2019\u00e9cole de M\u00e9dine ; le lecteur malikite y trouvera la sienne, et le lecteur d\u2019une autre \u00e9cole y trouvera de quoi l\u2019aimer.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Conna\u00eetre l\u2019\u00e9cole de sa terre, savoir qu\u2019une \u00e9cole n\u2019est pas la religion, distinguer fanatisme et respect, lire les preuves, et tenir la pluralit\u00e9 pour une maturit\u00e9 : cinq rep\u00e8res pour les quatre dossiers des \u00e9coles.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h2 class=\"section-partie\">Quatri\u00e8me partie \u2014 Objections et questions r\u00e9currentes<\/h2>\n<p>Voici, rassembl\u00e9es \u00e0 la fin comme dans les dossiers pr\u00e9c\u00e9dents, les objections et les questions qui reviennent le plus souvent sur Ab\u00fb Han\u00eefah, son \u00e9cole, et les \u00e9coles de jurisprudence en g\u00e9n\u00e9ral \u2014 celles des pol\u00e9mistes, celles des musulmans d\u2019autres tendances, et celles du lecteur qui d\u00e9couvre que l\u2019islam a quatre \u00e9coles de droit et se demande pourquoi.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Ab\u00fb Han\u00eefah pr\u00e9f\u00e9rait son opinion au hadith. \u00bb<\/h3>\n<p>Sa propre d\u00e9claration de m\u00e9thode dit le contraire \u2014 le Livre, la Sunnah, les compagnons sans les quitter, puis seulement le raisonnement \u2014, et sa parole sur le hadith authentique est explicite. Ce qui fonde l\u2019accusation, ce sont des cas o\u00f9 il tint une position qu\u2019un hadith authentique, connu d\u2019autres \u00e9coles, semble contredire. Ibn Taymiyyah a \u00e9crit sur cette question un livre entier, Raf\u2019 al-mal\u00e2m \u2019an al-a\u2019immah al-a\u2019l\u00e2m \u2014 \u00ab lever le bl\u00e2me des imams \u00e9minents \u00bb \u2014, dont la th\u00e8se tient en dix causes : un imam a pu ne pas recevoir le hadith, puisqu\u2019aucun homme ne poss\u00e9dait toute la Sunnah au deuxi\u00e8me si\u00e8cle ; le recevoir par une voie qu\u2019il jugeait faible, alors qu\u2019une autre voie, inconnue de lui, l\u2019\u00e9tablissait ; le tenir pour abrog\u00e9, particulier, ou contredit par un texte plus fort ; ou lui donner un sens que la langue permet. Aucun de ces cas n\u2019est une pr\u00e9f\u00e9rence de l\u2019opinion au hadith : ce sont les al\u00e9as d\u2019une science en formation, dans un empire o\u00f9 les textes circulaient encore d\u2019une ville \u00e0 l\u2019autre \u2014 et ils touchent tous les imams, M\u00e2lik et Ahmad compris. La preuve la plus simple est la conduite de l\u2019\u00e9cole elle-m\u00eame : lorsque Ab\u00fb Y\u00fbsuf et Muhammad, ayant re\u00e7u au Hij\u00e2z des hadiths que leur ma\u00eetre n\u2019avait pas, chang\u00e8rent d\u2019avis, ils le dirent, et l\u2019\u00e9cole les suivit ; un madhhab qui pr\u00e9f\u00e9rerait l\u2019opinion au texte n\u2019aurait pas eu cette histoire.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Il \u00e9tait faible en hadith : comment un tel homme fonderait-il un droit ? \u00bb<\/h3>\n<p>Il faut distinguer deux sciences que le dossier du hadith a nomm\u00e9es : la riw\u00e2yah, la transmission des cha\u00eenes, et la dir\u00e2yah, la compr\u00e9hension des textes. Ab\u00fb Han\u00eefah fut moins fort dans la premi\u00e8re que les ma\u00eetres dont c\u2019\u00e9tait le m\u00e9tier \u2014 ses critiques ont dit vrai sur ce point, et adh-Dhahab\u00ee l\u2019a reconnu \u2014, et sans \u00e9gal dans la seconde, comme l\u2019ont dit M\u00e2lik et ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee. Or c\u2019est la dir\u00e2yah qui fait le juriste. Et l\u2019\u00e9cole a combl\u00e9 ce que le fondateur laissait : elle s\u2019adossa au fiqh d\u2019Ibn Mas\u2019\u00fbd et de \u2019Al\u00ee transmis par des voies s\u00fbres, ses \u00e9l\u00e8ves consign\u00e8rent les \u00e2th\u00e2r de l\u2019imam, et at-Tah\u00e2w\u00ee mit, au quatri\u00e8me si\u00e8cle, chaque position \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des textes. Un homme peut ouvrir une voie sans en parcourir seul toute la longueur.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Il \u00e9tait murji\u2019ite. \u00bb<\/h3>\n<p>Le dossier des sectes a r\u00e9pondu : l\u2019irj\u00e2\u2019 des juristes de K\u00fbfah, dont Ab\u00fb Han\u00eefah fut, portait sur la d\u00e9finition de la foi \u2014 les \u0153uvres en font-elles partie ? \u2014 et non sur l\u2019obligation des \u0153uvres ni sur la menace pesant sur le p\u00e9cheur, qu\u2019il enseignait comme tous. Les imams du hadith l\u2019ont contredit sur la formule et n\u2019ont jamais fait de lui un sectateur ; ses \u00e9p\u00eetres de credo tiennent sur tout le reste la voie des anciens. Le lecteur tiendra la divergence pour ce qu\u2019elle est : une question de d\u00e9finition, sur laquelle la voie des gens du hadith \u2014 la foi est parole et \u0153uvre \u2014 est la plus juste, et qui n\u2019engage ni la pi\u00e9t\u00e9 ni la science de l\u2019imam.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Les hanafites autorisent les boissons ferment\u00e9es. \u00bb<\/h3>\n<p>L\u2019objection vise une position r\u00e9elle mais mal rapport\u00e9e. Les ma\u00eetres de K\u00fbfah, \u00e0 la suite d\u2019Ibn Mas\u2019\u00fbd et d\u2019athar k\u00fbfites, distinguaient le khamr \u2014 le vin de raisin, interdit en toute quantit\u00e9 par le Coran \u2014 et le nab\u00eedh \u2014 la boisson de dattes ou de raisins secs ferment\u00e9e \u2014, dont ils tenaient pour interdite la quantit\u00e9 qui enivre et pour permise la quantit\u00e9 qui n\u2019enivre pas, en s\u2019appuyant sur des rapports de compagnons. Les autres \u00e9coles, avec le hadith \u00ab ce dont une grande quantit\u00e9 enivre, une petite quantit\u00e9 en est interdite \u00bb (rapport\u00e9 par Ab\u00fb D\u00e2w\u00fbd, n\u00b0 3681, et At-Tirmidh\u00ee ; jug\u00e9 authentique), ont tenu l\u2019interdiction absolue \u2014 et c\u2019est aussi la position de Muhammad ash-Shayb\u00e2n\u00ee, dont l\u2019\u00e9cole a fait, dans ce cas, son avis : la fatw\u00e2 hanafite est l\u2019interdiction. Ce que l\u2019objection pr\u00e9sente comme une licence est donc un d\u00e9bat ancien sur la port\u00e9e d\u2019un mot, tranch\u00e9 dans l\u2019\u00e9cole m\u00eame au profit de la rigueur.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Al-Khat\u00eeb al-Baghd\u00e2d\u00ee a r\u00e9uni des pages de critiques contre lui : elles doivent bien valoir quelque chose. \u00bb<\/h3>\n<p>Elles valent ce que valent des paroles rapport\u00e9es : chacune a une cha\u00eene, et les hanafites \u2014 puis des savants d\u2019autres \u00e9coles \u2014 ont examin\u00e9 ces cha\u00eenes une \u00e0 une et montr\u00e9 que la plupart \u00e9taient faibles, que plusieurs venaient de contemporains envieux ou d\u2019adversaires en kal\u00e2m, et que certaines visaient des positions que l\u2019imam n\u2019avait jamais tenues. Al-Khat\u00eeb lui-m\u00eame, dans la m\u00eame notice, rapporte des pages d\u2019\u00e9loges qu\u2019on cite moins. Le dossier du hadith a enseign\u00e9 que la critique motiv\u00e9e l\u2019emporte sur l\u2019\u00e9loge g\u00e9n\u00e9ral ; il a enseign\u00e9 aussi que la critique d\u2019un rival, d\u2019un envieux ou d\u2019un adversaire d\u2019\u00e9cole est re\u00e7ue avec r\u00e9serve \u2014 et les savants ont \u00e9crit que les paroles des contemporains les uns sur les autres, lorsqu\u2019elles naissent d\u2019une rivalit\u00e9, ne sont pas retenues. Le jugement des \u00e9quitables, d\u2019adh-Dhahab\u00ee \u00e0 Ibn \u2019Abd al-Barr, fait la part des choses ; et le fait qu\u2019une Ummah enti\u00e8re ait re\u00e7u son fiqh pendant douze si\u00e8cles est un t\u00e9moignage que nulle notice ne p\u00e8se.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Les quatre \u00e9coles divisent l\u2019islam. \u00bb<\/h3>\n<p>Elles le servent, et elles ne le divisent pas, parce qu\u2019elles sont d\u2019accord sur tout ce qui fonde la religion \u2014 le credo, les cinq piliers, les interdits majeurs \u2014 et ne divergent que sur les modalit\u00e9s et les cas que les textes ont laiss\u00e9s \u00e0 l\u2019effort de raisonnement. Le dossier de la Sunnah a montr\u00e9 le principe : le Proph\u00e8te \ufdfa approuva les deux groupes de compagnons qui comprirent diff\u00e9remment son ordre au sujet de la pri\u00e8re chez Ban\u00fb Qurayzah (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 946), et il promit deux r\u00e9compenses au juge qui vise juste et une au juge qui se trompe de bonne foi (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 7352) ; le dossier des sciences du Coran a distingu\u00e9 la divergence de vari\u00e9t\u00e9 et la divergence d\u2019opposition. Les quatre \u00e9coles sont des vari\u00e9t\u00e9s d\u2019une m\u00eame fid\u00e9lit\u00e9 : quatre lectures des m\u00eames textes par quatre hommes qui se sont connus, estim\u00e9s et enseign\u00e9s \u2014 Muhammad ash-Shayb\u00e2n\u00ee \u00e9l\u00e8ve de M\u00e2lik, ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee \u00e9l\u00e8ve de Muhammad, Ahmad \u00e9l\u00e8ve d\u2019ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee. Ce qui divise l\u2019islam, ce n\u2019est pas qu\u2019un malikite prie les bras le long du corps et un hanafite les bras crois\u00e9s ; c\u2019est qu\u2019un homme pr\u00e9tende que l\u2019autre n\u2019est pas musulman pour cela \u2014 et les quatre imams l\u2019ont interdit.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Faut-il suivre un madhhab ? N\u2019est-ce pas de l\u2019imitation aveugle ? \u00bb<\/h3>\n<p>La question a trois r\u00e9ponses, selon qui la pose. Le croyant ordinaire, qui n\u2019a ni le temps ni la science de d\u00e9duire les r\u00e8gles des textes, suit un savant qu\u2019il tient pour fiable \u2014 c\u2019est ce que le Coran ordonne : interrogez les gens du Rappel si vous ne savez pas (Coran 16, 43) \u2014 ; suivre une \u00e9cole coh\u00e9rente plut\u00f4t que le mufti du jour le prot\u00e8ge de l\u2019arbitraire et des avis contradictoires, et c\u2019est ce que la Ummah a fait depuis mille ans sans y voir une trahison. L\u2019\u00e9tudiant apprend le fiqh par une \u00e9cole, parce qu\u2019on n\u2019apprend pas un droit sans syst\u00e8me, comme on n\u2019apprend pas une langue sans grammaire ; il conna\u00eet ensuite les preuves, et il d\u00e9couvre que son \u00e9cole a raison souvent et non toujours. Le savant, enfin, suit la preuve, et les quatre imams l\u2019ont ordonn\u00e9 : ne m\u2019imite pas, disait Ahmad, prends d\u2019o\u00f9 j\u2019ai pris. Ce que les imams ont condamn\u00e9 n\u2019est donc pas l\u2019appartenance \u00e0 une \u00e9cole mais le fanatisme d\u2019\u00e9cole \u2014 tenir son madhhab pour la religion elle-m\u00eame, rejeter un hadith authentique parce que l\u2019imam ne l\u2019a pas connu, m\u00e9priser les autres \u00e9coles \u2014 ; et ce que les savants ont bl\u00e2m\u00e9, \u00e0 l\u2019inverse, c\u2019est l\u2019illusion de l\u2019homme sans science qui, sous couleur de \u00ab suivre les preuves \u00bb, suit en r\u00e9alit\u00e9 son go\u00fbt, en choisissant dans chaque \u00e9cole ce qui l\u2019arrange. Entre les deux, la voie est celle de tous les dossiers de cette s\u00e9rie : apprendre, respecter, et tenir les textes pour juges.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Le fiqh est un droit m\u00e9di\u00e9val, inapplicable aujourd\u2019hui. \u00bb<\/h3>\n<p>Le fiqh hanafite fut le droit vivant d\u2019empires qui dur\u00e8rent des si\u00e8cles, et sa derni\u00e8re codification \u2014 la Mejelle \u2014 est post\u00e9rieure au Code Napol\u00e9on de moins d\u2019un si\u00e8cle ; ses instruments \u2014 la cause, la pr\u00e9f\u00e9rence, la coutume, l\u2019issue \u2014 sont pr\u00e9cis\u00e9ment ceux qui permettent \u00e0 un droit de r\u00e9pondre aux cas nouveaux, et les juristes musulmans d\u2019aujourd\u2019hui les emploient pour la finance, la m\u00e9decine et les contrats modernes. Que certaines r\u00e8gles portent la marque de leur temps \u2014 celles des monnaies m\u00e9talliques, des esclaves, des guerres d\u2019alors \u2014 est le sort de tout droit, et la m\u00e9thode des \u00e9coles est faite pour cela : distinguer la r\u00e8gle de sa cause, et la cause de sa forme historique. Le dossier des objectifs de la Charia, plus loin dans cette s\u00e9rie, montrera comment.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Il n\u2019a rien \u00e9crit : comment conna\u00eetre sa doctrine ? \u00bb<\/h3>\n<p>Comme on conna\u00eet celle de Socrate, du Proph\u00e8te \ufdfa lui-m\u00eame et de tous les ma\u00eetres qui enseignaient de vive voix : par des \u00e9l\u00e8ves qui \u00e9crivirent, et dont les livres furent transmis par des cha\u00eenes que l\u2019on peut examiner. Les six livres de Muhammad ash-Shayb\u00e2n\u00ee, les recueils d\u2019\u00e2th\u00e2r d\u2019Ab\u00fb Y\u00fbsuf et de Muhammad, les Naw\u00e2dir, puis les manuels d\u2019at-Tah\u00e2w\u00ee et d\u2019al-Qud\u00fbr\u00ee donnent la doctrine de l\u2019imam avec ses preuves, ses variantes et les d\u00e9saccords de ses \u00e9l\u00e8ves ; et l\u2019\u00e9cole a class\u00e9 ces sources par degr\u00e9 de s\u00fbret\u00e9, comme le dossier l\u2019a montr\u00e9. Un ma\u00eetre qui n\u2019\u00e9crit pas mais qui forme quarante juristes laisse une \u0153uvre plus s\u00fbre qu\u2019un livre orphelin.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Un Persan fondateur du droit de l\u2019islam arabe ? \u00bb<\/h3>\n<p>Le dossier des t\u00e2bi\u2019\u00fbn a r\u00e9pondu par le fait : d\u00e8s la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration, la science de l\u2019islam \u00e9tait aux mains d\u2019affranchis non arabes, et nul n\u2019y trouva \u00e0 redire, parce que le Proph\u00e8te \ufdfa avait dit que nulle sup\u00e9riorit\u00e9 n\u2019est de l\u2019Arabe sur le non-Arabe sinon par la pi\u00e9t\u00e9. Ab\u00fb Han\u00eefah, ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee \u2014 Qurayshite \u2014 et M\u00e2lik \u2014 Y\u00e9m\u00e9nite de M\u00e9dine \u2014 repr\u00e9sentent la Ummah telle qu\u2019elle fut : une, par la science.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Pourquoi un lecteur malikite fait-il l\u2019\u00e9loge d\u2019Ab\u00fb Han\u00eefah ? \u00bb<\/h3>\n<p>Parce que les imams l\u2019ont fait avant lui. M\u00e2lik re\u00e7ut Ab\u00fb Han\u00eefah \u00e0 M\u00e9dine et loua son intelligence ; Muhammad ash-Shayb\u00e2n\u00ee re\u00e7ut de M\u00e2lik son Muwatta\u2019 ; et Ibn \u2019Abd al-Barr, le plus grand malikite d\u2019Andalousie, \u00e9crivit l\u2019Intiq\u00e2\u2019 \u2014 \u00ab le choix \u00bb \u2014 pour rapporter les vertus des trois imams ensemble, M\u00e2lik, ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee et Ab\u00fb Han\u00eefah, et pour rappeler aux z\u00e9lateurs de son \u00e9cole que l\u2019on n\u2019\u00e9l\u00e8ve pas un imam en rabaissant un autre. Un malikite qui aime M\u00e2lik aime ce que M\u00e2lik aima ; et M\u00e2lik ne m\u00e9disait pas d\u2019Ab\u00fb Han\u00eefah.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Ab\u00fb Han\u00eefah aurait dit que le Coran est cr\u00e9\u00e9. \u00bb<\/h3>\n<p>L\u2019accusation figure parmi les paroles rapport\u00e9es par al-Khat\u00eeb, et elle est contredite par tout ce que l\u2019\u00e9cole a transmis de son ma\u00eetre : Al-Fiqh al-akbar d\u00e9clare que le Coran est la parole d\u2019Allah, non cr\u00e9\u00e9e, et que quiconque dit qu\u2019il est cr\u00e9\u00e9 a m\u00e9cru ; Ab\u00fb Y\u00fbsuf rapporte avoir d\u00e9battu deux mois avec son ma\u00eetre avant que celui-ci ne tranch\u00e2t que le Coran est incr\u00e9\u00e9 \u2014 signe d\u2019un homme qui pesa la question \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 elle naissait, et qui conclut comme les gens du hadith. Le dossier des cultures a montr\u00e9 que la th\u00e8se du Coran cr\u00e9\u00e9 fut celle des Jahmiyyah et des mu\u2019tazilites, et que l\u2019\u00e9cole hanafite du Khur\u00e2s\u00e2n la combattit ; les rapports contraires viennent de la m\u00eame veine de critiques rivales que ce chapitre a d\u00e9j\u00e0 pes\u00e9e.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Le hanafisme est l\u2019\u00e9cole des \u00c9tats et des empires : une \u00e9cole de pouvoir. \u00bb<\/h3>\n<p>Elle fut l\u2019\u00e9cole de plusieurs \u00c9tats, et elle le fut par ses qualit\u00e9s \u2014 un droit fait pour les villes, les contrats et l\u2019administration \u2014 non par complaisance : son fondateur mourut en prison pour avoir refus\u00e9 de servir, et ses ma\u00eetres, d\u2019Ab\u00fb Y\u00fbsuf rappelant au calife qu\u2019il r\u00e9pondra de chaque homme l\u00e9s\u00e9 \u00e0 as-Sarakhs\u00ee dictant son livre du fond d\u2019un cachot, ont souvent pay\u00e9 leur libert\u00e9. Que des princes aient adopt\u00e9 une \u00e9cole n\u2019en fait pas la servante des princes : les Mamelouks si\u00e9geaient devant quatre juges, et les Ottomans eurent des shaykh al-islam qui leur tinrent t\u00eate. Toute \u00e9cole qui devient droit d\u2019\u00c9tat court le risque de la cour ; le hanafisme a couru ce risque plus que les autres, et ses grands noms l\u2019ont, dans l\u2019ensemble, conjur\u00e9.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Les hanafites ne prient pas comme les autres : qui a raison ? \u00bb<\/h3>\n<p>Les mains crois\u00e9es sous le nombril et non sur la poitrine, pas de lever des mains sauf \u00e0 l\u2019ouverture, pas de F\u00e2tiha derri\u00e8re l\u2019imam, le witr tenu pour obligatoire, la pri\u00e8re de l\u2019aube retard\u00e9e jusqu\u2019au jour clair : chacune de ces pratiques repose sur un texte ou un athar \u2014 d\u2019Ibn Mas\u2019\u00fbd et de \u2019Al\u00ee surtout, transmis par K\u00fbfah \u2014, et chacune a en face un texte d\u2019une autre \u00e9cole. Sur le lever des mains, par exemple, les deux pratiques sont rapport\u00e9es du Proph\u00e8te \ufdfa : Ibn \u2019Umar le vit lever les mains \u00e0 l\u2019inclinaison (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 735), Ibn Mas\u2019\u00fbd rapporta qu\u2019il ne les levait qu\u2019\u00e0 l\u2019ouverture (rapport\u00e9 par Ab\u00fb D\u00e2w\u00fbd, n\u00b0 748, et At-Tirmidh\u00ee ; discut\u00e9). Les savants ont conclu que l\u2019un et l\u2019autre furent faits, et qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une divergence de vari\u00e9t\u00e9 : nul n\u2019a raison contre l\u2019autre, et la pri\u00e8re de chacun est valide \u2014 c\u2019est ce que les quatre imams ont dit, et ce que chaque mosqu\u00e9e pratique.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Pourquoi les livres hanafites citent-ils des hadiths faibles ? \u00bb<\/h3>\n<p>Parce que les livres de fiqh, comme les commentaires du Coran, rassemblent tout ce qui \u00e9claire une question, et que les preuves d\u2019une position ne se r\u00e9duisent pas \u00e0 un seul hadith : derri\u00e8re un rapport faible cit\u00e9 par un manuel se tient souvent un athar de compagnon, une pratique de K\u00fbfah ou une analogie, que le manuel abr\u00e8ge. Les ma\u00eetres du hadith de l\u2019\u00e9cole \u2014 at-Tah\u00e2w\u00ee, az-Zayla\u2019\u00ee dans Nasb ar-r\u00e2yah, Ibn al-Hum\u00e2m, al-\u2019Ayn\u00ee \u2014 ont fait le tri, v\u00e9rifi\u00e9 les cha\u00eenes des hadiths de la Hid\u00e2yah, distingu\u00e9 ce qui tient de ce qui ne tient pas, et Ibn Hajar lui-m\u00eame compl\u00e9ta le travail d\u2019az-Zayla\u2019\u00ee. Une \u00e9cole qui a produit ses propres critiques de ses propres preuves n\u2019est pas une \u00e9cole qui se paie de faux.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Pr\u00e9f\u00e9rence de l\u2019opinion, faiblesse en hadith, irj\u00e2\u2019, nab\u00eedh, les critiques d\u2019al-Khat\u00eeb, les \u00e9coles qui \u00ab divisent \u00bb, le madhhab et l\u2019imitation, le droit \u00ab m\u00e9di\u00e9val \u00bb, l\u2019imam qui n\u2019\u00e9crivit pas, le Persan, l\u2019\u00e9loge d\u2019un malikite, le Coran \u00ab cr\u00e9\u00e9 \u00bb, l\u2019\u00e9cole \u00ab de pouvoir \u00bb, les pri\u00e8res diff\u00e9rentes et les hadiths faibles : chaque objection a sa r\u00e9ponse dans l\u2019histoire et dans les textes.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3 class=\"section-special\">Conclusion \u2014 Vers M\u00e9dine et l\u2019imam M\u00e2lik<\/h3>\n<p>Le lecteur tient d\u00e9sormais la premi\u00e8re des \u00e9coles. Il a vu K\u00fbfah recevoir Ibn Mas\u2019\u00fbd et \u2019Al\u00ee, juger soixante ans par Shurayh, et transmettre par Ibr\u00e2h\u00eem et Hamm\u00e2d une tradition de jugement ; il a compris pourquoi cette ville raisonna, et ce que signifie vraiment \u00ab les gens de l\u2019opinion \u00bb. Il a suivi le marchand de soie redirig\u00e9 par ash-Sha\u2019b\u00ee, ses dix-huit ann\u00e9es \u00e0 la porte de Hamm\u00e2d, son cercle o\u00f9 le droit se d\u00e9lib\u00e9rait, son refus des princes et sa prison ; il a entendu les \u00e9loges et les critiques, et le jugement des \u00e9quitables. Il a lu la m\u00e9thode de l\u2019imam dans sa propre bouche, mesur\u00e9 ses filtres sur le hadith, vu travailler l\u2019analogie, la pr\u00e9f\u00e9rence et la coutume, distingu\u00e9 l\u2019issue licite de la fraude ; il a rencontr\u00e9 Ab\u00fb Y\u00fbsuf et Muhammad, les livres du z\u00e2hir ar-riw\u00e2yah, la hi\u00e9rarchie des avis, et suivi l\u2019\u00e9cole de la judicature abbasside \u00e0 la Mejelle et aux rives de l\u2019Inde. Et il a retenu la le\u00e7on que ce dossier voulait donner : une \u00e9cole de droit, en islam, n\u2019est ni un parti ni une invention \u2014 c\u2019est une transmission qui raisonne, et l\u2019on juge une \u00e9cole \u00e0 sa fid\u00e9lit\u00e9 aux textes, non \u00e0 son \u00e9tiquette.<\/p>\n<p>Pendant que K\u00fbfah d\u00e9lib\u00e9rait, M\u00e9dine gardait. Dans la ville du Proph\u00e8te \ufdfa, un homme du m\u00eame \u00e2ge que les \u00e9l\u00e8ves d\u2019Ab\u00fb Han\u00eefah recueillait la pratique des compagnons et de leurs enfants \u2014 ce que M\u00e9dine faisait sans discontinuer depuis le Messager d\u2019Allah \ufdfa \u2014, et il en faisait un livre dont ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee dira qu\u2019il n\u2019y en avait pas de plus juste apr\u00e8s le Livre d\u2019Allah. Cet homme re\u00e7ut Ab\u00fb Han\u00eefah chez lui et loua son intelligence ; il enseigna Muhammad ash-Shayb\u00e2n\u00ee ; et son \u00e9cole deviendra celle du Maghreb et de l\u2019Andalousie, de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest et de la Haute-\u00c9gypte \u2014 celle du lecteur qui \u00e9crit ces lignes. Le prochain dossier lui est consacr\u00e9 : M\u00e9dine, l\u2019h\u00e9riti\u00e8re des gens du hadith, et l\u2019imam M\u00e2lik. Qu\u2019Allah fasse mis\u00e9ricorde \u00e0 Ab\u00fb Han\u00eefah et \u00e0 ses compagnons, nous fasse profiter de leur science, nous garde du fanatisme d\u2019\u00e9cole et de l\u2019arbitraire sans \u00e9cole ; et qu\u2019Il couvre d\u2019\u00e9loges et de paix Son serviteur et Messager Mouhammad, sa famille, ses compagnons, et quiconque suit leur voie avec excellence jusqu\u2019au Jour de la r\u00e9tribution.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Ce qu\u2019il faut retenir<\/h3>\n<p>K\u00fbfah, ville neuve fond\u00e9e par \u2019Umar, re\u00e7ut Ibn Mas\u2019\u00fbd et \u2019Al\u00ee, jugea pendant soixante ans par Shurayh et transmit par Ibr\u00e2h\u00eem an-Nakha\u2019\u00ee et Hamm\u00e2d une tradition de jugement dont la cha\u00eene aboutit nominativement \u00e0 Ab\u00fb Han\u00eefah ; elle raisonna par n\u00e9cessit\u00e9, par prudence et par m\u00e9thode, et \u00ab gens de l\u2019opinion \u00bb d\u00e9signe un dosage, non un m\u00e9pris du hadith. Ab\u00fb Han\u00eefah, marchand de soie d\u2019origine persane n\u00e9 en quatre-vingt, redirig\u00e9 par ash-Sha\u2019b\u00ee, form\u00e9 dix-huit ans par Hamm\u00e2d et par les ma\u00eetres du Hij\u00e2z, fit d\u00e9lib\u00e9rer le droit dans son cercle, exigea la preuve de tout avis, refusa les charges des Umayyades et des Abbassides, et mourut en prison en cent cinquante, lou\u00e9 par M\u00e2lik et ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee, critiqu\u00e9 pour sa faiblesse dans la cha\u00eene, jug\u00e9 avec \u00e9quit\u00e9 par adh-Dhahab\u00ee et Ibn \u2019Abd al-Barr. Sa m\u00e9thode, d\u00e9crite par lui-m\u00eame, place le Livre, la Sunnah et les compagnons avant tout raisonnement ; ses filtres sur le hadith isol\u00e9 expliquent ses divergences ; ses instruments \u2014 analogie, pr\u00e9f\u00e9rence, coutume, issue licite \u2014 firent de son \u00e9cole le droit des villes et des empires. Ab\u00fb Y\u00fbsuf et Muhammad ash-Shayb\u00e2n\u00ee la fond\u00e8rent en livres et en institutions, at-Tah\u00e2w\u00ee, al-Qud\u00fbr\u00ee, al-Margh\u00een\u00e2n\u00ee et Ibn \u2019\u00c2bid\u00een la port\u00e8rent, la judicature abbasside et les Turcs la propag\u00e8rent jusqu\u2019\u00e0 la Mejelle ottomane et \u00e0 l\u2019Inde. Les quatre \u00e9coles sont des vari\u00e9t\u00e9s d\u2019une m\u00eame fid\u00e9lit\u00e9 ; on suit un madhhab sans fanatisme et l\u2019on tient les textes pour juges.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Pour se tester : quinze questions<\/h3>\n<p>Les r\u00e9ponses se trouvent toutes dans le dossier ; chaque question renvoie \u00e0 sa section.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Chronologie de l\u2019\u00e9cole de K\u00fbfah (17-1293 H)<\/h3>\n<ol class=\"quiz-questions\">\n<li>Quelle doctrine du jugement Ibn Mas\u2019\u00fbd a-t-il formul\u00e9e, et par quelle cha\u00eene parvient-elle \u00e0 Ab\u00fb Han\u00eefah ? (section 1)<\/li>\n<li>Pour quelles trois raisons K\u00fbfah raisonna-t-elle, et comment le filtre de \u00ab l\u2019\u00e9preuve g\u00e9n\u00e9rale \u00bb tranche-t-il le cas du toucher du sexe ? (section 2)<\/li>\n<li>Qui redirigea le jeune marchand vers la science, et pourquoi quitta-t-il le kal\u00e2m ? (section 3)<\/li>\n<li>Que raconte l\u2019\u00e9pisode des soixante questions pendant l\u2019absence de Hamm\u00e2d ? (section 4)<\/li>\n<li>Comment le droit se d\u00e9lib\u00e9rait-il dans le cercle d\u2019Ab\u00fb Han\u00eefah, et quelles paroles fixent sa charte ? (section 5)<\/li>\n<li>Pourquoi fut-il flagell\u00e9, puis emprisonn\u00e9, et que dirent de lui M\u00e2lik, ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee et adh-Dhahab\u00ee ? (section 6)<\/li>\n<li>Citez la d\u00e9claration de m\u00e9thode de l\u2019imam, ses conditions sur le hadith isol\u00e9, et expliquez la distinction fard \/ w\u00e2jib par l\u2019exemple de la F\u00e2tiha. (section 7)<\/li>\n<li>Expliquez l\u2019analogie par l\u2019exemple de l\u2019usure, et l\u2019istihs\u00e2n par le salam et l\u2019istisn\u00e2\u2019. (section 8)<\/li>\n<li>Quelle diff\u00e9rence entre l\u2019issue licite et le stratag\u00e8me illicite ? Donnez le mod\u00e8le proph\u00e9tique. (section 8)<\/li>\n<li>Qui furent Ab\u00fb Y\u00fbsuf et Muhammad ash-Shayb\u00e2n\u00ee, et que sont les livres du z\u00e2hir ar-riw\u00e2yah ? (section 9)<\/li>\n<li>Comment l\u2019\u00e9cole hi\u00e9rarchise-t-elle ses avis entre le ma\u00eetre et les deux compagnons ? (section 9)<\/li>\n<li>Par quelles trois voies l\u2019\u00e9cole s\u2019est-elle propag\u00e9e, et qu\u2019est-ce que la Mejelle ? (section 10)<\/li>\n<li>Que fut l\u2019Ifr\u00eeqiyah des Aghlabides sur le plan des \u00e9coles ? (section 10)<\/li>\n<li>Quel est le credo d\u2019Ab\u00fb Han\u00eefah selon ses \u00e9p\u00eetres, et sur quel point les gens du hadith l\u2019ont-ils contredit ? (section 11)<\/li>\n<li>Comment K\u00fbfah et M\u00e9dine tranchent-elles la zak\u00e2t des bijoux et le mariage sans tuteur, quels sont les cinq rep\u00e8res pour se situer entre les \u00e9coles, et faut-il suivre un madhhab ? (sections 12, 13 et quatri\u00e8me partie)<\/li>\n<\/ol>\n<p>Les dates de d\u00e9c\u00e8s suivent les biographes et comportent parfois une marge d\u2019un an ; elles servent de rep\u00e8res pour situer les hommes et les livres.<\/p>\n<h2>Rep\u00e8res bibliographiques<\/h2>\n<ol class=\"quiz-questions\">\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Fondation de K\u00fbfah sur ordre de \u2019Umar. <strong>vers 20 H<\/strong> \u2014 Ibn Mas\u2019\u00fbd envoy\u00e9 \u00e0 K\u00fbfah ; Shurayh nomm\u00e9 juge.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019Ibn Mas\u2019\u00fbd \u00e0 M\u00e9dine. <strong>36-40 H<\/strong> \u2014 Califat de \u2019Al\u00ee \u00e0 K\u00fbfah.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Naissance d\u2019an-Nu\u2019m\u00e2n ibn Th\u00e2bit, Ab\u00fb Han\u00eefah. <strong>vers 96 H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019Ibr\u00e2h\u00eem an-Nakha\u2019\u00ee, synth\u00e8se de l\u2019\u00e9cole. <strong>vers 104 H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019ash-Sha\u2019b\u00ee.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort de Hamm\u00e2d ibn Ab\u00ee Sulaym\u00e2n ; Ab\u00fb Han\u00eefah prend la t\u00eate du cercle.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 R\u00e9volte de Zayd ibn \u2019Al\u00ee, soutenue par Ab\u00fb Han\u00eefah.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Chute des Umayyades ; av\u00e8nement des Abbassides.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Fondation de Bagdad ; r\u00e9volte d\u2019an-Nafs az-Zakiyyah.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019Ab\u00fb Han\u00eefah \u00e0 Bagdad ; naissance d\u2019ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort de Zufar, ma\u00eetre de l\u2019analogie.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019Ab\u00fb Y\u00fbsuf, premier grand juge de l\u2019empire, auteur du Kit\u00e2b al-Khar\u00e2j.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort de Muhammad ash-Shayb\u00e2n\u00ee, auteur des six livres du z\u00e2hir ar-riw\u00e2yah.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019at-Tah\u00e2w\u00ee : Sharh ma\u2019\u00e2n\u00ee al-\u00e2th\u00e2r et le Mukhtasar.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019al-Qud\u00fbr\u00ee, auteur du Mukhtasar, manuel de l\u2019\u00e9cole. <strong>vers 483 H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019as-Sarakhs\u00ee, auteur d\u2019al-Mabs\u00fbt.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019al-Margh\u00een\u00e2n\u00ee, auteur de la Hid\u00e2yah.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019Ibn \u2019\u00c2bid\u00een, auteur du Radd al-muht\u00e2r. <strong>1286-1293 H<\/strong> \u2014 Promulgation de la Mejelle ottomane, codification du fiqh hanafite.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Le verset cit\u00e9 en encadr\u00e9 l\u2019est dans la traduction fran\u00e7aise de Rachid Maach, Le Coran en fran\u00e7ais (lecoranenfrancais.com), v\u00e9rifi\u00e9e \u00e0 la source ; les autres versets sont \u00e9voqu\u00e9s en paraphrase avec leur r\u00e9f\u00e9rence. Les hadiths suivent les num\u00e9rotations de r\u00e9f\u00e9rence d\u00e9finies aux dossiers pr\u00e9c\u00e9dents, leur degr\u00e9 \u00e9tant indiqu\u00e9 au fil du texte. Les r\u00e9cits biographiques proviennent des livres de man\u00e2qib et de tabaq\u00e2t, dont la valeur est in\u00e9gale et signal\u00e9e ; les positions juridiques sont tir\u00e9es des livres de l\u2019\u00e9cole.<\/p>\n<p>Biographies : al-Khat\u00eeb al-Baghd\u00e2d\u00ee (m. 463 H), T\u00e2r\u00eekh Baghd\u00e2d ; Ibn \u2019Abd al-Barr (m. 463 H), Al-Intiq\u00e2\u2019 f\u00ee fad\u00e2\u2019il ath-thal\u00e2thah al-a\u2019immah al-fuqah\u00e2\u2019 ; as-Saymar\u00ee (m. 436 H), Akhb\u00e2r Ab\u00ee Han\u00eefah wa ash\u00e2bih ; al-Muwaffaq al-Makk\u00ee (m. 568 H) et al-Kardar\u00ee, Man\u00e2qib Ab\u00ee Han\u00eefah ; adh-Dhahab\u00ee (m. 748 H), Siyar a\u2019l\u00e2m an-nubal\u00e2\u2019 et Man\u00e2qib al-im\u00e2m Ab\u00ee Han\u00eefah ; Ibn Hajar (m. 852 H), Tahdh\u00eeb at-tahdh\u00eeb. Credo : les \u00e9p\u00eetres attribu\u00e9es \u00e0 Ab\u00fb Han\u00eefah, Al-Fiqh al-akbar, Al-Wasiyyah, Al-\u2019\u00c2lim wa-l-muta\u2019allim ; at-Tah\u00e2w\u00ee (m. 321 H), Al-\u2019Aq\u00eedah at-tah\u00e2wiyyah. Livres de l\u2019\u00e9cole : Ab\u00fb Y\u00fbsuf (m. 182 H), Kit\u00e2b al-Khar\u00e2j, Kit\u00e2b al-\u00c2th\u00e2r ; Muhammad ash-Shayb\u00e2n\u00ee (m. 189 H), Al-Asl, Al-J\u00e2mi\u2019 as-sagh\u00eer, Al-J\u00e2mi\u2019 al-kab\u00eer, Az-Ziy\u00e2d\u00e2t, As-Siyar, Kit\u00e2b al-\u00c2th\u00e2r, Al-Makh\u00e2rij f\u00ee-l-hiyal, et sa recension du Muwatta\u2019 ; at-Tah\u00e2w\u00ee, Sharh ma\u2019\u00e2n\u00ee al-\u00e2th\u00e2r et Al-Mukhtasar ; al-Jass\u00e2s (m. 370 H), Ahk\u00e2m al-Qur\u2019\u00e2n ; al-Qud\u00fbr\u00ee (m. 428 H), Al-Mukhtasar ; as-Sarakhs\u00ee (m. 483 H), Al-Mabs\u00fbt et Us\u00fbl as-Sarakhs\u00ee ; al-K\u00e2s\u00e2n\u00ee (m. 587 H), Bad\u00e2\u2019i\u2019 as-san\u00e2\u2019i\u2019 ; al-Margh\u00een\u00e2n\u00ee (m. 593 H), Al-Hid\u00e2yah, avec Fath al-qad\u00eer d\u2019Ibn al-Hum\u00e2m (m. 861 H) ; Ibn Nujaym (m. 970 H), Al-Bahr ar-r\u00e2\u2019iq ; Ibn \u2019\u00c2bid\u00een (m. 1252 H), Radd al-muht\u00e2r. Sur les imams et le hadith : Ibn Taymiyyah (m. 728 H), Raf\u2019 al-mal\u00e2m \u2019an al-a\u2019immah al-a\u2019l\u00e2m ; sur les stratag\u00e8mes : Ibn Taymiyyah, Bay\u00e2n ad-dal\u00eel \u2019al\u00e2 butl\u00e2n at-tahl\u00eel ; Ibn al-Qayyim (m. 751 H), I\u2019l\u00e2m al-muwaqqi\u2019\u00een. Hadiths cit\u00e9s : al-Bukh\u00e2r\u00ee, Muslim, Ab\u00fb D\u00e2w\u00fbd, At-Tirmidh\u00ee, An-Nas\u00e2\u2019\u00ee, selon les num\u00e9rotations indiqu\u00e9es. Compl\u00e9ments : az-Zayla\u2019\u00ee (m. 762 H), Nasb ar-r\u00e2yah ; Ibn \u2019\u00c2bid\u00een, Sharh \u2019Uq\u00fbd rasm al-muft\u00ee ; al-Bazdaw\u00ee (m. 482 H), Us\u00fbl ; an-Nasaf\u00ee (m. 710 H), Kanz ad-daq\u00e2\u2019iq ; les Fat\u00e2w\u00e2 Hindiyyah ; Ibn Rushd (m. 595 H), Bid\u00e2yat al-mujtahid, pour les divergences entre \u00e9coles et leurs causes.<\/p>\n<p class=\"dossier-nav\">\u2192 Suite : <a href=\"\/en\/approfondir-ma-foi\/aux-sources-du-savoir-islamique\/fiqh-medine-imam-malik\/\">Dossier 10 \u2014 Le Fiqh \u00e0 M\u00e9dine : l\u2019imam M\u00e2lik<\/a><\/p>\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Fiqh \u00e0 K\u00fbfah : l\u2019imam Ab\u00fb Han\u00eefah L\u2019h\u00e9ritier des gens de l\u2019opinion : sa vie, les caract\u00e9ristiques de son \u00e9cole et la propagation du madhhab hanafite L\u2019h\u00e9ritier des gens de l\u2019opinion : sa vie, les caract\u00e9ristiques de son \u00e9cole et la propagation du madhhab hanafite D\u2019Ibn Mas\u2019\u00fbd au marchand de soie de K\u00fbfah, et&#8230;<\/p>","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":60552,"menu_order":9,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-60576","page","type-page","status-publish","hentry"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v28.5 - 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