{"id":60575,"date":"2026-08-26T01:16:00","date_gmt":"2026-08-25T23:16:00","guid":{"rendered":"https:\/\/convertistoislam.fr\/?page_id=60575"},"modified":"2026-08-26T01:16:00","modified_gmt":"2026-08-25T23:16:00","slug":"sciences-du-hadith","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/convertistoislam.fr\/en\/approfondir-ma-foi\/aux-sources-du-savoir-islamique\/sciences-du-hadith\/","title":{"rendered":"Dossier 8 \u2014 Les sciences du Hadith"},"content":{"rendered":"<div class=\"dossier-savoir\">\n<h2>Les sciences du Hadith<\/h2>\n<p><em>Les hadiths mensong\u00e9s, l\u2019isn\u00e2d, la critique des transmetteurs, les degr\u00e9s du hadith et les grands recueils<\/em><\/p>\n<p><em>Les hadiths mensong\u00e9s, l\u2019isn\u00e2d, la critique des transmetteurs, les degr\u00e9s du hadith et les grands recueils<\/em><\/p>\n<p><em>Comment la Ummah a prot\u00e9g\u00e9 la Sunnah de la falsification : homme par homme, cha\u00eene par cha\u00eene, jusqu\u2019aux recueils que le monde entier peut v\u00e9rifier.<\/em><\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Comment lire ce dossier<\/h3>\n<p>Ce dossier est le huiti\u00e8me de la s\u00e9rie \u00ab Aux sources du savoir islamique \u00bb et le deuxi\u00e8me de sa seconde partie, consacr\u00e9e \u00e0 la naissance des sciences. Apr\u00e8s les sciences du Coran, voici la science qui porte tout le reste : celle du hadith. Le dossier de la Sunnah a \u00e9tabli son autorit\u00e9 et pos\u00e9 les premiers jalons de la critique ; celui-ci raconte la science elle-m\u00eame \u2014 le mal qu\u2019elle combat, les hommes qui l\u2019ont fond\u00e9e, les instruments qu\u2019ils ont forg\u00e9s, les livres o\u00f9 elle s\u2019est d\u00e9pos\u00e9e. Il est \u00e9crit pour \u00eatre lu d\u2019une traite, avec un exemple chaque fois qu\u2019une notion se complique et une phrase \u00e0 retenir au bout de chaque section ; et il est \u00e9crit pour \u00eatre v\u00e9rifi\u00e9, chaque affirmation portant sa r\u00e9f\u00e9rence. Le lecteur qui aborde l\u2019islam avec m\u00e9fiance y trouvera, avant la conclusion, un chapitre qui r\u00e9pond aux objections les plus fr\u00e9quentes \u2014 \u00ab Bukh\u00e2r\u00ee a \u00e9crit deux si\u00e8cles apr\u00e8s \u00bb, \u00ab les orientalistes ont d\u00e9montr\u00e9 que les cha\u00eenes sont fabriqu\u00e9es \u00bb, \u00ab il y a des hadiths absurdes \u00bb \u2014 et un guide pratique pour v\u00e9rifier lui-m\u00eame un hadith qu\u2019on lui cite. Le glossaire qui suit rassemble un vocabulaire technique plus fourni que dans les dossiers pr\u00e9c\u00e9dents, car cette science a le sien ; on peut le lire d\u2019abord ou y revenir en cours de route.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Rep\u00e8res terminologiques<\/h3>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Isn\u00e2d ou sanad<\/strong> \u2014 La cha\u00eene des transmetteurs par laquelle un hadith remonte, homme par homme, jusqu\u2019au Proph\u00e8te \ufdfa.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Matn<\/strong> \u2014 Le texte du hadith, ce que la cha\u00eene transmet.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>R\u00e2w\u00ee, rij\u00e2l<\/strong> \u2014 Le transmetteur ; les rij\u00e2l sont les \u00ab hommes \u00bb des cha\u00eenes, et la science qui les \u00e9tudie.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Mustalah al-had\u00eeth<\/strong> \u2014 La terminologie du hadith : la science qui d\u00e9finit les cat\u00e9gories de r\u00e9cits et les r\u00e8gles de leur r\u00e9ception.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Jarh wa ta\u2019d\u00eel<\/strong> \u2014 La critique et la validation des transmetteurs : juger si un homme est digne d\u2019\u00eatre cru.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Thiqah, sad\u00fbq, da\u2019\u00eef, matr\u00fbk, kadhdh\u00e2b<\/strong> \u2014 Les degr\u00e9s d\u2019un transmetteur : digne de confiance, v\u00e9ridique, faible, abandonn\u00e9, menteur.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Marf\u00fb\u2019, mawq\u00fbf, maqt\u00fb\u2019<\/strong> \u2014 Le r\u00e9cit qui remonte au Proph\u00e8te \ufdfa, celui qui s\u2019arr\u00eate \u00e0 un compagnon, celui qui s\u2019arr\u00eate \u00e0 un successeur.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Muttasil, mursal, munqati\u2019, mu\u2019dal, mu\u2019allaq<\/strong> \u2014 La cha\u00eene continue, celle o\u00f9 manque le compagnon, celle o\u00f9 manque un maillon, celle o\u00f9 manquent deux maillons cons\u00e9cutifs, celle dont le d\u00e9but est omis.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Mutaw\u00e2tir, mashh\u00fbr, \u2019az\u00eez, ghar\u00eeb<\/strong> \u2014 Le r\u00e9cit transmis massivement, celui transmis par au moins trois voies, par deux, par une seule.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Sah\u00eeh, hasan, da\u2019\u00eef, mawd\u00fb\u2019<\/strong> \u2014 Authentique, bon, faible, forg\u00e9.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Sh\u00e2dh, munkar, \u2019illah<\/strong> \u2014 L\u2019anomalie d\u2019un transmetteur fiable contre de plus fiables, celle d\u2019un transmetteur faible contre des fiables, le d\u00e9faut cach\u00e9.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Tadl\u00ees<\/strong> \u2014 Le fait de masquer un maillon en employant une formule ambigu\u00eb (\u00ab d\u2019apr\u00e8s \u00bb) ; le mudallis est celui qui le pratique.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Mut\u00e2ba\u2019ah, sh\u00e2hid<\/strong> \u2014 La voie parall\u00e8le qui corrobore un r\u00e9cit par le m\u00eame compagnon, et celle qui le corrobore par un autre compagnon.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Takhr\u00eej<\/strong> \u2014 L\u2019op\u00e9ration qui consiste \u00e0 retrouver les sources d\u2019un hadith, ses cha\u00eenes et les jugements port\u00e9s sur lui.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Muwatta\u2019, musannaf, musnad, j\u00e2mi\u2019, sunan, mustadrak, mustakhraj<\/strong> \u2014 Les genres de recueils : class\u00e9s par sujets, par compagnons, compl\u00e9tant un recueil selon ses conditions, ou le retransmettant par d\u2019autres cha\u00eenes.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Talaqq\u00ee bi-l-qab\u00fbl<\/strong> \u2014 La r\u00e9ception unanime d\u2019un recueil par la Ummah, qui conf\u00e8re \u00e0 ses hadiths un degr\u00e9 de certitude suppl\u00e9mentaire.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Asb\u00e2b al-wur\u00fbd<\/strong> \u2014 Les circonstances dans lesquelles un hadith fut prononc\u00e9 \u2014 l\u2019\u00e9quivalent, pour la Sunnah, des circonstances de la r\u00e9v\u00e9lation.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Riw\u00e2yah bi-l-ma\u2019n\u00e2<\/strong> \u2014 La transmission d\u2019un hadith selon son sens et non selon sa lettre, admise sous conditions strictes.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Ij\u00e2zah<\/strong> \u2014 La licence par laquelle un ma\u00eetre autorise un \u00e9l\u00e8ve \u00e0 transmettre un livre ou un corpus qu\u2019il tient lui-m\u00eame par cha\u00eene.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Majh\u00fbl<\/strong> \u2014 Le transmetteur inconnu \u2014 de personne ou d\u2019\u00e9tat \u2014 dont le rapport ne peut \u00eatre re\u00e7u tant qu\u2019il n\u2019est pas identifi\u00e9.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Mudtarib<\/strong> \u2014 Le r\u00e9cit dont les voies se contredisent sur la cha\u00eene ou le texte sans qu\u2019on puisse trancher.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Introduction \u2014 La science qui garde la source<\/h3>\n<p>Le dossier des sciences du Coran s\u2019est achev\u00e9 sur une question : l\u2019ex\u00e9g\u00e8se s\u2019appuie \u00e0 chaque pas sur des paroles transmises \u2014 du Proph\u00e8te \ufdfa, des compagnons, des t\u00e2bi\u2019\u00fbn \u2014 et que valent ces transmissions ? La question d\u00e9borde l\u2019ex\u00e9g\u00e8se : elle porte sur la Sunnah enti\u00e8re, deuxi\u00e8me source de la religion, dont le dossier pr\u00e9c\u00e9dent a montr\u00e9 qu\u2019elle ne fait autorit\u00e9 qu\u2019une fois son attribution \u00e9tablie. Une civilisation qui fonde sa loi, son culte et une part de sa croyance sur des paroles rapport\u00e9es d\u2019un homme devait se donner les moyens de savoir ce qu\u2019il avait r\u00e9ellement dit ; et elle s\u2019est donn\u00e9, pour cela, l\u2019instrument le plus rigoureux que l\u2019histoire des textes ait connu \u2014 non par vanit\u00e9 de m\u00e9thode, mais par n\u00e9cessit\u00e9 de survie, parce que le mensonge sur le Proph\u00e8te \ufdfa avait commenc\u00e9 de son vivant et que la fitnah l\u2019avait multipli\u00e9. Ce dossier raconte cette science : le mal qu\u2019elle combat, les hommes qui l\u2019ont fond\u00e9e, les instruments qu\u2019ils ont forg\u00e9s, les livres o\u00f9 elle s\u2019est d\u00e9pos\u00e9e. Il la raconte comme une histoire, parce qu\u2019elle en est une \u2014 celle d\u2019un combat de trois si\u00e8cles entre ceux qui voulaient faire dire au Proph\u00e8te \ufdfa ce qu\u2019il n\u2019avait pas dit et ceux qui, homme par homme, ont dress\u00e9 la barri\u00e8re.<\/p>\n<p>Le principe de cette science n\u2019est pas une invention de savants : il est un commandement du Livre, descendu au sujet d\u2019une fausse nouvelle rapport\u00e9e au Proph\u00e8te \ufdfa et qui faillit provoquer une exp\u00e9dition injuste :<\/p>\n<blockquote class=\"verset-encadre\">\n<p>\u00ab Vous qui croyez ! Si un homme sans moralit\u00e9 vous apporte une nouvelle, assurez-vous de sa v\u00e9racit\u00e9, de crainte de porter pr\u00e9judice \u00e0 des innocents sans le vouloir et ensuite de le regretter. \u00bb<\/p>\n<p><cite>\u2014 Coran 49, 6<\/cite><\/p><\/blockquote>\n<p>Assurez-vous de la v\u00e9racit\u00e9 \u2014 tabayyan\u00fb, et dans une autre lecture re\u00e7ue : tathabbat\u00fb, v\u00e9rifiez avec soin. Tout le programme est l\u00e0 : une nouvelle vaut ce que vaut celui qui l\u2019apporte ; on ne condamne ni n\u2019absout sur un rapport non v\u00e9rifi\u00e9 ; et la v\u00e9rification porte d\u2019abord sur l\u2019homme. Le Coran ajoute ailleurs de ne pas suivre ce dont on n\u2019a pas de connaissance, car l\u2019ou\u00efe, la vue et le c\u0153ur seront interrog\u00e9s (Coran 17, 36), et le Proph\u00e8te \ufdfa scella le tout par la menace que nous avons vue : quiconque ment sur moi d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment, qu\u2019il pr\u00e9pare sa place en Enfer. La science du hadith est l\u2019application, \u00e0 la parole du Proph\u00e8te \ufdfa, d\u2019une r\u00e8gle que Son Seigneur avait pos\u00e9e pour toute parole.<\/p>\n<p>Le lecteur venu du dehors mesurera mieux ce que cette science a d\u2019unique en la comparant \u00e0 ce qu\u2019il conna\u00eet. Les \u00c9vangiles, que l\u2019\u00c9glise a re\u00e7us comme \u00c9criture, sont parvenus sans cha\u00eene de transmission nomm\u00e9e : leurs auteurs sont identifi\u00e9s par une tradition post\u00e9rieure, leurs plus anciens manuscrits complets datent du quatri\u00e8me si\u00e8cle, et nul n\u2019a consign\u00e9, homme par homme, comment le texte est pass\u00e9 de la Palestine du premier si\u00e8cle aux copistes du quatri\u00e8me \u2014 les historiens du christianisme le disent eux-m\u00eames, et ce n\u2019est pas ici un reproche mais un constat. La tradition rabbinique conna\u00eet des cha\u00eenes de ma\u00eetres, mais elles ne remontent pas, transmetteur par transmetteur, jusqu\u2019\u00e0 la parole qu\u2019elles rapportent. L\u2019islam est la seule tradition religieuse qui ait exig\u00e9, pour chaque parole attribu\u00e9e \u00e0 son fondateur, la liste nominative de ceux qui l\u2019ont port\u00e9e, et qui ait \u00e9crit la biographie de chacun d\u2019eux pour en juger. Que le lecteur retienne cette diff\u00e9rence avant d\u2019entendre les objections : on reproche souvent au hadith une incertitude que nul ne songe \u00e0 reprocher \u00e0 des textes qui n\u2019ont aucun des instruments qu\u2019il poss\u00e8de.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Note de m\u00e9thode<\/h3>\n<p>La grille de la s\u00e9rie demeure : versets r\u00e9f\u00e9renc\u00e9s, hadiths avec leur recueil, leur num\u00e9ro selon la num\u00e9rotation de Muhammad Fu\u2019\u00e2d \u2019Abd al-B\u00e2q\u00ee pour les deux Sah\u00eeh et l\u2019usage courant pour les Sunan, et leur degr\u00e9 hors des deux Sah\u00eeh ; paroles des imams et anecdotes rapport\u00e9es par les biographes signal\u00e9es comme telles \u2014 elles proviennent des dictionnaires de transmetteurs et des histoires de la discipline, et valent pour l\u2019histoire. Ce dossier cite beaucoup de chiffres \u2014 nombre de hadiths, de transmetteurs, d\u2019entr\u00e9es dans un dictionnaire \u2014 ; ils sont ceux que les savants ont donn\u00e9s ou que les \u00e9ditions modernes ont compt\u00e9s, et le lecteur doit les prendre pour des ordres de grandeur, sachant que \u00ab hadith \u00bb d\u00e9signe souvent une voie de transmission et non un texte. Enfin, le vocabulaire technique est expliqu\u00e9 \u00e0 sa premi\u00e8re apparition et dans le glossaire ; il n\u2019est pas un obstacle mais un outil, et le lecteur qui le ma\u00eetrise pourra suivre n\u2019importe quelle discussion sur un hadith.<\/p>\n<h2 class=\"section-partie\">Premi\u00e8re partie \u2014 Le mal : l\u2019apparition des hadiths mensong\u00e9s<\/h2>\n<h3>1. Du vivant du Proph\u00e8te \ufdfa \u00e0 la fitnah : les semences du faux<\/h3>\n<p>Le mensonge sur le Proph\u00e8te \ufdfa ne date pas des si\u00e8cles tardifs : il commen\u00e7a de son vivant, et il en fit lui-m\u00eame la mati\u00e8re d\u2019un avertissement r\u00e9p\u00e9t\u00e9 par plus de soixante-dix compagnons \u2014 le plus massivement transmis de tous ses hadiths, comme si la Providence avait voulu que la menace contre le faux f\u00fbt le texte le plus \u00e0 l\u2019abri du faux (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 110 ; Sah\u00eeh Muslim, introduction). Les historiens rapportent qu\u2019un homme se pr\u00e9senta, du vivant du Proph\u00e8te \ufdfa, chez une tribu en pr\u00e9tendant porter son ordre pour obtenir d\u2019elle une femme ; d\u00e9masqu\u00e9, il fut ex\u00e9cut\u00e9. Mais tant que v\u00e9cut la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration, form\u00e9e par le Proph\u00e8te \ufdfa et unie, le mensonge resta l\u2019affaire d\u2019individus vite confondus : les compagnons se connaissaient, se contr\u00f4laient, et Ibn \u2019Abb\u00e2s pouvait dire que l\u2019on prenait le hadith de quiconque disait \u00ab le Messager d\u2019Allah \ufdfa a dit \u00bb. Le tournant fut la fitnah \u2014 nous l\u2019avons racont\u00e9e aux dossiers des Califes et des sectes. Lorsque la communaut\u00e9 se divisa en partis, chaque parti eut besoin de textes, et ceux qui n\u2019en trouvaient pas en fabriqu\u00e8rent : la parole d\u2019Ibn S\u00eer\u00een \u2014 ils ne demandaient pas l\u2019isn\u00e2d, puis, quand survint la fitnah, ils dirent : nommez-nous vos hommes \u2014 date pr\u00e9cis\u00e9ment le moment o\u00f9 le faux devint un ph\u00e9nom\u00e8ne, et celui o\u00f9 la Ummah inventa son rem\u00e8de. Ibn \u2019Abb\u00e2s, dans la m\u00eame page de l\u2019introduction de Muslim, d\u00e9crit le changement : quand les gens se mirent \u00e0 monter toute monture, docile ou r\u00e9tive, nous ne pr\u00eemes plus d\u2019eux que ce que nous connaissions.<\/p>\n<p>Il faut mesurer ce que fut la vigilance de la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration, car elle explique l\u2019\u00e9tanch\u00e9it\u00e9 de ce si\u00e8cle. Ab\u00fb Bakr exigeait un t\u00e9moin pour recevoir un rapport ; \u2019Umar demandait \u00e0 Ab\u00fb M\u00fbs\u00e2 de produire quelqu\u2019un qui e\u00fbt entendu le hadith avec lui, et disait ne pas soup\u00e7onner le compagnon mais vouloir fermer la porte ; \u2019Al\u00ee faisait jurer ; \u2019\u00c2\u2019ishah comparait les rapports au Livre et aux autres textes \u2014 le dossier des Califes a racont\u00e9 chacune de ces sc\u00e8nes. Ces hommes et ces femmes ne doutaient pas les uns des autres : ils b\u00e2tissaient, pour ceux qui viendraient, l\u2019habitude de v\u00e9rifier. Et lorsque les compagnons commenc\u00e8rent \u00e0 mourir et que leurs \u00e9l\u00e8ves se dispers\u00e8rent, la vigilance changea de forme sans changer de nature : Ibn S\u00eer\u00een, ash-Sha\u2019b\u00ee, Sa\u2019\u00eed ibn al-Musayyib ne v\u00e9rifiaient plus seulement le rapport, ils v\u00e9rifiaient le rapporteur \u2014 car ils ne le connaissaient plus toujours. La fitnah ne cr\u00e9a pas la v\u00e9rification : elle la rendit nominative.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Le mensonge sur le Proph\u00e8te \ufdfa commen\u00e7a de son vivant, resta marginal tant que la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration fut unie, et devint un ph\u00e9nom\u00e8ne avec la fitnah \u2014 le jour m\u00eame o\u00f9 naquit l\u2019exigence de l\u2019isn\u00e2d.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>2. Qui forgeait, et pourquoi<\/h3>\n<p>Les savants ont dress\u00e9 le portrait des faussaires avec une pr\u00e9cision d\u2019enqu\u00eateurs, et ce portrait est instructif, car il montre que le faux avait des motifs reconnaissables \u2014 donc des marques reconnaissables. Il y eut d\u2019abord les ennemis d\u00e9clar\u00e9s de l\u2019islam, les zan\u00e2diqah, qui forgeaient pour corrompre la religion de l\u2019int\u00e9rieur : le plus c\u00e9l\u00e8bre, \u2019Abd al-Kar\u00eem ibn Ab\u00ee al-\u2019Awj\u00e2\u2019, avoua devant le gouverneur de Basrah, avant son ex\u00e9cution en l\u2019an cent cinquante-cinq, avoir forg\u00e9 quatre mille hadiths \u00ab rendant licite l\u2019illicite et illicite le licite \u00bb \u2014 rapportent les historiens ; et le fait que l\u2019on connaisse son nom, son aveu et son chiffre dit assez que le rem\u00e8de existait d\u00e9j\u00e0. Il y eut les partisans des sectes, qui forgeaient pour leur cause \u2014 sur les m\u00e9rites de \u2019Al\u00ee ou contre ses adversaires, sur tel calife ou telle tribu ; et ici une nuance des ma\u00eetres m\u00e9rite d\u2019\u00eatre connue, car elle montre leur \u00e9quit\u00e9 : Ab\u00fb D\u00e2w\u00fbd observait qu\u2019aucune secte n\u2019avait de transmetteurs plus v\u00e9ridiques que les Khaw\u00e2rij \u2014 parce qu\u2019ils tenaient le mensonge pour une m\u00e9cr\u00e9ance \u2014, si bien que les savants accept\u00e8rent le hadith de kharijites v\u00e9ridiques tout en combattant leur doctrine. Il y eut les conteurs de mosqu\u00e9e, les quss\u00e2s, qui voulaient \u00e9mouvoir les foules et inventaient des r\u00e9cits \u00e9difiants : l\u2019anecdote la plus savoureuse de la discipline raconte qu\u2019Ahmad ibn Hanbal et Yahy\u00e2 ibn Ma\u2019\u00een, assis dans une mosqu\u00e9e de Bagdad, entendirent un conteur commencer un hadith par \u00ab Ahmad ibn Hanbal et Yahy\u00e2 ibn Ma\u2019\u00een nous ont rapport\u00e9&#8230; \u00bb ; interrog\u00e9 \u00e0 la fin sur ses sources, l\u2019homme r\u00e9pondit avec aplomb qu\u2019il croyait \u00eatre le seul \u00e0 conna\u00eetre dix-sept Ahmad ibn Hanbal et Yahy\u00e2 ibn Ma\u2019\u00een diff\u00e9rents \u2014 rapportent les biographes. Il y eut les pieux faussaires, les plus dangereux parce que les plus sinc\u00e8res : N\u00fbh ibn Ab\u00ee Maryam et ses m\u00e9rites des sourates, que le dossier pr\u00e9c\u00e9dent a cit\u00e9s, Maysarah ibn \u2019Abd Rabbih qui avoua avoir forg\u00e9 soixante-dix hadiths sur les m\u00e9rites de \u2019Al\u00ee \u00ab par amour \u00bb, et jusqu\u2019\u00e0 une secte, les Karr\u00e2miyyah, qui tenait pour licite de forger pour encourager au bien \u2014 les savants leur r\u00e9pondirent que la fin ne justifie pas de mentir sur celui qui a promis l\u2019Enfer aux menteurs. Il y eut les courtisans : Ghiy\u00e2th ibn Ibr\u00e2h\u00eem, re\u00e7u par le calife al-Mahd\u00ee qui aimait les pigeons de course, r\u00e9cita le hadith autorisant les comp\u00e9titions \u00ab de fl\u00e8ches, de chameaux et de chevaux \u00bb en y ajoutant \u00ab ou d\u2019ailes \u00bb ; le calife lui donna une bourse, puis, lorsqu\u2019il fut sorti, dit : je t\u00e9moigne que cette nuque est une nuque de menteur \u2014 et fit \u00e9gorger ses pigeons, rapportent les biographes. Il y eut enfin le z\u00e8le pour une \u00e9cole, une ville, un imam \u2014 et ce z\u00e8le forgea des hadiths \u00e0 la gloire d\u2019Ab\u00fb Han\u00eefah comme des hadiths contre lui, que les savants rejet\u00e8rent \u00e9galement, sans acception de personne.<\/p>\n<p>Il faut ajouter, pour \u00eatre complet et juste, que la plupart des r\u00e9cits faibles ne sont pas des faux : ils sont des erreurs. Un transmetteur honn\u00eate dont la m\u00e9moire vieillit, un \u00e9l\u00e8ve qui confond deux ma\u00eetres du m\u00eame nom, un copiste qui saute une ligne, un homme qui rapporte de bonne foi ce qu\u2019il a entendu d\u2019un menteur qu\u2019il ne connaissait pas \u2014 voil\u00e0 l\u2019immense majorit\u00e9 du da\u2019\u00eef. La science du hadith ne traque pas seulement le mensonge : elle traque l\u2019erreur, et c\u2019est ce qui la rend si exigeante, car un homme pieux peut se tromper, et la pi\u00e9t\u00e9 n\u2019est pas un certificat de m\u00e9moire. Le prochain chapitre montrera comment elle reconna\u00eet l\u2019une et l\u2019autre.<\/p>\n<p>Deux cat\u00e9gories m\u00e9ritent un mot de plus, car elles touchent au pouvoir et \u00e0 la religion elle-m\u00eame. Les dynasties eurent leurs faussaires : sous les Umayyades, on forgea des m\u00e9rites de Damas et du Ch\u00e2m et des paroles contre \u2019Al\u00ee ; sous les Abbassides, des annonces de leur av\u00e8nement et des m\u00e9rites de Bagdad \u2014 les savants ont \u00e9crit que tout hadith louant ou bl\u00e2mant une ville fond\u00e9e apr\u00e8s le Proph\u00e8te \ufdfa est faux par d\u00e9finition, et ils ont class\u00e9 ces r\u00e9cits sans \u00e9gard pour le pouvoir qui les prot\u00e9geait. Et il y eut le faux qui vise la science elle-m\u00eame : les zan\u00e2diqah forg\u00e8rent un \u00ab hadith \u00bb disant \u2014 confrontez ce qui vous vient de moi au Livre d\u2019Allah ; ce qui s\u2019y accorde est de moi, ce qui le contredit n\u2019est pas de moi \u2014 pour d\u00e9sarmer la Sunnah par une r\u00e8gle qu\u2019elle n\u2019a pas pos\u00e9e ; ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee, Ibn Ma\u2019\u00een et al-Khat\u00eeb l\u2019ont jug\u00e9 sans fondement, et ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee ajouta que ce r\u00e9cit, s\u2019il \u00e9tait vrai, se d\u00e9truirait lui-m\u00eame, puisque rien dans le Coran ne l\u2019atteste. Le lecteur le retrouvera dans la bouche des \u00ab coranistes \u00bb d\u2019aujourd\u2019hui : c\u2019est un faux du deuxi\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Zan\u00e2diqah, partisans, conteurs, pieux faussaires, courtisans, z\u00e9lateurs d\u2019\u00e9cole : le faux eut des motifs reconnaissables ; et la plupart des r\u00e9cits faibles ne sont pas des mensonges mais des erreurs, que la science traque avec la m\u00eame rigueur.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>3. Les marques du faux : comment on reconna\u00eet un hadith forg\u00e9<\/h3>\n<p>Puisque le faux a des motifs, il a des signes, et les savants les ont catalogu\u00e9s \u2014 Ibn al-Qayyim, dans Al-Man\u00e2r al-mun\u00eef, en a fait un manuel que tout lecteur peut appliquer. Le premier signe est dans la cha\u00eene : le forgeur est connu, il a avou\u00e9, ou il est le seul \u00e0 rapporter d\u2019un ma\u00eetre ce que les \u00e9l\u00e8ves fiables de ce ma\u00eetre ne connaissent pas ; ou encore la chronologie le trahit, parce qu\u2019il pr\u00e9tend avoir entendu un homme mort avant sa naissance. Mais les signes du texte sont tout aussi parlants, et ils prouvent, contre une id\u00e9e re\u00e7ue, que la critique musulmane n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aveugle au contenu. Est suspect de forgerie tout r\u00e9cit qui contredit le Coran ou une Sunnah massivement transmise \u2014 tel le pr\u00e9tendu hadith fixant la dur\u00e9e du monde \u00e0 sept mille ans \u2014 ; qui contredit la raison ou l\u2019histoire \u00e9tablie \u2014 tel celui qui fait mourir le Proph\u00e8te \ufdfa dans une ville o\u00f9 il n\u2019est jamais all\u00e9 \u2014 ; qui promet des r\u00e9compenses d\u00e9mesur\u00e9es pour des actes minuscules ou des ch\u00e2timents monstrueux pour des fautes v\u00e9nielles ; qui vante un aliment, une ville, une tribu ou une personne n\u00e9e apr\u00e8s le Proph\u00e8te \ufdfa \u2014 \u00ab l\u2019aubergine gu\u00e9rit de tout ce pour quoi on la mange \u00bb, \u00ab Ab\u00fb Han\u00eefah est la lampe de ma communaut\u00e9 \u00bb, \u00ab Ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee sera plus nuisible \u00e0 ma communaut\u00e9 qu\u2019Ibl\u00ees \u00bb : trois faux, dont les deux derniers montrent que le z\u00e8le forge dans les deux sens ; qui a un style que le Proph\u00e8te \ufdfa n\u2019avait pas \u2014 la concision et la gravit\u00e9 de sa parole se reconnaissent, et les faussaires \u00e9crivent comme des conteurs ; ou qui proph\u00e9tise avec une pr\u00e9cision de gazetier des \u00e9v\u00e9nements post\u00e9rieurs. Quelques paroles c\u00e9l\u00e8bres, que l\u2019on entend encore en chaire, tombent sous ces signes : \u00ab cherchez la science jusqu\u2019en Chine \u00bb, \u00ab l\u2019amour de la patrie fait partie de la foi \u00bb, \u00ab la divergence de ma communaut\u00e9 est une mis\u00e9ricorde \u00bb, \u00ab la premi\u00e8re chose qu\u2019Allah cr\u00e9a fut l\u2019intellect \u00bb \u2014 aucune n\u2019a de cha\u00eene \u00e9tablie, et les savants l\u2019ont \u00e9crit noir sur blanc depuis des si\u00e8cles. Que ces paroles circulent encore ne prouve pas la faiblesse de la science ; cela prouve que la science existe et que l\u2019on peut l\u2019ignorer.<\/p>\n<p>Deux exemples de faux \u00ab pieux \u00bb montrent jusqu\u2019o\u00f9 allait le mal et jusqu\u2019o\u00f9 va la science. Le premier est la pri\u00e8re dite des d\u00e9sirs \u2014 sal\u00e2t ar-ragh\u00e2\u2019ib \u2014, cens\u00e9e se faire la premi\u00e8re nuit du vendredi de Rajab avec des r\u00e9compenses immenses : le hadith qui la fonde apparut au cinqui\u00e8me si\u00e8cle, Ibn al-Jawz\u00ee le d\u00e9clara forg\u00e9, an-Nawaw\u00ee \u00e9crivit que cette pri\u00e8re est une innovation bl\u00e2mable et que le hadith est un mensonge, et pourtant elle fut pratiqu\u00e9e dans des mosqu\u00e9es pendant des si\u00e8cles \u2014 preuve que la science et la coutume ne marchent pas toujours du m\u00eame pas, et que la science a raison contre la coutume. Le second est le pr\u00e9tendu hadith \u00ab Rajab est le mois d\u2019Allah, Sha\u2019b\u00e2n est mon mois, Ramadan est le mois de ma communaut\u00e9 \u00bb, que les critiques ont class\u00e9 parmi les faux et qui orne encore des calendriers. Les savants ont m\u00eame identifi\u00e9, dans les marques du faux, un signe que le lecteur peut appliquer seul : un hadith qui commande une pratique pr\u00e9cise, avec des nombres pr\u00e9cis \u2014 tant de rak\u2019ahs, tant de r\u00e9citations, telle nuit \u2014, dont ni les compagnons ni les grands recueils ne connaissent la trace, est suspect avant m\u00eame qu\u2019on ouvre les dictionnaires. La religion, disaient-ils, est compl\u00e8te ; ce que la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration n\u2019a pas fait, elle ne l\u2019a pas ignor\u00e9 \u2014 elle ne l\u2019a pas re\u00e7u.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Le faux se reconna\u00eet \u00e0 sa cha\u00eene \u2014 forgeur connu, chronologie impossible \u2014 et \u00e0 son texte \u2014 contradiction avec le Coran, la raison ou l\u2019histoire, promesses d\u00e9mesur\u00e9es, \u00e9loges int\u00e9ress\u00e9s, style \u00e9tranger : la critique musulmane a toujours jug\u00e9 le contenu autant que la cha\u00eene.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h2 class=\"section-partie\">Deuxi\u00e8me partie \u2014 Le rem\u00e8de : l\u2019\u0153uvre des savants<\/h2>\n<h3>4. L\u2019isn\u00e2d : la cha\u00eene comme document<\/h3>\n<p>Le rem\u00e8de premier fut l\u2019isn\u00e2d, et il faut le regarder de pr\u00e8s, car aucune autre tradition religieuse ne l\u2019a construit. Ouvrons le premier hadith du Sah\u00eeh d\u2019al-Bukh\u00e2r\u00ee. Avant le texte fameux \u2014 les actes ne valent que par les intentions \u2014, on lit : al-Humayd\u00ee nous a rapport\u00e9, il a dit : Sufy\u00e2n nous a rapport\u00e9, il a dit : Yahy\u00e2 ibn Sa\u2019\u00eed al-Ans\u00e2r\u00ee nous a rapport\u00e9, il a dit : Muhammad ibn Ibr\u00e2h\u00eem at-Taym\u00ee m\u2019a inform\u00e9 qu\u2019il avait entendu \u2019Alqamah ibn Waqq\u00e2s dire : j\u2019ai entendu \u2019Umar ibn al-Khatt\u00e2b dire en chaire : j\u2019ai entendu le Messager d\u2019Allah \ufdfa dire. Six hommes entre al-Bukh\u00e2r\u00ee et le Proph\u00e8te \ufdfa, chacun nomm\u00e9, chacun disant de qui il tient \u2014 et pour chacun, la science poss\u00e8de une biographie : sa ville, ses dates, ses ma\u00eetres, ses \u00e9l\u00e8ves, ses voyages, la qualit\u00e9 de sa m\u00e9moire, le jugement de ses contemporains. La cha\u00eene n\u2019est pas une formule : elle est un dossier, que l\u2019on peut ouvrir \u00e0 chaque maillon. Et cette cha\u00eene unique, pour ce hadith-l\u00e0, est en m\u00eame temps un enseignement : le hadith des intentions, qui ouvre le plus grand recueil de l\u2019islam, n\u2019est rapport\u00e9 du Proph\u00e8te \ufdfa que par \u2019Umar, de \u2019Umar que par \u2019Alqamah, de \u2019Alqamah que par Muhammad ibn Ibr\u00e2h\u00eem, de celui-ci que par Yahy\u00e2 ibn Sa\u2019\u00eed \u2014 apr\u00e8s quoi des centaines de transmetteurs le r\u00e9pandent. Il est donc, \u00e0 sa racine, un hadith ghar\u00eeb, \u00e0 voie unique, et il est authentique au plus haut degr\u00e9 : la science n\u2019a jamais confondu le petit nombre des voies avec la faiblesse, ni le grand nombre avec la force \u2014 elle juge les hommes.<\/p>\n<p>Pourquoi l\u2019isn\u00e2d est-il unique ? Parce qu\u2019il d\u00e9place la question. Devant un texte ancien, l\u2019historien ordinaire ne peut interroger que le texte ; devant un hadith, le savant musulman interroge des hommes \u2014 et des hommes que d\u2019autres hommes ont connus, jug\u00e9s et d\u00e9crits. C\u2019est ce qu\u2019exprimait Ibn al-Mub\u00e2rak, dans une phrase que le dossier de la Sunnah a cit\u00e9e et qu\u2019il faut relire ici : l\u2019isn\u00e2d fait partie de la religion ; sans l\u2019isn\u00e2d, quiconque aurait dit ce qu\u2019il aurait voulu. Et c\u2019est ce qui rendit possible ce que nul autre corpus n\u2019a connu : la v\u00e9rification crois\u00e9e. Un m\u00eame r\u00e9cit remonte par plusieurs cha\u00eenes ; on les compare, mot \u00e0 mot ; ce que rapporte un transmetteur seul contre dix autres est \u00e9cart\u00e9 ; ce que confirment des voies ind\u00e9pendantes est retenu ; un mot ajout\u00e9, une phrase d\u00e9plac\u00e9e, un nom interverti apparaissent \u00e0 la comparaison comme une rature sur une page. La cha\u00eene courte fut pris\u00e9e \u2014 le \u2019ul\u00fbw, la \u00ab hauteur \u00bb de l\u2019isn\u00e2d \u2014 parce que moins de maillons, c\u2019est moins de risques ; et les savants voyag\u00e8rent des mois pour gagner un maillon. Le lecteur d\u2019aujourd\u2019hui qui exige des sources, des noms et des dates ne demande rien que cette science n\u2019ait exig\u00e9 douze si\u00e8cles avant lui \u2014 et \u00e0 un degr\u00e9 qu\u2019il n\u2019imagine pas.<\/p>\n<p>Trois notions compl\u00e8tent ce chapitre. La premi\u00e8re est la cha\u00eene d\u2019or : al-Bukh\u00e2r\u00ee appelait ainsi la voie M\u00e2lik \u2014 N\u00e2fi\u2019 \u2014 Ibn \u2019Umar, o\u00f9 l\u2019affranchi transmet de son ma\u00eetre compagnon au plus grand juriste de M\u00e9dine, et les savants ont class\u00e9 les cha\u00eenes les plus s\u00fbres de l\u2019islam comme on classe des veines de m\u00e9tal : celle de M\u00e2lik, celle d\u2019az-Zuhr\u00ee par S\u00e2lim ibn \u2019Abdill\u00e2h de son p\u00e8re Ibn \u2019Umar, celle de Hamm\u00e2m de Ab\u00fb Hurayrah. La deuxi\u00e8me est la circonstance du hadith \u2014 asb\u00e2b al-wur\u00fbd \u2014, \u00e9quivalente aux circonstances de la r\u00e9v\u00e9lation : le hadith des intentions fut prononc\u00e9, rapportent les biographes, au sujet d\u2019un homme qui avait \u00e9migr\u00e9 \u00e0 M\u00e9dine non pour Allah mais pour \u00e9pouser une femme nomm\u00e9e Umm Qays \u2014 et la r\u00e8gle vaut pour tout acte, comme pour tout verset la port\u00e9e d\u00e9passe la circonstance. La troisi\u00e8me est la transmission par le sens \u2014 riw\u00e2yah bi-l-ma\u2019n\u00e2 \u2014, que le lecteur doit conna\u00eetre parce qu\u2019on en fait une objection : les savants admettaient qu\u2019un transmetteur rapport\u00e2t un hadith avec des mots l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rents \u00e0 trois conditions \u2014 qu\u2019il conn\u00fbt la langue au point de ne pas alt\u00e9rer le sens, qu\u2019il n\u2019y e\u00fbt pas de formule rituelle \u00e0 conserver, et qu\u2019il signal\u00e2t par une formule \u2014 \u00ab ou quelque chose de semblable \u00bb \u2014 qu\u2019il rapportait le sens ; Ibn Mas\u2019\u00fbd lui-m\u00eame, apr\u00e8s avoir rapport\u00e9 un hadith, ajoutait : ou \u00e0 peu pr\u00e8s ainsi. Les ma\u00eetres pr\u00e9f\u00e9raient la lettre, la comparaison des voies faisait appara\u00eetre les variantes de mots, et la science signalait les transmetteurs dont la transmission par le sens \u00e9tait trop libre. Loin d\u2019\u00eatre une faille, cette r\u00e8gle est une transparence de plus : la Ummah a dit ce qu\u2019elle admettait, sous quelles conditions, et avec quels contr\u00f4les.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> L\u2019isn\u00e2d n\u2019est pas une formule mais un dossier : chaque maillon est un homme connu, dat\u00e9, jug\u00e9 ; et la comparaison des cha\u00eenes fait appara\u00eetre l\u2019erreur ou le faux comme une rature \u2014 instrument que nulle autre tradition n\u2019a construit.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>5. Les fondateurs de la critique : une galerie<\/h3>\n<p>La science eut des fondateurs, et leur galerie raconte trois si\u00e8cles. \u00c0 l\u2019origine, les compagnons : le t\u00e9moin exig\u00e9 par Ab\u00fb Bakr, la preuve demand\u00e9e par \u2019Umar, le serment requis par \u2019Al\u00ee, les rectifications de \u2019\u00c2\u2019ishah \u2014 nous les avons vus au dossier des Califes. Puis les t\u00e2bi\u2019\u00fbn qui, avec la fitnah, r\u00e9clam\u00e8rent les noms : Ibn S\u00eer\u00een, ash-Sha\u2019b\u00ee, Sa\u2019\u00eed ibn al-Musayyib, et Ibn S\u00eer\u00een encore disant que cette science est religion \u2014 regardez de qui vous prenez votre religion. Le deuxi\u00e8me si\u00e8cle vit na\u00eetre la critique comme discipline, et son fondateur a un nom : Shu\u2019bah ibn al-Hajj\u00e2j, mort en cent soixante \u00e0 Basrah, que les savants appel\u00e8rent \u00ab le commandeur des croyants en hadith \u00bb, le premier \u2014 disent-ils \u2014 \u00e0 avoir scrut\u00e9 les transmetteurs d\u2019Irak, \u00e0 s\u2019\u00eatre enquis de leur exactitude et \u00e0 avoir \u00e9cart\u00e9 les faibles ; il disait qu\u2019il aurait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00eatre brigand plut\u00f4t que de transmettre d\u2019un homme qu\u2019il avait vu mentir, et il refusait le hadith de quiconque il avait surpris \u00e0 plaisanter \u2014 non par rigorisme, mais parce que la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 dans la parole pr\u00e9sage la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 dans le rapport, rapportent les biographes. \u00c0 ses c\u00f4t\u00e9s, M\u00e2lik \u00e0 M\u00e9dine, qui laissa passer soixante-dix ma\u00eetres de sa ville \u00ab dont la parole \u00e9tait digne de foi en toute chose sauf en hadith \u00bb, et qui disait n\u2019avoir pris que d\u2019hommes dont il avait vu la pi\u00e9t\u00e9 et la pr\u00e9cision ; Sufy\u00e2n ath-Thawr\u00ee \u00e0 K\u00fbfah ; Ibn al-Mub\u00e2rak au Khur\u00e2s\u00e2n ; puis les deux hommes que la discipline tient pour ses v\u00e9ritables architectes : Yahy\u00e2 ibn Sa\u2019\u00eed al-Qatt\u00e2n et \u2019Abd ar-Rahm\u00e2n ibn Mahd\u00ee, morts tous deux en cent quatre-vingt-dix-huit \u00e0 Basrah \u2014 les premiers \u00e0 avoir jug\u00e9 les transmetteurs un \u00e0 un, syst\u00e9matiquement, et dont les jugements convergents devinrent la base de tout ce qui suivit.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me si\u00e8cle est celui des ma\u00eetres. Yahy\u00e2 ibn Ma\u2019\u00een, mort en deux cent trente-trois, qui d\u00e9pensa l\u2019h\u00e9ritage de son p\u00e8re en voyages et en encre, dont on dit qu\u2019il avait \u00e9crit de sa main un million de hadiths, et dont le jugement sur un homme valait sentence ; \u2019Al\u00ee ibn al-Mad\u00een\u00ee, mort en deux cent trente-quatre, le ma\u00eetre des d\u00e9fauts cach\u00e9s, dont Ahmad disait avoir appris cette science et dont al-Bukh\u00e2r\u00ee disait ne s\u2019\u00eatre jamais senti petit que devant lui ; Ahmad ibn Hanbal lui-m\u00eame, dont le Musnad est aussi un tribunal ; al-Bukh\u00e2r\u00ee et Muslim, que la section suivante pr\u00e9sentera ; Ab\u00fb Zur\u2019ah ar-R\u00e2z\u00ee et Ab\u00fb H\u00e2tim ar-R\u00e2z\u00ee, les deux ma\u00eetres de Rayy, dont le premier \u2014 rapportent les biographes \u2014 retenait des centaines de milliers de voies et dont le second fut le critique le plus exigeant de son si\u00e8cle ; an-Nas\u00e2\u2019\u00ee, dont les conditions \u00e9taient plus strictes que celles de Muslim. Le quatri\u00e8me si\u00e8cle donna Ibn Hibb\u00e2n, ad-D\u00e2raqutn\u00ee \u2014 le dernier des grands critiques, dont le livre des d\u00e9fauts cach\u00e9s est le sommet de la discipline \u2014 et al-H\u00e2kim. Et il faut nommer ici des femmes, car cette science en compte : \u2019\u00c2\u2019ishah au premier rang, avec plus de deux mille hadiths et ses rectifications ; Umm Salamah ; puis, dans la transmission des recueils, Kar\u00eemah al-Marwaziyyah, morte en quatre cent soixante-trois \u00e0 La Mecque, dont la copie du Sah\u00eeh d\u2019al-Bukh\u00e2r\u00ee, re\u00e7ue de son ma\u00eetre al-Kushmayhan\u00ee, fut l\u2019une des plus recherch\u00e9es de son temps \u2014 les plus grands savants de Bagdad vinrent l\u2019entendre \u2014, et tant d\u2019autres dont les dictionnaires ont gard\u00e9 le nom. Adh-Dhahab\u00ee, l\u2019auteur du plus grand dictionnaire des transmetteurs faibles, \u00e9crivit cette phrase qui vaut un trait\u00e9 : je ne connais pas, parmi les femmes, une seule qui ait \u00e9t\u00e9 accus\u00e9e de mensonge ni une seule dont on ait abandonn\u00e9 le hadith. Les derniers noms de la galerie sont ceux qui firent la somme : al-Mizz\u00ee, adh-Dhahab\u00ee, Ibn Hajar \u2014 nous les retrouverons aux dictionnaires.<\/p>\n<p>Quelques traits de plus ach\u00e8veront ces portraits, car les hommes disent la science mieux que les r\u00e8gles. Ibn Ma\u2019\u00een, interrog\u00e9 sur ce qu\u2019il ferait s\u2019il ne rencontrait qu\u2019un hadith sur cent qu\u2019il e\u00fbt d\u00e9j\u00e0, r\u00e9pondait qu\u2019il voyagerait pour lui ; et lorsqu\u2019on lui demanda comment il jugeait tel transmetteur, il dit : je l\u2019ai vu \u2014 et ce \u00ab je l\u2019ai vu \u00bb valait un dossier. Al-Bukh\u00e2r\u00ee et Muslim ne furent pas seulement des compilateurs mais des critiques de premier rang, et l\u2019on dit d\u2019Ab\u00fb Zur\u2019ah qu\u2019il tenait al-Bukh\u00e2r\u00ee pour le plus savant des hommes en d\u00e9fauts cach\u00e9s. Ad-D\u00e2raqutn\u00ee, \u00e0 Bagdad au quatri\u00e8me si\u00e8cle, fut interrog\u00e9 un jour par un visiteur sur les d\u00e9fauts d\u2019un hadith ; il dicta de m\u00e9moire, voie apr\u00e8s voie, l\u2019ensemble des cha\u00eenes et leurs anomalies \u2014 le visiteur, rapportent les biographes, en resta muet. Et il faut nommer l\u2019\u00e9cole de Nichapour, o\u00f9 al-H\u00e2kim et ses ma\u00eetres firent de la ville la capitale de la discipline au quatri\u00e8me si\u00e8cle, et l\u2019\u00e9cole du Maghreb et d\u2019Andalousie, o\u00f9 Ibn \u2019Abd al-Barr, mort en quatre cent soixante-trois, composa le Tamh\u00eed \u2014 commentaire du Muwatta\u2019 qui est aussi un trait\u00e9 de critique \u2014 et o\u00f9 le hadith fut enseign\u00e9 dans la ligne de M\u00e2lik jusqu\u2019aux temps modernes ; le lecteur de tradition malikite y reconna\u00eetra ses ma\u00eetres.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Des compagnons aux t\u00e2bi\u2019\u00fbn, de Shu\u2019bah \u00e0 al-Qatt\u00e2n et Ibn Mahd\u00ee, d\u2019Ibn Ma\u2019\u00een et Ibn al-Mad\u00een\u00ee \u00e0 al-Bukh\u00e2r\u00ee, Ab\u00fb H\u00e2tim et ad-D\u00e2raqutn\u00ee : trois si\u00e8cles de ma\u00eetres \u2014 et des femmes, dont nulle ne fut jamais accus\u00e9e de mensonge.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>6. La science des hommes : le jarh wa-t-ta\u2019d\u00eel<\/h3>\n<p>Comment juge-t-on un homme ? La science a r\u00e9pondu par un questionnaire et par une \u00e9chelle. Le questionnaire porte sur les deux qualit\u00e9s que le dossier de la Sunnah a nomm\u00e9es : l\u2019int\u00e9grit\u00e9 \u2014 est-il musulman, pub\u00e8re, sens\u00e9, exempt de p\u00e9ch\u00e9s graves et de ce qui ruine la dignit\u00e9 ; a-t-il jamais menti, f\u00fbt-ce dans la vie ordinaire ; appartient-il \u00e0 une secte, et y appelle-t-il ? \u2014 et la pr\u00e9cision \u2014 sa m\u00e9moire est-elle s\u00fbre, ses \u00e9crits sont-ils fiables, ses rapports concordent-ils avec ceux des autres \u00e9l\u00e8ves du m\u00eame ma\u00eetre, sa m\u00e9moire a-t-elle d\u00e9clin\u00e9 avec l\u2019\u00e2ge et \u00e0 partir de quand, ses livres ont-ils br\u00fbl\u00e9 ? \u00c0 quoi s\u2019ajoutent les faits : ses dates, ses villes, ses voyages, ses ma\u00eetres et ses \u00e9l\u00e8ves \u2014 car une cha\u00eene n\u2019est continue que si les hommes ont pu se rencontrer, et l\u2019on a d\u00e9masqu\u00e9 des faussaires par le seul calendrier. L\u2019\u00e9chelle, elle, a une douzaine de degr\u00e9s dont chaque mot est pes\u00e9 : thiqah thabt, digne de confiance et s\u00fbr ; thiqah ; sad\u00fbq, v\u00e9ridique \u2014 c\u2019est-\u00e0-dire honn\u00eate mais d\u2019une pr\u00e9cision moindre \u2014 ; sad\u00fbq yahim, v\u00e9ridique mais sujet \u00e0 l\u2019erreur ; layyin, l\u00e9ger ; da\u2019\u00eef, faible ; matr\u00fbk, abandonn\u00e9 ; kadhdh\u00e2b, menteur ; wad\u00e2\u2019, forgeur. Deux r\u00e8gles gouvernent l\u2019usage de l\u2019\u00e9chelle. La critique explicit\u00e9e l\u2019emporte sur l\u2019\u00e9loge : si dix hommes disent d\u2019un transmetteur qu\u2019il est fiable et qu\u2019un onzi\u00e8me prouve qu\u2019il l\u2019a vu confondre deux hadiths, le onzi\u00e8me a raison, parce qu\u2019il sait ce que les dix ignorent. Et les critiques eux-m\u00eames sont class\u00e9s : Ibn Ma\u2019\u00een et Ab\u00fb H\u00e2tim sont s\u00e9v\u00e8res, at-Tirmidh\u00ee et al-H\u00e2kim sont indulgents, Ahmad et al-Bukh\u00e2r\u00ee sont \u00e9quilibr\u00e9s \u2014 si bien qu\u2019un \u00e9loge d\u2019Ab\u00fb H\u00e2tim p\u00e8se lourd et qu\u2019une critique d\u2019at-Tirmidh\u00ee p\u00e8se plus lourd encore.<\/p>\n<p>Deux traits de cette science m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre soulign\u00e9s, car ils r\u00e9pondent d\u2019avance \u00e0 deux soup\u00e7ons. Le premier est son \u00e9quit\u00e9 envers les adversaires : les ma\u00eetres ont accept\u00e9 le hadith de transmetteurs appartenant \u00e0 des sectes \u2014 des kharijites, des shiites mod\u00e9r\u00e9s, des murji\u2019ites \u2014 d\u00e8s lors qu\u2019ils \u00e9taient v\u00e9ridiques et n\u2019appelaient pas \u00e0 leur innovation, et l\u2019on trouve dans le Sah\u00eeh d\u2019al-Bukh\u00e2r\u00ee des hommes que leur credo n\u2019aurait pas recommand\u00e9s \u00e0 son auteur ; la r\u00e8gle \u00e9tait : nous jugeons le rapport, non l\u2019opinion, tant que l\u2019opinion ne fait pas mentir. Le second est sa conscience morale : parler du d\u00e9faut d\u2019un homme est, en islam, de la m\u00e9disance, et les savants se le sont demand\u00e9 avant les pol\u00e9mistes. Leur r\u00e9ponse est celle d\u2019Ibn al-Mub\u00e2rak, de Shu\u2019bah, d\u2019Ahmad : ce n\u2019est pas m\u00e9disance, c\u2019est conseil \u00e0 la communaut\u00e9 \u2014 et taire le mensonge d\u2019un homme serait trahir la religion pour m\u00e9nager une r\u00e9putation. Ils ajoutaient que celui qui juge doit \u00eatre lui-m\u00eame sans passion, qu\u2019il ne dit que ce qui est n\u00e9cessaire, et qu\u2019il tremble. Le r\u00e9sultat tient dans les livres que le lecteur peut ouvrir : les Tabaq\u00e2t d\u2019Ibn Sa\u2019d, mort en deux cent trente, premier grand recueil de biographies ; le T\u00e2r\u00eekh d\u2019al-Bukh\u00e2r\u00ee ; le Jarh wa-t-ta\u2019d\u00eel d\u2019Ibn Ab\u00ee H\u00e2tim, mort en trois cent vingt-sept, avec ses quelque dix-huit mille notices ; le K\u00e2mil d\u2019Ibn \u2019Ad\u00ee sur les faibles ; les Thiq\u00e2t d\u2019Ibn Hibb\u00e2n ; puis les sommes \u2014 le Tahdh\u00eeb al-kam\u00e2l d\u2019al-Mizz\u00ee sur les quelque huit mille transmetteurs des six livres, le M\u00eez\u00e2n d\u2019adh-Dhahab\u00ee sur onze mille hommes critiqu\u00e9s, le Tahdh\u00eeb d\u2019Ibn Hajar et son Taqr\u00eeb, qui donne pour chacun des transmetteurs un verdict en une ligne. Aucune litt\u00e9rature au monde n\u2019a consacr\u00e9 tant de volumes \u00e0 juger ceux qui parlent.<\/p>\n<p>Quatre situations particuli\u00e8res montrent la finesse de cette science, et le lecteur les retrouvera dans les jugements qu\u2019il lira. Le transmetteur inconnu \u2014 majh\u00fbl \u2014 : s\u2019il n\u2019est connu de personne, son rapport n\u2019est pas re\u00e7u ; s\u2019il est connu de nom mais non de conduite, il faut d\u2019autres t\u00e9moignages ; la science n\u2019a jamais admis qu\u2019un nom suffise. Le transmetteur dont la m\u00e9moire s\u2019est alt\u00e9r\u00e9e \u2014 l\u2019ikhtil\u00e2t \u2014 : on distingue ceux qui l\u2019ont entendu avant et apr\u00e8s, et le dossier de la Sunnah a donn\u00e9 l\u2019exemple de \u2019At\u00e2\u2019 ibn as-S\u00e2\u2019ib ; le cas d\u2019Ibn Lah\u00ee\u2019ah, juge d\u2019\u00c9gypte dont les livres br\u00fbl\u00e8rent et qui rapporta ensuite de m\u00e9moire d\u00e9faillante, est l\u2019exemple classique \u2014 on re\u00e7oit ce qu\u2019en ont pris Ibn al-Mub\u00e2rak et Ibn Wahb, avant l\u2019incendie, et l\u2019on \u00e9carte le reste. Le transmetteur d\u2019une secte : la r\u00e8gle est de recevoir le v\u00e9ridique qui n\u2019appelle pas \u00e0 son innovation, et Ibn Hajar, dans l\u2019introduction de son commentaire, a dress\u00e9 la liste des transmetteurs du Sah\u00eeh d\u2019al-Bukh\u00e2r\u00ee que l\u2019on a critiqu\u00e9s pour leur credo, en montrant pour chacun pourquoi al-Bukh\u00e2r\u00ee a eu raison de les retenir. Et le transmetteur v\u00e9ridique mais faible en pr\u00e9cision \u2014 le sad\u00fbq yahim \u2014 : on ne le rejette pas, on le corrobore ; son rapport seul est hasan ou faible selon le cas, et devient authentique si d\u2019autres le confirment. Cette gradation est l\u2019honneur de la science : elle ne condamne pas des hommes, elle p\u00e8se des rapports.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Int\u00e9grit\u00e9 et pr\u00e9cision, dates et rencontres, une \u00e9chelle de douze degr\u00e9s, la critique explicit\u00e9e qui l\u2019emporte sur l\u2019\u00e9loge, des critiques eux-m\u00eames class\u00e9s, l\u2019\u00e9quit\u00e9 envers les adversaires et la conscience du conseil : voil\u00e0 comment on juge un homme \u2014 et des biblioth\u00e8ques enti\u00e8res y sont consacr\u00e9es.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>7. La typologie des hadiths : lire une cat\u00e9gorie<\/h3>\n<p>De la critique des hommes d\u00e9coule une typologie des r\u00e9cits, dont il faut donner les clefs, car c\u2019est avec elles que l\u2019on lit un jugement sur un hadith. On classe d\u2019abord selon celui \u00e0 qui le r\u00e9cit remonte : marf\u00fb\u2019 s\u2019il remonte au Proph\u00e8te \ufdfa, mawq\u00fbf s\u2019il s\u2019arr\u00eate \u00e0 un compagnon, maqt\u00fb\u2019 s\u2019il s\u2019arr\u00eate \u00e0 un successeur \u2014 avec cette nuance que la parole d\u2019un compagnon sur ce qui ne rel\u00e8ve pas de l\u2019opinion, tel l\u2019invisible, a le rang du marf\u00fb\u2019. On classe ensuite selon la continuit\u00e9 de la cha\u00eene : muttasil si chaque maillon a re\u00e7u du pr\u00e9c\u00e9dent ; mursal si le successeur omet le compagnon ; munqati\u2019 si un maillon manque ailleurs ; mu\u2019dal si deux maillons cons\u00e9cutifs manquent ; mu\u2019allaq si le d\u00e9but de la cha\u00eene est omis \u2014 et c\u2019est ainsi qu\u2019al-Bukh\u00e2r\u00ee cite, en t\u00eate de chapitre et sans cha\u00eene, des hadiths qu\u2019il tient pour \u00e9tablis mais qui ne remplissent pas ses conditions : la science a r\u00e9gl\u00e9 m\u00eame le statut de ces citations \u00ab suspendues \u00bb. On classe encore selon le nombre des voies : mutaw\u00e2tir si elles sont massives \u00e0 chaque g\u00e9n\u00e9ration \u2014 et il y a un taw\u00e2tur du texte, rare, et un taw\u00e2tur du sens, fr\u00e9quent, comme pour les hadiths sur le fait de lever les mains dans l\u2019invocation, dont chacun est \u00e2h\u00e2d mais dont l\u2019ensemble est massif ; mashh\u00fbr si trois voies au moins ; \u2019az\u00eez si deux ; ghar\u00eeb si une seule, comme le hadith des intentions. Et l\u2019on classe enfin selon la r\u00e9ception : sah\u00eeh, hasan, da\u2019\u00eef, mawd\u00fb\u2019, avec les sous-degr\u00e9s que le dossier de la Sunnah a pos\u00e9s et deux notions qu\u2019il faut ajouter \u2014 le sah\u00eeh li-ghayrihi et le hasan li-ghayrihi, c\u2019est-\u00e0-dire le r\u00e9cit qui, faible par lui-m\u00eame \u00e0 cause d\u2019une m\u00e9moire moyenne, devient bon ou authentique parce que d\u2019autres voies ind\u00e9pendantes le corroborent : la mut\u00e2ba\u2019ah, voie parall\u00e8le par le m\u00eame compagnon, et le sh\u00e2hid, voie parall\u00e8le par un autre compagnon. Le principe est simple et il est de bon sens : deux t\u00e9moins moyens qui disent la m\u00eame chose sans s\u2019\u00eatre concert\u00e9s valent mieux qu\u2019un seul ; mais il a ses limites, et la science les a fix\u00e9es \u2014 un r\u00e9cit forg\u00e9 ou port\u00e9 par un menteur ne se renforce jamais, quel que soit le nombre des voies.<\/p>\n<p>Restent les d\u00e9fauts, dont chacun a son nom et son exemple. Le tadl\u00ees : un transmetteur rapporte d\u2019un ma\u00eetre qu\u2019il a r\u00e9ellement rencontr\u00e9, mais un hadith qu\u2019il n\u2019a pas entendu de lui \u2014 il l\u2019a re\u00e7u d\u2019un interm\u00e9diaire qu\u2019il tait \u2014, en employant la formule ambigu\u00eb \u00ab d\u2019apr\u00e8s \u00bb ; les savants ont dress\u00e9 la liste des mudallis\u00fbn et n\u2019acceptent leur \u00ab d\u2019apr\u00e8s \u00bb que lorsque l\u2019audition est prouv\u00e9e ailleurs. Le sh\u00e2dh : un transmetteur fiable rapporte seul ce qui contredit les plus fiables ; le munkar : un transmetteur faible rapporte seul ce qui contredit les fiables. L\u2019idr\u00e2j, l\u2019insertion : une phrase d\u2019un transmetteur se glisse dans le texte proph\u00e9tique \u2014 ainsi le hadith o\u00f9 Ab\u00fb Hurayrah dit \u00ab faites vos ablutions compl\u00e8tement \u2014 malheur aux talons, de la part du Feu \u00bb : les ma\u00eetres ont \u00e9tabli par la comparaison des voies que la premi\u00e8re phrase est d\u2019Ab\u00fb Hurayrah et la seconde du Proph\u00e8te \ufdfa (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 165, avec le commentaire d\u2019Ibn Hajar). Le maql\u00fbb, l\u2019inversion : une cha\u00eene accol\u00e9e \u00e0 un autre texte, ou deux noms intervertis \u2014 et c\u2019est le pi\u00e8ge que les savants de Bagdad tendirent \u00e0 al-Bukh\u00e2r\u00ee. Et la \u2019illah, le d\u00e9faut cach\u00e9 : un r\u00e9cit dont la cha\u00eene para\u00eet continue et les hommes fiables, mais o\u00f9 un ma\u00eetre a vu ce que nul ne voit \u2014 qu\u2019un transmetteur a fait remonter au Proph\u00e8te \ufdfa une parole que ses condisciples rapportent d\u2019un compagnon, ou qu\u2019il a nomm\u00e9 un ma\u00eetre pour un autre. La science des \u2019ilal est la plus difficile de toutes : elle exige d\u2019avoir en m\u00e9moire toutes les voies d\u2019un r\u00e9cit pour sentir, \u00e0 la comparaison, qu\u2019une seule sonne faux \u2014 Ibn al-Mad\u00een\u00ee et ad-D\u00e2raqutn\u00ee en furent les ma\u00eetres, et Ibn Ab\u00ee H\u00e2tim a consign\u00e9 les jugements de son p\u00e8re et d\u2019Ab\u00fb Zur\u2019ah sur des milliers de cas. Le lecteur qui rencontre l\u2019un de ces mots dans un jugement sait d\u00e9sormais ce qu\u2019il p\u00e8se.<\/p>\n<p>Une question pratique doit \u00eatre trait\u00e9e ici, car elle divise le lecteur ordinaire : peut-on agir selon un hadith faible ? Les savants ont r\u00e9pondu avec pr\u00e9cision. En mati\u00e8re de croyance et de r\u00e8gle l\u00e9gale \u2014 ce qui est obligatoire, ce qui est interdit \u2014, non : on ne fonde rien sur ce qui n\u2019est pas \u00e9tabli. En mati\u00e8re d\u2019encouragement aux bonnes \u0153uvres d\u00e9j\u00e0 \u00e9tablies \u2014 les m\u00e9rites d\u2019une invocation, d\u2019un je\u00fbne sur\u00e9rogatoire \u2014, la majorit\u00e9 des savants ont admis que l\u2019on puisse agir selon un hadith faible, \u00e0 trois conditions qu\u2019Ibn Hajar a fix\u00e9es : que la faiblesse ne soit pas grave, que la pratique ait un fondement \u00e9tabli par ailleurs, et que l\u2019on n\u2019attribue pas au Proph\u00e8te \ufdfa ce qu\u2019il n\u2019a pas dit \u2014 on agit par pr\u00e9caution, non par certitude. D\u2019autres imams, tel al-Bukh\u00e2r\u00ee et, parmi les modernes, ceux qui ont revivifi\u00e9 la discipline, ont refus\u00e9 m\u00eame cela : la religion a assez de textes \u00e9tablis pour n\u2019avoir pas besoin des douteux. Le lecteur tiendra les deux positions pour l\u00e9gitimes et retiendra ce qu\u2019elles ont en commun \u2014 nul ne fonde une r\u00e8gle sur un faible, et nul ne dit \u00ab le Proph\u00e8te \ufdfa a dit \u00bb de ce qui ne l\u2019est pas.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Selon la source, la continuit\u00e9, le nombre et la r\u00e9ception, chaque r\u00e9cit a sa cat\u00e9gorie ; chaque d\u00e9faut \u2014 tadl\u00ees, sh\u00e2dh, munkar, insertion, inversion, d\u00e9faut cach\u00e9 \u2014 a son nom et son exemple ; et les voies parall\u00e8les renforcent le moyen, jamais le faux.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>8. La mise \u00e0 l\u2019\u00e9crit et les grands recueils<\/h3>\n<p>Le dossier de la Sunnah a trac\u00e9 la ligne des feuillets aux recueils ; il faut maintenant d\u00e9crire les recueils eux-m\u00eames, car le lecteur les entend nommer sans savoir ce qu\u2019ils sont. La codification eut trois \u00e2ges. Le premier si\u00e8cle est celui des feuillets priv\u00e9s et de l\u2019ordre officiel de \u2019Umar ibn \u2019Abd al-\u2019Az\u00eez, ex\u00e9cut\u00e9 par az-Zuhr\u00ee. Le deuxi\u00e8me si\u00e8cle est celui des recueils class\u00e9s par sujets \u2014 les musannaf\u00e2t \u2014 o\u00f9 l\u2019on rangeait, chapitre par chapitre, hadiths du Proph\u00e8te \ufdfa, paroles des compagnons et avis des successeurs, pour servir le fiqh : Ibn Jurayj \u00e0 La Mecque, Ma\u2019mar au Y\u00e9men, al-Awz\u00e2\u2019\u00ee au Ch\u00e2m, Sufy\u00e2n ath-Thawr\u00ee \u00e0 K\u00fbfah, et surtout le Muwatta\u2019 de M\u00e2lik, compos\u00e9 vers l\u2019an cent cinquante, que le lecteur de tradition malikite doit conna\u00eetre pour ce qu\u2019il est : non un simple recueil de hadiths, mais le livre de la pratique de M\u00e9dine \u2014 pr\u00e8s de deux mille \u00e9l\u00e9ments, hadiths, paroles de compagnons et de successeurs, et jugements de M\u00e2lik lui-m\u00eame, pr\u00e9sentant pour chaque chapitre du culte et du droit ce que M\u00e9dine, ville du Proph\u00e8te \ufdfa et de ses compagnons, faisait sans discontinuer depuis lui ; ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee disait qu\u2019il n\u2019y avait pas sur terre, apr\u00e8s le Livre d\u2019Allah, de livre plus juste. Suivirent les grands Musannaf de \u2019Abd ar-Razz\u00e2q et d\u2019Ibn Ab\u00ee Shaybah, mort en deux cent trente-cinq, ce dernier rassemblant quelque trente-sept mille rapports \u2014 biblioth\u00e8ques de la premi\u00e8re jurisprudence. Le troisi\u00e8me si\u00e8cle changea d\u2019objet : il ne s\u2019agissait plus de ranger le hadith pour le fiqh mais de le trier pour l\u2019authenticit\u00e9. Les musnads d\u2019abord \u2014 recueils class\u00e9s par compagnon, o\u00f9 l\u2019on rassemble tout ce qu\u2019un homme a rapport\u00e9, pour permettre l\u2019examen des cha\u00eenes : celui d\u2019at-Tay\u00e2lis\u00ee, puis celui d\u2019Ahmad, environ vingt-sept mille hadiths avec les r\u00e9p\u00e9titions, la plus vaste collection de l\u2019islam. Puis les Sah\u00eeh et les Sunan.<\/p>\n<p>Al-Bukh\u00e2r\u00ee d\u2019abord \u2014 Muhammad ibn Ism\u00e2\u2019\u00eel, n\u00e9 en cent quatre-vingt-quatorze \u00e0 Boukhara, orphelin \u00e9lev\u00e9 par sa m\u00e8re, m\u00e9morisateur prodige qui corrigeait ses ma\u00eetres \u00e0 seize ans, voyageur de Balkh \u00e0 l\u2019\u00c9gypte, et qui composa pendant seize ans le livre que la Ummah appellerait \u00ab le plus authentique apr\u00e8s le Livre d\u2019Allah \u00bb. Ses conditions \u00e9taient les plus strictes de tous : pour chaque maillon, non seulement la fiabilit\u00e9 mais la preuve que les deux hommes s\u2019\u00e9taient rencontr\u00e9s au moins une fois ; et il ne retint, rapportent les biographes, qu\u2019apr\u00e8s avoir pri\u00e9 deux unit\u00e9s et demand\u00e9 conseil \u00e0 Allah pour chaque hadith. Sa m\u00e9thode de s\u00e9lection nous est connue par un chiffre qu\u2019il donna lui-m\u00eame \u2014 il puisa dans six cent mille voies \u2014 et par un r\u00e9sultat : environ sept mille hadiths avec les r\u00e9p\u00e9titions, un peu plus de deux mille six cents sans elles. Le livre est aussi un trait\u00e9 de fiqh, par ses titres de chapitres o\u00f9 al-Bukh\u00e2r\u00ee indique, en une ligne, ce qu\u2019il tire du hadith qui suit \u2014 le \u00ab fiqh d\u2019al-Bukh\u00e2r\u00ee est dans ses titres \u00bb, disent les savants. Et le ma\u00eetre fut \u00e9prouv\u00e9 : lorsqu\u2019il vint \u00e0 Bagdad, dix savants lui r\u00e9cit\u00e8rent chacun dix hadiths dont ils avaient interverti les cha\u00eenes et les textes ; \u00e0 chacun il r\u00e9pondit : je ne connais pas celui-l\u00e0 \u2014 puis, les cent hadiths achev\u00e9s, il les reprit un \u00e0 un dans l\u2019ordre, restitua \u00e0 chaque texte sa cha\u00eene v\u00e9ritable et \u00e0 chaque cha\u00eene son texte, sans en manquer un \u2014 rapportent les historiens de Bagdad. Muslim ibn al-Hajj\u00e2j, mort en deux cent soixante et un \u00e0 Nichapour, son \u00e9l\u00e8ve et son admirateur, composa un Sah\u00eeh d\u2019une autre architecture : l\u00e0 o\u00f9 al-Bukh\u00e2r\u00ee disperse un m\u00eame hadith en plusieurs chapitres, Muslim rassemble en un seul lieu toutes ses voies, ce qui rend son livre plus commode pour l\u2019\u00e9tude des cha\u00eenes ; ses conditions \u00e9taient \u00e0 peine moins strictes \u2014 la contemporan\u00e9it\u00e9 prouv\u00e9e suffisait, sans preuve de rencontre \u2014, et il d\u00e9fendit cette position dans une introduction qui est le premier trait\u00e9 de m\u00e9thode de la discipline. Environ trois mille hadiths sans r\u00e9p\u00e9tition. Les deux livres furent re\u00e7us par la Ummah enti\u00e8re \u2014 c\u2019est le talaqq\u00ee bi-l-qab\u00fbl, la r\u00e9ception unanime, qui conf\u00e8re \u00e0 leurs hadiths, disent Ibn as-Sal\u00e2h et Ibn Taymiyyah, une certitude que nul autre recueil ne donne.<\/p>\n<p>Vinrent les quatre Sunan, recueils class\u00e9s par chapitres de fiqh et r\u00e9serv\u00e9s aux hadiths marf\u00fb\u2019. Ab\u00fb D\u00e2w\u00fbd, mort en deux cent soixante-quinze, retint quatre mille huit cents hadiths de droit sur cinq cent mille, et \u00e9crivit aux savants de La Mecque une lettre qui est un mod\u00e8le d\u2019honn\u00eatet\u00e9 : ce qui, dans mon livre, comporte une faiblesse grave, je l\u2019ai signal\u00e9 ; ce sur quoi je me suis tu est recevable. At-Tirmidh\u00ee, mort en deux cent soixante-dix-neuf, fit une chose nouvelle : il jugea chaque hadith \u2014 authentique, bon, faible \u2014 et fixa l\u2019usage du terme hasan, ajouta les avis des \u00e9coles juridiques sur chaque question, et indiqua les autres compagnons rapportant le m\u00eame r\u00e9cit ; son livre est \u00e0 la fois un recueil, un trait\u00e9 de fiqh compar\u00e9 et un manuel de critique. An-Nas\u00e2\u2019\u00ee, mort en trois cent trois, fut le plus s\u00e9v\u00e8re des quatre \u2014 les savants tiennent ses conditions pour plus strictes que celles de Muslim \u2014 et son Mujtab\u00e2 est le plus s\u00fbr des Sunan. Ibn M\u00e2jah, mort en deux cent soixante-treize, fut le plus indulgent, et son recueil contient des hadiths faibles et quelques dizaines que les critiques ont jug\u00e9s forg\u00e9s \u2014 ce que les savants ont dit, list\u00e9 et signal\u00e9, si bien que le lecteur averti n\u2019y est pas pris. L\u2019ensemble des Six Livres fut reconnu comme tel au sixi\u00e8me si\u00e8cle, par Ibn T\u00e2hir al-Maqdis\u00ee ; autour d\u2019eux gravitent les Sunan d\u2019ad-D\u00e2rim\u00ee et d\u2019al-Bayhaq\u00ee, les Sah\u00eeh d\u2019Ibn Khuzaymah et d\u2019Ibn Hibb\u00e2n, les Mu\u2019jam d\u2019at-Tabar\u00e2n\u00ee, et le Mustadrak d\u2019al-H\u00e2kim \u2014 recueil des hadiths qui rempliraient, selon lui, les conditions des deux Sah\u00eeh sans y figurer, et dont adh-Dhahab\u00ee, en le r\u00e9sumant, corrigea l\u2019indulgence. Le lecteur mesure ce que repr\u00e9sente cette biblioth\u00e8que : non une accumulation, mais une hi\u00e9rarchie, o\u00f9 chaque livre a son rang, ses conditions et ses limites connues.<\/p>\n<p>Deux compl\u00e9ments, pour le lecteur qui ouvrira ces livres. Le premier concerne leur architecture. Le Sah\u00eeh d\u2019al-Bukh\u00e2r\u00ee compte quatre-vingt-dix-sept livres \u2014 de la r\u00e9v\u00e9lation \u00e0 l\u2019unicit\u00e9, en passant par la foi, la science, la purification, la pri\u00e8re, et toutes les mati\u00e8res du droit et de la vie \u2014 subdivis\u00e9s en quelque trois mille quatre cent cinquante chapitres dont chaque titre est une th\u00e8se : lorsqu\u2019al-Bukh\u00e2r\u00ee intitule un chapitre \u00ab la foi augmente et diminue \u00bb ou \u00ab la pri\u00e8re fait partie de la foi \u00bb, il \u00e9nonce sa position et la prouve par le hadith qui suit, si bien que les commentateurs ont \u00e9crit des volumes sur les seuls titres. Celui de Muslim compte cinquante-quatre livres, et l\u2019auteur, apr\u00e8s sa pr\u00e9face, ne commente pas : il aligne les voies. Le second compl\u00e9ment concerne la transmission des recueils eux-m\u00eames, car un livre aussi a une cha\u00eene : le Sah\u00eeh d\u2019al-Bukh\u00e2r\u00ee nous est parvenu par ses \u00e9l\u00e8ves \u2014 al-Firabr\u00ee, qui l\u2019entendit deux fois de son ma\u00eetre, et d\u2019autres \u2014, puis par des transmetteurs de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, Kar\u00eemah \u00e0 La Mecque, Ab\u00fb Dharr al-Haraw\u00ee, jusqu\u2019\u00e0 la copie collationn\u00e9e par al-Y\u00fbn\u00een\u00ee au septi\u00e8me si\u00e8cle, qui compara les manuscrits et nota les variantes, et sur laquelle reposent les \u00e9ditions modernes. Le texte du plus grand recueil de hadiths a donc \u00e9t\u00e9 transmis exactement comme les hadiths qu\u2019il contient : par des hommes nomm\u00e9s, compar\u00e9s, et dont on a consign\u00e9 jusqu\u2019aux diff\u00e9rences de lecture. Ajoutons le genre du mustakhraj \u2014 Ab\u00fb \u2019Aw\u00e2nah sur Muslim, al-Ism\u00e2\u2019\u00eel\u00ee sur al-Bukh\u00e2r\u00ee \u2014, o\u00f9 un savant reprend les hadiths d\u2019un recueil en y parvenant par ses propres cha\u00eenes, plus courtes, ce qui confirme le livre de l\u2019ext\u00e9rieur ; et les trois Mu\u2019jam d\u2019at-Tabar\u00e2n\u00ee, mort en trois cent soixante, class\u00e9s par compagnons et par ma\u00eetres, r\u00e9servoirs de voies que la critique compare.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Feuillets, recueils par sujets \u2014 le Muwatta\u2019, livre de la pratique de M\u00e9dine \u2014, musnads par compagnon, puis les Sah\u00eeh d\u2019al-Bukh\u00e2r\u00ee et de Muslim, re\u00e7us par toute la Ummah, et les quatre Sunan avec leurs conditions et leurs limites : une biblioth\u00e8que hi\u00e9rarchis\u00e9e, non un entassement.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>9. La codification de la science : de ar-R\u00e2mahurmuz\u00ee \u00e0 Ibn Hajar<\/h3>\n<p>Pendant trois si\u00e8cles, la science du hadith fut pratiqu\u00e9e par des ma\u00eetres avant d\u2019\u00eatre \u00e9crite comme science ; puis vint le temps des trait\u00e9s, comme pour les sciences du Coran. Le premier fut celui d\u2019ar-R\u00e2mahurmuz\u00ee, mort en trois cent soixante, Al-Muhaddith al-f\u00e2sil, qui d\u00e9crit le transmetteur et son \u00e9tiquette ; puis al-H\u00e2kim, dans sa Ma\u2019rifah, \u00e9num\u00e9ra les genres de hadiths et les questions de la discipline ; puis al-Khat\u00eeb al-Baghd\u00e2d\u00ee, mort en quatre cent soixante-trois, dont on a dit que tout savant du hadith apr\u00e8s lui lui \u00e9tait redevable, composa Al-Kif\u00e2yah \u2014 les r\u00e8gles de la transmission \u2014 et Al-J\u00e2mi\u2019 li-akhl\u00e2q ar-r\u00e2w\u00ee \u2014 l\u2019\u00e9thique du rapporteur et de l\u2019auditeur, o\u00f9 l\u2019on apprend comment on s\u2019asseyait, comment on \u00e9crivait, comment on corrigeait un ma\u00eetre. La synth\u00e8se vint avec Ibn as-Sal\u00e2h, mort en six cent quarante-trois \u00e0 Damas, dont la Muqaddimah \u2014 soixante-cinq types de hadiths, d\u00e9finis et illustr\u00e9s \u2014 devint le manuel de tous les si\u00e8cles suivants ; les savants la comment\u00e8rent, l\u2019abr\u00e9g\u00e8rent, la versifi\u00e8rent : an-Nawaw\u00ee en tira son Taqr\u00eeb, al-\u2019Ir\u00e2q\u00ee, mort en huit cent six, en fit un po\u00e8me de mille vers, et Ibn Hajar, mort en huit cent cinquante-deux, la condensa en quelques pages dans sa Nukhbat al-fikar, que l\u2019\u00e9tudiant apprend encore aujourd\u2019hui avant tout autre livre. Une controverse de m\u00e9thode m\u00e9rite d\u2019\u00eatre connue, car elle montre la science vivante : Ibn as-Sal\u00e2h estimait qu\u2019\u00e0 son \u00e9poque nul ne pouvait plus authentifier un hadith par lui-m\u00eame et qu\u2019il fallait s\u2019en tenir aux jugements des anciens ; an-Nawaw\u00ee, puis Ibn Hajar, le contredirent \u2014 la science n\u2019est pas close pour qui en a les instruments \u2014, et leur avis pr\u00e9valut. Enfin vinrent les commentaires : Ibn Hajar consacra vingt-cinq ann\u00e9es \u00e0 Fath al-B\u00e2r\u00ee, le commentaire du Sah\u00eeh d\u2019al-Bukh\u00e2r\u00ee que la s\u00e9rie que vous lisez cite \u00e0 chaque page, et dont son contemporain ash-Shawk\u00e2n\u00ee dira qu\u2019apr\u00e8s lui il n\u2019y avait plus d\u2019\u00e9migration \u2014 plus rien \u00e0 chercher ailleurs ; an-Nawaw\u00ee commenta Muslim ; et chaque grand recueil re\u00e7ut le sien.<\/p>\n<p>Il faut donner au lecteur la carte des commentaires, car c\u2019est par eux qu\u2019il lira les recueils. Sur al-Bukh\u00e2r\u00ee : Fath al-B\u00e2r\u00ee d\u2019Ibn Hajar, que nous avons dit, et \u2019Umdat al-q\u00e2r\u00ee de Badr ad-D\u00een al-\u2019Ayn\u00ee, mort en huit cent cinquante-cinq, son contemporain et rival hanafite, dont le commentaire est plus attentif \u00e0 la langue et au fiqh de son \u00e9cole ; et le Fath al-B\u00e2r\u00ee d\u2019Ibn Rajab al-Hanbal\u00ee, mort en sept cent quatre-vingt-quinze, inachev\u00e9 mais d\u2019une profondeur que les savants tiennent pour in\u00e9gal\u00e9e sur les chapitres qu\u2019il couvre. Sur Muslim : Al-Minh\u00e2j d\u2019an-Nawaw\u00ee, concis et s\u00fbr, que cette s\u00e9rie cite. Sur Ab\u00fb D\u00e2w\u00fbd : le Ma\u2019\u00e2lim as-sunan d\u2019al-Khatt\u00e2b\u00ee, premier commentaire de Sunan, et, chez les modernes, \u2019Awn al-ma\u2019b\u00fbd. Sur at-Tirmidh\u00ee : Tuhfat al-ahwadh\u00ee. Sur le Muwatta\u2019 : le Tamh\u00eed et l\u2019Istidhk\u00e2r d\u2019Ibn \u2019Abd al-Barr, sommes du hadith et du fiqh malikite. Et pour l\u2019ensemble, les recueils qui rassemblent les hadiths des Six Livres en un seul \u2014 le J\u00e2mi\u2019 al-us\u00fbl d\u2019Ibn al-Ath\u00eer \u2014 ou qui compilent les hadiths de droit avec leurs jugements \u2014 le Bul\u00fbgh al-mar\u00e2m d\u2019Ibn Hajar, manuel des \u00e9tudiants en fiqh. Le lecteur francophone dispose aujourd\u2019hui, en traduction, des deux Sah\u00eeh, du Muwatta\u2019, des Quarante hadiths d\u2019an-Nawaw\u00ee avec leurs commentaires et du Riy\u00e2d as-s\u00e2lih\u00een ; qu\u2019il commence par ce dernier, dont chaque hadith est r\u00e9f\u00e9renc\u00e9, et qu\u2019il apprenne \u00e0 lire les r\u00e9f\u00e9rences avant les textes.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> D\u2019ar-R\u00e2mahurmuz\u00ee et al-Khat\u00eeb \u00e0 la Muqaddimah d\u2019Ibn as-Sal\u00e2h \u2014 soixante-cinq types \u2014, puis aux abr\u00e9g\u00e9s d\u2019an-Nawaw\u00ee et d\u2019Ibn Hajar et aux grands commentaires : la science, longtemps pratiqu\u00e9e, fut \u00e9crite, discut\u00e9e et transmise comme un art complet.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>10. V\u00e9rifier un hadith aujourd\u2019hui : guide pratique<\/h3>\n<p>Ce dossier aura manqu\u00e9 son but s\u2019il n\u2019arme pas le lecteur pour la situation la plus commune : on lui cite un hadith, en chaire, dans un livre, sur un \u00e9cran \u2014 que faire ? Voici la d\u00e9marche en cinq pas, que l\u2019on nomme takhr\u00eej lorsqu\u2019un savant la m\u00e8ne et que tout lecteur peut suivre \u00e0 son niveau. Premier pas : d\u2019o\u00f9 vient-il ? Un hadith sans r\u00e9f\u00e9rence n\u2019est qu\u2019une phrase ; on demande le recueil et le num\u00e9ro, et l\u2019on se m\u00e9fie de ce qui n\u2019en a pas. Deuxi\u00e8me pas : que dit le recueil ? S\u2019il est dans les deux Sah\u00eeh, la r\u00e9ception de la Ummah l\u2019a \u00e9tabli ; s\u2019il est dans les Sunan, on cherche le jugement \u2014 celui d\u2019at-Tirmidh\u00ee en marge, celui des savants dans les \u00e9ditions annot\u00e9es ; s\u2019il n\u2019est dans aucun des grands recueils, la prudence redouble. Troisi\u00e8me pas : qu\u2019ont dit les ma\u00eetres ? Les dictionnaires de hadiths forg\u00e9s \u2014 Ibn al-Jawz\u00ee, as-Sakh\u00e2w\u00ee, ash-Shawk\u00e2n\u00ee \u2014 et les travaux de v\u00e9rification des savants, anciens et contemporains, r\u00e9pondent pour la plupart des r\u00e9cits en circulation ; des bases de r\u00e9f\u00e9rence en ligne donnent aujourd\u2019hui, pour chaque hadith des grands recueils, le texte arabe, la cha\u00eene et les jugements. Quatri\u00e8me pas : que signifie-t-il ? Un hadith authentique se lit avec ses autres versions, son contexte, les autres textes sur le m\u00eame sujet et l\u2019explication des commentateurs \u2014 le dossier des sciences du Coran a donn\u00e9 la m\u00eame r\u00e8gle pour les versets. Cinqui\u00e8me pas : comment le cite-t-on ? Les savants ont fix\u00e9 l\u2019\u00e9tiquette : on dit \u00ab le Proph\u00e8te \ufdfa a dit \u00bb pour ce qui est \u00e9tabli ; on dit \u00ab il est rapport\u00e9 \u00bb pour ce qui est faible, en le signalant ; et l\u2019on ne cite jamais un r\u00e9cit forg\u00e9 sinon pour en avertir \u2014 car le rapporter comme vrai, disait le Proph\u00e8te \ufdfa, c\u2019est \u00eatre l\u2019un des deux menteurs (Sah\u00eeh Muslim, introduction). Le lecteur qui suit ces cinq pas ne sera plus jamais la proie d\u2019une phrase.<\/p>\n<p>Faisons l\u2019exercice sur un cas r\u00e9el, pour que la m\u00e9thode ne reste pas abstraite. On vous cite : \u00ab L\u2019amour de la patrie fait partie de la foi. \u00bb D\u2019o\u00f9 vient-il ? Nul ne donne de recueil \u2014 premier signal. Que disent les recueils ? Il n\u2019est ni dans les deux Sah\u00eeh, ni dans les Sunan, ni dans le Musnad \u2014 deuxi\u00e8me signal. Qu\u2019ont dit les ma\u00eetres ? As-Sakh\u00e2w\u00ee, dans son dictionnaire des paroles c\u00e9l\u00e8bres, et as-Suy\u00fbt\u00ee l\u2019ont d\u00e9clar\u00e9 sans fondement ; al-Alb\u00e2n\u00ee, au vingti\u00e8me si\u00e8cle, l\u2019a class\u00e9 parmi les forg\u00e9s \u2014 la question est close. Que signifie-t-il ? Rien, puisqu\u2019il n\u2019est pas du Proph\u00e8te \ufdfa ; mais si l\u2019on veut parler de l\u2019attachement au pays, la Sunnah a des textes \u00e9tablis \u2014 le Proph\u00e8te \ufdfa quittant La Mecque en disant qu\u2019elle est la terre qu\u2019il aime le plus (rapport\u00e9 par At-Tirmidh\u00ee, n\u00b0 3925 ; jug\u00e9 authentique). Comment le citer ? On ne le cite pas comme hadith ; on dit, si l\u2019on y tient, qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un adage sans source proph\u00e9tique. Cinq pas, cinq minutes, et une phrase qui trompait des millions de gens est remise \u00e0 sa place. Second cas, inverse : on vous cite \u00ab les actes ne valent que par les intentions \u00bb, vous le trouvez en t\u00eate d\u2019al-Bukh\u00e2r\u00ee et de Muslim, vous lisez chez Ibn Hajar sa circonstance et ses sens, et vous pouvez dire : le Proph\u00e8te \ufdfa a dit. La m\u00e9thode ne sert pas seulement \u00e0 d\u00e9masquer : elle sert \u00e0 croire avec assurance.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> D\u2019o\u00f9 vient-il, que dit le recueil, qu\u2019ont dit les ma\u00eetres, que signifie-t-il, comment le citer : cinq pas mettent tout lecteur \u00e0 l\u2019abri d\u2019une phrase sans source \u2014 et lui rendent la science accessible.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>11. La science vivante : de l\u2019ij\u00e2zah aux \u00e9ditions critiques<\/h3>\n<p>Cette science n\u2019est pas un mus\u00e9e, et le lecteur doit savoir qu\u2019elle se transmet encore aujourd\u2019hui de la mani\u00e8re m\u00eame qu\u2019elle d\u00e9crit. Depuis les premiers si\u00e8cles, un ma\u00eetre qui a re\u00e7u un livre par cha\u00eene \u2014 le Sah\u00eeh d\u2019al-Bukh\u00e2r\u00ee, par exemple \u2014 peut le transmettre \u00e0 ses \u00e9l\u00e8ves apr\u00e8s qu\u2019ils l\u2019ont lu devant lui, et leur d\u00e9livrer une ij\u00e2zah, une licence de transmission, qui les inscrit dans la cha\u00eene. Ces cha\u00eenes existent toujours : des savants vivants tiennent aujourd\u2019hui le Sah\u00eeh d\u2019al-Bukh\u00e2r\u00ee par une vingtaine de maillons remontant \u00e0 son auteur, et ils le lisent chaque ann\u00e9e, en Ramadan ou dans des sessions de plusieurs semaines, devant des \u00e9tudiants venus de partout, \u00e0 F\u00e8s, au Caire, \u00e0 Damas, \u00e0 M\u00e9dine ou en Inde. Le lecteur qui assiste \u00e0 l\u2019une de ces lectures voit la science telle qu\u2019elle fut : un livre, un ma\u00eetre qui l\u2019a re\u00e7u, des \u00e9l\u00e8ves qui le re\u00e7oivent, et une cha\u00eene que l\u2019on r\u00e9cite avant de commencer. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de cette transmission vivante, le vingti\u00e8me si\u00e8cle a vu une renaissance de la v\u00e9rification : les grands recueils ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9dit\u00e9s avec des cha\u00eenes num\u00e9rot\u00e9es et des jugements en marge, des savants ont consacr\u00e9 leur vie au takhr\u00eej de dizaines de milliers de hadiths \u2014 Ahmad Sh\u00e2kir sur le Musnad, Shu\u2019ayb al-Arna\u2019\u00fbt et son \u00e9quipe sur les Sunan, Muhammad N\u00e2sir ad-D\u00een al-Alb\u00e2n\u00ee sur des milliers de r\u00e9cits class\u00e9s en s\u00e9ries d\u2019authentiques et de faibles \u2014, et des bases de r\u00e9f\u00e9rence en ligne offrent aujourd\u2019hui, pour chaque hadith des grands recueils, le texte arabe, la cha\u00eene, les sources parall\u00e8les et les jugements. Jamais, dans l\u2019histoire de la Ummah, il n\u2019a \u00e9t\u00e9 aussi facile de v\u00e9rifier une parole attribu\u00e9e au Proph\u00e8te \ufdfa ; et jamais, par cons\u00e9quent, il n\u2019a \u00e9t\u00e9 moins excusable d\u2019en citer une sans le faire.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> La science se transmet encore par ij\u00e2zah, livre en main et cha\u00eene \u00e0 la bouche, et le vingti\u00e8me si\u00e8cle l\u2019a revivifi\u00e9e par les \u00e9ditions critiques et le takhr\u00eej syst\u00e9matique : v\u00e9rifier n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi facile.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h2 class=\"section-partie\">Troisi\u00e8me partie \u2014 Objections et questions r\u00e9currentes<\/h2>\n<p>Voici, rassembl\u00e9es \u00e0 la fin comme dans les dossiers pr\u00e9c\u00e9dents, les objections et les questions qui reviennent le plus souvent sur la science du hadith. Le dossier de la Sunnah en a trait\u00e9 plusieurs \u00e0 leur niveau de principe ; celles-ci vont plus loin dans le d\u00e9tail, et chacune re\u00e7oit la r\u00e9ponse que ce dossier a pr\u00e9par\u00e9e.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Al-Bukh\u00e2r\u00ee a \u00e9crit deux si\u00e8cles apr\u00e8s le Proph\u00e8te, en Asie centrale, et il \u00e9tait persan : comment se fier \u00e0 lui ? \u00bb<\/h3>\n<p>Al-Bukh\u00e2r\u00ee n\u2019a pas \u00e9crit ce dont il se souvenait : il a tri\u00e9 ce que d\u2019autres avaient transmis avant lui, cha\u00eene par cha\u00eene, \u00e0 partir de cahiers et de m\u00e9moires qui remontaient, maillon par maillon, aux compagnons \u2014 et chaque maillon est un homme que l\u2019on peut examiner dans les dictionnaires. Qu\u2019il ait v\u00e9cu deux si\u00e8cles apr\u00e8s le Proph\u00e8te \ufdfa est la condition m\u00eame de son travail, non un obstacle : il fallait que la transmission f\u00fbt d\u00e9ploy\u00e9e pour pouvoir en comparer les voies, comme il faut que les t\u00e9moignages soient recueillis pour qu\u2019un juge les confronte. Qu\u2019il f\u00fbt persan n\u2019a jamais g\u00ean\u00e9 personne dans une Ummah o\u00f9, d\u00e8s la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration, les ma\u00eetres du savoir \u00e9taient des affranchis non arabes, comme le dossier des t\u00e2bi\u2019\u00fbn l\u2019a montr\u00e9 \u2014 et al-Bukh\u00e2r\u00ee \u00e9crivait l\u2019arabe des compagnons mieux que bien des Arabes. Quant \u00e0 sa fiabilit\u00e9, elle ne repose pas sur sa r\u00e9putation mais sur l\u2019\u00e9preuve : ses contemporains l\u2019ont test\u00e9, ses successeurs ont v\u00e9rifi\u00e9 chacun de ses hadiths pendant onze si\u00e8cles, et la science a consign\u00e9 jusqu\u2019aux quelques points o\u00f9 ils ont discut\u00e9 ses choix. Il n\u2019est pas cru parce qu\u2019il est Bukh\u00e2r\u00ee ; il est Bukh\u00e2r\u00ee parce qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 v\u00e9rifi\u00e9.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Les orientalistes ont montr\u00e9 que les cha\u00eenes furent fabriqu\u00e9es apr\u00e8s coup : la th\u00e9orie du \u00ab\u00a0maillon commun\u00a0\u00bb le prouve. \u00bb<\/h3>\n<p>L\u2019argument m\u00e9rite une r\u00e9ponse pr\u00e9cise. Goldziher, \u00e0 la fin du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, soutint que la plupart des hadiths refl\u00e9taient les d\u00e9bats des deux premiers si\u00e8cles plut\u00f4t que la parole du Proph\u00e8te \ufdfa ; Schacht, au milieu du vingti\u00e8me, affirma que les cha\u00eenes avaient \u00e9t\u00e9 projet\u00e9es r\u00e9troactivement pour donner une origine proph\u00e9tique \u00e0 des r\u00e8gles juridiques, et proposa, pour dater un hadith, de rep\u00e9rer le \u00ab maillon commun \u00bb \u2014 le transmetteur \u00e0 partir duquel les voies se ramifient \u2014 et d\u2019y voir le fabricant ; Juynboll affina la m\u00e9thode. Trois r\u00e9ponses. La premi\u00e8re est que le maillon commun s\u2019explique tout autrement : un ma\u00eetre c\u00e9l\u00e8bre, entour\u00e9 de dizaines d\u2019\u00e9l\u00e8ves, diffuse naturellement un hadith qu\u2019il tenait d\u2019un ou deux ma\u00eetres \u2014 c\u2019est la forme normale d\u2019une transmission qui passe d\u2019une petite ville \u00e0 un empire, et non la signature d\u2019un faux ; la science musulmane avait d\u00e9crit ce ph\u00e9nom\u00e8ne mille ans plus t\u00f4t sous le nom de ghar\u00e2bah \u00e0 la racine et de shuhrah aux branches. La deuxi\u00e8me est documentaire : l\u2019\u00e9dition de textes anciens \u2014 la sah\u00eefah de Hamm\u00e2m, le Musannaf de \u2019Abd ar-Razz\u00e2q, des papyrus du premier si\u00e8cle \u2014 a permis de comparer des cha\u00eenes et des textes du premier et du deuxi\u00e8me si\u00e8cle avec les recueils du troisi\u00e8me, et la comparaison a montr\u00e9 la continuit\u00e9, non la fabrication ; Harald Motzki, professeur \u00e0 Nim\u00e8gue et non musulman, a \u00e9tabli par cette m\u00e9thode que des traditions du Musannaf remontaient de fa\u00e7on fiable au premier si\u00e8cle, et que la th\u00e8se de Schacht ne r\u00e9sistait pas \u00e0 l\u2019examen des bundles de cha\u00eenes. La troisi\u00e8me est celle de Muhammad Mustaf\u00e2 al-A\u2019zam\u00ee, qui a r\u00e9pondu \u00e0 Schacht point par point dans une th\u00e8se soutenue \u00e0 Cambridge : l\u2019hypoth\u00e8se de la fabrication syst\u00e9matique exigerait une conspiration de milliers d\u2019hommes, dispers\u00e9s de l\u2019Andalousie au Khur\u00e2s\u00e2n, sans contact, produisant des cha\u00eenes coh\u00e9rentes entre elles \u2014 hypoth\u00e8se plus miraculeuse que l\u2019authenticit\u00e9. Le d\u00e9bat acad\u00e9mique est ouvert et l\u00e9gitime ; la pr\u00e9sentation de ces th\u00e8ses comme des acquis ne l\u2019est pas.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab M\u00eame les savants musulmans ont critiqu\u00e9 des hadiths de Bukh\u00e2r\u00ee et Muslim. \u00bb<\/h3>\n<p>Oui, et la science le dit elle-m\u00eame, ce qui devrait rassurer plut\u00f4t qu\u2019inqui\u00e9ter. Ad-D\u00e2raqutn\u00ee, au quatri\u00e8me si\u00e8cle, examina quelque deux cents hadiths des deux Sah\u00eeh et discuta leurs cha\u00eenes ; Ibn Hajar, dans l\u2019introduction de son commentaire, a repris ces critiques une \u00e0 une. Le r\u00e9sultat de cet examen est instructif : la plupart portent sur la question de savoir si telle voie remplit strictement les conditions annonc\u00e9es par l\u2019auteur \u2014 non sur l\u2019authenticit\u00e9 du texte, \u00e9tabli par d\u2019autres voies \u2014, quelques-unes sur des variantes de mots, et une poign\u00e9e sur des points que les savants ont laiss\u00e9s discut\u00e9s. Aucun hadith dont le sens ferait l\u2019objet d\u2019un rejet de la Ummah ne s\u2019y trouve. Une science qui permet de discuter son livre le plus s\u00fbr et qui consigne la discussion n\u2019est pas une science cr\u00e9dule ; et le fait que, sur pr\u00e8s de sept mille hadiths, la critique la plus s\u00e9v\u00e8re de l\u2019histoire n\u2019ait trouv\u00e9 \u00e0 discuter que deux cents voies de transmission est, \u00e0 bien y regarder, le plus grand \u00e9loge qu\u2019on puisse faire au livre.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Il y a dans Bukh\u00e2r\u00ee des hadiths absurdes, contraires \u00e0 la science. \u00bb<\/h3>\n<p>Devant un tel hadith, la d\u00e9marche est celle que ce dossier a enseign\u00e9e, et elle a trois temps : est-il authentique \u2014 beaucoup de \u00ab hadiths absurdes \u00bb cit\u00e9s sur les r\u00e9seaux ne sont pas dans les recueils \u2014 ; que dit-il exactement, dans sa langue et avec ses autres versions ; et comment l\u2019ont compris ceux qui en connaissaient la langue et le genre. Trois exemples. Le hadith o\u00f9 le Proph\u00e8te \ufdfa dit que le soleil, chaque soir, va se prosterner sous le Tr\u00f4ne et demander la permission de repartir (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 3199) : les commentateurs, Ibn Hajar en t\u00eate, ont expliqu\u00e9 que la prosternation des cr\u00e9atures, dans le Coran, est leur soumission \u00e0 l\u2019ordre de leur Seigneur \u2014 les astres, les montagnes et les arbres se prosternent, dit le Livre (Coran 22, 18) \u2014 et que le hadith d\u00e9crit la d\u00e9pendance du soleil envers son Cr\u00e9ateur, non un mouvement astronomique ; nul savant n\u2019en a jamais tir\u00e9 une cosmologie. Le hadith de la mouche, qui ordonne de plonger enti\u00e8rement l\u2019insecte tomb\u00e9 dans un r\u00e9cipient avant de le jeter, \u00ab car l\u2019une de ses ailes porte un mal et l\u2019autre un rem\u00e8de \u00bb (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 3320) : le hadith est authentique, il \u00e9nonce une instruction que le croyant tient pour vraie parce qu\u2019il tient le Proph\u00e8te \ufdfa pour v\u00e9ridique, et il ne demande \u00e0 la science de personne de la confirmer \u2014 des travaux ont observ\u00e9 sur certaines mouches des substances antibact\u00e9riennes, mais la foi du musulman ne se fonde pas sur ces travaux et ne tomberait pas s\u2019ils \u00e9taient contest\u00e9s : elle se fonde sur la transmission. Et le hadith qui semble dire que la femme, l\u2019\u00e2ne et le chien \u00ab coupent \u00bb la pri\u00e8re de celui devant qui ils passent : \u2019\u00c2\u2019ishah elle-m\u00eame l\u2019entendit et protesta \u2014 vous nous comparez aux \u00e2nes et aux chiens ? Moi, je restais \u00e9tendue devant le Proph\u00e8te \ufdfa pendant qu\u2019il priait (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 514) \u2014 et les savants ont concili\u00e9 les textes par la distinction et le contexte. Le dernier exemple dit tout : la critique du contenu commence dans la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration, par la bouche d\u2019une femme, et la science l\u2019a consign\u00e9e dans son livre le plus s\u00fbr.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Six cent mille hadiths pour en garder sept mille : c\u2019est un chiffre absurde. \u00bb<\/h3>\n<p>Le chiffre para\u00eet absurde tant qu\u2019on croit qu\u2019un hadith est un texte ; il devient clair d\u00e8s qu\u2019on sait qu\u2019un hadith, pour les ma\u00eetres, est une voie de transmission. Le hadith des intentions est un texte ; mais il parvint \u00e0 al-Bukh\u00e2r\u00ee par des centaines de chemins diff\u00e9rents, et chacun compte pour un dans la masse examin\u00e9e. Les six cent mille voies d\u2019al-Bukh\u00e2r\u00ee, les cinq cent mille d\u2019Ab\u00fb D\u00e2w\u00fbd, les sept cent mille d\u2019Ab\u00fb Zur\u2019ah ne sont pas six cent mille paroles du Proph\u00e8te \ufdfa \u2014 dont le nombre, sans r\u00e9p\u00e9tition, se compte en quelques milliers \u2014 mais six cent mille itin\u00e9raires par lesquels quelques milliers de paroles sont parvenues \u00e0 des hommes qui les ont tous examin\u00e9s. Le chiffre ne dit pas l\u2019abondance des faux : il dit l\u2019ampleur de la v\u00e9rification.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab La critique ne porte que sur les cha\u00eenes, jamais sur le contenu. \u00bb<\/h3>\n<p>C\u2019est une th\u00e8se orientaliste devenue lieu commun, et elle est fausse \u00e0 trois titres. Elle est fausse historiquement : la premi\u00e8re critique du contenu est celle de \u2019\u00c2\u2019ishah, et le dossier des Califes a montr\u00e9 \u2019Umar confrontant le rapport de F\u00e2timah bint Qays au Livre d\u2019Allah. Elle est fausse m\u00e9thodologiquement : les marques du faux que ce dossier a \u00e9num\u00e9r\u00e9es \u2014 contradiction avec le Coran, la raison, l\u2019histoire, promesses d\u00e9mesur\u00e9es, style \u00e9tranger \u2014 sont toutes des crit\u00e8res de contenu, consign\u00e9s par Ibn al-Qayyim et ses devanciers. Et elle est fausse structurellement : les notions de sh\u00e2dh, de munkar et de \u2019illah, qui sont au c\u0153ur de la discipline, comparent des textes \u2014 c\u2019est en lisant que tel transmetteur ajoute un mot que nul autre ne rapporte que l\u2019on d\u00e9couvre l\u2019anomalie. La science musulmane n\u2019a pas s\u00e9par\u00e9 la cha\u00eene du texte ; elle a compris que l\u2019on juge le texte par la cha\u00eene et la cha\u00eene par le texte, et elle a fait les deux.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Pourquoi tant de hadiths faibles circulent-ils encore, si la science est si forte ? \u00bb<\/h3>\n<p>Pour la m\u00eame raison qu\u2019une fausse nouvelle circule dans un pays qui a des historiens : la science existe, mais tout le monde ne la consulte pas. Les pr\u00e9dicateurs populaires, les livres d\u2019\u00e9dification, les r\u00e9seaux transmettent ce qui \u00e9meut plus que ce qui est \u00e9tabli, et cela depuis les conteurs de mosqu\u00e9e du deuxi\u00e8me si\u00e8cle. La r\u00e9ponse des savants a toujours \u00e9t\u00e9 double \u2014 \u00e9crire les dictionnaires de faux, et enseigner au commun de ne rien attribuer au Proph\u00e8te \ufdfa sans source \u2014 ; et le guide pratique de ce dossier n\u2019est que la reprise de cette r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019usage du lecteur d\u2019aujourd\u2019hui, qui dispose, plus que jamais, des moyens de v\u00e9rifier.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Les hadiths contredisent parfois le Coran : ne faudrait-il pas les rejeter ? \u00bb<\/h3>\n<p>Un hadith authentique ne contredit jamais le Coran, mais il l\u2019explique, le pr\u00e9cise ou, par mandat du Livre, le compl\u00e8te \u2014 le dossier de la Sunnah a expos\u00e9 ces trois fonctions, et celui du Coran a trait\u00e9 l\u2019exemple de la lapidation, qui n\u2019est pas une contradiction mais une r\u00e8gle dont la r\u00e9citation fut abrog\u00e9e et la loi maintenue, sur t\u00e9moignage de \u2019Umar en chaire. La r\u00e8gle des savants est simple : lorsqu\u2019un rapport authentique para\u00eet heurter un verset, on cherche d\u2019abord la conciliation, qui donne \u00e0 chacun son domaine ; lorsqu\u2019un rapport heurte r\u00e9ellement un verset sans conciliation possible, ce rapport n\u2019est pas authentique \u2014 et c\u2019est l\u2019une des marques du faux. Rejeter la Sunnah en bloc au nom d\u2019une contradiction suppos\u00e9e, c\u2019est jeter la clef avec la serrure.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab La critique des transmetteurs est de la m\u00e9disance d\u00e9guis\u00e9e en science. \u00bb<\/h3>\n<p>Les savants ont pos\u00e9 cette question avant les critiques, et ils y ont r\u00e9pondu par un principe et par une pratique. Le principe : dire d\u2019un homme qu\u2019il ment lorsqu\u2019il rapporte du Proph\u00e8te \ufdfa n\u2019est pas m\u00e9dire de lui, c\u2019est prot\u00e9ger la religion de son mensonge, et se taire serait complicit\u00e9 \u2014 le conseil \u00e0 la communaut\u00e9 prime la r\u00e9putation d\u2019un individu. La pratique : le critique ne dit que ce qui est n\u00e9cessaire, ne juge pas par passion, et distingue soigneusement la faiblesse de m\u00e9moire du mensonge, l\u2019innovation de l\u2019imposture ; les dictionnaires portent la trace de cette retenue, o\u00f9 l\u2019on lit \u00ab v\u00e9ridique, mais sa m\u00e9moire a faibli \u00bb, \u00ab pieux, mais il se trompe \u00bb, \u00ab on n\u2019a rien \u00e0 lui reprocher sinon \u00bb. Et les critiques savaient qu\u2019ils seraient jug\u00e9s : Ibn Ma\u2019\u00een disait qu\u2019il craignait de rencontrer au Jour du jugement les hommes qu\u2019il avait critiqu\u00e9s \u2014 et qu\u2019il craignait davantage de rencontrer le Proph\u00e8te \ufdfa en ayant laiss\u00e9 passer un mensonge sur lui.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Les femmes sont absentes de cette science. \u00bb<\/h3>\n<p>Elles y sont pr\u00e9sentes \u00e0 chaque \u00e9tage, et les dictionnaires le prouvent. \u2019\u00c2\u2019ishah est l\u2019un des sept plus grands transmetteurs de l\u2019islam et sa premi\u00e8re critique du contenu ; Umm Salamah, Hafsah, Asm\u00e2\u2019 et des dizaines de compagnes ont rapport\u00e9 ; les t\u00e2bi\u2019iyy\u00e2t \u2014 \u2019Amrah, Hafsah bint S\u00eer\u00een, Umm ad-Dard\u00e2\u2019 \u2014 ont enseign\u00e9, comme le dossier des t\u00e2bi\u2019\u00fbn l\u2019a montr\u00e9 ; et aux si\u00e8cles suivants, la transmission des grands recueils passa souvent par des femmes dont les cha\u00eenes \u00e9taient recherch\u00e9es pour leur hauteur : Kar\u00eemah al-Marwaziyyah pour al-Bukh\u00e2r\u00ee, F\u00e2timah bint \u2019Abd ar-Rahm\u00e2n, \u2019\u00c2\u2019ishah bint Muhammad ibn \u2019Abd al-H\u00e2d\u00ee pour tant de livres qu\u2019Ibn Hajar fut son \u00e9l\u00e8ve. La phrase d\u2019adh-Dhahab\u00ee m\u00e9rite d\u2019\u00eatre r\u00e9p\u00e9t\u00e9e : nulle femme, dans l\u2019histoire de cette science, ne fut accus\u00e9e de mensonge, et nulle ne vit son hadith abandonn\u00e9.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Une transmission orale pendant des g\u00e9n\u00e9rations, c\u2019est le jeu du t\u00e9l\u00e9phone arabe : le texte a forc\u00e9ment \u00e9t\u00e9 d\u00e9form\u00e9. \u00bb<\/h3>\n<p>L\u2019image est parlante, et elle est fausse \u00e0 quatre titres. Le jeu du t\u00e9l\u00e9phone repose sur une cha\u00eene unique, une \u00e9coute distraite, une seule transmission sans retour, et l\u2019absence de tout contr\u00f4le ; la transmission du hadith repose sur des cha\u00eenes multiples que l\u2019on compare, sur une m\u00e9morisation professionnelle entra\u00een\u00e9e d\u00e8s l\u2019enfance dans une culture o\u00f9 l\u2019on retenait des milliers de vers, sur la r\u00e9p\u00e9tition \u2014 le Proph\u00e8te \ufdfa r\u00e9p\u00e9tait trois fois, les \u00e9l\u00e8ves r\u00e9citaient \u00e0 leur ma\u00eetre, les compagnons se r\u00e9visaient entre eux \u2014, et sur l\u2019\u00e9crit, qui doubla la m\u00e9moire d\u00e8s la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration et permit, comme le dossier de la Sunnah l\u2019a montr\u00e9, de comparer la sah\u00eefah de Hamm\u00e2m aux recueils du troisi\u00e8me si\u00e8cle. Le t\u00e9l\u00e9phone arabe ne conna\u00eet pas non plus les r\u00e8gles de la transmission par le sens, qui exigeaient de signaler toute reformulation, ni les dictionnaires qui notaient quel transmetteur avait la m\u00e9moire fid\u00e8le et lequel l\u2019avait libre. Un jeu de soci\u00e9t\u00e9 n\u2019est pas une m\u00e9thode ; et la m\u00e9thode a pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue pour que le jeu ne se produise pas.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Il y a des hadiths m\u00e9prisants pour les femmes, comme celui de la \u00ab\u00a0d\u00e9ficience en raison et en religion\u00a0\u00bb. \u00bb<\/h3>\n<p>Le hadith existe (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 304), et il faut le lire tout entier, avec son contexte, comme la m\u00e9thode l\u2019exige. Il fut prononc\u00e9 un jour de f\u00eate, devant l\u2019assembl\u00e9e des femmes, sur un ton d\u2019exhortation o\u00f9 le Proph\u00e8te \ufdfa les invitait \u00e0 l\u2019aum\u00f4ne ; et il d\u00e9finit lui-m\u00eame les deux mots qu\u2019on lui reproche. La \u00ab d\u00e9ficience en religion \u00bb, dit-il, c\u2019est que la femme ne prie ni ne je\u00fbne pendant ses menstrues \u2014 une exemption l\u00e9gale que le Proph\u00e8te \ufdfa constate, non un jugement sur sa foi, et les savants ont \u00e9crit qu\u2019elle n\u2019en est nullement responsable ni diminu\u00e9e devant Allah. La \u00ab d\u00e9ficience en raison \u00bb, dit-il encore, c\u2019est que le t\u00e9moignage de deux femmes vaut celui d\u2019un homme dans les contrats de dette \u2014 r\u00e8gle coranique portant sur un domaine pr\u00e9cis, les transactions financi\u00e8res que les femmes de l\u2019\u00e9poque ne pratiquaient gu\u00e8re, et dont le Coran donne lui-m\u00eame la raison : afin que l\u2019une rappelle \u00e0 l\u2019autre (Coran 2, 282) ; les savants ont soulign\u00e9 que la m\u00eame Loi accepte le t\u00e9moignage d\u2019une seule femme, sans homme, dans les domaines qu\u2019elle conna\u00eet mieux, et que le Proph\u00e8te \ufdfa dit dans le m\u00eame hadith que nulle cr\u00e9ature ne fait perdre la t\u00eate \u00e0 un homme r\u00e9solu comme l\u2019une d\u2019elles. Le texte d\u00e9crit donc deux r\u00e8gles l\u00e9gales limit\u00e9es, dans une exhortation dont la tonalit\u00e9 \u2014 les commentateurs le notent \u2014 est celle d\u2019une plaisanterie affectueuse un jour de f\u00eate ; en faire une doctrine de l\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 f\u00e9minine, c\u2019est ignorer que \u2019\u00c2\u2019ishah corrigeait les compagnons, qu\u2019Umm ad-Dard\u00e2\u2019 enseignait devant le calife, et qu\u2019adh-Dhahab\u00ee n\u2019a trouv\u00e9 aucune femme menteuse en douze si\u00e8cles de transmission.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Cette science s\u2019est arr\u00eat\u00e9e au Moyen \u00c2ge. \u00bb<\/h3>\n<p>Elle ne s\u2019est jamais arr\u00eat\u00e9e, et la section onze de ce dossier l\u2019a montr\u00e9 : les cha\u00eenes de transmission des grands recueils sont vivantes, les lectures annuelles continuent, et le vingti\u00e8me si\u00e8cle a produit plus de v\u00e9rifications syst\u00e9matiques que bien des si\u00e8cles pr\u00e9c\u00e9dents \u2014 \u00e9ditions critiques, takhr\u00eej de dizaines de milliers de r\u00e9cits, bases num\u00e9riques. Ce qui s\u2019est achev\u00e9, c\u2019est la constitution du corpus et de ses r\u00e8gles, au troisi\u00e8me et au septi\u00e8me si\u00e8cle ; ce qui continue, c\u2019est leur application, qui ne s\u2019ach\u00e8vera qu\u2019avec les lecteurs. Une science dont les instruments sont fix\u00e9s et dont l\u2019usage se poursuit n\u2019est pas morte : elle est m\u00fbre.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Al-Bukh\u00e2r\u00ee v\u00e9rifi\u00e9 plut\u00f4t que cru, le maillon commun expliqu\u00e9 par la diffusion, les critiques internes des deux Sah\u00eeh comme preuve de rigueur, les hadiths \u00ab absurdes \u00bb lus dans leur genre, les six cent mille voies, la critique du contenu, les faux en circulation, les contradictions apparentes, la m\u00e9disance, les femmes, le \u00ab t\u00e9l\u00e9phone arabe \u00bb, le hadith de la \u00ab d\u00e9ficience \u00bb et la science vivante : chaque objection a sa r\u00e9ponse dans la science m\u00eame qu\u2019elle accuse.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3 class=\"section-special\">Conclusion \u2014 Vers les \u00e9coles de jurisprudence<\/h3>\n<p>Le lecteur tient d\u00e9sormais la science qui garde la source. Il a vu le mal \u2014 les faussaires, leurs motifs, leurs marques \u2014 et le rem\u00e8de : l\u2019isn\u00e2d, cha\u00eene d\u2019hommes que l\u2019on peut examiner ; la galerie des ma\u00eetres, de Shu\u2019bah \u00e0 ad-D\u00e2raqutn\u00ee ; le questionnaire et l\u2019\u00e9chelle qui jugent un transmetteur ; la typologie qui classe chaque r\u00e9cit et nomme chaque d\u00e9faut ; la biblioth\u00e8que hi\u00e9rarchis\u00e9e qui va du Muwatta\u2019 aux Six Livres ; et les trait\u00e9s qui ont fait de cette pratique un art transmissible. Il a compris que cette science juge les hommes et les textes, qu\u2019elle a consign\u00e9 jusqu\u2019aux discussions sur son livre le plus s\u00fbr, qu\u2019elle a produit ses propres dictionnaires de faux, et que ses fondateurs tremblaient de juger. La conclusion rejoint celle de tous les dossiers de cette s\u00e9rie : la Ummah n\u2019a pas re\u00e7u sa religion dans la cr\u00e9dulit\u00e9 \u2014 elle l\u2019a re\u00e7ue en v\u00e9rifiant, et elle a construit pour v\u00e9rifier l\u2019\u00e9difice le plus rigoureux que les hommes aient \u00e9lev\u00e9 autour de paroles.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 quoi servent des textes \u00e9tablis, sinon \u00e0 \u00eatre compris et appliqu\u00e9s ? Le hadith authentifi\u00e9 doit encore devenir r\u00e8gle : quel acte est obligatoire, lequel recommand\u00e9, comment concilier deux textes, comment \u00e9tendre une r\u00e8gle \u00e0 un cas nouveau \u2014 et c\u2019est ici que na\u00eet le fiqh, et avec lui les quatre \u00e9coles dont la Ummah vit encore. Le prochain dossier ouvre cette histoire par la premi\u00e8re d\u2019entre elles dans le temps : K\u00fbfah, l\u2019h\u00e9riti\u00e8re des gens de l\u2019opinion, et l\u2019imam Ab\u00fb Han\u00eefah. Qu\u2019Allah nous compte parmi ceux qui ne disent de Son Proph\u00e8te \ufdfa que ce qu\u2019il a dit, nous fasse aimer ceux qui ont gard\u00e9 sa parole, et nous garde du mensonge sur lui ; et qu\u2019Il couvre d\u2019\u00e9loges et de paix Son serviteur et Messager Mouhammad, sa famille, ses compagnons, et quiconque suit leur voie avec excellence jusqu\u2019au Jour de la r\u00e9tribution.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Ce qu\u2019il faut retenir<\/h3>\n<p>Le mensonge sur le Proph\u00e8te \ufdfa commen\u00e7a de son vivant, devint un ph\u00e9nom\u00e8ne avec la fitnah, et eut des motifs reconnaissables \u2014 ennemis, partisans, conteurs, pieux faussaires, courtisans \u2014 donc des marques reconnaissables, dans la cha\u00eene comme dans le texte ; et la plupart des r\u00e9cits faibles sont des erreurs, non des mensonges. Le rem\u00e8de fut l\u2019isn\u00e2d, cha\u00eene d\u2019hommes connus, dat\u00e9s et jug\u00e9s, que la comparaison des voies fait parler ; il fut fond\u00e9 par des ma\u00eetres \u2014 Shu\u2019bah, al-Qatt\u00e2n, Ibn Mahd\u00ee, Ibn Ma\u2019\u00een, Ibn al-Mad\u00een\u00ee, Ahmad, al-Bukh\u00e2r\u00ee, Muslim, Ab\u00fb H\u00e2tim, ad-D\u00e2raqutn\u00ee \u2014 et par des femmes dont nulle ne fut accus\u00e9e de mensonge. La science des hommes juge l\u2019int\u00e9grit\u00e9 et la pr\u00e9cision sur une \u00e9chelle de douze degr\u00e9s, avec \u00e9quit\u00e9 envers les adversaires et conscience du conseil ; la typologie classe chaque r\u00e9cit selon sa source, sa continuit\u00e9, son nombre et sa r\u00e9ception, et nomme chaque d\u00e9faut. La codification alla des feuillets aux recueils par sujets \u2014 le Muwatta\u2019 de M\u00e2lik, livre de la pratique de M\u00e9dine \u2014, aux musnads, aux deux Sah\u00eeh re\u00e7us par toute la Ummah et aux quatre Sunan, chacun avec ses conditions et ses limites connues ; puis la science elle-m\u00eame fut \u00e9crite, d\u2019ar-R\u00e2mahurmuz\u00ee \u00e0 Ibn as-Sal\u00e2h et Ibn Hajar. Le lecteur d\u2019aujourd\u2019hui peut v\u00e9rifier un hadith en cinq pas ; et chaque objection \u2014 Bukh\u00e2r\u00ee, les orientalistes, les hadiths \u00ab absurdes \u00bb, les faux en circulation \u2014 a sa r\u00e9ponse dans la science m\u00eame qu\u2019elle pr\u00e9tend accuser.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Pour se tester : quinze questions<\/h3>\n<p>Les r\u00e9ponses se trouvent toutes dans le dossier ; chaque question renvoie \u00e0 sa section.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Chronologie des sciences du hadith (11-911 H)<\/h3>\n<ol class=\"quiz-questions\">\n<li>Quand commen\u00e7a le mensonge sur le Proph\u00e8te \ufdfa, et \u00e0 quel moment devint-il un ph\u00e9nom\u00e8ne ? (section 1)<\/li>\n<li>Citez cinq cat\u00e9gories de faussaires avec un exemple pour chacune. (section 2)<\/li>\n<li>Pourquoi les savants ont-ils accept\u00e9 le hadith de kharijites v\u00e9ridiques ? (section 2)<\/li>\n<li>Quelles sont les marques du faux dans la cha\u00eene et dans le texte ? Citez trois hadiths c\u00e9l\u00e8bres sans fondement. (section 3)<\/li>\n<li>D\u00e9crivez la cha\u00eene du premier hadith d\u2019al-Bukh\u00e2r\u00ee et ce qu\u2019elle enseigne sur le ghar\u00eeb. (section 4)<\/li>\n<li>Qui furent Shu\u2019bah, al-Qatt\u00e2n et Ibn Mahd\u00ee, et pourquoi sont-ils les architectes de la critique ? (section 5)<\/li>\n<li>Que dit adh-Dhahab\u00ee des femmes transmettrices, qui \u00e9tait Kar\u00eemah al-Marwaziyyah, et qu\u2019est-ce qu\u2019une ij\u00e2zah ? (sections 5 et 11)<\/li>\n<li>Sur quoi porte le questionnaire du jarh wa-t-ta\u2019d\u00eel, et pourquoi la critique explicit\u00e9e l\u2019emporte-t-elle sur l\u2019\u00e9loge ? (section 6)<\/li>\n<li>D\u00e9finissez mursal, mu\u2019allaq, \u2019az\u00eez, sh\u00e2hid et tadl\u00ees. (section 7)<\/li>\n<li>Qu\u2019est-ce que l\u2019idr\u00e2j ? Donnez l\u2019exemple du hadith des talons. (section 7)<\/li>\n<li>Qu\u2019est-ce que le Muwatta\u2019 de M\u00e2lik, et en quoi diff\u00e8re-t-il d\u2019un recueil de hadiths ordinaire ? (section 8)<\/li>\n<li>Quelles \u00e9taient les conditions d\u2019al-Bukh\u00e2r\u00ee et de Muslim, et que signifie le talaqq\u00ee bi-l-qab\u00fbl ? (section 8)<\/li>\n<li>Que fit at-Tirmidh\u00ee de nouveau, et que faut-il savoir en lisant Ibn M\u00e2jah ? (section 8)<\/li>\n<li>Qu\u2019est-ce que la Muqaddimah d\u2019Ibn as-Sal\u00e2h, et sur quel point an-Nawaw\u00ee l\u2019a-t-il contredit ? (section 9)<\/li>\n<li>Quels sont les cinq pas pour v\u00e9rifier un hadith \u2014 appliquez-les \u00e0 \u00ab l\u2019amour de la patrie fait partie de la foi \u00bb \u2014 et comment r\u00e9pondre \u00e0 la th\u00e9orie du \u00ab maillon commun \u00bb ? (section 10 et troisi\u00e8me partie)<\/li>\n<\/ol>\n<p>Les dates de d\u00e9c\u00e8s suivent les biographes et comportent parfois une marge d\u2019un an ; elles servent de rep\u00e8res pour situer les hommes et les livres.<\/p>\n<h2>Rep\u00e8res bibliographiques<\/h2>\n<ol class=\"quiz-questions\">\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort du Proph\u00e8te \ufdfa ; les compagnons transmettent et v\u00e9rifient. <strong>vers 36 H<\/strong> \u2014 La fitnah : \u00ab nommez-nous vos hommes \u00bb \u2014 naissance de l\u2019exigence de l\u2019isn\u00e2d.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort de \u2019Umar ibn \u2019Abd al-\u2019Az\u00eez apr\u00e8s l\u2019ordre officiel de mise par \u00e9crit.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019az-Zuhr\u00ee, premier codificateur. <strong>vers 150 H<\/strong> \u2014 Le Muwatta\u2019 de M\u00e2lik ; les recueils par sujets de Ma\u2019mar, Ibn Jurayj, al-Awz\u00e2\u2019\u00ee.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Ex\u00e9cution du zind\u00eeq Ibn Ab\u00ee al-\u2019Awj\u00e2\u2019, qui avoue quatre mille hadiths forg\u00e9s.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort de Shu\u2019bah, \u00ab commandeur des croyants en hadith \u00bb, fondateur de la critique.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort de M\u00e2lik \u00e0 M\u00e9dine.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort de Yahy\u00e2 ibn Sa\u2019\u00eed al-Qatt\u00e2n et de \u2019Abd ar-Rahm\u00e2n ibn Mahd\u00ee, architectes du jarh wa-t-ta\u2019d\u00eel. <strong>233-234 H<\/strong> \u2014 Mort de Yahy\u00e2 ibn Ma\u2019\u00een, puis de \u2019Al\u00ee ibn al-Mad\u00een\u00ee, ma\u00eetre des d\u00e9fauts cach\u00e9s. <strong>235-241 H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019Ibn Ab\u00ee Shaybah (Musannaf), puis d\u2019Ahmad ibn Hanbal (Musnad).<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019al-Bukh\u00e2r\u00ee : le Sah\u00eeh, \u00ab le plus authentique des livres apr\u00e8s le Livre d\u2019Allah \u00bb.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort de Muslim : le second Sah\u00eeh et sa pr\u00e9face de m\u00e9thode. <strong>273-303 H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019Ibn M\u00e2jah, d\u2019Ab\u00fb D\u00e2w\u00fbd, d\u2019at-Tirmidh\u00ee, d\u2019Ab\u00fb H\u00e2tim, puis d\u2019an-Nas\u00e2\u2019\u00ee : les quatre Sunan.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019Ibn Ab\u00ee H\u00e2tim, auteur du Jarh wa-t-ta\u2019d\u00eel.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019ar-R\u00e2mahurmuz\u00ee, auteur du premier trait\u00e9 de la science.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019ad-D\u00e2raqutn\u00ee, dernier des grands critiques, auteur des \u2019Ilal.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019al-H\u00e2kim, auteur du Mustadrak et de la Ma\u2019rifah.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019al-Khat\u00eeb al-Baghd\u00e2d\u00ee (Al-Kif\u00e2yah) et de Kar\u00eemah al-Marwaziyyah, transmettrice du Sah\u00eeh.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019Ibn as-Sal\u00e2h : la Muqaddimah, soixante-cinq types de hadiths. <strong>742-748 H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019al-Mizz\u00ee (Tahdh\u00eeb al-kam\u00e2l), puis d\u2019adh-Dhahab\u00ee (M\u00eez\u00e2n al-i\u2019tid\u00e2l).<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019Ibn Hajar : Fath al-B\u00e2r\u00ee, Nukhbat al-fikar, Tahdh\u00eeb at-tahdh\u00eeb.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019as-Suy\u00fbt\u00ee : Tadr\u00eeb ar-r\u00e2w\u00ee, derni\u00e8re grande somme classique de la discipline.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Le verset cit\u00e9 en encadr\u00e9 l\u2019est dans la traduction fran\u00e7aise de Rachid Maach, Le Coran en fran\u00e7ais (lecoranenfrancais.com), v\u00e9rifi\u00e9e \u00e0 la source ; les autres versets sont \u00e9voqu\u00e9s en paraphrase avec leur r\u00e9f\u00e9rence. Les hadiths d\u2019al-Bukh\u00e2r\u00ee et de Muslim sont num\u00e9rot\u00e9s selon la num\u00e9rotation de Muhammad Fu\u2019\u00e2d \u2019Abd al-B\u00e2q\u00ee ; ceux des Sunan, selon l\u2019usage de leurs \u00e9ditions de r\u00e9f\u00e9rence. Les paroles des ma\u00eetres et les anecdotes de la discipline proviennent des dictionnaires de transmetteurs, de l\u2019histoire de Bagdad d\u2019al-Khat\u00eeb et des introductions des grands recueils ; elles valent pour l\u2019histoire de la science. Les chiffres sont des ordres de grandeur, un \u00ab hadith \u00bb d\u00e9signant le plus souvent une voie de transmission.<\/p>\n<p>Recueils : M\u00e2lik (m. 179 H), Al-Muwatta\u2019 ; \u2019Abd ar-Razz\u00e2q (m. 211 H) et Ibn Ab\u00ee Shaybah (m. 235 H), Al-Musannaf ; Ahmad ibn Hanbal (m. 241 H), Al-Musnad ; al-Bukh\u00e2r\u00ee (m. 256 H), Al-J\u00e2mi\u2019 as-sah\u00eeh ; Muslim (m. 261 H), As-Sah\u00eeh avec son introduction ; Ab\u00fb D\u00e2w\u00fbd (m. 275 H), As-Sunan et Ris\u00e2lah il\u00e2 ahl Makkah ; At-Tirmidh\u00ee (m. 279 H), Al-J\u00e2mi\u2019 et Al-\u2019Ilal ; An-Nas\u00e2\u2019\u00ee (m. 303 H), Al-Mujtab\u00e2 ; Ibn M\u00e2jah (m. 273 H), As-Sunan ; ad-D\u00e2rim\u00ee (m. 255 H), As-Sunan ; Ibn Khuzaymah (m. 311 H) et Ibn Hibb\u00e2n (m. 354 H), As-Sah\u00eeh ; al-H\u00e2kim (m. 405 H), Al-Mustadrak ; al-Bayhaq\u00ee (m. 458 H), As-Sunan al-kubr\u00e2. Critique des transmetteurs : Ibn Sa\u2019d (m. 230 H), At-Tabaq\u00e2t al-kubr\u00e2 ; al-Bukh\u00e2r\u00ee, At-T\u00e2r\u00eekh al-kab\u00eer ; Ibn Ab\u00ee H\u00e2tim (m. 327 H), Al-Jarh wa-t-ta\u2019d\u00eel et Al-\u2019Ilal ; Ibn \u2019Ad\u00ee (m. 365 H), Al-K\u00e2mil ; ad-D\u00e2raqutn\u00ee (m. 385 H), Al-\u2019Ilal ; al-Khat\u00eeb al-Baghd\u00e2d\u00ee (m. 463 H), T\u00e2r\u00eekh Baghd\u00e2d ; al-Mizz\u00ee (m. 742 H), Tahdh\u00eeb al-kam\u00e2l ; adh-Dhahab\u00ee (m. 748 H), M\u00eez\u00e2n al-i\u2019tid\u00e2l et Siyar a\u2019l\u00e2m an-nubal\u00e2\u2019 ; Ibn Hajar (m. 852 H), Tahdh\u00eeb at-tahdh\u00eeb et Taqr\u00eeb at-tahdh\u00eeb. Science du hadith : ar-R\u00e2mahurmuz\u00ee (m. 360 H), Al-Muhaddith al-f\u00e2sil ; al-H\u00e2kim, Ma\u2019rifat \u2019ul\u00fbm al-had\u00eeth ; al-Khat\u00eeb, Al-Kif\u00e2yah et Al-J\u00e2mi\u2019 li-akhl\u00e2q ar-r\u00e2w\u00ee ; Ibn as-Sal\u00e2h (m. 643 H), Muqaddimah ; an-Nawaw\u00ee (m. 676 H), At-Taqr\u00eeb ; al-\u2019Ir\u00e2q\u00ee (m. 806 H), Alfiyyah ; Ibn Hajar, Nukhbat al-fikar et Nuzhat an-nazar, Hady as-s\u00e2r\u00ee ; as-Sakh\u00e2w\u00ee (m. 902 H), Fath al-mugh\u00eeth ; as-Suy\u00fbt\u00ee (m. 911 H), Tadr\u00eeb ar-r\u00e2w\u00ee. Hadiths forg\u00e9s : Ibn al-Jawz\u00ee (m. 597 H), Al-Mawd\u00fb\u2019\u00e2t ; Ibn al-Qayyim (m. 751 H), Al-Man\u00e2r al-mun\u00eef ; as-Sakh\u00e2w\u00ee, Al-Maq\u00e2sid al-hasanah ; ash-Shawk\u00e2n\u00ee (m. 1250 H), Al-Faw\u00e2\u2019id al-majm\u00fb\u2019ah. Commentaires : Ibn Hajar, Fath al-B\u00e2r\u00ee ; an-Nawaw\u00ee, Al-Minh\u00e2j. Sur les th\u00e8ses orientalistes : Muhammad Mustaf\u00e2 al-A\u2019zam\u00ee, Studies in Early Hadith Literature et On Schacht\u2019s Origins of Muhammadan Jurisprudence ; Harald Motzki, The Origins of Islamic Jurisprudence. Commentaires et manuels compl\u00e9mentaires : al-\u2019Ayn\u00ee (m. 855 H), \u2019Umdat al-q\u00e2r\u00ee ; Ibn Rajab (m. 795 H), Fath al-B\u00e2r\u00ee ; al-Khatt\u00e2b\u00ee (m. 388 H), Ma\u2019\u00e2lim as-sunan ; Ibn \u2019Abd al-Barr (m. 463 H), At-Tamh\u00eed et Al-Istidhk\u00e2r ; Ibn al-Ath\u00eer (m. 606 H), J\u00e2mi\u2019 al-us\u00fbl ; Ibn Hajar, Bul\u00fbgh al-mar\u00e2m ; an-Nawaw\u00ee, Riy\u00e2d as-s\u00e2lih\u00een et Al-Arba\u2019\u00een. V\u00e9rifications modernes : les \u00e9ditions du Musnad par Ahmad Sh\u00e2kir et par Shu\u2019ayb al-Arna\u2019\u00fbt, et les s\u00e9ries d\u2019al-Alb\u00e2n\u00ee (Silsilat al-ah\u00e2d\u00eeth as-sah\u00eehah et ad-da\u2019\u00eefah).<\/p>\n<p class=\"dossier-nav\">\u2192 Suite : <a href=\"\/en\/approfondir-ma-foi\/aux-sources-du-savoir-islamique\/fiqh-kufa-abu-hanifa\/\">Dossier 9 \u2014 Le Fiqh \u00e0 K\u00fbfah : l\u2019imam Ab\u00fb Han\u00eefa<\/a><\/p>\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les sciences du Hadith Les hadiths mensong\u00e9s, l\u2019isn\u00e2d, la critique des transmetteurs, les degr\u00e9s du hadith et les grands recueils Les hadiths mensong\u00e9s, l\u2019isn\u00e2d, la critique des transmetteurs, les degr\u00e9s du hadith et les grands recueils Comment la Ummah a prot\u00e9g\u00e9 la Sunnah de la falsification : homme par homme, cha\u00eene par cha\u00eene, jusqu\u2019aux recueils&#8230;<\/p>","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":60552,"menu_order":8,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-60575","page","type-page","status-publish","hentry"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v28.5 - 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