{"id":60574,"date":"2026-08-26T01:16:00","date_gmt":"2026-08-25T23:16:00","guid":{"rendered":"https:\/\/convertistoislam.fr\/?page_id=60574"},"modified":"2026-08-26T01:16:00","modified_gmt":"2026-08-25T23:16:00","slug":"sciences-du-coran","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/convertistoislam.fr\/en\/approfondir-ma-foi\/aux-sources-du-savoir-islamique\/sciences-du-coran\/","title":{"rendered":"Dossier 7 \u2014 Les sciences du Coran"},"content":{"rendered":"<div class=\"dossier-savoir\">\n<h2>Les sciences du Coran<\/h2>\n<p><em>Le tafs\u00eer, ses sources et ses grands commentaires ; la naissance des sciences coraniques<\/em><\/p>\n<p><em>Le tafs\u00eer, ses sources et ses grands commentaires ; la naissance des sciences coraniques<\/em><\/p>\n<p><em>Du Proph\u00e8te \ufdfa premier ex\u00e9g\u00e8te aux sommes d\u2019az-Zarkash\u00ee et d\u2019as-Suy\u00fbt\u00ee : comment la Ummah a expliqu\u00e9 son Livre, gard\u00e9 sa lettre et son son, et prot\u00e9g\u00e9 son sens contre ceux qui voulaient le tordre.<\/em><\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Comment lire ce dossier<\/h3>\n<p>Ce dossier ouvre la seconde partie de la s\u00e9rie \u00ab Aux sources du savoir islamique \u00bb. Les six premiers dossiers ont racont\u00e9 l\u2019histoire \u2014 la R\u00e9v\u00e9lation, les Califes, les sectes, les t\u00e2bi\u2019\u00fbn, la rencontre des cultures ; ceux qui viennent racontent la naissance des sciences que cette histoire a engendr\u00e9es. Le premier d\u2019entre eux est consacr\u00e9 aux sciences du Coran : comment le Livre fut expliqu\u00e9, du Proph\u00e8te \ufdfa aux grands commentaires ; comment les disciplines qui l\u2019entourent \u2014 circonstances de la r\u00e9v\u00e9lation, abrogation, lectures, graphie, inimitabilit\u00e9 \u2014 furent d\u2019abord pratiqu\u00e9es, puis \u00e9crites, puis rassembl\u00e9es en sommes ; et comment la Ummah a prot\u00e9g\u00e9 le sens de son Livre contre les lectures qui voulaient le tordre. Il est \u00e9crit pour \u00eatre lu d\u2019une traite, avec un exemple chaque fois qu\u2019une notion se complique et une phrase \u00e0 retenir au bout de chaque section ; et il est \u00e9crit pour \u00eatre v\u00e9rifi\u00e9, chaque affirmation portant sa r\u00e9f\u00e9rence. Le lecteur y trouvera aussi un guide pratique pour \u00e9tudier lui-m\u00eame un verset sans le sortir de son contexte, et, avant la conclusion, un chapitre qui r\u00e9pond aux objections et aux questions qui reviennent le plus souvent sur ce sujet \u2014 de la pr\u00e9tendue \u00ab lecture arbitraire \u00bb du Coran aux \u00ab erreurs de grammaire \u00bb et aux \u00ab versets sataniques \u00bb que brandissent les pol\u00e9mistes.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Rep\u00e8res terminologiques<\/h3>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Tafs\u00eer<\/strong> \u2014 L\u2019ex\u00e9g\u00e8se : la science qui explique le sens du Coran, \u00e0 partir du Coran lui-m\u00eame, de la Sunnah, des compagnons et de la langue.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Ta\u2019w\u00eel<\/strong> \u2014 Chez les anciens, synonyme de tafs\u00eer ou d\u00e9signation de la r\u00e9alit\u00e9 ultime d\u2019un verset ; chez les th\u00e9ologiens tardifs, le d\u00e9tournement d\u2019un mot de son sens apparent.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Tafs\u00eer bi-l-ma\u2019th\u00fbr et bi-r-ra\u2019y<\/strong> \u2014 L\u2019ex\u00e9g\u00e8se fond\u00e9e sur les textes transmis, et celle fond\u00e9e sur le raisonnement \u2014 l\u00e9gitime s\u2019il s\u2019appuie sur la langue et les r\u00e8gles, bl\u00e2mable s\u2019il suit le d\u00e9sir.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>\u2019Ul\u00fbm al-Qur\u2019\u00e2n<\/strong> \u2014 Les sciences du Coran : l\u2019ensemble des disciplines qui \u00e9tudient le Livre \u2014 descente, circonstances, abrogation, lectures, graphie, inimitabilit\u00e9, ex\u00e9g\u00e8se.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Asb\u00e2b an-nuz\u00fbl<\/strong> \u2014 Les circonstances de la r\u00e9v\u00e9lation d\u2019un verset.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>N\u00e2sikh et mans\u00fbkh<\/strong> \u2014 L\u2019abrogeant et l\u2019abrog\u00e9 : la lev\u00e9e d\u2019une r\u00e8gle ant\u00e9rieure par une r\u00e9v\u00e9lation post\u00e9rieure.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Muhkam et mutash\u00e2bih<\/strong> \u2014 Les versets univoques et les versets susceptibles de plusieurs lectures, que l\u2019on ram\u00e8ne aux premiers.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Ghar\u00eeb al-Qur\u2019\u00e2n<\/strong> \u2014 Les mots rares du Coran, dont le sens exige une explication linguistique.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Isr\u00e2\u2019\u00eeliyy\u00e2t<\/strong> \u2014 Les r\u00e9cits venus des traditions juives et chr\u00e9tiennes, entr\u00e9s dans les commentaires par des convertis du Livre.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Qir\u00e2\u2019\u00e2t<\/strong> \u2014 Les lectures canoniques du texte, transmises par des cha\u00eenes reconnues ; sept selon Ibn Muj\u00e2hid, dix selon Ibn al-Jazar\u00ee.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Rasm<\/strong> \u2014 La graphie de la copie de r\u00e9f\u00e9rence, sans points ni voyelles, \u00e0 laquelle toute lecture doit se conformer.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Tajw\u00eed<\/strong> \u2014 L\u2019art de prononcer le Coran comme il fut transmis : allongements, assimilations, points d\u2019articulation.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>I\u2019j\u00e2z<\/strong> \u2014 L\u2019inimitabilit\u00e9 du Coran, devenue science avec les trait\u00e9s qui en analysent les aspects.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Ahk\u00e2m al-Qur\u2019\u00e2n<\/strong> \u2014 Les commentaires consacr\u00e9s aux versets l\u00e9gislatifs, d\u2019o\u00f9 les juristes tirent les r\u00e8gles.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Makk\u00ee et madan\u00ee<\/strong> \u2014 Ce qui fut r\u00e9v\u00e9l\u00e9 avant l\u2019h\u00e9gire et apr\u00e8s elle ; science des compagnons devenue discipline.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Mushkil al-Qur\u2019\u00e2n<\/strong> \u2014 Les passages qui paraissent difficiles ou contradictoires, et la science qui les r\u00e9sout.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Tanawwu\u2019 et tad\u00e2dd<\/strong> \u2014 La divergence de vari\u00e9t\u00e9 \u2014 plusieurs explications vraies d\u2019un m\u00eame verset \u2014 et la divergence d\u2019opposition, rare et tranch\u00e9e par les r\u00e8gles.<\/p>\n<p class=\"glossaire-terme\"><strong>Sh\u00e2dh<\/strong> \u2014 Une lecture ou un rapport isol\u00e9, qui manque \u00e0 l\u2019une des conditions de r\u00e9ception et ne se r\u00e9cite pas comme Coran.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Introduction \u2014 Les sciences prennent forme<\/h3>\n<p>Nos dossiers pr\u00e9c\u00e9dents ont laiss\u00e9 la Ummah au troisi\u00e8me si\u00e8cle, sortie de la mihnah avec son credo intact. Mais pendant que se livrait cette bataille, une autre \u0153uvre, immense et paisible, s\u2019accomplissait dans les m\u00eames villes et souvent par les m\u00eames hommes : les sciences de la religion prenaient leur forme d\u00e9finitive. Ce dossier raconte la premi\u00e8re d\u2019entre elles \u2014 la plus ancienne, puisqu\u2019elle commence \u00e0 Hir\u00e2\u2019, et la plus vaste, puisqu\u2019elle a pour objet le Livre lui-m\u00eame. Il faut d\u2019embl\u00e9e corriger une image fausse : les sciences du Coran ne sont pas des constructions tardives pos\u00e9es sur un texte muet. Elles furent pratiqu\u00e9es avant d\u2019\u00eatre nomm\u00e9es \u2014 les compagnons distinguaient d\u00e9j\u00e0 le mecquois du m\u00e9dinois, connaissaient les circonstances de chaque descente, savaient quel verset en avait abrog\u00e9 un autre \u2014 ; puis elles furent \u00e9crites, \u00e0 mesure que mouraient ceux qui les portaient ; puis rassembl\u00e9es en sommes, lorsque leur nombre exigea un inventaire. Le mouvement va de la pratique vivante au livre, et non l\u2019inverse : c\u2019est la loi de toutes les sciences islamiques, et ce dossier en donne le premier exemple.<\/p>\n<p>Le programme de cette science, c\u2019est le Coran lui-m\u00eame qui l\u2019a fix\u00e9, en assignant au Proph\u00e8te \ufdfa une mission qui ne s\u2019arr\u00eatait pas \u00e0 la transmission du texte :<\/p>\n<blockquote class=\"verset-encadre\">\n<p>\u00ab Ces hommes furent envoy\u00e9s avec des preuves \u00e9videntes et les Ecritures. Quant \u00e0 toi, Nous t\u2019avons r\u00e9v\u00e9l\u00e9 le Coran afin que tu en exposes clairement les enseignements aux hommes qui pourront ainsi les m\u00e9diter. \u00bb<\/p>\n<p><cite>\u2014 Coran 16, 44<\/cite><\/p><\/blockquote>\n<p>Exposer clairement \u2014 bay\u00e2n \u2014 et m\u00e9diter \u2014 tafakkur : deux verbes qui contiennent toute l\u2019ex\u00e9g\u00e8se. Le premier fonde l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019explication proph\u00e9tique et, \u00e0 sa suite, de ceux qui l\u2019ont re\u00e7ue ; le second ouvre au lecteur de tous les temps la porte de la r\u00e9flexion sur le Livre. La science du tafs\u00eer vit entre ces deux p\u00f4les : elle transmet ce qui fut expliqu\u00e9, et elle discipline ce que l\u2019on m\u00e9dite.<\/p>\n<p>Une question se pose au seuil, et le lecteur venu du dehors la formule souvent : pourquoi un Livre qui se dit divin aurait-il besoin d\u2019\u00eatre expliqu\u00e9 ? La r\u00e9ponse tient dans la nature de tout texte qui s\u2019adresse \u00e0 des hommes. Le Coran fut r\u00e9v\u00e9l\u00e9 dans une langue, \u00e0 une \u00e9poque, au fil d\u2019\u00e9v\u00e9nements ; il emploie des mots que les Arabes du septi\u00e8me si\u00e8cle comprenaient d\u2019instinct et que ceux du dixi\u00e8me devaient chercher, il r\u00e9pond \u00e0 des questions que les compagnons avaient pos\u00e9es et dont il faut conna\u00eetre la teneur, il \u00e9nonce des r\u00e8gles en g\u00e9n\u00e9ral et laisse \u00e0 la Sunnah le soin de les d\u00e9tailler, et il contient \u2014 il le dit lui-m\u00eame \u2014 des versets clairs, qui sont la base du Livre, et des versets susceptibles de plusieurs lectures, qu\u2019il faut ramener aux premiers (Coran 3, 7). Le Livre le plus limpide devient obscur pour qui ignore sa langue, ses circonstances et son ensemble ; et le Livre le plus obscur s\u2019\u00e9claire pour qui les conna\u00eet. L\u2019ex\u00e9g\u00e8se n\u2019ajoute rien au Coran : elle enl\u00e8ve ce que l\u2019ignorance et le temps interposent entre le lecteur et lui.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Note de m\u00e9thode<\/h3>\n<p>La grille de la s\u00e9rie demeure : versets r\u00e9f\u00e9renc\u00e9s \u2014 ceux qui sont cit\u00e9s en encadr\u00e9 le sont dans la traduction de Rachid Maach, v\u00e9rifi\u00e9e \u00e0 la source \u2014, hadiths avec leur recueil, leur num\u00e9ro et leur degr\u00e9, rapports des historiens et des biographes signal\u00e9s comme tels. Deux pr\u00e9cisions propres \u00e0 ce dossier. La premi\u00e8re : nous citerons des ouvrages \u2014 des commentaires, des trait\u00e9s \u2014 par leur auteur, leur titre et le si\u00e8cle de sa mort ; ces ouvrages sont accessibles, souvent en traduction partielle, et le lecteur peut les ouvrir. La seconde : lorsqu\u2019un commentaire est pr\u00e9sent\u00e9 avec ses limites \u2014 telle \u0153uvre charg\u00e9e de r\u00e9cits douteux, telle autre marqu\u00e9e par une \u00e9cole th\u00e9ologique \u2014, il ne s\u2019agit pas de d\u00e9nigrer des savants dont la Ummah a re\u00e7u la science, mais d\u2019appliquer \u00e0 leurs livres la r\u00e8gle qu\u2019ils appliquaient eux-m\u00eames : on prend ce qui est \u00e9tabli, on laisse ce qui ne l\u2019est pas, et l\u2019on sait de quel c\u00f4t\u00e9 chaque livre penche.<\/p>\n<h2 class=\"section-partie\">Premi\u00e8re partie \u2014 Le tafs\u00eer, de la bouche du Proph\u00e8te \ufdfa aux grands commentaires<\/h2>\n<h3>1. Le Proph\u00e8te \ufdfa, premier ex\u00e9g\u00e8te<\/h3>\n<p>Le premier commentateur du Coran fut celui qui le recevait. Le verset de la mission le dit \u2014 exposer clairement \u2014, et les compagnons l\u2019ont vu faire. Sa mani\u00e8re d\u2019expliquer est instructive, car elle fixe le genre : il n\u2019\u00e9crivait pas de commentaire suivi, il r\u00e9pondait \u00e0 ce qui faisait difficult\u00e9, corrigeait ce qui \u00e9tait mal compris, pr\u00e9cisait ce qui \u00e9tait g\u00e9n\u00e9ral. Lorsque descendit le verset promettant la s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 ceux qui croient sans m\u00ealer leur foi d\u2019injustice, les compagnons furent saisis d\u2019angoisse \u2014 qui d\u2019entre nous n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 injuste envers lui-m\u00eame ? \u2014 et il expliqua : ce n\u2019est pas ce que vous croyez ; l\u2019injustice vis\u00e9e est le shirk, comme dans la parole de Luqm\u00e2n \u00e0 son fils (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 32). Lorsque \u2019Ad\u00ee ibn H\u00e2tim, lisant le verset du je\u00fbne qui ordonne de manger jusqu\u2019\u00e0 ce que le fil blanc se distingue du fil noir, pla\u00e7a deux cordons sous son oreiller pour les guetter, le Proph\u00e8te \ufdfa sourit et lui dit : il s\u2019agit de la noirceur de la nuit et de la blancheur du jour (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 4509) \u2014 le\u00e7on sur la m\u00e9taphore que nul manuel n\u2019a mieux donn\u00e9e. Il pr\u00e9cisa que la pri\u00e8re du milieu, mentionn\u00e9e dans le Livre, est celle du \u2019asr (Sah\u00eeh Muslim, n\u00b0 627) ; que la \u00ab force \u00bb \u00e0 pr\u00e9parer contre l\u2019ennemi est d\u2019abord le tir (Sah\u00eeh Muslim, n\u00b0 1917) ; que le Kawthar promis est un fleuve du Paradis (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 4964) ; que ceux qui ont encouru la col\u00e8re et ceux qui se sont \u00e9gar\u00e9s, dans la F\u00e2tiha, d\u00e9signent les juifs et les chr\u00e9tiens ayant trahi leur Livre (rapport\u00e9 par At-Tirmidh\u00ee, n\u00b0 2954, et Ahmad ; jug\u00e9 bon). Le tafs\u00eer proph\u00e9tique est ainsi une explication par touches, n\u00e9e des questions \u2014 et c\u2019est pourquoi les compagnons ont retenu ses explications avec le contexte qui les avait suscit\u00e9es.<\/p>\n<p>Combien le Proph\u00e8te \ufdfa a-t-il expliqu\u00e9 ? Les savants en ont d\u00e9battu, et le d\u00e9bat \u00e9claire. \u2019\u00c2\u2019ishah rapporte qu\u2019il n\u2019expliquait du Coran que quelques versets, ceux que Jibr\u00eel lui avait enseign\u00e9s \u2014 rapportent al-Bazz\u00e2r et Ibn Jar\u00eer, avec une cha\u00eene discut\u00e9e. Ibn Taymiyyah, dans son \u00e9p\u00eetre sur les fondements du tafs\u00eer, tient au contraire qu\u2019il a expliqu\u00e9 \u00e0 ses compagnons les sens du Coran comme il leur en a expliqu\u00e9 les mots, et il en donne la preuve par la pratique des compagnons eux-m\u00eames : Ab\u00fb \u2019Abd ar-Rahm\u00e2n as-Sulam\u00ee rapporte que ceux qui leur enseignaient le Coran \u2014 \u2019Uthm\u00e2n, Ibn Mas\u2019\u00fbd et d\u2019autres \u2014 ne d\u00e9passaient pas dix versets avant d\u2019en avoir appris la science et la pratique, et disaient : nous avons appris le Coran, la science et la pratique ensemble (rapport\u00e9 par Ahmad et at-Tabar\u00ee). La conciliation est simple : le Proph\u00e8te \ufdfa n\u2019a pas comment\u00e9 chaque verset en un discours suivi, mais il a expliqu\u00e9 tout ce qui exigeait explication \u2014 par sa parole, par son exemple, par sa Sunnah enti\u00e8re, qui est le premier commentaire du Livre, comme le dossier pr\u00e9c\u00e9dent l\u2019a montr\u00e9. Ce que la Ummah appelle tafs\u00eer proph\u00e9tique est donc \u00e0 la fois plus court et plus vaste que ce qu\u2019on imagine : court en \u00e9nonc\u00e9s, vaste en pratique.<\/p>\n<p>Il faut ajouter que l\u2019explication proph\u00e9tique ne fut pas seulement une parole : elle fut un geste. Lorsque le Coran ordonne d\u2019accomplir la pri\u00e8re, le commentaire de cet ordre n\u2019est pas un discours mais la pri\u00e8re elle-m\u00eame, faite devant tous cinq fois par jour ; lorsque le Livre prescrit les ablutions en quelques mots, le Proph\u00e8te \ufdfa les accomplit devant \u2019Uthm\u00e2n et \u2019Uthm\u00e2n devant les gens, membre apr\u00e8s membre ; lorsque le Livre ordonne le p\u00e8lerinage, il dit : prenez de moi vos rites \u2014 et le p\u00e8lerinage tout entier devint le tafs\u00eer d\u2019un verset. Nous avons vu, au dossier de la Sunnah, ces trois fonctions \u2014 confirmer, expliciter, instituer \u2014 ; il suffit ici de retenir que la plus grande part du tafs\u00eer proph\u00e9tique n\u2019est pas dans les livres de tafs\u00eer mais dans les livres de fiqh, parce qu\u2019elle fut v\u00e9cue avant d\u2019\u00eatre dite. Ajoutons enfin les explications qui touchent au Livre lui-m\u00eame : le Proph\u00e8te \ufdfa nomma la F\u00e2tiha \u00ab les sept versets r\u00e9p\u00e9t\u00e9s et le Coran immense \u00bb (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 4474) et d\u00e9clara qu\u2019elle est la plus grande sourate du Coran ; il dit d\u2019Al-Ikhl\u00e2s qu\u2019elle \u00e9quivaut au tiers du Coran (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 5013) ; il donna \u00e0 Al-Baqarah et \u00c2l \u2019Imr\u00e2n le nom des deux lumineuses (Sah\u00eeh Muslim, n\u00b0 804). Les m\u00e9rites des sourates, qui deviendront une science, sont d\u2019abord une parole proph\u00e9tique \u2014 et cette origine explique pourquoi les faussaires s\u2019y engouffr\u00e8rent plus tard, comme nous le verrons.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Le Proph\u00e8te \ufdfa a expliqu\u00e9 le Coran par touches, \u00e0 l\u2019occasion des questions, et par toute sa Sunnah : le premier commentaire du Livre est sa vie.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>2. Les compagnons ex\u00e9g\u00e8tes<\/h3>\n<p>\u00c0 la mort du Proph\u00e8te \ufdfa, l\u2019explication du Livre passa \u00e0 ceux qui l\u2019avaient re\u00e7u de sa bouche, qui parlaient la langue de sa descente et qui avaient v\u00e9cu les \u00e9v\u00e9nements de sa r\u00e9v\u00e9lation \u2014 triple qualification que nul ex\u00e9g\u00e8te apr\u00e8s eux ne r\u00e9unira jamais. Tous n\u2019avaient pas la m\u00eame part : les quatre califes, Ibn Mas\u2019\u00fbd, Ubayy ibn Ka\u2019b, Zayd ibn Th\u00e2bit, Ab\u00fb M\u00fbs\u00e2, \u2019Abdull\u00e2h ibn az-Zubayr furent cit\u00e9s parmi les ma\u00eetres, et au-dessus de tous \u2019Abdull\u00e2h ibn \u2019Abb\u00e2s \u2014 le jeune cousin pour qui le Proph\u00e8te \ufdfa avait invoqu\u00e9 la compr\u00e9hension de la religion et l\u2019interpr\u00e9tation (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 75 et 143 ; Ahmad, jug\u00e9 authentique). Ibn Mas\u2019\u00fbd disait de lui : quel excellent interpr\u00e8te du Coran qu\u2019Ibn \u2019Abb\u00e2s ! \u2014 rapportent les biographes. Sa m\u00e9thode nous est connue par ses \u00e9l\u00e8ves, et elle est un cours de tafs\u00eer \u00e0 elle seule. Il partait des textes : le Coran par le Coran, la Sunnah, le contexte de descente. Il faisait un usage constant de la langue : interrog\u00e9 par le kharijite N\u00e2fi\u2019 ibn al-Azraq sur des mots rares du Coran, il r\u00e9pondait pour chacun par un vers de la po\u00e9sie arabe ancienne qui l\u2019attestait \u2014 rapportent as-Suy\u00fbt\u00ee et d\u2019autres, qui ont conserv\u00e9 ces questions \u2014 ; et il confessait avec humour qu\u2019il n\u2019avait compris le mot f\u00e2tir, \u00ab Cr\u00e9ateur \u00bb, qu\u2019en entendant deux b\u00e9douins se disputer un puits, l\u2019un disant : c\u2019est moi qui l\u2019ai commenc\u00e9 \u2014 an\u00e2 fatartuh\u00e2. Il consultait : il interrogeait trente compagnons sur une question, nous l\u2019avons vu. Et il savait o\u00f9 s\u2019arr\u00eater : on lui doit la r\u00e9partition du tafs\u00eer en quatre parts, que rapporte at-Tabar\u00ee \u2014 un tafs\u00eer que les Arabes connaissent par leur langue ; un tafs\u00eer que nul n\u2019est excus\u00e9 d\u2019ignorer, comme le sens de l\u2019unicit\u00e9 et des commandements ; un tafs\u00eer que connaissent les savants ; et un tafs\u00eer que nul ne conna\u00eet sinon Allah \u2014 quiconque pr\u00e9tend le conna\u00eetre ment.<\/p>\n<p>Cette derni\u00e8re part m\u00e9rite qu\u2019on s\u2019y arr\u00eate, car elle est le rempart de toute l\u2019ex\u00e9g\u00e8se. Les compagnons ne parlaient pas du Coran au hasard, et leur crainte est rest\u00e9e proverbiale : Ab\u00fb Bakr, interrog\u00e9 sur un mot du Livre, r\u00e9pondit \u2014 quel ciel m\u2019abriterait et quelle terre me porterait si je disais du Livre d\u2019Allah ce que je ne sais pas ? \u2014 rapportent les biographes ; et \u2019Umar, lisant un mot rare, s\u2019arr\u00eata et dit : ceci, nous ne le savons pas, puis passa. Il y a plus : le Proph\u00e8te \ufdfa avait averti \u2014 quiconque parle du Coran selon sa seule opinion, qu\u2019il pr\u00e9pare sa place en Enfer ; et : quiconque parle du Coran sans science, qu\u2019il pr\u00e9pare sa place en Enfer (rapport\u00e9 par At-Tirmidh\u00ee, n\u00b0 2950-2951 ; jug\u00e9 bon). L\u2019ex\u00e9g\u00e8se est donc n\u00e9e dans la crainte, et cette crainte est sa marque de fabrique : on ne fait pas dire au Livre ce qu\u2019on ne sait pas de source s\u00fbre. Le lecteur d\u2019aujourd\u2019hui, qui voit tant de gens tirer du Coran des sens improvis\u00e9s, doit savoir que les premiers ex\u00e9g\u00e8tes de l\u2019islam s\u2019en seraient horrifi\u00e9s.<\/p>\n<p>Deux autres portraits compl\u00e8tent celui d\u2019Ibn \u2019Abb\u00e2s, car l\u2019ex\u00e9g\u00e8se des compagnons ne fut pas l\u2019affaire d\u2019un seul. \u2019Abdull\u00e2h ibn Mas\u2019\u00fbd, qui avait pris soixante-dix sourates de la bouche m\u00eame du Proph\u00e8te \ufdfa, disait : par Celui en dehors de qui il n\u2019est pas de divinit\u00e9, il n\u2019est pas descendu une sourate du Livre d\u2019Allah sans que je sache o\u00f9 elle est descendue, ni un verset sans que je sache au sujet de quoi il est descendu (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 5002) \u2014 et son \u00e9cole de K\u00fbfah porta cette science pendant deux si\u00e8cles. Et \u2019\u00c2\u2019ishah, dont le dossier des t\u00e2bi\u2019\u00fbn a montr\u00e9 le rang, fut une ex\u00e9g\u00e8te de premi\u00e8re force, et son exemple le plus c\u00e9l\u00e8bre est un cours de m\u00e9thode. Son neveu \u2019Urwah lui dit un jour qu\u2019\u00e0 lire le verset d\u00e9clarant qu\u2019il n\u2019y a pas de faute \u00e0 faire le parcours entre Saf\u00e2 et Marwah, il comprenait que ce parcours n\u2019\u00e9tait pas obligatoire. Elle r\u00e9pondit : mauvaise lecture, fils de ma s\u0153ur \u2014 si le verset voulait dire ce que tu dis, il dirait : pas de faute \u00e0 ne pas le faire ; il est descendu au sujet des Ans\u00e2r qui, avant l\u2019islam, h\u00e9sitaient \u00e0 parcourir ces lieux o\u00f9 s\u2019\u00e9levaient des idoles, et Allah a lev\u00e9 leur g\u00eane (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 1643). Tout y est : la circonstance, la grammaire, la logique de la formulation \u2014 et la correction d\u2019un savant par une femme, dans la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration, sur un point de lecture du Livre. Les savants ont dress\u00e9 la liste des dix compagnons les plus cit\u00e9s en ex\u00e9g\u00e8se \u2014 les quatre califes, Ibn Mas\u2019\u00fbd, Ibn \u2019Abb\u00e2s, Ubayy, Zayd, Ab\u00fb M\u00fbs\u00e2, Ibn az-Zubayr \u2014 en notant que les trois premiers califes, absorb\u00e9s par le gouvernement et morts t\u00f4t, ont laiss\u00e9 peu de rapports, tandis que \u2019Al\u00ee, Ibn \u2019Abb\u00e2s et Ibn Mas\u2019\u00fbd en ont laiss\u00e9 le plus.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Les compagnons expliqu\u00e8rent le Coran par le Coran, la Sunnah, le contexte v\u00e9cu et la langue \u2014 avec Ibn \u2019Abb\u00e2s pour ma\u00eetre et, pour rempart, la crainte de parler du Livre sans science.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>3. L\u2019\u00e9cole des t\u00e2bi\u2019\u00fbn et la question des r\u00e9cits isra\u00e9lites<\/h3>\n<p>Le dossier des t\u00e2bi\u2019\u00fbn a montr\u00e9 la dispersion des compagnons ; le tafs\u00eer en fut le premier fruit. \u00c0 La Mecque, autour d\u2019Ibn \u2019Abb\u00e2s, l\u2019\u00e9cole la plus f\u00e9conde : Muj\u00e2hid, qui pr\u00e9senta trois fois le mushaf \u00e0 son ma\u00eetre en s\u2019arr\u00eatant \u00e0 chaque verset, et dont Sufy\u00e2n ath-Thawr\u00ee disait : lorsque le tafs\u00eer te vient de Muj\u00e2hid, il te suffit \u2014 rapportent les biographes ; \u2019Ikrimah, l\u2019affranchi d\u2019Ibn \u2019Abb\u00e2s ; Sa\u2019\u00eed ibn Jubayr, que l\u2019on disait le plus savant des t\u00e2bi\u2019\u00fbn en tafs\u00eer ; \u2019At\u00e2\u2019 ; T\u00e2w\u00fbs. \u00c0 M\u00e9dine, autour d\u2019Ubayy ibn Ka\u2019b : Zayd ibn Aslam, Ab\u00fb-l-\u2019\u00c2liyah, Muhammad ibn Ka\u2019b al-Quraz\u00ee. \u00c0 K\u00fbfah, autour d\u2019Ibn Mas\u2019\u00fbd : \u2019Alqamah, Masr\u00fbq, \u2019\u00c2mir ash-Sha\u2019b\u00ee, et al-Hasan al-Basr\u00ee et Qat\u00e2dah \u00e0 Basrah. Ces hommes ont fix\u00e9 la m\u00e9thode : transmettre ce que les compagnons avaient dit, avec le nom de celui qui l\u2019avait dit ; expliquer les mots par la langue ; et, lorsqu\u2019ils raisonnaient d\u2019eux-m\u00eames, le dire. Leur tafs\u00eer, encore oral, fut consign\u00e9 par leurs \u00e9l\u00e8ves puis rassembl\u00e9, cha\u00eene par cha\u00eene, dans les grands commentaires du troisi\u00e8me si\u00e8cle \u2014 si bien que lorsque nous lisons at-Tabar\u00ee, c\u2019est Muj\u00e2hid, Qat\u00e2dah et Ibn \u2019Abb\u00e2s que nous lisons, nomm\u00e9s \u00e0 chaque ligne.<\/p>\n<p>Cette g\u00e9n\u00e9ration vit aussi entrer dans le tafs\u00eer un mat\u00e9riau qu\u2019il faut nommer franchement, car les adversaires de l\u2019islam en font un argument : les isr\u00e2\u2019\u00eeliyy\u00e2t, ces r\u00e9cits venus des traditions juives et chr\u00e9tiennes par des convertis du Livre \u2014 Ka\u2019b al-Ahb\u00e2r, Wahb ibn Munabbih \u2014 et qui vinrent combler, dans les commentaires, les silences du Coran sur les d\u00e9tails des r\u00e9cits anciens : le nom du chien des gens de la Caverne, la couleur de la vache des fils d\u2019Isra\u00ebl, la taille de l\u2019arche. Les savants ont r\u00e9gl\u00e9 leur statut par une r\u00e8gle en trois membres que le dossier des t\u00e2bi\u2019\u00fbn a d\u00e9j\u00e0 \u00e9nonc\u00e9e et que le Proph\u00e8te \ufdfa lui-m\u00eame avait pos\u00e9e \u2014 rapportez des fils d\u2019Isra\u00ebl sans g\u00eane, mais ne les croyez ni ne les d\u00e9mentez dans ce qu\u2019ils rapportent (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 3461 et 4485) \u2014 : ce que l\u2019islam confirme est vrai, ce qu\u2019il d\u00e9ment est faux, ce sur quoi il se tait se rapporte sans \u00eatre ni cru ni d\u00e9menti, et n\u2019engage rien. Ibn Kath\u00eer, au seuil de son commentaire, applique cette r\u00e8gle avec rigueur et \u00e9carte ce que ses devanciers avaient accueilli trop largement. Il faut ajouter une parole de l\u2019imam Ahmad souvent mal cit\u00e9e : trois genres de livres n\u2019ont pas de fondement \u2014 les r\u00e9cits des exp\u00e9ditions, ceux des guerres de la fin des temps, et le tafs\u00eer. Ibn Taymiyyah et al-Khat\u00eeb al-Baghd\u00e2d\u00ee en ont donn\u00e9 le sens exact : non que rien n\u2019y soit \u00e9tabli, mais que ces genres charrient une masse de cha\u00eenes interrompues et de rapports faibles qu\u2019il faut tamiser \u2014 ce qui est pr\u00e9cis\u00e9ment le travail que les grands ex\u00e9g\u00e8tes ont accompli.<\/p>\n<p>Une pr\u00e9cision de justice s\u2019impose au sujet des hommes qui transmirent ces r\u00e9cits. Ka\u2019b al-Ahb\u00e2r, savant juif du Y\u00e9men converti sous Ab\u00fb Bakr ou \u2019Umar, et Wahb ibn Munabbih, t\u00e2bi\u2019\u00ee y\u00e9m\u00e9nite d\u2019ascendance persane, furent des musulmans v\u00e9ridiques dont les savants du hadith ont accept\u00e9 la parole lorsqu\u2019ils rapportaient ce qu\u2019ils avaient entendu ; ce qui est en cause n\u2019est pas leur honn\u00eatet\u00e9 mais la valeur de ce qu\u2019ils rapportaient \u2014 des livres alt\u00e9r\u00e9s, des traditions sans cha\u00eene. \u2019Umar lui-m\u00eame, rapportent les historiens, \u00e9coutait Ka\u2019b et le reprenait lorsqu\u2019il allait trop loin. La r\u00e8gle des trois membres ne juge donc pas des hommes : elle juge un mat\u00e9riau, et elle le fait avec l\u2019instrument que la Ummah appliquait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 tout \u2014 la comparaison avec ce que la R\u00e9v\u00e9lation a \u00e9tabli. Quant \u00e0 la mani\u00e8re dont les t\u00e2bi\u2019\u00fbn transmettaient le tafs\u00eer des compagnons, elle m\u00e9rite d\u2019\u00eatre d\u00e9crite, car elle est la garantie de ce que nous lisons : chaque explication \u00e9tait rapport\u00e9e avec le nom de celui qui l\u2019avait donn\u00e9e, si bien que les commentaires du troisi\u00e8me si\u00e8cle peuvent \u00e9crire, \u00e0 chaque ligne, \u00ab Ibn \u2019Abb\u00e2s a dit \u00bb, \u00ab Muj\u00e2hid a dit \u00bb, \u00ab Qat\u00e2dah a dit \u00bb, et que l\u2019on conna\u00eet les cha\u00eenes par lesquelles ces paroles sont parvenues \u2014 la voie de Muj\u00e2hid par Ibn Ab\u00ee Naj\u00eeh, celle d\u2019Ibn \u2019Abb\u00e2s par \u2019Al\u00ee ibn Ab\u00ee Talhah, celle de Qat\u00e2dah par Ma\u2019mar et Sa\u2019\u00eed ibn Ab\u00ee \u2019Ar\u00fbbah, cha\u00eenes que les ma\u00eetres du hadith ont jug\u00e9es et class\u00e9es. Le tafs\u00eer est ainsi n\u00e9 sous le m\u00eame r\u00e9gime de preuve que le hadith, et c\u2019est pourquoi le prochain dossier lui servira de fondement.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Les t\u00e2bi\u2019\u00fbn ont fix\u00e9 la m\u00e9thode \u2014 transmettre en nommant, expliquer par la langue, signaler l\u2019opinion \u2014 ; les r\u00e9cits isra\u00e9lites entr\u00e9s dans le tafs\u00eer furent soumis \u00e0 une r\u00e8gle nette : confirmer, d\u00e9mentir, ou rapporter sans engager.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>4. Les sources et la m\u00e9thode du tafs\u00eer<\/h3>\n<p>De cette pratique, les savants ont tir\u00e9 une hi\u00e9rarchie des sources que l\u2019\u00e9p\u00eetre d\u2019Ibn Taymiyyah sur les fondements du tafs\u00eer a fix\u00e9e dans sa forme classique, et qui est devenue la charte de l\u2019ex\u00e9g\u00e8se sunnite. On explique le Coran par le Coran d\u2019abord : ce qui est dit en g\u00e9n\u00e9ral en un lieu est d\u00e9taill\u00e9 en un autre, ce qui est bref ici est d\u00e9velopp\u00e9 l\u00e0 \u2014 ainsi la mention des \u00ab b\u00eates de troupeau \u00bb licites, dans la sourate Al-M\u00e2\u2019idah, est pr\u00e9cis\u00e9e quelques versets plus loin par la liste des interdits. Puis par la Sunnah, qui est l\u2019explication du Livre par celui qui l\u2019a re\u00e7u \u2014 nous avons vu ses exemples. Puis par les paroles des compagnons, t\u00e9moins de la descente et ma\u00eetres de la langue, dont l\u2019explication d\u2019un verset, surtout lorsqu\u2019elle porte sur une circonstance, a rang de transmission. Puis par celles des t\u00e2bi\u2019\u00fbn, lorsqu\u2019elles convergent. Et enfin par la langue arabe et par le raisonnement disciplin\u00e9 qu\u2019elle permet \u2014 car le Coran est descendu en arabe clair, et qui ne sait pas la langue ne sait pas le Livre. C\u2019est cette derni\u00e8re source qui distingue les deux grandes familles de l\u2019ex\u00e9g\u00e8se : le tafs\u00eer par la transmission \u2014 bi-l-ma\u2019th\u00fbr \u2014 et le tafs\u00eer par le raisonnement \u2014 bi-r-ra\u2019y. Ce dernier n\u2019est pas condamn\u00e9 en bloc : il est lou\u00e9 lorsqu\u2019il s\u2019appuie sur la langue, les textes et les r\u00e8gles, et qu\u2019il s\u2019arr\u00eate l\u00e0 o\u00f9 s\u2019arr\u00eatent les preuves ; il est bl\u00e2mable lorsqu\u2019il part d\u2019une opinion pr\u00e9con\u00e7ue pour aller chercher dans le Livre ce qui la flatte \u2014 et c\u2019est de celui-l\u00e0 que parle le hadith de la menace.<\/p>\n<p>Un exemple montrera la diff\u00e9rence, car elle est tout le sujet. Le verset qui d\u00e9clare qu\u2019Allah s\u2019est \u00e9tabli sur le Tr\u00f4ne se lit, dans l\u2019ex\u00e9g\u00e8se par la transmission, comme les compagnons l\u2019ont lu : on en affirme le sens, on en confie le comment \u00e0 Allah \u2014 c\u2019est la r\u00e9ponse de M\u00e2lik que le dossier des sectes a cit\u00e9e. L\u2019ex\u00e9g\u00e8te qui, partant d\u2019une th\u00e9orie philosophique sur ce que Dieu ne peut pas \u00eatre, d\u00e9cr\u00e8te que \u00ab s\u2019\u00e9tablir \u00bb veut dire \u00ab dominer \u00bb et que le mot ne peut avoir son sens, fait du tafs\u00eer par le d\u00e9sir : il ne lit pas le Livre, il le corrige. M\u00eame r\u00e8gle pour les lectures \u00ab \u00e9sot\u00e9riques \u00bb que des sectes ont plaqu\u00e9es sur le Coran \u2014 le \u00ab sens cach\u00e9 \u00bb sous lequel tel verset d\u00e9signerait tel personnage, telle r\u00e8gle ne serait qu\u2019all\u00e9gorie \u2014 ; et m\u00eame r\u00e8gle, \u00e0 l\u2019autre bout, pour la tentation moderne de lire dans le Livre les d\u00e9couvertes de la science du jour, dont la section des objections reparlera. Le crit\u00e8re est simple et il vaut pour tous : une explication est re\u00e7ue si elle est port\u00e9e par les textes, la langue et la compr\u00e9hension de ceux qui ont re\u00e7u le Livre ; elle est rejet\u00e9e si elle a besoin, pour tenir, que l\u2019on ignore l\u2019un des trois.<\/p>\n<blockquote class=\"verset-encadre\">\n<p>\u00ab Nous avons rendu le Coran ais\u00e9 \u00e0 comprendre. Y a-t-il quelqu\u2019un pour en m\u00e9diter les enseignements ? \u00bb<\/p>\n<p><cite>\u2014 Coran 54, 17<\/cite><\/p><\/blockquote>\n<p>Ce verset, r\u00e9p\u00e9t\u00e9 quatre fois dans la m\u00eame sourate, tient les deux bouts de la m\u00e9thode. Le Coran est ais\u00e9 : son message \u2014 l\u2019unicit\u00e9, la r\u00e9surrection, le bien et le mal \u2014 est accessible \u00e0 qui le lit sinc\u00e8rement, et nul n\u2019a besoin d\u2019un clerc pour savoir de quoi parle le Livre. Et il appelle \u00e0 la m\u00e9ditation : son sens plein, ses r\u00e8gles, ses subtilit\u00e9s demandent la science \u2014 la langue, les textes, la transmission \u2014 comme tout texte fondateur en demande. Les quatre parts d\u2019Ibn \u2019Abb\u00e2s sont l\u00e0 tout enti\u00e8res, et elles r\u00e9pondent d\u2019avance aux deux erreurs sym\u00e9triques : celle qui ferme le Livre aux simples, et celle qui le livre aux improvisateurs.<\/p>\n<p>Chacune des sources demande un exemple de plus, car c\u2019est en les voyant travailler qu\u2019on les comprend. Le Coran par le Coran : la F\u00e2tiha demande la guid\u00e9e vers le chemin de ceux qu\u2019Allah a combl\u00e9s \u2014 qui sont-ils ? Le Livre r\u00e9pond ailleurs : les proph\u00e8tes, les v\u00e9ridiques, les martyrs et les vertueux (Coran 4, 69) ; un verset a expliqu\u00e9 l\u2019autre, et nul ex\u00e9g\u00e8te n\u2019a eu \u00e0 inventer. La Sunnah : le Livre ordonne de veiller aux pri\u00e8res et \u00e0 la pri\u00e8re du milieu \u2014 laquelle ? Le Proph\u00e8te \ufdfa le dit le jour de la bataille du Foss\u00e9 : la pri\u00e8re du milieu est celle du \u2019asr (Sah\u00eeh Muslim, n\u00b0 627). Les compagnons : nous venons de voir \u2019\u00c2\u2019ishah sur Saf\u00e2 et Marwah ; ajoutons que l\u2019explication d\u2019un compagnon portant sur une circonstance de descente \u2014 il a vu \u2014 a rang de transmission, tandis que son explication par le raisonnement \u2014 il a pens\u00e9 \u2014 a le rang, tr\u00e8s haut mais discutable, de l\u2019avis d\u2019un homme qui savait la langue et le contexte mieux que quiconque. Les t\u00e2bi\u2019\u00fbn : lorsque Muj\u00e2hid, \u2019Ikrimah, Sa\u2019\u00eed ibn Jubayr et Qat\u00e2dah donnent la m\u00eame explication, leur convergence fait preuve, car ils la tenaient de ma\u00eetres diff\u00e9rents ; lorsqu\u2019ils divergent, on p\u00e8se. La langue enfin : lorsque \u2019Umar, en chaire, lut le mot abban \u2014 le fourrage \u2014 dans la sourate \u2019Abasa et s\u2019interrogea sur son sens, puis se reprit : ceci est une charge que l\u2019on s\u2019impose, \u00f4 \u2019Umar \u2014 rapportent les biographes \u2014, il montra \u00e0 la fois que la langue est source et que l\u2019on ne force pas un mot rare quand rien ne l\u2019exige. Ces cinq sources ne sont pas cinq tiroirs : elles sont un ordre. On ne descend au raisonnement que lorsque les textes transmis se taisent, et l\u2019on ne s\u2019arr\u00eate \u00e0 un mot rare que lorsque son sens change une r\u00e8gle.<\/p>\n<p>Il faut dire ici un mot du terme ta\u2019w\u00eel, dont les pol\u00e9mistes font grand usage, car il a trois sens et ils les confondent. Dans le Coran, le ta\u2019w\u00eel d\u2019une chose est la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 laquelle elle aboutit \u2014 le ta\u2019w\u00eel du songe de Y\u00fbsuf est son accomplissement, le ta\u2019w\u00eel de l\u2019Heure est sa venue (Coran 7, 53). Chez les anciens ex\u00e9g\u00e8tes, ta\u2019w\u00eel est synonyme de tafs\u00eer : at-Tabar\u00ee intitule son commentaire \u00ab l\u2019explication du ta\u2019w\u00eel des versets \u00bb, et il \u00e9crit \u00ab les gens du ta\u2019w\u00eel ont dit \u00bb pour dire \u00ab les ex\u00e9g\u00e8tes ont dit \u00bb. Chez les th\u00e9ologiens tardifs enfin, ta\u2019w\u00eel d\u00e9signe le d\u00e9tournement d\u2019un mot de son sens apparent vers un sens second en vertu d\u2019un indice \u2014 et c\u2019est ce troisi\u00e8me sens que le dossier des cultures a examin\u00e9 et que la voie des anciens n\u2019admet que lorsque l\u2019indice vient des textes eux-m\u00eames, non d\u2019une th\u00e9orie ext\u00e9rieure. Lorsqu\u2019un lecteur rencontre le mot, il doit donc demander : ta\u2019w\u00eel en quel sens ? La question d\u00e9samorce la moiti\u00e9 des malentendus.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Le Coran s\u2019explique par le Coran, la Sunnah, les compagnons, les t\u00e2bi\u2019\u00fbn et la langue ; le raisonnement est lou\u00e9 s\u2019il suit ces sources et bl\u00e2m\u00e9 s\u2019il les pr\u00e9c\u00e8de \u2014 car le Livre est ais\u00e9 pour le message et exigeant pour la science.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>5. Les grands commentaires<\/h3>\n<p>Vient alors le temps des livres. Les premiers tafs\u00eers \u00e9crits furent des cahiers d\u2019\u00e9l\u00e8ves \u2014 celui de Muj\u00e2hid transmis par Ibn Ab\u00ee Naj\u00eeh, celui de Sa\u2019\u00eed ibn Jubayr, celui de Qat\u00e2dah \u2014 puis des recueils du deuxi\u00e8me si\u00e8cle o\u00f9 l\u2019on rassemblait, cha\u00eene par cha\u00eene, les explications des anciens : Sufy\u00e2n ath-Thawr\u00ee, \u2019Abd ar-Razz\u00e2q as-San\u2019\u00e2n\u00ee, Wak\u00ee\u2019, Ibn Jurayj \u2014 \u0153uvres pour partie conserv\u00e9es, pour partie fondues dans ce qui suivit. Puis parut l\u2019ouvrage qui les absorba tous et que la Ummah tient, depuis onze si\u00e8cles, pour la m\u00e8re des commentaires : le J\u00e2mi\u2019 al-bay\u00e2n de Muhammad ibn Jar\u00eer at-Tabar\u00ee, mort en l\u2019an trois cent dix. Sa m\u00e9thode est celle de la s\u00e9rie que vous lisez, port\u00e9e au niveau d\u2019une somme : pour chaque verset, il rapporte avec leurs cha\u00eenes toutes les explications transmises des compagnons et des t\u00e2bi\u2019\u00fbn, expose les questions de langue et de grammaire, examine les lectures, puis p\u00e8se, tranche, et signe son choix \u2014 nous disons : la plus juste des explications est celle-ci, parce que. Le lecteur y voit \u00e0 d\u00e9couvert la fabrique du sens ; c\u2019est pourquoi les savants ont dit que nul n\u2019avait compos\u00e9 de tafs\u00eer semblable, et qu\u2019Ibn Ab\u00ee H\u00e2tim, peu apr\u00e8s, fit une \u0153uvre du m\u00eame esprit, enti\u00e8rement de transmission. Le cinqui\u00e8me si\u00e8cle donna ath-Tha\u2019lab\u00ee, dont l\u2019immense compilation accueillit trop de r\u00e9cits isra\u00e9lites et fut filtr\u00e9e par al-Baghaw\u00ee, dont les Ma\u2019\u00e2lim at-tanz\u00eel devinrent un classique s\u00fbr ; et il donna, au Maghreb et en Andalousie, une lign\u00e9e que le lecteur de tradition malikite reconna\u00eetra : Ibn \u2019Atiyyah de Grenade, mort en cinq cent quarante-deux, dont le Muharrar al-waj\u00eez fut lou\u00e9 par Ibn Taymiyyah lui-m\u00eame pour sa fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la transmission et sa ma\u00eetrise de la langue ; Ab\u00fb Bakr ibn al-\u2019Arab\u00ee de S\u00e9ville, mort en cinq cent quarante-trois, qui consacra ses Ahk\u00e2m al-Qur\u2019\u00e2n aux versets l\u00e9gislatifs ; et al-Qurtub\u00ee de Cordoue, mort en \u00c9gypte en six cent soixante et onze, dont le J\u00e2mi\u2019 li-ahk\u00e2m al-Qur\u2019\u00e2n est \u00e0 la fois un commentaire complet et un trait\u00e9 de fiqh, o\u00f9 chaque verset de loi est suivi des avis des \u00e9coles et de leurs preuves \u2014 l\u2019un des livres les plus lus de toute l\u2019ex\u00e9g\u00e8se.<\/p>\n<p>Il faut savoir aussi lire les commentaires avec leurs limites, et les savants l\u2019ont fait pour nous. Le Kashsh\u00e2f d\u2019az-Zamakhshar\u00ee, mort en cinq cent trente-huit, est un chef-d\u2019\u0153uvre de rh\u00e9torique et de langue, que tous les ex\u00e9g\u00e8tes post\u00e9rieurs ont pill\u00e9 \u2014 et un livre mu\u2019tazilite, o\u00f9 l\u2019auteur, avec un art consomm\u00e9, glisse ses th\u00e8ses sur les attributs et le destin sous des interpr\u00e9tations que le lecteur non averti ne remarque pas ; les savants ont dit qu\u2019il fallait le lire \u00ab avec des pinces \u00bb, et l\u2019on \u00e9crivit des gloses enti\u00e8res pour en extraire les venins. Le grand commentaire de Fakhr ad-D\u00een ar-R\u00e2z\u00ee, mort en six cent six, est une encyclop\u00e9die de kal\u00e2m, de philosophie et de sciences de son temps, au point qu\u2019on a dit qu\u2019il contenait tout, sauf le tafs\u00eer \u2014 mot injuste par exc\u00e8s, mais qui dit le danger d\u2019un commentaire o\u00f9 les questions du philosophe couvrent la voix du texte. Face \u00e0 ces \u0153uvres, le huiti\u00e8me si\u00e8cle produisit le mod\u00e8le achev\u00e9 de l\u2019ex\u00e9g\u00e8se par la transmission pass\u00e9e au tamis : le Tafs\u00eer d\u2019Ibn Kath\u00eer, mort en sept cent soixante-quatorze, \u00e9l\u00e8ve d\u2019Ibn Taymiyyah et ma\u00eetre du hadith, qui applique verset par verset la hi\u00e9rarchie des sources \u2014 le Coran par le Coran, puis la Sunnah avec ses r\u00e9f\u00e9rences, puis les compagnons, puis les t\u00e2bi\u2019\u00fbn \u2014 et qui juge les r\u00e9cits douteux au lieu de les entasser ; c\u2019est lui que la s\u00e9rie que vous lisez cite le plus souvent, et pour cette raison. Ajoutons, pour orienter le lecteur d\u2019aujourd\u2019hui, le petit commentaire des deux Jal\u00e2l \u2014 al-Mahall\u00ee et as-Suy\u00fbt\u00ee \u2014 qui explique chaque verset en une ligne et sert de premier compagnon depuis cinq si\u00e8cles, et parmi les modernes, celui de \u2019Abd ar-Rahm\u00e2n as-Sa\u2019d\u00ee, mort en mil trois cent soixante-seize de l\u2019h\u00e9gire, dont la clart\u00e9 et la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la voie des anciens en ont fait le livre d\u2019entr\u00e9e de bien des lecteurs francophones ; le Tahr\u00eer wa-t-tanw\u00eer du Tunisien Ibn \u2019\u00c2sh\u00fbr, mort en mil trois cent quatre-vingt-treize, offre quant \u00e0 lui la plus vaste analyse de langue et de composition qu\u2019ait produite l\u2019\u00e9poque moderne. Quatorze si\u00e8cles, des dizaines de commentaires \u2014 et un seul texte, que chacun d\u2019eux sert sans jamais le remplacer.<\/p>\n<p>Compl\u00e9tons la carte pour le lecteur qui voudrait s\u2019y orienter, car chaque grand commentaire a une personnalit\u00e9 et il est bon de la conna\u00eetre avant d\u2019ouvrir le livre. Al-Bayd\u00e2w\u00ee, mort vers six cent quatre-vingt-cinq, condensa le Kashsh\u00e2f en le purgeant de ses th\u00e8ses mu\u2019tazilites \u2014 non sans en garder quelques traces, notent les savants \u2014 et son Anw\u00e2r at-tanz\u00eel devint pendant des si\u00e8cles le manuel des \u00e9coles d\u2019Orient ; an-Nasaf\u00ee, mort en sept cent dix, fit de m\u00eame pour les hanafites. Ab\u00fb Hayy\u00e2n al-Andalus\u00ee, mort en sept cent quarante-cinq, composa Al-Bahr al-muh\u00eet, l\u2019Oc\u00e9an, le plus grand commentaire grammatical jamais \u00e9crit \u2014 c\u2019est lui qui d\u00e9cocha le mot sur ar-R\u00e2z\u00ee. Ash-Shawk\u00e2n\u00ee, mort en douze cent cinquante, r\u00e9unit dans Fath al-qad\u00eer la transmission et le raisonnement, avec la libert\u00e9 d\u2019un juriste qui ne suivait aucune \u00e9cole ; al-Al\u00fbs\u00ee de Bagdad, mort en douze cent soixante-dix, donna avec R\u00fbh al-ma\u2019\u00e2n\u00ee la somme la plus vaste de l\u2019\u00e9poque ottomane, encyclop\u00e9dique et parfois trop hospitali\u00e8re aux allusions soufies. Et il faut nommer ath-Tha\u2019lab\u00ee, mort en quatre cent vingt-sept, pour ce que son cas enseigne : homme pieux et savant, il rassembla tout ce qu\u2019on disait sur chaque verset, sans tamiser \u2014 r\u00e9cits isra\u00e9lites, hadiths forg\u00e9s sur les m\u00e9rites des sourates \u2014, et son commentaire, pill\u00e9 par les suivants, devint la source de la moiti\u00e9 des fables que l\u2019on trouve dans les commentaires tardifs ; Ibn Taymiyyah disait de lui qu\u2019il \u00e9tait un ramasseur de bois la nuit, qui ne voit pas ce qu\u2019il ramasse. La le\u00e7on vaut pour le lecteur d\u2019aujourd\u2019hui : un commentaire n\u2019est pas vrai parce qu\u2019il est ancien, ni parce que son auteur est pieux ; il est vrai dans la mesure o\u00f9 il est adoss\u00e9 aux textes \u00e9tablis \u2014 et les savants ont fait ce tri pour nous.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> D\u2019at-Tabar\u00ee, m\u00e8re des commentaires, \u00e0 Ibn Kath\u00eer, mod\u00e8le de la transmission tamis\u00e9e, en passant par les ma\u00eetres malikites d\u2019Andalousie et de Cordoue : les grands tafs\u00eers servent un seul texte \u2014 et l\u2019on sait de quel c\u00f4t\u00e9 chaque livre penche.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h2 class=\"section-partie\">Deuxi\u00e8me partie \u2014 Les sciences du Coran, de la pratique aux livres<\/h2>\n<h3>6. Des sciences pratiqu\u00e9es avant d\u2019\u00eatre \u00e9crites<\/h3>\n<p>Ce que l\u2019on nomme aujourd\u2019hui sciences du Coran \u2014 \u2019ul\u00fbm al-Qur\u2019\u00e2n \u2014 \u00e9tait, \u00e0 l\u2019\u00e9poque des compagnons, un savoir v\u00e9cu sans nom. Le dossier du Coran a montr\u00e9 ces sciences \u00e0 l\u2019\u00e9tat naissant : Ibn Mas\u2019\u00fbd sachant o\u00f9 chaque sourate \u00e9tait descendue (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 5002) ; \u2019Umar rappelant en chaire le verset abrog\u00e9 de la lapidation ; \u2019\u00c2\u2019ishah expliquant la gradation de la r\u00e9v\u00e9lation ; Ibn \u2019Abb\u00e2s classant les versets clairs et \u00e9quivoques. Chacune de ces connaissances devint une discipline lorsqu\u2019un savant la mit par \u00e9crit \u2014 et cela commen\u00e7a d\u00e8s le deuxi\u00e8me si\u00e8cle, souvent chez les grammairiens et les lexicographes, parce que la premi\u00e8re urgence, dans un empire o\u00f9 les non-Arabes affluaient dans l\u2019islam, \u00e9tait de comprendre les mots. Al-Farr\u00e2\u2019, mort en deux cent sept, composa des Ma\u2019\u00e2n\u00ee al-Qur\u2019\u00e2n \u2014 les sens du Coran \u2014 o\u00f9 il explique la construction de chaque verset difficile ; Ab\u00fb \u2019Ubaydah, mort en deux cent neuf, un Maj\u00e2z al-Qur\u2019\u00e2n qui traite des tournures et des figures ; Ab\u00fb \u2019Ubayd al-Q\u00e2sim ibn Sall\u00e2m, mort en deux cent vingt-quatre, un livre sur les m\u00e9rites du Coran, un autre sur l\u2019abrogeant et l\u2019abrog\u00e9, et un lexique des mots rares ; Ibn Qutaybah, mort en deux cent soixante-seize, un Ghar\u00eeb al-Qur\u2019\u00e2n pour les mots difficiles et un Ta\u2019w\u00eel mushkil al-Qur\u2019\u00e2n pour r\u00e9pondre \u00e0 ceux qui pr\u00e9tendaient y trouver des contradictions \u2014 premier trait\u00e9 de r\u00e9ponse aux objections, dont ce dossier est un lointain h\u00e9ritier. Les juristes firent de m\u00eame de leur c\u00f4t\u00e9 : les Ahk\u00e2m al-Qur\u2019\u00e2n \u2014 commentaires des versets de loi \u2014 attribu\u00e9s \u00e0 ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee et rassembl\u00e9s par al-Bayhaq\u00ee, puis ceux d\u2019al-Jass\u00e2s le hanafite au quatri\u00e8me si\u00e8cle et d\u2019Ibn al-\u2019Arab\u00ee le malikite au sixi\u00e8me. Enfin, al-W\u00e2hid\u00ee, mort en quatre cent soixante-huit, rassembla en un livre les circonstances de la r\u00e9v\u00e9lation, verset par verset, avec leurs cha\u00eenes.<\/p>\n<p>Le lecteur voit se dessiner la logique : chaque science du Coran est n\u00e9e d\u2019un besoin \u2014 comprendre un mot, r\u00e9soudre une difficult\u00e9, appliquer une loi, dater un verset \u2014 et chaque besoin a produit un livre, \u00e9crit par l\u2019homme le plus comp\u00e9tent en la mati\u00e8re. Rien ne fut d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 d\u2019en haut ; tout fut r\u00e9ponse. C\u2019est ce qui donne \u00e0 ces disciplines leur solidit\u00e9 : elles n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 invent\u00e9es pour faire dire au Coran quelque chose, mais pour l\u2019emp\u00eacher de dire ce qu\u2019il ne dit pas.<\/p>\n<p>Quelques exemples diront ce que ces premiers trait\u00e9s contenaient, car leurs titres sont abstraits et leur mati\u00e8re ne l\u2019est pas. Ma\u2019\u00e2n\u00ee al-Qur\u2019\u00e2n, \u00ab les sens du Coran \u00bb, traite de la construction des phrases : pourquoi tel mot est au nominatif, quel est l\u2019ant\u00e9c\u00e9dent de tel pronom, comment lire une ellipse \u2014 questions que le lecteur arabe d\u2019aujourd\u2019hui se pose encore, et auxquelles al-Farr\u00e2\u2019 r\u00e9pond verset par verset avec l\u2019autorit\u00e9 du plus grand grammairien de K\u00fbfah. Maj\u00e2z al-Qur\u2019\u00e2n, malgr\u00e9 son titre, n\u2019est pas un trait\u00e9 des figures de style mais un lexique des tournures : Ab\u00fb \u2019Ubaydah y explique que lorsque le Coran dit d\u2019un mur qu\u2019il \u00ab voulait \u00bb tomber (Coran 18, 77), c\u2019est une fa\u00e7on de parler que les Arabes emploient, et il en donne des exemples dans la po\u00e9sie \u2014 r\u00e9ponse anticip\u00e9e \u00e0 ceux qui, mille ans plus tard, croiront trouver l\u00e0 une na\u00efvet\u00e9. Les Fad\u00e2\u2019il al-Qur\u2019\u00e2n d\u2019Ab\u00fb \u2019Ubayd rassemblent les hadiths sur les m\u00e9rites de la lecture et des sourates, et c\u2019est en ce domaine qu\u2019\u00e9clata le scandale le plus instructif de l\u2019histoire du tafs\u00eer : un homme nomm\u00e9 N\u00fbh ibn Ab\u00ee Maryam, juge de Merv au deuxi\u00e8me si\u00e8cle, avoua avoir forg\u00e9 une s\u00e9rie compl\u00e8te de hadiths sur le m\u00e9rite de chaque sourate, \u00ab parce qu\u2019il voyait les gens se d\u00e9tourner du Coran pour le fiqh d\u2019Ab\u00fb Han\u00eefah et les r\u00e9cits d\u2019Ibn Ish\u00e2q, et qu\u2019il avait voulu les y ramener \u00bb \u2014 rapportent les ma\u00eetres du hadith, qui le nomment pour cela \u00ab le rassembleur \u00bb de tout ce qu\u2019il ne fallait pas rassembler. Ces faux, d\u00e9busqu\u00e9s par la critique des cha\u00eenes, se retrouvent pourtant en t\u00eate de chaque sourate dans certains commentaires tardifs, dont celui d\u2019ath-Tha\u2019lab\u00ee et, par lui, le Kashsh\u00e2f : les savants l\u2019ont signal\u00e9 pour que nul n\u2019y soit pris. Un mensonge pieux reste un mensonge, et la science du Coran l\u2019a trait\u00e9 comme tel.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Chaque science du Coran fut v\u00e9cue par les compagnons avant d\u2019\u00eatre \u00e9crite au deuxi\u00e8me et au troisi\u00e8me si\u00e8cle \u2014 mots rares, sens, figures, abrogation, versets de loi, circonstances \u2014, chacune n\u00e9e d\u2019un besoin pr\u00e9cis.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>7. Les lectures, la graphie et le tajw\u00eed<\/h3>\n<p>Le dossier du Coran a expos\u00e9 les sept ahruf et annonc\u00e9 les lectures ; voici leur histoire. Apr\u00e8s la copie de r\u00e9f\u00e9rence de \u2019Uthm\u00e2n, chaque m\u00e9tropole re\u00e7ut un mushaf et un lecteur, et la transmission se poursuivit de ma\u00eetre \u00e0 \u00e9l\u00e8ve, avec des diff\u00e9rences de prononciation, de vocalisation et parfois de lettres, toutes remontant par des cha\u00eenes au Proph\u00e8te \ufdfa et toutes conformes au squelette de la copie. Au tournant du quatri\u00e8me si\u00e8cle, le nombre des lecteurs et des variantes exigea un inventaire : Ibn Muj\u00e2hid, mort en trois cent vingt-quatre \u00e0 Bagdad, composa le Kit\u00e2b as-sab\u2019ah \u2014 les Sept \u2014 o\u00f9 il retint sept ma\u00eetres dont la transmission \u00e9tait la plus s\u00fbre et la plus r\u00e9pandue : N\u00e2fi\u2019 de M\u00e9dine, Ibn Kath\u00eer de La Mecque, Ab\u00fb \u2019Amr de Basrah, Ibn \u2019\u00c2mir de Damas, \u2019\u00c2sim, Hamzah et al-Kis\u00e2\u2019\u00ee de K\u00fbfah. Le chiffre sept n\u2019avait rien \u00e0 voir avec les sept ahruf \u2014 co\u00efncidence qui a nourri la confusion que le premier dossier signalait \u2014 ; et il ne fermait pas la liste : trois lecteurs \u2014 Ab\u00fb Ja\u2019far de M\u00e9dine, Ya\u2019q\u00fbb de Basrah, Khalaf de K\u00fbfah \u2014 furent reconnus par la suite, et Ibn al-Jazar\u00ee, mort en huit cent trente-trois, fixa dans An-Nashr la doctrine des dix lectures et les trois conditions qu\u2019une lecture doit remplir pour \u00eatre re\u00e7ue : une cha\u00eene de transmission authentique, la conformit\u00e9 \u00e0 la graphie de la copie de \u2019Uthm\u00e2n, et la conformit\u00e9 \u00e0 la langue arabe. Ce qui manque \u00e0 l\u2019une de ces conditions est dit sh\u00e2dh, isol\u00e9, et ne se r\u00e9cite pas comme Coran. Chaque lecteur est transmis par deux rapporteurs principaux, et deux de ces voies couvrent aujourd\u2019hui presque tout le monde musulman : celle de Hafs, \u00e9l\u00e8ve de \u2019\u00c2sim, en Orient ; celle de Warsh, \u00e9l\u00e8ve de N\u00e2fi\u2019, au Maghreb et en Afrique de l\u2019Ouest \u2014 le lecteur francophone d\u2019origine maghr\u00e9bine r\u00e9cite Warsh sans le savoir, et son fr\u00e8re d\u2019\u00c9gypte ou de Turquie r\u00e9cite Hafs : ils lisent le m\u00eame Livre.<\/p>\n<p>Deux exemples montreront ce que sont ces diff\u00e9rences, et ce qu\u2019elles ne sont pas. Le quatri\u00e8me verset de la F\u00e2tiha se lit \u00ab Ma\u00eetre du Jour de la r\u00e9tribution \u00bb chez \u2019\u00c2sim et al-Kis\u00e2\u2019\u00ee, avec un alif long, et \u00ab Roi du Jour de la r\u00e9tribution \u00bb chez N\u00e2fi\u2019 et la plupart des autres, sans alif \u2014 les deux lectures sont transmises massivement, les deux sont conformes \u00e0 la graphie qui, sans l\u2019alif, les admet l\u2019une et l\u2019autre, et les deux sont vraies : Allah est, ce Jour-l\u00e0, le Ma\u00eetre et le Roi. Loin d\u2019\u00eatre une fissure, la double lecture est un surcro\u00eet de sens que la copie de \u2019Uthm\u00e2n avait pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue pour porter. Second exemple, juridique : dans le verset des ablutions, le mot \u00ab pieds \u00bb se lit \u00e0 l\u2019accusatif \u2014 lavez vos pieds \u2014 chez les uns, et au g\u00e9nitif \u2014 essuyez-les \u2014 chez les autres ; les savants, tel Ibn Kath\u00eer, ont montr\u00e9 que les deux lectures se compl\u00e8tent, la premi\u00e8re pour le pied nu, la seconde pour le pied chauss\u00e9 de bottines sur lesquelles la Sunnah autorise l\u2019essuyage. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 des lectures, deux sciences s\u0153urs prirent forme. La science de la graphie \u2014 le rasm \u2014 fut fix\u00e9e par Ab\u00fb \u2019Amr ad-D\u00e2n\u00ee, mort en quatre cent quarante-quatre en Andalousie, dans son Muqni\u2019, qui d\u00e9crit lettre par lettre l\u2019orthographe de la copie de \u2019Uthm\u00e2n, \u00e0 laquelle les copistes se sont tenus depuis. Et la science du tajw\u00eed, dont nous avons vu la mati\u00e8re transmise d\u00e8s la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration, re\u00e7ut ses premiers trait\u00e9s au quatri\u00e8me si\u00e8cle \u2014 le po\u00e8me d\u2019Ab\u00fb Muz\u00e2him al-Kh\u00e2q\u00e2n\u00ee, mort en trois cent vingt-cinq, puis la Ri\u2019\u00e2yah de Makk\u00ee ibn Ab\u00ee T\u00e2lib, mort en quatre cent trente-sept \u2014 avant que la Muqaddimah d\u2019Ibn al-Jazar\u00ee ne devienne, pour tous les enfants des \u00e9coles coraniques jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, le petit po\u00e8me que l\u2019on apprend par c\u0153ur. Le Coran n\u2019est pas seulement un texte que l\u2019on lit : il est un son que l\u2019on transmet, et cette science garde le son comme le rasm garde la lettre.<\/p>\n<p>Trois pr\u00e9cisions ach\u00e8veront ce chapitre, car c\u2019est celui o\u00f9 l\u2019on a le plus \u00e9crit d\u2019inexactitudes. La premi\u00e8re concerne les lectures isol\u00e9es, dites sh\u00e2dh : il en existe, rapport\u00e9es de compagnons \u2014 telle la lecture d\u2019Ibn Mas\u2019\u00fbd ajoutant \u00ab cons\u00e9cutifs \u00bb au je\u00fbne de trois jours prescrit en expiation du serment \u2014, et les savants les ont conserv\u00e9es sans les r\u00e9citer comme Coran, en les utilisant comme on utilise l\u2019explication d\u2019un compagnon : les juristes hanafites y ont vu un tafs\u00eer faisant preuve, non un verset. Nul n\u2019a jamais brouill\u00e9 les deux registres, et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment la distinction entre lecture re\u00e7ue et lecture isol\u00e9e qui a gard\u00e9 le texte. La deuxi\u00e8me concerne la f\u00e9condit\u00e9 des lectures pour le sens : as-Suy\u00fbt\u00ee consacre un chapitre entier \u00e0 montrer qu\u2019une variante de lecture vaut souvent un commentaire \u2014 lorsque le verset du talion se lit \u00ab le meurtrier \u00bb selon les uns et \u00ab le tu\u00e9 \u00bb selon d\u2019autres au sujet de qui sera pardonn\u00e9, les deux lectures ensemble disent la r\u00e8gle compl\u00e8te. La troisi\u00e8me concerne le tajw\u00eed, dont il faut donner un aper\u00e7u concret : ses r\u00e8gles portent sur les points d\u2019articulation des lettres \u2014 le q\u00e2f du fond de la gorge et le k\u00e2f plus avant \u2014, sur les allongements des voyelles longues, sur les assimilations d\u2019une consonne \u00e0 la suivante, sur la nasalisation, sur les arr\u00eats et les reprises ; elles ne sont pas une invention de puristes mais la description de la mani\u00e8re dont le Proph\u00e8te \ufdfa r\u00e9citait, transmise d\u2019oreille \u00e0 oreille, et l\u2019enfant qui les apprend aujourd\u2019hui \u00e0 F\u00e8s ou \u00e0 Jakarta prononce le mot comme il fut prononc\u00e9 \u00e0 M\u00e9dine. Le lecteur non arabophone qui entend deux r\u00e9citateurs de pays lointains lire identiquement une longue sourate touche du doigt ce qu\u2019est une transmission.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Sept puis dix lectures, re\u00e7ues \u00e0 trois conditions \u2014 cha\u00eene authentique, conformit\u00e9 \u00e0 la graphie, conformit\u00e9 \u00e0 l\u2019arabe \u2014, transmettent un seul Livre avec un surcro\u00eet de sens ; le rasm garde la lettre, le tajw\u00eed garde le son.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>8. Le quatri\u00e8me si\u00e8cle et les premi\u00e8res sommes<\/h3>\n<p>Le plan du s\u00e9minaire dont cette s\u00e9rie est issue signale, \u00e0 juste titre, le quatri\u00e8me si\u00e8cle comme un tournant : c\u2019est alors que paraissent des livres consacr\u00e9s aux sciences du Coran autres que le tafs\u00eer, et que l\u2019expression m\u00eame de \u00ab sciences du Coran \u00bb commence \u00e0 d\u00e9signer un domaine. Ibn al-Anb\u00e2r\u00ee, mort en trois cent vingt-huit, composa un livre sur les merveilles des sciences du Coran ; as-Sijist\u00e2n\u00ee, mort en trois cent trente, un lexique de ses mots rares qui fut le plus r\u00e9pandu ; Ibn Muj\u00e2hid, nous l\u2019avons vu, fixa les lectures ; al-Kh\u00e2q\u00e2n\u00ee ouvrit le tajw\u00eed ; al-Khatt\u00e2b\u00ee, mort en trois cent quatre-vingt-huit, et al-B\u00e2qill\u00e2n\u00ee, mort en quatre cent trois, \u00e9crivirent sur l\u2019inimitabilit\u00e9 \u2014 et ce dernier composa aussi un Intis\u00e2r, une \u00ab d\u00e9fense \u00bb du Coran r\u00e9pondant point par point aux objections des sectes et des adversaires sur la collecte, les lectures et le texte : au quatri\u00e8me si\u00e8cle, l\u2019apolog\u00e9tique coranique avait d\u00e9j\u00e0 ses trait\u00e9s. Au si\u00e8cle suivant, \u2019Al\u00ee ibn Ibr\u00e2h\u00eem al-H\u00fbf\u00ee, mort en quatre cent trente, \u00e9crivit le premier ouvrage portant explicitement le titre de Burh\u00e2n f\u00ee \u2019ul\u00fbm al-Qur\u2019\u00e2n \u2014 trente volumes, dont une partie subsiste \u2014 ; et ar-R\u00e2ghib al-Isfah\u00e2n\u00ee, mort vers cinq cent deux, donna avec ses Mufrad\u00e2t le dictionnaire raisonn\u00e9 du vocabulaire coranique dont tous les ex\u00e9g\u00e8tes se servent encore. Puis vinrent les inventaires : Ibn al-Jawz\u00ee, mort en cinq cent quatre-vingt-dix-sept, \u2019Alam ad-D\u00een as-Sakh\u00e2w\u00ee, mort en six cent quarante-trois, Ab\u00fb Sh\u00e2mah, mort en six cent soixante-cinq, et Ibn Taymiyyah, mort en sept cent vingt-huit, dont la br\u00e8ve \u00e9p\u00eetre sur les fondements du tafs\u00eer est le manuel de m\u00e9thode le plus lu de la discipline.<\/p>\n<p>La maturit\u00e9 vint avec deux sommes que tout \u00e9tudiant conna\u00eet. Az-Zarkash\u00ee, mort en sept cent quatre-vingt-quatorze, composa Al-Burh\u00e2n f\u00ee \u2019ul\u00fbm al-Qur\u2019\u00e2n, o\u00f9 il traite en quarante-sept chapitres tout ce qu\u2019il faut savoir du Livre : les circonstances de la r\u00e9v\u00e9lation, le mecquois et le m\u00e9dinois, les premiers et derniers versets r\u00e9v\u00e9l\u00e9s, les sept ahruf, la collecte, l\u2019ordre des sourates, les noms du Coran, ses mots rares, ses figures, ses lectures, sa graphie, son inimitabilit\u00e9, ses versets clairs et \u00e9quivoques, ses abrogations, les r\u00e8gles du tafs\u00eer et de son adab \u2014 un chapitre par question, et pour chaque question l\u2019\u00e9tat de la science. Un si\u00e8cle plus tard, as-Suy\u00fbt\u00ee, mort en neuf cent onze, reprit le plan, l\u2019\u00e9largit \u00e0 quatre-vingts types et y versa tout ce que les si\u00e8cles avaient accumul\u00e9 : Al-Itq\u00e2n f\u00ee \u2019ul\u00fbm al-Qur\u2019\u00e2n est rest\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, le livre de r\u00e9f\u00e9rence de la discipline, celui par lequel on entre et auquel on revient. Qu\u2019on mesure ce que repr\u00e9sentent ces deux livres pour le lecteur qui doute : une civilisation a pris son texte fondateur et l\u2019a interrog\u00e9 sous quatre-vingts angles diff\u00e9rents, m\u00e9thodiquement, pendant huit si\u00e8cles, en consignant chaque fois ce qu\u2019elle savait et ce qu\u2019elle ignorait. Ce n\u2019est pas la d\u00e9marche d\u2019une foi qui craint son Livre ; c\u2019est celle d\u2019une foi qui le conna\u00eet.<\/p>\n<p>Il faut situer une \u00e9tape entre les deux sommes, pour \u00eatre exact : entre az-Zarkash\u00ee et as-Suy\u00fbt\u00ee, Sir\u00e2j ad-D\u00een al-Bulq\u00een\u00ee, mort en huit cent vingt-quatre, composa un trait\u00e9 en cinquante chapitres, Maw\u00e2qi\u2019 al-\u2019ul\u00fbm, et as-Suy\u00fbt\u00ee reconna\u00eet dans sa pr\u00e9face qu\u2019il en partit avant de d\u00e9couvrir Al-Burh\u00e2n et de fondre les deux dans son Itq\u00e2n. Cette honn\u00eatet\u00e9 de filiation est elle-m\u00eame une le\u00e7on : les sciences du Coran n\u2019ont pas de fondateur solitaire, elles sont une cha\u00eene o\u00f9 chaque ma\u00eetre dit de qui il tient. Ajoutons enfin ce que ces sommes contiennent que l\u2019on ne soup\u00e7onne pas : des chapitres sur l\u2019\u00e9tiquette du lecteur \u2014 se purifier, se tourner vers la qiblah, r\u00e9citer lentement, pleurer si l\u2019on peut \u2014, sur l\u2019\u00e9tiquette du commentateur \u2014 ne pas parler sans science, ne pas trancher entre deux explications transmises sans preuve \u2014, sur la mani\u00e8re de m\u00e9moriser, d\u2019enseigner, d\u2019\u00e9crire un mushaf. La science du Coran, chez ses ma\u00eetres, ne se s\u00e9pare jamais de la r\u00e9v\u00e9rence envers le Coran ; et le lecteur de ces livres apprend, en m\u00eame temps que le savoir, la mani\u00e8re de le porter.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Au quatri\u00e8me si\u00e8cle, les sciences du Coran deviennent un domaine avec ses livres \u2014 lectures, tajw\u00eed, inimitabilit\u00e9, d\u00e9fense du texte \u2014 ; az-Zarkash\u00ee puis as-Suy\u00fbt\u00ee en dressent les sommes, en quarante-sept puis quatre-vingts chapitres.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>9. L\u2019inimitabilit\u00e9 devenue science<\/h3>\n<p>Le premier dossier a expos\u00e9 la doctrine de l\u2019inimitabilit\u00e9 ; il faut dire ici comment elle devint une science, car son histoire est instructive. Elle naquit d\u2019une provocation : lorsque, au troisi\u00e8me si\u00e8cle, des lettr\u00e9s sceptiques et des adversaires de l\u2019islam pr\u00e9tendirent que le Coran n\u2019avait rien d\u2019inimitable, ou que les Arabes n\u2019avaient pas relev\u00e9 le d\u00e9fi par simple d\u00e9tournement divin \u2014 th\u00e8se dite de la sarfah \u2014, les savants durent expliquer en quoi consistait le miracle. Al-J\u00e2hiz, le grand prosateur mu\u2019tazilite mort en deux cent cinquante-cinq, \u00e9crivit un livre sur la composition du Coran, aujourd\u2019hui perdu ; ar-Rumm\u00e2n\u00ee, au quatri\u00e8me si\u00e8cle, en analysa les figures ; al-Khatt\u00e2b\u00ee montra que le miracle tient \u00e0 l\u2019union de trois choses que nul discours humain ne r\u00e9unit \u00e0 ce degr\u00e9 \u2014 la justesse des mots, la beaut\u00e9 de leur agencement et la profondeur du sens \u2014 ; al-B\u00e2qill\u00e2n\u00ee, dans son I\u2019j\u00e2z al-Qur\u2019\u00e2n, compara le Livre aux plus grands po\u00e8tes arabes pour \u00e9tablir qu\u2019il est hors de leurs cat\u00e9gories. Puis \u2019Abd al-Q\u00e2hir al-Jurj\u00e2n\u00ee, mort en quatre cent soixante et onze, donna \u00e0 la discipline sa clef dans les Dal\u00e2\u2019il al-i\u2019j\u00e2z : le miracle n\u2019est pas dans les mots pris un \u00e0 un \u2014 les Arabes les avaient tous \u2014 mais dans le nazm, l\u2019agencement, la mani\u00e8re dont chaque mot est plac\u00e9 pour produire un sens que nul autre placement ne produirait ; et pour le d\u00e9montrer, il fonda du m\u00eame coup la rh\u00e9torique arabe. Ainsi la d\u00e9fense du Coran engendra une science de la langue enti\u00e8re \u2014 exemple parfait de ce que ce dossier montre depuis le d\u00e9but : les sciences islamiques sont n\u00e9es de la garde du Livre, et elles ont enrichi tout ce qu\u2019elles ont touch\u00e9.<\/p>\n<p>Une mise en garde, enfin, que les savants anciens auraient faite s\u2019ils avaient vu ce que l\u2019on \u00e9crit aujourd\u2019hui : la science de l\u2019inimitabilit\u00e9 a ses fronti\u00e8res. L\u2019i\u2019j\u00e2z que la tradition d\u00e9montre est celui de la langue, de la composition, de l\u2019information sur l\u2019invisible, de la l\u00e9gislation et de l\u2019effet sur les c\u0153urs \u2014 nous l\u2019avons expos\u00e9 au premier dossier. Les pr\u00e9tendus \u00ab miracles num\u00e9riques \u00bb \u2014 tel mot r\u00e9p\u00e9t\u00e9 autant de fois que tel autre, telle sourate dont les versets donneraient une date \u2014 ne sont pas de cette science : ils ne reposent sur aucune transmission, se fondent sur des comptes que l\u2019on peut faire dire n\u2019importe quoi, et exposent le Livre au ridicule le jour o\u00f9 le compte \u00e9choue. Les savants contemporains s\u00e9rieux les ont \u00e9cart\u00e9s, et cette s\u00e9rie les \u00e9carte avec eux. Le miracle du Coran n\u2019a pas besoin d\u2019\u00eatre fabriqu\u00e9 : il suffit de le lire.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Contest\u00e9e au troisi\u00e8me si\u00e8cle, l\u2019inimitabilit\u00e9 fut analys\u00e9e par al-Khatt\u00e2b\u00ee, al-B\u00e2qill\u00e2n\u00ee puis al-Jurj\u00e2n\u00ee, qui la situa dans l\u2019agencement des mots \u2014 et fonda, pour la d\u00e9montrer, la rh\u00e9torique arabe.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>10. Les d\u00e9rives et les garde-fous<\/h3>\n<p>Une science de l\u2019explication est aussi une science des mauvaises explications, et les savants ont dress\u00e9 la liste des d\u00e9rives avec la m\u00eame pr\u00e9cision que celle des sources. Il y a la lecture \u00e9sot\u00e9rique, qui pr\u00e9tend qu\u2019un sens cach\u00e9, r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 des initi\u00e9s, contredit ou remplace le sens apparent : les isma\u00e9liens en firent un syst\u00e8me o\u00f9 chaque verset d\u00e9signait un imam et o\u00f9 les rites n\u2019\u00e9taient que des all\u00e9gories \u2014 les savants y ont vu la ruine de la religion, puisqu\u2019un texte qui veut dire autre chose que ce qu\u2019il dit ne dit plus rien. Il y a la lecture th\u00e9ologique orient\u00e9e, celle du Kashsh\u00e2f, o\u00f9 l\u2019interpr\u00e9tation sert un syst\u00e8me pr\u00e9alable ; nous l\u2019avons vue, et son antidote est la hi\u00e9rarchie des sources. Il y a le tafs\u00eer dit ish\u00e2r\u00ee, celui des spirituels qui, m\u00e9ditant un verset, y trouvent une allusion \u00e0 un \u00e9tat de l\u2019\u00e2me : az-Zarkash\u00ee en a fix\u00e9 les conditions \u2014 qu\u2019il ne contredise pas le sens apparent, qu\u2019il ne pr\u00e9tende pas \u00eatre le seul sens, qu\u2019il ait un appui dans les textes, et qu\u2019il ne soit pas invraisemblable \u2014 et sous ces conditions les savants l\u2019ont tol\u00e9r\u00e9 comme m\u00e9ditation, non re\u00e7u comme ex\u00e9g\u00e8se. Il y a enfin deux d\u00e9rives de notre temps : celle qui isole des versets contre la Sunnah et la compr\u00e9hension des compagnons pour b\u00e2tir une religion nouvelle \u2014 le dossier de la Sunnah y a r\u00e9pondu \u2014 et celle qui lit dans le Coran, verset apr\u00e8s verset, les d\u00e9couvertes de la science moderne, en faisant de chaque th\u00e9orie du jour une confirmation du Livre ; nous y reviendrons au chapitre des objections, car elle est \u00e0 la fois une erreur de m\u00e9thode et une imprudence.<\/p>\n<p>Contre toutes ces d\u00e9rives, les garde-fous sont les m\u00eames, et ils sont simples. La langue : le Coran est arabe, et un sens que l\u2019arabe ne porte pas n\u2019est pas dans le Coran. La transmission : les compagnons ont compris le Livre d\u2019une certaine mani\u00e8re, et une explication que nul d\u2019entre eux n\u2019a connue, sur une question qu\u2019ils avaient tous les moyens de conna\u00eetre, est suspecte par principe. La coh\u00e9rence : le Coran ne se contredit pas, et une lecture qui met un verset en guerre avec dix autres a tort. Et l\u2019humilit\u00e9 : la quatri\u00e8me part d\u2019Ibn \u2019Abb\u00e2s \u2014 ce que nul ne sait sinon Allah \u2014 existe, et le savant est celui qui sait dire : ceci, nous ne le savons pas. Un lecteur qui tient ces quatre r\u00e8gles peut ouvrir n\u2019importe quel commentaire sans se perdre ; un ex\u00e9g\u00e8te qui les l\u00e2che peut faire dire au Livre n\u2019importe quoi \u2014 et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment pourquoi la science existe.<\/p>\n<p>Un exemple pour chaque d\u00e9rive rendra la typologie concr\u00e8te. L\u2019\u00e9sot\u00e9risme : les pr\u00e9dicateurs isma\u00e9liens enseignaient que la pri\u00e8re d\u00e9signe l\u2019attachement \u00e0 l\u2019imam, la zak\u00e2t la transmission de sa science, le p\u00e8lerinage la visite de sa personne \u2014 et que celui qui \u00ab comprend \u00bb est dispens\u00e9 des rites ; al-Ghaz\u00e2l\u00ee, dans son livre contre eux, montra que cette m\u00e9thode dissout tout texte, puisqu\u2019un mot qui peut vouloir dire n\u2019importe quoi ne veut plus rien dire. Le syst\u00e8me th\u00e9ologique : le Kashsh\u00e2f, arrivant au verset qui d\u00e9crit des visages resplendissants \u00ab regardant vers leur Seigneur \u00bb (Coran 75, 22-23), explique que \u00ab regarder vers \u00bb signifie \u00ab attendre de \u00bb \u2014 parce que la doctrine mu\u2019tazilite nie la vision d\u2019Allah \u2014 et d\u00e9ploie tout son art pour rendre la torsion invisible ; le lecteur averti sait que la m\u00eame expression, partout ailleurs, veut dire regarder. L\u2019allusion spirituelle : Ibn \u2019At\u00e2\u2019 ou as-Sulam\u00ee, m\u00e9ditant le verset qui ordonne \u00e0 M\u00fbs\u00e2 d\u2019\u00f4ter ses sandales dans la vall\u00e9e sacr\u00e9e, y lisent l\u2019ordre de se d\u00e9pouiller des deux mondes pour approcher Allah \u2014 m\u00e9ditation belle et l\u00e9gitime tant qu\u2019elle ne pr\u00e9tend pas que le verset ne parle pas de sandales. Le concordisme : on a lu dans le verset o\u00f9 Dh\u00fb-l-Qarnayn voit le soleil se coucher dans une source boueuse (Coran 18, 86) tant\u00f4t une erreur d\u2019astronomie, tant\u00f4t un miracle scientifique, alors que les anciens y lisaient simplement ce que voit un voyageur qui atteint l\u2019oc\u00e9an au couchant \u2014 une description, non une th\u00e9orie ; et l\u2019on a lu dans les versets sur l\u2019embryon l\u2019embryologie moderne au mot pr\u00e8s, jusqu\u2019\u00e0 ce que des biologistes fassent observer que les mots arabes ne disent pas ce qu\u2019on leur fait dire : le Livre n\u2019avait pas besoin de cette caution, et il ne m\u00e9rite pas ce risque.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> \u00c9sot\u00e9risme, syst\u00e8me th\u00e9ologique, allusions spirituelles pr\u00e9sent\u00e9es comme sens, lecture sans la Sunnah, concordisme scientifique : les d\u00e9rives ont leurs noms, et quatre garde-fous \u2014 la langue, la transmission, la coh\u00e9rence, l\u2019humilit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>11. Guide pratique : comment \u00e9tudier un verset sans le trahir<\/h3>\n<p>Ce dossier aura manqu\u00e9 son but s\u2019il laisse le lecteur admirer une science de loin. Voici donc, en cinq questions, la m\u00e9thode que tout lecteur \u2014 arabophone ou non, musulman ou curieux \u2014 peut appliquer \u00e0 un verset avant d\u2019en dire quoi que ce soit. Premi\u00e8re question : o\u00f9 est-il ? Un verset a un avant et un apr\u00e8s, une sourate, une place dans le Livre ; le lire seul, c\u2019est lire une phrase arrach\u00e9e \u00e0 une lettre. Le verset qui ordonne de combattre les polyth\u00e9istes \u00ab o\u00f9 que vous les trouviez \u00bb est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 par la rupture d\u2019un pacte viol\u00e9 par eux et suivi, trois versets plus loin, par l\u2019ordre de prot\u00e9ger et de reconduire en s\u00fbret\u00e9 le polyth\u00e9iste qui demande asile (Coran 9, 5-6) : l\u2019isoler, c\u2019est mentir. Deuxi\u00e8me question : dans quelle circonstance est-il descendu ? Les recueils d\u2019asb\u00e2b an-nuz\u00fbl et les commentaires le disent lorsqu\u2019on le sait, et la r\u00e8gle est double : la circonstance \u00e9claire le sens, la port\u00e9e d\u00e9passe la circonstance. Troisi\u00e8me question : comment le Proph\u00e8te \ufdfa, puis les compagnons, l\u2019ont-ils compris et appliqu\u00e9 ? C\u2019est la question d\u00e9cisive, car ils ont vu et nous lisons ; les commentaires par la transmission \u2014 at-Tabar\u00ee, Ibn Kath\u00eer \u2014 la posent pour nous. Quatri\u00e8me question : que dit la langue ? Un mot arabe a un champ, un usage \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la descente, des emplois ailleurs dans le Livre ; les lexiques du Coran \u2014 les Mufrad\u00e2t d\u2019ar-R\u00e2ghib \u2014 et les commentaires de langue r\u00e9pondent. Cinqui\u00e8me question : que disent les autres versets et la Sunnah sur le m\u00eame sujet ? Le Coran ne se contredit pas ; une lecture qui en met un verset en guerre avec dix a tort. Un lecteur qui pose ces cinq questions ne fera jamais dire au Livre ce qu\u2019il ne dit pas ; et il reconna\u00eetra du premier coup d\u2019\u0153il ceux qui ne les posent pas.<\/p>\n<p>Deux questions pratiques, enfin, que les convertis et les lecteurs francophones posent presque toujours. Une traduction est-elle le Coran ? Non : c\u2019est une explication du sens en une autre langue, et le premier dossier a montr\u00e9 pourquoi le Coran est arabe par d\u00e9finition ; mais une bonne traduction est un tafs\u00eer abr\u00e9g\u00e9, et l\u2019on peut y comprendre l\u2019essentiel du Livre \u2014 ce que des millions de croyants ont fait depuis les premi\u00e8res conversions de non-Arabes. Le lecteur gagnera \u00e0 savoir quelle traduction il lit et \u00e0 en confronter deux ; celle de Rachid Maach, que cette s\u00e9rie cite, s\u2019adosse aux commentaires classiques et le signale en note. Peut-on comprendre le Coran sans l\u2019arabe ? On peut en comprendre le message, qui est ais\u00e9 ; on ne peut pas en juger les subtilit\u00e9s, ni trancher entre deux lectures, ni tirer une r\u00e8gle d\u2019un mot \u2014 pour cela il faut la langue, comme il la faut pour toute \u0153uvre. La cons\u00e9quence n\u2019est pas de renoncer, mais de savoir \u00e0 quel \u00e9tage l\u2019on se trouve : lire, m\u00e9diter et pratiquer est ouvert \u00e0 tous ; interpr\u00e9ter est une science, et le premier pas de cette science est d\u2019apprendre la langue dans laquelle Allah a parl\u00e9. Pour commencer, le lecteur francophone dispose du commentaire d\u2019as-Sa\u2019d\u00ee et de l\u2019abr\u00e9g\u00e9 d\u2019Ibn Kath\u00eer, tous deux traduits ; qu\u2019il les lise avec les cinq questions en main, et il aura fait plus que bien des lecteurs press\u00e9s.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> O\u00f9 est le verset, dans quelle circonstance, comment fut-il compris, que dit la langue, que disent les autres textes : cinq questions gardent de tout contresens \u2014 et la traduction, tafs\u00eer abr\u00e9g\u00e9, ouvre le message sans remplacer la langue.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h2 class=\"section-partie\">Troisi\u00e8me partie \u2014 Objections et questions r\u00e9currentes<\/h2>\n<p>Voici, rassembl\u00e9es \u00e0 la fin comme dans les dossiers pr\u00e9c\u00e9dents, les objections et les questions qui reviennent le plus souvent sur l\u2019ex\u00e9g\u00e8se du Coran \u2014 celles des pol\u00e9mistes, celles des sceptiques de bonne foi, et celles des musulmans eux-m\u00eames. Chacune re\u00e7oit la r\u00e9ponse que ce dossier a pr\u00e9par\u00e9e.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Le Coran dit ce qu\u2019on veut lui faire dire : chaque musulman y lit ce qui l\u2019arrange. \u00bb<\/h3>\n<p>C\u2019est le contraire qui est vrai, et ce dossier entier en est la preuve : l\u2019islam a b\u00e2ti une science pour emp\u00eacher que l\u2019on fasse dire au Livre ce qu\u2019il ne dit pas. Elle a une hi\u00e9rarchie de sources, une r\u00e8gle de langue, un contr\u00f4le par la compr\u00e9hension des premiers auditeurs, un inventaire des circonstances de descente, et une menace proph\u00e9tique contre quiconque parle du Coran sans science. Que des individus l\u2019ignorent aujourd\u2019hui \u2014 extr\u00e9mistes qui isolent un verset, r\u00e9formateurs qui en tordent un autre \u2014 ne prouve rien contre la science, mais contre eux : c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment parce que la m\u00e9thode existe que l\u2019on peut dire qu\u2019ils se trompent. Un droit n\u2019est pas aboli parce qu\u2019il y a des d\u00e9linquants.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Les commentateurs se contredisent : la preuve que le sens n\u2019est pas fix\u00e9. \u00bb<\/h3>\n<p>Ibn Taymiyyah a fait sur ce point une distinction que tout lecteur devrait conna\u00eetre. La plupart des divergences des anciens sur un verset sont des divergences de vari\u00e9t\u00e9, non d\u2019opposition : lorsqu\u2019un compagnon dit que \u00ab le droit chemin \u00bb de la F\u00e2tiha est l\u2019islam, un autre le Coran, un troisi\u00e8me la Sunnah, ils ne se contredisent pas \u2014 ils nomment une m\u00eame r\u00e9alit\u00e9 par l\u2019une de ses faces ; et lorsqu\u2019un verset parle d\u2019un homme sans le nommer, l\u2019un cite un exemple et l\u2019autre un autre exemple, tous deux inclus dans la port\u00e9e du texte. Les divergences d\u2019opposition v\u00e9ritable sont rares, elles portent sur des points de d\u00e9tail, et la science les tranche par les r\u00e8gles que nous avons vues. Un texte fondateur lu pendant quatorze si\u00e8cles par des milliers de savants et sur lequel les d\u00e9saccords r\u00e9els tiennent en si peu de pages \u2014 voil\u00e0 ce qu\u2019il faudrait expliquer, plut\u00f4t que l\u2019inverse.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Les lectures multiples prouvent qu\u2019il existe plusieurs Corans. \u00bb<\/h3>\n<p>Elles prouvent qu\u2019il existe un seul Coran transmis avec ses modes de r\u00e9citation, comme le premier dossier l\u2019a \u00e9tabli. Les lectures re\u00e7ues remontent au Proph\u00e8te \ufdfa par des cha\u00eenes v\u00e9rifi\u00e9es, se conforment toutes \u00e0 la copie de r\u00e9f\u00e9rence, et portent sur la prononciation, la vocalisation et quelques lettres \u2014 non sur le message. Le lecteur maghr\u00e9bin qui r\u00e9cite Warsh et le lecteur \u00e9gyptien qui r\u00e9cite Hafs lisent le m\u00eame Livre, prient ensemble et ne s\u2019en aper\u00e7oivent qu\u2019\u00e0 l\u2019oreille ; et lorsqu\u2019une diff\u00e9rence touche au sens \u2014 Ma\u00eetre ou Roi du Jour de la r\u00e9tribution \u2014, les deux sens sont vrais et se compl\u00e8tent. Les orientalistes qui ont voulu voir dans les lectures des \u00ab versions \u00bb ont confondu la variante d\u2019un mot avec la variante d\u2019un texte : les recensions divergentes des \u00c9critures ant\u00e9rieures, qui diff\u00e8rent par des livres entiers, ne sont pas de cet ordre.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Les musulmans lisent la science moderne dans le Coran : ce n\u2019est pas de l\u2019ex\u00e9g\u00e8se, c\u2019est de la r\u00e9cup\u00e9ration. \u00bb<\/h3>\n<p>L\u2019objection vise une pratique r\u00e9elle, et la r\u00e9ponse des savants est plus s\u00e9v\u00e8re que celle du sceptique. Le Coran contient des signes tir\u00e9s de la cr\u00e9ation \u2014 l\u2019embryon, les astres, la pluie \u2014 qu\u2019il donne \u00e0 m\u00e9diter comme preuves de la puissance d\u2019Allah, non comme cours de sciences ; et lorsqu\u2019un fait \u00e9tabli rejoint un verset, le croyant s\u2019en r\u00e9jouit l\u00e9gitimement. Mais \u00e9riger en m\u00e9thode d\u2019ex\u00e9g\u00e8se la lecture des th\u00e9ories du jour dans le Livre est refus\u00e9 par la discipline pour trois raisons : c\u2019est faire dire au texte ce que ses premiers auditeurs n\u2019y pouvaient lire, ce qui contredit la r\u00e8gle de la transmission ; c\u2019est lier la parole \u00e9ternelle \u00e0 des th\u00e9ories que la science elle-m\u00eame r\u00e9vise, et l\u2019exposer \u00e0 tomber avec elles ; et c\u2019est d\u00e9tourner le Livre de sa fin, qui est la guid\u00e9e. Ash-Sh\u00e2tib\u00ee, le grand malikite de Grenade mort en sept cent quatre-vingt-dix, l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit dans ses Muw\u00e2faq\u00e2t : on ne charge pas le Coran de sciences que les Arabes ne connaissaient pas. La position de la s\u00e9rie que vous lisez est celle-l\u00e0, et elle est la position classique.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Le Coran est incompr\u00e9hensible sans experts : c\u2019est une religion de clercs. \u00bb<\/h3>\n<p>Le verset que ce dossier a mis en encadr\u00e9 r\u00e9pond : Allah a rendu le Coran ais\u00e9 \u2014 et il le fut, pour les bergers et les servantes de M\u00e9dine comme pour les convertis d\u2019aujourd\u2019hui qui, sans un mot d\u2019arabe, y trouvent l\u2019unicit\u00e9, le jugement, la pri\u00e8re, la justice et la mis\u00e9ricorde. Ce qui exige la science, ce sont les subtilit\u00e9s \u2014 les r\u00e8gles pr\u00e9cises, les mots rares, les versets \u00e9quivoques \u2014, exactement comme n\u2019importe quel texte fondateur, une constitution ou un code, se lit par tous et s\u2019interpr\u00e8te par des sp\u00e9cialistes. Ibn \u2019Abb\u00e2s l\u2019avait dit en quatre parts, et l\u2019islam n\u2019a pas de clerg\u00e9 : nul interm\u00e9diaire n\u2019est requis entre le lecteur et son Livre, et le savant n\u2019est qu\u2019un lecteur qui a appris \u2014 ce que tout lecteur peut faire.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Les commentaires reprennent des l\u00e9gendes bibliques : la preuve que l\u2019islam a copi\u00e9. \u00bb<\/h3>\n<p>Il faut distinguer trois choses que l\u2019objection confond. Le Coran raconte les proph\u00e8tes des \u00c9critures \u2014 N\u00fbh, Ibr\u00e2h\u00eem, M\u00fbs\u00e2, \u2019\u00ces\u00e2 \u2014 parce qu\u2019il se pr\u00e9sente comme la derni\u00e8re r\u00e9v\u00e9lation d\u2019une m\u00eame cha\u00eene, et il les raconte avec des diff\u00e9rences que l\u2019on ne s\u2019explique pas par la copie : Ibr\u00e2h\u00eem n\u2019y ment pas, Sulaym\u00e2n n\u2019y est pas idol\u00e2tre, \u2019\u00ces\u00e2 n\u2019y est pas crucifi\u00e9. Les commentaires, eux, ont accueilli des d\u00e9tails venus des traditions juives et chr\u00e9tiennes pour combler les silences du r\u00e9cit coranique \u2014 et les savants, nous l\u2019avons vu, ont r\u00e9gl\u00e9 leur statut et \u00e9cart\u00e9 ce qui n\u2019\u00e9tait pas \u00e9tabli : un d\u00e9tail rapport\u00e9 par Ka\u2019b al-Ahb\u00e2r dans un tafs\u00eer n\u2019est pas le Coran, et nul musulman n\u2019est tenu de le croire. Enfin, l\u2019argument de la copie se heurte \u00e0 une question simple que les historiens honn\u00eates se posent : d\u2019o\u00f9 un homme sans livres, dans une ville sans \u00e9cole, aurait-il tir\u00e9 un r\u00e9cit des proph\u00e8tes qui corrige les \u00c9critures sur des points pr\u00e9cis, et que celles-ci n\u2019ont jamais r\u00e9ussi \u00e0 prendre en d\u00e9faut ?<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab L\u2019abrogation montre un Dieu qui change d\u2019avis. \u00bb<\/h3>\n<p>Elle montre un Dieu qui \u00e9duque. Le premier dossier a \u00e9tabli ce qu\u2019est l\u2019abrogation \u2014 la lev\u00e9e d\u2019une r\u00e8gle par une r\u00e8gle post\u00e9rieure, jamais d\u2019une information ni d\u2019une croyance \u2014 et le Coran lui-m\u00eame en revendique le principe : lorsque Nous rempla\u00e7ons un verset par un autre, Allah sait parfaitement ce qu\u2019Il r\u00e9v\u00e8le (Coran 16, 101). Un m\u00e9decin qui prescrit un r\u00e9gime progressif ne se contredit pas ; un l\u00e9gislateur qui interdit le vin en trois \u00e9tapes \u2014 le d\u00e9conseiller, l\u2019interdire \u00e0 l\u2019heure de la pri\u00e8re, l\u2019interdire absolument \u2014 ne change pas d\u2019avis sur le vin, il change ce que des hommes peuvent porter. Les \u00c9critures ant\u00e9rieures connaissent le m\u00eame mouvement, et nul n\u2019y voit un Dieu versatile : la Loi de M\u00fbs\u00e2 a abrog\u00e9 des r\u00e8gles ant\u00e9rieures, et l\u2019\u00c9vangile en a all\u00e9g\u00e9 d\u2019autres. L\u2019objection suppose qu\u2019une loi \u00e9ternelle devrait \u00eatre la m\u00eame du premier jour \u2014 mais une loi qui s\u2019adresse \u00e0 des hommes descend au rythme des hommes, et c\u2019est le contraire qui serait \u00e9trange.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Le Coran contient des erreurs de grammaire, que les commentateurs ont d\u00fb rattraper. \u00bb<\/h3>\n<p>L\u2019objection est ancienne, et elle repose sur un anachronisme que les grammairiens ont d\u00e9nonc\u00e9 d\u00e8s le deuxi\u00e8me si\u00e8cle. On cite quelques versets o\u00f9 un mot n\u2019a pas le cas que la grammaire scolaire attendrait \u2014 un participe \u00e0 l\u2019accusatif dans une liste au nominatif, un pluriel l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on attendrait un autre accord. Or la grammaire arabe n\u2019existait pas avant le Coran : elle fut construite, au deuxi\u00e8me si\u00e8cle, par des hommes qui prirent pour mat\u00e9riau le Coran lui-m\u00eame et la po\u00e9sie ancienne, et qui consign\u00e8rent ces tournures comme des usages de la langue \u2014 la \u00ab coupure \u00bb d\u2019un cas pour marquer une insistance, l\u2019accord selon le sens et non selon la forme \u2014 attest\u00e9s chez les po\u00e8tes de l\u2019Arabie pr\u00e9islamique. Al-Farr\u00e2\u2019 et Ab\u00fb \u2019Ubaydah les expliquent ; certains de ces versets ont en outre plusieurs lectures re\u00e7ues, dont l\u2019une donne le cas \u00ab attendu \u00bb. Surtout, l\u2019argument historique est \u00e9crasant : les Arabes de La Mecque, ma\u00eetres de la langue, qui cherchaient par tous les moyens \u00e0 discr\u00e9diter le Coran et que le Livre d\u00e9fiait de produire son semblable, n\u2019ont jamais relev\u00e9 une seule faute \u2014 eux qui auraient donn\u00e9 cher pour une seule. Ce qu\u2019un pol\u00e9miste du vingti\u00e8me si\u00e8cle d\u00e9couvre avec sa grammaire de lyc\u00e9e, les orf\u00e8vres de la langue ne l\u2019avaient pas vu : c\u2019est que ce n\u2019\u00e9tait pas une faute.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Les \u00ab\u00a0versets sataniques\u00a0\u00bb prouvent que le Proph\u00e8te a laiss\u00e9 Satan corrompre sa r\u00e9v\u00e9lation. \u00bb<\/h3>\n<p>L\u2019histoire circule depuis un roman c\u00e9l\u00e8bre, et il faut la traiter avec pr\u00e9cision, car elle est un cas d\u2019\u00e9cole de m\u00e9thode. Certains rapports, consign\u00e9s par at-Tabar\u00ee et d\u2019autres, racontent qu\u2019en r\u00e9citant la sourate An-Najm devant Quraysh, le Proph\u00e8te \ufdfa aurait prononc\u00e9, sous l\u2019effet de Satan, deux phrases louant les divinit\u00e9s mecquoises, avant que Jibr\u00eel ne le corrige. Que valent ces rapports ? Aucun n\u2019a de cha\u00eene continue : tous sont interrompus \u2014 des t\u00e2bi\u2019\u00fbn racontent sans nommer de compagnon \u2014 et plusieurs passent par des transmetteurs faibles ; Ibn Khuzaymah les d\u00e9clara forg\u00e9s par les h\u00e9r\u00e9tiques, al-Bayhaq\u00ee les tint pour non \u00e9tablis, le juge \u2019Iy\u00e2d et Ibn al-\u2019Arab\u00ee les rejet\u00e8rent, et l\u2019examen moderne des cha\u00eenes par les sp\u00e9cialistes a confirm\u00e9 leur faiblesse. Certains savants, tel Ibn Hajar, ont estim\u00e9 que la multiplicit\u00e9 des voies interrompues attestait un fond d\u2019\u00e9v\u00e9nement ; mais m\u00eame ceux-l\u00e0 n\u2019ont jamais admis que le Proph\u00e8te \ufdfa ait prononc\u00e9 ces mots : ils y ont vu, au pire, une interjection de Satan dans l\u2019assistance, aussit\u00f4t d\u00e9nonc\u00e9e, et le Coran lui-m\u00eame d\u00e9crit ce m\u00e9canisme \u2014 Satan tente de jeter dans la r\u00e9citation de chaque proph\u00e8te, et Allah abroge ce que Satan jette (Coran 22, 52). Le sens du r\u00e9cit, m\u00eame chez ceux qui en admettent un fond, est donc l\u2019inverse de ce qu\u2019on lui fait dire : non que la r\u00e9v\u00e9lation fut corrompue, mais qu\u2019elle fut gard\u00e9e. Et le fait massif demeure : la sourate An-Najm que nous lisons contient, quelques versets plus loin, la condamnation la plus cinglante de ces m\u00eames divinit\u00e9s (Coran 53, 19-23) ; et le Livre jure que son Messager ne parle pas sous l\u2019empire de la passion (Coran 53, 3-4). Un r\u00e9cit sans cha\u00eene contre un texte transmis en masse : la science tranche, et elle a tranch\u00e9.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab La F\u00e2tiha maudit les juifs et les chr\u00e9tiens : l\u2019ex\u00e9g\u00e8se enseigne la haine. \u00bb<\/h3>\n<p>La F\u00e2tiha ne maudit personne : elle demande \u00e0 Allah d\u2019\u00eatre guid\u00e9 sur le chemin de ceux qu\u2019Il a combl\u00e9s, non sur celui de ceux qui ont encouru la col\u00e8re ni de ceux qui se sont \u00e9gar\u00e9s. Le Proph\u00e8te \ufdfa a expliqu\u00e9 que les premiers d\u00e9signent les juifs et les seconds les chr\u00e9tiens (rapport\u00e9 par At-Tirmidh\u00ee, n\u00b0 2954 ; jug\u00e9 bon) \u2014 et les savants ont expliqu\u00e9 pourquoi : les premiers, ayant re\u00e7u la science et l\u2019ayant sue, ont refus\u00e9 d\u2019agir selon elle ; les seconds, voulant adorer, ont ador\u00e9 sans science et se sont \u00e9gar\u00e9s dans la nature de leur proph\u00e8te. Ce sont deux mani\u00e8res de manquer la voie \u2014 savoir sans agir, agir sans savoir \u2014 que le verset nomme par leurs exemples les plus connus des Arabes de M\u00e9dine ; et les savants, Ibn Taymiyyah en t\u00eate, ont \u00e9crit que quiconque, musulman compris, sait et n\u2019agit pas a sa part de la col\u00e8re, et que quiconque agit sans science a sa part de l\u2019\u00e9garement. Le croyant qui r\u00e9cite ce verset dix-sept fois par jour ne prie pas contre les autres : il prie contre ces deux failles en lui-m\u00eame. Quant aux gens du Livre, le Coran leur adresse ailleurs l\u2019appel le plus fraternel qui soit \u2014 venez \u00e0 une parole commune entre nous et vous (Coran 3, 64) \u2014 et ordonne de ne discuter avec eux que de la meilleure mani\u00e8re.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Les hadiths cit\u00e9s dans les commentaires sont souvent faibles : comment s\u2019y fier ? \u00bb<\/h3>\n<p>C\u2019est vrai, et les savants l\u2019ont dit avant les critiques \u2014 la parole d\u2019Ahmad sur les trois genres en est l\u2019aveu. Un commentaire n\u2019est pas un recueil de hadiths authentiques : c\u2019est un lieu o\u00f9 l\u2019ex\u00e9g\u00e8te rassemble tout ce qui peut \u00e9clairer un verset, et il revient au lecteur, ou au savant qui a fait ce travail, de distinguer l\u2019\u00e9tabli du douteux. Ibn Kath\u00eer a pr\u00e9cis\u00e9ment compos\u00e9 son commentaire pour cela, en jugeant chaque rapport ; les \u00e9ditions modernes des grands tafs\u00eers sont annot\u00e9es de la m\u00eame mani\u00e8re ; et la r\u00e8gle est simple : un rapport ne fonde une croyance ou une r\u00e8gle que s\u2019il est authentique, et un rapport faible peut \u00eatre cit\u00e9 pour illustrer, non pour prouver. Le prochain dossier expliquera comment on juge un rapport ; il suffit ici de retenir que la pr\u00e9sence de mat\u00e9riaux faibles dans les commentaires n\u2019est pas un vice cach\u00e9 \u2014 elle est signal\u00e9e, class\u00e9e et tamis\u00e9e par la science m\u00eame qui les contient.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">\u00ab Si les premi\u00e8res g\u00e9n\u00e9rations ne s\u2019accordaient pas toujours, pourquoi leur donner autorit\u00e9 ? \u00bb<\/h3>\n<p>Parce que leur autorit\u00e9 ne tient pas \u00e0 leur unanimit\u00e9 mais \u00e0 leur position : ils ont re\u00e7u le Livre de la bouche qui le r\u00e9citait, dans la langue o\u00f9 il descendait, au milieu des \u00e9v\u00e9nements qu\u2019il commentait \u2014 et nul apr\u00e8s eux n\u2019a eu cela. Lorsqu\u2019ils s\u2019accordent, leur accord fait preuve ; lorsqu\u2019ils divergent, leur divergence borne le champ du possible : la v\u00e9rit\u00e9 est dans l\u2019une de leurs explications, et il n\u2019est pas permis d\u2019en inventer une que nul d\u2019entre eux n\u2019a connue sur une question qu\u2019ils avaient tous les moyens de conna\u00eetre. C\u2019est la r\u00e8gle qu\u2019Ibn Taymiyyah a formul\u00e9e, et elle est la plus sage qui soit : elle laisse ouvert ce qu\u2019ils ont laiss\u00e9 ouvert, et ferme ce qu\u2019ils ont ferm\u00e9. Un historien qui dispose des t\u00e9moignages de dix t\u00e9moins oculaires et qui les \u00e9carterait au profit d\u2019une reconstruction faite mille ans apr\u00e8s ne serait pas un historien.<\/p>\n<blockquote class=\"a-retenir\">\n<p><span class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/span> Chaque objection a sa r\u00e9ponse : la science existe pour emp\u00eacher l\u2019arbitraire, les divergences des anciens sont de vari\u00e9t\u00e9, les lectures portent un seul Livre, le concordisme est refus\u00e9 par la discipline m\u00eame, le Coran est ais\u00e9 pour tous et exigeant pour la science, les r\u00e9cits isra\u00e9lites ne sont pas le Coran, l\u2019abrogation \u00e9duque, les \u00ab fautes \u00bb sont des usages de la langue ant\u00e9rieurs \u00e0 la grammaire, les \u00ab versets sataniques \u00bb sont des rapports sans cha\u00eene, la F\u00e2tiha prie contre deux failles, les rapports faibles sont signal\u00e9s, et les anciens font autorit\u00e9 par leur position.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3 class=\"section-special\">Conclusion \u2014 Vers les sciences du hadith<\/h3>\n<p>Le lecteur tient d\u00e9sormais la premi\u00e8re des sciences : celle du Livre. Il a vu le Proph\u00e8te \ufdfa l\u2019expliquer par touches et par toute sa vie ; les compagnons le transmettre avec sa langue, ses circonstances et la crainte de parler sans savoir ; les t\u00e2bi\u2019\u00fbn fixer la m\u00e9thode et tamiser ce qui venait d\u2019ailleurs ; les savants en d\u00e9gager la hi\u00e9rarchie des sources, puis \u00e9crire, du deuxi\u00e8me au neuvi\u00e8me si\u00e8cle, les commentaires et les trait\u00e9s o\u00f9 cette science s\u2019est d\u00e9pos\u00e9e \u2014 jusqu\u2019aux sommes de quatre-vingts chapitres qui interrogent le Coran sous tous ses angles. Il a vu aussi comment les lectures, la graphie et le tajw\u00eed gardent la lettre et le son du Livre, comment l\u2019inimitabilit\u00e9 contest\u00e9e engendra une science de la langue, et par quels garde-fous l\u2019ex\u00e9g\u00e8se se prot\u00e8ge de ceux qui voudraient faire dire au Coran ce qu\u2019il ne dit pas. La conclusion est celle de toute notre s\u00e9rie : les sciences islamiques ne sont pas des constructions pos\u00e9es sur la R\u00e9v\u00e9lation \u2014 elles sont ses gardiennes, n\u00e9es de son service, et elles portent \u00e0 chaque page la marque de leur origine.<\/p>\n<p>Mais l\u2019ex\u00e9g\u00e8se s\u2019appuie, \u00e0 chaque pas, sur un mat\u00e9riau qu\u2019elle ne produit pas : les paroles du Proph\u00e8te \ufdfa, des compagnons et des t\u00e2bi\u2019\u00fbn, transmises par des cha\u00eenes. Que valent ces cha\u00eenes ? Comment sait-on qu\u2019un rapport est authentique, et qui a fabriqu\u00e9 ceux qui ne le sont pas ? Comment la Ummah a-t-elle prot\u00e9g\u00e9 la Sunnah de la falsification, homme par homme, jusqu\u2019aux grands recueils ? C\u2019est l\u2019objet du prochain dossier \u2014 les sciences du hadith \u2014, le plus rigoureux des \u00e9difices que cette civilisation ait construits pour garder sa religion. Qu\u2019Allah nous fasse comprendre Son Livre comme l\u2019ont compris ceux qui l\u2019ont re\u00e7u, nous garde d\u2019en parler sans science, et nous compte parmi ceux qui le m\u00e9ditent ; et qu\u2019Il couvre d\u2019\u00e9loges et de paix Son serviteur et Messager Mouhammad, sa famille, ses compagnons, et quiconque suit leur voie avec excellence jusqu\u2019au Jour de la r\u00e9tribution.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Ce qu\u2019il faut retenir<\/h3>\n<p>Le tafs\u00eer commence avec le Proph\u00e8te \ufdfa, qui expliqua le Coran par touches et par toute sa Sunnah ; il passe aux compagnons, t\u00e9moins de la descente et ma\u00eetres de la langue, avec Ibn \u2019Abb\u00e2s pour ma\u00eetre et la crainte de parler sans science pour rempart ; il se fixe chez les t\u00e2bi\u2019\u00fbn, qui transmettent en nommant et tamisent les r\u00e9cits venus d\u2019ailleurs. Sa m\u00e9thode est une hi\u00e9rarchie : le Coran par le Coran, la Sunnah, les compagnons, les t\u00e2bi\u2019\u00fbn, la langue \u2014 le raisonnement \u00e9tant lou\u00e9 s\u2019il suit ces sources et bl\u00e2m\u00e9 s\u2019il les pr\u00e9c\u00e8de. Ses grands livres vont d\u2019at-Tabar\u00ee \u00e0 Ibn Kath\u00eer, en passant par les ma\u00eetres malikites d\u2019Andalousie, et l\u2019on sait de quel c\u00f4t\u00e9 chacun penche. Les sciences du Coran furent v\u00e9cues avant d\u2019\u00eatre \u00e9crites, \u00e9crites au deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me si\u00e8cle au fil des besoins, constitu\u00e9es en domaine au quatri\u00e8me, et rassembl\u00e9es en sommes par az-Zarkash\u00ee et as-Suy\u00fbt\u00ee ; les lectures, la graphie et le tajw\u00eed gardent la lettre et le son d\u2019un seul Livre ; l\u2019inimitabilit\u00e9 contest\u00e9e engendra la rh\u00e9torique arabe. Contre les d\u00e9rives \u2014 \u00e9sot\u00e9risme, syst\u00e8me, allusion, isolement des versets, concordisme \u2014 quatre garde-fous : la langue, la transmission, la coh\u00e9rence, l\u2019humilit\u00e9. Le Coran est ais\u00e9 pour son message et exigeant pour sa science ; et sa science existe pour emp\u00eacher qu\u2019on lui fasse dire ce qu\u2019il ne dit pas.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Pour se tester : quinze questions<\/h3>\n<p>Les r\u00e9ponses se trouvent toutes dans le dossier ; chaque question renvoie \u00e0 sa section.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Chronologie des sciences du Coran (11-911 H)<\/h3>\n<ol class=\"quiz-questions\">\n<li>Comment le Proph\u00e8te \ufdfa expliquait-il le Coran ? Donnez deux exemples authentiques. (section 1)<\/li>\n<li>Comment concilier le rapport de \u2019\u00c2\u2019ishah et la position d\u2019Ibn Taymiyyah sur l\u2019\u00e9tendue du tafs\u00eer proph\u00e9tique ? (section 1)<\/li>\n<li>Quelles \u00e9taient les sources d\u2019Ibn \u2019Abb\u00e2s, et quelles sont ses quatre parts du tafs\u00eer ? (section 2)<\/li>\n<li>Que craignaient Ab\u00fb Bakr et \u2019Umar devant un mot du Coran, et quel hadith fonde cette crainte ? (section 2)<\/li>\n<li>Quelles furent les \u00e9coles de tafs\u00eer des t\u00e2bi\u2019\u00fbn, et quelle r\u00e8gle r\u00e9git les r\u00e9cits isra\u00e9lites ? (section 3)<\/li>\n<li>Que signifie la parole d\u2019Ahmad sur les \u00ab trois genres de livres sans fondement \u00bb, et qu\u2019enseigne l\u2019aveu de N\u00fbh ibn Ab\u00ee Maryam ? (sections 3 et 6)<\/li>\n<li>Quelle est la hi\u00e9rarchie des sources du tafs\u00eer, et quelle diff\u00e9rence y a-t-il entre le ra\u2019y lou\u00e9 et le ra\u2019y bl\u00e2m\u00e9 ? (section 4)<\/li>\n<li>Pourquoi at-Tabar\u00ee est-il la \u00ab m\u00e8re des commentaires \u00bb, et qu\u2019apporte Ibn Kath\u00eer ? (section 5)<\/li>\n<li>Que faut-il savoir en lisant le Kashsh\u00e2f et le commentaire d\u2019ar-R\u00e2z\u00ee ? (section 5)<\/li>\n<li>Citez quatre trait\u00e9s du deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me si\u00e8cle et le besoin dont chacun est n\u00e9. (section 6)<\/li>\n<li>Quelles sont les trois conditions d\u2019une lecture re\u00e7ue, et que montre l\u2019exemple \u00ab Ma\u00eetre \/ Roi du Jour de la r\u00e9tribution \u00bb ? (section 7)<\/li>\n<li>Que sont le rasm et le tajw\u00eed, et qui en \u00e9crivit les premiers trait\u00e9s ? (section 7)<\/li>\n<li>Pourquoi le quatri\u00e8me si\u00e8cle est-il un tournant, et que sont Al-Burh\u00e2n et Al-Itq\u00e2n ? (section 8)<\/li>\n<li>Quelle est la th\u00e8se d\u2019al-Jurj\u00e2n\u00ee sur l\u2019inimitabilit\u00e9, et quelle science en est n\u00e9e ? (section 9)<\/li>\n<li>Quels sont les quatre garde-fous de l\u2019ex\u00e9g\u00e8se, quelles sont les cinq questions du guide pratique, et comment r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019objection du \u00ab Coran qui dit ce qu\u2019on veut \u00bb ? (sections 10 et 11, troisi\u00e8me partie)<\/li>\n<\/ol>\n<p>Les dates de d\u00e9c\u00e8s suivent les biographes et comportent parfois une marge d\u2019un an ; elles servent ici de rep\u00e8res pour situer les \u0153uvres.<\/p>\n<h2>Rep\u00e8res bibliographiques<\/h2>\n<ol class=\"quiz-questions\">\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort du Proph\u00e8te \ufdfa ; l\u2019explication du Livre passe aux compagnons.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019Ibn \u2019Abb\u00e2s, ma\u00eetre de l\u2019ex\u00e9g\u00e8se, \u00e0 T\u00e2\u2019if. <strong>vers 104 H<\/strong> \u2014 Mort de Muj\u00e2hid, chef de l\u2019\u00e9cole de La Mecque. <strong>207-209 H<\/strong> \u2014 Al-Farr\u00e2\u2019 (Ma\u2019\u00e2n\u00ee al-Qur\u2019\u00e2n) et Ab\u00fb \u2019Ubaydah (Maj\u00e2z al-Qur\u2019\u00e2n) : premiers trait\u00e9s des sens et des figures.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019Ab\u00fb \u2019Ubayd, auteur des Fad\u00e2\u2019il al-Qur\u2019\u00e2n et d\u2019un trait\u00e9 de l\u2019abrogeant et l\u2019abrog\u00e9.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019Ibn Qutaybah, auteur du Ghar\u00eeb al-Qur\u2019\u00e2n et du premier trait\u00e9 de r\u00e9ponse aux objections.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019at-Tabar\u00ee : le J\u00e2mi\u2019 al-bay\u00e2n, m\u00e8re des commentaires. <strong>324-325 H<\/strong> \u2014 Ibn Muj\u00e2hid fixe les sept lectures ; al-Kh\u00e2q\u00e2n\u00ee ouvre la science du tajw\u00eed. <strong>388-403 H<\/strong> \u2014 Al-Khatt\u00e2b\u00ee puis al-B\u00e2qill\u00e2n\u00ee : trait\u00e9s de l\u2019inimitabilit\u00e9 et d\u00e9fense du texte.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019al-H\u00fbf\u00ee, premier auteur d\u2019un Burh\u00e2n f\u00ee \u2019ul\u00fbm al-Qur\u2019\u00e2n.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019ad-D\u00e2n\u00ee, ma\u00eetre de la graphie et des lectures en Andalousie. <strong>468-471 H<\/strong> \u2014 Al-W\u00e2hid\u00ee (Asb\u00e2b an-nuz\u00fbl) et al-Jurj\u00e2n\u00ee (Dal\u00e2\u2019il al-i\u2019j\u00e2z). <strong>542-543 H<\/strong> \u2014 Ibn \u2019Atiyyah de Grenade et Ibn al-\u2019Arab\u00ee de S\u00e9ville, ex\u00e9g\u00e8tes malikites.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019al-Qurtub\u00ee, auteur du J\u00e2mi\u2019 li-ahk\u00e2m al-Qur\u2019\u00e2n.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019Ibn Taymiyyah, auteur de l\u2019\u00e9p\u00eetre sur les fondements du tafs\u00eer.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019Ibn Kath\u00eer, mod\u00e8le du tafs\u00eer par la transmission tamis\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019az-Zarkash\u00ee : Al-Burh\u00e2n, quarante-sept chapitres.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019Ibn al-Jazar\u00ee : les dix lectures et la Muqaddimah du tajw\u00eed.<\/li>\n<li><strong>H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019as-Suy\u00fbt\u00ee : Al-Itq\u00e2n, quatre-vingts chapitres \u2014 la somme de la discipline.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Les versets cit\u00e9s en encadr\u00e9 le sont dans la traduction fran\u00e7aise de Rachid Maach, Le Coran en fran\u00e7ais (lecoranenfrancais.com), v\u00e9rifi\u00e9e \u00e0 la source ; les autres versets sont \u00e9voqu\u00e9s en paraphrase avec leur r\u00e9f\u00e9rence. Les hadiths d\u2019al-Bukh\u00e2r\u00ee et de Muslim sont num\u00e9rot\u00e9s selon la num\u00e9rotation de Muhammad Fu\u2019\u00e2d \u2019Abd al-B\u00e2q\u00ee ; ceux des Sunan, selon l\u2019usage de leurs \u00e9ditions de r\u00e9f\u00e9rence, leur degr\u00e9 \u00e9tant indiqu\u00e9 au fil du texte. Les paroles des ex\u00e9g\u00e8tes et des imams qualifi\u00e9es de \u00ab rapport\u00e9es par les biographes \u00bb proviennent des livres de tabaq\u00e2t et des introductions des grands commentaires ; elles valent pour l\u2019histoire de la discipline.<\/p>\n<p>Commentaires : At-Tabar\u00ee (m. 310 H), J\u00e2mi\u2019 al-bay\u00e2n \u2019an ta\u2019w\u00eel \u00e2yi-l-Qur\u2019\u00e2n ; Ibn Ab\u00ee H\u00e2tim (m. 327 H), Tafs\u00eer al-Qur\u2019\u00e2n al-\u2019az\u00eem ; Al-Baghaw\u00ee (m. 516 H), Ma\u2019\u00e2lim at-tanz\u00eel ; Ibn \u2019Atiyyah (m. 542 H), Al-Muharrar al-waj\u00eez ; Ibn al-\u2019Arab\u00ee (m. 543 H), Ahk\u00e2m al-Qur\u2019\u00e2n ; Al-Qurtub\u00ee (m. 671 H), Al-J\u00e2mi\u2019 li-ahk\u00e2m al-Qur\u2019\u00e2n ; Ibn Kath\u00eer (m. 774 H), Tafs\u00eer al-Qur\u2019\u00e2n al-\u2019az\u00eem ; Al-Mahall\u00ee (m. 864 H) et As-Suy\u00fbt\u00ee (m. 911 H), Tafs\u00eer al-Jal\u00e2layn ; As-Sa\u2019d\u00ee (m. 1376 H), Tays\u00eer al-Kar\u00eem ar-Rahm\u00e2n ; Ibn \u2019\u00c2sh\u00fbr (m. 1393 H), At-Tahr\u00eer wa-t-tanw\u00eer ; pour l\u2019examen critique : Az-Zamakhshar\u00ee (m. 538 H), Al-Kashsh\u00e2f, et Ar-R\u00e2z\u00ee (m. 606 H), Maf\u00e2t\u00eeh al-ghayb. M\u00e9thode : Ibn Taymiyyah (m. 728 H), Muqaddimah f\u00ee us\u00fbl at-tafs\u00eer. Sciences du Coran : Al-Farr\u00e2\u2019 (m. 207 H), Ma\u2019\u00e2n\u00ee al-Qur\u2019\u00e2n ; Ab\u00fb \u2019Ubaydah (m. 209 H), Maj\u00e2z al-Qur\u2019\u00e2n ; Ab\u00fb \u2019Ubayd (m. 224 H), Fad\u00e2\u2019il al-Qur\u2019\u00e2n et An-N\u00e2sikh wa-l-mans\u00fbkh ; Ibn Qutaybah (m. 276 H), Ghar\u00eeb al-Qur\u2019\u00e2n et Ta\u2019w\u00eel mushkil al-Qur\u2019\u00e2n ; Al-W\u00e2hid\u00ee (m. 468 H), Asb\u00e2b an-nuz\u00fbl ; Ar-R\u00e2ghib al-Isfah\u00e2n\u00ee (m. 502 H), Al-Mufrad\u00e2t ; Az-Zarkash\u00ee (m. 794 H), Al-Burh\u00e2n f\u00ee \u2019ul\u00fbm al-Qur\u2019\u00e2n ; As-Suy\u00fbt\u00ee (m. 911 H), Al-Itq\u00e2n f\u00ee \u2019ul\u00fbm al-Qur\u2019\u00e2n ; Ash-Sh\u00e2tib\u00ee (m. 790 H), Al-Muw\u00e2faq\u00e2t, sur les limites de l\u2019ex\u00e9g\u00e8se. Lectures, graphie, tajw\u00eed : Ibn Muj\u00e2hid (m. 324 H), Kit\u00e2b as-sab\u2019ah ; Ad-D\u00e2n\u00ee (m. 444 H), Al-Muqni\u2019 et At-Tays\u00eer ; Makk\u00ee ibn Ab\u00ee T\u00e2lib (m. 437 H), Ar-Ri\u2019\u00e2yah ; Ibn al-Jazar\u00ee (m. 833 H), An-Nashr f\u00ee-l-qir\u00e2\u2019\u00e2t al-\u2019ashr et Al-Muqaddimah. Inimitabilit\u00e9 : Al-Khatt\u00e2b\u00ee (m. 388 H), Bay\u00e2n i\u2019j\u00e2z al-Qur\u2019\u00e2n ; Al-B\u00e2qill\u00e2n\u00ee (m. 403 H), I\u2019j\u00e2z al-Qur\u2019\u00e2n et Al-Intis\u00e2r li-l-Qur\u2019\u00e2n ; Al-Jurj\u00e2n\u00ee (m. 471 H), Dal\u00e2\u2019il al-i\u2019j\u00e2z. Hadiths cit\u00e9s : al-Bukh\u00e2r\u00ee, Muslim, At-Tirmidh\u00ee, Ahmad, selon les num\u00e9rotations indiqu\u00e9es. Sur les d\u00e9rives : Al-Ghaz\u00e2l\u00ee (m. 505 H), Fad\u00e2\u2019ih al-b\u00e2tiniyyah ; sur les hadiths forg\u00e9s des m\u00e9rites des sourates : Ibn al-Jawz\u00ee (m. 597 H), Al-Mawd\u00fb\u2019\u00e2t. Commentaires compl\u00e9mentaires : Al-Bayd\u00e2w\u00ee (m. 685 H), Anw\u00e2r at-tanz\u00eel ; Ab\u00fb Hayy\u00e2n (m. 745 H), Al-Bahr al-muh\u00eet ; Ash-Shawk\u00e2n\u00ee (m. 1250 H), Fath al-qad\u00eer ; Al-Al\u00fbs\u00ee (m. 1270 H), R\u00fbh al-ma\u2019\u00e2n\u00ee ; Al-Bulq\u00een\u00ee (m. 824 H), Maw\u00e2qi\u2019 al-\u2019ul\u00fbm. En fran\u00e7ais : Ibn Kath\u00eer, Tafs\u00eer (abr\u00e9g\u00e9 traduit) ; As-Sa\u2019d\u00ee, Tafs\u00eer (traduit) ; Al-Qurtub\u00ee, Tafs\u00eer (traduction partielle).<\/p>\n<p class=\"dossier-nav\">\u2192 Suite : <a href=\"\/en\/approfondir-ma-foi\/aux-sources-du-savoir-islamique\/sciences-du-hadith\/\">Dossier 8 \u2014 Les sciences du Hadith<\/a><\/p>\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les sciences du Coran Le tafs\u00eer, ses sources et ses grands commentaires ; la naissance des sciences coraniques Le tafs\u00eer, ses sources et ses grands commentaires ; la naissance des sciences coraniques Du Proph\u00e8te \ufdfa premier ex\u00e9g\u00e8te aux sommes d\u2019az-Zarkash\u00ee et d\u2019as-Suy\u00fbt\u00ee : comment la Ummah a expliqu\u00e9 son Livre, gard\u00e9 sa lettre et son&#8230;<\/p>","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":60552,"menu_order":7,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-60574","page","type-page","status-publish","hentry"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v28.5 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Dossier 7 \u2014 Les sciences du Coran - \u275d Connais la v\u00e9rit\u00e9, tu conna\u00eetras ses gens \u275e<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/convertistoislam.fr\/en\/approfondir-ma-foi\/aux-sources-du-savoir-islamique\/sciences-du-coran\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"en_GB\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Dossier 7 \u2014 Les sciences du Coran - \u275d Connais la v\u00e9rit\u00e9, tu conna\u00eetras ses gens \u275e\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Les sciences du Coran Le tafs\u00eer, ses sources et ses grands commentaires ; 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