{"id":60556,"date":"2026-08-26T01:00:51","date_gmt":"2026-08-25T23:00:51","guid":{"rendered":"https:\/\/convertistoislam.fr\/?page_id=60556"},"modified":"2026-08-26T01:00:51","modified_gmt":"2026-08-25T23:00:51","slug":"jeunes-compagnons-tabiun","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/convertistoislam.fr\/en\/approfondir-ma-foi\/aux-sources-du-savoir-islamique\/jeunes-compagnons-tabiun\/","title":{"rendered":"Dossier 5 \u2014 Les jeunes compagnons et les t\u00e2bi\u2019\u00fbn"},"content":{"rendered":"<div class=\"dossier-savoir\">\n<h2>Les jeunes compagnons et les t\u00e2bi\u2019\u00fbn<\/h2>\n<p><em>La dispersion du savoir dans les provinces de l\u2019islam<\/em><\/p>\n<p>Des \u00e9l\u00e8ves du Proph\u00e8te \ufdfa aux sept juristes de M\u00e9dine : comment la science a voyag\u00e9, s\u2019est enracin\u00e9e ville par ville, et s\u2019est pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 \u00eatre \u00e9crite.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Introduction \u2014 Pendant que grondait la fitnah, l\u2019autre histoire<\/h3>\n<p>Notre troisi\u00e8me dossier a racont\u00e9 le fracas : les sabres, les sectes, les slogans. Il faut maintenant tendre l\u2019oreille vers un autre bruit, bien plus discret \u2014 celui d\u2019un \u00e9l\u00e8ve qui r\u00e9p\u00e8te \u00e0 voix basse un hadith dans la mosqu\u00e9e de M\u00e9dine, celui des pas d\u2019un voyageur qui traverse un d\u00e9sert pour une seule parole, celui d\u2019une plume qui grince sur une feuille de parchemin dans une maison de K\u00fbfah. Pendant que l\u2019histoire faisait du bruit, une autre histoire, silencieuse, se d\u00e9roulait dans les mosqu\u00e9es et sur les routes de l\u2019empire \u2014 et c\u2019est elle, non le fracas, qui allait d\u00e9cider de tout.<\/p>\n<p>Des hommes et des femmes que le Proph\u00e8te \ufdfa avait form\u00e9s de sa propre main vieillissaient, enseignaient, mouraient l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre. Autour de chacun d\u2019eux, des cercles d\u2019\u00e9l\u00e8ves recueillaient, m\u00e9morisaient, v\u00e9rifiaient, transmettaient. Ce dossier raconte ce passage de t\u00e9moin : comment la g\u00e9n\u00e9ration des jeunes compagnons a port\u00e9 le d\u00e9p\u00f4t pendant un demi-si\u00e8cle suppl\u00e9mentaire, comment elle s\u2019est dispers\u00e9e de La Mecque au Y\u00e9men et de l\u2019\u00c9gypte au Khur\u00e2s\u00e2n, et comment ses \u00e9l\u00e8ves \u2014 les <em>t\u00e2bi\u2019\u00fbn<\/em>, \u00ab ceux qui suivent \u00bb \u2014 ont fait de chaque m\u00e9tropole de l\u2019islam une \u00e9cole.<\/p>\n<p>Mais il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019une histoire de m\u00e9thodes. Il s\u2019agit de visages. Nous allons rencontrer un homme pauvre qui dormait le ventre vide pour ne rien manquer des paroles de son ma\u00eetre ; une jeune femme dont la science faisait accourir les vieillards ; un adolescent qui attendait, couvert de poussi\u00e8re, \u00e0 la porte des anciens ; des affranchis devenus les ma\u00eetres de ceux qui les avaient affranchis ; un calife qui tremblait \u00e0 l\u2019id\u00e9e que la science ne s\u2019efface. Si, en refermant ce dossier, vous ne les aimez pas un peu, c\u2019est que nous aurons mal racont\u00e9.<\/p>\n<p>Le Proph\u00e8te \ufdfa avait lui-m\u00eame d\u00e9sign\u00e9 ces g\u00e9n\u00e9rations d\u2019avance : \u00ab Les meilleurs des hommes sont ceux de ma g\u00e9n\u00e9ration, puis ceux qui les suivent, puis ceux qui les suivent \u00bb (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 2652 ; Sah\u00eeh Muslim, n\u00b0 2533). Trois g\u00e9n\u00e9rations b\u00e9nies : les compagnons, les t\u00e2bi\u2019\u00fbn, et les successeurs des t\u00e2bi\u2019\u00fbn. Nous entrons ici dans la deuxi\u00e8me \u2014 celle qui relie \u00e0 jamais la Ummah \u00e0 son Proph\u00e8te \ufdfa.<\/p>\n<p>Cette histoire n\u2019est pas un accident heureux : elle est l\u2019ex\u00e9cution d\u2019un programme que la R\u00e9v\u00e9lation avait fix\u00e9. Au c\u0153ur d\u2019une sourate de mobilisation g\u00e9n\u00e9rale, Allah a r\u00e9serv\u00e9 une exemption qui est en r\u00e9alit\u00e9 une mission :<\/p>\n<blockquote class=\"verset-encadre\">\n<p>\u00ab Il n\u2019est toutefois pas souhaitable que les croyants partent tous ensemble au combat. Si seulement, de chaque tribu ou de chaque pays, un groupe d\u2019hommes se consacraient \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la religion afin de pr\u00eacher \u00e0 leur retour les leurs qui pourraient ainsi se pr\u00e9server du p\u00e9ch\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p><cite>\u2014 Coran 9, 122<\/cite><\/p><\/blockquote>\n<p>Se consacrer \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la religion \u2014 le <em>tafaqquh<\/em> \u2014 est donc \u00e9lev\u00e9 par le Livre au rang d\u2019obligation communautaire, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du combat lui-m\u00eame : il faut que dans chaque groupe humain, des hommes se vouent \u00e0 comprendre et \u00e0 avertir. Et le Proph\u00e8te \ufdfa avait multipli\u00e9 les paroles qui font de la transmission un acte d\u2019adoration :<\/p>\n<p>&#8211; \u00ab Qu\u2019Allah illumine le visage de celui qui entend ma parole, la retient et la transmet telle qu\u2019il l\u2019a entendue \u2014 car plus d\u2019un porteur de science la porte vers plus comprenant que lui \u00bb (rapport\u00e9 par Ab\u00fb D\u00e2w\u00fbd, n\u00b0 3660, et At-Tirmidh\u00ee, n\u00b0 2657 ; jug\u00e9 authentique).<\/p>\n<p>&#8211; \u00ab Quiconque emprunte un chemin \u00e0 la recherche d\u2019une science, Allah lui facilite par cela un chemin vers le Paradis \u00bb (Sah\u00eeh Muslim, n\u00b0 2699).<\/p>\n<p>&#8211; \u00ab Les savants sont les h\u00e9ritiers des proph\u00e8tes ; les proph\u00e8tes n\u2019ont l\u00e9gu\u00e9 ni dinar ni dirham, ils ont l\u00e9gu\u00e9 la science \u2014 quiconque s\u2019en saisit se saisit d\u2019une part immense \u00bb (rapport\u00e9 par Ab\u00fb D\u00e2w\u00fbd, n\u00b0 3641, et At-Tirmidh\u00ee, n\u00b0 2682 ; jug\u00e9 bon par ses voies).<\/p>\n<p>Voici donc le r\u00e9cit d\u2019un h\u00e9ritage \u2014 et de ses h\u00e9ritiers.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Note de m\u00e9thode<\/h3>\n<p>La grille de notre s\u00e9rie demeure : hadiths r\u00e9f\u00e9renc\u00e9s avec leur degr\u00e9, rapports des historiens signal\u00e9s comme tels. Trois pr\u00e9cisions s\u2019ajoutent, propres \u00e0 ce dossier :<\/p>\n<p>&#8211; Les biographies des t\u00e2bi\u2019\u00fbn nous viennent des grands dictionnaires de transmetteurs et des recueils de <em>tabaq\u00e2t<\/em> \u2014 Ibn Sa\u2019d, Ab\u00fb Nu\u2019aym, adh-Dhahab\u00ee et leurs pairs \u2014 dont les r\u00e9cits, transmis avec des cha\u00eenes de valeur in\u00e9gale, valent pour l\u2019histoire et l\u2019\u00e9dification, non pour fonder la croyance. Lorsque nous \u00e9crivons \u00ab rapportent les biographes \u00bb, c\u2019est ce statut que nous signalons.<\/p>\n<p>&#8211; Les dates de d\u00e9c\u00e8s de cette g\u00e9n\u00e9ration comportent souvent une marge d\u2019un an ou deux entre les historiens ; notre chronologie finale le signale par la mention \u00ab vers \u00bb.<\/p>\n<p>&#8211; Les d\u00e9nombrements de hadiths attribu\u00e9s \u00e0 tel ou tel compagnon suivent des recensions anciennes c\u00e9l\u00e8bres, dont les totaux incluent les r\u00e9p\u00e9titions et les voies multiples : ce sont des ordres de grandeur fiables, non des statistiques modernes.<\/p>\n<h2 class=\"section-partie\">Premi\u00e8re partie \u2014 Les jeunes compagnons : les ponts entre deux mondes<\/h2>\n<h3>1. Une g\u00e9n\u00e9ration form\u00e9e pour durer<\/h3>\n<p>Lorsque le Proph\u00e8te \ufdfa mourut, ses compagnons les plus \u00e2g\u00e9s le suivirent de pr\u00e8s : Ab\u00fb Bakr deux ans plus tard, \u2019Umar douze ans apr\u00e8s lui, et la fitnah faucha ensuite plusieurs des anciens. Si l\u2019islam n\u2019avait repos\u00e9 que sur eux, il aurait pu conna\u00eetre le sort de tant de sagesses antiques, \u00e9teintes avec leurs derniers d\u00e9tenteurs.<\/p>\n<p>Mais autour d\u2019eux vivait une jeunesse que le Proph\u00e8te \ufdfa avait form\u00e9e \u00e0 dessein \u2014 et l\u2019on sent, \u00e0 relire les r\u00e9cits, qu\u2019il l\u2019avait fait avec tendresse. Il prenait Ibn \u2019Abb\u00e2s en croupe sur sa monture pour lui enseigner ; il faisait asseoir Anas \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s ; il r\u00e9pondait aux questions de \u2019\u00c2\u2019ishah avec une patience de p\u00e9dagogue. Ibn \u2019Abb\u00e2s avait environ treize ans \u00e0 sa mort, Ibn \u2019Umar et Anas une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, \u2019\u00c2\u2019ishah dix-huit ans \u00e0 peine. Et Allah leur donna ce que les anciens n\u2019eurent pas : le temps.<\/p>\n<p>Quarante, cinquante, parfois quatre-vingts ann\u00e9es de vie apr\u00e8s le Proph\u00e8te \ufdfa, toutes vou\u00e9es \u00e0 red\u00e9ployer ce qu\u2019ils avaient re\u00e7u. Ce sont eux, les <em>mukthir\u00fbn<\/em> \u2014 les grands transmetteurs. Une recension ancienne attribu\u00e9e \u00e0 Baq\u00ee ibn Makhlad donne, en comptant les voies et les r\u00e9p\u00e9titions :<\/p>\n<p>&#8211; environ 5 300 hadiths par les voies d\u2019Ab\u00fb Hurayrah ;<\/p>\n<p>&#8211; plus de 2 600 par Ibn \u2019Umar ;<\/p>\n<p>&#8211; plus de 2 200 par Anas ;<\/p>\n<p>&#8211; environ 2 200 par \u2019\u00c2\u2019ishah ;<\/p>\n<p>&#8211; 1 600 par Ibn \u2019Abb\u00e2s ;<\/p>\n<p>&#8211; 1 500 par J\u00e2bir ;<\/p>\n<p>&#8211; plus de 1 000 par Ab\u00fb Sa\u2019\u00eed al-Khudr\u00ee.<\/p>\n<p>Ces chiffres disent l\u2019essentiel : la m\u00e9moire de la Sunnah a \u00e9t\u00e9 port\u00e9e, pour sa plus grande part, par ceux qui \u00e9taient jeunes aupr\u00e8s du Proph\u00e8te \ufdfa et qui v\u00e9curent longtemps apr\u00e8s lui. Ce n\u2019est pas un hasard de d\u00e9mographie : c\u2019est une providence de transmission.<\/p>\n<p>Et le Livre avait d\u2019avance envelopp\u00e9 dans un m\u00eame agr\u00e9ment ces transmetteurs et ceux qui allaient les suivre :<\/p>\n<blockquote class=\"verset-encadre\">\n<p>\u00ab Les tout premiers croyants parmi ceux qui ont \u00e9migr\u00e9 et ceux qui leur ont apport\u00e9 leur soutien, ainsi que ceux qui ont fid\u00e8lement suivi leur voie, sont enti\u00e8rement satisfaits d\u2019Allah qui Lui-m\u00eame est satisfait d\u2019eux. Il leur a pr\u00e9par\u00e9 des jardins travers\u00e9s de rivi\u00e8res o\u00f9 ils demeureront \u00e0 jamais. Voil\u00e0 le bonheur supr\u00eame. \u00bb<\/p>\n<p><cite>\u2014 Coran 9, 100<\/cite><\/p><\/blockquote>\n<p>\u00ab Ceux qui ont fid\u00e8lement suivi leur voie \u00bb : les t\u00e2bi\u2019\u00fbn sont dans le Livre avant d\u2019\u00eatre dans l\u2019histoire. Le mot d\u00e9signera techniquement quiconque a rencontr\u00e9 un compagnon en \u00e9tat de foi et est mort musulman ; mais le verset dit plus qu\u2019une d\u00e9finition : il dit que la voie du salut, jusqu\u2019au Jour dernier, passe par la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n<h3>2. Ab\u00fb Hurayrah : la m\u00e9moire de la Ummah<\/h3>\n<p>Aucun nom n\u2019est plus attach\u00e9 \u00e0 la transmission du hadith \u2014 ni plus attaqu\u00e9 par ses contestataires \u2014 que celui d\u2019Ab\u00fb Hurayrah. Instruisons son dossier, car il est exemplaire ; et regardons d\u2019abord l\u2019homme, car on ne comprend rien \u00e0 sa science sans son c\u0153ur.<\/p>\n<p>Il s\u2019appelait \u2019Abd ar-Rahm\u00e2n ibn Sakhr, de la tribu y\u00e9m\u00e9nite de Daws. Son surnom \u2014 \u00ab le p\u00e8re de la petite chatte \u00bb \u2014 lui venait, disait-il, d\u2019un chaton qu\u2019il portait dans sa manche et avec lequel il jouait, enfant. Il \u00e9tait pauvre, orphelin de p\u00e8re, et il arriva \u00e0 M\u00e9dine l\u2019an 7, au moment de Khaybar : quatre ann\u00e9es seulement aupr\u00e8s du Proph\u00e8te \ufdfa \u2014 et pourtant la plus grande moisson de hadiths de tous les compagnons.<\/p>\n<p>Contradiction ? Il a r\u00e9pondu lui-m\u00eame, et sa r\u00e9ponse est consign\u00e9e dans le Sah\u00eeh d\u2019al-Bukh\u00e2r\u00ee : \u00ab Les gens disent qu\u2019Ab\u00fb Hurayrah rapporte beaucoup ; or mes fr\u00e8res \u00e9migr\u00e9s \u00e9taient occup\u00e9s par leurs march\u00e9s, mes fr\u00e8res ansarites par leurs terres, tandis que moi, homme pauvre des gens de la Suffah, je m\u2019attachais aux pas du Messager d\u2019Allah \ufdfa le ventre vide, pr\u00e9sent quand ils \u00e9taient absents, retenant quand ils oubliaient \u00bb (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 118). Il raconte lui-m\u00eame qu\u2019il lui arrivait de tomber \u00e9vanoui de faim entre la chaire et la chambre de \u2019\u00c2\u2019ishah, et que les passants le croyaient poss\u00e9d\u00e9 alors qu\u2019il n\u2019\u00e9tait qu\u2019affam\u00e9 (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 7324). Quatre ann\u00e9es, mais quatre ann\u00e9es de pr\u00e9sence totale \u2014 l\u2019\u00e9tudiant \u00e0 plein temps de la premi\u00e8re \u00e9cole de l\u2019islam, qui payait chaque hadith d\u2019un repas manqu\u00e9.<\/p>\n<p>Et il re\u00e7ut ce que nul effort ne procure : il se plaignit un jour au Proph\u00e8te \ufdfa d\u2019oublier ce qu\u2019il entendait ; le Proph\u00e8te \ufdfa lui fit \u00e9tendre son manteau, y fit un geste des mains, lui dit de le serrer contre lui \u2014 \u00ab et je n\u2019ai plus rien oubli\u00e9 ensuite \u00bb, dit Ab\u00fb Hurayrah (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 119).<\/p>\n<p>On aimerait le conna\u00eetre pour sa seule m\u00e9moire ; on l\u2019aime pour autre chose. Sa m\u00e8re, rest\u00e9e polyth\u00e9iste, insultait un jour le Proph\u00e8te \ufdfa devant lui ; il vint en pleurant demander qu\u2019on invoque Allah pour elle. Le Proph\u00e8te \ufdfa dit : \u00ab \u00d4 Allah, guide la m\u00e8re d\u2019Ab\u00fb Hurayrah. \u00bb Quand il revint \u00e0 la maison, la porte \u00e9tait ferm\u00e9e, il entendit l\u2019eau couler : sa m\u00e8re se lavait pour prononcer l\u2019attestation de foi. Il repartit en courant, pleurant cette fois de joie, et demanda une seconde invocation : \u00ab \u00d4 Allah, fais que nous soyons aim\u00e9s, ma m\u00e8re et moi, de Tes serviteurs croyants. \u00bb Et Ab\u00fb Hurayrah de conclure : \u00ab Il n\u2019est pas un croyant qui entende parler de moi sans m\u2019aimer \u00bb (Sah\u00eeh Muslim, n\u00b0 2491). Quatorze si\u00e8cles plus tard, l\u2019invocation est toujours exauc\u00e9e.<\/p>\n<p>Ce que les contestataires oublient toujours : sa transmission ne fut pas une parole solitaire mais une parole contr\u00f4l\u00e9e :<\/p>\n<p>&#8211; par les compagnons ses contemporains, \u2019\u00c2\u2019ishah en t\u00eate, qui le reprit sur quelques points et lui donna raison sur d\u2019autres ;<\/p>\n<p>&#8211; par le calife \u2019Umar, qui surveillait les transmetteurs ;<\/p>\n<p>&#8211; par pr\u00e8s de huit cents \u00e9l\u00e8ves \u2014 le chiffre est d\u2019al-Bukh\u00e2r\u00ee \u2014 dont les voies se recoupent et se v\u00e9rifient l\u2019une l\u2019autre ;<\/p>\n<p>&#8211; et par l\u2019\u00e9preuve elle-m\u00eame : les biographes rapportent que Marw\u00e2n, gouverneur de M\u00e9dine, le fit un jour interroger tandis qu\u2019un scribe cach\u00e9 notait ses r\u00e9ponses ; un an plus tard, on lui posa les m\u00eames questions \u2014 il n\u2019avait pas chang\u00e9 un mot.<\/p>\n<p>Il consacrait un tiers de la nuit \u00e0 r\u00e9viser ce qu\u2019il savait, rapportent les biographes, un tiers \u00e0 la pri\u00e8re, un tiers au sommeil. Quand il mourut, vers l\u2019an 59, la Ummah enterra non un homme mais une biblioth\u00e8que \u2014 dont chaque rayon avait \u00e9t\u00e9 inventori\u00e9 de son vivant.<\/p>\n<h3>3. \u2019\u00c2\u2019ishah : la savante des savants<\/h3>\n<p>La maison du Proph\u00e8te \ufdfa fut une \u00e9cole, et sa plus grande dipl\u00f4m\u00e9e fut son \u00e9pouse \u2019\u00c2\u2019ishah, m\u00e8re des croyants, fille d\u2019Ab\u00fb Bakr \u2014 \u00ab la V\u00e9ridique, fille du V\u00e9ridique \u00bb, comme l\u2019appelait son \u00e9l\u00e8ve Masr\u00fbq.<\/p>\n<p>Jeune, dou\u00e9e d\u2019une m\u00e9moire prodigieuse, t\u00e9moin de l\u2019intimit\u00e9 proph\u00e9tique o\u00f9 se jouent tant de r\u00e8gles \u2014 purification, pri\u00e8re nocturne, vie conjugale \u2014, elle v\u00e9cut pr\u00e8s d\u2019un demi-si\u00e8cle apr\u00e8s lui et devint le recours des savants eux-m\u00eames. Le t\u00e9moignage d\u00e9cisif est celui d\u2019Ab\u00fb M\u00fbs\u00e2 al-Ash\u2019ar\u00ee, compagnon et juge : \u00ab Jamais un hadith ne nous a pos\u00e9 difficult\u00e9, \u00e0 nous compagnons du Messager d\u2019Allah \ufdfa, sans qu\u2019en interrogeant \u2019\u00c2\u2019ishah nous trouvions chez elle une science \u00e0 son sujet \u00bb (rapport\u00e9 par At-Tirmidh\u00ee, n\u00b0 3883 ; jug\u00e9 authentique). Masr\u00fbq, lui, disait avoir vu les plus grands des anciens compagnons venir l\u2019interroger sur les questions d\u2019h\u00e9ritage \u2014 la branche la plus ardue du droit.<\/p>\n<p>Son neveu \u2019Urwah ibn az-Zubayr \u2014 l\u2019un des sept juristes que nous allons rencontrer, form\u00e9 \u00e0 son \u00e9cole \u2014 s\u2019\u00e9merveillait, rapportent les biographes, de sa ma\u00eetrise du fiqh, de la po\u00e9sie et jusqu\u2019\u00e0 la m\u00e9decine des Arabes ; il lui demanda un jour d\u2019o\u00f9 elle tenait cette derni\u00e8re, et elle r\u00e9pondit qu\u2019elle avait retenu les rem\u00e8des que les d\u00e9l\u00e9gations recommandaient au Proph\u00e8te \ufdfa dans ses derni\u00e8res maladies. Rien ne se perdait de ce qu\u2019elle entendait.<\/p>\n<p>Elle ne fut pas seulement une m\u00e9moire : elle fut une critique. Les savants ont compil\u00e9 ses <em>istidr\u00e2k\u00e2t<\/em>, ces rectifications adress\u00e9es \u00e0 d\u2019autres compagnons lorsqu\u2019un rapport lui paraissait incomplet ou mal compris \u2014 toujours par le texte et l\u2019argument, jamais par l\u2019autorit\u00e9 ; az-Zarkash\u00ee leur consacrera un livre entier, <em>al-Ij\u00e2bah<\/em>. Lorsqu\u2019on lui rapporta qu\u2019un compagnon disait que la pri\u00e8re \u00e9tait rompue par le passage d\u2019une femme, elle r\u00e9pliqua, dans un sourire que le texte laisse deviner : \u00ab Vous nous comparez aux \u00e2nes et aux chiens ? J\u2019ai vu le Proph\u00e8te \ufdfa prier tandis que j\u2019\u00e9tais \u00e9tendue devant lui \u00bb (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 514).<\/p>\n<p>Et son c\u0153ur \u00e9tait \u00e0 la mesure de sa science. Les biographes rapportent qu\u2019un jour de je\u00fbne, ayant re\u00e7u cent mille dirhams, elle les distribua jusqu\u2019au dernier avant le soir ; sa servante lui fit remarquer qu\u2019elle aurait pu garder un dirham pour acheter de la viande pour la rupture du je\u00fbne \u2014 \u00ab si tu me l\u2019avais rappel\u00e9, je l\u2019aurais fait \u00bb, r\u00e9pondit-elle simplement. Elle enseigna derri\u00e8re son voile \u00e0 deux g\u00e9n\u00e9rations de juristes, et forma des femmes qui devinrent \u00e0 leur tour des r\u00e9f\u00e9rences.<\/p>\n<p>Deux erreurs sym\u00e9triques sont ainsi corrig\u00e9es par sa seule existence :<\/p>\n<p>&#8211; contre ceux qui pr\u00e9tendent l\u2019islam ennemi du savoir des femmes : la deuxi\u00e8me source de la religion a pour l\u2019un de ses tout premiers piliers une femme, ma\u00eetresse des ma\u00eetres ;<\/p>\n<p>&#8211; contre ceux qui voudraient une transmission na\u00efve : la voil\u00e0 qui discute, v\u00e9rifie et corrige au c\u0153ur m\u00eame de la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n<p>Elle mourut vers l\u2019an 58, une nuit de ramadan, et fut enterr\u00e9e au Baq\u00ee\u2019 ; Ab\u00fb Hurayrah pria sur elle. Une part immense de ce que la Ummah sait de son Proph\u00e8te \ufdfa, elle le sait par elle.<\/p>\n<h3>4. Ibn \u2019Abb\u00e2s et Ibn \u2019Umar : la science et le scrupule<\/h3>\n<p>Deux cousins du Proph\u00e8te \ufdfa par leurs p\u00e8res, deux \u2019Abdull\u00e2h, dominent le reste de cette g\u00e9n\u00e9ration, et ils incarnent les deux faces de la fid\u00e9lit\u00e9.<\/p>\n<h4>Ibn \u2019Abb\u00e2s : l\u2019intelligence du texte<\/h4>\n<p>\u2019Abdull\u00e2h ibn \u2019Abb\u00e2s, fils de l\u2019oncle du Proph\u00e8te \ufdfa, fut partout o\u00f9 la science \u00e9tait requise : au conseil de \u2019Umar, qui le faisait asseoir parmi les v\u00e9t\u00e9rans de Badr malgr\u00e9 son jeune \u00e2ge et le faisait parler devant eux (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 4294) ; \u00e0 Har\u00fbr\u00e2\u2019, o\u00f9 il alla seul discuter avec les Kharijites et en ramena des milliers, rapportent les historiens ; dans les cercles de La Mecque, o\u00f9 l\u2019on venait de tout l\u2019empire l\u2019\u00e9couter.<\/p>\n<p>Son secret tient en une invocation. Le Proph\u00e8te \ufdfa le serra contre lui en disant : \u00ab \u00d4 Allah, enseigne-lui le Livre \u00bb (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 75) ; et pria : \u00ab \u00d4 Allah, donne-lui la compr\u00e9hension de la religion \u00bb (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 143) \u2014 avec, dans une version rapport\u00e9e par Ahmad et jug\u00e9e authentique, l\u2019ajout : \u00ab et enseigne-lui l\u2019interpr\u00e9tation \u00bb. La Ummah l\u2019appellera \u00ab l\u2019encre de la communaut\u00e9 \u00bb et \u00ab l\u2019interpr\u00e8te du Coran \u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019invocation fut exauc\u00e9e au-del\u00e0 de toute mesure, mais Ibn \u2019Abb\u00e2s y joignit sa part \u2014 et c\u2019est cette part qui le rend si proche de nous. Il raconte lui-m\u00eame comment tout commen\u00e7a. Apr\u00e8s la mort du Proph\u00e8te \ufdfa, il dit \u00e0 un jeune Ansarite : \u00ab Viens, allons interroger les compagnons du Messager d\u2019Allah \ufdfa, ils sont nombreux aujourd\u2019hui. \u00bb L\u2019autre r\u00e9pondit, \u00e9tonn\u00e9 : \u00ab Crois-tu que les gens auront besoin de toi, alors que tant de compagnons sont vivants ? \u00bb Ibn \u2019Abb\u00e2s partit seul. Il allait frapper \u00e0 la porte d\u2019un compagnon ; s\u2019il apprenait que l\u2019homme faisait la sieste, il s\u2019allongeait sur le seuil, la t\u00eate sur son manteau, le vent lui jetant la poussi\u00e8re au visage, jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019homme sorte \u2014 \u00ab fils de l\u2019oncle du Messager d\u2019Allah, que ne m\u2019as-tu fait appeler ! \u00bb \u00ab Non, c\u2019est \u00e0 moi de venir \u00e0 toi. \u00bb Des ann\u00e9es plus tard, l\u2019Ansarite vit Ibn \u2019Abb\u00e2s entour\u00e9 d\u2019une foule d\u2019\u00e9l\u00e8ves, et dit : \u00ab Ce jeune homme fut plus avis\u00e9 que moi \u00bb (rapport\u00e9 par ad-D\u00e2rim\u00ee et les biographes).<\/p>\n<p>On le vit tenir l\u2019\u00e9trier de Zayd ibn Th\u00e2bit en disant : \u00ab C\u2019est ainsi qu\u2019il nous a \u00e9t\u00e9 ordonn\u00e9 d\u2019agir avec nos savants \u00bb \u2014 \u00e0 quoi Zayd, baisant sa main, r\u00e9pondit : \u00ab Et c\u2019est ainsi qu\u2019il nous a \u00e9t\u00e9 ordonn\u00e9 d\u2019agir avec la famille de notre Proph\u00e8te \ufdfa. \u00bb Il interrogeait, disait-il, jusqu\u2019\u00e0 trente compagnons sur une m\u00eame question. Sa table \u00e9tait ouverte, sa science aussi ; les biographes d\u00e9crivent sa maison assi\u00e9g\u00e9e par les visiteurs, qu\u2019il recevait par groupes selon leurs besoins \u2014 ceux qui venaient pour le Coran, ceux qui venaient pour le fiqh, ceux qui venaient pour la po\u00e9sie.<\/p>\n<p>Il perdit la vue \u00e0 la fin de sa vie et composa ces vers : \u00ab Si Allah a pris la lumi\u00e8re de mes deux yeux, dans ma langue et dans mon c\u0153ur, il en reste une. \u00bb De son cercle de La Mecque sortira l\u2019\u00e9cole enti\u00e8re du tafs\u00eer. Il mourut \u00e0 T\u00e2\u2019if en l\u2019an 68 ; Muhammad ibn al-Hanafiyyah, fils de \u2019Al\u00ee, pria sur lui et dit : \u00ab Aujourd\u2019hui est mort le savant de cette communaut\u00e9. \u00bb<\/p>\n<h4>Ibn \u2019Umar : le scrupule fait homme<\/h4>\n<p>\u2019Abdull\u00e2h, fils de \u2019Umar ibn al-Khatt\u00e2b, fut le scrupule fait homme. Enfant, il s\u2019\u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 pour combattre \u00e0 Uhud, \u00e0 quatorze ans ; le Proph\u00e8te \ufdfa le renvoya, trop jeune, et ne l\u2019accepta qu\u2019au Foss\u00e9, \u00e0 quinze ans (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 2664). Adolescent, il dormait dans la mosqu\u00e9e ; sa s\u0153ur Hafsah rapporta au Proph\u00e8te \ufdfa un r\u00eave qu\u2019il avait fait, et le Proph\u00e8te \ufdfa dit : \u00ab Quel excellent homme que \u2019Abdull\u00e2h \u2014 s\u2019il priait la nuit ! \u00bb Ibn \u2019Umar ne dormit plus que tr\u00e8s peu, jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa vie (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 1122).<\/p>\n<p>Il donna peu de fatw\u00e2s, peu d\u2019ijtih\u00e2d \u2014 mais une imitation minutieuse du Proph\u00e8te \ufdfa que nul n\u2019\u00e9gala. Il priait o\u00f9 il l\u2019avait vu prier, faisait tourner sa monture o\u00f9 il l\u2019avait vue tourner, s\u2019arr\u00eatait sous l\u2019arbre o\u00f9 il l\u2019avait vu s\u2019arr\u00eater. Il refusait de trancher ce qu\u2019il ne savait pas d\u2019une science s\u00fbre : on venait le voir de loin pour une question, et il r\u00e9pondait \u00ab je ne sais pas \u00bb \u2014 et le visiteur repartait, et Ibn \u2019Umar se r\u00e9jouissait de ce qu\u2019on ne l\u2019ait pas fait parler sans science. Le Proph\u00e8te \ufdfa lui avait dit un jour, le prenant par l\u2019\u00e9paule : \u00ab Sois en ce monde comme un \u00e9tranger ou un passant \u00bb (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 6416) \u2014 il ne l\u2019oublia jamais. Quand il aimait un bien, il le donnait, en application du verset \u00ab vous n\u2019atteindrez la pi\u00e9t\u00e9 que si vous d\u00e9pensez de ce que vous aimez \u00bb ; il affranchit, rapportent les biographes, plus de mille esclaves.<\/p>\n<p>Pendant les guerres civiles, il refusa de tirer l\u2019\u00e9p\u00e9e contre des musulmans et fut de ceux vers qui l\u2019on se tournait quand tout vacillait. Il mourut \u00e0 La Mecque vers l\u2019an 73, des suites d\u2019une blessure inflig\u00e9e par un soldat d\u2019al-Hajj\u00e2j pendant le p\u00e8lerinage, ayant v\u00e9cu plus de soixante ans apr\u00e8s le Proph\u00e8te \ufdfa sans jamais, dit-on, s\u2019\u00e9carter d\u2019un pas de sa trace.<\/p>\n<p>La Ummah a besoin des deux : l\u2019intelligence qui d\u00e9ploie le texte, et le scrupule qui s\u2019interdit de le d\u00e9passer. Avec eux se ferma peu \u00e0 peu le premier cercle. Le second \u00e9tait pr\u00eat.<\/p>\n<h3>5. Anas, J\u00e2bir et les autres : la douceur des serviteurs<\/h3>\n<p>Deux autres visages m\u00e9ritent qu\u2019on s\u2019y arr\u00eate, tant ils rendent cette g\u00e9n\u00e9ration aimable.<\/p>\n<p><strong>Anas ibn M\u00e2lik<\/strong>, le petit Ansarite que sa m\u00e8re Umm Sulaym offrit au Proph\u00e8te \ufdfa comme serviteur \u00e0 l\u2019\u00e2ge de dix ans. Il le servit dix ann\u00e9es, et t\u00e9moigna : \u00ab Jamais il ne me dit \u00ab\u00a0ouf\u00a0\u00bb, jamais il ne me dit pour une chose que j\u2019avais faite \u00ab\u00a0pourquoi l\u2019as-tu faite ?\u00a0\u00bb, ni pour une chose que je n\u2019avais pas faite \u00ab\u00a0pourquoi ne l\u2019as-tu pas faite ?\u00a0\u00bb \u00bb (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 6038 ; Sah\u00eeh Muslim, n\u00b0 2309). Le Proph\u00e8te \ufdfa invoqua pour lui : \u00ab \u00d4 Allah, accorde-lui beaucoup de biens et d\u2019enfants, et b\u00e9nis-le en cela \u00bb (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 6334). Anas v\u00e9cut jusque vers l\u2019an 93, \u00e0 Basrah, entour\u00e9 d\u2019une descendance qu\u2019il ne comptait plus, et fut le dernier compagnon d\u2019Irak. Quand un jeune \u00e9l\u00e8ve lui demandait un hadith, c\u2019est l\u2019ancien serviteur qui parlait, avec les larmes aux yeux au souvenir du visage de son ma\u00eetre.<\/p>\n<p><strong>J\u00e2bir ibn \u2019Abdill\u00e2h<\/strong>, dont le p\u00e8re tomba \u00e0 Uhud en laissant des dettes et des filles. Le Proph\u00e8te \ufdfa le consola : les anges avaient ombrag\u00e9 de leurs ailes le corps de son p\u00e8re (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 1244). Il racheta ensuite un chameau \u00e9puis\u00e9 \u00e0 J\u00e2bir, en plaisantant sur le prix, puis lui rendit et le chameau et l\u2019argent (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 2097). J\u00e2bir n\u2019oublia rien de cette bont\u00e9 ; devenu vieux, il fit un voyage d\u2019un mois jusqu\u2019au Ch\u00e2m pour entendre un seul hadith de la bouche de \u2019Abdull\u00e2h ibn Unays \u2014 et il rapporta, entre autres, le grand r\u00e9cit du p\u00e8lerinage d\u2019adieu, le plus complet que nous poss\u00e9dions (Sah\u00eeh Muslim, n\u00b0 1218).<\/p>\n<p>Et il faudrait nommer encore Ab\u00fb Sa\u2019\u00eed al-Khudr\u00ee, Ab\u00fb M\u00fbs\u00e2 al-Ash\u2019ar\u00ee, Zayd ibn Th\u00e2bit le scribe du Coran, \u2019Abdull\u00e2h ibn \u2019Amr ibn al-\u2019\u00c2s qui \u00e9crivait tout ce qu\u2019il entendait sur sa \u00ab feuille v\u00e9ridique \u00bb \u2014 autant de portes par lesquelles la Sunnah est pass\u00e9e aux g\u00e9n\u00e9rations suivantes.<\/p>\n<h3>6. Dans le cercle : comment la science se transmettait<\/h3>\n<p>Avant de suivre ces hommes sur les routes, entrons un instant dans leurs assembl\u00e9es. Imaginons la mosqu\u00e9e du Proph\u00e8te \ufdfa un matin : des colonnes de palmier, un sol de sable et de gravier, et, adoss\u00e9 \u00e0 l\u2019une des colonnes, un vieil homme assis ; devant lui, en demi-cercle, quarante, cent, deux cents personnes, genoux contre genoux \u2014 la <em>halqah<\/em>.<\/p>\n<p>Le cercle assis autour du ma\u00eetre fut la v\u00e9ritable institution de ce si\u00e8cle, et sa p\u00e9dagogie explique la fiabilit\u00e9 de la transmission mieux que tout argument. On y pratiquait :<\/p>\n<p>&#8211; l\u2019\u00e9nonc\u00e9 du hadith avec sa cha\u00eene (<em>isn\u00e2d<\/em>) \u2014 le ma\u00eetre nommait de qui il tenait la parole, et de qui celui-ci la tenait, jusqu\u2019au Proph\u00e8te \ufdfa ;<\/p>\n<p>&#8211; la r\u00e9p\u00e9tition imm\u00e9diate ;<\/p>\n<p>&#8211; le contr\u00f4le de la r\u00e9citation \u2014 <em>al-\u2019ard<\/em> : l\u2019\u00e9l\u00e8ve redisait au ma\u00eetre ce qu\u2019il avait re\u00e7u, et le ma\u00eetre validait ou corrigeait ;<\/p>\n<p>&#8211; la r\u00e9vision mutuelle entre \u00e9tudiants \u2014 <em>al-mudh\u00e2karah<\/em> \u2014 dont Anas rapportait le mod\u00e8le proph\u00e9tique : \u00ab Nous \u00e9tions aupr\u00e8s du Proph\u00e8te \ufdfa, nous entendions de lui le hadith, et lorsque nous nous levions, nous le r\u00e9visions entre nous jusqu\u2019\u00e0 le fixer. \u00bb<\/p>\n<p>L\u2019<em>adab<\/em> \u00e9tait la moiti\u00e9 de la m\u00e9thode : le silence, la patience, le service du ma\u00eetre, la question pos\u00e9e au bon moment. Ibn \u2019Abb\u00e2s couvert de poussi\u00e8re aux portes des anciens ; ses \u00e9l\u00e8ves attendront de m\u00eame aux siennes. Cette \u00e9cole n\u2019avait ni murs, ni dipl\u00f4mes, ni salaires \u2014 et elle a produit la transmission la plus contr\u00f4l\u00e9e de l\u2019histoire des textes.<\/p>\n<p>Et elle n\u2019\u00e9tait pas r\u00e9serv\u00e9e aux hommes. Les femmes avaient demand\u00e9 au Proph\u00e8te \ufdfa un jour d\u2019instruction qui leur f\u00fbt propre, et il le leur accorda (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 101). \u2019\u00c2\u2019ishah tint \u00e9cole pour deux g\u00e9n\u00e9rations de juristes. Son \u00e9l\u00e8ve \u2019Amrah bint \u2019Abd ar-Rahm\u00e2n devint une telle autorit\u00e9 sur son hadith que \u2019Umar ibn \u2019Abd al-\u2019Az\u00eez, lorsqu\u2019il ordonna la mise par \u00e9crit, cita nomm\u00e9ment sa science parmi celles \u00e0 recueillir en premier, rapportent Ibn Sa\u2019d et ad-D\u00e2rim\u00ee. Hafsah bint S\u00eer\u00een, s\u0153ur de Muhammad, avait m\u00e9moris\u00e9 le Coran \u00e0 douze ans et comptait parmi les savants de Basrah ; le juge Iy\u00e2s ibn Mu\u2019\u00e2wiyah disait n\u2019avoir rencontr\u00e9 personne qu\u2019il lui pr\u00e9f\u00e9r\u00e2t. \u00c0 Damas, Umm ad-Dard\u00e2\u2019 la Jeune, juriste t\u00e2bi\u2019iyyah form\u00e9e par son \u00e9poux compagnon, enseignait dans la mosqu\u00e9e ; les biographes rapportent que le calife \u2019Abd al-Malik lui-m\u00eame s\u2019asseyait dans son cercle.<\/p>\n<p>La cha\u00eene de la Sunnah, du premier jour, a \u00e9t\u00e9 tress\u00e9e de voix d\u2019hommes et de voix de femmes \u2014 et quiconque r\u00e9cite aujourd\u2019hui un hadith de \u2019\u00c2\u2019ishah en h\u00e9rite.<\/p>\n<div class=\"a-retenir\">\n<p class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/p>\n<ul>\n<li>Les compagnons form\u00e9s jeunes par le Proph\u00e8te \ufdfa ont v\u00e9cu quarante \u00e0 quatre-vingts ans apr\u00e8s lui : c\u2019est par eux que la Sunnah a \u00e9t\u00e9 port\u00e9e.<\/li>\n<li>Ab\u00fb Hurayrah a rapport\u00e9 beaucoup parce qu\u2019il \u00e9tait pr\u00e9sent tout le temps \u2014 et sa transmission a \u00e9t\u00e9 contr\u00f4l\u00e9e par ses pairs, par le calife et par des centaines d\u2019\u00e9l\u00e8ves.<\/li>\n<li>\u2019\u00c2\u2019ishah n\u2019a pas seulement m\u00e9moris\u00e9 : elle a v\u00e9rifi\u00e9 et corrig\u00e9, par le texte et l\u2019argument.<\/li>\n<li>Ibn \u2019Abb\u00e2s incarne la compr\u00e9hension du texte, Ibn \u2019Umar la fid\u00e9lit\u00e9 scrupuleuse \u00e0 la lettre : la Ummah a besoin des deux.<\/li>\n<li>Le cercle d\u2019\u00e9tude (halqah) fonctionnait avec r\u00e9p\u00e9tition, contr\u00f4le et r\u00e9vision mutuelle ; il \u00e9tait ouvert aux femmes.<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<h2 class=\"section-partie\">Deuxi\u00e8me partie \u2014 La dispersion : la carte du savoir<\/h2>\n<h3>7. Pourquoi ils sont partis<\/h3>\n<p>Trois forces dispers\u00e8rent les porteurs du d\u00e9p\u00f4t \u00e0 travers l\u2019empire.<\/p>\n<p><strong>La conqu\u00eate elle-m\u00eame.<\/strong> Les compagnons partaient aux fronti\u00e8res comme soldats et s\u2019y fixaient comme ma\u00eetres. Ab\u00fb Ayy\u00fbb al-Ans\u00e2r\u00ee, l\u2019h\u00f4te du Proph\u00e8te \ufdfa \u00e0 M\u00e9dine, celui dans la maison duquel il avait log\u00e9 les premiers mois de l\u2019h\u00e9gire, avait pr\u00e8s de quatre-vingts ans quand il partit avec l\u2019arm\u00e9e qui marchait sur Constantinople. Il y mourut, vers l\u2019an 50, et demanda \u00e0 \u00eatre enterr\u00e9 au plus pr\u00e8s des murs de l\u2019ennemi, \u00ab aussi loin que vous pourrez porter mon corps en terre ennemie \u00bb. Sa tombe est encore \u00e0 Istanbul.<\/p>\n<p><strong>La politique d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e des califes.<\/strong> \u2019Umar envoyait des enseignants comme d\u2019autres envoient des garnisons. Il envoya Ibn Mas\u2019\u00fbd \u00e0 K\u00fbfah avec ce mot fameux aux K\u00fbfites : \u00ab Je vous l\u2019ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 moi-m\u00eame. \u00bb Il envoya Mu\u2019\u00e2dh ibn Jabal, \u2019Ub\u00e2dah ibn as-S\u00e2mit et Ab\u00fb-d-Dard\u00e2\u2019 au Ch\u00e2m pour y enseigner le Coran. Mu\u2019\u00e2dh, que le Proph\u00e8te \ufdfa avait d\u00e9j\u00e0 envoy\u00e9 de son vivant au Y\u00e9men avec la consigne c\u00e9l\u00e8bre : \u00ab Tu vas vers des gens du Livre, que le premier \u00e0 quoi tu les appelles soit l\u2019attestation qu\u2019il n\u2019est de divinit\u00e9 qu\u2019Allah \u00bb (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 1395 ; Sah\u00eeh Muslim, n\u00b0 19) \u2014 et \u00e0 qui il avait dit, le prenant par la main : \u00ab \u00d4 Mu\u2019\u00e2dh, par Allah, je t\u2019aime \u00bb (rapport\u00e9 par Ab\u00fb D\u00e2w\u00fbd, n\u00b0 1522, et an-Nas\u00e2\u2019\u00ee ; jug\u00e9 authentique).<\/p>\n<p><strong>La fitnah elle-m\u00eame.<\/strong> Plus d\u2019un compagnon, \u00e9cart\u00e9 des querelles du pouvoir ou les fuyant, se consacra tout entier \u00e0 l\u2019enseignement. Le malheur politique de la Ummah devint la chance de sa science.<\/p>\n<p>Ainsi se dessina, en une g\u00e9n\u00e9ration, une carte que nul n\u2019avait trac\u00e9e d\u2019avance et que tout avait pr\u00e9par\u00e9e : \u00e0 chaque m\u00e9tropole ses ma\u00eetres compagnons, \u00e0 chaque ma\u00eetre son cercle de t\u00e2bi\u2019\u00fbn, et entre les villes, des routes parcourues par les qu\u00eateurs de hadith \u2014 la <em>rihlah<\/em> dont nous avons vu la naissance. Parcourons cette carte.<\/p>\n<h3>8. M\u00e9dine et La Mecque : les deux sanctuaires du savoir<\/h3>\n<h4>M\u00e9dine : la ville de la pratique proph\u00e9tique<\/h4>\n<p>M\u00e9dine garda la part du lion : la masse des compagnons y demeura, et il s\u2019y concentra ce que nulle autre ville n\u2019eut \u2014 les \u00e9pouses du Proph\u00e8te \ufdfa, les fils des grands anciens, la m\u00e9moire vivante des lieux m\u00eames de la R\u00e9v\u00e9lation. On y priait dans la mosqu\u00e9e o\u00f9 il avait pri\u00e9, on y traversait les ruelles o\u00f9 il \u00e9tait pass\u00e9 ; la Sunnah n\u2019y \u00e9tait pas seulement rapport\u00e9e, elle y \u00e9tait v\u00e9cue.<\/p>\n<p>De cette densit\u00e9 naquit, dans la g\u00e9n\u00e9ration suivante, le c\u00e9l\u00e8bre coll\u00e8ge que la tradition nomme les <strong>sept juristes de M\u00e9dine<\/strong> \u2014 <em>al-fuqah\u00e2\u2019 as-sab\u2019ah<\/em> : Sa\u2019\u00eed ibn al-Musayyib ; \u2019Urwah ibn az-Zubayr ; al-Q\u00e2sim ibn Muhammad ibn Ab\u00ee Bakr ; Kh\u00e2rijah ibn Zayd ibn Th\u00e2bit ; Ab\u00fb Bakr ibn \u2019Abd ar-Rahm\u00e2n ; Sulaym\u00e2n ibn Yas\u00e2r ; \u2019Ubaydull\u00e2h ibn \u2019Abdill\u00e2h ibn \u2019Utbah. (Certains savants substituent S\u00e2lim ibn \u2019Abdill\u00e2h ou Ab\u00fb Salamah au septi\u00e8me rang.)<\/p>\n<p>Leurs g\u00e9n\u00e9alogies parlent d\u2019elles-m\u00eames : le petit-fils d\u2019Ab\u00fb Bakr, \u00e9lev\u00e9 par \u2019\u00c2\u2019ishah ; le fils de Zayd ibn Th\u00e2bit ; le neveu de \u2019\u00c2\u2019ishah form\u00e9 \u00e0 son \u00e9cole ; le petit-fils de \u2019Utbah ibn Mas\u2019\u00fbd, fr\u00e8re d\u2019Ibn Mas\u2019\u00fbd. La science coulait dans les maisons m\u00eames o\u00f9 elle \u00e9tait descendue. Leur trait commun : h\u00e9ritiers directs des fatw\u00e2s d\u2019Ab\u00fb Bakr, de \u2019Umar, de Zayd et de \u2019\u00c2\u2019ishah, ils jugeaient au plus pr\u00e8s des textes et de la pratique m\u00e9dinoise, avec une retenue devenue l\u00e9gendaire. Al-Q\u00e2sim, interrog\u00e9, r\u00e9pondait souvent \u00ab je ne sais pas \u00bb, et ajoutait, rapportent les biographes, qu\u2019il valait mieux pour un homme mourir ignorant que de dire ce qu\u2019il ne sait pas.<\/p>\n<p>Leur doyen, <strong>Sa\u2019\u00eed ibn al-Musayyib<\/strong>, n\u00e9 sous le califat de \u2019Umar, fut tenu par ses pairs pour le plus grand t\u00e2bi\u2019\u00ee de M\u00e9dine. Il avait \u00e9pous\u00e9 la science au sens propre, ayant pris pour femme la fille d\u2019Ab\u00fb Hurayrah pour se rapprocher de son hadith. Les biographes rapportent qu\u2019en quarante ans il ne manqua jamais la premi\u00e8re prosternation avec l\u2019imam. Quand le calife \u2019Abd al-Malik voulut marier son fils \u2014 le futur calife al-Wal\u00eed \u2014 \u00e0 la propre fille de Sa\u2019\u00eed, celui-ci refusa ; et il la donna, pour une dot de deux dirhams, \u00e0 un jeune \u00e9tudiant pauvre de son cercle, Ab\u00fb Wad\u00e2\u2019ah, qui n\u2019osait plus venir aux le\u00e7ons depuis que sa femme \u00e9tait morte et qu\u2019il n\u2019avait plus de quoi se remarier. Le r\u00e9cit, rapport\u00e9 par Ibn Kath\u00eer, ajoute que la jeune femme, entrant dans sa maison de mis\u00e8re, se r\u00e9v\u00e9la l\u2019une des plus belles et des plus savantes de M\u00e9dine, et qu\u2019elle avait retenu tout le hadith de son p\u00e8re. La science, chez ces gens-l\u00e0, pesait plus que les tr\u00f4nes.<\/p>\n<p>Il paya cette ind\u00e9pendance de sa chair : flagell\u00e9 en l\u2019an 84 pour avoir refus\u00e9 une all\u00e9geance forc\u00e9e aux deux fils du calife, il demeura debout \u2014 premi\u00e8re figure d\u2019une longue lign\u00e9e de savants libres que notre s\u00e9rie retrouvera jusqu\u2019\u00e0 l\u2019imam Ahmad.<\/p>\n<p><strong>\u2019Urwah ibn az-Zubayr<\/strong>, fils d\u2019Asm\u00e2\u2019 bint Ab\u00ee Bakr et neveu de \u2019\u00c2\u2019ishah, fut l\u2019un des premiers \u00e0 mettre par \u00e9crit les r\u00e9cits de la vie du Proph\u00e8te \ufdfa ; ce que nous savons de la s\u00eerah passe en grande partie par lui. Les biographes rapportent qu\u2019il fallut lui amputer une jambe gangr\u00e9n\u00e9e ; il refusa qu\u2019on l\u2019endorme et se plongea dans la pri\u00e8re pendant l\u2019op\u00e9ration ; quand ce fut fini, il dit : \u00ab \u00d4 Allah, Tu m\u2019avais donn\u00e9 quatre membres, Tu en as repris un et Tu m\u2019en as laiss\u00e9 trois \u2014 louange \u00e0 Toi. \u00bb La m\u00eame semaine, il apprit la mort d\u2019un de ses fils, et remercia de m\u00eame.<\/p>\n<h4>La Mecque : le laboratoire du tafs\u00eer<\/h4>\n<p>La Mecque re\u00e7ut un seul homme qui valait une acad\u00e9mie : Ibn \u2019Abb\u00e2s, qui s\u2019y \u00e9tablit \u00e0 la fin de sa vie. Autour de lui se forma le cercle d\u2019o\u00f9 sortit l\u2019\u00e9cole mecquoise du tafs\u00eer, la plus f\u00e9conde de toutes.<\/p>\n<p><strong>Muj\u00e2hid ibn Jabr<\/strong> racontait \u2014 rapportent les imams de l\u2019ex\u00e9g\u00e8se \u2014 avoir pr\u00e9sent\u00e9 le mushaf \u00e0 Ibn \u2019Abb\u00e2s trois fois de suite, du d\u00e9but \u00e0 la fin, s\u2019arr\u00eatant \u00e0 chaque verset pour l\u2019interroger sur son sujet et ses circonstances. Sufy\u00e2n ath-Thawr\u00ee dira : \u00ab Si le tafs\u00eer de Muj\u00e2hid te parvient, il te suffit. \u00bb Toutes les pages de nos commentaires le citent.<\/p>\n<p><strong>\u2019At\u00e2\u2019 ibn Ab\u00ee Rab\u00e2h<\/strong> : un affranchi noir, boiteux, borgne, au nez \u00e9pat\u00e9, ancien esclave d\u2019une femme de La Mecque \u2014 et le mufti du sanctuaire. Le crieur proclamait au temps du p\u00e8lerinage, rapportent les biographes, que nul ne donn\u00e2t de fatw\u00e2 aux p\u00e8lerins tant que \u2019At\u00e2\u2019 \u00e9tait pr\u00e9sent. Le calife Sulaym\u00e2n ibn \u2019Abd al-Malik vint un jour l\u2019interroger avec ses deux fils sur les rites ; \u2019At\u00e2\u2019 r\u00e9pondit sans m\u00eame tourner la t\u00eate vers lui. En sortant, le calife dit \u00e0 ses fils : \u00ab Ne rel\u00e2chez jamais votre qu\u00eate de la science, car je n\u2019oublierai pas l\u2019humiliation que nous venons de subir devant cet esclave noir. \u00bb Ce n\u2019\u00e9tait pas une humiliation : c\u2019\u00e9tait la science qui remettait chacun \u00e0 sa place.<\/p>\n<p><strong>T\u00e2w\u00fbs ibn Kays\u00e2n<\/strong>, d\u2019origine persane, fit quarante fois le p\u00e8lerinage et la navette entre le Y\u00e9men et le sanctuaire ; il mourut \u00e0 La Mecque pendant le hajj de l\u2019an 106, et l\u2019on dut, rapportent les biographes, emp\u00eacher la foule d\u2019\u00e9craser son cercueil.<\/p>\n<p><strong>\u2019Ikrimah<\/strong>, d\u2019origine berb\u00e8re, l\u2019affranchi d\u2019Ibn \u2019Abb\u00e2s lui-m\u00eame, que son ma\u00eetre avait fait instruire jusqu\u2019\u00e0 l\u2019obsession \u2014 on raconte qu\u2019il l\u2019encha\u00eenait pour lui faire apprendre le Coran et les traditions. Il porta le tafs\u00eer de son ma\u00eetre jusqu\u2019aux provinces lointaines, et mourut en l\u2019an 105.<\/p>\n<p>Deux sanctuaires, deux vocations : M\u00e9dine, gardienne du fiqh et de la pratique transmise ; La Mecque, m\u00e8re de l\u2019ex\u00e9g\u00e8se. Et entre les deux, le p\u00e8lerinage annuel, rendez-vous o\u00f9 toute la Ummah savante se retrouvait, comparait ses sciences et repartait enrichie : le premier congr\u00e8s permanent de l\u2019histoire du savoir.<\/p>\n<h3>9. K\u00fbfah et Basrah : l\u2019Irak aux deux visages<\/h3>\n<h4>K\u00fbfah : le laboratoire du droit<\/h4>\n<p>K\u00fbfah avait re\u00e7u Ibn Mas\u2019\u00fbd \u2014 et \u2019Al\u00ee y ajouta son califat. Les historiens comptent par centaines les compagnons pass\u00e9s par K\u00fbfah ou fix\u00e9s en elle. De cette double semence sortit la plus disciplin\u00e9e des \u00e9coles.<\/p>\n<p><strong>\u2019Alqamah ibn Qays<\/strong>, dont on disait qu\u2019il ressemblait \u00e0 Ibn Mas\u2019\u00fbd dans sa guidance et sa tenue comme Ibn Mas\u2019\u00fbd ressemblait au Proph\u00e8te \ufdfa dans les siennes ; <strong>al-Aswad ibn Yaz\u00eed<\/strong>, son neveu, qui fit, rapportent les biographes, quatre-vingts p\u00e8lerinages ; <strong>Masr\u00fbq ibn al-Ajda\u2019<\/strong>, dont le nom m\u00eame dit l\u2019enfance \u2014 il avait \u00e9t\u00e9 vol\u00e9, <em>masr\u00fbq<\/em>, tout petit \u2014 et dont la femme raconte qu\u2019elle s\u2019asseyait derri\u00e8re lui pendant ses longues pri\u00e8res et pleurait de compassion pour ses jambes enfl\u00e9es ; il voyageait, disait-il, pour une seule lettre. Et <strong>Shurayh le juge<\/strong>, que \u2019Umar avait nomm\u00e9 et qui rendit la justice \u00e0 K\u00fbfah pendant pr\u00e8s de soixante ans : six d\u00e9cennies de jurisprudence appliqu\u00e9e, cas apr\u00e8s cas. Les historiens racontent que \u2019Al\u00ee, calife, comparut devant lui contre un juif qui d\u00e9tenait sa cotte de mailles, et que Shurayh donna tort au calife, faute de t\u00e9moins recevables \u2014 et que le juif, boulevers\u00e9, embrassa l\u2019islam et rendit la cotte. Que la lettre du r\u00e9cit soit discutable, il dit ce que K\u00fbfah attendait de ses juges.<\/p>\n<p>La g\u00e9n\u00e9ration suivante s\u2019y concentra en un homme : <strong>Ibr\u00e2h\u00eem an-Nakha\u2019\u00ee<\/strong>, neveu d\u2019al-Aswad, borgne, discret au point de fuir toute notori\u00e9t\u00e9, synth\u00e8se vivante de l\u2019\u00e9cole, dont les avis nourriront Hamm\u00e2d ibn Ab\u00ee Sulaym\u00e2n \u2014 et Hamm\u00e2d formera Ab\u00fb Han\u00eefah. Quand il mourut, vers l\u2019an 96, ash-Sha\u2019b\u00ee dit : \u00ab Il n\u2019a laiss\u00e9 personne qui lui ressemble. \u00bb La cha\u00eene qui m\u00e8ne au premier des quatre madhhabs est d\u00e9j\u00e0 enti\u00e8rement forg\u00e9e, maillon par maillon.<\/p>\n<h4>Basrah : la voix du c\u0153ur<\/h4>\n<p>Basrah, sa jumelle et rivale, re\u00e7ut d\u2019autres ma\u00eetres : Anas ibn M\u00e2lik, Ab\u00fb M\u00fbs\u00e2 al-Ash\u2019ar\u00ee, \u2019Imr\u00e2n ibn Husayn. Et elle produisit une \u00e9cole au visage plus spirituel.<\/p>\n<p><strong>Al-Hasan al-Basr\u00ee<\/strong> naquit \u00e0 M\u00e9dine, sous le califat de \u2019Umar, dans la maison d\u2019Umm Salamah dont sa m\u00e8re \u00e9tait la servante \u2014 et la m\u00e8re des croyants, rapportent les biographes, l\u2019allaita parfois elle-m\u00eame quand sa m\u00e8re s\u2019absentait. Il grandit parmi les compagnons ; Ab\u00fb Burdah disait n\u2019avoir vu personne qui leur ressembl\u00e2t davantage. Pr\u00e9dicateur de Basrah, il parlait de la mort du monde et de la vie du c\u0153ur avec une \u00e9loquence rest\u00e9e insurpass\u00e9e : \u00ab \u00d4 fils d\u2019Adam, tu n\u2019es qu\u2019un assemblage de jours ; chaque fois qu\u2019un jour s\u2019en va, une part de toi s\u2019en va. \u00bb Les puissants le craignaient et le consultaient ; les pauvres l\u2019aimaient. Le jour de sa mort, en l\u2019an 110, Basrah enti\u00e8re suivit son cercueil, et l\u2019on dit que, pour la premi\u00e8re fois, la pri\u00e8re de l\u2019apr\u00e8s-midi ne fut pas c\u00e9l\u00e9br\u00e9e dans la grande mosqu\u00e9e, faute de fid\u00e8les rest\u00e9s en ville.<\/p>\n<p><strong>Muhammad ibn S\u00eer\u00een<\/strong>, fils d\u2019un affranchi d\u2019Anas, le scrupuleux, p\u00e8re du \u00ab nommez-nous vos hommes \u00bb \u2014 cette exigence de savoir de qui l\u2019on tient chaque parole, qui deviendra la science de l\u2019isn\u00e2d. Sa pi\u00e9t\u00e9 allait jusqu\u2019\u00e0 l\u2019exc\u00e8s de d\u00e9licatesse : les biographes rapportent qu\u2019il alla en prison pour une dette contract\u00e9e apr\u00e8s avoir refus\u00e9 de vendre une cargaison d\u2019huile o\u00f9 l\u2019on avait trouv\u00e9 une souris morte, de peur de tromper l\u2019acheteur. Il mourut cent jours apr\u00e8s al-Hasan.<\/p>\n<p><strong>Qat\u00e2dah ibn Di\u2019\u00e2mah<\/strong>, l\u2019aveugle de naissance \u00e0 la m\u00e9moire absolue, dont Ahmad disait qu\u2019il \u00e9tait le plus m\u00e9morisateur des gens de Basrah. Il disait n\u2019avoir jamais demand\u00e9 \u00e0 un ma\u00eetre de r\u00e9p\u00e9ter un hadith.<\/p>\n<p>K\u00fbfah l\u2019analytique, Basrah la spirituelle : l\u2019Irak donnait d\u00e9j\u00e0 ses deux notes \u2014 et ses deux tentations, que la troisi\u00e8me partie examinera.<\/p>\n<h3>10. Le Ch\u00e2m, l\u2019\u00c9gypte et le Y\u00e9men<\/h3>\n<h4>Le Ch\u00e2m : la province des enseignants envoy\u00e9s<\/h4>\n<p>Le Ch\u00e2m re\u00e7ut ses ma\u00eetres par d\u00e9cret de \u2019Umar. <strong>Mu\u2019\u00e2dh ibn Jabal<\/strong>, dont le Proph\u00e8te \ufdfa avait dit qu\u2019il \u00e9tait le plus savant de sa communaut\u00e9 en mati\u00e8re de licite et d\u2019illicite (rapport\u00e9 par At-Tirmidh\u00ee, n\u00b0 3790-3791, et d\u2019autres ; jug\u00e9 authentique par ses voies), et que la peste de \u2019Amw\u00e2s emporta d\u00e8s l\u2019an 18, \u00e0 peine \u00e2g\u00e9 de trente-huit ans ; les biographes racontent qu\u2019il accueillit la maladie en disant qu\u2019elle \u00e9tait une mis\u00e9ricorde de son Seigneur. <strong>Ab\u00fb-d-Dard\u00e2\u2019<\/strong> le sage, qui tint \u00e0 Damas le premier grand cercle coranique de la province \u2014 on y comptait, rapportent les biographes, plus de mille cinq cents \u00e9l\u00e8ves r\u00e9partis en groupes de dix \u2014 et y mourut vers l\u2019an 32. <strong>\u2019Ub\u00e2dah ibn as-S\u00e2mit<\/strong>, l\u2019un des douze chefs de la nuit de \u2019Aqabah.<\/p>\n<p>Leur h\u00e9ritage passa aux t\u00e2bi\u2019\u00fbn du Ch\u00e2m : Ab\u00fb Idr\u00ees al-Khawl\u00e2n\u00ee, puis Makh\u00fbl, le mufti de Damas. Il faut y ajouter une figure que ce dossier retrouvera : \u2019Umar ibn \u2019Abd al-\u2019Az\u00eez, form\u00e9 \u00e0 M\u00e9dine aupr\u00e8s des sept juristes avant de gouverner depuis le Ch\u00e2m.<\/p>\n<h4>L\u2019\u00c9gypte : la terre de l\u2019\u00e9crit<\/h4>\n<p>L\u2019\u00c9gypte re\u00e7ut \u2019Amr ibn al-\u2019\u00c2s, son conqu\u00e9rant ; \u2019Uqbah ibn \u2019\u00c2mir \u2014 celui-l\u00e0 m\u00eame vers qui Ab\u00fb Ayy\u00fbb traversa le monde pour un seul hadith ; et \u2019Abdull\u00e2h ibn \u2019Amr ibn al-\u2019\u00c2s, l\u2019homme de la <em>Sah\u00eefah v\u00e9ridique<\/em>, qui avait obtenu du Proph\u00e8te \ufdfa la permission d\u2019\u00e9crire tout ce qu\u2019il entendait de lui. Sa feuille, transmise dans sa descendance, fit de l\u2019\u00c9gypte d\u00e8s l\u2019origine une terre d\u2019\u00e9crit. Plus tard, \u2019Umar ibn \u2019Abd al-\u2019Az\u00eez y enverra N\u00e2fi\u2019, l\u2019affranchi d\u2019Ibn \u2019Umar, pour y enseigner la Sunnah.<\/p>\n<h4>Le Y\u00e9men : la porte du sud<\/h4>\n<p>Le Y\u00e9men \u00e9tait servi depuis le vivant m\u00eame du Proph\u00e8te \ufdfa \u2014 Mu\u2019\u00e2dh, Ab\u00fb M\u00fbs\u00e2, \u2019Al\u00ee y furent envoy\u00e9s tour \u00e0 tour \u2014 et donna \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration suivante T\u00e2w\u00fbs, que nous avons crois\u00e9 \u00e0 La Mecque, et Wahb ibn Munabbih, le grand connaisseur des r\u00e9cits des anciennes \u00c9critures.<\/p>\n<p>Ce dernier nom appelle une mise au point : c\u2019est par des hommes comme Wahb et Ka\u2019b al-Ahb\u00e2r que des r\u00e9cits isra\u00e9lites \u2014 <em>isr\u00e2\u2019\u00eeliyy\u00e2t<\/em> \u2014 entr\u00e8rent dans les livres de la Ummah. Les savants en ont fix\u00e9 la r\u00e8gle en trois cat\u00e9gories, que le dossier du tafs\u00eer d\u00e9taillera : ce que l\u2019islam confirme est vrai ; ce qu\u2019il d\u00e9ment est faux ; et ce sur quoi il se tait se rapporte sans \u00eatre ni cru ni d\u00e9menti.<\/p>\n<h3>11. Les maw\u00e2l\u00ee : la science n\u2019a pas de lignage<\/h3>\n<p>Avant de quitter cette carte, arr\u00eatons-nous sur son trait le plus \u00e9tonnant \u2014 et le plus magnifique.<\/p>\n<p>Qui furent, ville par ville, les plus grands savants de la g\u00e9n\u00e9ration des t\u00e2bi\u2019\u00fbn ? \u00c0 La Mecque : \u2019At\u00e2\u2019, Muj\u00e2hid, T\u00e2w\u00fbs, \u2019Ikrimah \u2014 tous <em>maw\u00e2l\u00ee<\/em>, affranchis ou fils d\u2019affranchis, non-Arabes d\u2019origine. \u00c0 M\u00e9dine : N\u00e2fi\u2019, l\u2019affranchi d\u2019Ibn \u2019Umar, dont la transmission de son ma\u00eetre deviendra \u2014 par M\u00e2lik \u2014 la \u00ab cha\u00eene d\u2019or \u00bb du hadith, la plus s\u00fbre que connaissent les savants. \u00c0 Basrah : al-Hasan et Ibn S\u00eer\u00een, fils d\u2019affranchis. Au Y\u00e9men : T\u00e2w\u00fbs et Wahb, d\u2019ascendance persane.<\/p>\n<p>Un r\u00e9cit c\u00e9l\u00e8bre, rapport\u00e9 par les historiens, montre le calife \u2019Abd al-Malik interrogeant az-Zuhr\u00ee sur les ma\u00eetres de chaque m\u00e9tropole, et d\u00e9couvrant, ville apr\u00e8s ville, que la science \u00e9tait aux mains des <em>maw\u00e2l\u00ee<\/em> \u2014 \u00e0 la seule exception notable de K\u00fbfah, o\u00f9 dominait l\u2019Arabe Ibr\u00e2h\u00eem an-Nakha\u2019\u00ee. Et le calife de conclure que ces gens-l\u00e0 r\u00e9gneraient bient\u00f4t sur les Arabes du haut des chaires.<\/p>\n<p>Que la lettre du r\u00e9cit soit discutable, le fait massif, lui, ne l\u2019est pas : en deux g\u00e9n\u00e9rations, les fils des peuples conquis \u00e9taient devenus les ma\u00eetres religieux des conqu\u00e9rants, et les fils des conqu\u00e9rants s\u2019asseyaient \u00e0 leurs pieds sans que nul y trouv\u00e2t \u00e0 redire. Un calife apprenait ses rites d\u2019un ancien esclave noir ; les Arabes de M\u00e9dine recevaient leur hadith d\u2019un Persan affranchi.<\/p>\n<p>Aucune autre civilisation antique n\u2019offre ce spectacle. Il fallait pour cela qu\u2019une parole e\u00fbt renvers\u00e9 la table des valeurs : \u00ab Le plus noble d\u2019entre vous aupr\u00e8s d\u2019Allah est le plus pieux \u00bb (Coran 49, 13) ; et celle du Proph\u00e8te \ufdfa au P\u00e8lerinage d\u2019adieu : \u00ab Nulle sup\u00e9riorit\u00e9 de l\u2019Arabe sur le non-Arabe, ni du non-Arabe sur l\u2019Arabe, ni du blanc sur le noir, ni du noir sur le blanc, sinon par la pi\u00e9t\u00e9 \u00bb (rapport\u00e9 par Ahmad ; jug\u00e9 authentique).<\/p>\n<p>Pour le converti d\u2019aujourd\u2019hui \u00e0 qui l\u2019on demande de quel droit il parlerait de l\u2019islam, la r\u00e9ponse est \u00e9crite dans cette g\u00e9n\u00e9ration : du m\u00eame droit que N\u00e2fi\u2019, \u2019At\u00e2\u2019 et al-Hasan \u2014 celui de la science re\u00e7ue et v\u00e9rifi\u00e9e, qui n\u2019a jamais demand\u00e9 de p\u00e9digr\u00e9e.<\/p>\n<div class=\"a-retenir\">\n<p class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/p>\n<ul>\n<li>Les compagnons se sont dispers\u00e9s par la conqu\u00eate, par la politique d\u2019enseignement des califes, et par la fitnah elle-m\u00eame.<\/li>\n<li>M\u00e9dine (fiqh et pratique) et La Mecque (tafs\u00eer) sont les deux sanctuaires du savoir ; le p\u00e8lerinage annuel en est le congr\u00e8s permanent.<\/li>\n<li>K\u00fbfah (h\u00e9ritage d\u2019Ibn Mas\u2019\u00fbd, droit analytique) et Basrah (spiritualit\u00e9, rigueur de l\u2019isn\u00e2d) sont les deux visages de l\u2019Irak.<\/li>\n<li>Le Ch\u00e2m, l\u2019\u00c9gypte et le Y\u00e9men ont re\u00e7u leurs ma\u00eetres directement des compagnons envoy\u00e9s.<\/li>\n<li>Les plus grands savants de cette g\u00e9n\u00e9ration furent des affranchis non arabes : la science, en islam, n\u2019a jamais demand\u00e9 de lignage.<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<h2 class=\"section-partie\">Troisi\u00e8me partie \u2014 Ahl al-Had\u00eeth et Ahl ar-Ra\u2019y : deux temp\u00e9raments, une religion<\/h2>\n<h3>12. La naissance des deux tendances<\/h3>\n<p>De cette g\u00e9ographie du savoir naquit, insensiblement, une g\u00e9ographie des m\u00e9thodes \u2014 et il faut la pr\u00e9senter avec justice, car les caricatures abondent.<\/p>\n<p>On prit l\u2019habitude de distinguer les gens du hadith \u2014 <em>ahl al-had\u00eeth<\/em>, dont le c\u0153ur battait au Hij\u00e2z \u2014 et les gens de l\u2019opinion \u2014 <em>ahl ar-ra\u2019y<\/em>, dont la capitale fut K\u00fbfah. Mais qu\u2019on ne s\u2019y trompe pas : il ne s\u2019agit nullement d\u2019un parti de la fid\u00e9lit\u00e9 contre un parti de la trahison, ni d\u2019hommes du texte contre des hommes du d\u00e9sir. Les ma\u00eetres de K\u00fbfah r\u00e9v\u00e9raient le hadith \u2014 leur \u00e9cole descendait d\u2019Ibn Mas\u2019\u00fbd, porteur de la lecture m\u00eame du Proph\u00e8te \ufdfa. Les ma\u00eetres de M\u00e9dine pratiquaient l\u2019opinion \u2014 Sa\u2019\u00eed ibn al-Musayyib r\u00e9pondait bien aux questions que nul texte ne tranchait.<\/p>\n<p>La diff\u00e9rence fut de dosage, et elle s\u2019explique par les situations. Le Hij\u00e2z baignait dans les textes : des centaines de compagnons y avaient v\u00e9cu et transmis, la pratique h\u00e9rit\u00e9e de M\u00e9dine \u00e9clairait chaque question \u2014 pourquoi raisonner longuement quand l\u2019<em>athar<\/em> est \u00e0 port\u00e9e de main ? L\u2019Irak, lui, cumulait trois contraintes : un capital de hadiths locaux plus restreint, malgr\u00e9 la richesse de l\u2019h\u00e9ritage d\u2019Ibn Mas\u2019\u00fbd ; une soci\u00e9t\u00e9 neuve et m\u00eal\u00e9e \u2014 Arabes, Perses, commerce, monnaies, contrats in\u00e9dits \u2014 qui posait chaque jour des questions que M\u00e9dine ne se posait pas ; et surtout une terre de fitnah o\u00f9 les sectes fabriquaient des hadiths.<\/p>\n<p>Prenons un exemple concret. Un marchand de K\u00fbfah vend \u00e0 cr\u00e9dit une cargaison de soie venue de Perse, payable en monnaie sassanide, avec une clause de garantie inconnue des Arabes. Aucun hadith ne parle de soie persane ni de dirhams sassanides. Le juge de K\u00fbfah doit pourtant trancher : il cherche dans les textes la r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale \u2014 l\u2019interdiction de l\u2019usure, de l\u2019incertitude, de la fraude \u2014 et l\u2019applique par analogie au cas nouveau. Voil\u00e0 le <em>ra\u2019y<\/em>. \u00c0 M\u00e9dine, la m\u00eame question se poserait rarement, et l\u2019on y r\u00e9pondrait souvent par un pr\u00e9c\u00e9dent connu.<\/p>\n<p>Si bien que les ma\u00eetres k\u00fbfites, par prudence m\u00eame envers la Sunnah, durcirent leurs filtres d\u2019acceptation et, pour les cas que nul texte re\u00e7u ne couvrait, d\u00e9velopp\u00e8rent l\u2019art de l\u2019analogie \u2014 le <em>qiy\u00e2s<\/em> \u2014 et jusqu\u2019aux questions hypoth\u00e9tiques, cette casuistique pr\u00e9ventive qui fit dire aux M\u00e9dinois, avec un sourire, que l\u2019Irak \u00e9tait le pays des <em>ara\u2019ayta<\/em> \u2014 des \u00ab dis-moi, et si&#8230; ? \u00bb.<\/p>\n<p>Deux prudences, en v\u00e9rit\u00e9 : la prudence hij\u00e2zienne craignait de parler sans texte ; la prudence irakienne craignait d\u2019attribuer au Proph\u00e8te \ufdfa un texte douteux. Deux mani\u00e8res d\u2019honorer le m\u00eame d\u00e9p\u00f4t.<\/p>\n<h3>13. Le ra\u2019y disciplin\u00e9 et ses garde-fous<\/h3>\n<p>Encore fallait-il que l\u2019opinion rest\u00e2t servante et ne dev\u00eent pas ma\u00eetresse \u2014 et c\u2019est ici que la g\u00e9n\u00e9ration des t\u00e2bi\u2019\u00fbn a fix\u00e9 des garde-fous que toute la suite de notre s\u00e9rie retrouvera.<\/p>\n<p><strong>Premier garde-fou<\/strong> : le <em>ra\u2019y<\/em> l\u00e9gitime n\u2019est pas le go\u00fbt personnel mais le raisonnement adoss\u00e9 aux textes \u2014 \u00e9tendre la r\u00e8gle r\u00e9v\u00e9l\u00e9e \u00e0 un cas semblable par la cause qui la fonde, comme \u2019Umar l\u2019avait appris \u00e0 Ab\u00fb M\u00fbs\u00e2 dans son \u00e9p\u00eetre sur la judicature : conna\u00eetre les ressemblances et les analogies, puis mesurer les affaires \u00e0 leur aune. Ce que le Livre lui-m\u00eame enseigne : en cas de divergence, de tout ramener \u00e0 Allah et au Messager (Coran 4, 59) ; et \u00e0 qui ne sait pas, d\u2019interroger les gens du Rappel (Coran 16, 43) \u2014 non d\u2019improviser.<\/p>\n<p><strong>Deuxi\u00e8me garde-fou<\/strong> : le texte authentique, lorsqu\u2019il parvient, l\u2019emporte sur toute opinion \u2014 principe que les ma\u00eetres des deux \u00e9coles professaient d\u2019une seule voix, et dont les quatre imams feront leur devise commune, chacun d\u00e9clarant que son avis se jette d\u00e8s lors que le hadith authentique le contredit.<\/p>\n<p><strong>Troisi\u00e8me garde-fou<\/strong> : l\u2019humilit\u00e9 de dire \u00ab je ne sais pas \u00bb \u2014 dont Ibn \u2019Umar fut le mod\u00e8le et que les t\u00e2bi\u2019\u00fbn \u00e9rig\u00e8rent en vertu cardinale. Ash-Sha\u2019b\u00ee, le grand savant de K\u00fbfah, r\u00e9pondait \u00ab je ne sais pas \u00bb sans embarras, et ajoutait que c\u2019\u00e9tait l\u00e0 la moiti\u00e9 de la science, rapportent les biographes.<\/p>\n<p>Chaque tendance avait sa pente : le litt\u00e9ralisme sec qui fige la lettre en oubliant sa cause ; la sp\u00e9culation qui enjambe la lettre au nom de sa cause suppos\u00e9e. L\u2019histoire des sciences que nous allons \u00e9crire est celle de leur \u00e9quilibrage mutuel : M\u00e2lik h\u00e9ritera de M\u00e9dine ; Ab\u00fb Han\u00eefah de K\u00fbfah ; ash-Sh\u00e2fi\u2019\u00ee les conciliera ; Ahmad scellera le primat de l\u2019<em>athar<\/em>. Quatre fruits d\u2019un m\u00eame arbre, dont les racines viennent d\u2019\u00eatre d\u00e9crites.<\/p>\n<p>Retenons la le\u00e7on d\u2019\u00e9poque : la Ummah n\u2019a pas eu \u00e0 choisir entre la m\u00e9moire et l\u2019intelligence ; elle a disciplin\u00e9 l\u2019intelligence par la m\u00e9moire, et vivifi\u00e9 la m\u00e9moire par l\u2019intelligence.<\/p>\n<div class=\"a-retenir\">\n<p class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/p>\n<ul>\n<li>\u00ab Gens du hadith \u00bb et \u00ab gens de l\u2019opinion \u00bb ne sont pas deux religions ni deux camps : deux dosages d\u2019une m\u00eame fid\u00e9lit\u00e9, n\u00e9s de situations diff\u00e9rentes.<\/li>\n<li>L\u2019Irak, terre neuve et terre de fitnah, a d\u00e9velopp\u00e9 l\u2019analogie et durci ses filtres ; le Hij\u00e2z, riche en textes, s\u2019en est tenu aux pr\u00e9c\u00e9dents.<\/li>\n<li>Trois garde-fous communs : raisonner \u00e0 partir des textes, faire primer le hadith authentique sur toute opinion, savoir dire \u00ab je ne sais pas \u00bb.<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<h2 class=\"section-partie\">Quatri\u00e8me partie \u2014 Vers l\u2019\u00e9criture organis\u00e9e<\/h2>\n<h3>14. \u2019Umar ibn \u2019Abd al-\u2019Az\u00eez : l\u2019ordre d\u2019\u00e9crire<\/h3>\n<p>\u00c0 mesure que le premier si\u00e8cle s\u2019achevait, une inqui\u00e9tude montait chez les meilleurs : les porteurs mouraient. Chaque d\u00e9c\u00e8s d\u2019un savant emportait une biblioth\u00e8que \u2014 Ab\u00fb Hurayrah l\u2019avait dit aux fun\u00e9railles de Zayd ibn Th\u00e2bit, rapportent les biographes : \u00ab Aujourd\u2019hui a \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9e une science immense. \u00bb<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse vint d\u2019un homme que notre s\u00e9rie a d\u00e9j\u00e0 salu\u00e9 : <strong>\u2019Umar ibn \u2019Abd al-\u2019Az\u00eez<\/strong>, arri\u00e8re-petit-fils de \u2019Umar ibn al-Khatt\u00e2b par sa m\u00e8re, form\u00e9 \u00e0 M\u00e9dine dans le cercle des sept juristes, port\u00e9 au califat en l\u2019an 99 \u2014 et dont les trente mois de r\u00e8gne pes\u00e8rent plus lourd que des d\u00e9cennies. Prince umayyade \u00e9lev\u00e9 dans le luxe, il changea le jour o\u00f9 il devint calife : il renvoya les chevaux de parade, vendit les parfums, refusa que sa femme gard\u00e2t ses bijoux, et se mit \u00e0 pleurer, rapportent les biographes, en pensant aux pauvres du Khur\u00e2s\u00e2n dont il aurait \u00e0 r\u00e9pondre. Les historiens l\u2019appellent le cinqui\u00e8me des califes bien guid\u00e9s.<\/p>\n<p>C\u2019est lui qui franchit le pas que nous attendions depuis le premier dossier : il \u00e9crivit \u00e0 son gouverneur de M\u00e9dine, Ab\u00fb Bakr ibn Hazm \u2014 al-Bukh\u00e2r\u00ee l\u2019a consign\u00e9 en t\u00eate de son Livre de la science :<\/p>\n<blockquote class=\"verset-encadre\">\n<p>\u00ab Regarde ce qui existe du hadith du Messager d\u2019Allah \ufdfa et mets-le par \u00e9crit, car je crains l\u2019effacement de la science et la disparition des savants ; et n\u2019accepte que le hadith du Proph\u00e8te \ufdfa ; et que la science soit r\u00e9pandue, et que l\u2019on s\u2019asseye pour enseigner, afin que soit instruit celui qui ne sait pas \u2014 car la science ne p\u00e9rit que lorsqu\u2019elle devient secr\u00e8te. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chaque mot de cette lettre m\u00e9rite d\u2019\u00eatre pes\u00e9. La crainte \u2014 l\u2019effacement \u2014 dit la cause. La consigne \u2014 \u00ab n\u2019accepte que le hadith du Proph\u00e8te \ufdfa \u00bb \u2014 dit la m\u00e9thode : collecter n\u2019est pas tout prendre, c\u2019est trier. Et l\u2019ordre final \u2014 enseigner publiquement \u2014 dit la fin : non des archives, mais une transmission vivante d\u00e9sormais adoss\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9crit.<\/p>\n<p>Les savants furent ses conseillers autant qu\u2019il fut leur calife : les biographes ont conserv\u00e9 les lettres qu\u2019al-Hasan al-Basr\u00ee lui adressait sur la mort, la justice et la vigilance du gouvernant \u2014 dialogue entre le tr\u00f4ne et la science qui dit tout du climat de ce r\u00e8gne.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 l\u2019antique r\u00e9ticence envers l\u2019\u00e9criture, dont notre premier dossier a expos\u00e9 les raisons et la lev\u00e9e progressive, elle n\u2019avait plus d\u2019objet : le Coran r\u00e9gnait sans rival dans un mushaf unifi\u00e9, et le danger avait chang\u00e9 de camp \u2014 ce n\u2019\u00e9tait plus la confusion des deux R\u00e9v\u00e9lations qu\u2019il fallait craindre, mais la perte de la seconde.<\/p>\n<h3>15. Az-Zuhr\u00ee et la premi\u00e8re codification<\/h3>\n<p>L\u2019homme de la t\u00e2che fut <strong>Muhammad ibn Muslim ibn Shih\u00e2b az-Zuhr\u00ee<\/strong> \u2014 et M\u00e2lik dira de lui, rapportent les biographes : \u00ab Le premier qui consigna la science fut Ibn Shih\u00e2b. \u00bb<\/p>\n<p>Qurayshite de M\u00e9dine, \u00e9l\u00e8ve de Sa\u2019\u00eed ibn al-Musayyib dont il fr\u00e9quenta le cercle huit ann\u00e9es durant, d\u2019\u2019Urwah et des ma\u00eetres m\u00e9dinois, dou\u00e9 d\u2019une m\u00e9moire dont les anecdotes des biographes donnent le vertige \u2014 \u00ab je n\u2019ai jamais confi\u00e9 une chose \u00e0 mon c\u0153ur qu\u2019il l\u2019ait oubli\u00e9e \u00bb, disait-il \u2014, il fut l\u2019instrument par lequel la g\u00e9n\u00e9ration des cercles devint la g\u00e9n\u00e9ration des recueils. Il notait tout, jusque sur les murs de sa chambre, et sa femme se plaignait, dit-on, que ses livres lui \u00e9taient plus p\u00e9nibles que trois co\u00e9pouses. \u00c0 la demande de \u2019Umar ibn \u2019Abd al-\u2019Az\u00eez, il fit \u00e9tablir et exp\u00e9dier des cahiers de hadiths v\u00e9rifi\u00e9s vers les provinces \u2014 rapportent les historiens \u2014, premi\u00e8re circulation officielle d\u2019un corpus \u00e9crit de la Sunnah.<\/p>\n<p>Qu\u2019on situe exactement cette \u0153uvre dans la longue cha\u00eene que notre s\u00e9rie suit depuis le d\u00e9but. Elle ne cr\u00e9e pas l\u2019\u00e9crit \u2014 les <em>sah\u00eefahs<\/em> des compagnons existaient d\u00e8s la premi\u00e8re heure, la lettre de \u2019Umar II le prouve puisqu\u2019il ordonne de chercher ce qui existe. Elle ne remplace pas la m\u00e9moire ni l\u2019<em>isn\u00e2d<\/em> \u2014 chaque hadith consign\u00e9 garde sa cha\u00eene, et l\u2019oral continue de contr\u00f4ler l\u2019\u00e9crit comme l\u2019\u00e9crit fixe l\u2019oral. Elle organise.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s elle viendront, en cascade que le dossier des sciences racontera : les recueils class\u00e9s par chapitres de la g\u00e9n\u00e9ration suivante \u2014 Ibn Jurayj \u00e0 La Mecque, al-Awz\u00e2\u2019\u00ee au Ch\u00e2m, Ma\u2019mar au Y\u00e9men, Sufy\u00e2n ath-Thawr\u00ee \u00e0 K\u00fbfah, jusqu\u2019au <em>Muwatta\u2019<\/em> de M\u00e2lik ; puis les <em>musnads<\/em> ; puis les deux <em>Sah\u00eeh<\/em>.<\/p>\n<p>Az-Zuhr\u00ee servit aussi les cours umayyades, et il s\u2019en expliqua devant ses \u00e9l\u00e8ves avec une lucidit\u00e9 que les biographes ont conserv\u00e9e : mieux valait, jugeait-il, la pr\u00e9sence d\u2019un savant qui dit le vrai aux puissants que leur abandon aux flatteurs \u2014 <em>ijtih\u00e2d<\/em> discut\u00e9 en son temps m\u00eame, et qui du moins ne plia jamais sa transmission : nul n\u2019a jamais pu montrer un hadith que la cour lui aurait dict\u00e9.<\/p>\n<p>Il mourut en l\u2019an 124, dans son domaine aux confins du Hij\u00e2z et du Ch\u00e2m, laissant la Sunnah engag\u00e9e sur la voie dont elle ne sortirait plus : v\u00e9rifi\u00e9e par l\u2019<em>isn\u00e2d<\/em>, port\u00e9e par la m\u00e9moire, gard\u00e9e par l\u2019\u00e9crit.<\/p>\n<h3>16. La fin d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration, l\u2019an\u00e9antissement conjur\u00e9<\/h3>\n<p>Faisons les comptes de ce si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Vers l\u2019an 110 mourut \u00e0 La Mecque <strong>Ab\u00fb at-Tufayl \u2019\u00c2mir ibn W\u00e2thilah<\/strong> \u2014 le dernier des compagnons, selon les savants des <em>rij\u00e2l<\/em> : cent ans apr\u00e8s l\u2019h\u00e9gire, comme l\u2019avait laiss\u00e9 entendre le Proph\u00e8te \ufdfa un soir en disant qu\u2019au bout de cent ans ne resterait sur terre nul de ceux qui s\u2019y trouvaient cette nuit-l\u00e0 (Sah\u00eeh al-Bukh\u00e2r\u00ee, n\u00b0 116 ; Sah\u00eeh Muslim, n\u00b0 2537). La m\u00eame d\u00e9cennie emporta al-Hasan al-Basr\u00ee puis, cent jours apr\u00e8s lui, Ibn S\u00eer\u00een. L\u2019an 94 avait \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 par les historiens \u00ab l\u2019ann\u00e9e des juristes \u00bb, tant il faucha de ma\u00eetres \u00e0 M\u00e9dine, Sa\u2019\u00eed ibn al-Musayyib et \u2019Urwah en t\u00eate selon plusieurs d\u2019entre eux.<\/p>\n<p>Or \u2014 et c\u2019est ici que ce dossier livre sa preuve \u2014 cette h\u00e9catombe de porteurs ne co\u00fbta \u00e0 la Ummah ni un verset, ni une pratique, ni un chapitre de sa religion. Comparons : combien de sagesses antiques sont mortes avec leurs derniers d\u00e9tenteurs ? combien d\u2019\u00e9coles se sont \u00e9teintes faute d\u2019un successeur ? Ici, chaque ma\u00eetre mourant laissait dix ma\u00eetres form\u00e9s, chaque cercle essaimait en cercles, et l\u2019\u00e9crit venait doubler la m\u00e9moire au moment exact o\u00f9 la m\u00e9moire devenait mortelle.<\/p>\n<p>Le verset de la mission \u2014 \u00ab que de chaque groupe, des hommes se consacrent \u00e0 l\u2019\u00e9tude \u00bb \u2014 avait \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9 \u00e0 la lettre, et la parole proph\u00e9tique sur les h\u00e9ritiers des proph\u00e8tes avait trouv\u00e9 ses l\u00e9gataires. La cha\u00eene ne s\u2019\u00e9tait pas rompue : elle s\u2019\u00e9tait ramifi\u00e9e.<\/p>\n<div class=\"a-retenir\">\n<p class=\"a-retenir-label\">\u00c0 retenir<\/p>\n<ul>\n<li>Vers l\u2019an 100, les porteurs vivants de la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration disparaissent ; la crainte de l\u2019effacement devient un enjeu d\u2019\u00c9tat.<\/li>\n<li>\u2019Umar ibn \u2019Abd al-\u2019Az\u00eez ordonne la mise par \u00e9crit officielle du hadith, en exigeant le tri et l\u2019enseignement public.<\/li>\n<li>Az-Zuhr\u00ee organise le corpus : l\u2019\u00e9crit ne remplace ni la m\u00e9moire ni l\u2019isn\u00e2d, il les double.<\/li>\n<li>Aucune part de la religion n\u2019a \u00e9t\u00e9 perdue avec la mort de ses premiers porteurs : la cha\u00eene s\u2019est ramifi\u00e9e, non rompue.<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<h3 class=\"section-special\">Objections et r\u00e9ponses<\/h3>\n<p>Ce chapitre rassemble, comme dans les dossiers pr\u00e9c\u00e9dents, les objections qu\u2019un lecteur non musulman \u2014 ou un musulman troubl\u00e9 \u2014 pourrait opposer au r\u00e9cit qui pr\u00e9c\u00e8de.<\/p>\n<p><strong>\u00ab Ab\u00fb Hurayrah a rapport\u00e9 plus de hadiths en quatre ans que les grands compagnons en vingt : cela sent l\u2019invention. \u00bb<\/strong> Le volume s\u2019explique par trois faits v\u00e9rifiables : une pr\u00e9sence continue et exclusive aupr\u00e8s du Proph\u00e8te \ufdfa, quand les autres avaient m\u00e9tier et famille ; une long\u00e9vit\u00e9 de pr\u00e8s de cinquante ans apr\u00e8s lui, pass\u00e9e \u00e0 enseigner ; et des centaines d\u2019\u00e9l\u00e8ves qui multiplient les voies de transmission \u2014 un m\u00eame hadith rapport\u00e9 par vingt \u00e9l\u00e8ves compte pour vingt dans les recensions anciennes. Ajoutons que sa transmission fut contr\u00f4l\u00e9e de son vivant par \u2019\u00c2\u2019ishah, par \u2019Umar, par ses \u00e9l\u00e8ves, et que ceux qui l\u2019ont mis \u00e0 l\u2019\u00e9preuve n\u2019ont trouv\u00e9 aucune faille. Ses contestataires modernes n\u2019ont jamais produit un hadith dont on puisse montrer qu\u2019il l\u2019a invent\u00e9.<\/p>\n<p><strong>\u00ab Une transmission orale pendant un si\u00e8cle ne peut pas \u00eatre fiable. \u00bb<\/strong> Cette objection suppose que l\u2019oral fut solitaire et sans contr\u00f4le. Le dossier a montr\u00e9 le contraire : la halqah avec sa r\u00e9citation v\u00e9rifi\u00e9e, la r\u00e9vision mutuelle, l\u2019exigence de nommer ses sources, les voyages pour confronter les versions, et l\u2019\u00e9crit d\u00e8s la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration \u2014 la feuille de \u2019Abdull\u00e2h ibn \u2019Amr, les cahiers des \u00e9l\u00e8ves d\u2019Ibn \u2019Abb\u00e2s \u2014 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ordre de codification de \u2019Umar II. La transmission de la Sunnah n\u2019est pas une cha\u00eene de rumeurs : c\u2019est un r\u00e9seau de t\u00e9moins qui se contr\u00f4lent mutuellement, dont on poss\u00e8de les noms, les dates et les biographies.<\/p>\n<p><strong>\u00ab L\u2019islam a exclu les femmes du savoir. \u00bb<\/strong> \u2019\u00c2\u2019ishah corrigeait les compagnons ; \u2019Amrah, Hafsah bint S\u00eer\u00een, Umm ad-Dard\u00e2\u2019 enseignaient \u00e0 des hommes, et un calife s\u2019asseyait dans le cercle de l\u2019une d\u2019elles. Il n\u2019y a pas de hadith de \u2019\u00c2\u2019ishah dans aucun recueil sans qu\u2019une femme figure dans la cha\u00eene. Ce que l\u2019histoire ult\u00e9rieure a pu faire de cet h\u00e9ritage est une autre question ; l\u2019origine, elle, est sans ambigu\u00eft\u00e9.<\/p>\n<p><strong>\u00ab La science religieuse fut l\u2019instrument de domination des Arabes conqu\u00e9rants. \u00bb<\/strong> La g\u00e9n\u00e9ration \u00e9tudi\u00e9e montre l\u2019inverse : les ma\u00eetres furent majoritairement des affranchis non arabes, et les conqu\u00e9rants apprenaient leur religion \u00e0 leurs pieds. Aucune autre civilisation antique n\u2019a confi\u00e9 son savoir sacr\u00e9 aux fils de ses vaincus.<\/p>\n<p><strong>\u00ab Les gens de l\u2019opinion ont remplac\u00e9 la r\u00e9v\u00e9lation par le raisonnement humain. \u00bb<\/strong> Le ra\u2019y des t\u00e2bi\u2019\u00fbn est un raisonnement \u00e0 partir des textes, non contre eux ; et ses propres ma\u00eetres professaient que le hadith authentique l\u2019emporte sur toute opinion. Les quatre imams, issus des deux \u00e9coles, tiendront la m\u00eame r\u00e8gle.<\/p>\n<p><strong>\u00ab Les rois umayyades ont command\u00e9 l\u2019\u00e9criture du hadith pour le contr\u00f4ler. \u00bb<\/strong> L\u2019ordre vint d\u2019un calife que les historiens musulmans eux-m\u00eames distinguent de sa dynastie pour sa pi\u00e9t\u00e9, et fut ex\u00e9cut\u00e9 par des savants dont l\u2019ind\u00e9pendance est document\u00e9e \u2014 Sa\u2019\u00eed ibn al-Musayyib flagell\u00e9, az-Zuhr\u00ee disant le vrai \u00e0 la cour. Et le corpus produit contient pr\u00e9cis\u00e9ment les hadiths qui limitent le pouvoir des rois, ce qu\u2019aucun pouvoir n\u2019aurait dict\u00e9.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Conclusion \u2014 Le relais est pass\u00e9<\/h3>\n<p>R\u00e9sumons ce que ce dossier \u00e9tablit, car chaque pi\u00e8ce compte dans l\u2019\u00e9difice de notre s\u00e9rie.<\/p>\n<p>La g\u00e9n\u00e9ration form\u00e9e jeune par le Proph\u00e8te \ufdfa a v\u00e9cu assez longtemps pour enseigner \u00e0 deux g\u00e9n\u00e9rations d\u2019\u00e9l\u00e8ves, et sa transmission fut massive, crois\u00e9e et contr\u00f4l\u00e9e \u2014 Ab\u00fb Hurayrah v\u00e9rifi\u00e9 par ses pairs et ses huit cents \u00e9l\u00e8ves, \u2019\u00c2\u2019ishah corrigeant les compagnons eux-m\u00eames, Ibn \u2019Abb\u00e2s interrogeant trente t\u00e9moins par question.<\/p>\n<p>Cette g\u00e9n\u00e9ration s\u2019est dispers\u00e9e selon la carte m\u00eame de l\u2019empire, et chaque m\u00e9tropole est devenue une \u00e9cole dont nous connaissons les ma\u00eetres, les \u00e9l\u00e8ves et la p\u00e9dagogie \u2014 jusqu\u2019aux affranchis non arabes portant la couronne du savoir, preuve vivante que cette religion n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 la propri\u00e9t\u00e9 d\u2019un sang.<\/p>\n<p>Les deux temp\u00e9raments m\u00e9thodologiques n\u00e9s de cette g\u00e9ographie \u2014 gens du hadith, gens de l\u2019opinion \u2014 ont grandi sous des garde-fous communs qui les ont gard\u00e9s l\u2019un et l\u2019autre dans la maison de la Sunnah.<\/p>\n<p>Et lorsque la mort a commenc\u00e9 de faucher les porteurs, la Ummah a doubl\u00e9 la m\u00e9moire par l\u2019\u00e9crit \u2014 sur ordre d\u2019un calife form\u00e9 par les juristes, ex\u00e9cut\u00e9 par un ma\u00eetre form\u00e9 par les m\u00eames : l\u2019\u00c9tat au service de la science, et non l\u2019inverse.<\/p>\n<p>Qui veut attaquer la transmission de l\u2019islam doit d\u00e9sormais expliquer comment tout cela \u2014 les cercles, les voyages, les recoupements, les dictionnaires d\u2019hommes, l\u2019\u00e9crit \u2014 aurait pu produire autre chose que ce qu\u2019il a produit : la religion du Proph\u00e8te \ufdfa, parvenue intacte \u00e0 ses h\u00e9ritiers.<\/p>\n<p>Mais au-del\u00e0 de la preuve, il y a les visages. Un homme qui tombait de faim pour ne pas manquer une parole. Une femme qui distribuait cent mille dirhams sans garder de quoi rompre son je\u00fbne. Un adolescent couch\u00e9 sur le seuil des anciens, le visage dans la poussi\u00e8re. Un vieillard qui donnait sa fille \u00e0 un \u00e9tudiant pauvre plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 un futur calife. Un esclave noir qui faisait attendre les rois. Ce sont eux qui nous ont apport\u00e9 cette religion. Quand nous r\u00e9citons un hadith, c\u2019est leur voix que nous entendons ; quand nous prions, ce sont leurs gestes que nous refaisons. Les aimer n\u2019est pas un sentiment : c\u2019est une dette.<\/p>\n<p>Mais pendant que les t\u00e2bi\u2019\u00fbn enseignaient, le monde entrait dans la maison. Les conqu\u00eates avaient fait de la Ummah la voisine \u2014 et l\u2019h\u00e9riti\u00e8re politique \u2014 des vieilles civilisations : \u00e9coles de Perse, \u00e9v\u00each\u00e9s et monast\u00e8res du Ch\u00e2m, acad\u00e9mies grecques d\u2019Alexandrie et de Harr\u00e2n. Des questions nouvelles frappaient \u00e0 la porte, port\u00e9es par des convertis instruits d\u2019autres sagesses et par des controversistes chr\u00e9tiens et juifs rompus \u00e0 la dialectique ; bient\u00f4t, des livres grecs passeraient en arabe, et avec eux des outils \u2014 et des poisons.<\/p>\n<p>Nous avons vu na\u00eetre les Jahmiyyah \u00e0 ce carrefour ; le prochain dossier racontera la suite : comment l\u2019islam a rencontr\u00e9 les cultures du Livre et de la philosophie, comment naquit de cette rencontre le mu\u2019tazilisme \u2014 la raison \u00e9rig\u00e9e en juge de la R\u00e9v\u00e9lation \u2014, et comment se dessina la ligne de partage entre la voie de l\u2019<em>athar<\/em> et les \u00e9coles du discours, dont l\u2019ash\u2019arisme.<\/p>\n<p>Qu\u2019Allah nous fasse marcher sur les traces de ceux dont Il a agr\u00e9\u00e9 la voie, qu\u2019Il nous compte parmi ceux qui les suivent avec excellence ; et qu\u2019Il couvre d\u2019\u00e9loges et de paix Son serviteur et Messager Mouhammad, sa famille, ses compagnons, et quiconque suit leur voie avec excellence jusqu\u2019au Jour de la r\u00e9tribution.<\/p>\n<h3 class=\"section-special\">Chronologie de la g\u00e9n\u00e9ration du relais (18-124 H)<\/h3>\n<p>Les dates de d\u00e9c\u00e8s des compagnons et des t\u00e2bi\u2019\u00fbn rel\u00e8vent des historiens et des livres de <em>rij\u00e2l<\/em> ; plusieurs comportent une marge d\u2019un an ou deux, signal\u00e9e par la mention \u00ab vers \u00bb.<\/p>\n<p>&#8211; <strong>18 H<\/strong> \u2014 La peste de \u2019Amw\u00e2s emporte au Ch\u00e2m Mu\u2019\u00e2dh ibn Jabal et Ab\u00fb \u2019Ubaydah.<\/p>\n<p>&#8211; <strong>32 H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019Ibn Mas\u2019\u00fbd \u00e0 M\u00e9dine et d\u2019Ab\u00fb-d-Dard\u00e2\u2019 \u00e0 Damas.<\/p>\n<p>&#8211; <strong>vers 45 H<\/strong> \u2014 Mort de Zayd ibn Th\u00e2bit \u2014 \u00ab aujourd\u2019hui a \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9e une science immense \u00bb, dit Ab\u00fb Hurayrah.<\/p>\n<p>&#8211; <strong>vers 50 H<\/strong> \u2014 Ab\u00fb Ayy\u00fbb al-Ans\u00e2r\u00ee meurt sous les murs de Constantinople.<\/p>\n<p>&#8211; <strong>vers 58 H<\/strong> \u2014 Mort de \u2019\u00c2\u2019ishah, m\u00e8re des croyants et savante de la communaut\u00e9.<\/p>\n<p>&#8211; <strong>vers 59 H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019Ab\u00fb Hurayrah, la plus grande m\u00e9moire de la Sunnah.<\/p>\n<p>&#8211; <strong>68 H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019Ibn \u2019Abb\u00e2s \u00e0 T\u00e2\u2019if.<\/p>\n<p>&#8211; <strong>vers 73 H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019Ibn \u2019Umar \u00e0 La Mecque.<\/p>\n<p>&#8211; <strong>vers 93 H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019Anas ibn M\u00e2lik \u00e0 Basrah, dernier compagnon d\u2019Irak.<\/p>\n<p>&#8211; <strong>94 H<\/strong> \u2014 \u00ab L\u2019ann\u00e9e des juristes \u00bb : M\u00e9dine perd plusieurs de ses sept ma\u00eetres, dont Sa\u2019\u00eed ibn al-Musayyib et \u2019Urwah selon plusieurs historiens.<\/p>\n<p>&#8211; <strong>vers 96 H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019Ibr\u00e2h\u00eem an-Nakha\u2019\u00ee, synth\u00e8se de l\u2019\u00e9cole de K\u00fbfah.<\/p>\n<p>&#8211; <strong>99-101 H<\/strong> \u2014 Califat de \u2019Umar ibn \u2019Abd al-\u2019Az\u00eez ; ordre officiel de mise par \u00e9crit du hadith.<\/p>\n<p>&#8211; <strong>vers 104 H<\/strong> \u2014 Mort de Muj\u00e2hid \u00e0 La Mecque et d\u2019ash-Sha\u2019b\u00ee \u00e0 K\u00fbfah.<\/p>\n<p>&#8211; <strong>105-106 H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019\u2019Ikrimah, puis de T\u00e2w\u00fbs \u00e0 La Mecque.<\/p>\n<p>&#8211; <strong>110 H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019al-Hasan al-Basr\u00ee puis, cent jours apr\u00e8s, d\u2019Ibn S\u00eer\u00een ; vers la m\u00eame ann\u00e9e s\u2019\u00e9teint \u00e0 La Mecque Ab\u00fb at-Tufayl, dernier des compagnons.<\/p>\n<p>&#8211; <strong>vers 114-117 H<\/strong> \u2014 Mort de \u2019At\u00e2\u2019 ibn Ab\u00ee Rab\u00e2h, puis de Qat\u00e2dah.<\/p>\n<p>&#8211; <strong>124 H<\/strong> \u2014 Mort d\u2019Ibn Shih\u00e2b az-Zuhr\u00ee, premier codificateur de la Sunnah.<\/p>\n<h2>Rep\u00e8res bibliographiques<\/h2>\n<p>Les deux versets cit\u00e9s litt\u00e9ralement dans ce dossier (Coran 9, 122 et 9, 100) le sont dans la traduction fran\u00e7aise de Rachid Maach, <em>Le Coran en fran\u00e7ais<\/em> (lecoranenfrancais.com), v\u00e9rifi\u00e9e \u00e0 la source ; les autres versets sont \u00e9voqu\u00e9s en paraphrase avec leur r\u00e9f\u00e9rence.<\/p>\n<p>Les hadiths d\u2019al-Bukh\u00e2r\u00ee et de Muslim suivent la num\u00e9rotation de Muhammad Fu\u2019\u00e2d \u2019Abd al-B\u00e2q\u00ee ; ceux des <em>Sunan<\/em>, la num\u00e9rotation usuelle de leurs \u00e9ditions de r\u00e9f\u00e9rence, leur degr\u00e9 \u00e9tant indiqu\u00e9 au fil du texte.<\/p>\n<p>Les biographies, anecdotes et dates qualifi\u00e9es de \u00ab rapport\u00e9es par les biographes \u00bb ou \u00ab par les historiens \u00bb proviennent des livres de <em>tabaq\u00e2t<\/em> et de <em>rij\u00e2l<\/em> ci-dessous : elles valent pour l\u2019histoire et l\u2019\u00e9dification, avec des cha\u00eenes de valeur in\u00e9gale, et ne fondent aucune conclusion de croyance. Les d\u00e9nombrements de hadiths par compagnon suivent la recension ancienne attribu\u00e9e \u00e0 Baq\u00ee ibn Makhlad, totaux incluant r\u00e9p\u00e9titions et voies multiples.<\/p>\n<p><strong>Sources premi\u00e8res cit\u00e9es<\/strong> : al-Bukh\u00e2r\u00ee (m. 256 H), <em>Al-J\u00e2mi\u2019 as-sah\u00eeh<\/em>, notamment le Livre de la science ; Muslim ibn al-Hajj\u00e2j (m. 261 H), <em>As-Sah\u00eeh<\/em> ; Ab\u00fb D\u00e2w\u00fbd (m. 275 H), <em>As-Sunan<\/em> ; At-Tirmidh\u00ee (m. 279 H), <em>Al-J\u00e2mi\u2019<\/em> ; an-Nas\u00e2\u2019\u00ee (m. 303 H), <em>As-Sunan<\/em> ; Ahmad ibn Hanbal (m. 241 H), <em>Al-Musnad<\/em> ; ad-D\u00e2rim\u00ee (m. 255 H), <em>As-Sunan<\/em>.<\/p>\n<p><strong>Biographies et g\u00e9n\u00e9rations<\/strong> : Ibn Sa\u2019d (m. 230 H), <em>At-Tabaq\u00e2t al-kubr\u00e2<\/em> ; Ab\u00fb Nu\u2019aym al-Asbah\u00e2n\u00ee (m. 430 H), <em>Hilyat al-awliy\u00e2\u2019<\/em> ; adh-Dhahab\u00ee (m. 748 H), <em>Siyar a\u2019l\u00e2m an-nubal\u00e2\u2019<\/em> et <em>Tadhkirat al-huff\u00e2z<\/em> ; Ibn Hajar al-\u2019Asqal\u00e2n\u00ee (m. 852 H), <em>Al-Is\u00e2bah<\/em> et <em>Tahdh\u00eeb at-tahdh\u00eeb<\/em> ; az-Zarkash\u00ee (m. 794 H), <em>Al-Ij\u00e2bah li-\u00eer\u00e2d m\u00e2 istadrakathu \u2019\u00c2\u2019ishah \u2019al\u00e2 as-sah\u00e2bah<\/em>.<\/p>\n<p><strong>Sur le m\u00e9rite de la science et sa transmission<\/strong> : Ibn \u2019Abd al-Barr (m. 463 H), <em>J\u00e2mi\u2019 bay\u00e2n al-\u2019ilm wa fadlih<\/em> ; al-Khat\u00eeb al-Baghd\u00e2d\u00ee (m. 463 H), <em>Taqy\u00eed al-\u2019ilm<\/em> et <em>Ar-Rihlah f\u00ee talab al-had\u00eeth<\/em>.<\/p>\n<p><strong>Histoire<\/strong> : at-Tabar\u00ee (m. 310 H), <em>T\u00e2r\u00eekh ar-rusul wa-l-mul\u00fbk<\/em> ; Ibn Kath\u00eer (m. 774 H), <em>Al-Bid\u00e2yah wa-n-nih\u00e2yah<\/em>.<\/p>\n<p class=\"dossier-nav\">\u2192 Suite : <a href=\"\/en\/approfondir-ma-foi\/aux-sources-du-savoir-islamique\/rencontre-des-cultures\/\">Dossier 5 \u2014 L\u2019islam \u00e0 la rencontre des cultures<\/a><\/p>\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les jeunes compagnons et les t\u00e2bi\u2019\u00fbn La dispersion du savoir dans les provinces de l\u2019islam Des \u00e9l\u00e8ves du Proph\u00e8te \ufdfa aux sept juristes de M\u00e9dine : comment la science a voyag\u00e9, s\u2019est enracin\u00e9e ville par ville, et s\u2019est pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 \u00eatre \u00e9crite. 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