La purification de l’âme (At-Tazkiyah)
Son importance en islam, les écoles de tazkiyah, et la tazkiyah de la Sunnah face à celle des gens de l’innovation
Son importance en islam, les écoles de tazkiyah, et la tazkiyah de la Sunnah face à celle des gens de l’innovation
Du morceau de chair qui rend sain tout le corps aux stations de la voie, d’al-Junayd à al-Ghazâlî et aux confréries, des six critères qui tracent la ligne au chemin praticable dès demain : la science du cœur, sans laquelle toutes les autres restent lettre morte.
Comment lire ce dossier
Ce dossier est le dix-septième et dernier de la série « Aux sources du savoir islamique ». Seize dossiers ont conduit le lecteur du Coran à la Sunnah, des Califes aux sectes, des tâbi’ûn à la rencontre des cultures, des sciences du Livre et du hadith aux quatre écoles, de la revivification aux fondements, aux principes et aux finalités de la Loi ; il reste ce que toutes ces sciences supposent et que nulle ne donne : le cœur qui les porte. La purification de l’âme — at-tazkiyah — est la science de ce cœur : ce qu’il doit devenir, ce qui le corrompt, ce qui le guérit, et la voie que la Sunnah a tracée pour y parvenir. Il suit le plan du séminaire dont cette série est issue : l’importance de la tazkiyah en islam, ses écoles, et la distinction entre la tazkiyah de la Sunnah et celle des gens de l’innovation. Il est écrit pour être lu d’une traite — et lentement, car c’est un dossier qui se lit avec le cœur autant qu’avec l’esprit —, avec des exemples pris dans la vie du Prophète ﷺ et des anciens, et une phrase à retenir au bout de chaque section ; il est écrit pour être vérifié, chaque affirmation portant sa référence ; et il est écrit avec l’équité que cette série a voulue partout, sur un sujet — le soufisme — où l’équité manque des deux côtés : ni le mépris de ceux qui tiennent toute spiritualité pour une innovation, ni la complaisance de ceux qui tiennent toute innovation pour une spiritualité. Avant la conclusion, un chapitre répond aux objections et aux questions qui reviennent le plus souvent — le soufisme comme « islam de paix », son origine « étrangère », les confréries, le maître, le dhikr collectif, les miracles, et la question du converti : comment purifier concrètement son âme ?
Une exigence commande ce dossier plus que tout autre : ne pas confondre le noyau scripturaire de la purification avec toutes les formes historiques qu’a prises le soufisme. Le mot « soufisme » désigne des réalités très différentes selon les siècles, les régions, les auteurs et les confréries, et il serait aussi imprudent de déclarer que tout ce qui porte ce nom est identique que de prétendre que tout ce qui le porte est conforme à la Sunnah ; la méthode retenue est donc de partir des textes, d’expliquer les notions, de présenter l’histoire avec prudence, de distinguer les positions des auteurs, puis de fournir des critères qui permettent d’évaluer une pratique ou un enseignement sans se contenter d’une étiquette. Une précaution s’impose aussi sur les citations : une phrase souvent répétée dans les livres de spiritualité n’a pas le statut d’un hadith authentique, et lorsqu’une formule est attribuée à un ancien sans chaîne vérifiée, elle est présentée ici comme une parole rapportée, non comme une parole prophétique — discipline particulièrement nécessaire dans une science qui traite du cœur, où l’émotion fait aisément passer une belle phrase pour une preuve. Enfin, il faut distinguer l’apparition d’un nom et l’apparition d’une pratique : que le mot « tasawwuf » n’existe pas sous sa forme technique à l’époque prophétique ne signifie pas que tout ce qu’il désigne est nouveau ; et qu’une pratique porte un nom ancien ne garantit pas qu’elle soit conforme à la Sunnah.
Repères terminologiques
Tazkiyah — La purification et la croissance de l’âme : la faire passer de ses défauts à ses vertus, selon le Coran et la Sunnah.
Nafs, qalb, rûh — L’âme comme siège des désirs, le cœur comme siège de la foi et de la connaissance, l’esprit comme souffle de vie — trois mots que les textes emploient et que les savants distinguent.
Ihsân — L’excellence : adorer Allah comme si on Le voyait, sachant qu’Il nous voit — le troisième degré de la religion selon le hadith de Jibrîl.
Zuhd, wara’ — Le détachement du monde, et le scrupule qui fait éviter le douteux.
Tasawwuf — Le soufisme : nom donné, à partir du deuxième siècle, à la science et à la pratique de la purification, avec ses écoles, ses maîtres et ses dérives.
Maqâmât, ahwâl — Les stations que le croyant acquiert par l’effort — repentir, patience, gratitude — et les états qui lui sont donnés sans effort.
Dhikr — Le rappel d’Allah, par la langue et par le cœur, selon les formules et les moments que la Sunnah a transmis.
Muhâsabah, murâqabah — L’examen de conscience, et la vigilance du cœur qui se sait vu.
Tarîqah — La voie : nom des confréries soufies organisées autour d’un maître et d’une chaîne, à partir du sixième siècle.
Shathiyyât — Les paroles extatiques, proférées dans un état d’absence, que les maîtres sobres ont désavouées.
Wahdat al-wujûd, hulûl — L’unité de l’être et l’incarnation : deux doctrines que les savants ont jugées étrangères à l’islam.
Isqât at-taklîf — La prétention que l’homme « arrivé » n’est plus tenu par la Loi — que tous les maîtres de la Sunnah ont condamnée.
Nafs ammârah, lawwâmah, mutma’innah — Les trois états de l’âme que le Coran nomme : celle qui commande le mal, celle qui se blâme, et celle qui est apaisée.
Ghibtah — L’émulation : souhaiter un bien semblable à celui d’autrui sans souhaiter sa disparition — permise, à la différence de l’envie.
Mujâhadah — L’effort contre l’âme, par lequel une station s’acquiert.
Ilhâm, ru’yâ — L’inspiration et le songe véridique : encouragements possibles, jamais preuves d’une règle.
Introduction — Le morceau de chair
Le Prophète ﷺ a dit qu’il est dans le corps un morceau de chair qui, sain, rend sain tout le corps, et qui, corrompu, corrompt tout le corps — et c’est le cœur (Sahîh al-Bukhârî, n° 52 ; Sahîh Muslim, n° 1599). Toutes les sciences de cette série ont pour objet ce que l’homme doit croire, savoir et faire ; celle-ci a pour objet ce qu’il doit être. Elle n’est pas une science de plus, ajoutée aux autres : elle est ce sans quoi les autres restent lettre morte — car on peut connaître le credo sans aimer, la Loi sans obéir, le hadith sans le vivre, et le Coran lui-même a averti que la foi n’est pas ce que la langue dit mais ce qui entre dans le cœur (Coran 49, 14). Le lecteur venu du dehors reconnaîtra ici une question que toutes les traditions se posent — comment devient-on bon ? — ; il verra que l’islam y répond par une voie précise, tracée par le Prophète ﷺ, vécue par les compagnons, décrite par des maîtres, et gardée par des règles ; et il verra pourquoi cette voie, plus que toute autre partie de la religion, a connu des excès — parce que le cœur est le lieu où l’homme est le plus seul, et le plus tenté de se croire arrivé. Le Coran a nommé cette science dans une sourate mecquoise, après sept serments :
« Par l’âme et Celui qui l’a idéalement formée, lui inspirant sa perversion ou sa piété ! Heureux celui qui l’aura purifiée, malheureux celui qui l’aura souillée. »
— Coran 91, 7-10
Qad aflaha man zakkâhâ — heureux celui qui l’a purifiée : le verbe est celui qui a donné son nom à la science, et il signifie à la fois purifier et faire croître, comme on purifie une plante de ses parasites pour qu’elle grandisse ; la zakât, l’aumône, porte le même nom, parce qu’elle purifie les biens et les fait croître. Le verset dit tout : l’âme est formée par Allah, elle porte en elle deux inclinations, et son bonheur dépend de ce que l’homme en fait — non par ses seules forces, car le Coran ajoute ailleurs qu’Allah purifie qui Il veut (Coran 24, 21), mais par un effort que la grâce accompagne. Ce dossier décrit cet effort, ses instruments et ses limites. Le double sens du verbe — purifier et faire croître — écarte d’emblée une erreur fréquente : imaginer la spiritualité comme une simple suppression des désirs. L’islam ne demande pas de devenir un être sans désir, sans émotion ni attachement ; il demande de remettre ces forces à leur juste place — le désir devient responsabilité familiale, la colère devient courage devant l’injustice, l’amour des biens devient générosité, la peur devient conscience morale, l’ambition devient service. Un exemple dit la différence que cette science produit : deux personnes reçoivent la même remarque ; la première examine ce qu’on lui dit, reconnaît sa part d’erreur et remercie celui qui l’a aidée ; la seconde cherche aussitôt à sauver son image, attaque le messager et transforme la discussion en procès de l’autre. La différence ne tient pas à la quantité de science possédée ; elle tient à l’état du cœur — et c’est cet état que la tazkiyah travaille.
Note de méthode
La grille de la série demeure, avec trois précautions propres à ce dossier. La première : les textes d’abord — chaque station, chaque remède, chaque pratique est fondée ici sur un verset ou un hadith authentique, parce que c’est le critère même qui distinguera, à la troisième partie, la tazkiyah de la Sunnah de ses contrefaçons. La deuxième : l’équité envers les maîtres du soufisme — nous citons ceux que la Ummah a reçus, al-Junayd, al-Qushayrî, al-Ghazâlî, ’Abd al-Qâdir al-Jîlânî, et ceux qui les ont critiqués de l’intérieur, Ibn al-Jawzî, Ibn Taymiyyah, Ibn al-Qayyim, az-Zarrûq, en distinguant ce que chacun a écrit de ce qu’on lui a fait dire, et en signalant les hadiths faibles que certains de leurs livres contiennent. La troisième : aucun savant vivant n’est cité, aucune confrérie contemporaine n’est jugée nommément — le dossier donne les critères, et le lecteur les applique. Et il retiendra la règle que les maîtres sobres ont tous posée, et qui commande ce dossier : la voie du cœur est bornée par le Livre et la Sunnah, et quiconque prétend s’en affranchir au nom de l’intérieur a quitté la voie.
Première partie — L’importance de la tazkiyah : ce que disent le Coran, la Sunnah et les anciens
1. Le Coran : une mission de purification
Le Coran présente la purification de l’âme comme l’une des quatre fonctions de la mission prophétique, dans trois versets que le lecteur a rencontrés au dossier de la Sunnah : Allah a envoyé un Messager qui récite les versets, purifie, enseigne le Livre et la Sagesse (Coran 2, 151 ; 3, 164 ; 62, 2) — yuzakkîhim, il les purifie, entre la récitation et l’enseignement, comme si la connaissance du Livre ne pouvait passer que par un cœur purifié. Il fait de cette purification la condition du salut — heureux celui qui s’est purifié et qui a invoqué le nom de son Seigneur et prié (Coran 87, 14-15) — et de la réussite au Jour du jugement, où ne serviront ni biens ni enfants, sinon à celui qui vient à Allah avec un cœur sain (Coran 26, 88-89) ; il décrit les cœurs — malades (Coran 2, 10), durs comme la pierre (Coran 2, 74), scellés (Coran 2, 7), apaisés par le rappel (Coran 13, 28), tremblants au nom d’Allah (Coran 8, 2) — avec une précision que nul traité de psychologie n’a dépassée ; et il nomme les maladies — l’orgueil d’Iblîs (Coran 2, 34), l’envie des fils d’Adam (Coran 5, 27-30), l’avarice, l’ostentation de qui dépense pour être vu (Coran 2, 264), l’amour des biens et de la vie d’ici-bas (Coran 3, 14) — comme il nomme leurs remèdes — le repentir, la patience, le rappel, la crainte, l’espérance, la confiance, la gratitude, la sincérité, la piété. Un lecteur qui ne connaîtrait de l’islam que le Coran saurait déjà que cette religion a pour but un cœur, et ce qu’il faut faire pour l’obtenir.
À retenir Purifier est l’une des quatre fonctions du Messager ﷺ selon trois versets ; le Coran décrit les cœurs, nomme leurs maladies et leurs remèdes, et fait du cœur sain la seule chose qui servira au Jour du jugement.
2. La Sunnah : le hadith de l’excellence et la voie du Prophète ﷺ
La Sunnah donne à cette science son nom le plus haut et son modèle. Le nom est celui du hadith de Jibrîl, que le dossier de la Sunnah a raconté : après l’islam — les cinq piliers — et la foi — les six articles —, l’ange demanda ce qu’est l’excellence, l’ihsân, et le Prophète ﷺ répondit : c’est que tu adores Allah comme si tu Le voyais, et si tu ne Le vois pas, Lui te voit (Sahîh Muslim, n° 8). Les savants ont vu dans ces trois degrés la structure de toute la religion — les actes, la croyance, et la qualité intérieure des deux —, et ils ont fait de l’ihsân le nom sunnite de ce que d’autres nommèrent tasawwuf : la science de l’adoration vue. Le modèle est la vie du Prophète ﷺ lui-même, dont la tazkiyah fut la trame : il priait la nuit jusqu’à ce que ses pieds enflent, et répondait à ’Â’ishah qui s’en étonnait — ne serais-je pas un serviteur reconnaissant ? (Sahîh al-Bukhârî, n° 4837) ; il demandait pardon plus de soixante-dix fois par jour (Sahîh al-Bukhârî, n° 6307) ; il faisait retraite à la mosquée les dix derniers jours de Ramadan ; il jeûnait le lundi et le jeudi ; il avait des invocations pour chaque moment du jour — le réveil, la toilette, le repas, le vêtement, la sortie, l’entrée, le coucher —, que les recueils ont conservées et que tout croyant peut apprendre ; il pleurait en écoutant le Coran, et il disait que son œil pleure mais que son cœur est soumis. Et il enseigna la voie en quelques maximes : que le fort n’est pas celui qui terrasse mais celui qui se maîtrise dans la colère (Sahîh al-Bukhârî, n° 6114) ; que l’envie dévore les bonnes œuvres comme le feu le bois ; que l’orgueil est de rejeter la vérité et de mépriser les gens (Sahîh Muslim, n° 91) ; que le cœur se rouille comme le fer et se polit par le rappel de la mort et la lecture du Coran ; que les actes les plus aimés d’Allah sont les plus constants, fussent-ils petits (Sahîh al-Bukhârî, n° 6464). La tazkiyah de la Sunnah n’est pas une doctrine : elle est une vie, et elle est décrite dans les moindres détails.
Deux précisions gardent l’ihsân de deux malentendus. L’ihsân touche la prière, mais ne s’y limite pas : travailler honnêtement lorsqu’aucun supérieur ne regarde, rendre une somme trouvée, parler avec justice d’un adversaire, tenir une promesse, maîtriser une colère, renoncer à une médisance sont autant d’exercices de présence à Allah, et le Prophète ﷺ a dit qu’Allah a prescrit l’excellence en toute chose, jusque dans la manière d’égorger une bête (Sahîh Muslim, n° 1955). Et l’ihsân ne signifie pas rechercher des phénomènes extraordinaires : il signifie vivre l’adoration et la conduite quotidienne sous le regard d’Allah — ce qui est plus rare, et plus haut, que toute extase.
À retenir L’ihsân — adorer Allah comme si on Le voyait — est le nom sunnite de la science du cœur ; le Prophète ﷺ en fut le modèle par sa prière, son repentir, ses invocations et ses maximes, décrites dans le moindre détail.
3. Les compagnons et les anciens : la tazkiyah vécue
Les compagnons furent les premiers purifiés, et leur exemple fixe la mesure. Abû Bakr pleurait en récitant le Coran au point que les Mecquois s’attroupaient ; ’Umar demandait aux gens de lui rappeler ses défauts et disait : jugez-vous vous-mêmes avant d’être jugés, pesez vos actes avant qu’ils ne soient pesés — la maxime qui fonde l’examen de conscience ; ’Uthmân pleurait devant les tombes ; ’Alî disait que le monde lui importait moins qu’un éternuement de chèvre ; Abû Dharr vivait dans le dénuement ; et tous furent, en même temps, des hommes de guerre, de commerce, de famille et de gouvernement — ce qui dit, dès l’origine, que la tazkiyah de l’islam n’est pas une fuite du monde. Le Prophète ﷺ l’avait refusée expressément : lorsque trois hommes voulurent renoncer au mariage, au sommeil et à la nourriture pour se consacrer à l’adoration, il dit — je jeûne et je romps le jeûne, je prie et je dors, et j’épouse des femmes ; qui se détourne de ma Sunnah n’est pas des miens (Sahîh al-Bukhârî, n° 5063) — et le Coran dit que le monachisme fut une invention que les chrétiens ne surent pas observer (Coran 57, 27). Les tâbi’ûn continuèrent : al-Hasan al-Basrî, dont le dossier des tâbi’ûn a dit la crainte et les larmes, et dont les sermons sur la mort et le monde sont la première littérature de la tazkiyah ; Ibn Sîrîn et son scrupule ; ’Umar ibn ’Abd al-’Azîz et sa pauvreté de calife. Puis vint la génération que la Ummah nomme les zuhhâd, les détachés, au deuxième siècle : Ibrâhîm ibn Adham, mort en cent soixante-deux, prince de Balkh qui quitta son royaume pour vivre du travail de ses mains ; al-Fudayl ibn ’Iyâd, mort en cent quatre-vingt-sept, brigand converti devenu le maître de La Mecque en piété, à qui l’on doit la phrase — l’action sincère et juste : sincère si elle est pour Allah, juste si elle est selon la Sunnah, et l’une ne vaut rien sans l’autre — ; ’Abdullâh ibn al-Mubârak, mort en cent quatre-vingt-un, que les dossiers du hadith ont montré fondateur de la critique et qui composa le premier Kitâb az-Zuhd ; Sufyân ath-Thawrî ; Ma’rûf al-Karkhî, mort en deux cent, à Bagdad ; et Ahmad ibn Hanbal, dont le dossier douze a dit le Kitâb az-Zuhd et la pauvreté. Ces hommes furent les maîtres du hadith, du fiqh et de la piété à la fois, et les savants du soufisme les tiennent pour leurs premiers imams ; le lecteur retiendra que la tazkiyah, dans sa source, fut la science des mêmes hommes qui gardèrent la Sunnah — et non celle d’une autre famille.
Il faut employer ces récits avec précision, car les anecdotes de piété abondent dans la littérature postérieure et leur niveau d’authenticité n’est pas uniforme. Une méthode solide distingue trois catégories : les faits établis par des sources fortes — la prière du Prophète ﷺ jusqu’à l’enflure des pieds, le refus du monachisme, les larmes d’Abû Bakr, que les deux Sahîh rapportent ; les paroles connues mais discutées dans leur chaîne — la maxime de ’Umar sur l’examen de conscience, celle d’al-Fudayl sur l’action sincère et juste, rapportées par les livres de zuhd ; et les récits édifiants des livres de manâqib — le prince de Balkh quittant son royaume —, dont l’usage doit rester prudent et qui valent pour l’exemple plus que pour l’histoire. Le lecteur les tiendra dans cet ordre, et il saura que la tazkiyah n’a pas besoin de récits douteux : ses preuves sont dans les deux premiers rangs.
À retenir Les compagnons furent purifiés sans fuir le monde — le Prophète ﷺ refusa le monachisme — ; puis al-Hasan al-Basrî, Ibrâhîm ibn Adham, al-Fudayl, Ibn al-Mubârak, Ahmad : les premiers maîtres de la tazkiyah furent les gardiens mêmes de la Sunnah.
Deuxième partie — La science du cœur : maladies, remèdes, stations
4. Les maladies du cœur
Les savants ont dressé, à partir des textes, la liste des maladies du cœur, et ils l’ont fait avec la précision d’un traité de médecine — al-Ghazâlî, dans le troisième quart de l’Ihyâ’, et Ibn al-Qayyim, dans plusieurs livres, en sont les grands cliniciens, et ce qui suit résume leur diagnostic avec ses textes. La première est l’orgueil — kibr —, que le Prophète ﷺ a défini : rejeter la vérité et mépriser les gens (Sahîh Muslim, n° 91), et dont il a dit qu’un grain suffit à fermer le Paradis ; c’est la maladie d’Iblîs, et sa forme la plus insidieuse est l’orgueil du savant et du dévot, qui se croient meilleurs pour ce qu’ils savent ou font. La deuxième est l’ostentation — riyâ’ —, que le Prophète ﷺ nomma l’association mineure : faire les œuvres pour être vu, et il rapporta qu’au Jour du jugement le premier jugé sera un homme qui a combattu, un homme qui a appris et un homme qui a donné, et qu’à chacun il sera dit — tu l’as fait pour qu’on dise de toi tel mot, et on l’a dit (Sahîh Muslim, n° 1905). La troisième est l’envie — hasad —, qui souhaite la perte du bien d’autrui, et que le Coran met dans la dernière sourate parmi les maux dont on cherche refuge (Coran 113, 5) ; le Prophète ﷺ en excepta deux envies permises — celle de l’homme à qui Allah a donné la science et qui l’enseigne, et celle de l’homme à qui Il a donné des biens et qui les dépense pour le bien (Sahîh al-Bukhârî, n° 73) —, envies d’émulation et non de perte. La quatrième est l’amour du monde — hubb ad-dunyâ —, racine de toutes les autres selon les anciens, que le Prophète ﷺ décrivit par cette image : sois en ce monde comme un étranger ou un voyageur (Sahîh al-Bukhârî, n° 6416). La cinquième est l’insouciance — ghaflah —, qui n’est pas une faute mais l’état où toutes les fautes prospèrent, et dont le Coran dit qu’elle voile les cœurs. Et il y a la colère, l’avarice, la suffisance — ’ujb —, qui fait admirer ses propres œuvres, la longue espérance qui remet le repentir, la médisance qui ronge les bonnes actions ; chacune a son texte, son diagnostic et son remède. Le lecteur notera que ces maladies sont celles de tout homme, et qu’aucune n’est réservée aux impies : les anciens les redoutaient pour eux-mêmes, et c’est ce qui les fit grands.
Le Coran a lui-même nommé les trois états de l’âme, et les maîtres en ont fait la carte de toute la voie : l’âme qui commande le mal — an-nafs al-ammârah bi-s-sû’, que l’épouse de l’Égyptien nomme en confessant sa faute (Coran 12, 53) —, l’âme qui se blâme — an-nafs al-lawwâmah, par laquelle Allah jure (Coran 75, 2), celle qui pèche puis se reproche et revient —, et l’âme apaisée — an-nafs al-mutma’innah, que le Seigneur appelle à Lui, satisfaite et agréée (Coran 89, 27-30). La tazkiyah est le passage de la première à la troisième par la seconde, et nul ne l’accomplit d’un coup. Trois précautions gouvernent le diagnostic. Parler de maladies du cœur ne nie pas la responsabilité individuelle ni ne réduit la religion à une psychologie : les auteurs décrivent des dispositions qui, lorsqu’elles s’installent, déforment la relation à Allah, à soi et aux autres — et dont on répond. La peur de l’ostentation ne doit pas conduire à abandonner une bonne action — c’est le piège que le Diable tend au dévot, disent les maîtres — : le remède est de corriger l’intention, de demander l’aide d’Allah, et d’apprendre à accomplir des œuvres que personne ne connaît, comme l’aumône que la main gauche ignore (Sahîh al-Bukhârî, n° 660). Et l’envie se distingue de l’émulation — la ghibtah —, qui souhaite un bien semblable sans souhaiter sa disparition, et que le hadith des deux envies loue. La tazkiyah commence par un diagnostic honnête : on ne soigne pas une maladie que l’on refuse de reconnaître, et le premier remède est de se regarder.
À retenir Orgueil, ostentation, envie, amour du monde, insouciance, suffisance : les maladies du cœur sont définies par les textes, avec la précision d’un traité de médecine — et les anciens les redoutaient d’abord pour eux-mêmes.
5. Les remèdes : la pharmacie de la Sunnah
À chaque maladie, la Sunnah oppose un remède, et les remèdes sont les mêmes que ceux que le Prophète ﷺ pratiquait — nul maître de la tazkiyah n’en a inventé un seul qui vaille. Le repentir — tawbah — d’abord, porte de tout le reste : Allah aime ceux qui se repentent (Coran 2, 222), et le Prophète ﷺ dit qu’Allah se réjouit du repentir de Son serviteur plus qu’un homme perdu au désert qui retrouve sa monture (Sahîh Muslim, n° 2747) ; il a ses conditions — cesser, regretter, résoudre de ne pas revenir, et restituer ce qui fut pris —, et il n’est jamais trop tard tant que l’âme n’atteint pas la gorge. Le rappel — dhikr — ensuite, dont le Coran dit que les cœurs s’apaisent par lui (Coran 13, 28), et dont le Prophète ﷺ a transmis les formules — la louange, la glorification, l’unicité, la demande de pardon, la prière sur lui — et les moments — le matin, le soir, après les prières, au coucher —, si bien que le croyant n’a rien à inventer : il a un livre d’invocations, celui d’an-Nawawî ou d’Ibn al-Qayyim, et il le pratique. La lecture du Coran, avec méditation, dont le dossier sept a dit qu’elle polit le cœur. La prière de nuit, que le Coran loue chez ceux dont les flancs se détachent des couches (Coran 32, 16) et que le Prophète ﷺ nomma l’habitude des vertueux. Le jeûne, qui brise le désir et éduque l’âme. L’aumône, qui purifie les biens et l’avarice. L’examen de conscience — muhâsabah —, selon la maxime de ’Umar, chaque soir. La vigilance — murâqabah —, qui est l’ihsân même : savoir qu’on est vu. Le rappel de la mort, dont le Prophète ﷺ dit qu’il faut le multiplier, et la visite des tombes qu’il ordonna pour cela. La compagnie des vertueux et l’éloignement des corrupteurs, car l’homme suit la religion de son ami (rapporté par Abû Dâwûd, n° 4833 ; jugé bon). Et la connaissance d’Allah par Ses noms et attributs, que le Coran répète à chaque page et dont Ibn al-Qayyim a montré qu’elle est le premier remède de tous, car on n’aime que ce qu’on connaît. Le lecteur mesure ce que cette liste a de commun avec celle des maîtres soufis les plus sobres : tout ; et ce qu’elle a de commun avec les rites inventés des confréries dévoyées : rien.
Trois précisions sur les remèdes, que les traités posent et que le lecteur pressé omet. Le repentir est plus qu’un regret : lorsqu’une faute concerne un droit d’autrui — un bien pris, une parole qui a blessé, une calomnie —, il implique la réparation, la restitution et, lorsque c’est approprié, la demande de pardon, sans quoi le repentir est incomplet ; les juristes l’ont fixé, et le Prophète ﷺ a averti que celui qui a lésé son frère s’en acquitte ici-bas avant le Jour où il n’y aura ni dinar ni dirham (Sahîh al-Bukhârî, n° 2449). Le rappel appelle une distinction que la section dix reprendra, car elle est le point même de la divergence entre la voie de la Sunnah et ses contrefaçons : l’origine d’une formule, le moment où elle se dit et la manière dont elle s’organise sont trois choses ; une formule authentiquement transmise ne garde pas le même statut si on lui attribue un nombre, un moment ou une procédure sans preuve — réciter la formule de l’unicité est une Sunnah, la réciter sept mille fois en cercle sur ordre d’un maître est une organisation que nul texte ne fonde. Et l’examen de conscience et la vigilance ont une application que le lecteur d’aujourd’hui reconnaîtra : avant de publier une parole agressive, la murâqabah introduit une pause — Il me voit — ; après l’avoir publiée, la muhâsabah examine la cause et corrige — et la première évite bien des secondes.
À retenir Repentir, rappel selon les formules transmises, Coran, prière de nuit, jeûne, aumône, examen de conscience, vigilance, rappel de la mort, compagnie des vertueux, connaissance des noms d’Allah : la pharmacie de la Sunnah est complète, et nul n’a inventé un remède qui vaille.
6. Les stations de la voie
Les maîtres ont décrit les étapes par lesquelles le cœur avance, et ils les ont nommées stations — maqâmât — pour ce que l’effort acquiert, et états — ahwâl — pour ce qui est donné sans effort ; le lecteur retiendra les stations, qui sont dans les textes, et se méfiera des cartes trop précises, qui sont des systèmes. Le repentir est la première, on l’a dit. La patience — sabr — vient ensuite, dont le Coran fait la condition de tout : Allah est avec les patients (Coran 2, 153), et le Prophète ﷺ dit que nul n’a reçu de don plus vaste (Sahîh al-Bukhârî, n° 1469) ; les savants en distinguent trois faces — la patience dans l’obéissance, la patience contre le péché, la patience dans l’épreuve. La gratitude — shukr — lui répond : si vous êtes reconnaissants, Je vous donnerai davantage (Coran 14, 7), et le Prophète ﷺ dit que la foi est faite de deux moitiés, la patience et la gratitude. La crainte — khawf — et l’espérance — rajâ’ — sont les deux ailes : le croyant vole entre elles, craignant son péché et espérant la miséricorde, et les anciens disaient que la crainte doit dominer dans la santé et l’espérance dans la maladie. La confiance — tawakkul — remet l’issue à Allah après avoir pris les moyens : attache ta chamelle et confie-toi à Allah, dit le Prophète ﷺ (rapporté par At-Tirmidhî, n° 2517 ; jugé bon). La sincérité — ikhlâs — est le sceau : ne rien faire que pour Allah, et le hadith des intentions la fonde. Le détachement — zuhd — n’est pas la pauvreté mais l’indifférence à ce qu’on possède : Ibn Taymiyyah le définissait comme laisser ce qui ne profite pas dans l’autre vie, et le scrupule — wara’ — comme laisser ce qui pourrait y nuire. Et l’amour — mahabbah — est la fin de tout : Allah les aime et ils L’aiment (Coran 5, 54), et le Prophète ﷺ dit que goûte la douceur de la foi celui pour qui Allah et Son Messager sont plus chers que tout (Sahîh al-Bukhârî, n° 16). Ces stations ne sont pas des degrés que l’on gravit une fois pour toutes : le croyant y monte et y retombe, et la voie est celle d’une vie entière — jusqu’à ce que te vienne la certitude, dit le Coran (Coran 15, 99), c’est-à-dire la mort.
Trois nuances gardent ces stations de leurs caricatures. La confiance ne signifie pas abandonner les causes : le croyant prend les moyens licites puis remet l’issue à Allah, et le hadith de la chamelle attachée dit que prendre les moyens n’est pas contraire à la confiance mais en fait partie — ’Umar chassa de la mosquée des hommes qui prétendaient s’en remettre à Allah sans travailler, rapportent les anciens, en leur disant que le ciel ne fait pas pleuvoir de l’or. La sincérité distingue l’intention initiale de celle qui se trouble en cours d’action — la louange qui survient, le regard qu’on sent — ; la tazkiyah apprend à renouveler l’intention, non à attendre d’être intérieurement parfait avant d’agir, car celui qui attend n’agit jamais. Et le détachement ne consiste pas à détester toute possession mais à ne pas faire du monde la finalité : un riche peut être détaché s’il maîtrise son bien et le dépense selon le droit — ’Uthmân et ’Abd ar-Rahmân ibn ’Awf le furent —, et un pauvre peut être attaché à l’argent s’il en fait le centre de son cœur ; la mesure est celle du hadith de l’étranger et du voyageur.
À retenir Repentir, patience, gratitude, crainte et espérance, confiance, sincérité, détachement, amour : les stations sont dans les textes, et la voie est celle d’une vie entière — non d’une carte que l’on suit.
Troisième partie — Les écoles de tazkiyah : histoire, maîtres, dérives
7. La naissance du soufisme et ses premiers maîtres
Le mot tasawwuf apparut au deuxième siècle — à Kûfah puis à Basrah, disent les historiens, pour désigner des dévots vêtus de laine, sûf, en signe de dépouillement ; le premier à en avoir porté le nom serait Abû Hâshim al-Kûfî, mort en cent cinquante — et il désigna d’abord ce que ce dossier a décrit : la voie des détachés que la section trois a nommés. Puis, au troisième siècle, il devint une science, avec ses maîtres, ses termes et ses livres, et le lecteur doit connaître les trois hommes qui la fondèrent. Al-Hârith al-Muhâsibî, né à Basrah et mort en deux cent quarante-trois à Bagdad, écrivit Ar-Ri’âyah li-huqûq Allâh, « l’observance des droits d’Allah », premier traité de la vie intérieure — l’examen de conscience, dont il tira son nom, les maladies du cœur, les tentations du dévot —, d’une finesse psychologique que nul n’a dépassée ; Ahmad ibn Hanbal, on l’a vu, rompit avec lui pour ses incursions dans le kalâm, et non pour sa science du cœur, dont il reconnut la valeur. Sahl at-Tustarî, mort en deux cent quatre-vingt-trois, enseigna la repentance perpétuelle et la sincérité. Et al-Junayd al-Baghdâdî, mort en deux cent quatre-vingt-dix-sept, neveu et élève de Sarî as-Saqatî, fut le maître dont tous les soufis sobres se réclament, et l’auteur de la règle qui commande toute cette partie : notre science est bornée par le Livre et la Sunnah, dit-il ; qui n’a pas appris le Coran et écrit le hadith n’est pas suivi dans cette affaire ; et toutes les voies sont fermées aux créatures, sauf à qui suit les traces du Messager ﷺ. Al-Junayd fut un juriste, formé chez Abû Thawr, un traditionniste, et un homme qui priait des centaines d’unités par jour ; il refusa l’extase publique, désavoua les paroles extatiques, et lorsqu’al-Hallâj, son ancien élève, proclama « je suis la Vérité » et fut exécuté à Bagdad en trois cent neuf pour cela et pour d’autres propos, al-Junayd était mort depuis douze ans en ayant déjà rompu avec lui. La ligne est ainsi tracée dès le troisième siècle, et par les soufis eux-mêmes : une science du cœur bornée par les textes, portée par des hommes du hadith et du fiqh, et qui rejette ses propres excès.
Une précision sur le mot, qui désamorce la moitié des débats : l’apparition d’un nom n’est pas l’apparition d’une pratique. Que le mot « soufi » date du deuxième siècle ne signifie pas que ce qu’il désignait alors — le détachement, la nuit, le scrupule — fût nouveau : c’était la voie des compagnons, portée par des hommes du hadith. Et, symétriquement, qu’une pratique se réclame d’al-Junayd ou d’al-Jîlânî ne garantit pas sa conformité : le nom d’un maître ne transmet pas sa voie, seuls ses principes la transmettent. Le lecteur jugera donc les pratiques par les critères de la section dix, et non par les noms qu’elles portent.
À retenir Né au deuxième siècle parmi les détachés, le soufisme devint une science au troisième avec al-Muhâsibî, at-Tustarî et al-Junayd — qui la borna par le Livre et la Sunnah, refusa l’extase et rompit avec al-Hallâj.
8. Les traités classiques et al-Ghazâlî
Aux quatrième et cinquième siècles, le soufisme reçut ses traités, comme chaque science de cette série avait reçu les siens, et ces traités furent écrits, pour la plupart, pour le garder de ses dérives. As-Sarrâj, mort en trois cent soixante-dix-huit, écrivit le Luma’ pour montrer que le soufisme est conforme au Livre et à la Sunnah et pour dénoncer ceux qui, sous son nom, s’en écartaient ; al-Kalâbâdhî, mort en trois cent quatre-vingt, fit de même dans le Ta’arruf, en commençant par exposer le credo des soufis — qui est celui des gens de la Sunnah ; Abû Tâlib al-Makkî, mort en trois cent quatre-vingt-six, composa Qût al-qulûb, « la nourriture des cœurs », traité des pratiques avec leurs textes ; as-Sulamî, mort en quatre cent douze, écrivit les Tabaqât, la biographie des soufis, et un commentaire allusif du Coran dont le dossier sept a dit les limites ; et al-Qushayrî, mort en quatre cent soixante-cinq, écrivit la Risâlah qui reste le manuel classique de la discipline — et il l’écrivit, dit-il dans sa préface, parce que les soufis de son temps avaient perdu la voie de leurs maîtres, tenaient la Loi pour un fardeau, appelaient pauvreté leur paresse et extase leur ignorance : la Risâlah de Qushayrî est un livre de réforme du soufisme par un soufi. Le cinquième siècle donna aussi le Manâzil as-sâ’irîn d’al-Harawî al-Ansârî, mort en quatre cent quatre-vingt-un — un hanbalite de Hérat, adversaire du kalâm et maître de la voie, dont le livre des stations sera commenté, deux siècles et demi plus tard, par Ibn al-Qayyim dans les Madârij as-sâlikîn : un hanbalite commentant un hanbalite sur la voie du cœur, ce qui suffit à réfuter ceux qui opposent les gens du hadith et la spiritualité. Puis vint al-Ghazâlî, mort en cinq cent cinq, dont les dossiers précédents ont dit le fiqh et les fondements, et dont l’Ihyâ’ ’ulûm ad-dîn, « la revivification des sciences de la religion », est le livre de tazkiyah le plus lu de toute l’histoire de l’islam. Le livre naquit d’une crise : au sommet de sa gloire de professeur à la Nizâmiyyah de Bagdad, al-Ghazâlî perdit la parole, quitta sa chaire, erra dix ans, et revint convaincu que la science sans le cœur est une ruine — et l’Ihyâ’ est le récit de ce retour, en quarante livres répartis en quatre quarts — les actes d’adoration, les usages de la vie, les causes de perdition, les voies du salut — qui vont du savoir aux rites, des habitudes aux maladies du cœur et aux stations. Il faut en dire les mérites et les limites, comme cette série l’a fait de chaque grand livre : les mérites sont une analyse des maladies du cœur sans égale, une pédagogie de la pratique, et la réconciliation, pour des millions de lecteurs, de la Loi et de la vie intérieure ; les limites sont les hadiths faibles ou forgés qu’al-Ghazâlî, qui n’était pas muhaddith, y cite en nombre — al-’Irâqî, au huitième siècle, en fit la vérification hadith par hadith, et les éditions modernes la portent en marge —, et quelques positions que les gens de la Sunnah ont discutées. Ibn al-Jawzî, hanbalite, en fit un abrégé purgé, Minhâj al-qâsidîn, qu’Ibn Qudâmah abrégea encore : le Mukhtasar Minhâj al-qâsidîn est l’Ihyâ’ lu par les gens du hadith, et c’est par lui que le lecteur prudent peut commencer.
À retenir As-Sarrâj, al-Kalâbâdhî, al-Makkî, al-Qushayrî écrivirent pour garder le soufisme de ses dérives ; al-Harawî le hanbalite écrivit les stations qu’Ibn al-Qayyim commenta ; al-Ghazâlî écrivit l’Ihyâ’ après sa crise — livre sans égal sur le cœur, aux hadiths à vérifier, purgé par Ibn al-Jawzî et Ibn Qudâmah.
9. Les confréries : de la voie aux organisations
Au sixième siècle, le soufisme changea de forme, et le lecteur doit comprendre ce changement, car il est à l’origine de tout ce qu’on lui reproche et d’une part de ce qu’on lui doit. Jusque-là, la voie se transmettait de maître à disciple, sans organisation ; à partir du sixième siècle, elle s’organisa en confréries — turuq, les voies — portant le nom d’un fondateur, avec une chaîne d’initiation remontant à lui, des rites propres — un dhikr collectif à formules fixées, une retraite, un vêtement —, une hiérarchie de maîtres et de disciples, et des lieux — les zâwiyas du Maghreb, les khânqâhs d’Orient. Les premières furent la Qâdiriyyah, issue de ’Abd al-Qâdir al-Jîlânî, mort en cinq cent soixante et un à Bagdad — un hanbalite, prédicateur et juriste, dont la Ghunyah est un manuel de fiqh et de credo hanbalite autant que de voie, et dont les sermons ramenaient les foules à la Sunnah ; la Rifâ’iyyah, en Irak ; la Suhrawardiyyah ; puis, au septième siècle, la Shâdhiliyyah, issue d’Abû-l-Hasan ash-Shâdhilî, mort en six cent cinquante-six, né au Maghreb et mort en Égypte, dont l’élève Ibn ’Atâ’illâh écrivit les Hikam, les « sagesses », que l’on lit encore de Fès au Caire — confrérie de juristes malikites, sobre, sans vêtement distinctif, qui enseignait de vivre dans le monde et dont le lecteur maghrébin est l’héritier ; et la Naqshbandiyyah, en Asie centrale, dont le dossier treize a montré un maître, Ahmad Sirhindî, rénovateur de l’Inde. Ces confréries firent, dans l’histoire de l’islam, un bien immense et un mal réel, et l’équité oblige à dire les deux. Le bien : elles ont porté l’islam en Afrique, en Asie et dans les Balkans par la prédication ; elles ont encadré la piété de peuples entiers, enseigné le Coran et les invocations, résisté aux invasions et aux colonisations — l’émir ’Abd al-Qâdir, Sanûsî, dan Fodio étaient des hommes de confrérie — ; et elles ont produit des savants de premier rang dans toutes les écoles. Le mal : à mesure qu’elles s’organisaient, certaines glissèrent vers ce que la section suivante décrira — la vénération du maître au-delà de la mesure, les rites sans fondement, le culte des tombes des fondateurs, la doctrine de l’unité de l’être venue d’Ibn ’Arabî, mort en six cent trente-huit, dont les livres, d’une profondeur réelle et d’une doctrine que les savants ont jugée étrangère à l’islam, imprégnèrent une partie du soufisme tardif —, et c’est contre ce glissement que se dressèrent, de l’intérieur et de l’extérieur, les hommes de la section onze.
À retenir Au sixième siècle, la voie devint des confréries — Qâdiriyyah du hanbalite al-Jîlânî, Shâdhiliyyah des juristes malikites, Naqshbandiyyah — qui portèrent l’islam et résistèrent aux invasions, et dont certaines glissèrent vers la vénération du maître, les rites sans fondement et l’unité de l’être.
10. La tazkiyah de la Sunnah et celle des gens de l’innovation : les critères
Nous arrivons au cœur du plan du séminaire, et il faut y répondre par des critères, non par des étiquettes, car l’étiquette « soufi » recouvre al-Junayd et al-Hallâj, al-Jîlânî et les prétendus saints de village, et l’étiquette « salafi » recouvre Ibn al-Qayyim commentant les stations et des hommes qui n’ont jamais pleuré en priant. Six critères, tirés de ce que les maîtres sobres et les critiques ont dit ensemble, distinguent la tazkiyah de la Sunnah de celle des gens de l’innovation. Le premier est la source : la voie de la Sunnah tire ses pratiques du Coran et des hadiths authentiques — les invocations transmises, les moments prescrits, le jeûne, la nuit, l’aumône —, et la voie innovée y ajoute des rites que nul texte ne fonde : formules de dhikr composées par un maître et réservées à ses disciples, nombres de répétitions fixés par lui, danses, instruments, transes, retraites de quarante jours à règles inventées ; la règle est celle de Mâlik que le dossier dix a citée — ce qui n’était pas religion alors ne l’est pas aujourd’hui — et celle d’al-Fudayl : sincère et juste, l’une ne vaut rien sans l’autre. Le deuxième est le maître : la voie de la Sunnah connaît des enseignants, que l’on suit pour leur science et que l’on quitte s’ils s’écartent des textes — comme on suit un juriste — ; la voie innovée connaît des maîtres que l’on tient pour infaillibles, à qui l’on doit une soumission absolue — sois devant ton maître comme le mort entre les mains du laveur, dit une formule que les maîtres tardifs ont répétée —, qui connaissent le cœur des disciples et intercèdent pour eux ; et les savants ont vu là une forme de l’excès que le Coran reproche aux gens du Livre, qui avaient pris leurs docteurs pour seigneurs (Coran 9, 31). Le troisième est la Loi : la voie de la Sunnah tient que nul n’est dispensé d’une obligation ni autorisé à un interdit, quel que soit son degré — al-Junayd et al-Qushayrî l’ont écrit, et le Prophète ﷺ, le plus haut des hommes, priait jusqu’à l’enflure des pieds — ; la voie innovée a connu la thèse de l’isqât at-taklîf, selon laquelle celui qui atteint la certitude n’est plus tenu par la Loi, et cette thèse est, pour tous les savants, une sortie de l’islam. Le quatrième est la doctrine : la voie de la Sunnah professe le credo des anciens — Allah distinct de Sa création, au-dessus de Son Trône, sans incarnation ni union — ; la voie innovée a professé le hulûl — l’incarnation d’Allah dans le saint —, l’ittihâd — l’union —, et la wahdat al-wujûd — l’unité de l’être, où la création n’est qu’une manifestation de l’Être unique —, doctrines dont Ibn Taymiyyah a montré qu’elles abolissent la distinction du Créateur et de la créature, donc l’adoration elle-même. Le cinquième est le rapport aux morts : la voie de la Sunnah visite les tombes pour se souvenir et prie pour les morts ; la voie innovée invoque les morts, leur demande secours, bâtit sur leurs tombes et y célèbre des fêtes — le dossier treize a tracé la ligne et cité les textes. Le sixième est la prétention : la voie de la Sunnah reconnaît les karâmât — les faveurs accordées aux vertueux, que le Coran atteste pour Maryam et les compagnons de la Caverne — mais ne les cherche pas, ne les revendique pas et ne fonde rien sur elles — Ibn Taymiyyah écrivait que le plus grand des miracles est la droiture — ; la voie innovée fait des miracles le signe du saint, en réclame, en invente, et en tire une autorité que la Loi ne donne à personne. Le lecteur mesurera, avec ces six critères, que la ligne ne passe pas entre soufis et non-soufis, mais à l’intérieur du soufisme lui-même — et qu’elle fut tracée, d’abord, par ses propres maîtres.
Ibn Taymiyyah a donné, pour appliquer ces critères aux hommes, une classification que le lecteur trouvera commode : il distingue les soufis des réalités — sûfiyyat al-haqâ’iq —, qui sont les gens de la voie authentique, sincères et attachés aux textes ; les soufis de la subsistance — sûfiyyat al-arzâq —, qui vivent des fondations pieuses attachées aux confréries et dont la sincérité se juge à leur conduite ; et les soufis de l’apparence — sûfiyyat ar-rasm —, qui en ont le vêtement, le vocabulaire et les manières sans en avoir la substance. La classification, dit-il, vaut pour toute catégorie religieuse — il y a des juristes de la réalité et des juristes de l’apparence —, et elle rappelle que l’étiquette ne dit rien : c’est la conduite qui parle.
À retenir La source, le maître, la Loi, la doctrine, les morts et la prétention : six critères tracent la ligne — non entre soufis et non-soufis, mais à l’intérieur du soufisme, et par ses propres maîtres d’abord.
11. Les gardiens de la ligne : Ibn al-Jawzî, Ibn Taymiyyah, Ibn al-Qayyim, az-Zarrûq
Quatre hommes, de deux familles, ont gardé cette ligne, et le lecteur doit les connaître ensemble, car on les oppose à tort. Ibn al-Jawzî, hanbalite de Bagdad mort en cinq cent quatre-vingt-dix-sept, prédicateur et historien, écrivit Talbîs Iblîs, « la ruse d’Iblîs », où il passe en revue toutes les catégories de la Ummah — les savants, les dévots, les soufis, les juristes, les gouvernants — pour montrer comment le Diable trompe chacune par ce qu’elle aime ; ses chapitres sur les soufis dénoncent les rites inventés, la musique, les extases, les prétentions — et son abrégé de l’Ihyâ’ prouve qu’il ne rejetait pas la voie, mais ses contrefaçons. Ibn Taymiyyah, dont les dossiers treize et seize ont dit l’œuvre, fut le critique le plus complet du soufisme dévoyé et l’un des plus grands connaisseurs du soufisme authentique : il honora al-Junayd, al-Jîlânî — dont il commenta le Futûh al-ghayb —, al-Fudayl, et il tint le tasawwuf des anciens pour une part de la voie de la Sunnah ; il réfuta l’unité de l’être, l’incarnation, la soumission absolue au maître, le culte des tombes et les rites inventés, dans des épîtres — al-’Ubûdiyyah, at-Tuhfah al-’irâqiyyah, al-Furqân bayna awliyâ’ ar-Rahmân wa awliyâ’ ash-shaytân — qui distinguent les amis d’Allah des amis du Diable par un seul critère : le suivi du Messager ﷺ. Ibn al-Qayyim, son élève, écrivit les Madârij as-sâlikîn, « les degrés des cheminants », commentaire des stations d’al-Harawî où il expose la voie du cœur avec une ampleur que nul livre soufi n’a atteinte, en corrigeant son auteur chaque fois qu’il glisse vers l’excès ; et il écrivit Tarîq al-hijratayn, Ighâthat al-lahfân sur les ruses du Diable, et Ad-Dâ’ wa-d-dawâ’, « la maladie et le remède », réponse à un homme qui lui demandait comment guérir d’un péché — le plus lu des livres de tazkiyah chez les gens du hadith. Et Ahmad Zarrûq, malikite de Fès mort en huit cent quatre-vingt-dix-neuf, soufi de la Shâdhiliyyah et juriste, écrivit les Qawâ’id at-tasawwuf, « les principes du soufisme », deux cent dix-sept règles pour soumettre la voie à la Loi — il n’y a de soufisme que par le fiqh, écrit-il, et il n’y a de fiqh complet que par le soufisme —, et il fustigea les confréries de son temps pour leur ignorance et leurs excès avec une sévérité qu’un hanbalite n’aurait pas dépassée. Un hanbalite prédicateur, un hanbalite polémiste, son élève, et un malikite soufi de Fès : la ligne de ce dossier est gardée par les deux familles, et c’est cela qui la rend sûre.
À retenir Ibn al-Jawzî dénonça les ruses d’Iblîs sur les soufis en abrégeant l’Ihyâ’ ; Ibn Taymiyyah réfuta l’unité de l’être en honorant al-Junayd et al-Jîlânî ; Ibn al-Qayyim commenta les stations ; az-Zarrûq le soufi de Fès soumit la voie au fiqh : la ligne est gardée par les deux familles.
12. Guide pratique : purifier son âme selon la Sunnah
Ce dossier aura manqué son but s’il laisse le lecteur devant une science sans lui donner un chemin, et la Sunnah donne le chemin en quelques pratiques que tout croyant, converti ou né musulman, peut adopter demain, sans maître ni confrérie, avec un livre d’invocations et un Coran. Le matin et le soir, les invocations transmises — la sourate Al-Ikhlâs et les deux protectrices trois fois, le verset du Trône, les formules que le Prophète ﷺ disait au lever et au coucher —, dans le recueil d’an-Nawawî, Al-Adhkâr, ou dans l’un des petits livres qui les rassemblent : dix minutes qui encadrent la journée. Après chaque prière, les formules qu’il disait — trente-trois glorifications, trente-trois louanges, trente-trois grandeurs, et l’unicité (Sahîh Muslim, n° 597) —, qui ancrent le rappel dans la prière. Chaque jour, une part de Coran lue avec méditation, fût-elle d’une page, selon la maxime de la constance. Chaque semaine, un jeûne — le lundi et le jeudi, ou trois jours par mois — qui éduque l’âme. Chaque nuit, avant de dormir, l’examen de conscience de ’Umar : qu’ai-je fait, qu’ai-je manqué, de quoi dois-je me repentir — et le repentir aussitôt, car le Prophète ﷺ le faisait soixante-dix fois par jour. Chaque fois que possible, une aumône, fût-elle d’une datte. Une prière de nuit, même de deux unités, pour rejoindre ceux que le Coran loue. La compagnie d’hommes ou de femmes pieux et savants, dans une mosquée qui enseigne, et l’éloignement de ce qui corrompt. Le rappel de la mort — une visite au cimetière, la lecture d’une biographie des anciens. Et la connaissance des noms d’Allah, par un livre qui les explique, pour aimer Celui qu’on adore. Cinq conseils, enfin. Ne rien ajouter à ce que la Sunnah a transmis — tout y est. Ne pas chercher les états mais la droiture — Ibn Taymiyyah l’a dit. Se méfier de tout maître qui exige une soumission que l’on ne devrait qu’au Prophète ﷺ, et de toute voie qui promet des secrets. Ne pas mépriser ceux qui pleurent en priant ni ceux qui ne pleurent pas — le cœur est invisible. Et se rappeler, à chaque chute, que la porte du repentir est ouverte jusqu’au râle — car la tazkiyah n’est pas l’absence de chutes, mais la constance à se relever.
À retenir Les invocations du matin et du soir, celles d’après la prière, une page de Coran, un jeûne par semaine, l’examen de conscience chaque nuit, l’aumône, la nuit, la compagnie, la mort, les noms d’Allah : la voie tient dans la Sunnah, sans maître ni confrérie, et sans rien y ajouter.
Quatrième partie — Objections et questions récurrentes
Voici, rassemblées à la fin comme dans tous les dossiers de cette série, les objections et les questions qui reviennent le plus souvent sur la purification de l’âme et le soufisme — celles des polémistes, celles des musulmans divisés sur ce sujet plus que sur tout autre, et celles du lecteur qui veut savoir ce qu’il doit faire.
« Le soufisme est l’islam de paix et de tolérance, contre l’islam rigoriste des gens du hadith. »
L’opposition est fausse dans ses deux termes. Les gens du hadith — Ibn al-Mubârak, Ahmad, Ibn al-Qayyim — furent des hommes de tazkiyah dont ce dossier a cité les livres, et Ibn Taymiyyah honora les maîtres soufis ; et le soufisme n’a jamais été, dans son histoire, une école de mollesse : al-Junayd priait des centaines d’unités, al-Jîlânî prêchait la Loi, ash-Shâdhilî combattit à Mansûrah contre les croisés, l’émir ’Abd al-Qâdir et dan Fodio menèrent des guerres — et les confréries tardives ont connu leurs propres fanatismes. Ce que l’objection appelle « paix » est souvent la tolérance envers les innovations, et ce qu’elle appelle « rigorisme » est l’attachement aux textes ; or la tazkiyah de la Sunnah est à la fois attachée aux textes et douce envers les hommes, comme le Prophète ﷺ le fut. La ligne de ce dossier ne passe pas entre douceur et rigueur ; elle passe entre la Sunnah et l’innovation, dans le cœur comme ailleurs.
« Le soufisme vient du christianisme, de l’hindouisme ou de la philosophie grecque : il est étranger à l’islam. »
Des orientalistes l’ont soutenu, et une part de vrai s’y trouve mêlée à une confusion. La tazkiyah de l’islam — le repentir, le rappel, la nuit, le jeûne, l’examen de conscience, les stations — est dans le Coran et la Sunnah, et les premières parties de ce dossier l’ont montré verset par verset ; nul n’a besoin d’aller la chercher ailleurs, et ceux qui la vécurent au premier siècle n’avaient lu ni les moines ni les gymnosophistes. Ce qui est vrai, c’est que le soufisme tardif a absorbé, dans certaines de ses branches, des éléments étrangers — le monachisme que le Prophète ﷺ avait refusé, les théories de l’émanation venues de la philosophie grecque par Ibn ’Arabî, des pratiques d’extase que l’on retrouve dans d’autres traditions — ; et c’est précisément ce que les maîtres sobres et les critiques ont rejeté au nom des critères de la section dix. L’objection décrit les dérives et les prend pour la source ; ce dossier a montré la source, et nommé les dérives.
« Peut-on suivre une confrérie ? »
La question est celle du dossier neuf sur les écoles, transposée au cœur, et la réponse suit les mêmes principes. Une confrérie est une organisation humaine, non une institution de la Loi ; l’islam n’en exige aucune, et le croyant peut purifier son âme sans y appartenir — la section douze en a donné le chemin. Celui qui souhaite être accompagné par un maître, comme on est accompagné par un enseignant de fiqh, le peut, à condition de lui appliquer les six critères de la section dix : que sa voie n’ajoute rien aux textes, qu’il soit un enseignant et non un seigneur, qu’il tienne la Loi pour obligatoire à tous, qu’il professe le credo des anciens, qu’il ne cultive ni les tombes ni les prétentions ; une confrérie qui passe ces critères est une école de piété, et le Maghreb en a connu ; une confrérie qui les manque est ce que ce dossier a nommé. Le lecteur retiendra le mot d’az-Zarrûq, soufi de Fès : le maître que l’on suit est celui qui vous ramène au Livre et à la Sunnah, et le jour où il vous en éloigne, il cesse d’être un maître.
« Le dhikr collectif à haute voix est-il une innovation ? »
Le rappel d’Allah est prescrit par le Coran en toute circonstance, et la Sunnah connaît des rappels en assemblée — les compagnons se réunissaient pour évoquer Allah et étudier, et le Prophète ﷺ dit que les anges entourent ces assemblées (Sahîh Muslim, n° 2700) ; les formules d’après la prière étaient dites à voix haute au temps du Prophète ﷺ, rapporte Ibn ’Abbâs (Sahîh al-Bukhârî, n° 841). Ce que les savants ont discuté n’est pas l’assemblée ni la voix, mais la forme inventée : les formules composées par un maître et imposées comme rite, les nombres fixés sans texte, le balancement, la danse, les instruments, la transe — et là, la majorité des savants, de Mâlik à az-Zarrûq, y ont vu une innovation, non parce que l’on se souvient d’Allah, mais parce qu’on le fait d’une manière que le Prophète ﷺ n’a pas enseignée alors qu’il a enseigné les manières de le faire. La règle est celle de toute la série : la Sunnah a fixé la forme du rappel, et la forme fait partie du rappel.
« Les miracles des saints existent-ils ? »
Les faveurs accordées aux vertueux — karâmât — sont attestées par le Coran, qui rapporte les fruits hors saison de Maryam (Coran 3, 37) et le sommeil des compagnons de la Caverne, et par la Sunnah, qui rapporte celles de compagnons ; les gens de la Sunnah les tiennent pour vraies, contre les mu’tazilites qui les niaient, et le credo d’at-Tahâwî les affirme. Mais la section dix a fixé leur statut : elles sont accordées, non cherchées ; elles ne fondent aucune autorité, car le Diable aussi peut faire des prodiges — Ibn Taymiyyah a consacré un livre entier à distinguer les uns des autres — ; et le critère du saint n’est pas le prodige mais la droiture, si bien qu’un homme qui marche sur l’eau et néglige une prière n’est pas un ami d’Allah, tandis qu’un homme qui n’a jamais fait de prodige et suit la Sunnah l’est. Le lecteur ne rejettera pas les karâmât, et il ne les cherchera pas ; il cherchera la droiture, qui est le seul miracle que la Loi lui demande.
« Al-Ghazâlî, al-Jîlânî, Ibn ’Atâ’illâh : peut-on lire les livres soufis ? »
On peut lire les livres de tazkiyah comme on lit tout livre de science : avec la connaissance de leur auteur, de leur école et de leurs limites, que ce dossier a données pour chacun. L’Ihyâ’ se lit avec la vérification d’al-’Irâqî ou dans l’abrégé d’Ibn Qudâmah ; la Ghunyah d’al-Jîlânî est un manuel hanbalite de credo et de pratique que tout lecteur peut ouvrir ; les Hikam d’Ibn ’Atâ’illâh sont des sagesses sur la sincérité et l’abandon que les malikites du Maghreb lisent depuis sept siècles, avec un commentaire ; la Risâlah de Qushayrî est un livre de réforme ; les Madârij d’Ibn al-Qayyim et Ad-Dâ’ wa-d-dawâ’ sont les livres les plus sûrs pour commencer, et le Mukhtasar Minhâj al-qâsidîn le plus complet. Ce qu’on ne lit pas sans science, ce sont les livres de la théorie — les Fusûs d’Ibn ’Arabî et ce qui en dérive —, non parce qu’ils sont interdits, mais parce qu’ils exigent, pour être compris et jugés, une formation que le lecteur ordinaire n’a pas, et que leur doctrine est celle que les savants ont rejetée.
« Les gens du hadith et les salafis rejettent-ils la spiritualité ? »
Ce dossier a nommé leurs livres : le Kitâb az-Zuhd d’Ibn al-Mubârak et d’Ahmad, les Manâzil du hanbalite al-Harawî, les Madârij et Ad-Dâ’ wa-d-dawâ’ d’Ibn al-Qayyim, l’’Ubûdiyyah d’Ibn Taymiyyah, le Minhâj al-qâsidîn d’Ibn al-Jawzî et d’Ibn Qudâmah — et l’on a cité Ibn Taymiyyah honorant al-Junayd et commentant al-Jîlânî. Ce que les gens du hadith rejettent, ce sont les innovations dans la voie et le nom qui les couvre ; ce qu’ils vivent et enseignent, c’est la tazkiyah de la Sunnah, sous le nom que le hadith de Jibrîl lui a donné : l’ihsân. Qu’il se trouve, dans leurs rangs comme dans tous, des hommes secs qui connaissent la Loi sans le cœur, ce dossier l’a dit en commençant — et il a dit que la Loi sans le cœur est une ruine.
« Un converti, seul, sans maître : comment purifier son âme concrètement ? »
La section douze a répondu, et il faut y renvoyer, car la réponse est toute pratique : les invocations du matin et du soir et celles d’après la prière, une page de Coran méditée, un jeûne par semaine, l’examen de conscience chaque nuit, l’aumône, deux unités de nuit, la compagnie des pieux, le souvenir de la mort, la connaissance des noms d’Allah — avec un recueil d’invocations, un Coran et un livre de tazkiyah sûr. Le converti n’a besoin ni de maître ni de confrérie : il a le Prophète ﷺ, dont chaque geste est décrit, et les anciens, dont chaque vie est écrite. Il évitera deux écueils : croire que la voie exige des secrets qu’on lui cache, et croire qu’elle exige des efforts surhumains — car le Prophète ﷺ a dit que la religion est facilité, et que les œuvres les plus aimées sont les plus constantes, fussent-elles petites. Une page par jour pendant une vie vaut plus qu’une nuit d’extase ; et c’est ainsi que les anciens sont devenus les anciens.
« Les livres de tazkiyah sont pleins de hadiths faibles : peut-on s’y fier ? »
Certains le sont — l’Ihyâ’ au premier chef, et les livres de zuhd anciens contiennent des rapports dont les chaînes sont fragiles —, et la réponse est celle des dossiers huit et douze : on distingue les degrés. La voie elle-même repose sur des textes des deux Sahîh que ce dossier a cités à chaque section, et elle n’a pas besoin des faibles ; les hadiths faibles sur les mérites des œuvres peuvent, selon la majorité des savants, être reçus pour encourager à une pratique établie par ailleurs, aux trois conditions que le dossier douze a données — faiblesse légère, fondement établi, pas d’attribution certaine au Prophète ﷺ —, et d’autres savants l’ont refusé ; ce que nul n’admet, c’est de fonder une pratique nouvelle sur un rapport faible, ou de tenir un récit forgé pour un enseignement. Le lecteur lira donc les livres de tazkiyah avec les vérifications en marge — celle d’al-’Irâqî pour l’Ihyâ’ —, et il retiendra que la beauté d’une phrase n’est pas une chaîne.
« Le chapelet, la retraite, le maître : où passe la limite pour un croyant ordinaire ? »
La limite passe par les critères de la section dix, et trois cas courants la montrent. Le chapelet — la subhah — : la Sunnah est de compter sur les doigts, et le Prophète ﷺ le recommanda (rapporté par Abû Dâwûd, n° 1501 ; jugé bon) ; compter avec des noyaux ou des grains fut pratiqué par des compagnons sans reproche, et la plupart des savants, Ibn Taymiyyah compris, ont tenu l’objet pour permis tant qu’il n’est ni tenu pour un rite, ni porté pour être vu, ni chargé de vertus que nul texte ne lui donne. La retraite : l’i’tikâf à la mosquée est une Sunnah, surtout en Ramadan, avec ses règles ; la retraite de quarante jours à règles inventées — nourriture, formules, nombres — est une organisation sans fondement, et c’est la forme, non l’idée de se retirer, que les savants ont blâmée. Le maître : un enseignant que l’on consulte, dont on apprend, et que l’on quitte s’il s’écarte des textes, est ce que la Sunnah connaît sous le nom de savant ; un homme à qui l’on doit une soumission que l’on ne doit qu’au Prophète ﷺ est ce qu’elle interdit. Le croyant ordinaire peut donc compter sur ses doigts ou sur un chapelet, se retirer à la mosquée en Ramadan et apprendre auprès d’un savant — et il saura, avec ces critères, où chacune de ces choses cesse d’être la Sunnah.
« Les rêves, les inspirations, les états intérieurs sont-ils des preuves ? »
Non, et c’est l’un des points sur lesquels tous les maîtres sobres s’accordent avec les gens du hadith. Le songe véridique est une réalité — le Prophète ﷺ a dit qu’il est une part de la prophétie (Sahîh al-Bukhârî, n° 6989) —, et une inspiration peut encourager au bien ; mais nul songe, nulle inspiration, nul état ne fonde une règle, ne dispense d’une obligation, ni ne prouve la sainteté de qui les reçoit, car le Diable aussi inspire et fait rêver, et la Loi est close depuis que le Prophète ﷺ est mort. Al-Junayd disait qu’il fallait juger tout état par le Livre et la Sunnah ; Ibn Taymiyyah a écrit que l’homme dont la voie repose sur ses états et non sur les textes est en danger ; et le lecteur retiendra la règle : ce qui vient du cœur se vérifie par ce qui vient du Ciel, et jamais l’inverse.
À retenir L’« islam de paix » contre le « rigorisme », l’origine étrangère, les confréries, le dhikr collectif, les miracles, les livres soufis, la spiritualité des gens du hadith, le converti seul, les hadiths faibles, le chapelet, la retraite et le maître, et les rêves et inspirations : chaque objection a sa réponse dans les six critères et dans la Sunnah elle-même.
Conclusion — Au terme de la série
Le lecteur tient désormais la dernière des sciences, et la première par son objet : celle du cœur. Il a vu le Coran faire de la purification l’une des quatre fonctions du Messager ﷺ, la Sunnah lui donner son nom — l’ihsân — et son modèle, les compagnons la vivre sans fuir le monde, et les détachés du deuxième siècle la transmettre en même temps que le hadith. Il a appris les maladies du cœur avec leurs textes, les remèdes de la Sunnah avec les leurs, et les stations de la voie ; il a suivi le soufisme de sa naissance à ses traités, d’al-Junayd à al-Ghazâlî, puis aux confréries et à leurs dérives ; il a reçu six critères pour distinguer la tazkiyah de la Sunnah de celle des gens de l’innovation, et rencontré les quatre hommes de deux familles qui ont gardé cette ligne ; et il a, pour finir, un chemin praticable dès demain, sans maître ni secret. Il a compris ce que ce dernier dossier voulait dire et que toute la série préparait : que la science sans le cœur est une ruine, que le cœur sans la Sunnah est une errance, et que la voie des anciens est celle où la science et le cœur marchent ensemble — dans un homme qui garde les chaînes du hadith le jour et pleure en priant la nuit.
La série s’achève ici, au terme des dix-sept dossiers que le plan du séminaire de l’Institut Nour al-Islam avait tracés : la Révélation — le Coran et la Sunnah —, les Califes, les sectes, les tâbi’ûn, la rencontre des cultures ; les sciences du Coran et du hadith ; les quatre écoles et leurs imams ; la revivification jusqu’à nous ; les fondements, les principes et les finalités de la Loi ; et la purification de l’âme. Le lecteur qui l’a suivie d’un bout à l’autre sait maintenant d’où vient le savoir islamique — de la caverne de Hirâ’ —, par quelles mains il est passé, comment il fut gardé, expliqué, ordonné et vécu, et comment il se renouvelle à chaque siècle par le retour à sa source. Il sait aussi ce que cette série a voulu montrer au lecteur non musulman, et rappeler au musulman : que cette religion n’est pas un amas de commandements arbitraires ni de coutumes anciennes, mais une architecture — un Livre gardé, une Sunnah vérifiée, des sciences nées de leur service, des écoles qui sont une famille, des principes et des fins lisibles, et un cœur à purifier — dont chaque pierre porte sa référence. Qu’Allah purifie nos cœurs, nous fasse vivre et mourir sur la voie de Son Messager ﷺ et de ceux qui l’ont suivie avec excellence, nous fasse profiter de ce que nous avons appris et nous pardonne ce que nous avons manqué ; et qu’Il couvre d’éloges et de paix Son serviteur et Messager Mouhammad, sa famille, ses compagnons, et quiconque suit leur voie avec excellence jusqu’au Jour de la rétribution. Et la dernière de nos invocations est : louange à Allah, Seigneur des mondes.
Ce qu’il faut retenir
La purification de l’âme — tazkiyah — est l’une des quatre fonctions du Messager ﷺ selon le Coran, qui décrit les cœurs, nomme leurs maladies et leurs remèdes, et fait du cœur sain la seule chose qui servira au Jour du jugement ; la Sunnah lui donne son nom — l’ihsân, adorer Allah comme si on Le voyait — et son modèle, la vie du Prophète ﷺ, décrite dans le moindre détail ; les compagnons la vécurent sans fuir le monde, et les premiers maîtres de la voie furent les gardiens mêmes de la Sunnah — Ibn al-Mubârak, al-Fudayl, Ahmad. Les maladies du cœur — orgueil, ostentation, envie, amour du monde, insouciance — ont leurs textes, et les remèdes — repentir, rappel transmis, Coran, nuit, jeûne, aumône, examen de conscience, vigilance, mort, compagnie, noms d’Allah — sont ceux du Prophète ﷺ ; les stations — repentir, patience, gratitude, crainte et espérance, confiance, sincérité, détachement, amour — sont dans les textes. Le soufisme naquit au deuxième siècle, devint science au troisième avec al-Muhâsibî et al-Junayd — qui le borna par le Livre et la Sunnah —, reçut ses traités de réforme au cinquième, son livre le plus lu avec l’Ihyâ’ d’al-Ghazâlî, et s’organisa en confréries au sixième, avec un bien immense et des dérives réelles. Six critères — la source, le maître, la Loi, la doctrine, les morts, la prétention — tracent la ligne entre la tazkiyah de la Sunnah et celle de l’innovation, à l’intérieur du soufisme lui-même ; Ibn al-Jawzî, Ibn Taymiyyah, Ibn al-Qayyim et az-Zarrûq l’ont gardée ; et la voie se pratique dès demain, avec un Coran et un recueil d’invocations, sans maître ni secret — car la science sans le cœur est une ruine, et le cœur sans la Sunnah une errance.
Pour se tester : quinze questions
Les réponses se trouvent toutes dans le dossier ; chaque question renvoie à sa section.
Chronologie de la purification de l’âme (11-899 H)
- Que signifie le verbe zakkâ, et dans quels versets le Coran fait-il de la purification une fonction du Messager ﷺ ? (introduction et section 1)
- Qu’est-ce que l’ihsân selon le hadith de Jibrîl, et quelles pratiques du Prophète ﷺ en sont le modèle ? (section 2)
- Pourquoi le Prophète ﷺ refusa-t-il le monachisme, et qui furent les zuhhâd du deuxième siècle ? (section 3)
- Quels sont les trois états de l’âme selon le Coran, et définissez l’orgueil, l’ostentation et l’envie par leurs hadiths, en distinguant l’envie de l’émulation. (section 4)
- Énumérez dix remèdes de la Sunnah avec leur texte, et distinguez l’origine, le moment et l’organisation d’une formule de rappel. (section 5)
- Quelles sont les stations de la voie, que distingue une station d’un état, et que ne signifient ni la confiance ni le détachement ? (section 6)
- Quelle règle al-Junayd a-t-il posée, et que fit-il devant al-Hallâj ? (section 7)
- Pourquoi al-Qushayrî écrivit-il la Risâlah, et qu’est-ce que le Manâzil as-sâ’irîn ? (section 8)
- Quels sont les mérites et les limites de l’Ihyâ’, et par quel abrégé commencer ? (section 8)
- Qu’est-ce qu’une confrérie, quel bien et quel mal ont-elles faits, et qui fut ’Abd al-Qâdir al-Jîlânî ? (section 9)
- Énoncez les six critères qui distinguent la tazkiyah de la Sunnah de celle de l’innovation, et les trois catégories de soufis selon Ibn Taymiyyah. (section 10)
- Qu’écrivirent Ibn al-Jawzî, Ibn Taymiyyah, Ibn al-Qayyim et az-Zarrûq sur la voie ? (section 11)
- Décrivez un programme quotidien de tazkiyah selon la Sunnah. (section 12)
- Comment répondre à « le soufisme vient d’ailleurs » et à « les gens du hadith rejettent la spiritualité » ? (quatrième partie)
- Que sont les karâmât, quel est le critère du saint, et que valent les rêves et les inspirations ? (quatrième partie)
Les dates suivent les biographes et comportent parfois une marge ; elles servent de repères pour situer les hommes et les livres.
Repères bibliographiques
- H — Mort du Prophète ﷺ, modèle de la tazkiyah.
- H — Mort d’al-Hasan al-Basrî, premier prédicateur de la crainte. vers 150 H — Abû Hâshim al-Kûfî, premier à porter le nom de soufi.
- H — Mort d’Ibrâhîm ibn Adham, le prince détaché.
- H — Mort d’Ibn al-Mubârak, auteur du premier Kitâb az-Zuhd.
- H — Mort d’al-Fudayl ibn ’Iyâd : « sincère et juste ».
- H — Mort de Ma’rûf al-Karkhî à Bagdad.
- H — Mort d’Ahmad ibn Hanbal, auteur d’un Kitâb az-Zuhd.
- H — Mort d’al-Muhâsibî, auteur de la Ri’âyah.
- H — Mort d’al-Junayd, maître des soufis sobres.
- H — Exécution d’al-Hallâj à Bagdad. 378-386 H — Mort d’as-Sarrâj, d’al-Kalâbâdhî, puis d’Abû Tâlib al-Makkî.
- H — Mort d’al-Qushayrî, auteur de la Risâlah.
- H — Mort d’al-Harawî al-Ansârî, auteur des Manâzil.
- H — Mort d’al-Ghazâlî, auteur de l’Ihyâ’.
- H — Mort de ’Abd al-Qâdir al-Jîlânî ; naissance des confréries.
- H — Mort d’Ibn al-Jawzî, auteur de Talbîs Iblîs.
- H — Mort d’Ibn ’Arabî, auteur des Fusûs.
- H — Mort d’ash-Shâdhilî.
- H — Mort d’Ibn ’Atâ’illâh, auteur des Hikam. 728-751 H — Mort d’Ibn Taymiyyah, puis d’Ibn al-Qayyim, auteur des Madârij.
- H — Mort d’al-’Irâqî, vérificateur des hadiths de l’Ihyâ’.
- H — Mort d’Ahmad Zarrûq, auteur des Qawâ’id at-tasawwuf.
Le verset cité en encadré l’est dans la traduction française de Rachid Maach, Le Coran en français (lecoranenfrancais.com), vérifiée à la source ; les autres versets sont évoqués en paraphrase avec leur référence. Les hadiths suivent les numérotations de référence définies aux dossiers précédents, leur degré étant indiqué au fil du texte. Les livres de tazkiyah sont cités avec leurs limites, que les critiques de l’intérieur ont signalées ; aucun savant vivant n’est cité, aucune confrérie contemporaine n’est jugée nommément.
Recueils des anciens : ’Abdullâh ibn al-Mubârak (m. 181 H), Kitâb az-Zuhd ; Ahmad ibn Hanbal (m. 241 H), Kitâb az-Zuhd ; Ibn Abî-d-Dunyâ (m. 281 H), ses épîtres sur les maladies et remèdes du cœur ; Abû Nu’aym (m. 430 H), Hilyat al-awliyâ’. Maîtres du troisième siècle : al-Muhâsibî (m. 243 H), Ar-Ri’âyah li-huqûq Allâh ; les paroles d’al-Junayd (m. 297 H), rassemblées dans les Tabaqât. Traités classiques : as-Sarrâj (m. 378 H), Al-Luma’ ; al-Kalâbâdhî (m. 380 H), At-Ta’arruf ; Abû Tâlib al-Makkî (m. 386 H), Qût al-qulûb ; as-Sulamî (m. 412 H), Tabaqât as-sûfiyyah ; al-Qushayrî (m. 465 H), Ar-Risâlah ; al-Harawî al-Ansârî (m. 481 H), Manâzil as-sâ’irîn ; al-Ghazâlî (m. 505 H), Ihyâ’ ’ulûm ad-dîn, avec la vérification des hadiths par al-’Irâqî (m. 806 H), et Al-Munqidh min ad-dalâl ; ’Abd al-Qâdir al-Jîlânî (m. 561 H), Al-Ghunyah et Futûh al-ghayb ; Ibn ’Atâ’illâh (m. 709 H), Al-Hikam. Gardiens de la ligne : Ibn al-Jawzî (m. 597 H), Talbîs Iblîs et Minhâj al-qâsidîn, abrégé par Ibn Qudâmah (m. 620 H), Mukhtasar Minhâj al-qâsidîn ; Ibn Taymiyyah (m. 728 H), Al-’Ubûdiyyah, At-Tuhfah al-’irâqiyyah, Al-Furqân bayna awliyâ’ ar-Rahmân wa awliyâ’ ash-shaytân ; Ibn al-Qayyim (m. 751 H), Madârij as-sâlikîn, Ad-Dâ’ wa-d-dawâ’, Tarîq al-hijratayn, Ighâthat al-lahfân, Al-Wâbil as-sayyib ; Ahmad Zarrûq (m. 899 H), Qawâ’id at-tasawwuf. Pour la pratique : an-Nawawî (m. 676 H), Al-Adhkâr et Riyâd as-sâlihîn. Hadiths cités : al-Bukhârî, Muslim, Abû Dâwûd, At-Tirmidhî, selon les numérotations indiquées. Sur les trois catégories de soufis : Ibn Taymiyyah, Majmû’ al-fatâwâ, tome onze. Sur le chapelet et la retraite : les fatâwâ classiques citées par as-Suyûtî, Al-Hâwî li-l-fatâwî, et Ibn Taymiyyah, Majmû’ al-fatâwâ.
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