L’Ihsan · sommaire · Chapitre 8 sur 15
Le cœur réveillé se tourne d’abord vers lui-même : il ne peut pas repartir sans avoir fait ses comptes. C’est la demeure de la muhasabah, l’examen de conscience, qu’Ibn al-Qayyim place avant le repentir — parce qu’on ne se repent bien que de ce qu’on a bien regardé.
L’examen de conscience (al-muhasabah)
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا اتَّقُوا اللَّهَ وَلْتَنظُرْ نَفْسٌ مَّا قَدَّمَتْ لِغَدٍ
« Vous qui croyez ! Craignez Allah ! Que chacun considère ce qu’il a préparé pour demain. »
Coran 59:18
‘Umar ibn al-Khattab disait : « Demandez-vous des comptes avant qu’on ne vous en demande, et pesez vos actions avant qu’elles ne soient pesées pour vous » (rapporté par Ibn Abi ad-Dunya). Et al-Hasan al-Basri : « Le croyant est le gardien de son âme : il lui demande des comptes pour Allah. Le compte sera léger demain pour ceux qui se le sont demandé ici-bas. »
Ibn al-Qayyim en donne la méthode, en trois temps :
- Avant l’acte : s’interroger sur l’intention — est-ce pour Allah ou pour le regard des gens ? — et sur l’opportunité : vaut-il mieux le faire ou s’en abstenir ?
- Pendant l’acte : veiller à ce qu’il reste conforme à ce qui est légiféré, et à ce que l’intention ne dérive pas en cours de route.
- Après l’acte : examiner les failles — l’obligation écourtée, le défaut d’attention, la trace d’ostentation — et réparer ce qui peut l’être.
Il ajoute une image : l’âme est comme un associé en affaires qui triche ; si l’on ne vérifie pas ses comptes, il ruine la maison sans qu’on s’en aperçoive. Le fruit de la muhasabah est de connaître ses propres défauts — et celui qui ne connaît pas ses défauts ne peut pas les guérir.
Le repentir (at-tawbah), demeure permanente
Le repentir n’est pas réservé aux grands pécheurs, et ce n’est pas une étape que l’on franchit une fois : Ibn al-Qayyim écrit que la tawbah est la première demeure, la demeure médiane et la dernière — le serviteur y entre au début du chemin, y demeure tout du long, et y meurt. Le Prophète ﷺ lui-même demandait pardon plus de soixante-dix fois par jour (al-Bukhari, n° 6307). Même le pieux se repent : de ses distractions, de sa tiédeur, de son manque de gratitude.
وَتُوبُوا إِلَى اللَّهِ جَمِيعًا أَيُّهَ الْمُؤْمِنُونَ لَعَلَّكُمْ تُفْلِحُونَ
« Et repentez-vous tous à Allah, ô croyants, afin que vous réussissiez. »
Coran 24:31
Les conditions du repentir valide sont connues des savants : cesser le péché ; regretter du fond du cœur — « le regret est un repentir », dit le Prophète ﷺ (Ibn Majah, n° 4252 ; authentique) — ; résoudre fermement de ne pas y revenir ; et restituer les droits si le péché a lésé quelqu’un : argent, honneur, réputation.
لَلَّهُ أَشَدُّ فَرَحًا بِتَوْبَةِ عَبْدِهِ حِينَ يَتُوبُ إِلَيْهِ مِنْ أَحَدِكُمْ كَانَ عَلَى رَاحِلَتِهِ بِأَرْضِ فَلَاةٍ فَانْفَلَتَتْ مِنْهُ
« Allah se réjouit davantage du repentir de Son serviteur, quand il revient à Lui, que l’un de vous qui aurait perdu dans le désert sa monture portant ses vivres, l’aurait cherchée jusqu’au désespoir, puis la retrouverait soudain devant lui. »
Rapporté par Muslim (n° 2747) d’après Anas ibn Malik
Ibn al-Qayyim commente longuement ce hadith : le pécheur qui revient n’est pas un coupable toléré — c’est un perdu que l’on retrouve. Et il ose écrire qu’un péché suivi de brisure et de retour peut être plus utile à l’âme qu’une obéissance suivie d’orgueil et de satisfaction de soi.
Un exemple concret : réparer une médisance
Une personne colporte une parole sur un collègue. Son repentir ne consiste pas seulement à dire « astaghfirullah ». Elle doit regretter la médisance ; cesser de la répéter ; s’éloigner des assemblées où elle se pratique ; protéger désormais l’honneur de ce collègue en son absence ; et réparer le tort selon ce qui est bénéfique — sans créer une nuisance nouvelle en allant tout raconter si cela devait blesser davantage. Le repentir doit produire un changement visible : c’est à cela qu’on le reconnaît.
En pratique — la prière du repentir
Lorsque tu commets une faute, ne laisse pas le découragement s’installer. Le Prophète ﷺ a enseigné : « Il n’est pas un serviteur qui commet un péché, puis se purifie parfaitement, se lève et prie deux unités de prière, puis demande pardon à Allah, sans qu’Allah ne lui pardonne » (Abu Dawud, n° 1521 ; jugé authentique). Ablutions, deux raka’at, demande de pardon : le protocole prophétique de la chute est plus rapide que la chute elle-même. Le diable veut transformer la faute en désespoir ; la Sunnah la transforme en retour.
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