Les idoles modernes — L’attestation de foi (1/5)

Aucune époque n'a manqué d'idoles ; seuls leurs noms changent. L'argent, le pouvoir, le groupe, l'écran — et la plus ancienne de toutes, la passion.

Les idoles anciennes et modernes — de la pierre au smartphone

Les idoles de la Mecque avaient des noms : al-Lât, al-'Uzzâ, Manât — « Avez-vous considéré al-Lât et al-'Uzzâ, et Manât, la troisième ? » (53:19-20 ✦). Elles avaient des sanctuaires, des gardiens, des pèlerinages. Personne, aujourd'hui, ne rêve de se prosterner devant une pierre rouge. Mais la shahâda ne visait pas la pierre : elle visait ce que la pierre recevait — l'amour, la crainte, l'espoir, l'obéissance, le sacrifice — et cela, aucune époque n'en a manqué. Le Prophète ﷺ a lui-même élargi le vocabulaire de la servitude bien au-delà des statues :

عَنْ أَبِي هُرَيْرَةَ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ عَنِ النَّبِيِّ ﷺ قَالَ: «تَعِسَ عَبْدُ الدِّينَارِ، وَعَبْدُ الدِّرْهَمِ، وَعَبْدُ الْخَمِيصَةِ، إِنْ أُعْطِيَ رَضِيَ، وَإِنْ لَمْ يُعْطَ سَخِطَ، تَعِسَ وَانْتَكَسَ، وَإِذَا شِيكَ فَلَا انْتَقَشَ».

« Malheur à l'esclave du dinar, à l'esclave du dirham, à l'esclave de l'étoffe brodée : si on lui donne, il est content ; si on ne lui donne pas, il enrage. Malheur à lui, et qu'il retombe ; et si une épine le pique, que nul ne la lui retire ! »

Al-Bukhârî (n° 2886, 2887, 6435), d'après Abû Hurayra.

قَالَ ابْنُ حَجَرٍ: «سَمَّاهُ عَبْدًا لِلدِّينَارِ لِأَنَّهُ لَمَّا كَانَ حَرِيصًا عَلَيْهِ مُبَالِغًا فِي تَحْصِيلِهِ رَاضِيًا بِحُصُولِهِ سَاخِطًا بِفَقْدِهِ كَانَ كَأَنَّهُ عَابِدٌ لَهُ … وَفِي الْحَدِيثِ ذَمُّ الْحِرْصِ عَلَى الْمَالِ وَالتَّرَفُّهِ فِي الْمَلْبَسِ».

Ibn Hajar : « Il l'a appelé esclave du dinar parce que, avide de l'obtenir, satisfait quand il l'a et furieux quand il le perd, il est comme s'il l'adorait… Le hadith blâme l'avidité pour l'argent et le raffinement dans le vêtement. »

Ibn Hajar, Fath al-Bârî, commentaire du hadith n° 2886 (formulation à contrôler).

Voilà la définition prophétique de l'idole moderne, en deux critères : ce dont l'obtention te comble et la privation te fait enrager. L'idole n'est pas ce que tu dis adorer ; c'est ce qui commande tes joies et tes colères. Le hadith donne l'argent et le vêtement de luxe ; il aurait pu tout aussi bien dire : l'esclave du regard des gens, l'esclave de sa carrière, l'esclave de son téléphone. Passons en revue les principaux prétendants.

1. L'argent et la consommation

﴿وَيْلٌ لِّكُلِّ هُمَزَةٍ لُّمَزَةٍ ۝ الَّذِي جَمَعَ مَالًا وَعَدَّدَهُ ۝ يَحْسَبُ أَنَّ مَالَهُ أَخْلَدَهُ﴾

« Malheur à tout calomniateur, à tout médisant, qui amasse des richesses qu'il ne cesse de compter, pensant que sa fortune le rendra immortel ! »

Coran 104:1-3

﴿قُلْ إِن كَانَ آبَاؤُكُمْ وَأَبْنَاؤُكُمْ وَإِخْوَانُكُمْ وَأَزْوَاجُكُمْ وَعَشِيرَتُكُمْ وَأَمْوَالٌ اقْتَرَفْتُمُوهَا وَتِجَارَةٌ تَخْشَوْنَ كَسَادَهَا وَمَسَاكِنُ تَرْضَوْنَهَا أَحَبَّ إِلَيْكُم مِّنَ اللَّهِ وَرَسُولِهِ وَجِهَادٍ فِي سَبِيلِهِ فَتَرَبَّصُوا حَتَّىٰ يَأْتِيَ اللَّهُ بِأَمْرِهِ﴾

« Dis : si vos pères, vos enfants, vos frères, vos épouses, votre clan, les biens que vous avez acquis, le commerce dont vous craignez le déclin et les demeures qui vous plaisent vous sont plus chers qu'Allah, Son Messager et la lutte pour Sa cause — alors attendez qu'Allah fasse venir Son ordre. » ✦

Coran 9:24 (début du verset)

Le verset 9:24 est le plus honnête inventaire des concurrents d'Allah dans un cœur : la famille, l'argent, le commerce, la maison. Rien de tout cela n'est interdit — tout cela est même béni — mais le verset pose une seule question : plus cher que ? Le Coran ne demande pas de haïr les biens ; il demande de savoir lequel de nos amours gagne quand ils entrent en conflit. Et il connaît le credo intime de l'homme d'argent, mis dans la bouche de Qârûn :

﴿قَالَ إِنَّمَا أُوتِيتُهُ عَلَىٰ عِلْمٍ عِندِي﴾ … ﴿فَخَسَفْنَا بِهِ وَبِدَارِهِ الْأَرْضَ فَمَا كَانَ لَهُ مِن فِئَةٍ يَنصُرُونَهُ مِن دُونِ اللَّهِ وَمَا كَانَ مِنَ الْمُنتَصِرِينَ﴾

« Il dit : "Je ne l'ai obtenu que grâce à une science que je possède." … Nous l'engloutîmes, lui et sa demeure, dans la terre ; et il n'eut aucun parti pour le secourir contre Allah, et il ne put se secourir lui-même. » ✦

Coran 28:78 et 28:81

« Je ne le dois qu'à moi-même » : le self-made man de la sourate al-Qasas a fini sous terre avec sa maison. La foi ne conteste pas le travail ; elle conteste la propriété du résultat : ce que tu as, tu l'as reçu (16:53), et ce que tu as reçu te sera demandé (102:8).

قَالَ رَسُولُ اللَّهِ ﷺ: «فَوَاللَّهِ لَا الْفَقْرَ أَخْشَى عَلَيْكُمْ، وَلَكِنْ أَخْشَى عَلَيْكُمْ أَنْ تُبْسَطَ عَلَيْكُمُ الدُّنْيَا كَمَا بُسِطَتْ عَلَى مَنْ كَانَ قَبْلَكُمْ، فَتَنَافَسُوهَا كَمَا تَنَافَسُوهَا، وَتُهْلِكَكُمْ كَمَا أَهْلَكَتْهُمْ». وَقَالَ: «لَوْ كَانَ لِابْنِ آدَمَ وَادِيَانِ مِنْ مَالٍ لَابْتَغَى ثَالِثًا، وَلَا يَمْلَأُ جَوْفَ ابْنِ آدَمَ إِلَّا التُّرَابُ، وَيَتُوبُ اللَّهُ عَلَى مَنْ تَابَ».

« Par Allah, ce n'est pas la pauvreté que je crains pour vous ; je crains que ce bas monde ne vous soit ouvert comme il fut ouvert à ceux d'avant vous, que vous ne vous le disputiez comme ils se le disputèrent, et qu'il ne vous détruise comme il les détruisit. » Et : « Si le fils d'Âdam possédait deux vallées d'or, il en voudrait une troisième ; rien ne remplira le ventre du fils d'Âdam sinon la terre — et Allah accepte le repentir de qui se repent. »

Al-Bukhârî (n° 3158) et Muslim (n° 2961), d'après 'Amr ibn 'Awf ; al-Bukhârî (n° 6436) et Muslim (n° 1048), d'après Ibn 'Abbâs.

قَالَ الْحَسَنُ الْبَصْرِيُّ: «مَنْ نَافَسَكَ فِي دِينِكَ فَنَافِسْهُ، وَمَنْ نَافَسَكَ فِي دُنْيَاكَ فَأَلْقِهَا فِي نَحْرِهِ».

Al-Hasan al-Basrî : « Qui rivalise avec toi dans ta religion, rivalise avec lui ; qui rivalise avec toi dans ton bas monde, jette-le-lui à la gorge. »

Rapporté par Abû Nu'aym, Hilyat al-awliyâ' (biographie d'al-Hasan), et Ibn Abî d-Dunyâ.

La société de consommation n'est pas une simple économie : c'est une liturgie. Elle a ses temples (les centres commerciaux, ouverts le jour du Seigneur de chacun), ses fêtes (les soldes, le « Black Friday »), ses rites (le déballage filmé), sa promesse (le bonheur à la prochaine acquisition) et sa foi (« tu le mérites »). Le hadith de l'esclave du dinar en a donné le diagnostic il y a quatorze siècles : il est content quand on lui donne. Le musulman achète, vend, possède — et tient tout cela d'une main qui sait qu'elle rendra.

2. Le pouvoir et l'État

﴿فَقَالَ أَنَا رَبُّكُمُ الْأَعْلَىٰ﴾ … ﴿وَقَالَ فِرْعَوْنُ يَا أَيُّهَا الْمَلَأُ مَا عَلِمْتُ لَكُم مِّنْ إِلَٰهٍ غَيْرِي﴾ … ﴿فَاسْتَخَفَّ قَوْمَهُ فَأَطَاعُوهُ ۚ إِنَّهُمْ كَانُوا قَوْمًا فَاسِقِينَ﴾

« Il dit : "Je suis votre seigneur suprême." » … « Pharaon dit : "Ô notables, je ne vous connais pas d'autre dieu que moi." » … « Il rendit son peuple léger, et ils lui obéirent : c'étaient des gens pervers. » ✦

Coran 79:24 ; 28:38 ; 43:54

Pharaon est l'idole politique par excellence, et le verset 43:54 explique le mécanisme avec une précision de sociologue : il les rendit légersistakhaffa : il les allégea de leur raison, de leur dignité, de leur jugement — et ils lui obéirent. Un peuple ne se donne un maître absolu qu'après avoir été vidé de lui-même. Le Coran nomme aussi Nemrod, qui disputa avec Ibrâhîm et prétendit « faire vivre et mourir » (2:258). L'État moderne n'a pas besoin de se proclamer dieu pour réclamer ce qui n'appartient qu'à Dieu : le droit de définir souverainement le bien et le mal, l'amour et la crainte ultimes, la loyauté au-dessus de toute vérité. La partie V a tracé la frontière entre l'obéissance civile légitime et cette divinisation ; ici, il suffit de rappeler que l'histoire du XXe siècle — les idéologies qui ont exigé de leurs fidèles une foi totale, des sacrifices humains par millions, et le culte de chefs — est l'histoire de Pharaons sans pyramides.

3. Le groupe : la tribu, la nation, l'opinion des gens

﴿وَإِذَا قِيلَ لَهُمُ اتَّبِعُوا مَا أَنزَلَ اللَّهُ قَالُوا بَلْ نَتَّبِعُ مَا أَلْفَيْنَا عَلَيْهِ آبَاءَنَا ۗ أَوَلَوْ كَانَ آبَاؤُهُمْ لَا يَعْقِلُونَ شَيْئًا وَلَا يَهْتَدُونَ﴾

« Lorsqu'on leur dit : "Suivez ce qu'Allah a révélé", ils répondent : "Non, nous suivons ce sur quoi nous avons trouvé nos pères." — Quoi ! même si leurs pères ne raisonnaient en rien et n'étaient pas guidés ? » ✦

Coran 2:170 (voir aussi 43:23 et 33:67)

قَالَ رَسُولُ اللَّهِ ﷺ: «مَنْ قُتِلَ تَحْتَ رَايَةٍ عُمِّيَّةٍ يَغْضَبُ لِعَصَبَةٍ، أَوْ يَدْعُو إِلَى عَصَبَةٍ، أَوْ يَنْصُرُ عَصَبَةً، فَقُتِلَ، فَقِتْلَةٌ جَاهِلِيَّةٌ». وَلَمَّا تَنَادَى الْمُهَاجِرِيُّ وَالْأَنْصَارِيُّ: يَا لَلْمُهَاجِرِينَ! يَا لَلْأَنْصَارِ! قَالَ ﷺ: «مَا بَالُ دَعْوَى الْجَاهِلِيَّةِ؟ … دَعُوهَا فَإِنَّهَا مُنْتِنَةٌ».

« Quiconque est tué sous un étendard aveugle, s'irritant pour un clan, appelant à un clan ou secourant un clan — sa mort est une mort de l'ère préislamique. » Et lorsqu'un Émigré et un Ansârite s'appelèrent au secours par leurs clans, il dit : « Qu'est-ce que cet appel de la Jâhiliyya ?… Laissez cela, c'est une chose putride. »

Muslim (n° 1848), d'après Abû Hurayra ; al-Bukhârî (n° 4905) et Muslim (n° 2584), d'après Jâbir.

قَالَ عَبْدُ اللَّهِ بْنُ مَسْعُودٍ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ: «لَا يُقَلِّدَنَّ أَحَدُكُمْ دِينَهُ رَجُلًا، إِنْ آمَنَ آمَنَ وَإِنْ كَفَرَ كَفَرَ». وَعَنْ حُذَيْفَةَ مَرْفُوعًا: «لَا تَكُونُوا إِمَّعَةً، تَقُولُونَ: إِنْ أَحْسَنَ النَّاسُ أَحْسَنَّا وَإِنْ ظَلَمُوا ظَلَمْنَا، وَلَكِنْ وَطِّنُوا أَنْفُسَكُمْ: إِنْ أَحْسَنَ النَّاسُ أَنْ تُحْسِنُوا، وَإِنْ أَسَاؤُوا فَلَا تَظْلِمُوا».

Ibn Mas'ûd : « Que nul d'entre vous ne suspende sa religion à un homme, de sorte que s'il croit, il croie, et s'il mécroit, il mécroie. » Et, rapporté de Hudhayfa : « Ne soyez pas des "moi-aussi", disant : si les gens font le bien, nous le faisons ; s'ils sont injustes, nous le sommes. Disciplinez-vous : si les gens font le bien, faites-le ; s'ils font le mal, ne soyez pas injustes. »

Ibn Mas'ûd : at-Tabarânî, al-Mu'jam al-kabîr ; Ibn 'Abd al-Barr, Jâmi' bayân al-'ilm. Hudhayfa : at-Tirmidhî (n° 2007, « hasan gharîb » ; degré discuté, également rapporté comme parole d'Ibn Mas'ûd).

L'imma'a — le « moi aussi » — est le nom prophétique du conformisme. La tribu de la Jâhiliyya est devenue la nation, l'ethnie, le parti, la classe, le quartier, la « communauté » — et, forme la plus diffuse, l'opinion des gens : « tout le monde le fait », « c'est normal maintenant », « on ne peut plus dire ça ». Le verset 2:170 vise la tradition des pères ; il vise aussi bien la mode des fils. La shahâda arrache l'homme à la meute : il ne décide plus du vrai et du faux par la majorité, ni par les siens, mais par ce qui est descendu. Cela ne le rend ni asocial ni ingrat — la piété filiale et l'amour du pays natal sont des vertus — mais cela place une seule voix au-dessus de toutes : « Si les gens font le mal, ne soyez pas injustes. »

4. Le moi : l'ego, le « soi » et le culte de l'épanouissement

﴿وَمَا أُبَرِّئُ نَفْسِي ۚ إِنَّ النَّفْسَ لَأَمَّارَةٌ بِالسُّوءِ إِلَّا مَا رَحِمَ رَبِّي ۚ إِنَّ رَبِّي غَفُورٌ رَّحِيمٌ﴾

« Je ne prétends pas m'innocenter : l'âme est très portée au mal, sauf celle à qui mon Seigneur fait miséricorde. Mon Seigneur est Très Clément et Très Miséricordieux. » ✦

Coran 12:53 — parole de Yûsuf (selon l'avis retenu par Ibn Kathîr) au moment même de son innocence prouvée.

﴿وَنَفْسٍ وَمَا سَوَّاهَا ۝ فَأَلْهَمَهَا فُجُورَهَا وَتَقْوَاهَا ۝ قَدْ أَفْلَحَ مَن زَكَّاهَا ۝ وَقَدْ خَابَ مَن دَسَّاهَا﴾ … ﴿وَأَمَّا مَنْ خَافَ مَقَامَ رَبِّهِ وَنَهَى النَّفْسَ عَنِ الْهَوَىٰ ۝ فَإِنَّ الْجَنَّةَ هِيَ الْمَأْوَىٰ﴾

« Par l'âme et Celui qui l'a façonnée, lui inspirant sa perversité et sa piété : a réussi celui qui la purifie, et a échoué celui qui la corrompt. » … « Quant à celui qui a redouté de comparaître devant son Seigneur et a préservé son âme des passions, le Paradis sera son refuge. » ✦

Coran 91:7-10 ; 79:40-41

Yûsuf, au sommet de son innocence, refuse d'innocenter son âme ; le développement personnel, au creux de nos médiocrités, nous ordonne de l'aimer telle quelle. Le Coran connaît trois états d'une même âme : celle qui « commande le mal » (12:53), celle qui « se blâme » (75:2) et celle qui est « apaisée » (89:27) — et le chemin de la première à la troisième ne passe pas par l'acceptation de soi mais par la purification de soi : a réussi celui qui la purifie. Le Prophète ﷺ a nommé ce travail du nom le plus haut de la religion :

قَالَ رَسُولُ اللَّهِ ﷺ: «الْمُجَاهِدُ مَنْ جَاهَدَ نَفْسَهُ فِي طَاعَةِ اللَّهِ». وَقَالَ: «حُفَّتِ الْجَنَّةُ بِالْمَكَارِهِ، وَحُفَّتِ النَّارُ بِالشَّهَوَاتِ».

« Le combattant est celui qui combat son âme dans l'obéissance à Allah. » Et : « Le Paradis est entouré de choses détestées, et le Feu est entouré de désirs. »

At-Tirmidhî (n° 1621, « hasan sahîh »), d'après Fadâla ibn 'Ubayd — authentifié ; Muslim (n° 2822), d'après Anas (al-Bukhârî n° 6487 avec « voilé » au lieu d'« entouré »).

قَالَ ابْنُ الْقَيِّمِ: «النَّفْسُ جَبَلٌ عَظِيمٌ شَاقٌّ فِي طَرِيقِ السَّيْرِ إِلَى اللَّهِ، وَكُلُّ سَائِرٍ فَلَا طَرِيقَ لَهُ إِلَّا عَلَيْهِ، وَلَكِنْ مِنْهُمْ مَنْ يَشُقُّ عَلَيْهِ … وَفِي ذَلِكَ الْجَبَلِ أَوْدِيَةٌ وَشُعُوبٌ وَعَقَبَاتٌ وَوُهُودٌ وَشَوْكٌ وَعَوْسَجٌ وَعَضَاهٌ وَشَبْرُقٌ، وَلُصُوصٌ يَقْطَعُونَ الطَّرِيقَ عَلَى السَّائِرِينَ، وَلَا سِيَّمَا أَهْلُ اللَّيْلِ الْمُدْلِجِينَ».

Ibn al-Qayyim : « L'âme est une montagne immense et escarpée sur le chemin vers Allah ; tout voyageur doit nécessairement la franchir… Cette montagne a ses vallées, ses ravins, ses cols, ses fondrières, ses ronces, ses épines, et des brigands qui coupent la route aux voyageurs — surtout à ceux qui marchent de nuit. »

Ibn al-Qayyim, al-Fawâ'id (formulation à contrôler).

« Sois toi-même », « écoute-toi », « tu ne dois rien à personne », « ta vérité » : à force de le répéter, une civilisation a fait de l'ego un autel. Or le moi qui s'adore est précisément celui que le Coran appelle « très portée au mal » — et qui s'écoute lui-même n'entend plus que ses passions (partie VII). La shahâda libère de l'ego par le haut : elle ne dit pas « tu ne vaux rien », elle dit « tu ne t'appartiens pas » (la servitude, partie III) — et c'est l'homme qui ne s'appartient pas qui est délivré du fardeau de se justifier, de se vendre et de se plaire.

5. Le shirk caché : les petites idoles du langage et des attaches

قَالَ ابْنُ عَبَّاسٍ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُمَا فِي قَوْلِهِ تَعَالَى ﴿فَلَا تَجْعَلُوا لِلَّهِ أَندَادًا﴾: «الْأَنْدَادُ هُوَ الشِّرْكُ، أَخْفَى مِنْ دَبِيبِ النَّمْلِ عَلَى صَفَاةٍ سَوْدَاءَ فِي ظُلْمَةِ اللَّيْلِ، وَهُوَ أَنْ يَقُولَ: وَاللَّهِ وَحَيَاتِكَ يَا فُلَانُ وَحَيَاتِي، وَيَقُولَ: لَوْلَا كُلَيْبَةُ هَذَا لَأَتَانَا اللُّصُوصُ … وَمَا شَاءَ اللَّهُ وَشِئْتَ … هَذَا كُلُّهُ بِهِ شِرْكٌ».

Ibn 'Abbâs, sur « ne donnez pas d'égaux à Allah » (2:22) : « Les "égaux", c'est le shirk — plus discret que la marche d'une fourmi sur une roche noire dans l'obscurité de la nuit : c'est dire "par Allah et par ta vie, untel, et par ma vie", ou "sans le petit chien d'untel, les voleurs seraient venus"… ou "ce qu'Allah veut et ce que tu veux"… Tout cela contient du shirk. »

Ibn Abî Hâtim, cité par Ibn Kathîr sur 2:22.

عَنِ ابْنِ عَبَّاسٍ أَنَّ رَجُلًا قَالَ لِلنَّبِيِّ ﷺ: مَا شَاءَ اللَّهُ وَشِئْتَ. فَقَالَ: «أَجَعَلْتَنِي لِلَّهِ نِدًّا؟ قُلْ: مَا شَاءَ اللَّهُ وَحْدَهُ». وَقَالَ ﷺ: «لَا تَقُولُوا: مَا شَاءَ اللَّهُ وَشَاءَ فُلَانٌ، وَلَكِنْ قُولُوا: مَا شَاءَ اللَّهُ ثُمَّ شَاءَ فُلَانٌ».

Un homme dit au Prophète ﷺ : « Ce qu'Allah veut et ce que tu veux. » Il répondit : « Fais-tu de moi un égal d'Allah ? Dis : ce qu'Allah seul veut. » Et : « Ne dites pas : ce qu'Allah veut et ce qu'untel veut ; dites : ce qu'Allah veut, puis ce qu'untel veut. »

Ahmad (n° 1839) et al-Bukhârî, al-Adab al-mufrad (n° 783), d'après Ibn 'Abbâs — authentifié ; Abû Dâwûd (n° 4980), d'après Hudhayfa — authentifié.

Un « et » contre un « puis » : c'est la différence entre associer et subordonner. La sévérité prophétique sur un mot montre où se joue le tawhîd : dans les réflexes du langage, dans ce à quoi l'on attribue spontanément le salut, la réussite, la protection — « sans le médecin », « heureusement que j'avais mon réseau », « c'est grâce à ma détermination ». Aucune de ces phrases n'est un kufr ; toutes révèlent où le cœur regarde d'abord. Le musulman dit al-hamdu lillâh, puis remercie le médecin.

6. L'écran : l'idole qui tient dans la main

Aucun texte ne mentionne le téléphone. Mais deux hadiths décrivent son effet avec une exactitude troublante :

قَالَ رَسُولُ اللَّهِ ﷺ: «مَنْ كَانَتِ الْآخِرَةُ هَمَّهُ جَعَلَ اللَّهُ غِنَاهُ فِي قَلْبِهِ، وَجَمَعَ لَهُ شَمْلَهُ، وَأَتَتْهُ الدُّنْيَا وَهِيَ رَاغِمَةٌ. وَمَنْ كَانَتِ الدُّنْيَا هَمَّهُ جَعَلَ اللَّهُ فَقْرَهُ بَيْنَ عَيْنَيْهِ، وَفَرَّقَ عَلَيْهِ شَمْلَهُ، وَلَمْ يَأْتِهِ مِنَ الدُّنْيَا إِلَّا مَا قُدِّرَ لَهُ».

« Celui dont l'au-delà est le souci, Allah place la richesse dans son cœur, rassemble ce qui est dispersé en lui, et le bas monde vient à lui malgré lui. Celui dont le bas monde est le souci, Allah place la pauvreté entre ses yeux, disperse ce qui était rassemblé en lui, et rien ne lui vient du bas monde sinon ce qui lui était destiné. »

At-Tirmidhî (n° 2465), d'après Anas ; Ibn Mâjah (n° 4105), d'après Zayd ibn Thâbit — authentifié.

La pauvreté entre les yeux et la dispersion : qui a passé une heure à faire défiler un écran connaît exactement ces deux états — le sentiment de manquer de tout ce que les autres montrent, et l'émiettement de l'attention en mille fragments. L'écran n'est pas une idole par nature : c'est un outil, et le savoir y circule aussi. Il devient idole quand il satisfait aux deux critères du hadith de l'esclave du dinar — content quand il l'a, enragé quand on le lui retire — et quand il prend la place que le cœur doit à son Seigneur : le premier regard du matin, le dernier de la nuit, le refuge dans l'ennui et l'angoisse. Ibn Taymiyya a écrit la loi de cette place :

قَالَ ابْنُ تَيْمِيَّةَ: «فَالْقَلْبُ لَا يَصْلُحُ وَلَا يُفْلِحُ وَلَا يَلْتَذُّ وَلَا يُسَرُّ وَلَا يَطِيبُ وَلَا يَسْكُنُ وَلَا يَطْمَئِنُّ إِلَّا بِعِبَادَةِ رَبِّهِ وَحُبِّهِ وَالْإِنَابَةِ إِلَيْهِ، وَلَوْ حَصَلَ لَهُ كُلُّ مَا يَلْتَذُّ بِهِ مِنَ الْمَخْلُوقَاتِ لَمْ يَطْمَئِنَّ وَلَمْ يَسْكُنْ، إِذْ فِيهِ فَقْرٌ ذَاتِيٌّ إِلَى رَبِّهِ».

Ibn Taymiyya : « Le cœur ne s'amende, ne réussit, ne jouit, ne se réjouit, ne s'apaise, ne se repose ni ne trouve la quiétude que par l'adoration de son Seigneur, Son amour et le retour vers Lui ; quand bien même il obtiendrait toutes les créatures dont il jouit, il ne trouverait ni quiétude ni repos — car il y a en lui un besoin essentiel de son Seigneur. »

Ibn Taymiyya, al-'Ubûdiyya.

Fawâ'id

  • Le critère prophétique de l'idole : ce dont l'obtention comble et la privation fait enrager (al-Bukhârî n° 2886). Il vaut pour l'argent, le pouvoir, le groupe, l'ego, l'écran.
  • Le Coran ne condamne ni les biens, ni la famille, ni la patrie : il pose la question de la hiérarchie (9:24 : « plus chers que… »). L'idole est un amour désordonné, non un objet.
  • Le shirk se cache dans le langage (« ce qu'Allah veut et ce que tu veux ») avant de se montrer dans les actes : la vigilance sur les mots est une école du tawhîd.
  • Le cœur a un « besoin essentiel » de son Seigneur (Ibn Taymiyya) ; toute idole est une tentative de combler ce besoin avec une créature — et échoue par construction.
Leçon contemporaine

Trois questions font l'inventaire des idoles d'une vie : Qu'est-ce qui te met en colère quand tu en es privé ? Vers quoi vas-tu quand tu as peur ? Qu'est-ce qui occupe ton cœur au réveil ? Les réponses honnêtes désignent ce que tu adores réellement, quelle que soit ta profession de foi. La shahâda n'est pas une déclaration faite une fois ; c'est la reconquête quotidienne de ces trois places.

Les passions érigées en divinité (al-hawâ)

1. Le verset qui nomme la plus ancienne idole

﴿أَرَأَيْتَ مَنِ اتَّخَذَ إِلَٰهَهُ هَوَاهُ أَفَأَنتَ تَكُونُ عَلَيْهِ وَكِيلًا﴾ … ﴿أَفَرَأَيْتَ مَنِ اتَّخَذَ إِلَٰهَهُ هَوَاهُ وَأَضَلَّهُ اللَّهُ عَلَىٰ عِلْمٍ وَخَتَمَ عَلَىٰ سَمْعِهِ وَقَلْبِهِ وَجَعَلَ عَلَىٰ بَصَرِهِ غِشَاوَةً فَمَن يَهْدِيهِ مِن بَعْدِ اللَّهِ ۚ أَفَلَا تَذَكَّرُونَ﴾

« N'as-tu pas vu celui qui a fait de sa passion sa divinité ? Est-ce toi qui en seras le garant ? » … « N'as-tu pas vu celui qui a fait de sa passion sa divinité, et qu'Allah a égaré en connaissance de cause, scellant son ouïe et son cœur et voilant sa vue ? Qui donc le guidera après Allah ? Ne réfléchissez-vous pas ? » ✦

Coran 25:43 ; 45:23

Le Coran connaît une idole plus ancienne que toutes les statues, et qui leur a survécu à toutes : le hawâ, la passion — le désir érigé en règle. Deux versets emploient la même formule saisissante : il a pris pour dieu sa passion. Notez l'ordre des mots en arabe — ilâhahu hawâhu, « sa divinité : sa passion » — comme si la place du dieu était toujours occupée et que la seule question était par quoi. Les exégètes anciens ont donné à cette expression un visage :

قَالَ ابْنُ عَبَّاسٍ: «كَانَ الرَّجُلُ فِي الْجَاهِلِيَّةِ يَعْبُدُ الْحَجَرَ الْأَبْيَضَ زَمَانًا، فَإِذَا رَأَى غَيْرَهُ أَحْسَنَ مِنْهُ عَبَدَ الثَّانِيَ وَتَرَكَ الْأَوَّلَ». وَقَالَ الْحَسَنُ الْبَصْرِيُّ: «هُوَ الَّذِي لَا يَهْوَى شَيْئًا إِلَّا رَكِبَهُ». وَقَالَ قَتَادَةُ: «هُوَ الْكَافِرُ اتَّخَذَ دِينَهُ بِغَيْرِ هُدًى مِنَ اللَّهِ وَلَا بُرْهَانٍ».

Ibn 'Abbâs : « Dans la Jâhiliyya, un homme adorait un temps une pierre blanche ; s'il en voyait une plus belle, il adorait la seconde et laissait la première. » Al-Hasan al-Basrî : « C'est celui qui ne désire rien sans l'enfourcher. » Qatâda : « C'est le mécréant qui a pris sa religion sans guidance ni preuve venant d'Allah. »

At-Tabarî, Jâmi' al-bayân, et Ibn Kathîr, sur 25:43 et 45:23.

L'homme à la pierre blanche d'Ibn 'Abbâs est une parabole complète de la modernité : il change de dieu comme de préférence, parce que son vrai dieu n'a jamais été la pierre — c'était son goût. Le « qui ne désire rien sans l'enfourcher » d'al-Hasan est le portrait de l'homme sans frein : chaque envie est un cheval sellé. Et la précision terrible de 45:23 — « 'alâ 'ilm », en connaissance de cause — est lue de deux manières par les anciens, toutes deux vraies : Allah l'a égaré sachant qu'il méritait l'égarement ; ou bien : l'homme s'est égaré alors qu'il savait que la vérité était là. La passion ne prospère pas dans l'ignorance : elle prospère malgré la science. On sait que c'est interdit, et on le fait « parce qu'on en a envie » — et l'envie, ce jour-là, a été le dieu.

2. Ce qu'est le hawâ, et pourquoi il n'est pas mauvais en soi

قَالَ ابْنُ الْقَيِّمِ: «الْهَوَى: مَيْلُ النَّفْسِ إِلَى مَا يُلَائِمُهَا، وَهَذَا الْمَيْلُ خُلِقَ فِي الْإِنْسَانِ لِضَرُورَةِ بَقَائِهِ، فَإِنَّهُ لَوْلَا مَيْلُهُ إِلَى الْمَطْعَمِ وَالْمَشْرَبِ وَالْمَنْكَحِ مَا أَكَلَ وَلَا شَرِبَ وَلَا نَكَحَ … فَلَا يُذَمُّ الْهَوَى مُطْلَقًا وَلَا يُحْمَدُ مُطْلَقًا، وَإِنَّمَا يُذَمُّ الْإِفْرَاطُ مِنْهُ، وَهُوَ مَا زَادَ عَلَى جَلْبِ الْمَنَافِعِ وَدَفْعِ الْمَضَارِّ». وَقَالَ الشَّعْبِيُّ: «إِنَّمَا سُمِّيَ الْهَوَى لِأَنَّهُ يَهْوِي بِصَاحِبِهِ».

Ibn al-Qayyim : « Le hawâ est l'inclination de l'âme vers ce qui lui convient. Cette inclination a été créée dans l'homme par nécessité de sa survie : sans son inclination vers la nourriture, la boisson et le mariage, il ne mangerait, ne boirait ni ne se marierait… Le hawâ n'est donc ni blâmé absolument ni loué absolument ; ce qui est blâmé, c'est son excès — ce qui dépasse l'obtention des bienfaits et l'éloignement des nuisances. » Ash-Sha'bî : « On l'a appelé hawâ parce qu'il précipite (yahwî) son homme. »

Ibn al-Qayyim, Rawdat al-muhibbîn (chapitre sur le hawâ) ; ash-Sha'bî y est cité.

L'islam n'est pas une religion contre le désir. Le désir est une créature d'Allah, nécessaire, et le Prophète ﷺ a dit que le désir placé dans le licite est une aumône (Muslim n° 1006 : « وَفِي بُضْعِ أَحَدِكُمْ صَدَقَةٌ »). Ce que le Coran condamne, c'est le renversement de la hiérarchie : quand ce n'est plus la Loi qui juge le désir, mais le désir qui juge la Loi. Le désir est un excellent serviteur et un maître catastrophique. Le Coran le dit à un roi-prophète :

﴿يَا دَاوُودُ إِنَّا جَعَلْنَاكَ خَلِيفَةً فِي الْأَرْضِ فَاحْكُم بَيْنَ النَّاسِ بِالْحَقِّ وَلَا تَتَّبِعِ الْهَوَىٰ فَيُضِلَّكَ عَن سَبِيلِ اللَّهِ﴾ … ﴿وَمَنْ أَضَلُّ مِمَّنِ اتَّبَعَ هَوَاهُ بِغَيْرِ هُدًى مِّنَ اللَّهِ﴾ … ﴿إِن يَتَّبِعُونَ إِلَّا الظَّنَّ وَمَا تَهْوَى الْأَنفُسُ ۖ وَلَقَدْ جَاءَهُم مِّن رَّبِّهِمُ الْهُدَىٰ﴾

« Ô Dâwûd, Nous avons fait de toi un lieutenant sur terre : juge donc entre les hommes selon la vérité et ne suis pas la passion, car elle t'égarerait du chemin d'Allah. » … « Qui est plus égaré que celui qui suit sa passion sans guidance venue d'Allah ? » … « Ils ne suivent que la conjecture et ce que désirent les âmes — alors que la guidance leur est venue de leur Seigneur. » ✦

Coran 38:26 ; 28:50 ; 53:23

Le verset 53:23 diagnostique une civilisation entière en une phrase : la conjecture et ce que désirent les âmes, à la place d'une guidance pourtant venue. Ce n'est pas que l'homme moderne n'a pas trouvé la vérité : c'est qu'il l'a remplacée par ses préférences et appelé cela liberté. Et le verset 4:135 avertit les croyants eux-mêmes : « ne suivez pas la passion au point de dévier de la justice » — le hawâ n'épargne personne, pas même celui qui prie.

3. Le critère de la foi

قَالَ رَسُولُ اللَّهِ ﷺ: «لَا يُؤْمِنُ أَحَدُكُمْ حَتَّى يَكُونَ هَوَاهُ تَبَعًا لِمَا جِئْتُ بِهِ».

« Nul d'entre vous n'aura la foi tant que sa passion ne suivra pas ce que j'ai apporté. »

Al-Baghawî, Sharh as-Sunna ; an-Nawawî l'a retenu (Quarante hadiths, n° 41) en le jugeant authentique, mais la chaîne est considérée faible par Ibn Rajab et d'autres. Le sens est établi par le Coran (4:65 : « ils ne croient pas tant qu'ils ne t'ont pas pris pour juge… et ne se soumettent pas entièrement »).

Faible de chaîne, ce hadith est vrai de sens, et le verset 4:65 le porte : la foi n'est pas d'avoir une passion pour Allah au milieu de dix autres, mais de faire de la révélation le maître de ses passions. C'est l'ordre inverse du monde : le monde dit « désire, puis cherche ce qui le justifie » ; la foi dit « connais ce qui est vrai, puis apprends à le désirer ». Et ce second apprentissage est possible, parce que le cœur suit ce qu'on lui donne à aimer : la douceur de la foi (al-Bukhârî n° 16, partie IX) est le nom de cet état où le désir lui-même a été retourné et rendu obéissant.

Fawâ'id

  • Le hawâ est la plus ancienne des idoles et la seule que toutes les époques ont adorée ; les pierres n'en étaient que les supports (Ibn 'Abbâs).
  • Le désir n'est pas mauvais : il est créé pour la vie (Ibn al-Qayyim). Ce qui est condamné est son intronisation — quand il juge la Loi au lieu d'être jugé par elle.
  • « En connaissance de cause » (45:23) : la passion ne se nourrit pas de l'ignorance mais de la désobéissance sciente. Savoir ne suffit pas ; il faut retourner le désir.
  • Le remède est un ordre, non une amputation : connaître le vrai, puis apprendre à l'aimer — jusqu'à ce que la passion « suive ce que j'ai apporté ».
Leçon contemporaine

La formule de notre temps est « je le ressens, donc c'est vrai » ; celle du Coran est « c'est vrai, donc apprends à le ressentir ». Toute une culture — la publicité, une partie de la psychologie populaire, le discours sur l'identité — enseigne que le désir est la voix la plus authentique de la personne et que le contrarier est une violence. Le musulman sait que le désir est une monture : il la nourrit, il la respecte, il ne la laisse pas choisir la route. C'est exactement ce qui le rend libre là où l'homme du désir est esclave d'un maître qui change de pierre chaque semaine.